Collants sur le divan : Bobby « Iceman » Drake

Les Productions OMAC SPYDER présentent: 

Collants sur le divan : Bobby « Iceman » Drake : un cas d’inhibition névrotique
Par le Docteur Alex HIVENCE

1ère publication le 16/12/17- Mise à jour le 18/07/18

Tous les scans ©Marvel comics

Nos super-héros préférés montrent des pouvoirs des plus surprenants. Mais imaginons un instant que ces pouvoirs ne soient au fond que l’expression symptomatique de leur fonctionnement psychique. Plus question de double identité mais de troubles de la personnalité! Dans les moments où même eux sont dépassés par le retour du refoulé, ils se tournent alors vers un spécialiste de l’âme humaine : le Docteur Alex Hivence, psychologue psychanalyste, à même de déchiffrer leurs problèmes et de plonger dans leur inconscient pour en révéler les secrets. Quand il n’y a plus d’espoir, que leur trame s’emmêle, que leur personnalité s’égare, ils composent alors son numéro. Ces chroniques « Collants sur le Divan » en retracent l’histoire…

Le cas Bobby Drake Le ralentissement vital Le corps de cristal

Le cas Bobby Drake
Le ralentissement vital
Le corps de cristal ©Marvel comics

Je regardais avec nonchalance les glaçons fondre dans mon verre vide. Installé sur un transat sous un soleil de plomb, l’ombre du parasol ne les protégeait plus. J’observais dans une tiède rêverie leur lente déliquescence en profitant des derniers instants de mon week-end prolongé. A côté, un livre que j’avais emporté : « Inhibition, symptôme, angoisse », un classique de S.Freud. Je pensais à mes notes pour une prochaine intervention. Au fond, le froid et l’inhibition procédaient de la même dynamique : un ralentissement de l’élan vital, pour l’un : celui des molécules, pour l’autre : celui de la vie psychique du Moi et des pulsions… Ma rêverie fut soudainement interrompue par mon téléphone qui vibrait sur la petite table comme un rappel de la réalité extérieure : « Zut! Mon renvoi automatique me basculait les appels professionnels, faisant peu de cas de ma journée de repos supplémentaire! »
 » Alex Hivence à l’appareil…
Bonjour… Docteur Hivence… ça serait pour…enfin on m’a donné votre numéro et je voudrais…
Oui? Je vous écoute…
… ça serait pour prendre rendez-vous.
C’est ce que vous souhaitez, vous?

Allo? Il y a quelqu’un..?
Je crois, oui…
C’est au nom de?
Robert Drake
(Un coup d’oeil rapide sur mon agenda ouvert à la hâte) Bien. Venez jeudi prochain, 14h.
Oui, d’accord…

L’échange prit fin avec la petite tonalité de raccrochage. Ma journée de repos s’interrompait ainsi. Le dernier glaçon avait fini de fondre, je me levais avec la perspective de devoir dès demain quitter cette chemise hawaïenne et ce bermuda pour une tenue plus urbaine. Étonnant cet appel, et ce silence… Ce jeune homme avait répondu « Je crois, oui », mais à laquelle des deux questions avait-il réellement répondu? Je laissais cette pensée de côté pour l’instant et me mis en route. Les débuts allaient certainement être glissants et balbutiants…

Quelques mois plus tard en hiver, au terme de plusieurs séances où nous avions bien avancé :

Bobby Drake : « JE VAIS VOUS REFROIDIR, DOC! Je vais vous donner le solde de tout compte! Assez joué avec mon esprit, vous avez voulu me manipuler comme les autres, mais je ne suis plus le petit Bobby timoré, je sais me défendre! »
Bobby Drake était entré dans mon bureau dans un état inattendu de furie! Il était méconnaissable. Ayant laissé la porte ouverte, un souffle glacial remplissait le bureau. Son ton était à l’avenant. Cet état rappelait celui de quelques temps : il y plusieurs semaines de cela, Bobby s’était montré agressif à mon encontre, supposant que je voulais le manipuler. Les défenses d’inhibition s’étaient levées et il avait alors montré un tout autre visage derrière cette couche de glace : un homme (ou un petit garçon?) blessé, meurtri et laissant libre court à ses pulsions agressives.
Etait-ce une réaction thérapeutique négative, comme cela arrive parfois? C’était compatible avec ce que nous étions en train de travailler, que Bobby Drake développe une résistance au traitement… Je sortis de ma torpeur.

