Apathie for destruction (La déchéance d’un homme)

La déchéance d’un homme de Junji Ito

Un article de BRUCE LIT

VO : Shogakunan

VF : Delcourt / Tonkham

1ère publication le 18/01/22 – MAJ le 19/08/22

Au premier plan, le portrait lisse de Yôzô Ôba.
Au second, son vrai visage.

©Delcourt / Tonkham

LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME est une histoire complète en 3 volumes publiés chez Delcourt au format manga avec de belles couverture chromées. L’histoire est scénarisée et illustrée par Junji Ito le maître de l’horreur dont la plupart des œuvres ont été chroniquées sur le site.

Il s’agit d’une histoire à réserver à des lecteurs avertis en raison des horreurs psychologiques que traverse son héros. Il s’agit d’une adaptation d’un best-seller japonais du romancier Osamu Dazai qui occupe au japon un statut d’écrivain maudit.
Tous les faits décrits dans LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME (toxicomanie, relations toxiques, violences sexuelles) sont en partie autobiographiques.

Il s’agit d’une oeuvre plus fidèle que l’adaptation déjà remarquable d’Usamaru Furuya pour Casterman aussi bien dans la structuration du récit en 3 parties que l’époque à laquelle se déroule l’histoire (les années 50).
Le sens de lecture est japonais.

Aucun spoil majeur ne viendra déchoir dans cet article.

Le bouffon sinistre
©Delcourt / Tonkham/Shogakunan

L’histoire reste la même entre les deux versions : Yôzô Ôba souffre énormément du regard que les autres portent sur lui et ne comprend pas le bonheur de son entourage. La solution qu’il finit par trouver pour s’en guérir : se transformer en bouffon. C’est ainsi que s’écoulent ses jours, à se vouer à ce rôle de clown empli de souffrance. « Extérieurement, le sourire ne me quittait pas intérieurement, en revanche, c’était le désespoir. »

Ce qui frappe d’emblée, c’est qu’il s’agit sans doute du premier récit où Junji Ito ancré dans une réalité sociale tangible , son œuvre étant bâtie sur de l’horreur et du fantasmatique. Jusqu’à présent, la seule nouvelle qu’il avait réinterprétée étant FRANKENSTEIN.
Pourtant, de la première à la dernière page, on comprend ce qui a pu l’attirer dans ce récit : LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME est une œuvre au noir, profondément pessimiste sur l’impossibilité d’aimer, d’être heureux et de surmonter l’horreur de notre condition humaine.

Le tombeur de ces dames
©Delcourt / Tonkham/ Shogakunan

A bien des égards, Yôzô est l’homme fatal de Junji Ito, l’éqivalent masculin de sa TOMIE. Doté de la beauté du Diable, Yôzô éveille chez les femmes qui le côtoient le Syndrome de l’infirmière avec un déroulement à chaque fois identique : Yôzô en fuyant son histoire précédente rencontre une bonne âme qui succombe instantanément à son charme, son humour et sa vulnérabilité.
Elles se donnent à lui instantanément avant que son égoïsme, ses choix de vie désastreux et ses relations n’entraînent leur décès accidentel ou par suicide.

En quelques 400 pages, Junji Ito montre le grand malentendu du sentiment amoureux : Les femmes aiment un homme qui se hait lui-même, tentent de le guérir de sa nature faible avant que celui-ci n’entraîne systématiquement dans sa chute, sa dépression et ses addictions celles qui voulaient le sauver.
Avec Valmont et surtout le Petchorine de Mickael Lermontov, il rejoint les scélérats tragiques de l’histoire littéraire. Des salauds qu’il est impossible de détester sans pouvoir pour autant les aimer.

Un autoportrait peu flatteur
©Delcourt / Tonkham/ Shogakunan

Victime de viol et d’inceste, le parcours de Yôzô n’est pas sans rappeler le parcours de femmes victimes de violences familiales. Inconséquent, lucide et désespéré, Yôzô est victime du personnage qu’il a construit et qui aveugle son entourage. S’il manifeste tout au long de ce roman graphique des pulsions sadiques au moment de l’acte sexuel, il ne montre ni de signes de perversion ou de méchanceté envers autrui.
C’est son apathie, son indifférence à tout qui entraine une réaction en chaine de catastrophes : plus les femmes vont vouloir bousculer cette inertie, plus cette contre-nature va les anéantir.

