BIG BRAIN (Top 10 : ROGER WATERS)

BIG BRAIN (Top 10 : ROGER WATERS)

Une checklist au bord de la rupture concoctée par : TORNADO

Illustrations de ED ILLUSTRATRICE

La douceur de vivre…

Cet article est la suite du TOP 10 de David Gilmour. Prévoyons qu’il  y aura peut-être deux autres TOP dédiés à Pink Floyd…

Dans le précédent, je disais que si Gilmour était considéré comme l’âme du groupe, pour ce qu’il a représenté en termes d’identité sonore et émotionnelle de par sa voix et son jeu de guitare, on pouvait alors s’amuser à imaginer que Nick Mason (batterie) en a été le cœur et Rick Wright (clavier) les veines. Quant à Roger Waters (basse), il a indubitablement été le cerveau du groupe, comme on le verra tout au long de ces lignes.

Bien évidemment, les puristes de toute une génération ont estimé que le seul artiste digne d’intérêt au sein du groupe a été Syd Barrett, l’unique véritable frontman qu’ait connu la formation. Sauf que Barrett n’a été présent que sur le premier album…

C’est vraiment dommage mais c’est un fait : Toute une génération de rockers a décrété, à la queue-leu-leu derrière le journaliste Nick Kent (puisque de mémoire il a été le premier à le décréter), que Pink Floyd après le départ de Syd Barrett c’était bof, et qu’à partir de l’album DARK SIDE OF THE MOON, publié en 1973, c’était de l’excrément (1). Avec le recul, c’est au pire idiot, au mieux difficilement recevable tant on peut mesurer désormais, que les meilleurs, les plus aboutis, les plus puissants albums de Pink Floyd, pour ne pas dire certains des plus importants albums de toute l’histoire du rock, sont ceux qui ont été enregistrés entre 1970 (MEDDLE) et 1979 (THE WALL).

Bien évidemment tout cela est en premier lieu affaire de goût et de sensibilité, et il n’est d’ailleurs pas question de minimiser l’importance et les multiples qualités de THE PIPER AT THE GATES OF DAWN (le premier album de Pink Floyd enregistré en 1967, avec Syd Barrett et sans David Gilmour), mais il serait inconsidéré de ne pas préciser que THE PIPER n’était pas encore vraiment un album de Pink Floyd puisque quasiment entièrement écrit, composé et interprété par Barrett, et que les albums parus à partir de 1973 jusqu’à l’implosion du groupe à l’issue de THE WALL, ont démontré une progression sans précédent pour un groupe de rock, que ce soit d’un point de vue purement musical, artistique ou conceptuel.

Et c’est là qu’il est intéressant d’éclairer le cas Roger Waters.

The Brain
(c) Ed Illustratrice

A l’époque où Syd Barrett est encore à la tête du groupe, rien ne présage l’ascension de son bassiste. Celui-ci ne chante presque pas, il n’a écrit qu’un titre du premier album, plutôt anecdotique sur le moment (il est vrai le seul à ne pas avoir été créé par Barrett), et il ne bénéficie pas d’un physique avantageux. Il est le bassiste du groupe, c’est-à-dire l’un des musiciens que l’on remarque le moins, en principe. A côté de lui se distinguent Nick Mason, un batteur limité techniquement, mais exubérant, et surtout Rick Wright, qui apparaît comme un second leader puisqu’il est beau, qu’il joue des claviers, parfois d’autres instruments, tout en chantant sur plusieurs titres d’une voix de baryton immédiatement reconnaissable.

