Collants sur le divan (Storm chez le psy)

Collants sur le divan: Tornade

Par  OMAC SPYDER

1ère publication le 19/01/17- MAJ le 10/03/19

Le cas Ororo Munroe La cyclothymie ou "des tornades sous un crâne"

Le cas Ororo Munroe. La cyclothymie ou « des tornades sous un crâne
©Marvel Comics

Note du Docteur Alex HIVENCE : Depuis quelques temps je suis amené à suivre une patiente semblant souffrir de cyclothymie. Un confrère me l’a adressée. Il semblait bouleversé. J’ai accepté de rencontrer cette patiente une fois avant de décider de la suite à donner. Il est vrai que cette femme dégage une aura particulière, comme si l’air ambiant se modifiait à son passage. Elle ne présente guère de pudeur physique, ses émotions semblent à fleur de peau. Dès que je pense arriver à un point intéressant pour la thérapie, cela déclenche des réactions assez spectaculaires. Je comprends les résistances sur lesquelles mon confrère paraît avoir trouvé des limites. Je vais tenter de tenir le cap en retranscrivant les séances au plus près, comme un navigateur le ferait avec un carnet de bord.

Extrait de séance n°9

« Bonjour Docteur Hivence
H : Bonjour Mademoiselle Munroe »
Ororo Munroe s’installe sur le divan avec un naturel qui laisserait croire qu’elle suit cette thérapie depuis bien plus longtemps qu’en réalité. Elle se déplace avec légèreté, portant une tenue vaporeuse qui suit ses mouvements presque imperceptibles. Elle porte des bijoux ethniques dont elle m’a confié son affection particulière. Comme une recherche de racines… J’ai parfois l’impression que sans ces racines, elle pourrait décoller du sol…
O : Êtes-vous perdu dans vos pensées, Docteur?
H: Je vous écoute, Mademoiselle Munroe, reprenez où vous en étiez.
Je comprends d’un coup le bouleversement de mon confrère. Ororo Munroe paraît très observatrice et réceptive au moindre changement de…climat chez son interlocuteur. Elle reprend:
O: « Je vous parlais de la perte de mes parents la dernière fois, et le tremblement de terre que cela avait été dans ma vie. Littéralement… »

La mort traumatique, ou l'origine de la dépression?

La mort traumatique, ou l’origine de la dépression?
©Marvel Comics

Disant cela, je la vois se recroqueviller presque imperceptiblement sur le divan, comme une réminiscence vécue dans son corps propre.
H : « Oui, et vous m’évoquiez votre sentiment d’abandon suite à cette perte brutale.
O: Oui, Docteur. Comment aurait-il pu en être autrement? C’est comme si une part de moi était restée avec eux, comme ensevelie par ce deuil… D’ailleurs j’ai horreur des espaces clos. Heureusement que vous avez quelques plantes ici dans votre cabinet, ainsi que des statuettes africaines qui me permettent de respirer un peu… Je pourrais vite me sentir confinée dans cet espace restreint… »
Les doigts de la jeune femme ouvrent un peu son corsage en énonçant cette idée, comme pour mieux respirer. Je vois sa poitrine se soulever un peu plus fortement, comme quelqu’un en train de suffoquer…

Libérez, délivrez! La revendication d'une femme hors des contraintes (masculines)!

Libérée, délivrée ! La revendication d’une femme hors des contraintes (masculines)!
©Marvel Comics

H: « Vous sentez-vous souvent contrainte, Mademoiselle Munroe?
O: Même mes amis ignorent à quel point le quotidien m’étouffe. J’ai très souvent envie de tout balayer, d’un revers de main, tout souffler, pour respirer à nouveau pleinement… J’ai l’impression de ne pas être faite totalement pour cette vie.
H: Quelle vie? Expliquez moi.
O: Cette vie-là environné de béton et de petits chefs. J’en provoquerais bien un en duel pour lui montrer qu’il n’est qu’un petit homme, le remettre à sa place. Je suis certaine que je pourrais faire face. La vie m’a amenée à user de ruse et d’habileté, vous savez… Bref, parfois les petits hommes mériteraient une leçon pour sortir de leur vue étriquée des choses…

Ororo vs Cyke: la tempête face au cyclope. Emancipation 1 – 0 homme sur le retour

Ororo vs Cyke: la tempête face au cyclope.
Emancipation 1 – 0 homme sur le retour
©Marvel Comics

H : Comme votre père qui s’est laissé ensevelir sous la routine? »
A peine eus-je prononcé ces mots que je sentis une onde froide comme si l’air se refroidissait brutalement dans mon cabinet. Ororo Munroe changea de position sur le divan, se raidissant…
O: « Je Ne Vous Autorise Pas! Mon père était un grand homme! Ce n’est pas sa faute s’il m’a laissée toute seule, c’est la guerre, et la guerre seule qui l’a tué!! »

