A Frank Conversation (The Punisher : Netflix)

The Punisher de Neflix

 « Oh punaise, ils n’ont pu dégotter que deux bras cassés pour parler de moi… »

« Oh punaise, ils n’ont pu dégotter que deux bras cassés pour parler de moi… »

Un dialogue entre JP NGUYEN et CYRILLE M

VO et VF : Netflix

Marvel’s The Punisher est une série de l’univers Marvel produite et réalisée pour la plateforme Netflix. Elle rejoint donc les précédentes Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage, Iron Fist et The Defenders. Comme très souvent, l’intégralité des treize épisodes de la saison 1 ont été rendus disponibles en streaming sur la plateforme en une seule fois, dès le 17 novembre 2017.

Little Jay et Big C, nos deux reporters de choc, après de longs mois sans contact, se retrouvent sur un banc de Central Park. En cette fin février, la chaleur n’est pas de mise…

Mon pote, tu risques une bonne rafale de spoilers dans le buffet en allant plus bas que cette ligne rouge.

BC : Ca faisait longtemps, mon gars !

LJ : Tu m’étonnes ! Depuis que j’ai décroché un job à mi-temps de marionnettiste, je suis pas mal pris pour faire le guignol… C’est quoi ce lieu de rendez-vous ? On n’aurait pas pu se jeter quelques verres dans un pub ? On se les gèle grave ici !

BC : Eh bien, ça me semblait l’endroit idéal pour déblatérer de notre sujet du jour : Frank Castle alias le Punisher ! Tiens, je t’ai acheté des graines pour les jeter aux pigeons.

LJ : Euh… merci… Ok, alors, tu voudrais parler duquel ? De celui des origines ? Le vétéran du Vietnam manipulé par le Chacal pour exécuter Spider-Man ? Ou bien sa version des années 80-90, influencé par les actioners du cinoche et incarné au grand écran par Dolph Lundgren ? Ou la version Max par Garth Ennis ? Ou…

BC : Nan, on va causer de la série Netflix, sortie en novembre dernier ! Avec Jon Bernthal dans le rôle titre, Amber Rose Revah dans celui de Dinah Madani, Ebon Moss-Bachrach dans celui de David Lieberman et Ben Barnes dans celui de Billy Russo. Mais également Gerry Conway et John Romita Sr à l’écriture ! Et évidemment, l’indéboulonnable Jeph Loeb fait partie des producteurs.

LJ : Euh, à mon humble avis, Conway et Romita, c’était plus pour l’hommage qu’autre chose, en tant que co-créateurs (avec Ross Andru, aussi) du personnage dans les comics… Mais sinon, tu crois pas que le Boss va l’avoir mauvaise ? Il a comme une sorte d’allergie aux prods Netflix ! (J’ai pris mon anti-histaminique, allez-y mes salauds….Ndr)

BC : Mais non, il ne les regarde pas, c’est tout… Du coup, faut bien que d’autres gars de la team s’en chargent.

Allez, ressortons les dossiers…

Allez, ressortons les dossiers…

LJ : Ah ok… Ben alors, t’en as pensé quoi ?

BC : Je serai sympa, je te laisser tirer le premier…

LJ : Ben en fait… Le Punisher, à la base, c’est presque devenu une légende urbaine… Il a été mis à plusieurs sauces. A une époque, il ressemblait même au monstre de Frankenstein. Frankencastle , qu’on l’avait rebaptisé… Du coup, même si on peut avoir une version préférée, faut quand même aborder la série Netflix comme une nouvelle interprétation.  Ils ont gardé la base du concept, un soldat d’élite dont la famille est tuée et qui cherche vengeance en exécutant des criminels, mais ils ont apporté des changements plus ou moins importants…

BC : Tu triches, tu ne dis pas ce que tu en as pensé ! Comme je ne connais pas les comics dont tu causes, ni la vraie origine du perso, tout cela me semble totalement cohérent. Et tu oublies un point essentiel, qui forme pour moi un premier défaut de la série : il s’agit d’un personnage qui vient d’une autre série Netflix, Daredevil. C’est dans sa saison 2 qu’il apparaît, il vole même la vedette à notre diable rouge. Pire : la fin de la saison 2 de Daredevil est le point de départ immédiat de la série The Punisher. Par conséquent, c’est un défaut pour toute personne désirant regarder The Punisher sans avoir vu Daredevil. Pour tout te dire, j’avais complètement oublié le personnage du Colonel Schoonover en commençant à mater. J’étais un peu paumé. Mais heureusement que ça m’est un peu revenu par la suite.

