Atrocity Exhibition (Joy Division dans la culture geek)

Encyclopegeek : Joy Division dans la culture geek

Article de  6PATRICK FAIVRE

Illustrations de EDWIGE DUPONT

1ère publication le 21/04/16- MAJ le 30/12/18, puis le 17/05/20

S’il y a bien un groupe de rock qui n’était pas destiné à rencontrer le moindre succès commercial et encore moins à avoir le plus petit impact sur la culture populaire c’est bien Joy Division !

Imaginez un peu à la sortie des années 70 bigarrées et chamarrées, des jeunes gens au physique de crevette anorexique, vêtu d’imper gris, faisant une musique sombre et inquiétante, porté par des textes tourmentés, sur une production aussi froide que sophistiquée, le tout baignant dans une ambiance mortifère….
Bref je ne vous fais pas dessin, leur pronostique était bien plus de vendre 3 disques (dont un pour leur mère) plutôt que de truster les premières places de ventes à chaque réédition de leurs deux pauvres albums ! Et pourtant…

Comme nous ne sommes pas chez Obsküre magazine, je ne vous raconterais pas ici en détail leur brève mais passionnante histoire, je ne me livrais pas plus à l’analyse de leur héritage musical (la liste de leur progéniture maudite est pléthorique) dont les ramifications se font encore sentir 36 ans après le suicide du chanteur…  Mon but sera bien plutôt d’évoquer le retentissement de la musique de ce groupe sur la culture populaire actuelle (traduisez Geek).

Joy Division un groupe pas comme les autres (C) Edwige Dupont

Joy Division un groupe pas comme les autres(C) Edwige Dupont

Joy Division for dummies

Des jeunes gens, à peine sortis de l’adolescence, s’ennuient copieusement à Macclesfield, une banlieue grise de Manchester.
Pur produit de la politique Thatchérienne des années 70 leur avenir parait bien pâle et ils n’ont d’autre occupation que de jouer de la musique et de se droguer (la maison de retraite où ils vont voler des médicaments – sans même en connaitre le nom ni leur effet- s’en rappelle sans doute encore).

Comme beaucoup de gens l’explosion du Punk en 1976 va changer la donne pour eux ! Alors qu’ils assistent à un concert des Sex Pistols, ils ont une illumination divine (tels les Blues Brothers devant James Brown) : Si ce groupe de baltringues déguisés en arbre de Noël peut faire de la musique nous le pouvons aussi !
Aussitôt dit, aussitôt fait, la bande d’amis formera un premier groupe ! Ian Curtis qui écrit des poèmes et se rêve en nouveau David Bowie sera le chanteur, Peter Hook sera le bassiste et Bernard Albrecht (Sumner de son vrai nom) sera le guitariste. Le batteur, Steve Morris, sera recruté un peu plus tard par annonce.

D’abord appelé Stiff Kitten puis Warsaw (en hommage à un morceau de David Bowie) le groupe est repéré par RCA qui souhaite « rajeunir » son catalogue et surfer sur la vague Punk. Malheureusement les pontes de la maison disque ne sont pas du tout convaincus par le résultat et le groupe est viré purement et simplement !
Qu’à cela ne tienne, ils s’en vont leurs morceaux sous le bras et sortent leur premier 45t An ideal for living en auto production. Ils changent de nom dans la foulée et adoptent le patronyme de Joy Division (Il s’agit de la section des camps de concentration « Freudenabteilung » où les prisonnières étaient livrées à la lubricité des soldats allemands). L’enfant au tambour des jeunesses Hitlériennes illustre du reste la pochette du disque … Ambiance.

La rencontre avec leur manager Rob Gretton sera déterminante. Il les débarrassera de leur imagerie Néo-nazi (pure provocation adolescente de leur part) au profit d’une pochette post-industrielle et résolument moderne pour la réédition de leur single en version maxi.
Le groupe est finalement signé sur Factory records le nouveau label de Tony Wilson.

Est adjoint au groupe un véritable 5éme membre en la personne du producteur Martin Hannett. Celui-ci façonnera à sa guise le son du groupe. Il confessera plus tard que « travailler avec Joy Division était une véritable bénédiction pour un producteur : ils n’y connaissaient absolument rien en matière de son ! »

Le premier album Unknown Pleasures sorti en 1979 marquera véritablement la fin des années 70 : la fête est finie, reflet de son temps le ton est résolument noir et violent ! C’est le dernier chef d’œuvre de cette décennie, sans doute le plus grand également.
Le son instauré par Martin Hannett est brut, sec et froid. Ces sonorités que l’on nommera plus tard Cold Wave étaient tout simplement inédites à l’époque et ce fut une véritable révolution sur la scène musicale !

La souffrance à l'état sauvage (C) Edwige Dupont

La souffrance à l’état sauvage(C) Edwige Dupont

Le conte avait commencé à rebours

Un deuxième album Closer est enregistré l’année suivante. Le manager s’est démené comme un fou pour leur obtenir une tournée aux Etats-Unis avant même la sortie du disque ! Tout le groupe est excité comme une puce à l’idée de tourner aux States. Tous sauf le pauvre Ian Curtis qui est au plus mal, aussi bien physiquement (ses crises d’épilepsie se font de plus en plus fréquentes et violentes) qu’affectivement (bien que marié et père d’une petite fille, il entamera une liaison avec la belle Annick Honoré, une journaliste Belge).
Le 18 mai 1980, après avoir écouté The Idiot d’Iggy Pop et regardé Trsozeck  (La ballade de Bruno en VF) de Werner Herzog, Ian Curtis met fin à ses jours en se pendant dans sa cuisine.
Il avait 23 ans.

Bien que dévasté le groupe continuera néanmoins sa carrière sous le nom de New Order mais en changeant résolument de style. Mais c’est déjà une autre histoire…

Contrairement à leur réputation les membres du groupe n’avaient rien des gothiques ténébreux que l’on peut imaginer. Bien au contraire ce sont des « Lads » comme les autres et l’ambiance entre eux est plutôt bonne enfant. Peter Hook décrira des séances de franches rigolades pendant l’enregistrement de Closer : « Croyez le si vous le voulez, je ne savais pas qu’Ian allait si mal, je n’écoutais pas les paroles de ses chansons ! »

Contre toute attente la mort du chanteur marquera le début de la popularité du groupe, le dernier single, le prémonitoire Love will tear us apart, montera à la 13éme position des charts Anglais.
Les ventes de Closer, lui aussi sorti de manière posthume, amèneront l’album en 6éme position.

Un design en phase avec son époque

Les pochettes du label Factory furent réalisées pour la plupart par le graphiste Peter Saville. Il fut impliqué dés la création du label puisqu’il réalisa l’affiche du premier concert organisé par Tony Wilson.
(Pour la petite histoire l’artiste livrera ses posters certes…mais après le concert ! Donnant par la même un beau souvenir, mais totalement inutile !)

