AVENGERS : ENDGAME L’Iliade des Héros

AVENGERS : ENDGAME : L’Iliade des Héros

ParOMAC SPYDER

PsyKoLoGeek : la rubrique qui parle psychanalyse et culture geek ! Un thème abordé avec des exemples issus de la culture comics, manga, ciné, jeux vidéo pour porter un regard décalé sur tout ce que nous connaissons déjà, ou croyons connaître. Flash Spécial : La rubrique a subi un Cheval de Troie! Voici donc : MYTHOLogeeK Avengers : Endgame, L’Iliade des Héros!
Avec l’homérique collaboration d’Edwige Dupont pour le dessin de couverture

©Edwige Dupont/PsyKoLogeeK

©Edwige Dupont/PsyKoLogeeK

INTRODUCTION

Avengers : Endgame pulvérise tous les records du nombre de spectateurs, comme le point d’orgue, culminant, l’acmé tant attendu, espéré, convoité du regard de ces phases montant crescendo du Marvel Cinématic Universe. Il tient ses promesses, les dépasse même pour certains, les emportant au-delà de leurs espérances, et frappe les autres d’une désillusion percutante, d’un désenchantement au goût amer.
Et si, au lieu d’entrer dans la mêlée, nous cherchions à éclairer ce qui se joue en coulisses de cet opus grandiose, à entendre ici au sens de la forme, de l’épopée qu’elle porte, aussi grande soit-elle puisqu’en effet, plus haute est l’attente plus lourde est la chute. Mais de quoi parlons-nous au juste?

AVENGERS : HOMERE GAME

Avengers : Endgame se pare de qualificatifs homériques quant aux moyens qui lui furent alloués et aux ambitions qu’il porte. Endgame, ça sent la fin d’une histoire. Les responsables de Marvel ont beau indiquer que la fin de la phase 3 intervient dans Spiderman : Far from Home, l’opus d’Avengers est celui qui comporte cette tranche de fin. Il suffit d’y lire la boucle concernant un certain héros en armure pour en voir la confirmation. Une boucle se ferme dans cette fin de partie magistrale ou voulue comme telle.

Soyons iconoclastes : Et si une part d’Avengers Endgame tenait sa portée homérique, justement dans les attributs de ses personnages. Dans l’Illiade, Homère relate le récit de la guerre de Troie en conférant à chacun de ses héros, demi-dieux ou légendes, des attributs. Ainsi, au-delà de leurs décisions, choix, rôles, prenant part dans cette tapisserie monumentale de la Guerre de Troie, les personnages incarnent des tempéraments humains. Rappelons qu’à l’époque, dieux, demi-dieux et humains partagent les mêmes attributs en terme de traits de personnalité. La colère d’Arès ou celle d’Achille comme d’Ajax se rejoignent, les dieux étant parcourus par les mêmes humeurs que les Hommes. Cela ne fait-il déjà pas un point commun avec Avengers : Endgame dans lequel dieux, titans, extra-terrestres, humains, partagent des attributs identiques, sans distinction d’ordre.

LA GUERRE DE THANOS N’AURA PAS LIEU : ACHILLE ET HECTOR

Il devient intéressant alors de retrouver des attributs, des qualificatifs qui sont représentés par les personnages. En dépit de leurs évolutions au fil des volets, qu’ils soient individuels ou collectifs, selon les films solo ou collégiaux, nous allons voir que ces personnages arrivent à un point de légende. Et comme les récits d’Homère les personnages peuvent avoir existé dans d’autres récits, avoir une histoire qui les explique, leur confère une « origin story », ils arrivent lors de l’lliade à un point d’acmé qui leur confère une portée légendaires.