LJ : En fait, Schoonover, et des tas d’autres, sont des noms tirés des comics. Schoonover, je l’ai découvert récemment en lisant le run de Carl Potts et Jim Lee. Du coup, c’était raccord, c’était un pourri. D’ailleurs, pour quelqu’un connaissant les comics, il y a pas mal de spoilers au niveau des noms.
Je m’explique : Billy Russo est présenté au début de la série comme un ancien frère d’armes de Castle et il faut quand même attendre la fin de l’épisode 6 pour savoir que c’est un traître. Dans les comics, Billy Russo est l’identité du Puzzle, un des rares ennemis récurrents du Punisher. Pour le fan de comics, on sait donc dès le départ que Russo est 1-méchant et 2-voué à perdre la face (au propre et au figuré).
Mais ce n’est pas mon principal problème avec la série. Tu sais, contrairement à Daredevil, et même si j’aime beaucoup le Punisher de Garth Ennis, j’ai vraiment essayé de rester ouvert pour accueillir une autre vision du Punisher…

Bon, le premier qui bave sur ma série, je le descends !

Bon, le premier qui bave sur ma série, je le descends !

BC : Quand tu parles d’une autre vision du Punisher, cela implique que celle que tu admets comme alpha, comme référence, existe. Laquelle ? De qui ? De quand ?

LJ : Mais puisque je te dis que j’admets volontiers que le personnage puisse se décliner de différentes façons ! Bon, perso, j’ai un gros coup de cœur (ce n’est peut-être pas le meilleur terme) pour le Punisher MAX de Garth Ennis. Mais je ne pense pas que c’est l’alpha et l’oméga du personnage (bien que, effectivement Ennis se soit débrouillé pour conter à la fois les débuts et la fin du perso…). Comment te dire… C’est comme les glaces. On peut avoir un parfum préféré mais ça ne veut pas dire qu’on ne veut pas que les autres existent. Bon, comme on se pèle les couilles sur ce banc, la glace, ça doit te laisser froid. Mais bon, tu vois ce que je veux dire ? Mais revenons à nos moutons : je te disais donc qu’il y a quand même des éléments qui ne m’ont pas trop plu dans la version Netflix.

BC : Quoi par exemple ? Parce que bon, ne me dis pas que tu n’as pas apprécié les personnages – y compris les inédits – de cette saison ? Que les scènes d’action, de survival, de combats, n’ont rien à envier à celles du ciné ? Pour un néophyte comme moi qui n’ai lu que trois histoires du Punisher par Ennis, je me trouve en face d’un homme auquel je crois. Pas un monolithe psychopathe comme dans le Civil War de Millar, un type qui a une ligne, des principes peut-être rigides, mais compréhensibles, presque logiques. Plus Robin des Bois que ce que j’imaginais.

LJ : Alors, le premier défaut, très répandu dans les séries Netflix, c’est que c’est lent. Et il y a un choix un peu couillon de prendre l’histoire à rebours, avec Castle qui abandonne son identité du Punisher dès le début de la série, parce qu’il pense que sa vengeance est assouvie. Tout le passage où il fait l’ouvrier en bâtiment autiste qui casse des murs, avec des collègues un peu con-cons… j’ai trouvé ça bof et caricatural.

BC : Ah, la fameuse question du rythme ! Si tu regardes bien, ce que tu cites ne prend que deux épisodes. Il faut bien poser des bases. Le début du premier épisode ne laisse pas respirer le spectateur pendant, je ne sais pas, un quart d’heure : Castle termine sa vendetta. Et c’est violent et tendu. Et soudain, plus d’objectif, une vie sans but, sans famille, sans ami, une vie de fugitif. Sans ces deux épisodes où Castle se bat avec la vraie vie, celle qui pourrait être la nôtre, nous ne pourrions jamais croire à ce qui suit. Ce serait un film d’action typique des années 80 et 90, où le quotidien du héros consiste à exécuter des cascades et défourailler du balèze sans jamais se fatiguer. Le parti-pris réaliste ne fonctionnerait pas sans cela. C’est la même chose dans Agents of S.H.I.E.L.D. : sans les quinze premiers épisodes un peu faciles et peu enthousiasmants, la suite ne serait pas aussi percutante.

