Interview Antoine Ozanam

Auteur sur le divan: Antoine OZANAM

Propos recueillis par OMAC SPYDER

Ozanam par Nicolas Guerin

Ozanam par Nicolas Guerin

Tout commence par une histoire.
C’est celle d’un article écrit sur la série Klaw. Klaw, c’est une BD en 8 tomes dont mon fils avait déjà lu avidement les 6 premiers. Le préadolescent avait visiblement rencontré des thèmes qui lui parlaient, mais pas seulement. Il voulait que moi, son père, je les lise aussi. « Tu lis bien tous tes autres comics », me disait-il. A part temporiser, quoi lui répondre? Son enthousiasme m’intriguait. Il voulait me raconter, me contaminer un peu, me transmettre la mythologie qu’il avait découverte. Bien évidemment, je lus la série, et pris dans l’élan de la transmission, j’en rédigeais un article. Il se passait quelque chose dans cette série, mine de rien.
J’eus un petit contact avec son auteur à ce sujet, et vous savez comment les choses se passent, un grand manitou s’en est mêlé et les esprits ont convergé vers une interview.

Vision téléscopique

Vision téléscopique

Antoine OZANAM est l’auteur de « plusieurs BD dont les sorties n’ont jamais dépassé le numéro 3 ». Ayant lu cette étrange introduction sur la toile, cela confirmait que Klaw était une série à part, y compris pour l’auteur. D’ailleurs le petit mot écrit en préambule du dernier tome paru à ce jour, le tome 8, va dans ce sens : « Tome 8! Qui aurait cru que nous nous retrouverions? Pas moi! »
On sait qu’il est né à Rouen, pendant une éclaircie. Les astres lui ont donc souri, suffisamment pour qu’il tente sa chance vers la banlieue parisienne. Premier album en 1999 : Hotel Noir. En 2004, Antoine OZANAM décide de se consacrer exclusivement à la bande dessinée. Il a écrit « Eclipse », chez Vents d’Ouest,  Les Âmes sèches  et  L’Amourir chez Casterman ou encore We are the night  chez Ankama.
La série « Klaw » paraît chez le Lombard et le sujet a l’air de trouver un écho propice au développement de l’histoire.

Les Dizhis entrent dans la danse

Les Dizhis entrent dans la danse

Antoine OZANAM, puisqu’il est question dans Klaw de transmission, avec cette histoire de Totems qui se transmettent d’un individu à un autre, d’où tirez-vous votre patte de scénariste? Quelles sont vos influences?

Il y a eu plusieurs passages de relais. Le plus vieux, à l’époque je confondais bien volontiers les métiers de la BD, a été un ami de mes parents qui était dessinateur d’un strip pour un quotidien. Il s’agissait de Bindle, auteur de Poustiquet.
Par la suite, je suis tombé dans le magazine Spirou. A l’époque, je trouvais pas mal de scénaristes qui me «parlaient» : Yann et Tillieux entre autres. Puis, il y eu la rencontre avec le comics… Où Neil Gaiman et surtout Peter Milligan m’ont ouvert la voie (sans qu’ils n’en sachent rien).

Neil Gaiman et Peter Milligan, de sacrés totems! Qu’avez-vous comme souvenir de leurs lectures?

J’ai découvert les deux la même semaine. En allant acheter Blood de Kent Williams chez Album Comics (alors rue Dante, à Paris). Les séries Shade The Changing Man  et Sandman  étaient déjà commencées mais il y avait le début d’un nouveau cycle pour chacune d’entre elles. Du coup, je me souviens bien d’avoir commencé Shade  dans le métro pour rentrer chez moi. Dès le lendemain matin, j’ai fait tout Paris pour trouver les numéros précédents (ça n’a pas été facile de compléter en entier)… Pour Sandman, j’ai pris les premiers trades…
Je crois que j’ai préféré Milligan dès le départ. Plus de folie et de liberté. Il correspond exactement à ce que je me suis mis comme objectif (enfin, avant, car depuis un certain temps, je trouve qu’il est trop rentré dans le moule). C’est un punk joyeux. De temps en temps c’est foutraque mais j’aime bien. Je préfère trop d’idées que pas assez.
Gaiman, j’aime son romantisme. Et depuis qu’il fait des romans, je l’aime davantage. C’est comme s’il était trop étriqué en BD (je déteste les adaptations de ses romans en BD).

