C’est la rose l’important, qu’ils disaient… (Lady Oscar)

 

 Lady Oscar/ Les Roses de Versailles par Riyoko Ikéda

AUTEUR : STEPHANE MAILLARD PERETTI

Première publication le 27 /08/14.  Mise à jour le 16/12/18

Le débuts des Roses de Versailles
@Idp @Anime @Riyoko Ikeda @Kana

Cette chronique portera sur l’animé et le manga. 

Au Japon, quand un manga plait, on l’adapte. On l’adapte bien sûr en dessin animé, comme c’est le plus souvent le cas, mais aussi en romans, en films… J’en passe. Débuté en 1972, le manga Berusayu No Bara -La Rose de Versailles, eut un tel succès que 40 épisodes furent réalisés en 1979 par Tokyo Movie Shinsha. Son auteur, Riyoko Ikéda, a tout misé sur cette oeuvre, sa passion sur la révolution française ayant convaincu sa maison d’édition. Chez nous, le dessin animé débarque sur Antenne 2 (ancienne France 2) en septembre 1986 dans l’émission Récré A2 sous le nom Lady Oscar.

La lady dont on parle est victime d’un sale coup du destin, en l’occurrence, de son père, dès la naissance. Fatigué jusqu’à la moelle de n’avoir que des filles, il décide que la dernière sera élevée en garçon, pour mieux dire, en soldat, pour que la lignée militaire de la famille de Jarjayes puisse perdurer. Ainsi, la jeune Oscar François va grandir dans la France tourmentée du 18eme siècle, accompagnée par André, fils de roturiers au service des Jarjayes.

los_11

Robespierre s’entretient avec Lady Oscar sous une pluie battante.
 @Riyoko Ikeda @Kana

De l’autre côté des frontières autrichiennes, Marie Antoinette va, toute jeune, être envoyée/sacrifiée dans notre beau pays pour consolider les accords de paix (on va prendre des raccourcis, cette chronique n’a nullement la prétention d’être une leçon d’histoire). D’ailleurs, à la base, Ikeda voulait que l’héroïne soit la jeune Autrichienne. C’est elle, la rose de Versailles. Mais devant la difficulté de raconter l’histoire d’un personnage non fictif, elle crée Oscar.

Lorsque la dauphine, décrite d’abord comme une jeune écervelée, arrive dans le royaume de Louis XV, Oscar va lui servir de garde du corps et essaiera de la guider dans l’inextricable jungle de la cour du roi. Bassesses et autres calomnies sont la toile de fond du premier tiers de cette série considérée bêtement « pour filles »

Car c’est le but de ce « dossier », rétablir une vérité sur le chef d’oeuvre de Ikeda, mangaka à succès passionnée par la France: Il n’y a rien de fillette dans cette oeuvre, cet animé est bien l’un des plus violent qui nous soit parvenu…Et l’un des mieux doublés, d’ailleurs, mais nous y reviendrons.

On range souvent « Lady Oscar » dans le tiroir où Candy, Georgie et autres Gigi comparent leurs robes. Loin s’en faut. Si les premiers épisodes nous montrent le palais de Versailles et le peuple Français dans l’espoir d’un renouveau, d’un mieux, à l’arrivée de la sémillante dauphine, si les innombrables sales coups de la comtesse Du Barry ne troublent pas tant le téléspectateurs que ça, la grande Histoire rattrape vite les vies de chaque personnages. On s’éloigne rapidement de ces yeux étincelants genre néo-natal, de ces fonds de fleurs et d’étoiles assez fréquents dans les shojo…

Alors que les personnages secondaires se multiplient, souvent des personnages historiques d’ailleurs, que la jeune Marie Antoinette devient reine au décès de Louis XV, mort de la variole, et qu’elle s’embourbe dans des relations avec des personnages lui voulant soit du mal, soit un peu trop de bien, tel le maréchal Suédois Axel de Fersen, le ciel va s’assombrir peu à peu.

Les premiers doutes sur la tourmente à venir s’installent en Oscar, torturée par des amours impossibles, son meilleur ami, André, toujours à ses côtés depuis l’enfance, roturier amoureux , mais aussi le même Fersen… Le peuple est pauvre, affamé, en colère. Les dépenses de la reine et du roi, si mal conseillés, font peser une colère de plus en plus tangible. Les scandales s’enchaînent, le cardinal de Rohan mettant encore plus à mal la royauté.

