Collants sur le divan # 3 : Magneto (Magneto chez le psy !)

Les Productions OMAC SPYDER présentent: 

Collants sur le divan : MAGNETO, par le Docteur Alex HIVENCE

1ere publication le 02/02/17- Mise à jour le 03/09/17

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© Marvel Comics

Nos super-héros préférés montrent des pouvoirs des plus surprenants. Mais imaginons un instant que ces pouvoirs ne soient au fond que l’expression symptomatique de leur fonctionnement psychique. Plus question de double identité mais de troubles de la personnalité ! Dans les moments où même eux sont dépassés par le retour du refoulé, ils se tournent alors vers un spécialiste de l’âme humaine : le Docteur Alex Hivence, psychologue psychanalyste, à même de déchiffrer leurs problèmes et de plonger dans leur inconscient pour en révéler les secrets. Quand il n’y a plus d’espoir, que leur trame s’emmêle, que leur personnalité s’égare, ils composent alors son numéro. Ces chroniques « Collants sur le Divan » en retracent l’histoire…

Notes du Docteur Alex HIVENCE :
Je suis amené à rencontrer depuis quelques temps une patiente, Lorna D. Son cas me fait penser à une monographie sur une étude de cas rédigée par un psychanalyste russe, Moshe Woolf [1] dans les années 1950 ; ce psychanalyste a exercé à Berlin avant d’ émigrer en Israël en 1933. Il y rencontre dans les années 1950 un jeune homme survivant des camps de concentration présentant un syndrome post-traumatique ainsi que des aspects de bipolarité.
Comptant sur sa lecture pour m’éclairer, je retrouve cet article rangé soigneusement dans ma bibliothèque :

« Un cas de bipolarité en lien avec le syndrome du survivant – tentative de retranscription des aspects de restauration psychique et notes sur les aspects transférentiels » Moshe WOOLF

L’étude suivante a pour but de retranscrire le traitement d’un patient, Erik Magnus Lehnsherr, jeune homme d’une vingtaine d’années, survivant de l’holocauste et du camp de concentration Auschwitz. Il rapporte avoir été affecté aux SonderKommando. Ces prisonniers des camps de concentration se voyaient confier une tâche particulière qui consistait à accompagner les victimes dans les chambres à gaz. Il étaient chargés ensuite d’en sortir les corps. Ils devaient raser les cheveux des femme, prendre les bijoux et dents en or. Ils devaient jeter les corps dans les fosses communes ou, visiblement ultérieurement, les brûler sur des bûchers ou dans des fours crématoires.

Le patient est venu spontanément me rencontrer à son arrivée en Israël en m’adressant un courrier préalable. Il m’indique souffrir de cauchemars récurrents et d’un état de confusion survenant à plusieurs occasions, pouvant s’apparenter à des états psychotiques avec délires paranoïaques mais aussi des moments psychasthéniques (perte d’élan vital) et dépressifs. Le syndrome post-traumatique est associé à un sentiment de culpabilité et à des manifestations récurrentes d’irritabilité. Le temps dans les propos s’est définitivement figé, suspendu à l’époque des grandes souffrances. La relation transférentielle avec le thérapeute s’installe sur un mode particulier, à la fois très proche, voire dépendant, et défensif, pouvant confondre l’image de celui qui tente de lui apporter une aide à celle d’un bourreau potentiel.

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© Marvel Comics

De plus, ce patient présente des manifestations pulsionnelles à la fois potentiellement destructrices mais aussi étonnamment attractives. On pourrait qualifier ce patient de magnétique. Voici quelques retranscriptions de séances afin d’apporter ma pierre à l’édifice.

Extrait de séance 1

MW : « Bonjour, Herr Lehnsherr, installez-vous je vous prie.
EML : Bonjour Herr Doktor. Je ne sais pas trop ce que je fais ici, à vrai dire. Comme je vous l’écrivais lorsque j’ai pris contact avec vous, je fais des cauchemars, récurrents, qui m’empêchent de dormir ; je me réveille souvent en pleine nuit, en sueur, comme fiévreux, avec des images qui me hantent. Vous êtes le Président de la Société Psychanalytique d’Israël, un ami m’a parlé de vous, je vous ai pensé à même de m’aider.
MW: Oui, c’est en effet ce que vous m’écriviez. Je vous ai répondu que je pouvais vous recevoir à mon cabinet.
Après quelques échanges biographiques pendant lesquels mon nouveau patient m’apprend son terrible parcours, je reviens sur le symptôme saillant, à savoir : les cauchemars.

MW : Parlez-moi si vous voulez bien Herr Lenhsherr de ces cauchemars récurrents.
EML : Ce sont davantage des souvenirs que des rêves, hélas! Je ne cesse de voir des gens qui brûlent, des gens qui meurent. Et je vois leurs regards, j’entends leurs voix, même après que je sois réveillé. Ce sont des fantômes, Docteur. Ils m’appellent je pense car je suis l’un des leurs…
MW : Comment cela, l’un des leurs?
EML : Oui, je suis mort moi aussi. Je suis mort avec eux, ou je devrais l’être. Et pourtant j’erre encore ici.
MW : Pouvez-vous me relater ce rêve, Herr Lenhsherr?
EML : Dans mon rêve, je vois des morts brûler et me demander de les sauver. Je sens l’odeur âcre de la fumée, j’entends leurs cris… C’est insupportable! Il y aussi un rêve récurrent où je vois ma fille Anya apparaître soudainement à mon chevet, elle me prend par le bras et me dit : « Père, ne vois-tu pas que je brûle? » Et je me réveille en sursaut et trempé de sueur. Que peut bien vouloir dire ce rêve, Herr Doktor, vous qui lisez dans les pensées? Est-ce là l’expression d’un désir, comme l’écrit votre mentor, l’inventeur de votre théorie? Ai-je si envie que cela de voir encore et encore ma fille brûler sous mes yeux?!