Vous posez en page intérieure de chaque album les règles qui régissent l’univers des Dizhis, ces Totems issus de l’astrologie chinoise. Ces règles sont précises :
« Si un DIZHI est vaincu, son pouvoir peut être absorbé par le vainqueur.
Un totem s’incarne dans deux hôtes. Dans le cas où un humain ne partage pas son totem, il éprouve une soif inextinguible de nouveaux pouvoirs
Un DIZHI possédant plusieurs totems peut en céder un à une tierce personne
Plus un DIZHI acquiert de totems, plus sa soif de pouvoir s’accroît. »
Ces règles ressemblent à celles d’une société, en fixant les possibilités et les limites, mais forme aussi comme un mode d’emploi des relations entre les êtres concernés. Comment vous est venue cette idée de formuler ces règles?

Au départ, je voulais introduire ces règles uniquement dans les dialogues. Comme Ange découvrait tout cet univers, il était simple de les énoncer. Mais l’éditeur a voulu enfoncer le clou en les mettant sur les pages de gardes. Je crois qu’il a bien fait. Ça donne un coté plus strict. J’aime bien ça quand on parle de règles.

Les règles ou les fondations, c'est ce qui tient l'édifice...

Les règles ou les fondations, c’est ce qui tient l’édifice…

Intéressant cette idée pour une bd parlant de l’adolescence. Vous pouvez m’en dire davantage sur cet intérêt?

Attention, il ne s’agit que des règles sur le monde des dizhis. Puisque c’est un univers inventé, il me semble qu’il faut bien délimiter ce que peut ou ne peut faire un dizhi. Pour que ça soit très cohérent. Ma hantise étant que l’on repère une erreur. Et puis énoncer les règles directement permet de jouer avec le lecteur. S’il sait qu’il est interdit d’ouvrir la porte de la cave, il sait qu’à un moment quelqu’un va le faire, non?

La transgression est donc à envisager, bien…Vous écrivez l’histoire du personnage principal, Ange Tomassini, avec des moments où plusieurs années s’écoulent entre deux tomes. Était-ce une volonté de saisir l’occasion de raconter les étapes de vie du jeune garçon que l’on découvre au départ? Est-ce une aubaine, une limite repoussée qui vous est donnée et dont vous usez?

Quand j’ai signé avec Le Lombard, il n’était question que d’une histoire sur 3 tomes. C’est un peu près l’histoire qui est comprise dans les trois premiers albums. La fin était légèrement différente puisque je devais boucler l’histoire. Puis, l’éditeur nous a proposé de continuer… Alors, l’idée de faire vieillir Ange a été totale (il avait déjà vieilli… mais là, j’avais la possibilité d’aller jusqu’au bout du processus).

Les totems correspondent à des aptitudes spéciales pour les personnages, un peu comme des superhéros ou supervilains, mais correspondent aussi à des traits de caractère : le Buffle est résistant et agressif, le Rat s’accommode mal des autres… Par contre certains totems ont un caractère que l’on n’attend pas…Quel sens donnez-vous à ces archétypes? Le Totem et le caractère se lient-ils forcément?

C’est l’un des trucs que j’ai eu le plus de mal à mettre en place. Ce qui m’intéresse dans le lien entre le totem et son hôte, c’est que ça marche dans les deux sens. Bien sûr, le totem influence l’hôte. En même temps, j’aime l’idée que l’hôte influence aussi le dizhi. Quelqu’un de vraiment mauvais tirera les plus bas instincts du totem. En revanche, il me semble intéressant de montrer un de ces quatre qu’un hôte bon peut rendre le buffle plus « humain ». Ce point-là est difficile à faire comprendre, il me semble… Mais j’y tiens beaucoup...