Lorsque Yôzô tente de se suicider, c’est sa compagne du moment qui meurt à sa place dans une séquence à marquer au fer rouge dans la littérature de Ito. Un portrait qui, on l’a vu, doit beaucoup à son romancier Osamu Dazai qui a vécu tout ce que traverse son personnage. A tel point qu’Ito le représente à la fin de sa nouvelle en train de converser avec son personnage.

Mais Yôzô, ce mangaka charmant et bien sous tous rapports, ne serait-ce pas Junji Ito lui-même, notamment lorsqu’il fait dire à son personnage que son talent consiste en voir l’horreur sous le beau ?
Dans cette longue fresque sociale, psychologique voire historique (on y suit en pointillés la lutte du gouvernement japonais contre le communisme), Ito s’amuse à distordre la réalité avec des visions cauchemardesques au moment où le lecteur s’y attend le moins.

Les femmes, victimes collatérales
©Delcourt / Tonkham/ Shogakunan

LA DECHEANCE D’UN HOMME n’étant pas un roman fantastique, Ito choque son lecteur en défigurant de haine ou de jalousie, une femme séduisante l’instant d’avant, il déshumanise les personnages purs que l’apathie corrompt. Chez Ito, un corps séduisant peut en un instant finir dans un charnier avec un masque de douleur comme ultime expression. Le sexe, rarement représenté chez Ito transforme ses acteurs en bêtes et en bouillie. Les enfants comme dans le ERASERHEAD de Lynch sont des créatures monstrueuses et répugnantes. Lors du troisième tome, en cure de désintoxication, Yôzô vomit des boules de haine où s’entremêlent les corps de ses victimes et ses bourreaux. Son trait est maîtrisé comme jamais, ses décors, une pharmacie tapissée avec des plantes toxiques, angoissants comme rarement.

Mais pourquoi s’ingliger ça après une journée de boulot se demandera le lecteur arrivant à la fin de cet article ? N’y a t-il pas suffismanent d’ordures à ramasser et à renifler dans la vie quotidienne ? LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME n’en a jamais la trivialité.
C’est au contraire une oeuvre profonde et quasi philosophique sur la capacité à devenir son propre ennemi, à succomber à ses démons en attirant des innocents en enfer.
Dans le monde tordu de Junji Ito, c’est quasiment un manifeste moral.

Lunatic Asylum
©Delcourt / Tonkham/ Shogakunan

La BO du jour


37 comments

  • Présence  

    Hé bien, j’ai l’impression que le caractère étouffant et malsain de l’œuvre a infusé dans ton article tout du long.

    L’illustration page 115 me montre des dessins de Junji Ito avec une sensibilité que je ne lui aurais pas devinée.

    Scélérat tragique, victime de viol et d’inceste, inconséquent, lucide et désespéré, apathie et indifférence, ni de signes de perversion ou de méchanceté envers autrui : quel portrait ! Rien que ton article me fascine.

  • Matt  

    « L’histoire reste la même entre les deux versions : Yôzô Ôba souffre énormément du regard que les autres portent sur lui et ne comprend pas le bonheur de son entourage. »

    Merde on dirait moi.
    Euh…j’ai entrainé la mort de personne hein !

    ‘tain c’est pénible ça a l’air trop bien le concept illustré par un maitre de l’horreur qui utilise des codes horrifiques pour distordre la réalité. Le fond avec la forme comme dirait Tornado. Le naturalisme au chiottes^^
    Mais d’un autre côté j’ai peur du sujet, j’ai peur de retomber en dépression en lisant un truc pareil.

    J’avais vu une interview de Ito quand il parlait de cette adaptation. Apparemment il a apporté quelques modifs par rapport au roman, comme l’histoire d’un ami qui se suicide et que le personnage voit en fantôme. Ou un truc comme ça. C’est absent du roman.