L’ambiance avait radicalement changé, passant de l’intimité de l’aveu à une froideur sans appel, comme suivant ses mots de colère froide. Cela risquait de compromettre la thérapie en balayant les avancées en un coup de vent. Je tentai de la ramener au sol…
H : « Je sais cela, Mademoiselle Munroe. Mais je vous incitais à parler d’avant. Vous parlez très peu d’avant cette perte, cet abandon. Un peu comme si votre vie… (avait commencé avec leur mort, avais-je envie de dire, mais je reformulais aussitôt) n’avait pas existé avant cela.
O: Avant j’étais heureuse, tout allait bien. Mes parents étaient des gens formidables, mon père était un père rassurant, et ma mère une vraie déesse! »
Je pensai en mon for intérieur qu’Ororo Munroe idéalisait cette période, refoulant toutes les imperfections de sa vie d’alors dans les tunnels de sa pensée. Une pensée me traversa en un éclair : que de ces tunnels resurgirait un jour ces pensées refoulées, cette réalité qui rentrerait en conflit avec cet idéal du Moi. Je choisis cependant une autre voie pour l’instant…

Ororo's Land : l'enfance idéalisée?

Ororo’s Land : l’enfance idéalisée?
©Marvel Comics

H : « Et vous dans tout cela, comment vous voyez-vous? Une déesse aussi?
O: Par la… Que me dîtes-vous là?! Est-ce ainsi que vous me voyez?  »
Disant cela, ses mains se levèrent au-dessus et ses longs doigts effilés dessinèrent comme d’étranges circonvolutions dans les airs…
Je poursuivis :
H: Retournez-vous souvent les questions comme cela? Vous semblez parfois comme en guerre avec vous-même.
O: En guerre? En conflit voulez-vous dire? N’est-ce pas un état naturel, le conflit? Regardez les masses d’air, elles sont sans cesse en conflit les unes avec les autres, non? N’en est-il pas de même pour nos pensées?  »
Comme un écho à cette phrase, Ororo Munroe glissa ses doigts dans ses cheveux et les défit de leur bandeau noir, qu’elle portait en permanence lors des séances. Ses cheveux blancs ainsi libérés étaient étonnants de lumière… Il y avait un côté sauvage dans sa façon d’associer ses réponses à ses gestes…
O: « Il faut prendre soin de sa nature, enchaîna-t-elle en m’arrachant à mes rêveries. N’est-ce pas le plus important? Notre nature profonde, sans artifices. Prenez les vêtements par exemple, ne sont-ils pas une extension de nous-même? Mais ne sont-ils pas le plus souvent inutiles? Moi, ils m’étouffent le plus souvent. Si cela ne tenait qu’à moi, je vivrais nue.

La nudité, ou l'infantile survivant du traumatisme

La nudité, ou l’infantile survivant du traumatisme
©Marvel Comics

H: Comme un enfant? Risquai-je.
O: Et quel mal y aurait-il à cela? Qui nous a dicté notre tenue? La nature ne pourrait-elle pas nous suffire…
H: Une déesse-mère en quelque sorte?
O: Je vois où vous voulez en venir, Docteur… »
Ces quelques mots me traversèrent tel un éclair. Un frisson éléctrique me traversa le dos. Un silence s’ensuivit, comme une chappe de plomb avant une averse lourde. La patiente sembla prendre sur elle pour contenir l’orage qui grondait en elle ; elle reprit la parole:
O: « Le point commun que je pourrais avoir avec la « Déesse Mère », comme vous dîtes, est que je chéris la vie par dessus tout. La vie et le mouvement qui l’accompagne, et qu’aussi je ferai beaucoup, sans trop penser jusqu’où, pour protéger les miens.
H: Les vôtres?
O: Oui, ceux qui m’acceptent avec mes mouvements, mes changements, disons… d’humeur. J’ai conscience depuis que je viens vous voir que ce n’est pas si aisé pour mon entourage de ne pas se sentir parfois comme un simple fétu de paille malmené par mes bourrasques. Mais si on touche un cheveu d’un des miens, mes bourrasques pourraient bien viser volontairement celui qui aura ainsi osé outrepasser ses droits. Je déteste ceux qui tentent de vampiriser les autres, leur prendre leur énergie vitale pour leur propre compte. Ceux-là déclenchent à coup sûr ma colère!  »