Ainsi, du caractère inaltérable d’Achille, de son invulnérabilité recouvrant son corps tel un bouclier, nous pouvons y retrouver l’intégrité immuable de Steve « Captain America » Rogers. Achille est un héros épris d’absolu, définissant la conception occidentale de l’héroïsme, une pulsion de vie à l’instar d’une potion de super soldat, lui conférant une combativité légendaire. Achille aurait pu lancer sur le champ de bataille « Je pourrais faire ça toute la journée! » Il combat en première ligne parmi les Myrmidons dont il est le leader incontesté. On aurait pu l’entendre prononcer « Myrmidons vengeurs, rassemblement! »
S’il ne recherche pas la gloire au-delà de sa mortalité comme le héros grec, il est néanmoins un héros « hors du temps », qui traverse le temps et dont la légende lui survit. Cette glore légendaire que visait Achille dans son implication lors de la guerre de Troie. Achille comme Captain America est ce héros éternellement jeune, vivant avec honneur car il est déjà mort une fois. Ainsi Achille accepte l’idée de sa mort à venir et lui préfère le fait de se battre plutôt que l’attendre. Captain America à sa façon est aussi ce héros déjà mort, puisque ses compagnons le sont, il est ainsi celui qui n’a plus rien à perdre, le rendant d’autant plus courageux sur un champ de bataille.
Du tempérament pragmatique d’Hector, courageux, fier, ayant construit une famille, devant laisser sa femme Andromaque et son enfant Astyanax pour participer à une guerre dont il ne veut pas, ne retrouvons-nous pas les caractéristiques de Tony « Iron Man »Stark?
Son casque était un cadeau d’Apollon, dieu du soleil, le faisant donc briller comme l’or au soleil, et son attelage était composé de magnifiques coursiers, le propulsant sur le champ de bataille. En somme, Hector avait son armure « Iron Man » à lui. Il est protégé par le Dieu Arès, dieu de la guerre, à l’instar d’un Tony Stark, sorte de « War Machine » qui créa son armure sur les décombres de son activité de marchand d’armes. C’est un défenseur de la Cité, comme Tony Stark voulait construire ce bouclier autour de la Terre pour la protéger des envahisseurs. Il est un époux attentionné et un père attentif.

Tony Hector, Steve/Achille, Clint/? ©PsyKoLogeeK

Tony Hector, Steve/Achille, Clint/?
©PsyKoLogeeK

LES COMBATTANTS HEROÏQUES : PATROCLE, ULYSSE, AJAX etc.

Il est un personnage de l’Iliade qui détermine l’issue de la bataille ni par son honneur ni par sa bravoure résignée, mais par sa mort. Il s’agit de Patrocle. Faisant partie de la famille d’un des deux héros principaux de l’Illiade, il enfile lors d’un combat l’armure de son aîné et meurt au combat. Cette mort sera déchirante pour ce héros, le faisant sortir de son retrait pour aller se jeter dans un combat auquel il avait renoncé. Patrocle était un jeune homme bon, doux et vivant, évoluant dans l’ombre de son aîné et voulant lui plaire. C’est un héros en construction, cherchant un modèle dans le héros qu’il accompagne. C’est sa mort au combat qui sortira au final le héros de sa torpeur. Souvenez-vous de cette séquence où Tony Stark, refusant de sortir de son retrait, regarde la photo d’un certain Peter Parker, « le petit », élément décisif dans son implication à venir. Peter « Spiderman » Parker est ce personnage de Patrocle. Plus jeune que son modèle mais néanmoins aussi héroïque, enfilant l’armure de son aîné, souvenons-nous qui a construit le costume « Iron Spider ». Doux et vivant, son l’insolence courageuse le mène vers la mort. Si Patrocle dans l’Iliade est le cousin d’Achille, il serait ici le proche d’Hector : Peter Parker décidant Tony Stark à entrer dans la bataille comme celle de Patrocle décida Achille à le faire. Mais néanmoins, les caractéristiques demeurent intactes. Sur le plan structural, Peter Patrocle Parker correspond parfaitement à ce héros de l’Illiade.

D’autres témpéraments et traits caractérisent les héros au-delà de ces deux figures principales. Invoquons par exemple l’hubris et la métis. Qu’est-ce que c’est? Ce sont deux caractéristiques que l’on retrouve dans des personnages de légendes et qui ont correspondent à des tempéraments très intéressants!