    Je crois que c’était dans cette vidéo :
    https://www.youtube.com/watch?v=ZpPIJC45RG8

    Je ne pense pas que Ito soit quelqu’un d’aussi sombre et triste de Dazai. Même s’il aime l’horreur. Il me semble plus sain que ses travaux le laissent penser^^
    Mais bon après…on ne connaît jamais vraiment les gens.

  • Matt  

    En tant que grand fan de l’auteur, ça me frustre de me dire que je ferais mieux de ne pas lire ça…

  • Bruce lit  

    @Présence : j’aime bien le titre de l’article.
    En le relisant ce matin, je le trouve moins réussi que dans mon souvenir, sans doute parce que j’ai l’impression de répéter l’article de la 1ère version. Aussi, si je parviens à fasciner un lecteur tel que toi, je n’ai pas perdu ma journée.

    @Matt : Hello et bonne année again 😉
    Tu avais lu la 1ère version de Furuya ? Le choc de l’histoire sera sans doute moins violent. Je te confirme que c’est du grand Ito, développé en longueur sans aucun temps mort. Mais effectivement, le sujet sur la dépression n’est sans doute pas ce que tu as besoin de lire en ce moment. Je pense sincèrement qu’il y a des lectures à avoir et à éviter en fonction de ce que l’on traverse.

    • Matt  

      Non je n’ai jamais lu le roman ni l’adaptation de Furuya. Tu m’avais déjà dit d’éviter^^

  • Jyrille  

    Ah, je n’ai pas craqué pour cette histoire (enfin pas encore), je me disais bien que cela ressemblait à un autre manga déjà abordé ici, je ne savais pas que c’était une autre adaptation ! Bon si il n’y a que trois tomes, pourquoi pas, surtout que pour le moment j’achète tous les Junji Ito que je trouve sans en avoir encore lu un seul.

    Tu me rappelles soudainement d’autres oeuvres que j’avais oubliées dans tes liens, et m’apprend le syndrome de l’infirmière dont je n’avais jamais entendu parler. Merci donc pour tout ça.

    La BO : sympa mais rien de marquant.

    • Matt  

      Ouais j’ai vu qu’ils rééditaient quelques Ito. Notamment un premier tome « les chefs d’oeuvres de Junji Ito » sorti début décembre.
      Bon c’est loin de couvrir tout ce qu’il a fait pour le moment mais c’est mieux que rien.
      Il y avait une dizaine de tomes chez Tonkam parmi ceux qui sont introuvables aujourd’hui, et il en a fait de nouveaux encore jamais édités en France. Du coup ça va prendre du tout de tout rééditer.

      • Jyrille  

        Pour le moment j’ai le premier tome des Chefs d’oeuvre, Tomie, Sensor, Spirale et Gyo.

      • Eddy Vanleffe  

        alors Mangetsu qui s’occupe de remettre en valeur le catalogue de Junji Ito a déjà décrit son planning pour la plupart des choses qui vont arriver…
        les chefs d’œuvres un tome 2 est à venir, Frankenstein va arriver aussi et une dizaine de titres que je n’ai pas retenu
        pour ‘instant de lui j’ai SPIRALE, TOMIE, REMINA, GYO, SENSOR et les chef d’oeuvres tome 1…je compte bien les choper un par un au fur et à mesure…

    • Bruce lit  

      Le syndrome de l’infirmière : j’ai fait quelques recherches avant l’article pour ne pas écrire de conneries.
      Il doit aussi avoir un nom pour les amateurs de BD qui, comme Torando et toi, achètent les BD sans les lire 🙂

  • Eddy Vanleffe  

    Je n’avais pas encore osé prendre celui là…
    le terme adaptation me rend méfiant mais ce récit semble contenir tout ce que j’aime, la haine de l’humanité, le cauchemar, la folie et ce besoin de triturer les abcès….
    VENDU!

    Je suis étonné par contre, parce qu’il est vrai que Junji Ito est d’ordinaire très pudique, mais je lui fais confiance pour donner aux scènes de sexe une dimension bien dérangeante et glauque…

    • Bruce lit  

      Le sexe chez Ito est un autre argument sur la bassesse de la condition humaine. Ce n’est ni du plaisir ou de l’amour mais un outil de possession et d’asservissement.
      Les personnages féminins sont ceux pour qui Ito semble avoir le plus d’empathie. Ceci dit, sa conception de l’humanité, ici au moins se résume à les bourreaux et les victimes.