Père ne vois-tu pas que je brûle? Rêve et réalité pour un même cauchemar

Père ne vois-tu pas que je brûle?
Rêve et réalité pour un même cauchemar © Marvel Comics

MW : Ne vous mettez pas dans cet état, je vous prie. Je ne suis pas là pour vous nuire, mais pour vous aider. Voyons, si je comprends bien votre rêve selon les nouvelles théories de la psychanalyse [2], nous pourrions en conclure que vous désirez en fait toujours voir votre fille vivante et vous avertir de ce qui lui arrive afin que vous la sauviez. Mais ce rêve vous évoque une situation traumatisante par ailleurs, comme tous ces gens que vous avez vus…disparaître dans les flammes.Vous ne pouvez donc pas continuer votre rêve, d’où votre réveil brutal, le rêve rejoignant une réalité trop insupportable, intolérable pour votre Moi.
EML : Vous paraissez bien avoir quelques réponses à apporter à mes maux, Doktor. Votre science m’attire. Mais la mort m’a attrapé depuis si longtemps… Et je marche parmi les morts…

Rencontre avec la mort, le Réel à l'état brut : l'origine du syndrome post-traumatique Ou Lorsque Max meurt, Erik survit

Rencontre avec la mort, le Réel à l’état brut : l’origine du syndrome post-traumatique.
Ou Lorsque Max meurt, Erik survit. © Marvel Comics

MW : A quoi vous êtes-vous raccroché depuis ce temps, Herr Lehnsherr, pour ne pas être compté parmi ces morts?
EML : … A l’amour.
MW : Vous n’êtes donc pas encore mort, cher Monsieur, si vous avez réussi à vous accrocher à des sentiments amoureux. Et aujourd’hui, où est cette personne?
EML : Magda. Elle s’appelait Magda. Lorsque je vous entends la nommer « personne », j’entends les soldats nazis nous appeler « Fremdrassig »[3]: ceux de « race » étrangère, juif ou tzignane. Nous n’étions personne, des rebuts pour eux, des « Arbeitsstück » : des instruments de travail. Nous peinions parfois à nous souvenir de nos noms, de notre identité. Mais de l’autre côté des barbelés de métal, il y avait Magda. Je serais sans doute mort, réellement mort, si elle n’avait pas été là.

Au-delà du fer barbelé : pulsions de vie et d'attraction

Au-delà du fer barbelé : pulsions de vie et d’attraction© Marvel Comics

MW : Je comprends que votre identité ait été anéantie lors de cette période horrible et déshumanisante. Et fort heureusement vous avez réussi à vous raccrocher à… quelqu’un, donc. Quelqu’un qui a compté manifestement. Pouvez-vous me dire ce qu’est devenue Magda, à présent?
EML : Elle est partie. Elle a vu le monstre en moi. Et elle a raison, je suis un monstre. Comment aurait-elle pu vouloir rester avec moi? « Hau Ab! »
MW : Que voulez-vous dire?
EML : « Hau Ab! », c’est ainsi que les soldats nous parlaient, pour nous dire d' »aller au diable », lorsqu’ils nous traitaient de « Arbeitsscheu », de tire-au flanc. On risquait d’aller rapidement dans les chambres à gaz, alors. Je pense que c’est en enfer qu’elle m’a envoyé…
MW : Que s’est-il passé, Herr Lehnsherr?
EML : Je n’ai pas seulement été incapable de sauver mes parents et mon frère, j’ai aussi été incapable de sauver ma fille des flammes. L’enfer, je vous disais… »

La séance s’est poursuivie encore un instant afin de tenter de restaurer psychiquement mon patient avant d’arrêter la première séance. Je craignais que des pulsions suicidaires apparaissent de façon incontrôlable après l’évocation de ces éléments. Herr Lehnsherr présentait un traumatisme massif, le Moi de mon patient sembla lors des séances suivantes être assaili par l’immensité des souvenirs traumatisants. Je ne voulais pas provoquer par une trop importante réactivation une répétition du caractère traumatique de l’expérience. Aussi m’évertuais-je,dès le départ intuitivement puis ensuite de façon plus consciente, à limiter les évocations traumatiques et à les entourer d’une enveloppe psychique contenante, de restauration de l’image de soi.Je visais un renforcement du Moi afin que celui-ci soit en mesure de subsister face aux évocations et aux retours sous formes d’images traumatiques intempestives.

En effet, il apparaissait chez Erik Lenhsherr une dualité, une bipolarité, qui amenait son esprit à se dédoubler pour libérer des pulsions hostiles, agressives. Je visais un rassemblement de ces deux parties qui semblaient se repousser aussi certainement que deux côtés positifs d’un aimant. En même temps que mon patient pleurait ses disparus, il montrait parfois une agressivité à leur égard ; l’être aimé devenait secrètement haï, son esprit formant des spectres issus de sa propre hostilité refoulée. Ces choix thérapeutiques semblèrent porter leurs fruits. Je vous en propose quelques extraits retranscrits afin de tenter d’avancer dans notre pratique.