L’ »hubris » est cette rage, cette colère, cette démesure, par opposition à la tempérance et la modération. Dans l’Iliade, le personnage qui représente cette hubris, c’est Ajax. Le puissant et géant Ajax. C’est une force physique brute décuplée par une rage aveugle. Mais associée à cette rage destructrice arrive la honte : Ajax a honte des actes commis, il ne peut supporter le regard des autres sur ses actes commis avec cette colère démesurée et incontrôlable. Cela le mènera au suicide. Si cela ne vous rappelle pas un certain géant vert, Hulk, et ses rages démesurées hors de contrôle, alors secouez un peu la tête et revenez-y une seconde fois. Bien sûr, la vision qui nous est donnée de Hulk dans Avengers:Endgame est celle d’un Hulk qui s’est calmé. Mais en même temps il marque bien sa dualité lorsqu’il croise son avatar du passé lors d’un voyage dans le temps et ressent une gêne, une honte. Ce regard extérieur qu’il porte sur lui-même est le même que celui des autres qui apporte à Ajax le sentiment de honte et la perte d’estime de soi.
Alors bien sûr vous direz-vous, Hulk ne se suicide pas. Mais avez-vous vraiment vu Hulk ou justement un Hulk qui s’est « suicidé », euthanasié? Ce n’est pas un suicide physique, mais un suicide symbolique : Bruce Banner a rendu Hulk modéré et tempéré : Ajax et son hubris, Hulk et sa rage destructrice se sont donc indiscutablement… suicidés!

Et la « métis »? Qu’est-ce donc? La métis grecque, c’est la ruse, c’est le personnage d’Ulysse qui la représente. C’est un mélange, un « métissage » de ruse et d’intelligence. Il n’y a donc pas d’équivalent dans la langue française pour la définir. C’est un mélange entre la ruse intuitive et l’intelligence des situations. Rappelons-nous qu’Ulysse à la fin de son Odyssée brandit un arc afin de prouver son identité, un arc que seul lui pouvait bander. Rappelons-nous aussi qu’Ulysse traverse vents et marées, tourments et pertes, avant de retrouver sa famille à Ithaque. Alors l’image d’Hawkeye nous vient : cet oeil juste qui sait viser le point faible. Tel Ulysse aveuglant le Cyclope, il est celui très humain qui peut d’un bon coup changer la donne et renverser le combat.
L’autre versant de cette métis est l’intelligence ayant créé le fameux Cheval de Troie, celle qui par la voix d’Ulysse conseille et tempère Achille. Elle est celle qui permet de se travestir, de se faire passer pour l’élément faible avant de frapper juste. La métis est la ruse des mots, c’est l’utilisation subtile du langage afin de manipuler l’autre plus fort. Cela ne vous rappelle-t-il pas une certaine Natasha « Black Widow » Romanoff? Dans son usage des mots pour manipuler, elle n’a pas son pareil. Comme Ulysse trompe les dieux à sa façon, elle peut bluffer même un dieu, Loki se faisant avoir, lui le dieu des tricheurs!
Hawkeye et Black Widow sont ainsi les deux personnages indissociables représentant chacun une part de cette métis, de cette ruse intelligente. Ils sont d’ailleurs indissociables dans le récit, chacun sauvant l’autre à tour de rôle. Jusqu’au sacrifice qui sera d’ailleurs un combat à mort pour … mourir, confirmant que les deux s’équivalent sur le plan de leur incarnation. Chacun vise juste, chacun est une facette d’Ulysse. Et ils subissent chacun une perte. Ulysse celle du temps dans cette Odyssée interminable régie par les dieux et leur caprice pour une dette. Black Widow celle de sa vie, du temps lui restant, pour une dette : récupérer un objet « divin ». A l’instar d’Ulysse, notre duo Hawkeye/Black Widow perd une partie de soi pour défier un titan, comme Ulysse perdit des années pour avoir défié Poséidon.