      • Eddy Vanleffe  

        oui il met souvent en scène des héroïnes mais il aime bien en torturer certaines, dans Gyo on a droit à une beauté déchue, défigurée et rabaissée à un point rarement vu sur papier…
        je lis ses histoires courtes en ce moment et ouch! certaines de dégénérescence de corps ne sont pas à lire quand vient de bouffer… (notamment une nouvelle avec des points noirs qui deviennent vivants… ^^

    • Bruce lit  

      Le Journal des chats qui le montre dans son intimité martyrisé par ses chats est une étrangeté qu’il serait dommage d’ignorer.

  • Tornado  

    Je suis donc un « tsundoku » ! Ouf, je vois que ça n’est pas grave, voire au contraire !
    Mon projet est d’avoir chez moi « LA bibliothèque idéale ». Du coup j’accumule pour avoir le matos. Mais par contre lorsque je lis quelque chose qui ne me plait pas plus que ça, ça quitte illico presto « LA bibliothèque idéale ».
    Récemment, depuis que je me suis réinscrit à la médiathèque, il y a eu un changement : Je me suis aperçu que certains bouquins, voire certaines séries, ne méritaient pas d’encombrer mes étagères, même si j’avais envie de les lire. Alors j’ai revendu plein de trucs avant même de les avoir lus, en me disant que si un jour j’en avais le temps et l’envie, elles m’attendent à la médiathèque ! 🥴
    Chez moi je ne veux avoir que l’idéal. Pas le reste (putain ! ça dégage les super-héros !!! 😆).
    Et oui, je l’avoue : J’ai vraiment du mal à sortir d’une librairie les mains vides. Mais j’y arrive souvent ! (de plus en plus).

    Bon sinon, je suis bien content de tomber sur un article qui ne me donne pas envie de lire le bouquin ! Ça change un peu !
    « Tous les faits décrits dans LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME (toxicomanie, relations toxiques, violences sexuelles) sont en partie autobiographiques. »
    Ahhhh ! Je reconnais bien-là le Bruce qui se passionne autant pour l’oeuvre que pour l’auteur ou les coulisses de l’oeuvre.

    La BO : Ah, oui. Ça passe tout seul. Je connaissais pas.

    • Bruce lit  

      Notre bibliothèque nous raconte effectivement. Mes livres font partie de la famille, il y a ceux qui restent et ceux qui s’en vont. Parce qu’au final la valeur sentimentale prévaut sur l’importance historique. En ce moment je ne donne pas cher des Batman de Grant Morrison que je suis sûr de ne jamais relire et qui peuvent me débarrasser une étagère entière.
      « Ahhhh ! Je reconnais bien-là le Bruce qui se passionne autant pour l’oeuvre que pour l’auteur ou les coulisses de l’oeuvre. » Mais en même temps comment faire autrement ? Comment lire Tintin sans connaître Hergé ? Tous les amateurs de Lovecraft ici semblent connaître sa vie. Et Bukowski, Nina Simone ou John Lennon ? Ça me parait une démarche cohérente.
      La BO : tiens c’est du métal pourtant mais fortement influencé par Depeche Mode il est vrai.

      • Eddy Vanleffe  

        Nos bibliothèques nous racontent …
        On tient un concept….
        et c’est vrai….
        ma bibliothèque idéale, c’est le Furet du Nord en fait… si je pouvais consacrer ma vie à ça je lirais tout ce qui est publié, tout en survolant les trucs que je suis sur de détester… (par exemple la dernière mouture de Corto Maltese version moderne par je ne sais plus quelle baudruche à la mode… )

        • Jyrille  

          Bastien Vivès. Mais ce n’est pas une baudruche.

    • Jyrille  

      Je vois tout à fait ce que tu veux dire. Je fais un peu la même chose avec mon iPod : qu’il devienne la discothèque idéale, en partant du principe que cette dernière ne peut pas comporter plus de 15000 titres.

