Attrapez les tous…si vous n’avez rien d’autre à faire …

Encyclopegeek : Pokemon GO

Par : ABARIS

VF : Nantic

Notre chroniqueur Xabaris se fait sociologue en enquêtant In Situ sur le phénomène Pokemon GO.

Pokemon Go va faire bouger du monde

Pokemon Go va faire bouger du monde©Nantic

Qu’on soit de la génération Pokémon ou totalement indifférent à ces bestioles, une chose est sûre, Pokémon Go est le jeu/application qui ne laisse personne indifférent.
Une petite piqûre de rappel pour qui aurait vécu dans une caverne ces 20 dernières années. Pokémon est une franchise crée en 1996 par Satoshi Tajiri. qui a donné naissance à des jeux vidéo, un dessin animé ainsi qu’une infinité de produits dérivés : jouets, peluches, jeux de carte et récemment un jeu/application sur smart phone.

Les Pokémons (Poket-Monsters) sont des créature sauvages qui peuvent être domptés et utilisés pour des combats. Le but est de  les chasser pour devenir le meilleur dresseur. Dit de cette façon cela peut paraître barbare et sanglant, mais il faut savoir que Pokémon cible un public plutôt jeune.. Et je ne m’attarderai pas sur les jeux vidéo Pokemon, qui peuvent être considérés comme de bons jeux de rôle, avec la possibilité de capturer, faire combattre, et évoluer des centaines de Pokémons.

Un vrai plaisir de voir un avatar évoluer dans des lieux qu’on connaît

Un vrai plaisir de voir un avatar évoluer dans des lieux qu’on connaît©Nantic

Nous allons plutôt ici parler de Pokemon Go le jeu du studio Nantic. Un vrai phénomène mondial qui a engrangé des milliards de dollars dans les première semaines de son apparition.
Pokemon Go est un jeu qui vous met directement dans la peau du dresseur de Pokémons. Votre téléphone à la main, l’application vous affiche l’avatar de votre dresseur et une carte semblable à une application GPS vous indiquant votre position. Libre à vous de voyager à travers le monde pour pouvoir capturer des Pokémons, qui vont apparaître un peu partout autour de vous. On peut tomber sur un Pokémon à n’importe quel endroit, bien que certains lieux publics comme les parcs sont bien plus propices à la chasse.

De plus, les Pokémons rares se trouvent à des endroits bien précis. L’immersion devient alors encore plus importante, donnant au joueur l’impression que chaque Pokémon a son propre habitat naturel. Autre élément d’immersion, si votre smart phone est muni d’un gyroscope, vous pouvez voir directement le Pokémon via votre caméra, et vous aurez donc l’impression qu’il est juste en face de vous. Il existe aussi des Pokestop, permettant au joueurs de récupérer des Pokeballs (boules qui enferment un Pokémon à la façon d’un génie de lampe, facilitant ainsi au dresseur le transport des bestioles).

Ces Pokestops piochés automatiquement dans Wikipedia ou Google maps sont un élément très intéressants pour connaitre des lieux historiques, parfois tout près de chez vous, sans que vous en soupçonniez l’existence.  De quoi imaginer dire à ses rejetons : “D’accord les enfants, va pour la chasse au Pokémon, mais au prochain Pocketstop, on s’intéresse au musée de la Batellerie ”.

La fonction photo rend la chasse plus immérsive

La fonction photo rend la chasse plus immérsive©Nantic

Le jeu a d’autres petites subtilités comme le choix entre 3 équipes, faire évoluer vos Pokémons, les rendre plus fort pour qu’ils puissent conquérir des arènes et encore d’autres détails que je ne vais nullement développer ici. Je vous expliquerai plutôt pourquoi le jeu m’a personnellement déçu.
Pokémon ayant 20 ans d’existence, les joueurs ont grandi et possèdent aujourd’hui tous un smartphone. Le concept du Pokémon est bouclé : on voit des chasseurs de Pokémon partout dans les rues, de vraies émeutes dans certains pays et la réaction de certains politiques qui souhaitent commencer à légiférer.