Mais… lorsque l’on regarde attentivement les archives du groupe, notamment les interviews de cette époque, on s’aperçoit que Waters est volontaire dès qu’il faut parler aux journalistes ou aux animateurs. Il est sur tous les coups dès qu’il s’agit de se mettre en avant et, d’ailleurs, il est un peu le seul à se donner en spectacle sur scène, n’hésitant pas à remuer dans tous les sens, à pousser des cris et à taper dans des cymbales ou autres gongs disposés à sa demande. Pas de doute, le mec en veut…

Il prend doucement l’ascendant créatif dès le second album en 1968 (A SAUCERFUL OF SECRETS), dont il signe plus de titres que les autres. Mais il ne deviendra pas le nouveau frontman. Car non seulement le remplaçant de Barrett, David Gilmour, chante bien, mais il va devenir peu à peu un grand guitariste soliste. Cependant, le départ prématuré de Syd Barrett, dont le cerveau a été tragiquement grillé par le LSD, a fortement traumatisé le groupe (Gilmour ayant d’ailleurs été appelé en urgence parce qu’il était le meilleur ami de Syd). Impossible de le remplacer littéralement. Et jamais le groupe, en tout cas jusqu’à THE WALL, n’imposera un nouveau frontman…

C’est donc par des chemins de traverse que Roger Waters va devenir le chef. Son ambition et son intelligence, largement au dessus de la moyenne, vont lui permettre de se démarquer en devenant peu à peu le parolier, puis l’auteur, puis le concepteur exclusif du groupe. Sa ténacité et sa volonté vont le pousser à travailler sa voix, jusqu’à lui permettre d’assurer seul le chant sur plusieurs morceaux emblématiques de la discographie floydienne, au point d’éclipser d’abord Rick Wright et finalement Gilmour, soit deux chanteurs beaucoup plus capables que lui.

Avec le temps, son emprise sur le groupe va être telle qu’il va lui-même en être persuadé : Pink Floyd, c’est lui. A partir de là, le groupe va se disloquer et finalement imploser en même temps que l’explosion de THE WALL. La formation se reconstruira dans la douleur, sans lui, pour encore une minuscule poignée d’albums, il est vrai peu intéressants en comparaison de ceux qu’il avait en grande partie conçus.

(c) Ed Illustratrice

La suite est tragicomique : Alors qu’il ambitionnait une carrière solo grandiose, il va connaitre la traversée du désert. Le public va largement lui préférer le nom de Pink Floyd, boudant massivement ses albums, pourtant beaucoup plus aboutis.

Il faudra attendre bien des années avant qu’il ne décide de produire la gigantesque tournée THE WALL, qui deviendra l’une des plus rentables jamais organisées, et qu’il soit enfin reconnu comme l’un des auteurs majeurs de l’histoire du rock.

Aujourd’hui, Pink Floyd n’existe plus. Rick Wright est mort et David Gilmour ne veut plus entendre parler de Roger Waters. C’est bien triste. Mais le vieux Roger en a encore sous la patate. En témoigne un dernier album assez réussi pour nous en laisser espérer un autre…

Nous allons à présent égrainer sa carrière en dix titres choisis.

C’est parti !

LET THERE BE MORE LIGHT (1968)

Si nous avions consacré l’essentiel de l’article dédié à David Gilmour sur son jeu de guitare et ses solos d’anthologie, nous allons apporter à la carrière de Roger Waters un éclairage radicalement différent en nous focalisant nettement plus sur ses aptitudes d’auteur, de concepteur et… de chanteur.

Nous commencerons toutefois par ses qualités de bassiste. Certes, aucun des membres de Pink Floyd ne brille par sa virtuosité technique et Waters ne fait pas exception. Mais c’est un bon bassiste, sous-estimé comme le sont tous les membres de Pink Floyd. Très capable et surtout très bon lorsqu’il s’agit de jouer sur le groove et sur les textures sonores. Il forme avec Nick Mason une paire basse-batterie épurée mais d’une efficacité rarement égalée sur ce dernier registre.

LET THERE BE MORE LIGHT, entièrement écrit par Waters, est construit sur une intro à la basse, intro reprise par le groupe Placebo, probablement en hommage, dans leur titre TASTE IN MEN.