      Tout cela est évidemment impossible puisque hautement subjectif. Tu garderas les Inhumains de Jenkins, moi pas. Je ne désire pas avoir la bibliothèque idéale mais bien une qui m’intéresse et que je léguerais avec joie. Je n’achète quasiment plus de romans à part des Philip K. Dick. Je dois en lire plein. Et je tâche de me débarrasser des bds que je ne veux pas garder.

      Et puis avouons-le : on aime des trucs mineurs ou pas terribles, mais auxquels on a un certain attachement, comme des chansons un peu bêtes, comme des albums imparfaits mais qu’on chérit. Cela ne sera jamais idéal, ou alors uniquement pour soi.

      Il y a autre chose qui fait que j’achète des bds un peu compulsivement : c’est qu’elles disparaissent vite des rayons. Je me renseigne sur ce que je veux, et lorsque je vois que Urban ressort tout le run de Moore sur Swamp Thing, un truc sur lequel je fantasme depuis le lycée, je n’hésite pas. Impossible de le trouver avant. Donc pour Ito c’est pareil. Il vient de réapparaître, peut-être grâce à ce blog, je ne laisse pas passer l’occasion.

  • Matt  

    Dites…quelqu’un qui s’est procuré « les chefs d’oeuvres de Junji Ito » pourrait me donner le sommaire ? C’est pas évident de trouver en ligne quelles qont les histoires choisies.
    La couverture est la même que le SHIVER en anglais chez Vizmedia mais je sais pas du tout si c’est le même contenu.
    Je voudrais pas racheter un truc que j’ai déjà…

    Par contre SENSOR j’ai pas lu du tout, je m’en vais acheter ça.

  • Jyrille  

    Le vieux vinyle
    Frissons
    Le mannequin
    Les ballons pendus
    Le castelet
    Le peintre
    Un rêve sans fin
    La lignée
    Lipidémie
    Cadrage maudit

    A paraître : Les Chefs d’oeuvre tome 2, Frankenstein, Zone fantôme, Le journal de Soïchi, Fragments d’horreur, L’école décomposée, Le mort amoureux

    • Matt  

      Merci bien. Ouais c’est le même sommaire que SHIVER. A voir donc. J’ai déjà en anglais.

      Fragments d’horreur c’est de l’inédit VF aussi, bonne initiative de le sortir. ça doit correspondre à mon article là : http://www.brucetringale.com/esprits-karma-et-folie-fragments-dhorreur-de-junji-ito/

      Zone fantôme ça doit être « venus in the blind spot » je pense. Ils semblent se calquer sur les éditions Vizmedia.

    • Matt  

      La seule histoire qu’il est un peu bizarre d’avoir mis dans ce recueil c’est « le peintre » qui est un chapitre lié à la saga Tomié (déjà présent dans le volume Tomié donc)
      Sans doute un des chapitres préférés de Ito qui a sélectionné les histoires, mais ça fait doublon.

      • Eddy Vanleffe  

        oui c’est une sélection de l’auteur lui même… avec une postface à chaque chapitre… c’est assez passionnant…

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonsoir,

    je découvre tout : Junji Ito, Osamu Dazai , la fascination de la rédaction et des fidèles du blog pour ce genre…

    Cela m’a l’air passionnant. En tout cas tu le racontes bien avec des illustration bien choisies et surtout je ne sais pas combien de temps tu as passé à concevoir cet article mais j’apprécie le côté explorateur de l’oeuvre et ses bas fond et ses périphéries. Le côté historique en toile de fond m’intéresse aussi énormément (énorme coup de coeur il y a une 15 ans déjà pour les éditions des 3 Adolfs de Tezuka avec les bonus passionnants sur le contexte) mais comme tu le signales également, faut il s’infliger cela après une journée de travail ? En ce moment je dirais non..

    J’aime beaucoup ton titre.

    Je retiens en tout cas les 2 noms et je pense que je vais plutôt commencer par l’oeuvre de Osamu Dazai, quand j’aurais terminé ma cinquantaine de roman, entre autre, qui m’attendent.