Extrait de séance 4

MW : Parlez-moi de ce double dont vous me parliez l’autre fois.
EML : Connaissez-vous la légende du Golem, Herr Doktor? J’imagine que oui. Mais reparlons-en ensemble, si vous le voulez bien. Le golem, cette figure d’argile légendaire que les juifs ont pu invoquer lorsqu’ils étaient en grand danger. J’aurais voulu pouvoir créer ce golem, un être suffisamment puissant pour anéantir ces nazis qui nous exterminaient. Je m’endormais souvent en imaginant que je créais un tel golem en utilisant leurs armes et leurs casques de métal, une créature de métal qui les aurait balayés! Il aurait été une sorte de double vengeur.
MW : Votre désir de vengeance vous apaisait donc quelque peu lorsque vous vous endormiez?
EML : Oui, comme vous me l’avez formulé à différentes reprises, il fallait que je m’accroche, à Magda, d’abord, mais aussi à cette idée.
MW : Vous vous rendez compte j’imagine que ce sont deux pulsions différentes, le sentiment amoureux de votre adolescence et ce désir de vengeance?
EML : Il me fallait au moins ces deux piliers pour tenir, comme deux forces me permettant de l’éviter…
MW : Léviter?
EML : L’éviter, éviter la mort. Deux forces oui, opposées mais complémentaires. Une pour chaque part qui grandissait en mon for intérieur. Une part d’espoir et une part monstrueuse, une part d’amour et une part de mort. Je pense que c’est ce monstre qu’a vu Magda lorsqu’elle a fui. Car le monstre est toujours là, quelque part, prêt à surgir comme mes cauchemars.
MW : Mais auparavant, qu’a-t-elle vu en vous, selon vous?
EML : Juste un garçon.
MW : Ou un garçon juste, un Juste.
EML : J’étais faible mais parfois je sentais une force en moi se soulever et déborder. Je ne m’explique toujours pas comment j’ai pu lancer ce javelot aussi loin. Vous vous souvenez de ce que je vous ai raconté?
MW : Bien sûr! Cette compétition sportive que vous avez remportée en lançant, sous le regard de Magda, un javelot plus loin que vous ne l’auriez rêvé. Vous avez réussi à dépasser tous les autres qui vous molestaient régulièrement et là, soudainement, vous les avez dépassés, vous leur avez été supérieur. Brillant!
EML : Oui, supérieur! Comme si j’avais été capable de propulser ce javelot avec une force surnaturelle juste ce jour-ci. Ce javelot étincelant comme un trait de métal pourfendant l’air… J’étais si fier que j’ai réitéré même avec la menace qui planait sur moi. Je ne pouvais pas me cacher cette fois-ci.

Le javelot, phallus de métal La séduction magnétique

Le javelot, phallus de métal : La séduction magnétique © Marvel Comics

MW : Mais ce n’est pas seulement cette…force que vous lui avez montrée. Vous m’avez relaté aussi d’autres aspects…
EML : Oui, le cadeau. C’est un cadeau que je lui avais confectionné, grâce à ce que mon père Jacob m’avait enseigné. Mon père était un homme bien, un homme droit, humble et plein d’espoir en l’humanité. Il avait confiance en l’Homme, il pensait que ça allait leur passer, qu’ils sauraient s’arrêter à temps. Il avait déjà vécu une guerre et ses atrocités, il pensait que ça ne se répèterait jamais. Je me souviens de ses mots lorsque j’ai tenté de me, de nous défendre : « Règle numéro 1 : Riposte, et ils te tueront ». Je n’ai rien fait, ils les ont tués quand même!. Et mon père s’est fait écraser sous le poids de cette machine de fer qu’est le nazisme.

Le métal qui échappe des mains: La défaillance du père ou comment Max reprend le flambeau paternel © Marvel Comics

MW : « Qu’était » le nazisme…
EML : Ah! Vous faîtes partie de ceux qui croient que le nazisme a disparu après la guerre. Les monstres ne disparaissent pas, ils se cachent, ils se terrent, en attendant de resurgir au moment le plus opportun.
MW : De qui parlez-vous ici, cher Monsieur Lenhsherr?
EML : Des monstres en chacun! Et oui, seul un monstre peut en abattre d’autres parfois…
MW : Mais revenons-en au présent si vous voulez bien…

L'offrande faite à Magda : quand le fer pare la chair... Ou : Le métal comme un don?

L’offrande faite à Magda : quand le fer pare la chair…
Ou : Le métal comme un don? © Marvel Comics

EML : C’est toujours d’actualité!
MW : Excusez-moi, je voulais parler du cadeau, ce don que vous aviez fait à Magda.
EML : Si vous voulez. Je lui ai donné un bijou que j’avais confectionné avec des bouts de métal. Ce métal, c’est comme s’il me parlait parfois. Je suis parfois plus à l’aise avec ce métal froid qu’avec la chair.
MW : Êtes-vous plus à l’aise avec le métal ou est-ce que la chair vous paraît…faible? Là où le métal vous semblerait, disons, fort?

Ce qui reste lorsque la chair a quitté les os : le métal Ou Le traumatisme de la néantisation

Ce qui reste lorsque la chair a quitté les os : le métal
Ou Le traumatisme de la néantisation © Marvel Comics

EML : Oui, Herr Doktor. La chair brûle, trahit, est vulnérable… Je l’ai vue brûler tant et tant de fois tandis que le métal des armes brillait devant le feu. Le métal, c’est ce qui reste quand la chair a disparu dans le feu de l’enfer. Et c’est d’ailleurs le métal de l’or que je récupérais qui a sauvé Magda. Vous voyez, on peut avoir confiance dans le métal, pas dans la chair qui est, faible, corruptible.