"On ne naît pas méchant. On peut le devenir"

« On ne naît pas méchant. On peut le devenir »

Il y aurait donc notre héritage et ce que chacun peut composer avec celui-ci. Est-ce de votre propre vécu que vous explorez cette idée?

C’est surtout que j’ai du mal avec le déterminisme. On ne naît pas méchant. On peut le devenir. Il y a sans doute des terrains propices. Mais cela n’explique pas tout. Aussi, pour être bon, pour le devenir, il faut avoir eu la chance de croiser les bonnes personnes.
J’applique cette idée aux dizhis qui, bien qu’esprits, rencontrent ou non les bonnes personnes. Le Dizhi ne serait qu’un révélateur dans la plupart des cas. Mais il ne donnerait que ce dont l’hôte a besoin. C’est aussi un peu l’idée du génie. Il dépend des voeux que son maître lui fait. Si le maître est un sale type, le génie sera bien obligé de s’exécuter.

Klaw est une histoire de séparation. Le tome 4 s’appelle « Rupture », Ange se sépare de ses amis, de sa famille, s’exile… Il y a un côté ado en fugue, en quête… Comment avez-vous imaginé ce point de départ? D’autant plus que le titre du premier tome « L’Eveil », laisse penser à quelque chose qui éclot (qui est-Klaw?)… C’est l’histoire de la perte de l’enfance. Quel matériau, quels souvenirs utilisez-vous pour que cela sonne aussi vrai?

Je ne sais jamais si ça sonne vrai. Le but est d’être honnête. Après, ça reste du hasard.
L’éveil est effectivement un clin d’oeil à la fin de l’enfance. Ce moment très particulier où tout le monde change énormément (la mort de la naïveté). Ça marche terriblement bien avec les super-héros. De Superman à Spiderman, c’est à l’adolescence qu’ils découvrent leurs pouvoirs.
Après, il me semble que l’idée de cycle est très liée à la vraie vie. On n’arrête pas de se séparer… Heureusement et malheureusement. Tout depend de qui, mais on retourne toujours vers nos moments heureux. Donc, il y a deux sortes de révolutions. L’une qui se referme et l’autre, plus grande qui boucle beaucoup plus tard. Scénaristiquement, ça promet de grandes choses (haha).
Pour les souvenirs, ce n’est pas aussi flagrant. Mais oui, je puise forcément sur mon vécu.

Avez-vous vécu justement des brimades comme Ange au début de l’histoire? On ressent bien la rage qui survient dans ces moments-là…

Ha ! Ha ! Si je les ai pas vécues, je les ai ressenties. Pas besoin d’être tabassé pour se sentir seul ou différent. Et de ressentir une rage envers ces idiots qui tentent de briller de n’importe quelle façon.
Moi, j’étais un rêveur, tête en l’air et pas forcément bon élève. Du coup, j’ai vécu pas mal de moqueries. Mais à franchement parler, je passais à autre chose facilement. Je me fabriquais une forteresse imprenable : les histoires.

Brimades chimériques ou réelles : l'empathie quand le tigre arrive!

Brimades chimériques ou réelles : l’empathie quand le tigre arrive!

On sent dans cette histoire votre goût à la fois pour les superhéros et pour les histoires ancrées dans le quotidien. Klaw vous permet-il de faire le grand écart et de concilier ces deux aspects en « déchirant les codes »?

Oulala. Encore une fois, c’est beaucoup moins prémédité que ça. En fait, j’aimais bien les superhéros quand j’étais jeune (et encore plus au cinéma qu’en bd). Beaucoup moins par la suite. En revanche, j’aime bien l’idée du fantastique du quotidien cher à Borgès. L’idée que ça dérape juste ce qu’il faut pour rencontrer le fantastique. Mais clairement, Klaw a été pensé pour communiquer avec mes enfants, leur offrir des histoires qu’ils puissent lire. Le seul moyen que j’ai trouvé c’est de parler à l’enfant que j’étais, avec le recul de l’adulte. Ce qui permet de m’amuser avec les codes.