    • Bruce lit  

      Salut Fletch.
      Pour ceux qui se sont donnés la peine d’entrer dans l’univers malsain de Junji Ito, il n’y a pas de retours possibles. Be aware. Ma règle de rédaction de l’article est la même pour tous : c’est une discipline stricte à laquelle je déroge rarement : je lis le matin, laisse infuser les arguments toute la journée, rédige le titre qui me donne la direction à suivre. 2 heures d’écriture et 1/2 heure d’iconographie puis de relecture. Je refuse d’y consacrer plus de temps désormais. Tout doit être fait dans la journée pour pouvoir passer à autre chose.

      • Fletcher Arrowsmith  

        impressionnant. quelle rigueur.

        Je n’y arrive pas (là l’article en cours commence à trainer bien qu’écrit à plus de 70%) sauf que je suis inspiré (celui que je t’ai rendu la semaine dernière, écrit en 1 après midi). Bon après le travail me laisse peu de temps dans ma journée.

        . Intéressant de confronter nos façons de faire.

  • JP Nguyen  

    Le manga du jour : merci mais non merci. Clairement pas ce que je recherche depuis quelques années déjà.

    La bibliothèque « idéale » : un pote avait une posture inverse avec « une collection, ça comporte des erreurs ». Pour ma part, quand je vais dans une librairie, je vois plein de choses intéressantes mais au final peu de livres que je voudrais absolument acheter. C’est un peu ce que disait Dionnet dans son interview, passé un certain âge, on est « fait ». Je pourrai encore lire des œuvres remarquables mais peu qui me marqueront personnellement. Mon placard mental de souvenirs de lecture est déjà pas mal encombré.

    Pour la rédaction des articles : la routine de Bruce semble très rigoureuse mais moi, je préfère le fun. Des fois, le titre me vient en premier, d’autres fois, c’est à la fin. Des fois, ça me prend des mois pour boucler, d’autres articles sont pliés en quelques heures.

  • zen arcade  

    Coucou arrowsmith. 😉

    Ca va être un peu long mais j’avais écrit à peu près ça après avoir lu l’édition parue en anglais chez Viz (avant la parution en français chez Delcourt). Ca n’aborde pas tant l’oeuvre elle-même que les rapports qu’elle entretient avec le livre d’Osamu Dazai.
    Si ça vous intéresse, be my guest.

    La déchéance d’un homme (Ningen shikaku en vo) est une réinterprétation du classique de la littérature japonaise d’après-guerre d’Osamu Dazai.
    Dans La déchéance d’un homme, Dazai s’inspire dans son style classique à la première personne (watakushi) de sa propre vie (pessimisme et cynisme extrêmes, addictions diverses, obsession du suicide, internements) en mettant en scène un homme, Yozo Oba, dont la faiblesse le conduira à aborder la vie de manière particulièrement veule et méprisable et à semer la désolation auprès de tous ceux qu’il sera amener à cotoyer.
    Junji Ito reprend ce matériau et ajoute son sens visuel de la fantasmagorie pour tirer le récit du pathétique vers quelque chose de plus grotesque, ajoutant par là du malsain au malsain. Ces libertés, en même temps parfaitement fidèles à Dazai et complètement personnelles (j’ai relu le roman de Dazai juste avant et c’est vraiment intéressant de voir comment Ito s’approprie la matière du livre), trouvent leur explication dans la dernière partie du récit.
    Je soupçonne Ito d’avoir eu depuis longtemps la volonté d’adapter ce roman tant il lui convient bien. On notera que Dazai s’est donné la mort avec sa dernière compagne, celle avec qui il vivait lors de l’écriture de Ningen shikaku. Son prénom était Tomie. Je ne crois pas aux coïncidences.