Lewis Wilson, un drôle d’oiseau

Lewis Wilson, un drôle d’oiseau

LJ : Du côté des bons points, il y a le traitement du stress post-traumatique et de la question des vétérans, abordée à travers plusieurs personnages : Castle, Russo mais aussi Curtis Hoyle, qui anime un groupe de parole. Et surtout Lewis Wilson, le jeune un peu paumé qui veut absolument retourner au front car il est devenu totalement inadapté à la vie civile (dont la sous-intrigue est pas mal mais se conclura dans un boom qui a tout du pschitt).

Y’a quand même un gros twist et un choix assez couillu dans cette version Netflix : Castle est un criminel de guerre. Il a participé à des séances de torture et des exécutions capitales sur des prisonniers. Quelque part, ça le place presque au-delà de toute rédemption et ça radicalise le personnage (qui n’était pas, à la base, connu pour sa nuance). En même temps, c’est assez crédible, la guerre « propre », menée par les preux chevaliers-GI, c’est de la connerie-marketing. Mais quand même, avec le crime de guerre, les scénaristes sont allés assez loin, je trouve.

BC : Mais je suis d’accord avec toi. Cette position de Castle en tant qu’ancien tortionnaire, qu’assassin institutionnalisé, explique beaucoup de choses quant à ses réactions et ses principes rigides. C’est un soldat. En faire un vétéran traumatisé éclaire sur sa détermination sans faille, sa propension à la radicalité violente. Je n’ai jamais apprécié ce personnage sur le papier (alors que je ne l’ai jamais lu, ahah), mais ici, il a des fondations rationnelles. Et un passé au cœur de toute la saison. Ce qui donne à la série une dimension politique et critique. Bon, on est loin de The Wire, mais c’est déjà mieux que les précédentes prods Marvel et Netflix.
L’autre aspect qui m’a plu dans le personnage, c’est qu’il a par exemple de la mansuétude pour Turk. Il ne tue pas systématiquement. Il a des principes qu’il adapte : j’adore sa réaction lorsque Karen Page est en danger. Ah tiens, d’ailleurs elle aussi elle sort tout droit de Daredevil et elle a plus qu’un second rôle !

LJ : Du coup, pour moi, voilà un autre défaut, la version Netflix du perso m’insupporte. Elle a le cul entre deux chaises, en revendiquant les vertus du « système » mais en cautionnant à moitié les actes du Punisher. Et puis, à un moment donné, elle est carrément la porte-parole du lobby des armes à feu, genre, faut que les citoyens soient armés pour pouvoir se défendre, tout ça… Entre ce pain béni pour la NRA et la torture mentionnée plus haut, il y a une certaine vision du monde qui apparaît en filigrane dans cette série.

« Nous sommes deux chieuses ! »

« Nous sommes deux chieuses ! »

BC : C’est vrai que Karen Page n’est pas très simple à appréhender, et que le personnage du sénateur anti-armes, tourné en ridicule, n’aide pas à imaginer que la série ne soit pas pro-NRA. Mais j’en ai une vision plus subtile : Page a été agressée, semble être porte-parole pour le port des armes à feu mais le réfute publiquement, et elle ne cautionne pas le Punisher. Elle considère que sa morale est inattaquable, que c’est un mec bien. Le sénateur ne refuse pas la nécessité d’avoir une protection, rattrapé par la réalité : certaines personnes lui veulent du mal.
Pour en revenir à Page, ce que j’aime dans ce personnage, c’est sa fausse candeur. Elle est un vrai rayon de soleil dans cette suite de trognes, mais ne se laisse pas faire et secoue tous les cocotiers, veut systématiquement creuser là où ça fait mal. Elle est un personnage féminin fort, tout comme Dinah, et j’adore ces filles badass.

LJ : Ce que tu appelles « fausse candeur », je trouve ça plutôt « faux cul ». Du coup, badass ou jolie croupe, le ballotage reste défavorable en ce qui me concerne… Et puis la Dinah, elle est méchamment clichée. Son arc narratif est cousu de fil blanc et, dans l’ensemble, assez peu crédible… Et vas-y qu’on lui colle un collègue sidekick qui pourra se faire descendre et la rendre tristoune, et vas-y qu’on la tue pour rendre Castle « énervé par la colère » dans la dernière baston. Et vas-y qu’en fait elle était pas morte même avec une balle dans la tête…