Le concept est génial, l’idée aussi…mais pour ma part Pokemon Go n’est pas si original que ça ! Le précédent jeu de Nantic s’appelait Ingress et était déjà une sorte de Pokemon Go adulte où deux factions devaient conquérir des portails se trouvant à différents endroits du globe… aux mêmes emplacements que les actuels Pokestop et les Arènes de Pokemon GO. Un copier/coller plutôt qu’ une création à part entière?

Ingress, le proto Pokemon GO

Ingress, le proto Pokemon GO©Nantic

Il y a aussi des défauts de connections ou de signal GPS. Certains utilisateurs de smart phone auront un peu plus de lenteur dans le jeu et la progression sera pénible. Mais ce n’est rien comparé à “l’aspiration vitale de la batterie”. Du coup impossible de jouer sereinement en pensant : “Et si la batterie tombe à plat et j’ai une urgence téléphonique?”  Du coup, on se retrouve à éteindre le jeu pour le rallumer de temps en temps pour voir si un Pokemon rare est dans le coin.

Sinon, cette application ne s’adresse pas à tout le monde. On cible ici avant tout les fans de Pokémons qui eux vont pleinement jouer le jeu. Et les autres? Ceux qui veulent jouer mais qui n’ont pas le temps de faire des kilomètres à pied pour trouver des Pokémons puissants?
Pour cet article, votre serviteur est allé au Parc Floral de Paris pour pouvoir étudier le jeu. Il y avait tellement de dresseurs que les Pokemons n’avaient pas le temps de réapparaître. Et n’étant pas seul durant ma chasse, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que j’étais en train de perdre de précieux moments de ma vie à chaque fois que mes yeux étaient fixés sur l’écran à la recherche de ces bestioles.

Quel plaisir pour un collectionneur d'admirer ses “précieux”

Quel plaisir pour un collectionneur d’admirer ses “précieux”©Nantic

Si on me posait la question : “Qu’est ce qu’on peut faire de mieux que de jouer à Pokemon GO? Ma réponse serait sans hésitation : “Lire un livre, voir un film, jouer à un vrai jeu vidéo, sortir avec des amis (l’un n’empêche pas l’autre, c’est vrai). Il faut vraiment avoir le temps et l’envie de passer des heures  à marcher pour chercher votre personnage. Et aussi débourser de l’argent pour pouvoir évoluer plus vite. Car effectivement le jeu est ce qu’on appelle un Free to Play. Pokemon GO est gratuit mais utilise le micro-achat pour faciliter le jeu aux joueurs. J’ai moi-même dépensé pas loin de 5€ (une blinde ! Ndr-) pour avoir beaucoup de Pokeballs, sans devoir faire le tour de tous les Pokestops du coin.

Et la polémique ? Un jeu dangereux ?  Le champion de natation Charles Rozoy a été victime d’un accident de voiture, à cause d’une conductrice qui roulait en jouant à Pokemon Go. Une jeune australienne a été renversée  par un chauffard alors qu’elle chassait les Pokémons. Sans oublier, la chute dans un ravin d’un enfant qui traversait la route sans regarder. On a même eu des histoires de racket, avec des malfrats qui attirent les Pokemons vers un endroits précis pour piéger les malheureux dresseurs entrés sur leur territoire.

Pokemon GO : un jeu dangereux ? Ouais, ça a en a tout l'air...

Pokemon GO : un jeu dangereux ? Ouais, ça a en a tout l’air…©Nantic

La polémique sur la dangerosité du jeu est-elle justifiée? Oui et non.
Donnez des briques à un maçon il en fera un mur, un hooligan lui, brisera des cranes. Faut-il interdire les briques pour autant? Certes on entend beaucoup parler de ces accidents mais il ne faut pas oublier que les médias ont toujours faim de buzz et que le phénomène prend une ampleur gargantuesque. L’application est plus téléchargée que Tinder (application de rencontre qui fait fureur) et les gens restent plus longtemps devant Pokémon Go que Instagram, Snapchat ou Messenger. A ce compte il est normal de voir des irresponsables dans le tas, non seulement pour la vie d’autrui, mais pour la leur aussi.