CHERCHER LA FEMME

Il est des femmes importantes dans l’Iliade. Celle qui déclenche la guerre : Hélène. Enlevée à son époux Ménélas par l’éphèbe Pâris, elle est le motif tant attendu pour les grecs pour se jeter sur les murs prétendument imprenables de Troie. Autrefois captive de son mari, son époux la considère comme captive des Troyens. La voici prise entre deux empires aux forces colossales. Cela ne vous rappelle-t-il pas Carol Danvers dans son origin story contenue dans son film du Marvel Universe? Skrulls et Krees comme deux empires convoitant cette femme, qui trouve sa voie dans la fuite de l’empire qui l’héberge.

Il est une déesse importante dans l’Iliade : Athéna. Elle descend avec d’autres dieux soutenir les Grecs et c’est grâce à son intervention que Diomède parvient à blesser Arès lui-même. Athéna est cette guerrière triomphante, plus forte que le Dieu de la Guerre, lançant de ses mots ailés « Tel soit le sort de tous les protecteurs de Troie en affrontant ma fureur ». Elle descend de l’Olympe et y retourne gérer ses affaires extra-terrestres après avoir accompli sa tâche et soutenu le camp l’ayant appelé à son aide. Rejoignant ainsi les cieux, le cosmos, Athéna n’est-elle pas cette puissante Captain Marvel venant prêter main forte aux Hommes, balayant le ciel envahi de troupes de guerre de sa puissance quasi-divine?

Ici, Captain Marvel/Carol Danvers présenterait deux facettes, serait un personnage bicéphale. Hélène de Troie dans son origine de captive et de femme pris entre deux empires, et Athéna dans sa puissance capable d’éradiquer son frère dieu de la Guerre, en remontrant aux Hommes côté puissance, les soutenant mais demeurant à part quant à ses affaires à gérer. Mais justement…

OU SONT PASSES LES DIEUX?

Et Thor me direz-vous dans tout cela? Qu’en est-il de ce dieu qui justement plus que quiconque aurait sa place dans ce Panthéon de héros? Pourquoi ne figure-t-il pas dans cet aréopage, lui le dieu du Tonnerre?
Vous avez dû le constater et certains le déplorent, Thor n’est dans Endgame que l’ombre de lui-même. Ayant échoué dans sa mission de tuer Thanos, ayant échoué dans son rôle de souverain à sauver les Asgardiens, il se réfugie dans… des avatars de la modernité! Voici donc un retournement dans cette Iliade moderne. Là où lors de la guerre de Troie les dieux étaient décisifs dans leurs appuis, leurs alliances avec les mortels, les protégeant ou se vengeant, tel Arès, Athéna, Artémis, aux faveurs décisives dans l’issue de la guerre.

Dans Avengers : Endgame, Thor joue à … Fortnite! Un jeu addictif pour garçons prépubères aux quêtes imaginaires. En fait, nous pouvons dire que Thor est l’élément qui confirme que cette part du récit d’Endgame se situe dans ce que l’on appelle l’hypermodernité. L’hypermodernité est cette façon de nommer notre société actuelle se situant dans les excès, l’au-delà, le trop. Le désenchantement du monde voit ici le recul du caractère divin, conférant aux hommes ces attributs, tandis que le seul dieu présent dans le film se retrouve à l’instar des humains de notre époque réduit à des plaisirs hypermodernes, c’est-à-dire renonçant à ses idéaux pour ne privilégier que son désir sans contrainte et son plaisir immédiat. Les seuls tenants d’idéaux résident alors dans : la sécurité, le sexe, l’argent et la santé. On peut dire que Thor est en … pleine forme! Qu’il aspire à rester dans sa chambre de préado, qu’il convoite de quoi acheter ce qu’il lui faut de bière, et que seul son plaisir immédiat est pris en compte, à l’ampleur de son tour de taille. Ainsi le divin a perdu son charisme, et Thor représente ici à la fois cette désertification du divin dans notre conception hypermoderne, mais dans une inversion des registres montre ce qui caractérise l’homme hypermoderne : c’est celui qui a perdu son statut. Divin pour Thor, d’homme pour nous.