BC : Oui, je dois dire que la fin, ou disons le dernier tiers du dernier épisode, m’a déçu. Pour ce que tu en dis (Dinah et sa balle), et surtout que Castle s’en sorte sans conséquences. Pire, il retourne à la vie civile sans que personne ne le reconnaisse…
Là où toute la série pourrait être casse-gueule, c’est dans ce que tu pointes du doigt et qui avait un peu échoué dans la série Daredevil, lors des discussions entre les deux masqués : le Punisher est-il une ordure qu’il faut annihiler ou un héros qui veut équilibrer la balance ? Dans la série, il se bat contre le système et pour les laissés pour compte, il protège les faibles, sauve des vies, arrête un terroriste (ce qu’il aurait pu devenir), et veut retirer les corrompus de leurs places socialement bien trop hautes. C’est pour cela que je parlais de Robin des Bois : il m’a donné un sentiment de justice. Le souci, c’est qu’il le fait avec les mêmes armes que l’ennemi, et sans pitié, à la fois juge et bourreau. On en revient à la citation de Nietzsche dans Watchmen (non mon gars, je n’ai pas encore lu Nietzsche, à part une dizaine de pages de Ainsi parlait Zarathoustra) : « Ne combats point les monstres ou tu deviendras monstre toi-même, et lorsque tu regardes dans l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi. »
Pour moi, les propos de Page et du sénateur malmènent les deux idéologies, pour qu’elles s’interrogent sur le sujet, totalement d’actualité, de la possession légale d’une arme aux USA.
Quant à la torture, elle y est clairement dénoncée. D’ailleurs… bon je ne veux pas trop spoiler, mais il y a une scène extrêmement bien menée dans le second épisode quant à l’art de soutirer des informations. Le message délivré est limpide : la torture ne fonctionne pas. C’est ce genre de scène qui m’a immédiatement fait penser que la série allait dans le bon sens. Purée mon vieux, on a des hauts débats !

Frank et Micro : leur relation aussi connaît des hauts et des bas…

Frank et Micro : leur relation aussi connaît des hauts et des bas…

LJ : Débats, je sais pas, mais des collants, j’aurais dû en enfiler une paire ou deux sous mon futal, on givre sur ce banc ! Sinon, c’est drôle comme nos visions divergent, là où tu vois de l’ambiguïté sur les armes à feu, je vois un message plutôt univoque et pour la torture, elle me semble davantage cautionnée que dénoncée. Mais je ne veux pas n’adresser que des reproches à cette série. Alors je dirais que la relation entre Castle et son sidekick Micro aka David Lieberman, agent de la NSA se faisant passer pour mort, est assez bien vue. Elle est dans la lignée de celle qui existait entre les deux persos dans les comics tout en étant actualisée voire, sur certains points, approfondie.

BC : Là tu me fais plaisir ! Parce que la relation entre Lieberman et Castle est le gros point positif de la série. Lieberman humanise le Punisher, il le ramène sans cesse à son statut de mari et père. Il est l’autre plateau de la balance, toujours à raisonner Frank, à faire en sorte qu’il ne devienne pas un monstre sanguinaire. Et puis Lieberman est également souvent le personnage comique. Pour moi, impossible de ne pas sourire lorsqu’ils se bourrent la gueule tous les deux, ou quand ils partent en mission chacun avec sa bouffe. Il y a là une scène de complicité évidente, presque sans paroles, basée sur les regards et les expressions du visage, irrésistible de drôlerie et qui soude les personnages instantanément.

Big C avise des pigeons et leur balance des graines.

BC : Pitipititi !!

LJ : Moi, le truc que j’ai trouvé pas mal, c’est la tentation, certes très passagère, pour Castle de retrouver une vie de famille avec, en point d’orgue, un flirt très bref avec la veuve Lieberman, sous le regard de l’ex-mari, qui avait truffé le domicile de caméras ! J’ai trouvé que c’était bien construit et amené, avec un bon équilibre dans l’écriture. Castle retrouve une certaine sentimentalité tout en montrant bien que c’est un aspect de la vie qu’il cherche à fuir. Et Sarah Lieberman, interprétée par Jaime Ray Newman, n’apparaît pas comme une banale allumeuse mais comme une mère célibataire avec un quotidien difficile et deux ados à gérer, avec une certaine fragilité qui sonnait assez vrai.
Dis-donc, t’es gentil d’avoir pensé à la bouffe pour les pigeons mais pour nous, tu joues le suspense ? A ton avis, c’est la faim, le froid ou la soif qui va nous tuer ?

