Antéchrist Superstar

The Chronicles de Wormwood par Ennis et Burrows

Les Covers beurks de Jacen Burrows...

Les Covers beurks de Jacen Burrows…©Avatar

Ce commentaire couvre l’intégralité de la mini série en 6 épisodes de Garth Ennis et Jacen Burrows.

Voici un commentaire qui fait bobo à votre serviteur, défenseur acharné de Garth Ennis.

Allons plus loin. Si l’ami Ennis venait à décéder tragiquement, on pourrait dire de lui qu’il aura laissé une oeuvre aussi monumentale que Moore ou Gaiman. Et on n’est pas loin de penser qu’il les a coiffé au pilori depuis longtemps.

Maintenant ces Chroniques de Wormwood toujours inédites dans nos contrées…

Danny Wormwood  est directeur de programmation d’une chaîne câblée, il gagne bien sa vie, vit avec une femme qu’il aime, baise une maîtresse qui lui laisse carte blanche au lit.

Le soir, il retrouve son pote Jay, un noir rasta dont il prend soin depuis qu’une violence policière lui a laissé de graves séquelles cérébrales. Une histoire assez banale en fait si Jay  et Danny n’étaient pas les réincarnations du Christ et de l’Antéchrist !

Christ et Antéchrist amis ??©Avatar

L’admirateur de Garth Ennis ne peut que se sentir chez lui. Voici un auteur qui aura passé sa carrière à mettre en scène des marginaux ou des héros étant dans une attitude de refus. Billy Butcher refusait l’autorité des super héros dans The Boys, ses militaires de War Stories refusent fréquemment d’obéir à des états majors éloignés de la réalité du terrain. Jesse Custer refuse de se soumettre au Dieu qu’il avait juré de servir et Frank Castle refuse de vivre dans une Amérique où des enfants  se font flinguer en plein Central Park.

Rien d’étonnant dès lors à ce que, chez lui, Christ et Antechrist soient amis intimes et que Danny envoie balader son père qui lui demande d’incarner l’Armageddon. Comme chez Gaiman, voici une divinité qui ne veut aucun mal à l’humanité et qui souhaite prendre de la distance avec un destin tout tracé par son père.

Wormwood envoie son père…au diable !©Avatar

Wormwood comporte son lot de moment Ennis, des séquences d’humour extrême où le graveleux le dispute au trash: le pape Jacko adepte de fellations et de partouzes Vaticane, un lapin qui insulte et chie sur Satan, Dieu représenté en vieillard sénile la main toujours fourré dans la culotte pratiquant d’une masturbation éternelle. On y voit également Mitterand porter le trône de Satan et un sympathique clin d’oeil au Sandman lorsque Death collecte les âmes des morts. Et que dire d’un serveur qui, puni par notre héros, voit son penis lui servir de nouveau nez…

Si Wormwood reste fidèle aux outrances du turbulent Irlandais, pour la première fois depuis Jennifer Blood, celles ci ne sont pas accompagnées de l’intelligence aiguë du scénariste, son sens sociologique de l’observation ou son incroyable érudition historique.

Le pape sonne les cloches de ses nones !

Le pape sonne les cloches de ses nones !©Avatar

Ennis à souvent signé des récits scabreux avec de l’humour très et dessous de la ceinture, comme The Pro où il traînait la mythologie super héroïque dans des flots de sperme et de jurons assez jouissifs. Mais ces chroniques ont un net désavantage : il s’agit d’une histoire de 145 pages où Ennis brode autour de son pitch. Il ne s’y passe quasiment rien et notre auteur semble tourner autour du pot. On peut y déceler tout au plus un certain respect pour la figure du Christ et une condamnation sans appel de l’Ancien Testament.  Mais Ennis nous a habitué à tellement mieux.

Et la lumière pue !©Avatar

Vidé de sa substance maléfique, notre Antéchrist a une personnalité bien fade et le Christ pas de personnalité du tout. On sourit aux outrances d’Ennis, à certaines trouvailles qui montrent son imagination mais on reste dans une histoire graveleuse qui ne va jamais très loin. Ainsi Danny Wormwood lorsqu’il s’ennuie, prend sa bagnole et visite le Paradis. L’épisode suivant, c’est l’Enfer. Et ainsi de suite.