Le métal qui permet de négocier aves les monstres Ou le métal qui protège?

Le métal qui permet de négocier aves les monstres
Ou le métal qui protège? © Marvel Comics

MW : A cette époque de votre vie sans doute cela vous a-t-il permis de survivre, en effet. Vous avez été ingénieux, cher Herr Lenhsherr. Mais c’était une période tragique, abominable, qui vous a amené à vous adapter pour survivre.
EML : Je ne pense pas que tout ceci soit réellement terminé. Je pense comme beaucoup d’autres ayant vécu l’Holocauste que plus rien ne sera comme avant. Que ce qui est sorti de l’âme humaine ne rentrera plus jamais. Ce que j’ai traversé ensuite en est une preuve! L’homme n’a de cesse de causer la perte de celui qu’il ne voit pas comme son semblable. Ma femme m’a quitté, ma fille Anya en est morte!!… Vous ne vous sentez pas bien, Herr Docktor?
MW : Oh, excusez-moi, juste un ancien plombage qui se rappelle à moi.
EML : Oui, vous voyez, la rage dedans, ça ne quitte jamais vraiment…

La séance s’est interrompue juste après que je lui ai signifié que l’on pouvait se faire arracher ce qui blessait encore à l’intérieur. Il a souri en me regardant de son regard bleu acier, puis est parti. Erik Lenhsherr montre une propension à ramener inéluctablement les évènements à une sorte de présent permanent, figé, comme si une force magnétique l’y attirait. Lorsque j’ai tenté de porter son attention sur des éléments positifs, comme le cadeau fait à Magda ou sa capacité de résilience comme éléments vecteurs de vie, il apparaît comme une attraction vers son pôle inverse : la force et la rage destructrice, contre la compassion et la vie. Je tente de maintenir mon patient du côté de la pulsion de vie, mais je rencontre une résistance caractérielle.

Je perçois aussi l’impact négatif qu’a eu sur mon patient l’échec de sa tentative de reconstruction d’une famille, ce qui semblait correspondre à une forme de résilience supplémentaire. La reconstruction d’une famille d’adoption serait susceptible de permettre une stabilité nouvelle chez Erik Lenhsherr. Il reste à voir quelle forme celle-ci prendra. Il pourrait être opportun que le travail thérapeutique que je mène avec lui oriente cette question sans doute cruciale et qui semble articulée à ses symptômes. Je devrai aussi veiller à ce que les décharges comportementales qui surgissent lors des séances puissent demeurer contenues. Erik Lenhsherr montre en effet des décharges émotionnelles intempestives et douloureuses ainsi qu’une rage vengeresse avec un état dépressif secondaire. Cela pourrait le conduire à des conduites dangereuses. Vu ce que ses épreuves ont détruit de la relation aux autres, je dois veiller à maintenir un lien de « confiance de base » thérapeute-patient satisfaisant.

Extrait de séance 7

EML : Je fais toujours des cauchemars, Herr Doktor. J’entends les Genickschuss, le bruit des tirs derrière la nuque en pleine nuit devant le block 11, je sens l’odeur de la chair qui brûle dans les Krematorium. Par contre, je ne vois plus Anya à mon chevet, elle semble partie. Mais je passe une partie de mes nuits à écrire mes pensées et mes projets, comme vous me l’avez conseillé. Je me rendors quelques temps après.
MW : Parlez-moi de votre fille alors, maintenant qu’elle ne vous hante plus.
EML : Ma fille était mon espoir, ma lumière… Mon talisman. J’avais l’occasion avec elle et ma chère Magda de recommencer à zéro. J’avais de nouveau une famille. Je voulais qu’elle échappe à ce que j’avais traversé, le chaos et la rapidité de la vie.

La famille reconstruite comme tentative d'auto-thérapue ou l'image idéale contre l'horreur absolue

La famille reconstruite comme tentative d’auto-thérapie
ou l’image idéale contre l’horreur absolue © Marvel Comics

MW : Le chaos, je vois oui. La rapidité, que voulez-vous dire?
EML : Le temps n’a plus la même consistance pour moi. Il est à la fois figé et en même temps c’est comme si les autres étaient figés autour de moi. Je pense que le chaos et la rapidité sont désormais mes enfants.

Une voiture passa dans la rue avec un bruit de moteur crachant comme des rafales de mitraillettes. Mon patient se leva soudainement du divan et mit à la fois une main face à son visage et une main face à lui-même, bras tendu, comme pour arrêter des objets que lui seul pouvait voir. Il était là, l’espace d’un instant, debout, figé, et je voyais comme une aura irradier de cet homme à la fois sûr de lui dans ce geste puissant et à la fois tel un enfant traumatisé repoussant un invisible assaut.Je repris la parole.