Un design créatif et rigoureux… Welcome into the 80’s

Un design créatif et rigoureux… Welcome into the 80’s

Le designer pour éclairer sa démarche artistique a déclaré « La pochette était le seul moyen de communication visuel entre les gens, et dans ce sens elle était prépondérante, il y a 30 ans, le visuel et l’album étaient un événement beaucoup plus important qu’aujourd’hui. » Et pour cause ! Qui s’intéresse aujourd’hui au design d’un mp3 ?

Pour le premier album les membres du groupe, impliqués à tous les stades de la conception de leur disque, ont une idée précise de ce qu’ils veulent pour leur pochette. Bernard Abrecht apporte à Peter Saville le diagramme de l’explosion d’une étoile (le premier pulsar découvert, CP 1919, la référence parlera aux férus d’astronomie) déniché sur l’Encyclopédie d’Astronomie de Cambridge. A partir de cette idée l’artiste va créer un graphisme qui va marquer de son emprunte les 3 décennies suivantes ! Il deviendra un classique du graphisme doublé d’une incroyable adéquation avec la musique.

Une étoile qui va s’éteindre et qui projette ses derniers signaux à travers l’immensité du vide voilà une belle métaphore pour le chant d’un homme qui va bientôt mourir….
Ouvert à l’interprétation à l’infini, cette pochette mystérieuse permet d’inspirer bien des imaginations encore aujourd’hui. Pour l’anecdote on peut retrouver ce logo dans Alien, le film de Ridley Scott, sous forme d’un relevé topographique lorsque vaisseau Nostromo s’approche de la planète inconnues des Aliens…

Le pulsar initial revu et corrigé par Peter Saville

Le pulsar initial revu et corrigé par Peter Saville

Après les couleurs criardes des années 70, Peter Saville propose l’abstraction désincarnée et anonyme. Nul nom ne figure sur la pochette, pas plus celui du groupe que celui de l’album. Pour faire écho à l’énigme posée par le verso de la pochette Peter Saville laissera le recto vierge, faisant l’impasse totale sur les titres des morceaux (pour les trouver il faut se référer à la pochette intérieure). Ceux qui aiment avoir les textes des chansons sont, quant à eux, priés d’aller faire un tour… C’est le degré zéro de l’information.

Prenant le contrepied des groupes de l’époque qui étalaient en lettre de feu leur nom sur leurs pochettes tonitruantes, Joy Division au contraire cherche à s’effacer derrière leur musique. Pas de look, pas d’interview, et certainement pas leur photo sur leur disque ! La musique se suffit à elle-même et entretient un mystère constant.
Cette stratégie de manque d’information permet à chaque fan de se considérer comme un initié et ne fait que renforcer son lien intime avec la musique.

Si Saville est toujours responsable du design du deuxième (et dernier) album du groupe, Closer, la photo qui l’illustre a été prise par le photographe Français Bernard Pierre Wolf. Une nouvelle fois on pourrait y voir une allégorie sur la mort de Curtis, tel le Christ défunt et ses disciples en pleurs à ses côtés… Il n’en est rien car là aussi la photo a été choisie par les membres du groupe bien avant la mort du chanteur !
Prophétique plus que métaphorique.

“TWENTY FOUR HOUR PARTY PEOPLE” de Michael Winterbottom (2002)

L’histoire aurait pu s’arrêter à la mort de Curtis et la légende du groupe briller pour toujours au panthéon des groupes maudits, mais le destin made in Hollywood en décidera autrement…

Le génie, le poète et le gros con !

Le génie, le poète et le gros con !

Premier long métrage consacré (partiellement) au groupe, le film retrace la biographie largement fantasmée de Tony Wilson, le patron du label Factory records (le label de Joy Division pour ceux qui n’auraient pas été attentifs aux chapitres précédents).

A Manchester en 1976 le bon Tony présente une émission de télévision branchée. Il décide de profiter de sa popularité pour organiser des concerts, puis de fil en aiguille, de fonder son propre label.
Le réalisateur représente avec désinvolture et un flegme « so british » les grandes heures du label qui marqua l’histoire musicale de Manchester. Le film annonce clairement la couleur : « When you have to choose between the truth and the legend, print the legend » le réalisateur prendra donc des grandes libertés par rapport à la réalité.

Le long métrage est porté par le génial acteur Britannique Steeve Cooghan qui cabotine à loisir (sa marque de fabrique tous films confondus, de Philomena, à Tonnerre sous les tropiques…). Le film fonctionne quasiment sur le principe du one-man show. L’acteur s’adressant directement à la caméra pour commenter l’action.
Peter Hook, le bassiste de Joy Division, décrira 24 hours party people comme « Un film à propos du plus gros con de Manchester interprété par le second plus gros con ». Tout un programme.

Il se laisse voir très agréablement mais il s’adresse avant tout aux aficionados du label Factory. Peu de chance que les non initiés y trouvent vraiment leur compte. Ils apprécieront sans doute l’aspect comédie burlesque mais passeront à côté du plus intéressant du film : La reconstitution (subjective) d’une décennie musicale à Manchester !

CONTROL  d’Anton Corbjin (2007)

A peine 5 après le précédent film, Joy Division est à nouveau à l’honneur mais cette fois nous jouons dans une toute autre catégorie ! Finie la comédie déjantée et surréaliste, il s’agira bien plus d’un hommage le plus fidèle possible au groupe de Manchester.
Basé sur le livre de Deborah Curtis (la veuve du chanteur) et réalisé par Anton Corbjin qui fut le photographe du groupe en son temps. Légitimité absolue.

La première chose qui frappe à la vision du film est son coté incroyablement esthétique ! Anton Corbjin, bien connu pour ses clips de Depeche Mode ou de U2, a pour son premier long métrage particulièrement travaillé ses prises de vue. On pourrait tirer un agrandissement magnifique et singulier de chaque plan du film !
Le réalisateur confessera avoir tourné le film en noir et blanc un peu par choix esthétique, mais surtout car c’est ainsi qu’il se rappelle du groupe ! Monochrome.

 Control : Sam Reilly un Ian Curtis plus vrai que nature


Control : Sam Reilly un Ian Curtis plus vrai que nature

Le film évite toute starification, le réalisme ici est cru. Le rock’n’roll-circus est décrit par le petit bout de la lorgnette : le public bas du front, les coulisses sordides, le groupe montré comme des prolos paumés… Le tout filmé avec un sens du détail très prononcé. On est très loin de l’imagerie glamour du rocker hystérique.
Au-delà du biopic le film peut aussi se concevoir comme un documentaire sur les galères rencontrées par tous groupes de rock débutants (ou pas). Les acteurs sont quant à eux excellents. Notamment Sam Riley qui campe un Ian Curtis parfaitement crédible. Finalement plus convaincant que Sean Harris qui était pourtant déjà excellent dans 24 hours party people !

Le grand mérite de Corbjin est de traiter l’histoire sans pathos. Ian Curtis apparait pour ce qu’il était : génial certes, mais surtout malade, paumé et maladroit, tout le contraire d’une rock-star ! Le réalisateur dépeint avec justesse sa personnalité tourmentée.
Introverti le chanteur ne parle pas, ne dit rien de son mal être qui pourtant transpire littéralement à travers son chant.