Cette hypermodernité est caractérisée par la surabondance évènementielle du monde, l’exacerbation, le dépassement, le rien ou le tout se trouvant équivalents dans cette conception. L’hyperconsommation devient la règle ainsi que l’individualisme. Thor dans Endgame n’en est-il pas le « digne » représentant? Celui qui surconsomme les plaisirs liquides et les jeux addictifs, se détournant des batailles à mener, jusqu’à y être ramené par des hommes devenant eux légendaires?

CONCLUSION

Ainsi Endgame nous montre deux faces de la fin d’un monde. Le combat homérique des hommes se retrouvant dans une mythologie moderne, et la chute de ces mêmes hommes à travers celle du seul dieu présent. L’Iliade est l’histoire de la chute de Troie, condition directe de la naissance ultérieure de Rome, grâce à Enée parvenant à s’échapper. De quelle chute Endgame nous parle-t-elle?

Avengers : Endgame présente ainsi des hommes aux attributs héroïques, légendaires, d’un côté de la pièce, mais sur son autre côté montre aussi un désenchantement lié à l’hypermodernité à l’oeuvre, hypermodernité dont l’avatar ultime et « inéluctable » ne serait sans doute en fin de compte que Thanos et la fin de tout. Les hommes, expliquent-ils, le poussent à la destruction de tout, à une destruction totale. Et si Thanos n’était que l’envers du décor? Entre l’héroïsme revenant sur les pas de légendes homériques et une incarnation de l’hypermodernité dans le seul personnage divin, Thanos n’est-il pas l’autre nom de cette pulsion de mort liée à l’hyperconsommation, à cet excès en tout, tapie derrière les humains, et menant à leur propre destruction? « Endgame » comme : « fini de jouer! » C’est ainsi que l’on peut nommer la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte et des responsabilités. Héroïsme nouveau revenant sur les traces des récits fondateurs passés, individu hypermoderne perdu dans ses irresponsables excès, pulsion de mort menant à la destruction, Avengers Endgame, qu’il soit apprécié ou qu’on adore le détester, parle en fin de compte d’un point de notre société occidentale, de ses fondations héroïques comme de son destin… inéluctable? SNAP!

Avengrecs : Panthéon Game! ©Edwige Dupont

Avengrecs : Panthéon Game!
©Edwige Dupont

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Du contenu dans ENDGAME ? A ceux qui déplorent le volet mercantile de la chose, Omac Spyder notre psychologue démontre à quel point les héros Marvel relèvent d’une nouvelle mythologie grecque telle que conçue par Homère ! Un nouveau Psykologeek illustré par l’artiste Edwige Dupont à retrouver chez Bruce Lit.

L’enfance terminée
Les champions ont joué
A perdre et à gagner
Dans le sens que vous voulez

Childhood is over now the real game may begin
Where you can loose don’t even try to win
This sound

72 comments

  • OmacSpyder  

    @ Céline : Voici donc le Cheval de Troie marchant à rebours et ce commentaire bâti comme une flotte de navires reprend à lui seul le PsyKoLogeeK de la rubrique qui s’était pris un coup de Mytho!
    Ainsi le fil du renoncement ou pas à la toute-puissance, cette notion nommée castration en psychanalyse, est un fil parallèle que ce propos déploie comme en effet miroir à l’article.
    Là où l’on peut trouver un écho parmi les mythes fondateurs, ce qui est une façon de narrer la toute-puissance, ses abus chaotiques et ses renoncements générateurs de civilisations, on peut en effet décliner cette analyse sur le plan psychanalytique.
    Ce qui fait et défait l’Homme est une question commune aux deux champs.