Justement, nous sommes bien ici dans une histoire de transmission qui circule dans les deux sens : du parent à l’enfant et réciproquement ; je vous pose la question que mon fils m’a posée, il n’y a pas de raison que vous échappiez : Quel est votre totem, à vous? Si vous deviez en hériter d’un (ou plusieurs)? Que feriez-vous de ses capacités spéciales?

Voilà la vraie raison de la règle «un hôte ne peut avoir plus de 6 dizhis»! Parce que sinon, je dirais bien que je les veux tous. Après, j’aime bien l’idée du rat. On lui fout la paix car on ne peut l’absorber… Et puis, il peut guérir de tout. Dans ma vie de tous les jours, je trouve ça le pouvoir le plus intéressant.

Chacun cherche son rat Ou « Le Rat : On lui fout la paix car on ne peut l'absorber! »

Chacun cherche son rat
Ou
« Le Rat : On lui fout la paix car on ne peut l’absorber! »

Cela veut-il dire, entre ce Rat qu’on ne peut absorber et le Cochon qui guérit de tout que vous avez encore… des cicatrices intérieures?

Le rat, c’est effectivement pour qu’on me fiche la paix. Je suis plutôt casanier. Le fait que l’on puisse pas m’intégrer à un groupe me rassure. Pour les guérisons, plus que les cicatrices, c’est surtout parce que j’ai un petit peur des maladies. La mort, pas vraiment. Mais chopper une saloperie qui fait mal, si je peux éviter…

Klaw fonctionne par cycles. Nous avons : Eveil/Tabula Rasa/Unions, sur la fin de l’enfance et ses désillusions, Rupture/Monkey/Les Oubliés où l’adolescence se confronte à des choix, des zones grises, des alliances nouvelles et enfin le dernier cycle inachevé à l’heure où nous parlons Opération Mayhem (Grabuge)/Riposte/? Qui voit Ange adulte se confronter à d’autres DIZHIS, se défaire d’influences, choisir des alliés et une « apprentie ». Comment cet écheveau s’est-il installé dans votre récit qui de plus s’étoffe de personnages au fur et à mesure?

Ça, c’est vraiment la magie d’une série qui continue ! Bien sûr, tout ça était en tête au départ ; Mais j’avais l’impression que ça resterait un doux rêve. Tout le monde vous dit que les séries, c’est mort et vous, vous en commencez justement une. Dans l’un de mes carnet, je suis allé jusqu’au tome 21. Mais je ne sais pas si j’irai aussi loin. Alors, le but est de raconter toujours le plus de chose. Dans l’idéal, on suivra Ange très très loin dans sa vie. Qu’il soit accompagné de dizhis ou non.
Les cycles se sont mis en place tout seul. Sans que je les force. C’est assez instinctif. Ce qui veut pas dire que je ne les ai pas pensés. Mais effectivement, ça suit une logique et je n’y reviens pas forcément tout le temps.

Mon fils m’a raconté que la BD était disponible à la bibliothéque du collège et qu’il en avait échangé avec une camarade. Votre histoire s’adresserait ainsi aussi bien aux garçons qu’aux filles, mais en plus permettrait là aussi une passerelle entre eux, les sujets communs n’étant pas si fréquents à cet âge-ci. Qu’est-ce que vous en pensez?

Si c’est le cas, c’est un autre petit miracle! Ça me fait plaisir d’entendre ça. Plus qu’avec des histoires pour adultes, le retour du lecteur est important. Aussi parce que je ne suis plus un gamin et qu’il est toujours flippant de se dire qu’on va passer pour un vieux débile…

Si, si, c’est vrai! Doutez-vous que votre part d’enfance parle aux enfants et adolescents de maintenant?

Comme je le disais tout à l’heure, j’ai plutôt été un enfant solitaire (ou avec peu de copains). Alors j’ai des doutes sur le fait que ma part d’enfance parle à n’importe qui (enfant d’hier ou d’aujourd’hui). Bon, en même temps, la littérature a montré que les enfants lecteurs s’attachent à des personnages qui ne pourraient pas être leur pote. Tout va bien…

Garçon-fille : mode d'emploi ou S'attacher aux personnages

Garçon-fille : mode d’emploi
ou
S’attacher aux personnages

Le choix du dessinateur, Joël JURION, a été semble-t-il une forme d’évidence. Qu’est-ce qui dans son trait sonnait Klaw?