A noter que contrairement à 24 hours party people où les scènes live étaient jouées en playback, ici les chansons sont interprétées par l’acteur Sam Reilly lui-même. Si ce dernier ne possède (vraiment) pas les capacités vocales de l’original il assure cependant sa partie chant tout en restant crédible. Les puristes crient au scandale mais force est de constater que si l’on perd en qualité de chant,  l’on y gagne cependant en efficacité et en pertinence.

Le pari est doublement réussi pour Anton Corbjin car d’un côté on est ému par le destin tragique du jeune homme prisonnier de son épilepsie et de sa dépression, et de l’autre côté le film offre un parfait point d’entrée pour les novices. Pédagogie, émotion et esthétisme se mêlent habilement. Un chef d’œuvre ni plus ni moins.

L’amour nous déchirera… en Chine !

La popularité de Joy Division a très largement dépassé les frontière de la perfide Albion pour arriver jusqu’à… Hong Kong !
Le réalisateur Yu Lik-Wai, fan de New Wave, empruntera le titre Love will tear us apart au groupe Britannique pour illustrer son film de 1999.

A noter que ce titre ne sera utilisé qu’en occident, puisque le titre original Chinois n’a aucun rapport ! L’histoire elle aussi n’a que peu de lien avec le groupe de Manchester (à part d’être profondément déprimante) puisqu’il sera surtout question de survie et de prostitution dans un Hong Kong en pleine rétrocession à la Chine impériale. Le réalisateur persistera dans son référentiel au groupe Cold-wave en 2001 avec Plaisirs inconnus (Unknown pleasures !) mais cette fois-ci en tant que directeur de la photographie.

L’ennui est international

L’ennui est international

THE CROW  de James O’Barr 1989

Au delà du cinéma l’influence de Joy Division se fera sentir également sur le petit monde du comics. La plus évidente sera sans doute le fameux The Crow de James O’Barr. Traumatisé par la mort de sa fiancée Bethany renversée par un chauffard ivre, O’Barr s’engage un temps dans l’armée avant de revenir aux Etats-unis. Entre temps le chauffard est lui aussi décédé de mort naturelle. Privé de son désir de vengeance par une justice divine, l’auteur n’a hélas plus de « tiers séparateur » sur lequel décharger son désespoir et sa colère. Certains ne survivraient pas à une telle expérience, mais l’auteur trouvera le chemin du deuil à travers la création, celle d’un comics.

Commencé en 1981 le comics ne sera achevé et publié qu’en 1989. Il faut dire que la BD a de quoi étonner. Sur le fond tout d’abord, le thème étant par définition extrêmement noir et violent. Deux amoureux sont torturés puis assassinés par un gang de voyous décérébrés. Un corbeau aux pouvoirs mystiques ramène Eric Draven à la vie pour qu’il puisse mener à bien sa vengeance.
L’autre source d’étonnement concerne le coté graphique : dessiné en noir et blanc dans un mélange étrange de comics et de manga aux traits seyants, agressifs et parfois caricaturaux.

Pour concevoir son personnage O’Barr s’inspirera principalement des physiques et personnalités d’Iggy Pop et de Peter Murphy (le chanteur de Bauhaus, le parrain du rock Gothic). Alice Cooper quant à lui servira d’inspiration pour le maquillage. Musicalement des références très appuyées sont faite à Joy Division ainsi qu’à The Cure. Les titres de chapitres sont des chansons du groupe de Manchester, on retrouve des reproductions de leur pochettes de disques, des textes de chansons sont retranscrits dans leurs intégralités… Bref l’auteur ne fait pas de mystère du fait qu’il est un grand fan de Joy Division !

Les motivations d’O’Barr sont limpides. L’histoire est en elle-même n’est qu’un prétexte : Eric revient à la vie se met en tète d’exterminer un par un ses tortionnaires tout en se lamentant entre deux scènes de meurtre sanglant. L’intérêt principal réside précisément dans ces passages aussi nostalgiques que mélancoliques où le héros se rappelle son amour défunt. Ecrasé par le désespoir et par le manque, l’auteur laisse libre cours à l’expression poétique de sa souffrance.

Pour souligner cette dichotomie, les scènes violentes seront dessinées de manière brutes et « trash » (certains diront limite bâclées) alors que les scènes romantiques sont au contraire dessinées avec beaucoup de soins et en aquarelles. Le comics connu, contre toute attente, un grand succès et engendra plusieurs suites (avec ou sans la participation de James O’Barr selon les cas) mais aucune d’entre elles n’égalera l’original.

L’hommage de James O’Barr à Ian Curtis

L’hommage de James O’Barr à Ian Curtis
(C) Gallery Books

Pas moins de quatre films seront inspirés par le comics, ainsi qu’une série télévisée ! Le premier film sorti en 1994, réalisé par Alex Proyas, est très fidèle au comics original tout en étoffant un peu le scénario. Plutôt que d’enchainer les morts, une intrigue pour capturer le corbeau mystique est rajoutée.

Par ailleurs on ne joue manifestement pas avec le désespoir impunément puisque pendant le tournage du film l’impensable se produit : l’acteur Brandon Lee (le fils de Bruce – euh pas Tringale hein, Lee !- Gasp ! Ndr-) meurt victime d’un tragique accident. Un technicien a mal nettoyé une balle à blanc qui devient par là même une véritable arme !
Un coup de feu « pour de faux » devient mortellement sérieux…
Intervenu en fin de tournage le décès de l’acteur n’empêchera pas pour autant le film de se terminer. Les plans manquants (ironiquement la résurrection d’Eric) sont achevés grâce à un habile montage numérique.
Il va sans dire que la réalité rejoignant la fiction, le film aura une réputation de film maudit et achèvera de le faire rentrer dans la légende.

Le deuxième film The Crow : City of angels réalisé en 1996 par Tim Pope (Le réalisateur officiel des clips de The Cure) est esthétiquement intéressant mais est, hélas, desservi par un scénario en tous points identique au précédent et par un casting aberrant ! (Vincent Perez ? Vraiment ??)
Concernant les suites seuls les plus motivés d’entre vous se les taperont, les autres éviteront de perdre inutilement 2 heures de leur vie.

Joy Division et les Incas

Puisque nous sommes au rayon comics restons-y, avec une amusante série initialement autoproduite (puis rééditée chez Dark horse en 2013) malicieusement intitulé Sacrifice : Blood will tear us apart. Sam Humphries (qui a déjà œuvré sur The Ultimates et Uncanny X-Force) nous raconte l’histoire d’Hector, fan suicidaire de Joy Division, dont les crises d’épilepsie ont la particularité de lui faire remonter le temps à l’âge des Aztecs !

Comme l’a résumé Kieron Gillen (Phonogram, Uncanny X-Men) : « Que se passe t-il quand deux des plus grands cultes morbides de l’histoire se rencontrent ? Vous n’y avez jamais pensé mais Humphries et Rose l’ont fait ! Ecoutez. »

Ian-ian et le temple du soleil

Ian-ian et le temple du soleil
(C) Dark Horse

« MISFITS » 5 Saisons diffusées de 2009 à 2013

Je crois qu’il n’est pas superflu de dire que Misfits est sans doute la meilleure série de super-héros de tous les temps ! Bien que réalisée avec un budget ridiculement bas (qui aurait fait pouffer de rire les producteurs d’Heroes) la série Britannique est tout simplement un trésor d’inventivité et créativité !