Résilience magnétique : comment passer outre la mort Ou Max meurt, Erik demeure

Résilience magnétique : comment passer outre la mort
Ou Max meurt, Erik demeure © Marvel Comics

MW : Ce n’est qu’un moteur qui pétarade, rien de plus.
EML (en s’asseyant à nouveau, tenant la tête dans ses mains) : Oui, ce n’est que ça. Rien que ça.
MW : Il est normal cher Monsieur Lenhsherr que vous ayez ces réactions intempestives. Vous revenez de la mort. Votre souffrance est à fleur de peau, elle électrise tous vos gestes, vos pensées, comme une force naturelle irrépressible. Vous devez lutter. Je sais que je vous demande beaucoup, mais vous devez lutter encore. Et vous n’êtes pas seul. Il y en a d’autres comme vous.
EML : Oui, j’espère qu’il y en a comme moi. Nous pourrons alors nous rassembler, être plus forts…
MW : Et vous soutenir. J’ai une proposition à vous faire, Herr Lenhsherr : j’ai un confrère et ami, Herr Doktor Shomron qui dirige un hôpital psychiatrique près d’Haïfa. Il recherche des personnes volontaires comme infirmiers auprès de patients qui ont subi des atrocités telles que celles que vous avez traversées. Je pense que vous pourriez y apporter votre aide et continuer d’en trouver une qui vous serait utile pour la suite.
EML : Entendu. Alors dîtes-lui que vous lui envoyez quelqu’un du nom de Magnus.
MW : Comment cela?
EML : Je serai désormais Magnus. Max est mort à Auschwitz, Erik est mort avec Anya, désormais il restera Magnus. Pas Maximus, Magnus sera amplement suffisant.

Max est mort, Erik est mort Vive Magnus! Ou la reconstruction identitaire par le Nom

Max est mort, Erik est mort Vive Magnus!
Ou la reconstruction identitaire par le Nom © Marvel Comics

J’adressai mon patient à mon confrère. Je pensais désormais que retrouver une famille à aider aiderait aussi ‘Magnus’ à se reconstruire lui-même. La tentative thérapeutique auprès de mon patient fut ardue. Cette force en lui et à la fois cette attraction vers le néant demeurent présents. Sa bipolarité n’est certes pas résolue, mais le syndrome post-traumatique paraît atténué. Il demeure un risque de décharges anxieuses pouvant engendrer un sentiment de persécution, allant jusqu’à une prophétie du malheur. La relation s’est établie en transfert négatif. Erik Lenhsherr a oscillé pendant toute la thérapie entre le fait de se percevoir comme dépendant de moi ou comme se percevoir comme ma victime, m’imaginant comme un bourreau. Là encore, deux pôles distincts mais complémentaires chez ce patient. Le changement d’identité paraît former un élément de résilience, Erik Lenhsherr m’ayant expliqué avoir abandonné l’identité de Max L. avant d’endosser celle de Magnus à la fin du traitement. Il apparaît ici à la fois des éléments de l’ordre d’un trouble identitaire propre aux névroses traumatiques mais aussi une sorte de mue identitaire permettant la survie psychique par un réaménagement de l’identité. Il reste à voir la portée de ce clivage et si ce processus a ici trouvé son issue ou s’il va se poursuivre de façon pathologique. Apporter son aide auprès de patients ayant traversé des épreuves que peu peuvent comprendre, et que très peu sont à même de se représenter formera une suite au traitement dont il a pu bénéficier ici. Si je peux, je tenterai de correspondre avec lui afin de suivre son évolution et continuer d’éclairer quelles forces peuvent animer un homme qui a traversé l’Holocauste, et qui est déjà mort deux fois.

Docteur Alex HIVENCE : Je refermai cette monographie. Il fallait que je réfléchisse à tout ce qu’elle impliquait. Peu d’études existaient sur ce sujet. Je subodorais que je pourrai en tirer aussi un enseignement pour aider une de mes nouvelles patientes semblant souffrir de troubles d’agitation dont l’origine pouvait être transgénérationnelle. Cette patiente nouvellement arrivée s’était présentée comme fille d’un survivant de l’Holocauste. Etait-ce un mythe ou une réalité? J’ouvris mon tiroir et repris mes quelques notes préliminaires sur Wanda M.

La guérison par les rencontres ou Une question d'attraction

La guérison par les rencontres ou une question d’attraction © Marvel Comics

1. Moshe Woolf est un psychanalyste né en 1878 en Russie, qui a fait ses études en psychiatrie à Berlin en 1900 avant d’émigrer à Tel-Aviv en 1933.
2. Le langage des camps était utilisé de façon spécifique pour chaque camp qui créait une langue, façon d’asservir et de réduire l’humain à l’objet et de neutraliser le caractère abominable des actes commis en utilisant l’humour noir. Une référence à cette langue du camp d’Auschwitz existe ici:
3. « Le rêve de l’enfant qui brûle » est un rêve étudié par Freud dans le désormais célèbre Traumdeutung : l’interprétation des rêves (1900).

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La BO du jour : La vie de Magneto est un cauchemar chanté par des hommes de Metal adeptes de Mort Magnétique.

21 comments

  • Bruce lit  

    Et 1, et 2, et 3-0 !
    Comme les Figure Replay, chaque épisode de Collant sur Divan est meilleur que le précédent qui….datait d’il y a 15 jours ! Bravo pour avoir tenu cette Deadline fine comme une couche de glace 🙂
    Encore une fois je suis soufflé : tu as réussi à capter l’essence du jeune Erik. Marvel devrait t’embaucher : tu écris mieux ses Xmen qui les X-nazes à la tache(ron) actuellement.
    Je vois que tu as bcp utilisé Magneto Testament que je trouve magnifique (et que je rediffuse du coup demain). Je ne comprends pas pourquoi Claremont a fait la moue car c’est un album admirable de bout en bout.
    La scène du javelot m’avait moi aussi enchanté. Quant au parallèle au métal qui résiste au feu concentrationnaire, c’est tellement évident que je n’y avais pas pensé.

    J’ai toujours aimé Magneto. C’est un personnage fascinant, même si une fois du côté des bons, il m’ennuie beaucoup. Outre sa résilience à surmonter ses cauchemars, c’est un type qui a eu suffisamment de résilience pour tenter d’adopter un autre point de vue que le sien : celui de Charles Xavier. Qui peut se targuer, même dans la vie réelle de cette démarche ?