Comment conclure sans paraître totalement aigri ? Le concept reste très sympa, bien que comme expliqué plus haut, le précédent jeu était similaire dans la forme comme dans le fond. N’étant pas de la génération Pokemon, je pense que l’intérêt serait tout autre si j’avais grandi auprès de ces petites créatures imaginaires parfois très attachantes. Imaginez un jeu de carte qui vous passionne, tel que Magic the Gathering ou n’importe quel clone de jeux de carte à collectionner. Et là, avec une application permettant de les collectionner en allant dans un parc,  je pense honnêtement que mon intérêt aurait été poussé à son paroxysme.

Et puis que diable, les geeks ont la réputation de ne jamais bouger de chez eux et bien voilà la preuve du contraire! Je ne dirais donc pas que ce jeu n’a aucun intérêt. Il n’en a que très peu pour moi. Mais comme tout produit commercialisé, il ne cible pas tout le monde. Si vous êtes fan du jeu, grand bien vous fasse, et je dois dire que j’adore voir des personnes de tout âges, parents et enfants chasser allègrement le Pokémon dans les rue et les parcs. Chose qui il y a seulement quelques années était destinée à une race totalement en marge de la société : le Geek. Alors pour conclure : Non merci Pokémon Go…mais merci quand même.

Pikachu, le légendaire

Pikachu, le légendaire©Nantic

29 comments

  • OmacSpyder  

    Un article sur Pokemon Go chez Bruce Lit! Je n’en croyais pas mes yeux! Car là où l’un incite à chasser dans l’immédiat, l’autre (la lecture) incite à chasser l’immédiat. Vous me suivez? Alors Go!
    Admettons donc avec ce jeu bien présenté par Xabaris que cette application permet de ne plus s’interroger sur ce que l’on désire fondamentalement, mais d’aller dans l’instant attraper un objet auquel on n’aurait pas pensé il y a quelques mois. Pour rejoindre Bruce, il y a bien ici une séparation qui selon qu’elle s’opère ou non, selon que l’on lâche ou non son doudou, amène à une pensée capable de solitude, et tous ses bienfaits pour se construire.
    Ici point de solitude! Chacun est amené à courir après un objet incrusté à la réalité, prêt à être attrapé. Comme il a été dit, c’est un temps différent de celui où l’on s’accorde le temps de lire, de flâner, de boire un verre entre amis… C’est un temps où plutôt que de situer dans une quête personnelle qui nous construit et nous enrichit, avec le manque et le doute qui la constitue, ici c’est l’objet qui nargue l’individu, l’amenant, comme l’a très bien dit Wildstorm, rapidement sur une pente addictive.
    Nous sommes donc ici dans une négation du temps pour soi, du temps pour trouver ce qui fonde nos réelles envies. Ici l’objet aux allures de monstre de poche nous attend au tournant, captant le regard de celui qui se perd dans cette quête illusoire, réalité augmentée et imaginaire diminué qui rapprochent d’une absence de questionnement et qui éloignent fondamentalement de soi-même.
    Perte de l’Homme, Go! Perdez-vous tous!

    • Jyrille  

      Si je m’en réfère à mes enfants, cela est tout de même bien meilleur que de rester des heures seuls devant une XBOX ou YouTube. Je ne comprends pas vraiment les jeunes adultes qui y jouent, mais pour les ados, cela me semble parfaitement normal, et va dans le sens actuel du partage et de la colocation. N’oublions pas que la lecture isole également, même si c’est une activité que je considère comme nécessaire et fondamentale. C’est comme tout, il faut doser, faire un peu de tout. Sortir et marcher pour attraper des Pokemon, en bande souvent puisqu’il est possible d’appartenir à un groupe et que les duels dans les arènes doivent forcément être en face de quelqu’un d’autre, me semble une avancée et le retour au jeu ensemble, la nouvelle guerre des boutons. Il est également comme tous les jeux vidéos : vide de sens ou presque, mais en marchant plutôt qu’en restant allongé les yeux grands ouverts devant un écran plat.

      • OmacSpyder  

        « Les yeux grands ouverts », c’est sans doute une question de définition. Ceux que j’ai vu étaient, d’yeux, étaient certes bien ouverts. Mais la planète semblait être désormais un écran plat.