Les vampires attaquent Ou ceux qui prennent

Les vampires attaquent. Ou ceux qui prennent…
©Marvel Comics

H: « Vous êtes ainsi contre ceux qui « prennent » aux autres…
O: Oui, mais je vois où vous voulez en venir. Je pense les voir comme un courant d’air qui tente de me ramener toujours au même point. Mais fermez la fenêtre et le courant d’air disparaît! »
A ces mots, un volet certainement mal bloqué claqua d’un coup sec contre le mur et me fit sursauter! Je m’excusai pour me lever et aller replacer ce volet avant de me rendre compte en ouvrant qu’il n’y avait absolument aucun vent dehors. Je coupai court à ma réflexion et revint m’asseoir pour reprendre la séance interrompue. Posant mon regard sur Mademoiselle Munroe, je la vis détendue sur le divan, un genou replié, une main le long du corps tandis que l’autre virevoltait toujours devant ses yeux. Un nuage sombre passa et donna à cette scène une teinte particulière, faisant refléter les cheveux argentés de ma patiente installée tranquillement. Il émanait de cette femme une sorte de beauté sauvage, enfantine, intouchée…

Du sentiment d'abandon à l'abandon, de soi?

Du sentiment d’abandon à l’abandon  de soi?
©Marvel Comics

O: « A quoi pensez-vous Docteur? Je ne vous entends plus.
Sa phrase comme un coup de tonnerre me coupa la pensée sous le pied.
H: Il me semble que je pose les questions ici, Mademoiselle Munroe
O : Certes. Je m’inquiétais juste de ne plus vous entendre… »
Elle paraissait sincère et je ne savais plus si je devais accorder à cette phrase l’envie de défier le petit homme que je représentais ou le souci de protection qu’Ororo Munroe évoquait pour ses proches. Il y avait aussi la possibilité que ce silence réactive aussi la perte, l’abandon subi. Avait-elle peur d’un abandon de ma part?
H : Je suis bien là, lui dis-je, pour répondre à cette éventuelle inquiétude inconsciente.
O : A la bonne heure! Vous êtes un vrai courant d’air quand même. Vous me lancez sur une piste, puis soudain j’ai l’impression que vous volez vers d’autres cieux.
H : Le ciel vous inspire-t-il, Mademoiselle Munroe ?
O : Le ciel, c’est la liberté. Vous connaissez depuis quelques séances déjà ma peur des endroits clos. Je ne peux supporter l’idée de ne pas pouvoir m’envoler… m’échapper… Il me faut toujours assurer mes arrières pour être sûre de jouer les filles de l’air au cas. Les hommes, vous êtes parfois comme des serrures verrouillées…

La fille de l'air, ou comment Ororo se libère toujours des contraintes

La fille de l’air, ou comment Ororo se libère toujours des contraintes
©Marvel Comics

H : Votre père était-il ainsi selon vous? » J’avais conscience du risque de mon intervention à ce sujet mais ne pouvais pas laisser ma patiente dans ce brouillard ; je me devais de percer ses défenses et souffler ses résistances.
O : « Vous voilà insistant. Je vous dis que mon père était un grand homme. Pourquoi aurais-je voulu lui échapper? Il n’a jamais outrepassé son rôle. Pourquoi aurais-je voulu être loin de ses bas?
H : De ses bas?
O : De ses bras, ai-je dit. Qu’insinuez-vous par là?! Les bassesses des hommes ne concernent pas mon père. C’est… c’est arrivé plus tard, lorsqu’on a voulu fouillé ma chair…
H : Et qu’est-ce qui vous est « chair »? »
Un éclair passa dans ses yeux lorsqu’elle lança:
O : « Par tout ce qui m’est cher, je vous en veux de me ramener à ces moments! C’était peu après la mort de mes parents, les hommes de l’orphelinat me dégoûtaient. J’ai fui, le plus loin possible!
H : Qu’avez-vous fui?
O : Je sentais leur regard sur moi… Il fallait que je m’en aille, loin…
H : Jusqu’où?
O : Jusqu’au fond de moi. Jusqu’à un endroit où j’étais à nouveau libre et où je pouvais moi-même prendre mon destin en main.
H : Que preniez-vous en main exactement?
O : Leur argent! J’étais une excellente pickpocket. Je gagnais ma vie ainsi…
H : Vous faisiez donc les poches des hommes qui en avaient dedans…
O : Oh! Vous m’exaspérez avec vos allusions masculines!

La sexualité refoulée La pureté virginale, phobie de l'acte sexuel ou fantasme inconscient de viol?