    Tu aimes le concept de résilience au fait ? Je trouve que cyrulnik a beaucoup écrit là dessus et le peu que j’en sais me fait un peu peur. C’est vendu un peu comme un pouvoir secret nous rendant supérieur aux autres. Maus nous montre au contraire à quel point la résilience peut permettre à un individu de surmonter une épreuve en flinguant la vie de ses enfants. Tiens ! exactement comme les enfants de Magnus !

    Je ne connaissais pas Moshe Woolf. Je vais m’y intéresser !
    Merci Ant, Omac !

    • OmacSpyder  

      Merci Bruce pour tes encouragements!
      C’est vrai que Testament et le récit de Vignettes m’ont permis d’approcher le personnage à la source. Il ne restait qu’au Docteur Moshe Woolf à suivre le fil du parcours de Magnus. Testament apporte un éclairage très intéressant sur ce qui fonde Erik Lehnsherr.
      Le concept de résilience, pour avoir entendu Cyrulnik en parler, est avant tout une notion qui a permis de considérer que des enfants traumatisés par des guerres n’étaient pas, comme on pouvait le penser alors, perdus. Après en effet c’est une notion qui n’éclaire pas complètement l’aspect psychodynamique en jeu chez chacun. Elle éclaire le fait qu’entre les événements et l’effet il existe une part de choix du sujet. Quant à ce qui fonde ces choix, c’est la psychanalyse et ses concepts qui peuvent y travailler. En fait, c’est notamment une question de rencontre cette affaire-là. Et comme tu le soulignes, il ne faut pas négliger le coût (psychique) à long terme de cette résilience. Un travail sur soi permet d’éviter une inflation de ce coût! Bref, c’est une question de pôles quelque part. Et la résilience de Magnus s’appuie sur deux pôles fondamentaux : un versant défensif confinant à la répétition et un versant dépressif provoquant des effondrements mais aussi des moments de lucidité.

  • Présence  

    Passionnant de bout en bout, avec un réel suspense dans l’analyse menée par Moshe Woolf. Même en connaissant l’histoire personnelle de Magneto, je me demandais comment certains éléments allaient être intégrés à l’analyse et comment ils allaient être interprétés. J’ai également beaucoup apprécié le fait que cet article prenne son temps pour pouvoir observer et constater les réactions d’Erik Magnus Lehnsherr.

    Au fil des paragraphes, quelques phrases sont ressorties avec plus d’intensité. Je suis assez fier de moi d’avoir repéré le jeu de mots du premier coup (je sais il m’en faut peu) : la rage dedans, ça ne quitte jamais vraiment…

    La formulation « Ramener inéluctablement les évènements à une sorte de présent permanent, figé » m’évoque forcément le statu quo consubstantiel des (super)héros récurrents.

    Pas Maximus, Magnus sera amplement suffisant. – Une phrase très rigolote et très révélatrice de l’estime qu’Erik Magnus Lehnsherr éprouve pour lui même quand on songe au sens de ces mots. 🙂

    Le langage des camps – Je connaissais pas cette pratique participant à réduire les individus à des objets, aussi abjecte qu’efficace.

    Vivement le prochain à passer sur le divan.

    PS : je viens de finir le tome 2 de Scarlet Witch écrit par James Robinson. Il consacre l’épisode 8 à une séance sur le divan, pour reconstruire le personnage, avec une certaine finesse.

    • OmacSpyder  

      Thanks Présence! Une analyse est en effet une enquête intérieure. Ça s’applique ici aussi. Ravi que le fil qu’à suivi MW t’ait plu 🙂
      C’est bien vu pour la rage dedans/de dents. Est-ce la une manifestation du pouvoir de Magnus ou un élément du contre-transfert?

      J’aime bien ton association entre le présent figé et le statu quo des super-héros. C’est vrai qu’ils semblent atteints d’un mal similaire. Ici, le Docteur MW évoquait un aspect du traumatisme où l’esprit ne peut complètement intégrer les éléments traumatiques, amenant le patient à les revoir sans cesse et à toujours y revenir. Ça forme un élément inélaborable qui parasite la pensée. Un retour du réel qui empêche l’esprit de reprendre complètement le cours de son cheminement et de son histoire.
      Ton parallèle avec certains de nous super-héros est intéressant. Je pense qu’il renvoie à une immuabilité inconsciente du mythe qu’il forme.

      Max(imus) qui devient Magnus après être passé par le prénom de son frère mort : pas anodin en effet. Être le plus grand renvoie au fait de se comparer. Être grand tout court renvoie à une solitude mélancolique, autre versant de l’autre pôle paranoïaque de notre personnage.

      La langage des camps est en effet une méthode de déshumanisation efficace. Il suffit de manipuler les mots pour assujettir. Nommer l’autre et son environnement fournit une emprise totale au tortionnaire. L’effet du langage dans les tyrannies, politiques ou « locales » (entreprise etc.), est utilisé pour abolir toute résistance et asseoir une autorité indiscutable.

      Il faut que j’aille lire cet épisode de Scarlet Witch, d’autant plus que le Docteur Alex Hivence évoque un cas (à la fin de l’article) qui pourrait s’en rapprocher vraiment. .

      • Matt  

        J’ignorais l’existence de ce langage des camps.
        ça me fait penser à la novlangue de 1984 de George Orwell. J’avais déjà trouvé la manipulation du langage assez terrifiante dans ce bouquin.