La première fois que j’ai rencontré Joël, il avait un carnet de croquis qui me donnait envie. Quand il m’a recontacté pour que l’on bosse ensemble, j’avais déjà un bout de ce qui était Klaw mais ce n’est qu’en pensant à son travail, et surtout à ce carnet, que les choses se sont mises en place. Joël a quelque chose dans son dessin de plus «sucré» que ce que je fais d’habitude. Il a une souplesse qui permet de rendre mes idées plus simples à lire.

Comment, au final, s’est construite cette histoire? Dort-elle depuis un moment en vous? Elle semble puiser dans quelque chose qui s’est construit progressivement… Est-ce que le Tigre sommeille en vous à votre insu?

Oui, ça fait un bout de temps… Il y a même eu un essai avec un autre dessinateur mais l’histoire était plus centrée sur le tigre. Uniquement sur celui-ci. Même si pas mal de choses étaient déjà présentes, il a fallu l’idée des douzes dizhis pour vraiment faire vivre la série. Et ça, ça a pris un certain temps.
Quand Joël m’a demandé un scénario, tout est arrivé très vite. Les idées qui étaient encore en sommeil, sont toutes sorties en même temps.
Après, je crois que les thèmes sous-jacents sont là depuis le début de mon envie de faire de la BD…

Le choix du dessinateur Une patte sucrée qui tranche!

Le choix du dessinateur
Une patte sucrée qui tranche!

C’est intéressant ça, que ces thèmes existent en vous et font même partie de votre envie d’écrire… D’où viennent-ils selon vous?

Peu importe l’histoire que je raconte, à la relecture, je vois ces thèmes. Les mêmes bien souvent. Bien sûr, ils font partie des choses que j’ai vécues. Des solutions que j’ai trouvé aux problèmes que j’ai surmontés. « Si ça marche dans la vraie vie, ça marchera dans les histoires ».
Par exemple, le thème du double ou de la deuxième chance est pratiquement toujours là. Même si ce n’était pas explicitement pensé, je crois que le fait qu’il y ait deux hôtes pour un même dizhi fait partie de ce thème. Et le fait que l’homme se transforme aussi. En fait, c’est plein de doubles ! Ha! Ha! Si en plus on rajoute les jumelles Monkey, ça frise la camisole.
Ce thème est présent dans ma vie depuis très longtemps. Sans vouloir faire de la mauvaise psychanalyse, il y a l’image que le donne aux autres et qui on est vraiment. Mais ça n’a rien d’exeptionnel. Je crois que plus de la moitié des histoires sont basées sur le double…

Si l’on suit la logique des trois cycles de trois tomes chacun, allez-vous mettre fin à l’histoire avec le tome 9? Aurez-vous tout raconté? Ou est-il possible qu’il y ait une histoire ‘spin off’ à venir?

Comme je sais déjà que Le Lombard veut bien continuer, je peux dire que le 9 ne sera pas la fin. Il y aura un gros retournement à la fin de ce cycle. Ce qui me permet de redistribuer toutes les cartes et partir vers là où on ne m’attend pas… (enfin, j’espère). Du coup, il y aura un quatrième cycle très différent mais qui correspond bien à ce que je pense de l’âge adulte.
Pour les spin off, je suis pas contre mais j’ai peur de faire perdre le fil au lecteur. Bien sûr cela permettrait de raconter un peu plus de chaque dizhis mais je veux surtout ne pas rater l’histoire de Klaw. Donc, même si l’univers si prête, on verra plus tard…

Que vouliez-vous, plus ou moins consciemment, transmettre à travers cette histoire? Certes, il y a de l’action, des rebondissements, le dessin de Joël JURION est assez fantastique et s’améliore de tome en tome avec les coloristes et encreurs (comme si le dessin suivait lui aussi une évolution), mais Klaw fait passer quelque chose… Le réalisez-vous mieux maintenant ou était-ce déjà présent dans votre esprit? Que raconte votre Totem là-dessus?
Tout ça n’est pas forcément conscient… Mais le fait que j’ai écrit pour mes enfants n’est pas étranger à ce que vous me dîtes. Ce que je réalise là, c’est que c’est aussi le cas pour d’autres personnes. Et ça, c’est juste super agréable.
Le retour des lecteurs est quelque chose qui m’intéresse forcément. Mais ça me fait peur de trop les écouter car ça pourrait influencer mon envie d’aller dans telle ou telle direction. Mais comme j’aime jouer et aller sur les chemins inattendus, je tente de lire les retours avec amusement.