Ben Barnes fait très bonne figure dans le rôle de Billy Russo…

Ben Barnes fait très bonne figure dans le rôle de Billy Russo…

BC : Okééé, on va boire un café ? En chemin tu me parleras de la réalisation. Et des autres acteurs aussi ! On n’en a pas beaucoup parlé. C’est comme dans les films du MCU que j’aime : plutôt que des types bodybuildés, on a de vrais acteurs, ceux du genre qui portent le film. Ici c’est la même chose. Cette débauche de violence ne fonctionnerait pas sans acteurs crédibles, qui peuvent être drôles et décalés mais aussi rageurs, désespérés, paumés ou déterminés.

Little Jay et Big C se lèvent et quittent leur banc sans regarder en arrière, pressant le pas pour se trouver un point de chute plus accueillant.

LJ : Désolé de te décevoir mais la réalisation, c’est pas trop mon domaine. J’ai juste trouvé que c’était efficace. Et les acteurs sont bons mais je considère que ça fait partie des attendus sur une prod de ce niveau. Après, il y a toujours le jeu de la comparaison avec les comics. L’acteur qui joue Billy Russo est athlétique mais me semblait un petit peu trop léger côté muscles pour un ancien des forces spéciales. Mais dans son personnage de néo-businessman alliant beaugossitude et duplicité, Ben Barnes s’en sort très bien. J’ai moins apprécié l’acteur jouant Rawlins, car le personnage des comics me restait beaucoup (trop ?) en mémoire. Dans le run de Garth Ennis, Rawlins est une ordure détestable et redoutable alors que son homologue netflixien m’a semblé assez quelconque, même avec un œil de verre en gimmick, histoire de faire peur aux enfants.
Sinon, pour le personnage principal, je sais pas. Jon Bernthal est bien dans son rôle, mais par moments, ses oreilles décollées me faisaient vraiment penser qu’il aurait été une meilleure doublure pour Daredevil, pour la super-ouïe !
Pour les scènes d’action, je n’ai aucune sorte d’expérience militaire mais il m’a semblé que certaines manquaient de réalisme. Je pense à un flashback de Castle effectuant un assaut en solo et terminant les ennemis au couteau ou à mains nues… Pour moi, le pompon, c’est quand même quand Madani tend un piège à Russo, en choisissant l’endroit et en laissant quand même une porte de sortie au commando…

BC : L’acteur qui joue Rawlins, Paul Schulze, jouait également le chef intransigeant de Jack Bauer dans 24. Et c’est vrai qu’il semble un peu léger, à chaque fois. Il manque un peu de folie. J’ai adoré Lieberman, et même Billy Russo, il joue parfaitement de son physique.
Les scènes d’action que tu cites manquent effectivement de réalisme, mais, pour le flashback, il me semble être filmé comme un souvenir, quelque chose d’un peu fantasmé. Ce qui appuie la légende du personnage. Par contre, la longue scène de survie en forêt dans l’épisode 5 est digne des deux épisodes numéro 4 de True Detective. Dans chaque saison, il y a une scène épique d’action, très violente, et ici, j’ai exactement pensé à ça. C’est totalement immersif.

Un Rawlins bien moins charismatique que chez Ennis…

Un Rawlins bien moins charismatique que chez Ennis…

LJ : Tu vois, grâce à notre conversation, j’arrive davantage à toucher du doigt les deux principaux reproches que j’aurais à faire à cette série. Il y a l’idéologie pro-armes et pro-torture (même si ce n’est que ma perception et que d’autres, comme toi, pourraient accueillir le message comme plus nuancé). Tu pourrais me dire qu’il s’agit d’une certaine lucidité mais cette Amérique qui se regarde dans la glace sans pourtant reconnaître ses défauts, ben ça me plaît pas trop…

Et secundo, il y a l’arc narratif de Castle. Il commence la série en pensant avoir accompli sa vengeance, et puis, après plein de rebondissements et beaucoup de morts, ben… il a accompli sa vengeance. Il est comme ces coureurs qu’on voyait passer devant notre banc tout à l’heure. Il a un but illusoire qui le met en mouvement, mais au final, il tourne en rond.

BC : C’est souvent le cas récemment : toute l’intrigue n’est basée que sur un prétexte, monté de toute pièce. Mais il s’explique facilement, en tant que reboot d’un personnage ayant eu plusieurs vies comme tu le dis. Cela ne me gêne pas, et cela introduit de nouveaux personnages qui sont condamnés à revenir.