  • Jyrille  

    Xabaris, welcome back ! Ton article est très bon et tu soulignes effectivement tous les points de vue et les avantages, inconvénients et différentes réactions que le jeu a suscité. Vraiment du beau boulot, surtout que tu soulignes des points que je n’avais pas identifié. C’est vrai que près de chez moi, le pokestop et l’arène se trouvent près de vestiges romains.

    Pour ma part, je ne joue pas trop aux jeux vidéos, donc je n’ai pas installé Pokemon Go, par contre mes enfants oui. Mais ils y jouent sporadiquement, étant limités par leur réseau 3G (payant héhé). Tout à fait d’accord sur l’utilisation responsable que l’on doit en faire, mais surtout fasciné par l’engouement et l’impact sur la société occidentale mondiale. On m’a raconté qu’un type avait prévu la sortie du jeu (qui était annoncée depuis longtemps) et avait donc développé une appli pour chatter en même temps que le jeu. Face au succès retentissant, son application, pas assez fournie en espace de stockage, est tombée. Après avoir galéré deux jours pour la remettre sur pied, plus personne n’était intéressé par son appli. Des mois et des mois de développement pour rien, anéanties en un temps record. C’est ahurissant. On pourrait faire une thèse sur ce jeu tellement il a bouleversé les usages communs d’une certaine tranche d’âge.

    J’ai des amis qui ont le jeu pour pouvoir y jouer avec leurs enfants plus jeunes, les accompagner et ne pas leur laisser la main sur un smartphone. C’est vraiment étonnant. Et puis techniquement on arrive à un niveau élevé, très proche de ce que la SF a pu décrire par avant. Je suis toujours épaté de pouvoir écouter des podcasts radios quasi instantanément, sans louper d’émission, avec des fichiers travaillés et attirants visuellement.

    Quant au graphisme, je ne le trouve pas très beau, mais être au milieu de la réalité change tout. J’ai rejoué à Crash Team Racing sur PS2 ce matin, ce qui ne m’était pas arrivé depuis 10 ans, et je me suis éclaté. Pourtant le graphisme est très limité. J’ai jamais vraiment aimé Mario Kart, Crash Team Racing est cent fois mieux.

  • Jyrille  

    Ah et bien sûr, je salue la volonté de Bruce d’élargir le champ lexical du blog en intégrant ce type d’article. C’est totalement passionnant selon moi.

    • Bruce lit  

      ….à la culture tout court !

  • Matt  

    Ma collègue de boulot a suivi une formation sur la sécurité informatique hier. Une conférence dans laquelle intervenaient la CNIL et l’ANSSI (agence nationale de la sécurité des systèmes d’informations)

    Apparemment il y a eu un volet sur Pokemon Go que les gens utilisent sans se poser de questions alors que Google est derrière et que le concepteur aurait bien mentionné 3 fois lors d’un discours que le jeu était un moyen ludique pour Google d’accéder aux données personnelles des utilisateurs, cette application mobile ayant, comme beaucoup d’autres, accès à la messagerie et autres paramètres liés à votre compte Google.

    Une première version des conditions d’utilisation a réussi à être invalidée par la CNIL. Elle déclarait que Google avait tout droit d’accès sur le compte de messagerie de chaque utilisateur de Pokemon Go (récupération de mails de conversations privées, suppression, etc)
    Toutes ces applications liées aux comptes Google qui détiennent des informations perso sont à prendre avec des pincettes, chers amis. Personne ne lit les conditions d’utilisation et pourtant…
    Préférez encore une console avec un compte Xbox ou Playstaton qui ne contient rien d’autre que votre liste de jeux plutôt que des applications liées aux appareils mobiles qui contiennent toute votre vie.

    • Bruce lit  

      Il y a encore plus simple….Ne pas avoir de téléphone portable….si…si !

    • Matt  

      Un peu radical…mais oui.
      Perso je n’ai pas de smartphone avec messagerie, compte google, etc. Juste un téléphone portable qui…ben…téléphone. C’est déjà ça.

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