La sexualité refoulée.
La pureté virginale, phobie de l’acte sexuel ou fantasme inconscient de viol?
©Marvel Comics

H: Vous ne parlez guère de vos relations avec les hommes d’ailleurs…
O : Il y a peu à en dire. L’homme veut dénaturer ce qui l’entoure ou régner dessus. Que peuvent-il réellement comprendre à la Nature?
H : Ne vous-êtes vous jamais perçue vous-même comme une femme idéale? Un nature indomptée?
O : Pour mes parents, j’étais une déesse! Et ce sont les guerres des hommes qui me les ont enlevées, ces hommes avec leurs rivalités de territoire et leurs machines. J’ai bien tenté de me laisser…approcher. Mais ils me semblent trop…
H : Petits?
O : En quelque sorte, oui
H : N’avez-vous pas qualifié votre père de « grand homme »?
O :Oui… J’ai cru que ces hommes pouvaient être grands un moment. Sans doute dans mes moments de vulnérabilité, lorsque j’ai perdu… pied. Qu’ils pouvaient me « réparer » de quelquechose…

psy_10 Dé-possédée par un homme Le même homme pour réparer: une version du syndrôme de Stockholm?

Dé-possédée par un homme. Le même homme pour réparer:
une version du syndrôme de Stockholm?
©Marvel Comics

H : Pensez-vous que vous cherchez à séduire malgré tout?
O : Comment cela? Qui pourrais-je cherche à séduire? Dans quel but?
H : Juste pour séduire, innocemment, sans autre but que celui-là.
O : Je ne vous suis pas, Docteur.
H : Un peu comme une enfant, voyez-vous? En s’exposant naturellement…
O : Je ne m’expose pas. Je suis telle que je suis.

Une sexualité infantile, ou la séduction innocente?

Une sexualité infantile, ou la séduction innocente?
©Marvel Comics

H : Et que pensez-vous que cela produise chez les hommes qui vous côtoient?
O : Je ne m’en soucie pas! Ne croyez-vous pas que j’ai autre chose à penser?
H : Comment écrivez-vous « panser »?
O : Vous m’entraînez sur un étrange terrain, Docteur. Quel lien pourrait-il y avoir entre mon rapport aux hommes et ce que j’aurais besoin de « panser », comme vous dîtes, chez moi?
H : Peut-être une question en rapport avec les transports amoureux, votre météorologie interne. Ne vous comportez-vous pas comme une enfant qui innocemment montre son corps mais qui inconsciemment chercherait à séduire? Et le fruit de ce comportement ne créerait-il pas en vous quelques mouvements, changements internes, comme une… excitation dont vous vous défendriez? »

Un silence. Je sentis le climat s’électriser rapidement, comme si avec mes mots j’avais tendu une perche de métal tandis qu’un orage se préparait. Cette électricité semblait parcourir Mademoiselle Munroe dont le corps se raidissait étrangement. Je crus percevoir de légers spasmes le long de ses membres. Ses doigts bougeaient comme s’ils jouaient avec une aiguille invisible. J’étais témoin de ses changements d’humeur au fur et à mesure de la séance elle-même, et je me sentais soudain réduit à un rôle d’observateur, comme on voit arriver une tornade et que l’on sait que courir sera vain. Puis dans un roulement de tambour, un mot sortit:
O : « Assez!!! Je ne sais pas ce qui vous permet d’aller aussi loin, je ne sais pas si vous chercher à me blesser, mais par ce qui m’est cher je ne resterai pas ici en vous laissant parler ainsi!! Je devrais vous…

psy_12 La tempête face aux hommes : une agressivité refoulée face à un père impuissant à sauver sa famille?

La tempête face aux hommes : une agressivité refoulée face à un père impuissant à sauver sa famille?
©Marvel Comics

O : Oui..? M’ensevelir? Me balayer comme fétu de paille? »
Et soudain Ororo Munroe s’effondra…comme une enfant.
O : Je voudrais parfois redevenir une enfant. Reprendre ma vie, un nouveau départ, avec l’innocence de ces jours. Le monde est si cruel, les hommes, même rois de leurs émotions ou inventeurs de rêves, deviennent des mirages et perdent toute consistance, ils finissent par passer, comme le vent. Au fond de moi, je ne les laisse pas m’approcher réellement. L’enfant en moi continue de les fuir.

Le retour de l'infantile ou le refus de la sexualité

Le retour de l’infantile ou le refus de la sexualité
©Marvel Comics

H : Avez-vous peur qu’ils vous abandonnent eux aussi? Comme votre père et votre mère?
O : C’est possible, Docteur.
H : Pensez-vous que vous deviez choisir entre le viol ou l’abandon?
O : Pourquoi parlez-vous de « viol »?
H : Vous évoquez parfois cette enfance passée à « voler » les autres, les hommes, riches, de préférence. Et vous exprimez votre dégoût inconscient du rapport sexuel avec ces mêmes hommes, la peur qu’ils vous prennent quelquechose. Voyez-vous?
O : J’ai souvent peur d’être forcée… contrainte… Oui. Et cela dépasse même mes rapports aux hommes. Je me méfie aussi de certaines femmes…

H : Oui, vous voyez les choses comme une enfant, et vos peurs vous font réagir de façon brusque, imprévisible. Une enfant qui cherche toujours désespérément à se sauver, quitte à soulever des bourrasques qui balaient tout.