En 2009 Misfits est créé par Howard Overman pour la chaine E4 en s’inspirant très librement de Misfits of science (la série des années 80, avec Courtney Cox, traduite dans nos contrées par Superminds).
Au final ne sera gardé que le nom et le concept d’ado à super pouvoirs. Pour le reste, tout a été intégralement revu et corrigé.

Lorsque la série commence 5 jeunes marginaux sont condamnés à effectuer des travaux d’intérêts généraux (alias TIG). Pendant qu’ils purgent leur peine un orage surnaturel éclate. Ils sont frappés par la foudre et se réveillent dotés de superpouvoirs qu’ils ne maîtrisent pas plus qu’ils n’apprécient ! En effet loin des clichés des super héros les cinq protagonistes vivent leurs pouvoirs comme une malédiction et donneraient tout pour s’en débarrasser (ils le feront d’ailleurs pendant la saison 2, pour le regretter aussi sec).

Comme bien souvent les super pouvoirs peuvent être perçus comme une métaphore de l’adolescence, où les corps et les esprits se transforment. Il faut apprendre notamment à gérer sa sexualité : Alisha a le pouvoir de provoquer un désir violent et bestial chez tous ceux qui la touchent ! Curtis lui a le pouvoir de changer de sexe dans la saison 2 ! Ambiguïté sexuelle quand tu nous tiens…
Simon, un garçon un peu transparent à la timidité maladive, deviendra quant à lui littéralement invisible au sens propre du terme !

Un fan de Joy Division s’est glissé dans le casting, saurez-vous le retrouver ?

Un fan de Joy Division s’est glissé dans le casting, saurez-vous le retrouver ?

C’est précisément ce garçon qui servira de lien avec Joy Division. De l’aveu même de l’acteur qui l’incarne, Iwan Rheon (que l’on verra plus tard dans Game of thrones), le personnage a été conçu comme une référence évidente et assumée à Ian Curtis. Il faut dire que tout y passe : la coupe de cheveux, les tenus, le teint blafard… Sa transformation en homme invisible n’est pas sans évoquer une crise d’épilepsie et au cours de la saison 2 on le voit carrément danser de la même manière que le chanteur de Joy Division (une danse d’épilepsie électrique pour faire court).

Il va sans dire que la musique du groupe de Manchester figure en bonne place dans la B.O. avec entre autre The Cure, New order… Alisha prenant le walkman de Simon en train d’écouter Echo and the bunnymen de déclarer : « euh c’est déprimant ». Si peu. Quoi qu’il en soit la série est une franche réussite (au moins sur les 2 premières saisons) les personnages crées sont profondément attachants et leurs péripéties ouvertement drôles, décalées et trash. Petit bijou cette série est un modèle de comédie déjantée, sexuée et rock’n’roll.

Si les acteurs Iwan Rheon et Robert Sheehan (que l’on verra plus tard dans Killing Bono, ou le récent Moonwalkers) sont clairement mis en avant par rapport aux autres, il n’en sera hélas pas de même pour la suite… En effet Sheehan quitte carrément la série sans explication à l’issue de la saison 2 et Rheon se retrouve à jouer un rôle très secondaire dans la saison 3, avant de lui aussi disparaître à la fin de celle-ci.

Le nouveau casting ne se montrera hélas pas à la hauteur de leurs prédécesseurs (pas plus que les scénaristes d’ailleurs). Notamment l’horripilant Joseph Gilgun dont le personnage, Howard, est un sommet de bêtise et de vulgarité… La série se terminera piteusement dans l’indifférence générale. Dernier détail amusant les plus cinéphiles d’entre vous reconnaitront l’endroit où les héros effectuent leur TIG puisque c’est aussi le lieu de tournage d’Orange mécanique !

Détournements Geeks en veux-tu en voilà

Détournements Geeks en veux-tu en voilà

Icône et Street art

Joy Division est l’incarnation même du groupe dépassé par sa propre image ! Quand les beaux jours arrivent vous verrez forcément fleurir un peu partout les t-shirts du groupe figurant notamment le logo mystérieux de leur premier album.

Sans vouloir être mauvaise langue il y a fort à parier qu’une bonne partie de ces porteurs de t-shirts n’ont qu’une connaissance très partielle du groupe (voir pas de connaissance du tout) et qu’ils sont avant tout attirés par l’image mortifère et rock’n’roll de Joy Division.

Tout comme beaucoup de gens arborent fièrement l’image de Che Guevara sans vraiment savoir qui il était, ne retenant que l’image d’un révolutionnaire romantique les yeux perdus dans le lointain… (En oubliant au passage qu’il a été joyeusement trahi par son ami Castro qui le trouvait trop extrême à son goût…).
Bref, à l’instar du Che, utiliser l’image de Joy Division est devenu « Cool » mais cette coolitude n’a finalement rien à voir avec la musique, nous parlons ici seulement d’image, ce qu’il y a derrière n’a finalement aucune importance (de là à faire du groupe de Manchester les Che Guevara de la Cold wave, il n’y a qu’un pas que je vous laisse franchir…).

Unknown business

Unknown business

Dans la même idée les publicitaires se sont empressés de détourner l’image du groupe de la manière la plus aberrante possible : des oreilles de Mickey-Unknwow pleasures, des baskets Joy Division, des coussins, des descentes de lits…et même un jeu vidéo sur la rupture amoureuse inspiré par le groupe !!

Finalement les hommages respectueux et authentiques sont plus à chercher du côté du street art qui permet aux fans d’utiliser l’image du groupe à des fins artistiques et… « gratuites ».

 L’art est dans la rue

L’art est dans la rue

Billy le boucher

Toujours au rayon hommage signalons le travail tout à fait remarquable du dessinateur Brésilien Butcher Billy qui mélange à travers son œuvre ses deux passions : la musique et les comics (tiens donc) ! Son idée est originale : prendre des stars de la musique alternative des années 70 à 90 et les remanier en Super héros !
Ainsi Siouxsie sera transformée en Wonder Woman, Morrissey en Superman… et fort logiquement Ian Curtis en Batman !

La technique de Butcher Billy est simple, il dessine tout d’abord des ébauches un peu partout, y compris sur des nappes en papier dans des bars, avant de les transférer sur son Mac. Il utilise ensuite des couleurs basiques pour mettre en valeur ses dessins. Exactement comme étaient colorisés les comics période pré-ordinateur.
Bien que créé digitalement la démarche de l’auteur est avant tout nostalgique.

Si les sources d’inspirations sont très variées (films, jeux vidéo, comics, musique…) le résultat de son œuvre n’en reste pas moins étonnement cohérent et efficace. Butcher retranscrit à merveille la culture populaire sous toutes ses formes !

Goth comics

Goth comics
(C) Billy Butcher

Prophète du déclin et de l’aliénation pour certains, James Dean gothique pour d’autres, Joy Division fut simplement pour moi le compagnon des heures sombres. Amis indéfectibles et reflet des angoisses de mon adolescence.