LJ : Allez, bonus, je vais même te donner un troisième défaut ! Et là, je suis obligé de mentionner Garth Ennis, qui sur le même personnage de justicier vengeur, avait écrit des pages magnifiques rendant le personnage attachant tout en n’excusant jamais ses crimes. Ennis égratignait aussi fréquemment le complexe militaro-industriel. Dans la série Netflix, même si on retrouve plein d’éléments tirés de l’actualité (les lanceurs d’alerte, le business des sociétés paramilitaires…) ça reste un habillage, assez bien fait dans l’ensemble, pour un message pas forcément terrible et qui ne m’a pas convaincu. Si j’admets que tout n’est pas à jeter, loin de là, je ne suis pas un fan inconditionnel de cette prod. Je la noterais entre 3 et 3,5 étoiles…

Même avec un acteur taillé pour le rôle, le réalisme a ses désavantages : le Punisher restera toujours plus impressionnant sur papier que sur écran…

Même avec un acteur taillé pour le rôle, le réalisme a ses désavantages : le Punisher restera toujours plus impressionnant sur papier que sur écran…

BC : Personnellement j’aurai mis un 4,5. On coupe en deux et on met 4 ? Ou alors on laisse trois et demi, ce n’est pas si déconnant, à t’entendre. Mais je suis me suis quand même éclaté à suivre cette série ! Par exemple, en plus des scènes dont je t’ai déjà parlé, j’ai beaucoup aimé le traitement de l’épisode 10 : une même histoire racontée selon plusieurs angles. Il se rapproche beaucoup du film Angles d’attaque (2008, Vantage Point en VO), où une attaque terroriste est suivie par plusieurs personnes à divers endroits. Les auteurs prennent le prétexte d’un attentat, et détournent l’action pour à nouveau ouvrir le débat sur les médias, les armes à feu, le traitement post-traumatique des soldats et leur retour à la vie civile. Chacun y va ainsi de sa propre interprétation, qui peut être totalement fausse, ou simplement biaisée, ramenant un fait à une myriade de possibilités quant aux intentions des uns et des autres. Cet épisode prend le parti de ne pas découper la série en gentils et en méchants, entre ceux qui auraient totalement raison et ceux qui auraient totalement torts, mais bien à dépeindre une réalité de nuances. Via les interrogatoires du policier en charge de l’affaire, chaque personnage avance son point de vue et sa version. Avec un super-héros polémique comme le Punisher, le traitement s’avère subtil : au lieu de faire monter le suspense, le spectateur sait dès les premières minutes comment cela va se terminer. Le spectacle n’est donc pas basé sur l’action, les gunfights et les explosions, mais ceux-ci servent directement le propos.

LJ : Bon, pour être casse-couilles jusqu’au bout, cette déclinaison de Rashomon ne m’a pas tellement emballé, étant donné que je crois que c’est cet épisode au Karen se la joue pro-NRA et où l’intrigue de Lewis Wilson fait un peu « Pschitt » (ou « Boom », mais au final c’est pareil). Moi, une scène que je trouve réussie, c’est quand, dans le van, en route pour une mission, Micro sort un sandwich devant Frank alors que ce dernier carburait aux rations militaires. Micro n’a pas pensé à faire un deuxième sandwich pour son comparse car il pensait que Frank préférait les rations ! Cette courte scène illustre bien la dynamique entre les deux personnages mais aussi le côté humain du Frank Castle version Netflix, diablement tenté par le délicieux sandwich de Micro et quelque peu énervé de devoir se contenter de sa pitance… Mais du coup, parler de bouffe me file la dalle, va vraiment falloir qu’on se trouve un endroit pour casser la croute.

BC : Bon, le café et le pousse sont pour moi, je te dois bien ça !

Quel égoïste, ce Micro !

Quel égoïste, ce Micro !

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L’acteur principal et les seconds rôle sont-ils à la hauteur du mythe ? La production est-elle fidèle ou opportuniste ? Condamnation de la violence ou discours pro-NRA ?  Notre dossier sur le Punisher de Netflix menée tambour battant par nos deux envoyés spéciaux Little J et Big C.

La BO du jour : « Fated, Faithful, Fatal »  de Marilyn Manson, utilisé dans l’épisode 11 et dont le début des paroles reflète un peu la pensée de Little Jay sur la série.