O :  J’ai peur de mourir rattrapée par tout cela. Quelque chose qui me cloue au sol. Par la déesse! Rien qu’y penser me terrorise…

la mort qui cloue au sol. Le phallus mortifère?

La mort qui cloue au sol. Le phallus mortifère?
©Marvel Comics

H : En attendant, il va vous falloir vivre. Arrêtons ici pour aujourd’hui si vous le voulez bien.
O : Oui, Docteur. Merci.
Je vous dois..?
H : Rendez-moi mon portefeuille avant, dis-je en souriant.
O : Comment?!
H: Je plaisantais… Vous pouvez payer, oui. La même somme que je vous prends d’habitude…
O : Oui ; la liberté n’a pas de prix

Prendre, voler, donner : l'argent et la sexualité

Prendre, voler, donner : l’argent et la sexualité
©Marvel Comics

Je pris quelques notes après que Mademoiselle Munroe s’en soit allée. Il apparaissait assez clairement que le lien entre ses mouvements d’humeur, sa cyclothymie, et son passé traumatique pouvait s’établir. Il avait manifestement interrompu pour partie au moins son développement psychique adulte en maintenant une image idéalisée de son enfance et notamment des figures parentales. Mademoiselle Munroe n’était pas passée par ce stade adolescent lui permettant de se forger ses propres images et objets d’amour ; elle demeurait écartelée, ballotée entre sa partie infantile et sa partie adulte qui s’était construite notamment sur la transgression, au travers ses actes de petite délinquance. Cette transgression refoulée téléscopait une autre image de transgression que représentait l’acte sexuel. Ororo Munroe semblait ainsi maintenue sur ce plan à une représentation infantile, sans pudeur mais avec un fantasme de viol très présent et l’envahissant occasionnellement lors de rencontres hasardeuses.

J’avais été assez bien inspiré de prendre avis d’un confrère pour analyser mon contre-transfert et ne pas me laisser envelopper par son charme naturel. Celui-ci m’avait attiré l’attention sur la séduction qu’elle pouvait opérer comme une diversion qui serait contre-thérapeutique. Celle-ci agissait en effet comme un brouillard qui l’amenait à échapper à la vue de ses interlocuteurs ; ces derniers ne la voyaient principalement que selon ce qu’elle voulait bien leur montrer, en usant de climat chaleureux, d’averses froides, ou de bourrasques hostiles, selon son intention plus ou moins consciente. Le brouillard semblait se dissiper progressivement. Il ne fallait pas perdre le cap. Ororo Munroe n’était qu’une enfant effrayée, perdue, endeuillée, dont la phobie montrait la souffrance à ciel ouvert. Ses mouvements psychiques et ses défenses montraient aussi sa capacité de résilience.

Le brouillard comme résistance: Un moyen inconscient de faire diversion

Le brouillard comme résistance:
Un moyen inconscient de faire diversion
©Marvel Comics

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La BO du jour : D’autres Mme méteo tombent les hommes….

107 comments

  • Florent Bulles  

    Superbe!
    C’est dingue l’affection que l’on peut ressentir pour un personnage de papier qui nous a accompagné toute notre vie!

    • OmacSpyder  

      @ Florent Bulles : A croire que ces personnages ont pris corps!
      Et en effet, au-delà du papier, ils existent parce qu’une part d’eux parle de nous. C’est bien ce que racontent aussi ces séances de Collants sur le Divan ;)
      Et oui, Ororo est superbe!

  • Kaori  

    Lecture intéressante, mais j’ai quelques questions pour le Dr HIVENCE.

    Qu’est-ce que le « fantasme de viol » ?
    Je ne suis pas sûre d’adhérer à cette idée…

    • OmacSpyder  

      @ Kaori :
      Ah! Voilà une question bien pertinente qui mérite que l’on s’y attarde un peu pour lever toute ambiguïté.
      Trois niveaux pour répondre
      Le premier, celui de la rêverie féminine. Selon certaines études, une femme sur deux aurait ce « fantasme » au sens d’une petite élucubration personnelle où l’auteur est choisi parmi un homme en uniforme ou un sexe symbole quelconque. Cela peut aussi former un jeu avec leur partenaire.
      Deuxième niveau, celui de la pathologie hystérique dans laquelle des fabulations de viol vont surgir, la patiente pensant énoncer une vérité alors que ces formulations vont correspondre à des fantasmes inconscients anciens et refoulés en lien avec un désir de séduction orienté vers des figures paternelles le plus souvent. C’est une façon inconsciente de se placer comme objet du désir de l’autre, de façon masochiste. Mais à la différence d’une rêverie, cette idée va apparaître dans un premier temps comme une vérité aux femmes chez qui cela surgit, en lien souvent avec leur propre désir de séduction.
      Troisième plan, le plan juridique. Il est évidemment certain que celui-ci est radicalement différent des deux premiers. Et qu’un viol subi ne peut être fantasmé par quiconque. C’est une catastrophe physique et psychique pour la personne, homme ou femme, qui en est victime.