Partant de l’intime pour aller vers l’universalité, le groupe a annoncé le déclin dans lequel allaient sombrer les années 80. Les hippies partis à la retraite, la colère punk s’estompant peu à peu, ne restait plus que le désenchantement. Nul paradis (même artificiel) n’était en vu, il nous a fallu apprendre à écouter le chant des astres agonisants et découvrir leurs plaisirs inconnus…

(c) Edwige Dupont

61 comments

  • Matt & Maticien  

    Je suis heureux d’être le premier à écrire un commentaire sur cet article historique. C’est peut être un simple article encyclopegeek mais c’est un grand pas pour Bruce Lit qui publie désormais des résumés de thèses; )

    Bravo pour l’exercice. On en avait parlé. L’article mythique sort enfin. Heureusement ma fille qui veillait m’a appelé depuis son sommeil tourmenté pour me permettre d’être le premier lecteur et ainsi mieux comprendre comment joy division et pif magazine sont à l’origine du monde (cf. Nos discussions précédentes).

    Évidemment on apprend plein de choses et c’est assez drôle. Comme quoi on peut faire de la science en s’amusant; )

  • Patrick 6  

    Je ne sais pas si Pif et Joy division sont à l’origine du monde, du mien probablement en tous cas !
    Du reste la corde n’a t-elle pas fait parti des gadgets de la revue ? (Histoire de former des générations de dépressifs)
    En tous cas merci à ta fille pour le « friendly reminder », mais un conseil ne lui fait pas écouter tout de suite Joy division… Laisse là profiter encore un peu de Trotro en toute innocence 😉

  • Bruce lit  

    « The moody blues » 2/4
    La joyeuse division : non, Bruce Lit ne publie pas en exclusivité l’avant première de « Civil War » , mais une encyclopegeek signée Patrick Faivre sur Joy Division, Ian Curtis et son influence sur la culture geek ! Tordu ? Pas tant que ça ! Des « Misfits » à « The Crow », vous répéterez comme moi : « Patrick Faivre was right !

    La BO du jour : Comme l’ont dit les Wombats : «Let’s dance to joy division,
    And celebrate the irony,
    Everything is going wrong,
    But we’re so happy». Que rajouter de plus ? https://youtu.be/CUvJvM-D8SM

  • Présence  

    Merci pour cet article indispensable à ma culture. Il y a de cela des décennies, un de mes amis était fan de Joy Division, mais je n’ai jamais pu tenir à l’écoute d’un morceau en entier. Enfin je sais à quoi correspond ces espèces de montagne dessinées en filaire, et je comprends pourquoi Batman se retrouve collé par dessus avec une clope au bec.

    Je m’attendais bien à un article docte et complet, mais pas aussi agréable à lire (au vu du sujet). Je dois dire que l’anecdote sur le choix du nom du groupe permet de bien mettre les choses au clair dès le départ. Il faut dire que je partais de loin puisque je ne connaissais même pas le lien entre Joy Division et New Order (honte sur moi). Merci aussi pour les précisions sur Anton Corbjin car je comprends mieux maintenant pourquoi les fans de Metallica ont crié à la trahison en le voyant débarquer dans l’univers visuel du groupe (étrange alliance a priori contre nature).

    Je n’avais pas réussi à finir la lecture de The Crow de James O’Barr et je n’avais aucune idée du lien avec Joy Division, décidément ton article est indispensable dans tous ses paragraphes.

    Je ne peux que compatir à l’agacement devant le détournement de l’imagerie du groupe, jusqu’aux oreilles de Mickey-Unknwow pleasures (faut absolument que j’en trouve une photographie).

  • JP Nguyen  

    Bigre ! Quel article ! Très instructif pour le non-fan absolu que je suis (la signification du nom du groupe, le logo pulsar…)
    Sinon, désolé, j’ai essayé quelques morceaux sur Youtube mais le son Cold Wave, ça me laisse… froid.
    Parmi les nombreuses oeuvres citées, je n’ai reconnu que The Crow et… Stroszek ! (petite coquille dans l’article). J’avais subi ce pensum en cours d’allemand et, effectivement, il est à déconseiller à ceux qui n’ont pas la pèche.
    Sur la zone, j’ai lu dans une review VO que la dernièr réédition de The Crow avait été expurgée des extraits de texte de Joy Division dans les inter-chapitres pour de bêtes raisons de droits…
    Petite question, la phrase sur « imprimer la légende plutôt que la réalité », elle n’aurait pas été utilisée dans le western « L’homme qui tua Liberty Valance » ?
    En tout cas, Patrick, en signant cet article, tu es rentré un peu plus dans la légende Brucelisienne 😉

  • Ivlo  

    Très beau panorama de la culture JD.
    Angle original, inspiré, très bien écrit !
    Bravo

  • Patrick 6  

    @ Présence : Pour le coup c’est toi qui m’apprends que Corbjin a travaillé avec Metallica ! En effet c’est le grand écart musical les gens avec qui il a officié précédemment, mais je fais confiance à son talent pour aborder avec pertinence des styles situés aux antipodes les uns des autres.
    En tous cas je suis content d’avoir participé à ta culture générale (ou au moins musicale). Rassures toi je n’essaierai pas de te convaincre de les écouter je sais que nos gouts musicaux sont différents 😉

    @ JP : Ah oui en effet mon doigt a ripé pour Stroszek, au temps pour moi (Bruce ! Du boulot pour toi !).
    J’aime ton art de l’euphémisme : « il est à déconseiller à ceux qui n’ont pas la pèche ». Je dirais que le film de Werner Herzog est clairement et ouvertement dépressif ! Après l’avoir vu j’ai eu envie de vomir toute la journée ! Un vrai bonheur…
    Mince ! The Crow réédité sans les références à Joy division ?? Euh mais il n’y a plus aucun intérêt à le lire alors :)) Je vais donc garder précieusement mon édition originale !
    Et oui, je rends une fois de plus hommage à ton érudition le film « 24h party people » a paraphrasé « L’homme qui tua Liberty Valance » ! La phrase est un clin d’œil au film de John Ford.

    @ Ivlo : Tu es mon ami même hors facebook :))

  • Tornado  

    « C’est le dernier chef d’œuvre de cette décennie, sans doute le plus grand également » : Pour moi, fan absolu des 70’s, voilà une provocation AB-SO-LU-MENT inacceptable !!! 😀

    Je ne sais pas si c’est moi, mais la transition entre le 2° album et le biopic m’a parue brutale, au point que j’ai dû tout relire pour faire le lien.

    Pour le reste, voilà un article magnifique, dont la passion est communicative. Hélas, comme les copains, je n’aime pas du tout la cold-wave. Mais la tranche de culture est optimale, parce que racontée comme il faut ! Et du coup je pense qu’on en ressort tous plus intelligents et cultivés, avec en plus de la bonne-humeur, ce qui est quand même une gageure étant donné le sujet !
    En revanche contre j’adore « The Crow » et en propose volontiers l’article, en solo ou en team-up…

  • Jyrille  

    Je dois avouer que, avec d’autres articles d’il y a deux mois et sans doute d’autres, je n’ai pas encore lu ton Encyclopegeek sur Pif. OUI JE SAIS c’est la honte. Mais bon tu n’es pas le seul.