Aucune tension dramatique, des dialogues interminables qui sonnent creux et môchement illustrés par Jacen Burrows que tout le monde s’arrache pour des raisons qui m’échappent. Il rappelle un Steve Dillon mais sans le sens de la mise en scène, des gueules patibulaires ou des dialogues. Burrows semble heriter des défauts de de Dillon sans les qualités en fait : des décors pathétiques, un démon ridicule, l’Enfer et le Paradis représentés sans imagination et des des expressions faciales et corporelles rigides.

Tout ceci serait secondaire, si Ennis, qui n’a jamais fait montre d’une exigence acharnée en terme de dessinateur, était fidèle à sa réputation : des méta commentaires à gogo, une profondeur insoupçonnées et des séquences d’émotion superposées à de l’ultra violence. On y retrouve les obsessions d’Ennis pour l’amitié virile, les conversation de bar et la loyauté. Mais Wormwood fait penser à une histoire drôle où le narrateur multiplierait les détails pour en retarder la chute.

Ça me fait mal de le dire, mais Urban et Panini ont vu juste en n’éditant pas ce machin.  On ne peut pas taper à longueur de temps sur les tics d’écriture de  Warren Ellis , de Grant Morrison et de Bendis sans reconnaître qu’ici Ennis n’est pas à la hauteur de son talent. Et même Mark Millar s’en sort mieux dans son amusant The Chosen. C’est dire ! Sob !

Après Arseface, voici Fucknose !

Après Arseface, voici Fucknose !©Avatar

10 comments

  • Présence  

    Personne n’est parfait, pas même Garth Ennis. D’un autre côté le ratio prises de risques et intelligence / grosse farce décérébrée qui tâche est tellement en faveur de cet auteur que j’oublie facilement les quelques ratés.

    Je suis réconforté de voir que tu compares ce récit aux autres histoires d’Ennis, indiquant par là qu’en tant que lecteur tu as un certain niveau d’atteinte vis-à-vis de lui, qui n’est pas forcément le même que pour un auteur lambda.

  • Tornado  

    Merci Bruce, parce que ton commentaire me rassure. Car lorsqu’une oeuvre d’Ennis n’est pas traduite en VF, c’est toujours une grande frustration pour moi.
    Le style de Burrows est vraiment très médiocre. Il n’y a que dans « Neonomicon », où il s’est particulièrement appliqué, que j’ai réussi à l’apprécier.
    Comme d’habitude, Garth Ennis ne travaille qu’avec ses potes, et peu lui importe, manifestement, qu’ils dessinent comme des patates…

  • jyrille  

    The Chosen mais aussi De bons présages de Gaiman et Pratchett, voilà à quoi me fait penser ce commentaire ! Merci pour la culture, je vais me mettre à Ennis sérieusement dès janvier.

    • Bruce lit  

      @ Tous : un commentaire écrit sur ma tablette en bagnole. Le souvenir m’en est plus cher que l’hsitoire elle même. Je me devais d’être honête et crédible. Je ne peux pas descendre les autres scénaristes alors que sur ce coup Ennis a fait la même chose.
      C’est vraiment le scénariste qui me correspond le mieux : son côté rock qui ne s’est pour l’instant jamais compromis, son versant réaliste, son discours mature, son gôut pour l’histoire et son versant féministe. A part Jennifer’s Blood et cette pochade, il ne m’a jamais déçu.

  • Tornado  

    Et moi aussi : Ennis est dans mon top 3. Le top du top.

  • Bruce lit  

    Comme le conflit Israelo Palestinien, j’avoue me sentir dépassé par celui irlandais. En tout cas, lorsqu’Ennis, l’aborde dans Preacher, The Boys ou Punisher, ce sont je trouve ses arcs les moins réussis.

  • Tornado  

    Alors j’avais oublié cet article (l’intégrale de la série vient de paraitre en VF). Certes ton analyse ne fait pas envie. Sauf que la série a perduré et l’intégrale ajoute 350 pages à ces épisodes. Intriguant, non ? Et si ça s’améliorait ensuite ? Argh… Le fait de risquer de rater une oeuvre d’Ennis m’est insupportable… 🙁

    • Présence  

      Chronicles of Wormwood comprend la minisérie initiale en 6 épisodes, un numéro spécial The Last Enemy de 48 pages et une deuxième minisérie The Last Battle de 6 épisodes également.

      • Tornado  

        C’est ça. Ça fait 264 pages supplémentaires (je m’étais trompé au-dessus). Je suis curieux de savoir ce que ça vaut en entier. En tout cas tant que je ne saurais pas je ne m’y risquerai pas…

        • Jyrille  

          Ah cool un avis négatif, du coup je vais faire l’impasse.

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