      Ta question a le mérite de faire préciser ces trois versants fort différents! J’espère avoir été suffisamment clair et concis pour ma part…

      • Kaori  

        Ok. Je situe à peu près. Mais où places-tu Ororo dans ce cas ?

        Peut-être que je ne connais pas assez bien le personnage, mais je n’ai jamais vu/perçu Ororo comme une femme ayant un fantasme de viol, de quelconque nature que ce soit, parce que je l’ai toujours vue comme « au-dessus de tout ça ».
        Je n’y vois pas une sexualité refoulée, j’y vois une indifférence. Les plaisirs de la chair ne l’intéressent pas. Peut-être qu’on peut aller à une phobie sexuelle, pourquoi pas, au vu de son traumatisme. Mais fantasme de viol inconscient, j’ai du mal.

        Je ne voudrais pas qu’on en vienne à dire que parce qu’elle aime être libre de tous vêtements, qu’elle voit comme une entrave, parce qu’elle est séduisante, parce qu’elle provoque un désir sexuel chez les hommes (et sans doute aussi les femmes), elle cherche inconsciemment à provoquer le viol…

        Moi je la vois comme une déesse en communion avec la Nature, qui rejette la médiocrité des hommes et qui associe certainement les plaisirs de la chair à une perversion.

        Peut-être que ma vision est tronquée parce que j’étais une personne totalement « innocente » à l’époque où je lisais les X-Men, mais quand même…

        Ton article amène réflexion en tout cas !

        • Bruce lit  

          parce qu’elle provoque un désir sexuel chez les hommes (et sans doute aussi les femmes)
          Les rumeurs persistantes veulent qu’Ororo ait eu une experience homosexuelle avec Yukio au Japon avant le mariage de Logan avec Mariko. Ce qui expliquerait que le lendemain elle adopte son look cuir / Punk. Une théorie que j’ai toujours trouvée aussi idiote qu’inutile.

          • OmacSpyder  

            @ Bruce : associer un tel changement à un épisode de relation sexuelle est en effet abusif pour le coup. C’est réduire la psychologie féminine à peu de choses alors que les méandres en sont autrement plus complexes ;)

          • Bruce lit  

            Oui….
            Je préfère me dire que le changement de style d’Ororo vient d’elle même.
            @Kaori : lorsque elle rentre aux Etats UNis, Kitty lui reproche son look et le fait d’avoir laissé crever ses plantes. C’est la période que j’aime moins. Franchement ce look Punk, c’est de la pose…D’autant plus que au moment de sa publication, le punk est mort depuis au moins 10 ans.

          • Kaori  

            Je me rappelle de cette période punk, je me rappelle qu’elle semblait perdue, il y avait un truc avec ses plantes, mais je ne m’en rappelle plus très bien. Il me semblait qu’elle avait vécu un traumatisme assez fort et que c’est ce qui l’avait amenée à changer radicalement. Aucun souvenir d’une quelconque relation avec le Japon… Mais tu en sais plus que moi à ce sujet !

          • Matt  

            C’est la meilleure période pour Storm je trouve au contraire. On s’en fout que le look soit punk et que le punk soit mort à l’époque. L’important c’est le changement (et on peut aussi voir ça comme un style gothique, et on en voit toujours des gothiques vêtus de noir avec la tête à moitié rasée)
            Mais je le disais, l’important c’est qu’elle change, elle devient plus humaine, plus femme, moins déesse, plus faillible, plus perdue aussi certes, mais elle se cherche, elle est descendue de son piédestal, et fera face ensuite à son humanité sans pouvoirs. Une période de déconstruction et de reconstruction du personnage que je trouve super^^

          • Matt  

            C’est là qu’elle tombe amoureuse, qu’on la voit fragilisée, qu’elle se sent vide et inutile sans ses pouvoirs, mais c’est là aussi qu’elle reprend confiance et apprend à exister sans ce qu’elle pensait indispensable (ses pouvoirs)
            Elle bat même Cyclope dans un duel sans ses pouvoirs et je trouve son évolution passionnante^^
            Avant ça et après ça, elle est une déesse machin sans émotions, et les auteurs ne s’intéressent plus à elle.