    Par contre, étant contrairement aux autres un fan du groupe, j’ai dévoré cet Encyclopegeek ! Il est super, et comme le soulignes Tornado, étonnamment positif pour un sujet si mélancolique et cette musique si sombre… Cependant j’imagine que l’on pouvait en dire encore beaucoup plus tant ce groupe est emblématique. Tu m’as appris des choses à chaque paragraphe ou presque (je ne savais pas pour le film le soir de la mort de Curtis, je vais me renseigner, je n’en ai jamais entendu parler) et même si je suis d’accord avec toi sur pas mal de choses, il y a tellement de bonnes choses que Joy n’a pas fait le dernier chef d’oeuvre des 70s… C’est simple, le tournant des années 70 et 80 comporte sans doute plus de pépites qu’au détour des 60s et 70s ! Et pourtant c’est pas simple à égaler. De même, en réécoutant le premier Jesus & Mary Chain il y a peu, l’héritage du Velvet Underground m’a soudain paru bien plus écrasante que celle de Joy.

    Mais tu as parlé des objets bizarres et du dessinateur de comics et même de The Crow, c’est tout de même un article à part, unique, qui ne pouvait qu’exister qu’ici ou sur un autre blog. Rien que pour ça, et pour le plaisir que tu as pris pour nous donner tout l’amour que tu portes à ce groupe, je te remercie de l’avoir écrit !

    Je n’ai vu ni Control ni 24 hours party people ni Donnie Darko mais je les note sur ma to view list. Par contre bien vu pour les Misfits, je suis complètement d’accord avec toi. Howard, c’est celui qui peut se dédoubler ?

    Et encore bravo !

  • Patrick 6  

    @ Torando : Ahah je me doutais bien que ma phrase sur le chef d’œuvre des 70’s ferait grincer des dents 😉 Je guettais donc les réactions… Provocateur moi ?? 😉

    Hum tu as peut être raison pour la transition entre la bio et le film, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti en relisant ma conclusion qui semble un peu sortir de nulle part, mais bon… Je ferai mieux la prochaine fois !

    The Crow version Tornado voilà qui est prometteur !

    @ Jyrille : L’avantage avec l’article de Pif c’est qu’il n’est pas réellement lié à une actualité quelconque tu peux donc prendre ton temps pour le lire 😉

    Je suis bien d’accord avec toi, on pouvait ajouter bien d’autre choses sur Joy division mais paradoxalement j’ai essayé de parler le moins possible de musique ( Gasp !! ) histoire de rester raccord avec le thème du blog.
    Même pour la biographie du groupe je me suis efforcé de rester le plus succinct possible, juste les faits les plus marquants… pour éviter les coups de ciseaux :))
    Et puis ma fois ce n’est pas une si mauvaise idée, car être original sur Joy division est assez compliqué, vu que tout, ou presque, a déjà été dit ! Donc la contrainte de la Geekitude a plutôt été un atout au final !

    Jesus & Mary chain au cours d’une interview avait qualifié Joy division de « merde surévaluée » :)) Mais ils ont avoués avoir balancé cette blague par pure provocation vu qu’ils sont fans !

    Oui Howard c’est le mec super vulgos qui se dédouble dans Misfits…

    En tous cas merci pour tes compliments !

  • Lone Sloane  

    En ce jour de veillée funèbre princière (qui disparait au même âge que sa première muse et maîtresse, la divine Vanity, partie au mois de février) lire ton article sur Joy Division me donne une perspective différente sur l’empreinte que peuvent laissser les artistes sur une période courte et sur la durée, Et l’impact des mancuniens et de Ian Curtis fut manifeste.
    C’est marrant, parce que je les ai découverts, par l’intermédaire de la reprise de Paul Young de « Love will tear us apart » sur son album No Parlez, N°1 des charts anglais pendant l’été 2013. Cette reprise et celle de MarvinGaye furent des portes d’entrée sur d’autres univers moins sucrés et gélifiés.
    Control est un film étonnant dans sa recherche photographique et dans le script qui montre un Ian Curtis si inexorablement humain.
    Et bravo pour le titre, les lecteurs de Balllard comme les auditeurs de Joy Division apprécieront.
    For those about rock…

  • Bruce lit  

    Tout d’abord, félicitations à Pat-man pour cet article auquel je ne croyais pas plus que ça lors sa genèse. Comme l’on dit les copains, on aurait peine à croire que ce groupe puisse inspirer autant d’humour. Atrocity Exhibition m’aura appris au moins une chose (le reste, hey…je lis bcp la presse musicale M. Faivre): ces gens savaient rire, étaient des lads ?!
    J’ai peine à le croire tant Control justement montraient des types qui parlaient à peine. Control dont j’ai bcp aimé la photographie et le traitement glacial. Le coeur brisé silencieux de Curtis y est très bien illustré ainsi que sa souffrance silencieuse…M’est il pour autant sympathique ? c’est ici que nos avis divergent :

    1/ Je n’aime pas les jeux d’imagerie nazie. Sur ce coup là, je me sens pas rock’n’roll du tout. Même si c’est de la promo, de la dérision, un jeu, tout ce qu’on veut que ce soit Siouxie, ce crétin de vicious, Keith Richards, Slayer ou même Lemmy, j’ai toujours trouvé ce genre de blagues idiotes…Je connaissais la génèse du nom Joy division. Au moins la tristesse de la musique colle au propos…
    Maintenant la comparaison

    2/ James Dean : mis à part le mal-être et la mort jeune, je ne vois pas trop ce qui les rapproche. A bien des égards en fait Dean est plus « rock »… Je m’explique te fâche pas 😉 . Curtis est un type abattu, déprimé et marié au moment de sa mort. Dean lui préfigure l’hédonisme rock : il sème amants et maîtresses, le mystère autour de lui, mélange mal-être et un appétit de vivre impressionnant en s’essayant à la sculpture, la danse, la photo, la musique, la réalisation et certains pensent aussi les films porno….Inversement, la vie intérieure de Curtis reste un mystère pour moi.
    Toute fois Anton COrbjin qui fut surtout le clippeur de Depeche Mode a réalisé son deuxième film sur…James Dean justement ! Life, que j’ai trouvé très réussi, émouvant, moins beau plastiquement que COntrol. Je voulais en faire un article, mais je pense que l’on aurait été peut-être hors sujet. NOs idoles en tout cas sont bien servies 🙂