Ce qui est cool, c’est que, depuis peu, nous avons droit à des archives exhumées des premières années de Pink Floyd. Et notamment des archives filmées de LET THERE BE MORE LIGHT !

ONE OF THESE DAYS (1971 / 1973)

On parle encore de basse dans ce morceau. Toujours pour ces mêmes qualités de travail sur les textures sonores, sauf que cette fois Gilmour joue également la basse en duo avec Waters sur l’enregistrement de la version studio.

ONE OF THESE DAYS est issu de l’album MEDDLE enregistré en 1971, mais la version choisie ici est celle du LIVE AT POMPEII. Un document qui nous montre le groupe à une époque où il n’existait pas beaucoup d’autres témoignages -de bonne qualité- de leurs prestations scéniques, quand bien même ce concert, joué dans les ruines de Pompéi en 1973, est enregistré sans public !

Manque de bol, on ne voit pas Waters dans cet extrait. Effectivement, l’un des techniciens du film, de retour du tournage, a paumé la plupart des prises de vue. Raison pour laquelle on ne voit quasiment que Nick Mason tout au long du concert ! Et c’est d’ailleurs l’une des seules fois où l’on entend la voix du batteur (enregistrée en studio) sur un titre de Pink Floyd, puisque c’est lui qui prononce le guttural One of these days I’m going to cut you into litlle pieces, les seules paroles de ce titre, l’un des plus violents du répertoire floydien.

C’est un morceau composé de manière collégiale par tous les membres du groupe. Le seul titre de MEDDLE entièrement écrit par Waters est St TROPEZ, soit le morceau le moins intéressant de l’album. Roger n’est donc pas encore, à ce stade, le créateur prolifique que nous vous avions promis. Mais ça va venir…

CAREFUL WITH THAT AXE, EUGENE (1968 / 1973)

Voici l’un des titres emblématiques du groupe (encore un, construit autour de la basse !) dans sa première période de l’après-Barrett, le plus régulièrement joué en concert durant toutes ces années. Il n’est pourtant issu d’aucun album ! On le trouve par le biais d’une version live dans l’album UMMAGUMMA, puis dans sa version originelle enregistrée en studio dans la compilation RELICS en 1971. On en trouve également une version alternative en 1970 dans la BO du film ZABRISKIE POINT de Michelangelo Antonioni.

A cette époque, Roger Waters ne chante pas très bien. Alors que fait-il ? Et bien il fait des bruits, il chuchote et il crie ! Ou plus exactement il rugit dans ce titre extraordinaire (basé sur un unique accord !), qui annonce les longues plages planantes dont le groupe fera sa spécialité à partir du début des années 70.

La version choisie est également issue du LIVE AT POMPEII. Mais, cette fois, on voit bien notre homme !

Money – 1973

Difficile de dresser un panorama de la discographie de Roger Waters, ou de Pink Floyd, sans citer MONEY.

Principal tube planétaire du groupe avec ANOTHER BRICK IN THE WALL, il est entièrement écrit et composé par Waters.

Nous sommes en 1973 et MONEY est le titre central de l’album THE DARK SIDE OF THE MOON. Ce disque va changer la face du monde en plus de celle de la lune pour moult raisons, parmi lesquelles il entérine la notion de Concept Album en représentant la première version réellement aboutie du genre, bien plus que ne l’avaient été avant lui SERGENT PEPPERS des Beatles, TOMMY des Who ou encore DAYS OF FUTURE PASSED des Moody Blues (certainement le plus convaincant des trois en la matière).

Tout l’album, conçu comme une suite de plages illustrant le thème des conséquences de la société moderne sur l’humanité, est d’une perfection telle qu’il va demeurer à jamais comme le mètre-étalon du genre.

Mais c’est aussi la première fois que l’intégralité des textes est signée Roger Waters, et c’est aussi la première fois qu’il impose sa voix en termes de lead vocal sur des titres importants (les deux derniers de l’album).