        • OmacSpyder  

          @ Kaori : Si tu fais comme je le pense référence à la légende sous la vignette, il y a en effet bel et bien un point d’interrogation entre phobie de l’acte sexuel et fantasme de viol.
          Avec l’épisode avec les Broods, celui avec Dracula, l’hypothèse selon laquelle le fantasme d’être « mordue », « pénétrée » contre son gré peut être envisagé.
          Qu’elle perçoive la sexualité génitale et le désir masculin comme une perversion montrerait bien pour le coup que sa vision, et sa crainte, est d’être réduite à un objet. D’être ensevelie sous le désir de l’autre, pourrait-on dire, en lien avec sa claustrophobie.
          En sachant suez la sexualité ne se réduit pas pour la vie psychique à la seule relation génitale. La sexualité est polymorphe! ( ça mériterait presque un petit article ça^^ )
          Donc l’innocence en soi n’existe pas. La sexualité est au coeur de l’être humain depuis tout petit, sous des allures différentes. Et Ororo n’échappe pas à ce principe, les séances avec le Dr Hivence visant justement à désenvelir ces pulsions et autres aspects psychiques refoulés…
          D’ailleurs l’évolution de Storm montrera que sa personnalité innocente cède à un moment à cette personnalité punk qui joue du couteau avec Callisto dans les tunnels, prenant dés lors un rôle plus actif, et de fait plus sexualisé.

          Mais l’idée de ces séances de Collants sur le Divan est en effet d’amener une réflexion sur ce qui anime profondément le personnage, et en quoi il fait écho à nos propres psychismes, les rendant ainsi aussi vivants!

          • Kaori  

            Je savais que j’accrocherais à tes rubriques ;-).

            En effet, ça se tient tout à fait.

            Merci pour ces précisions, j’ai lâché les X-men peu après la transformation d’Ororo, alors il est vrai que je n’ai pas assisté à l’évolution de son personnage (je n’ai lu ni la saga des Broods, ni l’épisode de Dracula).

            Donc oui, ça me va, j’adhère !

            En ce qui concerne le terme « fantasme de viol », tu l’as aussi mentionné à la fin de l’article, dans cette phrase :
            « Ororo Munroe semblait ainsi maintenue sur ce plan à une représentation infantile, sans pudeur mais avec un fantasme de viol très présent et l’envahissant occasionnellement lors de rencontres hasardeuses. »
            C’est le point qui m’avait hérissé et qu’il fallait que tu éclaires.

          • Kaori  

            Et un point en plus quand tu évoques nos propres psychismes…

  • Kaori  

    Vous êtes en train de me dire qu’il n’y a jamais eu d’explications claires sur la métamorphose d’Ororo ?? Sérieux ??
    Je rejoins le point de Bruce. J’étais attachée à la Ororo-déesse. Après, qu’elle change, ok, mais qu’au moins on connaisse la raison de son changement !

    • Matt  

      Elle est fascinée par Yukio et son côté libérée et un peu dingue lors du voyage au Japon.
      Il n’y a pas forcément de relation sexuelle mais elle regrette de manquer de spontanéité et de devoir toujours se maitriser car ses émotions influent sur ses pouvoirs.
      On peut donc en déduire qu’elle s’est toujours retenue de laisser libre court à ses désirs. Et ce changement, c’est une sorte de liberté qu’elle prend.

    • Matt  

      En fait vous n’aimez pas le changement avec Bruce^^
      Oui vous êtes attaché à Ororo déesse, et ça ne vous intéresse pas de la voir évoluer.
      Moi je trouve ça passionnant de la voir devenir plus humaine et perdue, faire face à des émotions nouvelles, apprendre à exister sans ses pouvoirs.

      • Kaori  

        Non, je ne suis pas forcément opposée au changement, tant qu’il y a une explication qui tient la route derrière ;-). Bon ok. C’est vrai que je n’aime pas le changement. Mais je peux l’accepter si ça tient la route et que le personnage retrouve son essence après. Voilà.

        Et je préfère ton explication plutôt que « elle a couché avec une femme et ça l’a transformée ! » lol.
        Mais quand même, ça reste léger. Je m’attendais à un truc plus profond…

        • Matt  

          Il n’y a rien dans le comics qui indique qu’elle ait couché avec Yukio. Surement une théorie de fans.
          Par contre elle s’interroge beaucoup sur sa façon d’agir et se remet en question dans ces épisodes au Japon.
          Moi j’aime bien ce changement pas forcément pour le look mais juste parce qu’ensuite elle est davantage développée en tant que personnage. Elle a des doutes, des désirs, des fragilités, elle perd puis retrouve confiance, elle s’impose comme chef sans pouvoirs, etc.