    3/ La musique : Cure, Joy,Siouxie, Krawftwerk à la base, pour moi c’était pas du rock…c’était…être chose. Une sorte de secte un peu malsaine, triste, mortifère, repliée sur elle même. Les curiste à la Loco ne m’inspirait que condescendance et pitié. Je m’explique : je concevais le rock comme un truc brutal, à guitare, pleine de fureur et de vie. LOrsque l’on passait de Nirvana ( triste mais pêchu) à Lullaby des Cure en boite, je me disais « oh putain, mais c’est mou ça, et les cUristes vont passer le balai avec leurs grosses godasses….).
    J’ai viré ma cuti un soir en écoutant Never Let me Down de DM où tout à coup j’ai entendu de la rage cachée sous les machines. Puis NIN avec sa spiral, pour le coup le meilleur dique des 90’s 😉 m’a donné envie de découvrir tous ces groupes que je n’aimais pas. Aujourd’hui celui que j’apprécie le plus reste CUre dont la trilogie est phénoménale et que j’arrive à suivre jusqu’à Head through the door. Kiss me kiss me kiss me vient après non ? j’aime aussi.
    Joy reste ok, Dead Souls, LOve will sont des chansons immense. Siouxie,euh….la reprise de Helter Skelter me fait toujours pouffer. La chanson Happy House est splendide, pour le reste avec la cold wave, c’est quand même trop, trop mortifère ! Mais hey je reviens de loin !
    Depeche Mode est magnifique, capable de pondre encore aujourd’hui des classiques. Irréprochable, indémodable, increvable. Dave Gahan a fait un album solo impressionnant.

    3/ Les Comics
    The CRow au cinéma en tout cas ne m’avait pas touché plus que ça. L’histoire me faisait penser à RObocop chez les gothiques…..

    4/ Misfits
    Probablement dans les deux premières saisons la meilleure série de SUper Héros de Tous les temps. Là on est d’accord. Fun, légère, remarquable, plein de brutalité et de délicatesse jusqu’à cette saison 3 et l’autre connard qui vient parler de toutes les fille qu’il a enculé en rotant….beurk…Un gâchis scandaleux….

  • Patrick 6  

    @ Lone sloane : Ah non je plaide non coupable ! Je n’ai pas écrit d’article sur Prince je n’ai donc rien à voir avec sa mort… Bon Leonard Nimoy, Wes Craven ou Christopher Lee je ne dis pas, mais Prince non 😉

    Et bien figures toi qu’à ton instar j’ai aussi connu Joy division par l’entremise de la reprise de Paul Young en 1983 ! Incroyable ! Paulo qui a fait de cet hymne à la rupture un slow dégoulinant… Balaise !
    A noter que Mister Young avait également contacté Robert Smith pour lui demander l’autorisation de reprendre son Boys don’t cry ! L’intéressé à refusé expliquant qu’il n’imaginait rien de pire !
    (Bon en même Robert ne peut pas trop la ramener vu qu’il avait lui-même pompé son morceau sur « It’s my time » de The mynah birds mais bon…)

    Ian Curtis aimant parsemer les références littéraires dans ses morceaux il est plus que probable qu’il ait en effet lu le livre de J.G.Ballard.

    • Jyrille  

      Tiens je ne connais pas ce titre que Robert aurait pompé. Tu m’apprends un truc. Sinon les photos de Corbjin sont aussi belles pour Depeche Mode que pour Metallica, il faut voir celles de S&M.

      Quant à la définition du rock je rejoins Patrick mais j’y reviendrai.

      • Patrick 6  

        Figure toi que moi même en tant que fan je ne l’ai appris que récemment ! Quoi qu’il en soit je mets le lien ci-dessous et je te laisse te faire ta propre idée 😉 https://www.youtube.com/watch?v=crm7gqK0OeY

        • Jyrille  

          Si je comprends bien le texte, ce titre était perdu dans les archives ou les déchets de je ne sais quelle maison de disque. Mais oui, c’est intrigant. Cela dit, un pote bien meilleur que moi m’avait expliqué que la progression d’accord de Boys Don’t Cry est une progression classique : majeur – mineur – mineur – majeur (et en plus un truc sur les écarts, puisque c’est un ton – un ton – un ton – un demi-ton). Ca se retrouve dans pas mal de progressions. Bon là en plus, y a le retour, la descente sur les mêmes accords… Alors oui c’est intrigant.

          • Patrick 6  

            Traduisez Robert Smith est un coquin 😉

  • Patrick 6  

    @ Bruce : Et bien merci à toi d’avoir accepté un article à priori éloigné du thème du blog 😉
    Comme le disait Boris Vian « l’humour est la politesse du désespoir » ce qui explique le parti d’en rire que j’ai adopté (et puis bon je n’allais pas faire pleurer tes lecteurs quand même !).
    Bon certes Ian Curtis n’est pas connu pour raconter des blagues en soirée, mais tous ceux qui l’ont approché semblent s’attacher à dire qu’il n’avait en apparence pas de tristesse spécifique.

    Pour répondre aux points que tu as soulevés je pense que l’imagerie nazie collait aussi au tournant des années 70-80 puisqu’elle était largement rependu à l’époque dans les milieux rock, des Sex pistols à Taxi girl… Il faut dire que c’est l’idéal si on veut se mettre tout le monde à dos ! Rien de tel qu’un Svastika pour créer le consensus contre soi !
    Du reste Daniel Darc (qui était juif – euh au moins au départ) expliquait qu’il comprenait qu’on puisse être fasciné par l’ordre, la rigueur et la méthode du 3eme reich… C’est sans doute ce qui l’a poussé à monter sur scène à l’époque en arborant une étoile jaune !
    Bref c’était très con mais le choix « esthétique » (sic) des Punks (et dans le cas présent de Joy division) n’était en rien relié à une idéologie (en tous cas certainement pas celle de l’extrême droite).

    Concernant James Dean je pense que la métaphore n’est pas si fausse que cela, ils sont les deux côtés d’une même pièce : l’un a choisi l’introversion et l’autre l’extraversion mais les deux avaient un gout commun pour l’auto destruction.
    L’un a choisi de se disperser et de baiser avec tout ce qui bouge, alors que l’autre a choisi de se consacrer à son art et de ne baiser personne (pas même sa maitresse), mais au final le résultat reste le même : Live fast, die young !

    Pour Anton Corbjin « Life » n’est pas son 2eme film mais au moins son 4eme ! Comme le temps passe…

    Cure, Joy… pas du rock ? Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre :)) A noter que ce que tu as dit résume très bien pourquoi je n’aime pas des gens comme Philippe Manœuvre : Ils cherchent à imposer l’image du rocker comme un gros bourrin baveux aux accents de starlette hystérique…
    Pas besoin d’hurler et de casser sa chambre d’hôtel pour être un rocker non ? Après ça peut être fascinant quand on est ado mais avec les années j’aurais tendance à trouver ça un poil puéril.
    Par exemple Pete doherty représente de nos jours tout ce que je déteste dans le rock–crétin.