Pour le dessin de Joël, je trouve aussi une évolution. Mais à bien regarder les séries de mon enfance, j’y vois la même chose : les auteurs continuent à installer le personnage sur plusieurs albums. C’est le cas pour Lucky Luke autant que pour Thorgal

L'évolution du trait et des personnages La part du tigre et de la surprise!

L’évolution du trait et des personnages
La part du tigre et de la surprise!

En bref, vous ne voulez toujours pas vous faire « absorber », y compris par vos lecteurs, et garder l’effet de surprise… Est-ce que l’évolution de l’histoire vous surprend vous-même parfois?

Oui, bon résumé ! C’est un peu ringard à dire mais les personnages n’en font qu’à leur tête. J’ai beau écrire des choses précises sur leur devenir, il faut aussi respecter une logique. Certains que je pensais mourant sont bel et bien là. Et je pense encore pendant longtemps. Bien sûr, la surprise est toujours présente. Pour chaque album, je sais quelle est la destination. Mais le chemin change assez souvent. Et puis, il y a ces petits moments de fulgurances où une idée surgit et change encore le tout.

Là, je suis sur le tome 10. Je pensais le tenir en entier puis en écrivant la page 7, j’ai eu une idée de la dernière page de l’album. Un truc que je n’avais pas vu venir. Mais qui correspond à la fois à une logique et à la fois à ce que j’aime comme surprise à donner en fin d’album aux lecteurs. Ça change trois ou quatre pages dans tout le récit. Mais surtout, ça transforme entièrement la suite de l’histoire. Et franchement, je n’écris que pour ces petits moments là où je suis impatient de connaitre l’effet que ça va avoir sur les lecteurs.

Quand l'histoire, comme la vie, se transforme d'elle-même...
Quand l’histoire, comme la vie, se transforme d’elle-même…
Ah! l’effet de surprise..! Donc un tome 9 et un 10ème en cours, ça laisse de quoi se mettre sous la dent…Pour la route, si on mettait une bande son à cette interview (c’est une tradition du blog), qu’est-ce que l’on mettrait dans le lecteur?

Ha ! Ha ! J’ai l’habitude de travailler en musique. Souvent, ce sont des vieux trucs qui vont de Bowie à Legendary Pink dots. Mais pour Klaw, le groupe que j’écoute le plus sont les Danielson Famile. Un groupe avec beaucoup de folie. Et une pêche incroyable. Sinon, pour le tome 8, j’ai terminé l’écriture avec la bande son de Punch Drunk Love. Ça colle vraiment bien à l’idée que je me fais de l’histoire. Surtout avec ces plages bizarres où tout s’accélère.

Rythme de parution, cycle des personnages : Klaw, une boîte à rythme!

Rythme de parution, cycle des personnages : Klaw, une boîte à rythme!

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L’interview exclusive du dessinateur de Klaw, Antoine Ozanam menée tambour KKK par Omac Spyder ? C’est chez Bruce Lit.

La BO du jour :

20 comments

  • Présence  

    Voilà des influences inattendues : Neil Gaiman pour Sandman, et plus pointu encore Peter Milligan pour Shade. Mais personne n’est parfait : tu aurais peut-être dû censurer la phrase sur sa préférence pour les superhéros en film. :) :) :)

    On reconnaît bien la patte de l’intervieweur dans la liste des thèmes abordés : transmission (avec même une apprentie pour le personnage principal), règles fixant un cadre, transgression, rupture, rage, déterminisme, universalité des émotions. Cela donne une orientation à l’entretien, et dans le même temps les questions sont formulées de manière à être en lien direct avec l’œuvre de l’auteur.