“I don’t know if I can open up
I’ve been opened enough

70 comments

  • Tornado  

    Pardon si j’avais l’impression que tu essayais d’imposer un avis. C’est que, quand tu t’y mets, tu lâche pas l’affaire ;)

    Bon, pour Matrix, j’ai développé un article de plus de 6000 mots pour argumenter mon point de vue. Alors, je vais pas revenir dessus… ;)

    • Matt  

      Comme tu le disais récemment, chacun voit aussi un peu midi à sa porte sur certaines œuvres^^. La forme de Matrix est trop alambiquée et gonflante pour moi, même s’il y a sans doute un message derrière.

  • OmacSpyder  

    Et si pour le Punisher nous donnions le dernier mot à… Deadpool qui explique à Clint Barton comment on devient le Punisher. Attention, c’est du haut vol!

    https://i.redd.it/tpezrdnijvuy.jpg

    Tout est dit, non? ;)

  • Matt  

    Bon j’abandonne.
    Mais je tiens à mettre l’accent sur le fait que je ne suis pas le seul à radoter sur un sujet, certains disent souvent que tel comics ou tel auteur est un tâcheron à chaque article, et ça passe. ;)
    Et moi j’explique juste comment je perçois le truc sans renier le talent d’Ennis, et on me lâche pas comme si je blasphémais…

  • OmacSpyder  

    Deadpool a l’air d’accord avec toi en se moquant de la pente qu’a prise le Punisher…
    Il décrit cette pente où un meurtre après l’autre ça devient de plus en plus facile, et que l’humour fait passer le tout. C’est ironique bien sûr! Ce à quoi Hawkeye lui répond qu’il est « glorious idiot » en se marrant de cette vision décalée du meurtre qui devient plus facile au fur et à mesure… Comme pour le Punisher^^

    https://i.pinimg.com/originals/a4/76/d7/a476d74d6d43f01be507674a4baba885.png

    Il remonte ainsi le moral de Clint Barton en prison après avoir tué ×××Biiiipp×××

    • Matt  

      Tiens il y aurait un commentaire critique là dessus dans du Deadpool ?^^ C’est de quel auteur ça ?
      C’est post civil war 2 c’est ça ? J’ai oublié qui est mort…on l’avait dit sur un autre article que c’était Hawkeye qui avait tué je sais plus qui.
      Hélas vu la période, je risque fort de ne pas lire ce Deadpool. Le marvel récent avec ses trop nombreux changements et events à suivre me décourage.

      • Bruce lit  

        Hawkeye a tué Hulk.
        Qui vient de ressusciter aux States…

      • OmacSpyder  

        @Matt : C’est dans Uncanny Avengers (volume 3 épisode 13, tie in à Civil War II) C’est écrit par Gerry Dugan et ces épisodes sont plutôt plaisants à lire. Ils donnent une suite à Rage of Ultron (le Graphic Novel).
        Inattendu n’est-ce pas?! Deadpool émettant un avis critique sur le Punisher et son rapport au meurtre..!

        • Eddy Vanleffe  

          Au delà du Punisher, c’est le rapport du comics au meurtre en général qui me pose question ces derniers temps…

  • Eddy Vanleffe  

    pour ma art je ne suis pas un grand fan du Punisher non plus et surtout dans sa version MAX.
    je dois avouer à ma décharge n’avoir lu que trois arcs, car voilà, persévérer au delà de ça quand on aime pas, ben c’est le suicide du porte-monnaie! :)
    Je ne suis pas non plus en phase avec l’écriture de Garth Ennis.
    je vois bien que vous lui trouvez plein de finesse, de justesse et tout ça..mais je n’ai jamais été capable de le voir. je suis passé à coté totalement.
    J’aime bien ses War Stories, ses Punisher rigolo Marvel Knights, Hitman et c’est tout.
    Je suis par exemple totalement hermétique à son emphase pour les amitiés viriles de comptoir. je n’ai aucune empathie pour ça.
    il y a des trucs qui dépendent vraiment de la sensibilité du lecteur…

    • Jyrille  

      As-tu essayé ses Hellblazer ?

      • Eddy Vanleffe  

        Le premier tome et j’ai pas apprécié du tout…
        c’est avec son écriture que je n’ai pas d’affinités….
        ça arrive … :)

        • Matt  

          Au moins j’suis plus le seul^^

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