    Ce passage en revue de chaque personnage resitue ce qu’Achille affronte de son renoncement, de sa castration derrière cette apparence lisse et invulnérable comme un bouclier et ce qu’Hector gagne dans cette paternité et ce que ça engage de son héroïsme lorsqu’il combat en sachant que la force l’a abandonné pour s’en sortir. Mais qu’il peut sauver l’honneur de la Cité. Comme Stark sauve l’humanité.

    En face ce Thanos jusqu’au-boutiste insoumis à la castration, tout-puissant et réalisant de fait que la vie ne répond pas à la logique. Avec la mort c’est tout ou rien, pas à demi. Et dans cette quête éperdue il y perd quel que soit l’issue. La mort est inéluctable dans son issue. On dirait Agammemnon lançant toutes ses troupes contre les murs de Troie l’imprenable! Tout ou rien! On n’est pas venus pour repartir. C’est vaincre ou mourir. Thanos est ce tout ou rien, cette mort en marche que la pulsion (cardiaque) de vie peut éradiquer. Celle de Stark pulse assez dans son réacteur cardiaque sur lequel il est rappelé que c’est la preuve que Tony Stark avait un cœur. Eros face à Thanatos : l’amour, de la vie, face à la mort.

    J’aime bien cette analyse du trauma et de la répétition de Hawkeye, pris dans une Odyssée infernale et enfermante d’un réel indépassable. Et Black Widow cédant à l’appel des sirènes pour achever la mort qui préside à sa trajectoire de vie. Comme ton propos le rappelle, elle ne portera pas la vie. Elle ne se sacrifie qu’elle-même, trouvant dans ce sacrifice une expression de son être au monde. Elle donne vie à la pierre de l’âme, et donne la vie dans ce sacrifice d’honneur. Antigone serait-elle dans les parages, à choisir âme et honneur plutôt que vivre sans?

    Décidément le dialogue entre psychanalyse et figures mythologiques trouve ici un nouvel élan! Merci beaucoup pour ce commentaire aussi développé : un riche ajout à mon propos de départ!
    Il est tard, je fais court moi aussi… Mais cela laisse imaginer des développements!

  • OmacSpyder  

    @ Bruce : Binaire, en effet! Déjà deux facettes, deux pulsations puisque si mes souvenirs sont bons une étoile binaire est un système de deux étoiles organisées autour d’un centre de gravité. Ce nom qu’elle prendra plus tard rejoint donc cette idée qu’elle porte déjà. Hélène et Athéna. Double mais Une. Une jouissance autour du phallus de Paris et une jouissance Autre, orientée vers une autre localisation. Extase divine..?

    Oui! Edwige a dessiné les Avengers ! Pas rien quand même! Et c’est tellement naturel qu’on oublierait presque ce fabuleux dessin. Il est original et créé juste pour l’article! Un petit cadeau des dieux…

    Un « Thor » apparaît dans GoW 4 en effet. Thor a un potentiel de rustre dépassé comme il a été dépeint jeune dans sa récente série Marvel Now de Aaron

  • Bruce lit  

    @Omac : je n’ai pas lu la série Thor, pas encore , je l’ai à la maison en plus parce que Jason Aaron…
    Par contre effectivement on retrouve son côté beauf dans la saga des jumeaux Apocalypse où son alcoolisme et son orgueil provoquent littéralement Apocalypse / L’Apcocaypse
    Pour le dessin de Edie, c’est d’autant plus une surprise que je la sais très occupée et que…je n’ai rien vu venir !

    @Matt : nous avons tous les deux raisons / Thor ;)
    J’ai confondu je crois avec l’humiliation que subit Jason dans GOW2 mais Thor apparaît bien dans GOW4. Comme St Seiya, les mythologies se télescopent.