Pour le reste, MONEY est un des rares titres du groupe construit sur un rythme complexe, plus exactement sur une mesure en 7/4 (habituellement, le groupe joue le plus souvent en 4/4, comme la plupart des groupes de rock). Une fois encore, la paire Mason/Waters nous concocte une rythmique impeccable, avec un incontestable sens du groove. Le chant est l’œuvre de Gilmour, qui signe également l’un de ses plus grands solos de guitare.

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est avant tout le fait que l’auteur Roger Waters, l’homme capable de concevoir des albums-concept d’une richesse et d’une profondeur sans équivalent dans l’histoire du rock (2), vient de naitre…

Et si on se faisait plaisir avec la version du LIVE 8  de 2005, la seule fois où l’on a vu les quatre membres du groupe se reformer après le départ de Waters ? Un concert unique en son genre, donné à l’occasion d’une œuvre de charité, où l’on va même avoir le luxe de retrouver Dick Parry en personne, le saxophoniste de l’album originel de 1973 !

Un moment inespéré pour les fans. Pas un concert exceptionnel cela-dit. Mais cette version de MONEY est très bonne.

PIGS ON THE WINGS (PART 1 & 2) (1977)

On ne peut pas non plus faire l’impasse sur l’album ANIMALS.

Après THE DARK SIDE OF THE MOON, Pink Floyd enregistre WISH YOU WERE HERE en 1975. A cette époque, Waters prend vraiment confiance en lui d’un point de vue vocal et interprète SHINE ON YOU CRAZY DIAMOND, le titre principal de l’album. Le groupe va progressivement instaurer la même règle que les Beatles : Celui qui écrit et compose une chanson est également celui qui la chante (avec quelques exceptions lorsque c’est nécessaire). Le truc, c’est qu’à partir d’ANIMALS, enregistré en 1977, Waters va également composer seul quasiment toutes les chansons…

A cette époque, Rick Wright est consumé par sa vie privée et David Gilmour ne parvient pas à tenir la cadence tant Waters devient prolifique. C’est ainsi que ce dernier va composer trois des quatre titres de ce nouvel album-concept (une relecture de la FERME DES ANIMAUX de George Orwell, qui dénonce les conditions sociopolitiques délétères de notre civilisation).

PIGS ON THE WING n’est sans doute pas la meilleure chanson d’ANIMALS et encore moins celle de Pink Floyd. Le titre a été coupé en deux pour des raisons obscures et il sert à ouvrir et à clôturer l’album. Dans la version initiale, c’était une chanson de trois minutes avec un solo de guitare joué par Snowy White, le guitariste qui accompagnait le groupe sur scène. Une version encore inédite aujourd’hui (on attend toujours un coffret IMMERSION d’ANIMALS, seul album de cette période à ne pas avoir eu droit à son édition ultime et tous ses bonus consacrés). Du coup je me suis dit que c’était une bonne occasion de l’écouter, voire de la découvrir pour ceux qui ne la connaissent pas encore.

THE TRIAL (1979)

En 1979, c’est l’album THE WALL, dont Roger Waters est quasiment l’auteur complet, Gilmour ayant coécrit trois titres sur les vingt-six qui composent l’ensemble de la galette. Waters, qui sent qu’il tient là son chef d’œuvre, (opération qui va culminer avec le film PINK FLOYD THE WALL, réalisé par Alan Parker en 1982), va basculer dans le despotisme, imposant, supervisant et décidant à peu-près tout, jusqu’à commettre le pire en faisant exclure un membre du groupe avant la fin des enregistrements : Rick Wright.

A ce stade, notre homme a réussi à devenir le chanteur de rock qu’il rêvait manifestement de devenir et s’applique à chanter sur une majeure partie des chansons de l’album, même s’il en partage plusieurs avec Gilmour, les deux hommes alternant le chant sur les mêmes morceaux comme ils l’avaient fait sur l’album ANIMALS avec le titre DOGS.