    On sait que Dazai s’est très largement inspiré de sa propre vie pour écrire Ningen shikaku, même si dans son roman, il introduit une distanciation par le fait que le narrateur ne fait que retranscrire des carnets retrouvés écrits par quelqu’un d’autre.
    Cette distanciation, Ito choisit une autre manière de la mettre en images. A la fin de l’album, il met Dazai lui-même en scène et lui fait rencontrer le protagoniste principal de l’histoire, qui lui raconte sa vie. Le Dazai de Ito se servira ensuite de ce matériau pour écrire son oeuvre.
    Comme Dazai fait lui-même partie du manga de Ito, on n’est de facto plus dans une adaptation stricte du livre de Dazai. Cette pirouette, c’est elle qui va donner sens aux décalages entre l’oeuvre de Dazai et la manière dont Ito se la réapproprie. Elle rend très intéressante une lecture parallèle des deux oeuvres (une expérience qui m’a rappelé le jeu sur la partie bd et la partie texte du Providence d’Alan Moore).
    L’artifice mis en place par Junji Ito se double d’une pirouette dans la pirouette, que les connaisseurs de Dazai ne manqueront pas de remarquer. On se rend en effet compte que le Dazai qu’Ito met en scène dans le manga n’est pas le vrai Dazai. Celui-ci s’est suicidé avec une certaine Tomie alors qu’ici il se suicide avec une femme qui se nomme Sachi. Sachi est en fait le nom de la femme du romancier dans une autre oeuvre semi-autobiographique de Dazai, La femme de Villon.
    Junji Ito joue des effets de distanciation mis en place par Dazai dans son oeuvre en en créant d’autres. Plutôt qu’une simple adaptation, sa version de La déchéance d’un homme apparait dès lors bien plus comme une véritable réapprpriation.
    Cette distanciation qu’il met en place dans ce processus de réappropriation lui permet de légitimer de manière très organique l’ajout de nombreux évènements sanglants et grotesques au matériau originel.
    Narrativement, cela peut d’ailleurs très bien s’expliquer par le fait que, dans le manga, le protagoniste principal, Yozo Oba, raconte son histoire au personnage Dazai. On peut très bien concevoir que, dans le cadre du roman qu’il va écrire à partir de cette histoire qui lui a été racontée, le personnage Dazai va choisir de supprimer certains passages qui, eux, seront bien présents dans le manga.
    On voit à nouveau que Junji Ito triture l’oeuvre originale. Il en conserve l’esprit, tout en y ajoutant des éléments qui tirent l’oeuvre vers son univers personnel. Il joue sur des effets de distanciation pour réaliser une véritable réappropriation de l’oeuvre.

    • Bruce lit  

      Bienvenue Zen.
      Ton commentaire reprend peu ou prou ce que j’indique dans l’article. Tu as un avantage, tu as lu le livre de Dazai. Merci pour l’anecdote sur Tomié que je ne connaissais pas et qui me conforte sur le rapport intime d’Ito avec LA DÉCHÉANCE D’UN HOMME.
      Tu avais apprécié la version de Furuya ?

      • zen arcade  

        Hello,
        J’ai tapé une première réponse mais ce n’est pas passé (alors que mon commentaire sur La vie de Bouddha est, lui, bien passé). Comprenne qui pourra.

        J’ai bien vu que mon commentaire chevauchait le tien. J’espère que cela montre bien qu’ils sont tous deux pertinents. 🙂

        Pour ce qui concerne le Furuya, non, je n’ai pas du tout apprécié sa version.

          • zen arcade  

            Je l’ai lu il y a assez longtemps et je ne m’en souviens pas très bien mais là où je trouve que Ito a tiré l’oeuvre vers le grotesque tout en restant fidèle à Dazai, je trouve que Furuya tire l’oeuvre vers l’obscénité avec beaucoup de vulgarité.
            Il justifie peut-être cela par un commentaire sur le monde contemporain (vu qu’il transporte l’action du Dazai dans le monde actuel). Je peux comprendre cette option mais on n’est à mon avis plus du tout chez Dazai.

  • Bruce lit  

    @Zen Arcade : je ne garde aucun souvenir de vulgarité, étrange.

  • Jyrille  

    Je viens de le lire. J’ai été totalement épaté et soufflé, la fin rendant donc l’adaptation extrêmement personnelle à Itô. C’est très littéraire, on pourra être agacé par le personnage de Oba mais c’est très fort, du grand art.

    • Bruce lit  

      Ouais c’est chouette l’horreur littéraire. Content de savoir que tu as aimé même si je n’avais pas trop de doutes.

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