    C’était très intéressant de découvrir comment l’expérience personnelle de l’auteur a nourri son récit, en particulier la mise en scène de brimades dont l’auteur parvient à restituer le ressenti, ses émotions d’enfant plutôt solitaire qui parlent à chaque lecteur. Je suis impressionné par la capacité d’Antoine Ozanam à repérer par lui-même les thèmes récurrents de son œuvre, belle preuve de capacité de prise de recul.

    J’ai écrit pour mes enfants. – Une belle motivation, si évidente et pourtant à laquelle je ne m’attendais pas.

    J’ai eu une idée de la dernière page de l’album. Un truc que je n’avais pas vu venir. – Avec cette remarque, Ozanam me donne l’impression de le voir à l’œuvre, de voir la magie de la création advenir sous mes yeux. Une magnifique interview.

    • OmacSpyder  

      Je te rejoins Présence sur les surprises issues de cet entretien, notamment les influences.
      Et surprise aussi quant à la clarté du propos sur les thématiques abordées. Et sinon, pas de censure, c’est la règle! (Mais où as-tu vu cette préférence d’ailleurs?^^)

      La patte de l’interview tient à ce que… je ne suis pas interviewer^^ D’où l’intitulé de l’exercice :  » Auteur sur le divan » qui me met plus à l’aise. Et Antoine Ozanam a superbement joué le jeu, permettant d’entrer comme tu le soulignes très bien à la fois dans la source et dans le mécanisme de création.

      Merci pour ton retour détaillé! :)

      • Présence  

        J’aimais bien les superhéros quand j’étais jeune (et encore plus au cinéma qu’en bd). – C’est ce qu’il répond à ta question sur la narration déchirant les codes. Je me suis juste permis une extrapolation au présent.

        C’est très impressionnant comme cette interview semble naturelle et organique, et comment j’ai ressenti une introspection personnelle dans les réponses très humbles, dépourvues d’académisme.

        • OmacSpyder  

          Même la réponse déchire les codes!
          Je ne suis pas certain que ce soit encore le cas… ;)

          Cette interview est partie d’un ressenti, partagé qui plus est (voir l’article sur la BD Klaw), et est allée je pense rejoindre un ressenti moteur de la création chez Antoine Ozanam. L’envie paraît être un de ses moteurs, mais en effet au sens organique comme tu l’évoques ici. Quant à l’académisme, le Mr en est assez loin au fond. Et c’est très bien ainsi :)

  • Eddy Vanleffe  

    une very cool interview… :)

    • OmacSpyder  

      Thanks Eddy! The Tiger hits the jackpot!^^

  • Florent Bulles  

    Superbe interview. Faut vraiment que je lise cette série !

    • OmacSpyder  

      Avec l’éveil du printemps arrivant, ça sera parfait! ;)

      • Bruce lit  

        L’éveil du printemps est une très jolie pièce de théâtre de Frank Wedekind que j’ai vue une dizaine de fois.

        • OmacSpyder  

          Ah oui! Tout à fait d’accord!
          Et n’est-ce pas le thème des transformations et de ses affres là aussi?^^

  • Bruce lit  

    Spontanéité. Plaisir d’imaginer. De se surprendre soi-même et de ne rien préméditer. Cet Antoine Ozanam est décidément d’une fraîcheur charmante. En lien avec son enfant intérieur, suffisamment pour se rappeler que l’on peut se sentir seul sans être tabassé et la rage sans être un caïd. Si en plus de cela, il fait lui même les liens avec Peter Parker….que demander de plus ? Et bien un nouveau lecteur acquis à la cause de ce Klaw qui, je me répète me semble très proche de l’esprit Foxboy.
    J’ai un peu de mal par contre avec sa comparaison entre Gaiman et Gaiman qui à mes yeux n’ont à voir que la britanicité . Milligan n’est pas un rêveur du tout et Gaiman pas un cynique. Par contre ses romans ont le don de me faire somnoler.
    Merci pour cette nouvelle interview haute volée et un grand désolé pour les lecteurs matinaux qui ont découvert une version de cet article sans espace de commentaire, avec une mise en forme bancale et amputée de sa fin : M WordPress a eu droit à de gentilles caresses énergiques et griffues pour y remédier….