  • OmacSpyder  

    @ Bruce : Thor possède en effet un potentiel d’autodestruction^^

    Comme dirait Vif-Argent (Quicksilver) dans l’ère d’Ultron, Hermès aux pieds agiles (je comparais d’ailleurs plus haut ce dessin en cadeau aux secours d’Hermès auprès des héros lors de l’Iliade) : « Celle-là, tu ne l’as pas vue venir » ;)

  • Présence  

    Épatant : un article qui décortique ce film phénomène sous un autre angle que celui cinématographique ou comics, un angle que je n’avais pas rencontré jusqu’ici dans les critiques que j’ai pu lire.

    Pour cet article, je pars avec 2 handicaps : je n’ai pas vu le film et une partie de ces héros mythologiques ne me sont connus au mieux que de nom. Pour autant j’ai pu l’apprécier grâce aux rappels concis judicieusement placés. D’une certaine manière le rapprochement entre les superhéros Marvel et les héros de l’antiquité coule de source puisque régulièrement des commentateurs estiment que les premiers constituent une mythologie des temps modernes. Mais en retrouvant de telles ressemblances, je suis à nouveau frappé par l’impression que les héros de l’antiquité et le panthéon associé semblent former des archétypes indépassables, dont les caractéristiques sont déclinées à l’envi dans leurs successeurs, sans réelle innovation depuis.

    L’hubris et la mètis – Je n’avais jusqu’ici eu l’occasion de ne croiser que le premier terme que j’associais surtout à un orgueil démesuré. Je découvre qu’il présente une acceptation plus large. Je découvre totalement la mètis, avec un grand sourire car ta description d’Ulysse correspond trait pour trait à l’interprétation qu’en fait Eric Shanower dans L’âge de Bronze. Par ailleurs J’ai beaucoup aimé le photo-montage avec la légende Tony Hector, Steve/Achille, Clint/?.

    Thor et l’hypermodernité – Deuxième concept que je découvre et un beau paradoxe : Thor descend de son piédestal pour se mêler aux mortels dont il adopte les us et coutumes, et il en perd ainsi tout caractère divin.

    C’est très enrichissant de découvrir une telle analyse qui prend du recul, ou plutôt de la hauteur sur ce phénomène de société qu’est ce film, permettant ainsi d’envisager autrement ce qui parle à tant de spectateurs, au-delà de la forme geek et spectaculaires des superhéros.

  • OmacSpyder  

    @ Présence : Pour quelqu’un partant avec un double handicap, tu parcours tranquille le terrain de golf avec un bon swing!
    Comme tu le relèves, le rapprochement héros et mythologie coule de source. Et pourtant je n’ai lu nulle part un article sur Endgame abordant sous un angle différent le film. Coincé entre geek et lecteurs comics, il était intéressant de ne le porter ni aux nues ni aux enfers mais del’éclairer.. de l’Olympe!^^

    La petite photo montage des trois héros est de mon crû. C’était une façon d’illustrer ce rapprochement de façon amusante! Et de rester dans le thème, sans utiliser l’iconographie récurrente du film chroniqué une myriade de fois!

    Quand on s’attarde et qu’on déconstruit sur un mode structural, cela permet en effet comme tu le mentionnes de voir au-delà de l’invention apparente le recyclage permanent des archétypes qui demeurent.
    « Plus ça change, plus ça reste pareil.. »? ;)

    Merci en tout cas pour ton retour gratifiant!

  • Ed'  

    Tout comme Présence j’avoue être partie moi aussi avec un sérieux handicap !
    Il m’aurait été plus aisé de les dessiner nus. Cela dit je doute de la pertinence ici. (les Avengers à poils ou en culotte ^^)
    Mais diriger mon travail dans une autre dynamique m’a beaucoup plu. Après avoir été contacté par Omac, je me suis laissée penser que je pouvais relever ce défi. Puis son engouement m’a encouragée, convaincue à l’avance que cet article allait être d’une qualité excellente. Je devais donc sortir de ma zone de confort, les vêtir de leur armures !
    Voilà j’ai fait au mieux pour vous et rien que pour vous. En vous remerciant pour vos commentaires laissés.
    Amitié à tous Ed :-)

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