Les injustices publiques se multiplient (Le Duc de Germain assassine un gamin dans les rues de Paris) et alors aux arrêts, pendant une visite sur les terres de sa famille à Arras, où elle rencontre Robespierre pour la première fois, Oscar ouvrira peu à peu les yeux sur la misère qui baigne les moins fortunés.

les épisodes se font riches en symbolique plus ou moins fines, telle la lune recouverte de nuages, dont les ombres plongent le château de Versailles dans les ténèbres lorsque Oscar confie ses inquiétudes à André sur la colère montante du peuple. Fersen épanche son désir de la reine à Oscar, alors que nous la voyons avec André qui brûle déjà d’amour pour elle. Deux oies sauvages s’envolent alors que Fersen et Marie Antoinette se déclarent leur amour…

Les vicissitudes d’Oscar sur son ambivalence imposée deviennent lourds. En révolte contre son père, contre sa vie, face aux avances d’André de plus en plus insistant, le monde d’Oscar prend un tour funeste. La maladie la guette, André est blessé et devient aveugle.

06 L'une des images très connues du générique d'ouverture, lourde de symbolique

L’une des images très connues du générique d’ouverture, lourde de symbolique Source Gameblog
@Idp @Anime @Riyoko Ikeda

Celui-ci s’ouvre à la cause de la révolution qui gronde… Et lorsque celle-ci éclate, Oscar devra faire un choix entre la vie que son père voulait lui tracer et ses inspirations personnelles. Les scènes de cruauté (parfois censurées, mais rarement lors de la première diffusion) sont fréquentes, les morts peuvent être brutales et nul n’est épargné.

Ikeda possède bien son sujet qu’elle a méticuleusement étudié (et qui fait aussi référence à Princess Saphyr d’Osamu Tezuka), et a de multiples cordes à son arc. Diplômée d’une école de musique, chanteuse lyrique, officier de la Légion d’Honneur, pionnière dans le domaine du manga pour fille, le shojo manga, son oeuvre la plus connue reste Les Roses de Versailles.

Le manga ne laisse pas tant planer le doute sur le genre d’Oscar. Si son secret semble plus ou moins bien gardé dans la version TV, c’est un secret de polichinelle sur papier. Le manga est dense, mais pour le lecteur Français, le style un peu daté de Ikeda peut gêner. Il est paru en trois tomes chez Kana, le troisième rassemblant des histoires inintéressantes autours d’Oscar.

Déclinée en comédie musicale, en feuilletons radios, en film (1978 par Jacques Demy) d’ailleurs plutôt nanar, en pièce de théâtre, en artbooks, en livres de coloriage (!) il y a même du vin Japonais nommé « Rose de Versailles »…

Je, je suis libertine…..

Le film est assez caricatural, les personnages perdent leur personnalité, Oscar devenant une jeune femme vulnérable et hésitante, aux ordres de la reine. Celle-ci devient autoritaire, et André est lui, bien plus persuasif, et décidé quant au choix de son amour. Entendons nous bien. Les premiers épisodes de Lady Oscar peuvent paraitre très… disons… féminins et inintéressants. Ils mettent pourtant en place les drames à venir. Les sauter serait donc une erreur même s’ils ne sont rien comparés à la suite.

Oscar ne parle pas dentelles avec des amies, c’est un soldat et il n’est pas très malin de s’opposer à elle. Son sens de l’honneur est exacerbé et sa vie n’est pas des plus simples, comme on peut l’imaginer. Arrivée à l’âge adulte, le trouble s’installe en elle… Doit-elle succomber à son attirance pour un homme? Mais que faire de cet héritage et de tout le vécu de sa jeunesse ?

Oscar se bat parfois de manière improbable. En effet, Shingo Araki s’occupe du chara design… Il est à l’origine de la version animée de Goldorak, de Saint Seiya, et d’Ulysse 31 (qui montre l’étendue de son talent, alors qu’il change son coup de crayon pour paraître plus « occidental »). Les personnages sont comme toujours effilés, élancés. Il est aidé par Michi Himeno (Cherry Miel), complémentaire du style d’Araki, qui souvent affine ses traits, Osamu Dezaki et bien sûr son collaborateur Akio Sugino, connus pour leurs « gueules » (Ashita No Joe, L’Ile au Trésor ou Cobra).

Une des rares apparitions en robe

Une des rares apparitions en robe
@Idp @Anime @Riyoko Ikeda 
Source Lady oscar 21 

On ressent d’ailleurs que l’équipe directrice à décidé de faire amplement confiance à Shingo Araki, à partir du deuxième tiers de la série, plus sombre, moins imprégné des codes typiques des animés pour filles. Vers le 19eme épisode, à l’abandon de Tadao Nagahama qui n’était pas d’accord avec ses équipiers, tout ce côté « scintillement et paillettes » s’estompe donc. Le succès de la série fût d’autant plus retentissant à partir de ce moment.