Ainsi, Waters, décomplexé, s’autorise tous les défis, y compris l’interprétation façon opéra-rock sur le climax de l’album, l’impressionnant THE TRIAL, coécrit avec le pianiste et chef d’orchestre Bob Ezrin (qui, en vérité, façonne sans être crédité la majeure partie des titres de l’album).

S’il a appris, à force de persévérance, à chanter juste, les capacités vocales de notre bon vieux Roger restent limitées. Mais comme tous les grands artistes, il va réussir à transformer ses défauts en qualité, car il a compris une chose : En poussant sa voix jusqu’à la rupture, il va générer une émotion accrue de son jeu, parti-pris qui va devenir sa signature pour un bon moment (jusqu’à ce que sa voix soit littéralement brisée, avec le temps). Un style d’interprétation baroque, qui va bouleverser l’auditeur !

Sur THE TRIAL, Waters interprète tous les personnages de son procès imaginaire. Le résultat, délirant, est sublimé, dans le film d’Alan Parker, par le dessin animé de Gerald Scarfe, traumatisme de toute une génération…

4:41 AM – SEXUAL REVOLUTION (1984)

Fort de ce succès, persuadé d’être Pink Floyd à lui tout-seul avec dans sa poche l’un des plus grands guitaristes de son temps, Waters offre un coda à l’album THE WALL avec THE FINAL CUT (on écoute la chanson éponyme dans l’article dédié à Gilmour), qui va être sous-titré A requiem for the post-war dream by Roger Waters, performed by Pink Floyd, démontrant qu’il est le seul maitre à bord (il n’y a d’ailleurs pas Rick Wright et Nick Mason ne joue pas sur le dernier titre). Après cet album, Waters décide d’entamer concrètement une carrière solo.

THE FINAL CUT lui avait permis de finaliser sa formule : Un album concept avec une toile de fond récurrente (une virulente critique des institutions), une interprétation baroque bien au point, écorchée vive, et beaucoup de solos de guitare…

Il va reprendre cette formule à la lettre avec son premier album solo, THE PROS AND CONS OF HITCHIKING, un concept (une plongée obscure dans les rêves d’un homme en proie à la crise de la quarantaine) datant de l’époque de THE WALL qui avait été refusé par les autres membres de Pink Floyd.

Parce qu’il aime donc beaucoup les solos de guitare, et parce qu’il veut prouver à Gilmour qu’il n’a plus besoin de lui, Waters va faire fort en s’offrant les services, sur cet album, de Dieu en personne, à savoir Eric Clapton, alors considéré comme le plus grand guitariste du monde ! (il refera le coup en 1992 en embauchant Jeff Beck pour l’album AMUSED TO DEATH).

Trêve de suspense : Je ne fais absolument pas partie de la cantonade qui estime qu’AMUSED TO DEATH est le chef d’œuvre solo de Roger Waters. C’est un album au concept intéressant, les textes sont sans aucun doute plus riches que ceux de THE PROS AND CONS OF HITCHIKING, mais l’album en lui-même est musicalement décousu, répétitif et inégal. Waters y chante catastrophiquement mal, et les bruitages en tout genre sont tellement mal dosés qu’ils ruinent la majeure partie de l’écoute, dont certains passages sont vraiment pénibles, et plusieurs titres carrément en trop.

Mon préféré est de très loin THE PROS AND CONS OF HITCHIKING. Le concept est certes nébuleux, la construction musicale est simplissime, mais la formule est tellement maîtrisée que l’album est d’une extraordinaire fluidité, sans aucune fausse note, avec une interprétation de notre Roger à fleur de peau.