          • Kaori  

            Oui, je comprends que ça t’ait plu. Bon, après, je suis une Team Cyclope, donc forcément, le développement d’Ororo en tant que leader à la place de Cyke, c’est pas ce que je préfère ;). Ceci explique sûrement pourquoi je n’ai quasiment aucun souvenir de cette histoire de Japon…

            Mais je comprends que voir l’évolution d’un personnage passé de déesse à humaine puisse être passionnant à lire :-).

          • Eddy Vanleffe....  

            Team Ororo de ce côté…
            j’ai toujours aimé l’épisode où Ororo met une tôle à l’autre handicapé des émotion et cela sans pouvoirs…
            bon, il paraît qu’il était manipulé mais c’étit une pure retcon qui’il est facile de retconner à son tour… ^^
            le lesbianisme d’Ororo est tout à fait voulu par Claremont qui s’est fait balayer par l’homophobe Jim Shooter…
            d’où le pas d’explications à l’époque et l’oublie depuis…
            C’est comme pour les vraies origines de Diablo dont les parents au départ devaient être Destinée (maman) et Mystique transformée en homme pour l’occasion (papa-maman) et aurait pû être le premier exemple d’homoparentalité…
            finalement ce sera le couple Appolo/Midnighter en temps que parents de la nouvelle Jenny Quantum au moins….20 ans plus tard…

          • Bruce lit  

            Rahha….
            Le manque de temps, encore et toujours fait que je n’ai pas le temps de me faire comprendre.
            Je ne suis pas contre le changement de Storm, bien au contraire. J’aime beaucoup le duel Cyke / Storm qui, à ce stade, font armes égales en terme de froideur et de frustration contenue. Je dis juste que, physiquement, je n’aime pas Ororo avec ce look. ça ne va pas plus loin.

          • Matt  

            @Bruce : bah moi si^^ J’ai même une figurine de ce look.

          • Bruce lit  

            Anthony aussi, il nous les montre sur FB.

  • Kaori  

    @Eddy : Midnighter papa, c’est marrant, je l’aurais pas imaginé !! Va falloir que j’aille fouiller ça :-)

    Concernant Diablo, il y a un grand blanc dans ma culture. Je me rappelerai toujours de ce twist lancé par Mystique « demande à ta mère, Magaly « je sais plus quoi » » ou un truc du genre, et au final je n’ai jamais eu la réponse.

    Enfin : « l’autre handicapé des émotions »…
    RAH !! Je m’abstiendrai de tout autre commentaire à ce sujet. Mais je pourrais sortir le 10000000 tonnes rien que pour ces mots !

    • Eddy Vanleffe....  

      J’ai fait exprès :)
      Je suis un vilain fan de Storm.

  • OmacSpyder  

    @ Kaori :
     » Et un point en plus quand tu évoques nos propres psychismes… »
    Voilà! Et nos réactions ici éclairent nos propres psychismes en effet! Selon chez quel personnage on se retrouve, ou quelle part de ce personnage et pas telle autre, à laquelle on n’y verra que du quartz rubis, ou tel changement nous parlera, ou parlera de ceux idéalisés que l’on ne parvient pas à mener soi, dans notre réalité. Et comme Ororo, de nos humeurs internes et comment elles transforment la météo extérieure telle qu’on la perçoit…

    Un point fondamental, donc ;)

    • Kaori  

      C’est pour ça que j’adore analyser la psychologie et l’histoire des personnages auxquels je tiens : ça me permet de trouver des « clés » et de voir à quel point je peux être « atteinte » ;-).

  • Kaori  

    @ Omac : décidément, tout est lié et tout se tient…

    • OmacSpyder  

      @Kaori : Il suffit en effet de suivre le (bon) guide! ;)

  • Matt  

    Apparemment ce serait au début une petite série de one shot centrés sur Storm. ça se passe avant Secret wars, plus ou moins conjointement avec la merveilleuse mort de Wolverine (ahem…). Logan est vivant dans les premiers épisodes, puis mort dans le 3 ou 4.
    Il y a 2 TPB VO pour 11 épisodes.
    Apparemment c’est plutôt bien noté au début. Plus mitigé à la fin.

    http://www.multiversitycomics.com/previews/theres-a-storm-coming-in-greg-pak-and-victor-ibanezs-storm-1-preview/

  • Matt  

    J’aime bien Storm, j’aime bien les one shot et les séries courtes, et j’aime bien Greg Pak. Donc forcément ça m’interpelle. Et je suis étonné que le lecteur tout terrain Présence ne connaisse pas (du moins, pas de commentaire sur la zone).
    Greg Pak c’est Magneto le testament, Planète Hulk, Red Skull incarné. Bon ok c’est aussi « world war hulk », mais franchement qui s’en sort bien avec les events de commande ?

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