    • OmacSpyder  

      Un dizhi maléfique a dû s’emparer de WordPress et il a fallu toute l’énergie d’un tigre pour le dompter! Merci pour ce rétablissement à vitesse grand V!

      Antoine Ozanam est en effet saisissant de spontanéité et possède une agilité de propos. Je le soupçonne d’avoir écrit à partir d’une histoire vraie qui serait la sienne^^
      Ou pour le moins de posséder un dizhi d’enfer!
      La fraîcheur dont tu parles est tout à fait ce qui ressort à la lecture de Klaw. Il n’y a pas de hasard!

      L’éveil du printemps et ses transformations adolescentes, ses affres et ses questionnements : on est en plein dans le sujet! ;)

      • Bruce lit  

        En espérant que ça finisse moins mal pour Ange…

        • OmacSpyder  

          Ozanam seul sait ;)
          Et encore..!

  • JP Nguyen  

    Bel échange (vu qu’il parait que ce n’est pas une interview…), cela conforte mon envie d’essayer cette série.
    Je crois qu’il persiste un souci de mise en forme sur la question qui commence par « Que vouliez-vous, plus ou moins consciemment, transmettre à travers cette histoire?(…) »

    • OmacSpyder  

      Merci JP! Un échange, ou un entretien, vu le sous-titre « Auteur sur le divan », c’est pas mal en effet. Tant mieux si sa lecture donne envie d’aller traîner la patte vers Klaw.

      Bien vu pour la mise en forme : le gras de la question a sauté, mais vu leur finesse ça risquait d’arriver! :D Tu as décidément l’oeil du tigre! :)

  • matt & Maticien  

    superbe interview lue ce matin sans l’espace commentaire;) je fais un petit détour ce soir pour dire que passionné par cet article j’ai lu le précédent et ai hâte de me frotter à l’oeuvre.

    L’explication sur le totem est saisissante et éclairante. L’interview très agréable par ce mélange de légèreté, de clarté et de justesse. merci

    • OmacSpyder  

      Merci Matt&Maticien!
      Ravi que le diptyque revue+entretien ait saisi ton attention :)
      Et si ça donne les crocs pour lire Klaw, voilà une bonne nouvelle!

  • Jyrille  

    Et bien encore une fois une interview roborative, presque comme un interrogatoire psychanalytique :) J’ai bien aimé le parallèle avec le génie.

    Merci donc Omac pour cet entretien, je rejoins Présence lorsqu’il parle des influences étonnantes de Antoine Ozanam. Cependant la question garçon/fille n’est pas vraiment résolue : ton teaser sur l’article précédent n’était que de la poudre aux yeux ! ^^

    Je n’ai jamais écouté la BO de Punch Drunk Love ou les Legendary Pink Dots mais cela donne envie.

    La BO : une bonne chanson de Bowie planquée au milieu de ses pires disques.

    • OmacSpyder  

      Merci Jyrille. Il ne faudrait pas que le thème « Auteur sur le Divan » soit trop usurpé ;)

      Pour la question du lectorat garçon / fille, je pensais que cette partie éclairerait ta question :
      « OmacSpyder :
      Mon fils m’a raconté que la BD était disponible à la bibliothéque du collège et qu’il en avait échangé avec une camarade. Votre histoire s’adresserait ainsi aussi bien aux garçons qu’aux filles, mais en plus permettrait là aussi une passerelle entre eux, les sujets communs n’étant pas si fréquents à cet âge-ci. Qu’est-ce que vous en pensez?
      Antoine Ozanam :Si c’est le cas, c’est un autre petit miracle! Ça me fait plaisir d’entendre ça. »

      Comment ça de la poudre aux yeux! Je ne suis pas un camelot! ;)

      C’est vrai que la playlist de l’auteur donne envie d’aller y jeter une oreille… :)

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