Le casting musical regroupe un panel inégalé de grands musiciens : Clapton à la guitare, Michael Kamen au piano et à la direction d’orchestre, Ray Cooper et Andy Newmark aux percussions, David Sanborn au saxophone. De l’avis général, Clapton livre peut-être ses meilleures prestations à la six-cordes jamais enregistrées. Exemple avec le titre choisi (patientez 3 minutes et vous aurez le solo qui tue) :

FOLDED FLAGS (1986)

C’est au lycée que j’ai vraiment commencé à écouter de la musique avec passion. Et si Pink Floyd était déjà mon groupe préféré, que WISH YOU WERE HERE et THE WALL passaient déjà en boucle, je découvrais alors THE FINAL CUT et THE PROS AND CONS OF HITCHIKING. Ces trois derniers albums, qui constituent une trilogie parfaite, ont eu une résonnance très importante pour l’adolescent que j’étais. Un impact émotionnel extrême, qui a en grande partie défini ma conception de la musique et du rock en particulier : J’axe absolument tout sur le son et l’émotion, tout le reste m’indiffère en dehors de la mélodie, des harmonies et des arrangements (mais je ne suis pas contre une note de groove non plus).

A cette époque, l’album WHEN THE WIND BLOWS n’existait pas en CD. C’est donc bien plus tard que j’ai pu le découvrir, avec une grande frustration dans la mesure où j’aurais tellement aimé l’avoir au lycée, alors que j’écoutais THE FINAL CUT et THE PROS AND CONS OF HITCHIKING jusqu’à la lie, sans même me douter un instant de l’existence de cette bande-originale. Sinon j’aurais retourné ciel et terre pour l’obtenir, surtout après la douche froide subie à l’écoute de son album suivant : l’immonde RADIO K.A.O.S !

WHEN THE WIND BLOWS est un film d’animation réalisé en 1986. On y trouve entre autres une chanson de Genesis, une autre de David Bowie, et dix titres de Roger Waters. qui représentent un véritable album à l’intérieur de l’album. Waters développe de nouveau l’un de ses concepts habituels, bien aidé par le sujet du film (en Grande-Bretagne, un couple de personnes âgées se retrouve confronté à une guerre nucléaire et à ses retombées), tout à fait raccord avec ses thèmes de prédilection. La signature musicale de l’ancien Pink Floyd est immédiatement reconnaissable, de même que sa voix baroque, encore puissante à l’époque. Ces compositions sont dans la parfaite continuité de son cheminement artistique effectué depuis THE WALL. Le son et l’ambiance sont exactement les mêmes que sur THE FINAL CUT et THE PROS AND CONS OF HITCHIKING (prédominance des cœurs féminins incluse), avec un thème principal porté par un arpège de guitare irrésistible (effectué par Waters lui-même), hérité des grandes heures du Floyd. La guitare cristalline (jouée par Jay Stapley) et les solos de saxophone (on avait déjà entendu Mel Collins sur le WET DREAM de Rick Wright) sont également de la partie, ainsi que les divers bruitages.
Bref, un incontournable pour les amateurs de Pink Floyd et de Roger Waters, introuvable pendant des années.

Bird on a gale (2018)

25 ans ! C’est ce qu’il aura fallu attendre (on zappe l’opéra ÇA IRA, ok ?) entre AMUSED TO DEATH et le dernier album inespéré de Waters : IS THIS THE LIFE WE REALLY WANT.

Même s’il faut plusieurs écoutes pour bien s’imprégner du disque, on retrouve le sens mélodique de Waters. On a souvent pointé ses faiblesses en la matière. Mais pourquoi son écriture musicale devrait-elle être complexe ? Car il possède une signature bien à lui, qui touche profondément l’auditeur avec des mélodies et des intonations immédiatement assimilables comme les siennes propres.

L’album surprend d’emblée par sa sobriété, inédite chez Waters, habitué à nourrir ses créations de bruitages divers, de bribes de dialogues, de solos de guitare et surtout de chœurs féminins tonitruants parfois insupportables. C’est d’autant plus étonnant que certains témoins rapportent qu’à l’époque de l’enregistrement de l’album THE DARK SIDE OF THE MOON, Waters et Gilmour se chamaillaient constamment quant à l’orientation sonore de l’album au moment du célèbre mixage effectué par Alan Parsons : Alors que Gilmour désirait un son moite, gorgé de reverb’s (c’est lui qui a gagné pour le coup), Waters préférait apparemment un son très sec, comme sur le premier album solo de John Lennon qu’il vénérait !