  • Léo Vargas  

    Hello,
    Encore un énorme travail de recherche et de construction narrative…
    Aurais-tu fait des études des en psychologie ?

    • OmacSpyder  

      Merci pour le Doc, Leo.
      Oui, tu es un très bon détective! Je suis vraiment psy 😉

  • Vidicator  

    Je n’aurai jamais pensé que Erik Mangnus était bipolaire. Mais tu vends bien le truc. Je découvre cette rubrique et c’est génial.

  • OmacSpyder  

    Très content que tu découvres la rubrique et que ça te plaise! Il y a deux autres numéros tu sais 😉
    Magnétisme Bipolaire… vois-tu? 😉

  • JP Nguyen  

    Bravo OmacSpyder ! Pour reprendre l’analogie évoquée par Bruce, « Collants sur le Divan » met en scène les super-héros et je suis bien placé pour savoir que ce n’est pas une sinécure. Sauf que Figure Replay peut se permettre le nimportenawak avec l’excuse de l’humour, tandis que ta rubrique est plus cérébrale et se doit de coller (!) davantage à l’histoire éditoriale du personnage. Une nouvelle fois, tu t’en es sorti avec brio.

    Concernant Magneto Testament, c’est la révélation d’un nouveau nom (Max), qui vient après Erik… Magnus, qui devient un peu lourdingue. Un jour, on apprendra qu’il s’appelait en fait Scooby-Doo… Mais je dois porter au crédit de l’article de redonner un sens et une cohérence à tous ces renommages successifs.

    • Matt  

      Et puis c’est Max Eisenhardt aussi. Pas juste Max^^

    • OmacSpyder  

      Merci JP! C’est vrai que le Doc doit suivre une ligne éthique tandis que tu fais des blagues de choc! C’est gentil pour « le brio, je le remercie aussi, sans lui rien n’aurait été possible… » oups, je m’égare. Avec brio, oui! C’est ma résilience à moi 😉
      Pour les différents noms, ceux à qui on a enlevé une part d’eux-mêmes peuvent parfois changer leur identité pour survivre, et tenter de vivre à nouveau un peu. C’est un supplément d’âme en quelque sorte. Comme de nouveaux avatars pour se réaliser autrement. Ça ne vous évoque rien, virtuellement? Donc cette histoire de noms différents s’imbrique bien avec la trajectoire du Maître du Magnétisme…

  • Bruce lit  

    Je suis un peu déçu de l’argot des camps. En fait il s’agit de l’ensemble du vocabulaire employé en lieu et place d’argot. Concernant l’appellation « Musulman », je la connaissais. La définition serait : langage du camp, par dérision, désigne le juif fataliste, à bout de force, épuisé par le travail et qui a consommé toutes ses réserves (graisse et muscles). J’avais lu ailleurs (où, je sais plus) que par extension, ce mot désignait les prisonniers qui décidaient de se suicider sur les clôtures électroniques. Aussi fou que cela puisse paraître, le suicide était très mal vu dans les camps. Magneto Testament met en scène cette séquence dans le dernier épisode si je me souviens bien.

  • Tornado  

    Contrairement à Matt, j’adore les récits qui se focalisent sur les origines et je plébiscite la rétro-continuité quand cela corrige des anciens récits qui ont trop mal vieilli (comme Brubaker l’a fait sur Captain America et surtout sur le personnage de Bucky, qui était devenu vraiment trop ridicule avec 60 ans de recul).
    Par contre il faut que ce soit bien fait (comme Brubaker l’a fait, donc). Si c’est juste pour faire du buzz et de l’event, comme avec les origines de Wolverine, alors c’est la cata car le personnage se trouve vidé de sa substance, de son mythe.
    Toujours est-il que l’un de mes épisodes préférés d’Uncanny X-men est celui où l’on revient sur la première rencontre entre Magnéto & Xavier (Uncanny X-Men #161, je crois). Je l’avais découvert dans l’album LUG « Belasco » quand j’étais gamin, et c’est l’un de mes meilleurs souvenirs de la série. Il y avait ces passages vraiment tétanisants où Magneto rêvait de monstres SS. Je trouvais ça vraiment flippant à l’époque (l’idée a été reprise telle quelle dans une scène du film « Le Loup-garou de Londres » de John Landis, d’ailleurs !).

    Pour le coup, je n’ai pas franchement aimé « Magneto le testament ». Je trouve qu’en niant quasiment complètement le volet super-héros du récit, Greg Pak s’écarte trop de la mythologie de l’univers Marvel. Si c’est pour ne pas raconter un passage de cette mythologie, autant raconter une histoire sur un personnage normal ou imaginaire en dehors de la continuité Marvel, non ?

    Bon, sinon, beau boulot Mr le professeur ! 🙂

    • Matt  

      Réécrire les origines je ne suis pas contre. Il s’agit de rendre moins niais quelque chose qui a déjà été raconté.
      Mais par exemple pour Wolverine ce n’est pas une réécriture. On ne savait pas son passé, et je trouve que ça allait bien comme ça. Je n’aime pas que tous les mystères soient éclaircis. Cela détruit parfois l’aura du personnage. Et refaire la continuité juste pour la refaire c’est idiot aussi selon moi.