    The Crow un Robocop chez les gothiques ??? La vache il faudra que tu m’expliques ça car je ne fais pas le lien :))

    Et oui après deux saisons de folie on a un peu de mal à comprendre ce qui a pu se passer pour arriver à une telle débâcle dans la saison 3 de Misfits ! Le pauvre Simon se retrouve relégué à faire de la quasi figuration et la saison se termine sur une boucle temporelle un peu foireuse selon moi…

    • Bruce lit  

      1/ La politesse : dois je m’inquiéter alors de te voir toujours si poli ?
      2/ Le nazisme : si aujourd’hui un groupe de rock se pointait avec le drapeau de Daesh, je ne serai pas sûr d’apprécier non plus….J’ai toujours trouvé absurde de porter les emblèmes de ce en quoi on ne croit pas….
      3/ Jimmy : Live fast, die Young : dans un cas CUrtis est victime de sa dépression (pulsion de mort), de l’autre Jimmy meurt d’un bête accident de voiture dont il n’était pas responsable (priorité refusée). Il se rendait à une course automobile, sa passion. La nuance est quand même là. Je n’ai jamais vu Dean comme suicidaire mais comme un homme pressé, angoissé de jouir de la vie avant de mourir. Sans être une sinécure pour lui ou ses proches, on reste quand même du côté de la vie….
      Les autres films de COrbjin c’est quoi ?
      4/ Oui la coldwave c’est du rock, je l’admets. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit, et je pense que tu en conviendras, d’un club plutôt privé dont les membres sont fiers. Concernant Manoeuvre j’ai beaucoup de mal à comprendre la haine que ce type cristlise tant j’admire son bagout, sa polyvalence et sa culture musicale. Je me vois bien moi comme un Manoeuvre du COmics. Rock’n’folk garde une assemblée de plumes de qualités ( qu’on aime ou pas) : Acin , Deluermoz, Soligny, Eudeline et Ungemuth. Les duex derniers allant souvent contre les gouts de Manoeuvre. Ungemuth a quand même publié un spécial pires groupe de Rock avec en tête certains de mes groupes préférés. Il ‘ne demeure pas moins que Manoeuvre publie ça, tel Bruce Lit publiant vos éloges de Morrison et de Ellis que je n’apprécie pas….

    • Tornado  
      • Bruce lit  

        Une connerie datant de l’époque où BOwie paranoïaque, drogué se nourrissant seulement de poivrons et de lait et qu’il a regretté toute sa carrière….

        • Jyrille  

          D’après un reportage vu récemment, la photo est sortie du contexte : il saluait une foule venue l’accueillir.

          • Tornado  

            J’ai toujours entendu parler de cette anecdote (depuis le lycée). Mais effectivement, en revoyant la photo, il n’est pas habillé en officier SS (et c’est pourtant ce qui est couramment colporté) et son salut n’est pas exactement le salut nazi.

  • Patrick 6  

    @ Bruce : 1/ Dois tu t’inquiéter ? Oui bien sur ! (ahaha)

    2/ Je suis plutôt d’accord avec toi les Punks n’étaient pas tous des intellos (surtout pas Sid Vicious) et jouer avec l’imagerie nazi est aussi idiot qu’irresponsable.
    (Sans doute pour « s’excuser » d’avoir porté la croix gammée, Siouxsie a ensuite porté des tshirts avec l’étoile de David, tout en chantant « Israël » ! Me demande pas…)
    Dans le cas de Joy ça se tient encore car cela contribue à l’ambiance (wagon) plombée. Cependant Rob Gretton a eu bon nez de leur recommander de se détourner de ce genre de décorum glauque (ça leur a évité notamment de voir trop souvent des mecs avec le bras droit tendu pendant leur concert)…

    3/ Hum si pour le coup Curtis a été plus « jusqu’auboutiste » que Dean (Ian lui est passé à l’acte) j’ai par contre toujours vu (à tort à raison) l’acteur comme un suicidaire patenté (pas tenté ?).
    Consciemment ou pas à bruler la chandelle par les deux bouts on finit généralement par se bruler…

    Pour Corbjin voici sa filmographie : http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne_gen_cpersonne=141562.html

    4/ Oui oui la Cold wave est avant tout une musique de « chapelle » qui n’est à priori pas appelé à rencontrer le succès populaire (sauf à de rares exceptions, dont JD).

    Et bien Monsieur Bruce TrinManœuvreGale, le Philou sait sans doute s’entourer de bonnes plumes, et laisse ses collaborateurs s’exprimer (ce qui est une bonne chose) mais il n’en reste pas moins que je trouve sa ligne éditoriale pour le moins rétrograde : une couverture par an aux Rolling stone, aux Beatles, à Elvis… waow ! Trop de nouveauté tue la nouveauté ! (et c’est un gars qui a écrit un article sur Joy division qui le dit !)
    Quant au personnage en lui-même je dois dire que je bloque, je trouve qu’il en fait des tonnes, il n’hésite pas à surjouer en permanence…
    Non décidemment, Rock&Fuck il ne passera pas par moi :))

    • Bruce lit  

      Dean-Curtis: Les deux ont sûrement en commun l’exposition de leur vulnérabilité et leur faille intérieure…Et puis deux différences irrémédiables : l’un était américain jusqu’au bout des ongles et l’autre british….Les deux vénérés par Daniel Darc. Je continue de penser que non Dean n’était pas suicidaire. Il n’avait que 24 ans quoi ! On ne lui prête pas de consommation de drogues dures, juste de clopes qu’il fumait abondamment. Il n’est pas mort d’une OD dans un ascenseur à presque 60 ans…..

      4/Manoeuvre: je ne regarde jamais la TV, donc son personnage public m’est presque inconnu. Sur les couvertures je te l’accorde, les STones occupent un créneau important. Cela reste un journal dont la ligne éditoriale reste le classic rock et le journal musical que BOwie affectionnait le plus….
      Quant aux Inrocks, je préfère avoir Jagger en couverture que Kerviel et Montebourg en une des Inrocks….
      Je vois Rock’nfolk’ comme un faiseur de goûts et les Inrocks comme un faiseur d’opinions (la qualité des opinions souvent de gauche ne m’étant pas antipathiques au demeurant)….
      Mais voilà, autant je peux publier sur Bruce Lit un article sur Joy Division sans être totalement hors sujet, autant tu imagines l’impact d’un article sur Mitterand et la culture geek….
      Dernnière chose : New Order est le seul groupe à ma connaissance a eu l’honeteté de changer de nom après la mort du chanteur….

  • Sonia Smith  

    Le voilà ce fameux article ! Bravo Patrick, il est complet, fort bien tourné et accessible pour les non spécialistes de Joy Division dont je fais partie. Grâce à Emilie, je me suis mise à écouter Joy Division dont j’apprécie la plupart des morceaux. J’ai beaucoup aimé Control pour toutes les raisons que tu évoques, l’esthétique et le portrait sans concession des acteurs de cette épopée.
    Grâce à Emilie, j’ai aussi découvert Siouxsie que je trouve fascinante et Dépeche Mode dont on ne mesure pas encore toute l’ampleur me semble-t-il. Elle m’a aussi fait redécouvrir The Cure que je trouvais délicieusement effrayants quand j’étais une ado trop sage.
    Je n’ai pas lu The Crow ni vu Misfits, voici des retards à combler !
    Merci de parler du travail de Butcher Billy que j’apprécie beaucoup (il a aussi fait un portrait sympa de Patti Smith qui me sert de photo de profil).
    Vraiment, un grand merci pour ce bel article qui mêle musique, comics et culture pop’ avec une belle érudition, une grande sensibilité et un sens de l’humour toujours détonnant

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