La version française est d’une rare qualité. Bon, il est clair qu’avant l’avènement de l’hégémonique des programmes pour enfants en 1987 sur TF1 (je parle bien sûr de Dorothée), la plupart des animés avaient un doublage plus ou moins corrects. Mais, est-ce parce que ce programme traitait de la Révolution Française, il est à classer dans les meilleurs. Jean Topart est le narrateur, comme il l’était dans Remi Sans Famille, ou encore la voix de Zeus dans Ulysse 31. La présence de cet acteur de talent décédé il y a peu est toujours un gage de qualité dans une série animée. La voix d’Oscar est parfaite, grave, charismatique calme et profondément sérieuse… Même au moment où elle se brise, quand sa vie la rattrape.

C’est la fin de la route pour André, qui meurt près d’Oscar
@Idp @Anime @Riyoko Ikeda

L’antépénultième épisode avait été doublé par une autre comédienne mais cela fût ensuite rectifié. Le doubleur d’André assurera plus tard les voix de Seiya, ainsi que de Végéta et Yamcha dans Dragonball ou encore Cyril/Shiro dans l’excellent Bomber X de Go Nagai. La bande son est signée Koji Makaino, qui livre ici des airs teintés de tristesses, jamais pompeux, en parfaite adéquation avec le ton du récit.

A noter, La Rose De Versailles eut une suite en manga: Heroika. L’histoire débute à la période du règne de Napoléon Bonaparte et plusieurs personnages rencontrés dans Lady Oscar y ont un rôle clé. Souvent décrite comme une série mièvre, La Rose De Versailles est une série au succès monumental jamais démenti au Japon et qui atteint les USA que très tardivement.

Le seul point noir à cette adaptation sans faille reste le générique français. Pour anecdote, celui-ci écrit par Paul Persavon alias… Antoine de Caunes ! qui ne s’est pourtant jamais gêné pourtant pour décrier les animés Japonais dessinés par des manchots. La série reste pour le néophyte une très bonne introduction à l’histoire de France du 18eme siècle, période charnière s’il en est. Encore une merveille que les jeunes téléspectateurs des années 80 ont eu la chance de découvrir… Et qui aurait sa place sur nos chaines encore aujourd’hui.

Abattue d’une balle de mousquet au pied de la Bastille, Oscar mourra le 14 juillet 1789
@Idp @Anime @Riyoko Ikeda

26 comments

  • Sa seigneurie majestueuse Leo Peretti  

    Merci « Gegekko » :)

  • Nathalie  

    J’ai adoré ce dessin animé. Superbe article.

    • Sir Leo Peretti  

      Merci Nathalie :)

  • Eddy Vanleffe  

    Bien que jamais étayée par le moindre article, j’ai une théorie au sujet du titre…
    J’ai bien l’impression si l’on suit les trajectoires d’Oscar, Marie-Antoinette et également de la dame de compagnie de cette dernière recueillie dans les rues de Paris (de mémoire-argh!). Le titre devient alors LES roses De Versailles puisqu’en japonais le pluriel n’existe pas…
    les roses question faisant allusions aux différentes héroïnes…
    J’aimerais d’ailleurs lire la suite.
    a Noter que pour avoir contribué au rayonnement de la culture française et de ses monuments à l’étranger Ryoko Ikeda a été décoré de la Légion d’Honneur en 2009.

    • Manu  

      Comme j’ai raté ce commentaire très intéressant! Ouf, je le vois finalement! Merci Eddy!

  • Manu  

    Ce dessin animé était à la fois aussi fascinant d’angoissant, a l’instar de Rémy sans Famille
    Je regardais étant gosse, mais ce n’est que lorsque j’ai eu 20 ans que j’ai pu voir le tout dernier épisode qui m’a laissé sur le carreau.
    Le scénario réaliste et cruel en fait un cas d’école que j’assene volontiers aux plus jeunes en disant « à notre époque, les DA, c’était vraiment adulte ». Pas comme les Pokémons ou d’autres trucs actuels où le « gnagnagnisme » est omniprésent.
    Et la voix du conteur…… Brrrrrr…. je crois que ce type a traumatisé toute une génération avec sa voix. Mais sa façon de prononcer les mots, sa diction, et ses intonations sont fascinantes a bien des égards.
    Super article, merci beaucoup !

    • Eddy Vanleffe  

      La voix de Jean Topart était magnifique.

      • Manu  

        Je trouve qu’elle collait bien avec la narration de l’histoire et de l’époque a laquelle elle se passait : à la fois sérieuse et austère ( dans le bon sens du terme)

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *