Campagne de vaccination (No Zombies)

No Zombies : Le livre de Joseph par Olivier Peru et Collectif

Un article de BRUCE LIT

VF : Soleil

Joseph, un ancien zombie qui a retrouvé son humanité.
©Soleil

NO ZOMBIE est un nouveau cycle de la série française ZOMBIES. Il n’est pas indispensable (mais conseillé) de l’avoir lue au préalable puisqu’il s’agit de nouveaux personnages et d’un nouveau statu quo. Il faut juste se rappeler qu’une invasion Zombie a décimé l’humanité et que celle-ci est parvenue à la contrer. NO ZOMBIE en propose l’étape d’après, celle de la reconstruction.
Elle est de nouveau scénarisée par son co-créateur Olivier Peru. Les dessins et les couleurs sont signés Eugenily Bornyakov et Simon Champelovier. Le storyborad est de Benoît Dellac.

Ce nouveau cycle sera composé de 4 chapitres, chacun consacré à un focus sur un personnage. Joseph est le premier héros de cette histoire.

Avez-vous votre pass sanitaire contre les spoilers ?

De belles planches muettes efficaces.
©Soleil

ZOMBIES est une série profondément attachante et courageuse. Forte de l’énergie de ses créateurs, elle montre d’une part que l’on peut faire du comic book à la française et surtout qu’il est possible en 2021 de raconter des histoires de zombies sortant de l’ordinaire.
Peru et sa bande sont lucides : ils passent après Robert Kirkman et son WALKING DEAD qui détient un record en soi : raconter la plus grande histoire de zombies jamais imaginée sur quasiment une génération.

A ceci près que dès le 1er tome de ZOMBIES, PERU citait ses sources et se démarquait immédiatement de son modèle américain. Alors qu’à l’époque la bande à Rick Grimes était plus ou moins encore SDF, les héros de ZOMBIES disposaient d’importants moyens de contre-attaque : hélicoptères, réseau de communication et stratégies militaires coordonnées.
ZOMBIES trouvait alors son créneau : raconter son histoire sur une échelle mondiale (un épisode se passe même en France), voir les implication nationales et politiques dans les pays concernés quand WALKING DEAD se concentrait sur une cellule de survivants.

Le vaccin ramène lez zombies à la vie mais n’efface pas leurs souvenirs.
©Soleil

De ce fait ZOMBIES est une série jouissive qui permet de changer de lieu, de timeline et de distribution. Il n’est pas rare que les héros y meurent tandis que WALKING DEAD malgré ses fatalités reposait tout de même intégralement sur les épaules de Rick Grimes.
Le jeu des différences étant terminé, concentrons nous sur ce nouvel album qui imagine un bataillon de vaccinateurs de choc !
D’origine Lakota, Joseph parcourt les Etats-Unis avec ses amis pour distribuer le vaccin qui permet de convertir un zombie en humain

Contre un lit, un repas chaud et des vivres, Joseph capture des zombies sans les tuer, leur inocule son vaccin et accompagne psychologiquement la lente transition de l’état mort-vivant vers une créature sensible et raisonnée qui garde des souvenirs de son passage de l’autre côté. Il s’agit alors d’empêcher l’écroulement moral des revenants qui se rappellent avoir dévoré des êtres chers.

Alors que Joseph arrive dans une communauté plus hostile que d’habitude, il repère un zombie qui sort de l’ordinaire : son frère Art qu’il recherchait depuis des années. Notre pélerin parviendra t-il à accomplir pour son sang ce qu’il a fait pour des étrangers ?

En quelques pages, l’écriture de Peru fait des miracles : elle parvient à happer son lecteur qui déguste ce nouveau postulat. L’humanité se reconstruit et un programme de résurection se dessine. La difficulté consiste désormais à affronter la zombaille sans la tuer. NO ZOMBIES nous plonge au cœur de l’action avec le savoir faire d’uncommando mobile qui sait détecter, attirer et piéger les zombies.

Un niveau de difficulté inédit : combattre des zombies sans les tuer.
©Soleil

Comme lors des précédents albums, les personnages de Peru sont plein de gouaille et savent distiller des punchlines avec des caractères bien trempés. Peru sait exploiter son histoire et ce premier opus va jusqu’au bout de ses promesses : raconter le monde d’après, celui en filigrane qui rappelle le nôtre avec son virus, la méfiance quant au vaccin et les récalcitrants qui se complaisent dans l’affrontement plutôt que dans la reconstruction.

Peru sait éviter les clichés sur l’origine amérindienne de son héros tout en jouant la carte de la malice : le rapport à la langue, à la nature et aux esprits sont bien évoqués. Tout comme l’ironie que ce soit un Indien qui vient au secours d’un pays qui autrefois ne vivait que pour l’éradiquer.
Tout comme à son habitude, Peru achemine son personnage sur une victoire à la Pyrrhus que le héros doit encaisser mais qui donne une vraie puissance au récit.

Graphiquement, la chartre graphique est très proche de la première série avec des couvertures soignées et une mise en scène permettant d’alterner grosse baston et scène intimiste. Le trait d’Eugenily Bornyakov sait osciller entre l’école francobelge et des expressions qui rappellent parfois Steve McNiven.

Hélas, les défauts déjà présents dans les séries précédentes se maintiennent dans cette nouvelle saison. Sans doute limité par sa pagination par rapport à un comics mensuel, Peru accumule des cellules de texte souvent fastidieuses quand un peu de mystère aurait été apprécié. On retrouve également ce découpage étrange : super dynamique à la Millar par moment et pour d’autres un gaufrier qui ratatine les planches jusqu’à les transformer en un enchainement de vignettes minuscules.

Si Eugenily Bornyakov fait se sentir le lecteur chez lui dans les décors naturels et les affrontements dans les forêts, il est nettement moins inspiré dans les complexes industriels où se passe la dernière partie du récit. La lecture et notamment l’affrontement final assez confus en souffrent.
Le récit manque de pages marquantes comme savait le faire WALKING DEAD pour compenser les scènes de parlotte. Un souci de Peru de ne pas importer les splash pages de WALKING DEAD ?

Malgré ces bémols, c’est avec impatience que l’on attend la deuxième partie de ces pèlerins de choc pour des histoires toujours plus haletantes.

Des dialogues parfois trop nombreux pour des visuels peu appétissants
©Soleil

8 comments

  • Présence  

    Une critique qui souffle le chaud et le froid entre ZOMBIES est une série jouissive + l’écriture de Peru fait des miracles // il accumule des cellules de texte souvent fastidieuses + un gaufrier qui ratatine les planches jusqu’à les transformer en un enchainement de vignettes minuscules.

    Son virus, la méfiance quant au vaccin et les récalcitrants qui se complaisent dans l’affrontement plutôt que dans la reconstruction : beau parallèle.

    L’ironie que ce soit un Indien qui vient au secours d’un pays qui autrefois ne vivait que pour l’éradiquer : bien vu.

    • Bruce lit  

      Il faudrait savoir de l’auteur si le parallèle avec les vaccins anti covid est volontaire ou arrivé à point nommé.

    • Tornado  

      Tout pareil que Présence qui a fait le commentaire à ma place ! ^^

      Je passe mon tour. Je n’ai toujours pas la fibre zombie et j’ai saturé avec WD (la série TV).
      Le parallèle avec le COVID parait voulu, non ? Dans le cas contraire ce serait décevant.

      J’attendais la BO, et pis… pas de BO… ^^

  • Eddy Vanleffe  

    Zombies et franco-belge très académique….
    Je passe ici sans m’arrêter…

  • JB  

    Une série post-post apocalyptique ? Intriguant !
    Le principe d’un monde où l’apocalypse zombie a été surmontée est relativement rare, il me semble (je ne pense guère qu’à World War Z – le livre – ou le final du comic book The Walking Dead)
    Je prends comme idée de cadeau de noël à un fan du genre !

  • Surfer  

    Les zombies ce n’est pas non plus mon truc…

    J’ai adoré WALKING DEAD de Kirkman parce que les zombies n’étaient que prétexte à la mise en situation d’un drame social.
    Cela servait à explorer la nature humaine dans des conditions extrêmes. Et c’est ce qui m’intéressait.

    La comparaison et ton petit jeu de différences entre les deux séries ne me convainc pas.
    Je ne pense pas y retrouver ce que j’ai apprécié dans l’œuvre de kirkman.

    La BO…., J’ai eu peur, je pensais que tu allais nous mettre un titre de l’album de Johnny.
    Je taquines…hein… je respecte les goûts de chacun 😉

  • Jyrille  

    Je ne connaissais pas du tout cette série, Bruce, merci donc pour la présentation ! Je ne dirais pas non pour tenter, mais en médiathèque ou prêtés alors… Les dessins ont l’air bien sympa.

    En tout cas tu as le don de suivre les actualités et ton parcours : on y parle de vaccin et d’assistance sociale.

    Merci en tout cas, un peu plus de culture !

    • Bruce lit  

      Aussi douloureuse et contrariant soit l’actualité les questions sociales te politiques me passionnent et je dévore toute la presse quotidiennement.

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