C’est un son très sec que l’on entend sur ce dernier album. On raconte que c’est Nigel Godrich (ancien producteur de Radiohead) qui aurait insisté pour obtenir un résultat aussi dépouillé, débarrassé de toutes les aspérités présentes sur les albums précédent !

Franchement, c’est un très bon opus que notre homme nous a livré aussi tard. Rien d’original dira-t-on en l’écoutant distraitement. Mais c’est ce qui fait son charme : Une version épurée du style Waters, dans laquelle il n’y a rien à jeter. J’ai fini par choisir BIRD IN A GALE, un rock direct, sans concessions et sans fioritures qui démontre, si on ne le savait pas déjà, que Waters demeure, parmi tous les membres de Pink Floyd, le créateur le plus intéressant et le plus convaincant dès qu’il s’agit de livrer un album solo.

HEY YOU (1979)

Comme d’habitude, on garde le meilleur pour la fin.

HEY YOU est la chanson qui ouvre le troisième acte (la troisième face de vinyle) de THE WALL : Pink cherche à se couper du monde, se terre dans son appartement et, rongé par la solitude, appelle à l’aide.

Ce choix peut paraître paradoxal car Roger Waters ne fiche pas grand-chose sur ce titre. Effectivement, il est le seul membre du groupe à ne tenir aucun instrument : c’est Gilmour qui joue la basse, en plus des diverses guitares, acoustiques et électriques, sans oublier qu’il chante la moitié du morceau et qu’il y glisse un de ses excellents chorus ! Cependant, c’est bien Waters (qui s’empare du lead vocal sur le pont, vers le milieu de la chanson) qui tire son épingle du jeu. Il livre alors ce qui restera sans doute son interprétation la plus déchirante, qui culmine par un appel à l’aide tétanisant qui laissera plus d’un auditeur en larme. Sans doute l’une des plus belles chansons de Pink Floyd, où l’émotion est générée par un art de la composition, des arrangements et de l’exécution qui tient du génie absolu. Et le chef d’œuvre de Roger Waters, l’homme de tous les paradoxes…

Notre TOP 10 est terminé.

Il manque évidemment des titres à ce podium tant il est difficile d’en sélectionner aussi peu. Afin de mieux explorer la carrière de Roger Waters, il faut signaler ses premières compositions intimistes, interprétées par lui seul, comme GRANDCHESTER MEADOWS sur l’album UMMAGUMMA en 1969, et IF sur ATOM HEART MOTHER en 1970.

On peut également citer PIGS et SHEEP sur l’album ANIMALS, ainsi que, bien sûr, plusieurs titres de l’album THE FINAL CUT, voire THE TIDE IS TURNING, le seul morceau à sauver de RADIO K.A.O.S.

Les amoureux d’AMUSED TO DEATH ne me pardonneront probablement pas d’avoir omis cet album, souvent le préféré des fans hardcore de Waters, capables d’écouter ÇA IRA, l’opéra indigeste sur la révolution française écrit en 2012 avec Etienne Roda-Gil. J’aurais effectivement pu choisir le très beau titre éponyme qui clôture l’album (mais il y a aussi THE BALLAD OF BILL HUBBARD et TOO MUCH ROPE qui valent le coup d’oreille).

Enfin, la chanson GIVE BIRTH TO A SMILE, dernier titre de MUSIC FROM THE BODY, bande-originale (par ailleurs inécoutable) d’un documentaire sur le corps humain que Waters cosigne avec le spécialiste des musiques électroniques Ron Geesin en 1970, aurait pu figurer dans la liste. Un morceau caché étonnant, dont l’interprétation, la mélodie et les chœurs féminins annoncent ce qui deviendra la signature définitive de Roger Waters, voire de Pink Floyd (elle fut d’ailleurs écrite en parallèle à BREATHE IN THE AIR, qui fut recyclée pour l’ouverture de THE DARK SIDE OF THE MOON). Vous la trouverez en bonus.