      Peut être qu’il faudrait que j’inaugure mon premier article négatif en molestant Thanos Rising. Pour moi un exemple parfait de récit complètement inutile qui vient briser le mythe du personnage. De la même manière, je pourrais dire pour ce récit que « Si c’est pour ne pas raconter un passage de cette mythologie, autant raconter une histoire sur un personnage normal ou imaginaire en dehors de la continuité Marvel, non ? »
      Parce que bon…une origin story ça sert bien à raconter le passé d’un personnage. Il y a forcément une part de continuité importante. Pas les mini détails de l’épisode 4 de l’anné XXXX. Mais si c’est pour raconter une histoire ultra clichée inspiré de n’importe quel serial killer humain pathétique avec un perso de l’envergure de Thanos et changer toute son histoire passée avec Dame Mort, autant raconter l’histoire d’un autre perso, non ? Chez Starlin, Thanos met l’univers à genoux pour obtenir un regard ou un simple mot de la mort sans jamais qu’elle ne daigne lui concéder l’un ou l’autre, toute son histoire est basée là dessus…et chez Aaron la mort devient une allumeuse hystérique qui déblatère plein de conneries et qui potentiellement n’existerait peut être même pas réellement. Ce serait comme dire que Fatalis était une vue de l’esprit de Reed Richards quand bien même plein d’autres personnages l’ont déjà vu aussi.

    • OmacSpyder  

      Merci Tornado Mais si tu lis bien l’analyse proposée par le Dr Moshe Woolf, les éléments du personnage sont bien présents dans Testament. Certes pas de façon tenue bariolée, mais l’essence du personnage : le rapport double au métal, l’attraction autour de la pulsion de vie et de mort, la volonté de fer de défendre ses semblables. La question du prix à payer. Tout ce qui rend Magnus magnétique au moins autant que son « pouvoir »… Ici, entre les lignes, nous avons un personnage qui ne peut être que Magneto avec sa singularité telle qu’elle se déploiera ensuite, mais qui parle aussi de l’universel.

      • Bruce lit  

        C’est justement cette double lecture qui fait à mon sens l’interêt de cette histoire : les origines de Magnéto méritaient elles d’être racontées ? Oui et l’album est au personnage ce que Weapon X fut à Logan ; une pierre angulaire incontournable désormais.
        Qu’il est possible d’aimer sans n’avoir jamais ouvert un comics de sa vie. Et sans vouloir lire du Xmen pendant 50 ans.
        Parce que de la même façon que Weapon X peut se résumer à un type qui s’échappe d’un laboratoire, Testament peut aussi se lire comme un récit sur la Shoah avec une pointe de surnaturel. Je n’ai que du bien à en dire.

  • Tornado  

    Je n’aime pas beaucoup la plupart des histoires racontées de manière naturaliste. Pour moi, « Testament », est une version naturaliste de Marvel. Du coup, ce n’est plus du Marvel. Alors c’est un peu ambigu car je n’aime pas le Marvel décomplexé, mais j’aime le Marvel adulte. Et donc j’aime quand même une certaine version de Marvel. Mais pour moi, « Testament », ça n’est plus du Marvel…
    Bon, j’ai conscience en écrivant cela que je cherche la petite bête, ce qui n’est pas souvent le cas en ce qui me concerne. D’habitude, j’ai des avis plus tranchés. Mais c’est vrai que lorsque j’ai lu cette mini, j’ai eu l’impression de ne pas lire du Magneto. Et c’est pourtant du Magnéto que je voulais lire…

    @Omac: J’ai bien lu l’analyse du toubib. C’est une analyse très intéressante. Mais mon ressenti (je n’ai pas encore relu Testament depuis tout ce temps) a été que tous ces éléments étaient sous exploités et que, surtout, l’atmosphère du récit manquait de parti-pris. Pour moi, sur le moment, Greg Pak manquait son équilibre entre réalité et fiction.

  • OmacSpyder  

    @ Bruce : le naturalisme déconnectable. L’histoire indépendante ou articulable selon l’envie, la pierre angulaire: clef de voûte de la structure psychique du personnage, j’adhère bien à l’idée!
    @ Tornado : avec le parti-pris difficile, je comprends ce sentiment d’avancer sur un fil ténu avec Testament. Mais c’est bien d’une mort dont on parle avec ce titre. Et ici, une mort, ça n’appelle pas de traitement super-héroïque.
    @ Bruce et Tornado: Ça y est, j’ai mes deux pôles! 😉

  • Jyrille  

    Je vais rejoindre Bruce et Présence en disant que cet article est impressionnant autant que passionné et intéressant. Je ne connaissais pas cette méthode de langage nazi, et de manière générale toutes les informations que tu condenses ici suffisent à expliquer pourquoi Claremont a permis d’élever le débat dans une bd censée n’être que divertissante. J’ai adoré la vision du métal comme repère solide comparé à la chair, et tous les éléments de langage que tu soulèves. Un vrai bel article, peut-être effectivement le meilleur de la série pour le moment.

  • OmacSpyder  

    Merci Jyrille!
    Un article un peu âpre certainement vu le sujet (la Shoah) et le sujet (Magnus). Comme un mini-traumatisme qui en évoque un massif, il demande sûrement à être « digéré ». Magnus est un personnage complexe qui montre une mélancolie et manifeste un sentiment de persécution paranoïaque, deux pôles de cette bipolarité engendrée par sa survie d’un traumatisme conséquent. Là réside son « magnétisme » : il est fascinant et terrifiant à la fois, victime et bourreau. Ici Magnus montre en quoi tous les éléments qui formeront Magneto et son évolution sont prêts dès sa rencontre avec Xavier. Et le métal, comme tu le rappelles, est un élément intégré à sa perception du monde. Il forme sa résilience, pour le meilleur et pour le pire…

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