  • Nick Kent et les autres journalistes de sa génération ont-ils décrété que Pink Floyd c’était de la merde après l’éviction de Syd Barrett ? C’est un peu plus compliqué parce qu’au fil du temps, certains se sont radicalisés dans cette position, tandis que d’autres ont fini par changer d’avis (Nick Kent le premier, d’ailleurs). Mais tous demeurent ambigus, n’osant avouer que le dénigrement du groupe était un « genre » que les rockers avaient pris l’habitude de se donner afin d’afficher une image de « pur et dur »…
  • Les albums-concept les plus riches et profonds de l’histoire du rock : Nombreux sont les détracteurs du groupe qui vont trouver moult points de contradiction (par exemple avec THE LAMB LIES DOWN ON BROADWAY de Genesis, également très abouti). Mais j’insiste : De 1973 à 1983, Pink Floyd va aligner les albums-concept avec une constante dans l’excellence qui écrase la concurrence…
(c) Ed Illustratrice

Pour s’y retrouver voici la discographie de Roger Waters :

1967 : Pink Floyd – THE PIPER AT THE GATES OF DAWN

1968 : Pink Floyd – A SAUCERFUL OF SECRET

1969 : Pink Floyd – MORE

1969 : Pink Floyd – UMMAGUMMA

1970 : Pink Floyd – ATOM HEART MOTHER

1970 : Roger Waters & Ron Geesin – MUSIC FROM THE BODY

1971 : Pink Floyd – MEDDLE

1972 : Pink Floyd – OBSCURED BY CLOUDS

1973 : Pink Floyd – LIVE AT POMPEII (film avec un live sans public)

1973 : Pink Floyd – THE DARK SIDE OF THE MOON

1975 : Pink Floyd – WISH YOU WERE HERE

1977 : Pink Floyd – ANIMALS

1979 : Pink Floyd – THE WALL

1980/81 : Pink Floyd – IS ANIBODY OUT THERE ? THE WALL LIVE

1983 : Pink Floyd – THE FINAL CUT

1984 : Roger Waters – THE PROS AND CONS OF HITCHIKING

1986 : Roger Waters & divers artistes : WHEN THE WIND BLOWS

1987 : Roger Waters – RADIO K.A.O.S.

1990 : Roger Waters – THE WALL LIVE IN BERLIN

1992 : Roger Waters – AMUSED TO DEATH

2000 : Roger Waters – IN THE FLESH (live)

2005 : Roger Waters & Etienne Roda-Gil – ÇA IRA

2015 : Roger Waters – THE WALL (live)

2017 : Roger Waters – IS THIS THE LIFE WE REALLY WANT ?

A cette discographie il faut ajouter les compilations PINK FLOYD : THE EARLY YEARS 1965-1972’ (énorme coffret constitué de plusieurs heures de titres inédits et alternatifs), les coffrets IMMERSION de THE DARK SIDE OF THE MOON, WISH YOU WERE HERE et THE WALL (on attend toujours celui d’ANIMALS !), regroupant également des versions live et alternatives de très grande qualité.

Côté solo, la compilation FLICKERING FLAME contient trois inédits dont le titre éponyme, KNOCKIN’ ON HEAVEN’S DOOR (la reprise du chef d’œuvre de Bob Dylan, idole de Waters) et LOST BOY CALLING, coécrit avec Ennio Morricone. Il existe d’autres singles inédits, comme TO KILL THE CHILD, LEAVING BEIRUT et HELLO (I LOVE YOU), une assez bonne chanson que l’on entend dans le film MIMZY, LE MESSAGER DU FUTUR. Elle aurait pu figurer dans la liste…

Bonus BO :

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