Sous la glace, le feu...de l'agressivité! Sous l'inhibition, les pulsions refoulées!

Sous la glace, le feu…de l’agressivité!
Sous l’inhibition, les pulsions refoulées! ©Marvel comics

Alex Hivence : « Voyons, Bobby, que vous arrive-t-il, expliquez-vous. Que s’est-il passé depuis la dernière séance?
BD : Ne jouez pas au Docteur chaleureux avec moi, ça ne prend pas!!
AH : Est-ce que nous pouvons au moins fermer cette porte derrière vous?
BD : Ah! Docteur, ne comprenez-vous pas que… l’hiver vient?!
AH : Comment? Que voulez-vous dire, Bobby?
Il partit dans un rire étrange et franc…
BD : Ah ahah! Je vous ai bien eu Docteur! Si vous aviez vu votre tête!! C’était tordant!
AH : Vous vous êtes donc…payé ma tête?
BD : Oui, c’est bien ça! Je voulais voir si vous alliez conserver votre sang-froid!
AH : Et y a-t-il un autre but à cette bonne blague Bobby..?
BD : C’est ma façon à moi de vous remercier pour le chemin déjà parcouru. Je voulais réchauffer l’ambiance. De vous à moi, on ne peut pas dire que votre bureau soit « hot »! A vrai dire, ça fait un moment que j’y pense…
Je le regardais s’amuser comme un enfant ayant réussi à effrayer un de ses parents en lui montrant un serpent en plastique…
BD : Vous vous souvenez de mes premières séances balbutiantes?
AH : Oui, très bien
BD : Vous voyez le chemin parcouru : une vraie piste! J’ai l’impression maintenant d’être sur un vrai toboggan ascencionnel!
AH : N’est-ce pas justement pour les enfants, les toboggans?
BD : Justement! J’ai longtemps été un enfant qui subit, qui s’autopunit, maintenant, je peux être celui qui s’amuse aussi…

En effet, les premières séances avaient été difficiles. Tout avait d’emblée paru ralenti dans le fonctionnement psychique de mon patient : ses associations, ses phrases interrompues, ses pulsions… Tout couvait encore sous une épaisse couche de glace, y compris l’opposé de ce qu’il montrait alors. Le couple soumission-domination régissait encore son rapport à l’autre.

Je repensais à la première séance que nous avions eue quelques jours après son appel. C’était la fin de l’été, un jeudi à 14h. Je me remémorais chaque détail.
1ère séance :

BD : « Bonjour Professeur… »
AH : Bonjour Monsieur Drake… Docteur suffira, « Professeur » n’est pas utile.
BD : Oui, c’est que… l’habitude à l’école…
AH : Etes-vous étudiant Monsieur Drake?
BD : Non, pas vraiment, je ne suis pas… enfin, je suis…
AH : Pouvez-vous me dire ce qui vous amène..?
BD : Alors, voilà, c’est une question… je ne sais pas comment dire… je ne sais pas comment mettre un mot… identifier… on m’a dit que ce serait bien…
AH : Et vous, qu’en pensez-vous, Monsieur Drake?
BD : Je ne sais pas… Et quand vous m’appelez « Monsieur Drake », j’ai l’impression qu’on parle de mon père… ça me met un peu mal à l’aise…
AH:  Comment vous appelle-t-on d’habitude?
BD: Bobby, juste Bobby… Mes amis m’appellent ainsi. Depuis le début, depuis mes premiers amis.
AH : Oui? Ils comptent beaucoup ces premiers amis?
BD : Oui… Il y avait Warren, beau comme un ange, Scott, un brun ténébreux, Hank, un érudit qui m’impressionnait par ses mots savants, Jean, la fille vers qui tous les regards se tournaient… Et moi?
AH :  Oui, vous? Que diriez-vous de vous?
BD : Moi : j’étais… le zéro absolu… Le canard boîteux. Alors j’imitais les autres et j’amusais la galerie!
AH: Alors, disons… Bobby, que nous allons aborder la question de l’identité.
BD : Ah, je suis… je suis…
AH : Voilà, vous voyez!

"Je suis..." La phrase gelée ou L'identité en suspens

« Je suis… »
La phrase gelée
ou
L’identité en suspens ©Marvel comics

Extrait de séance 2

Bobby Drake s’installe lentement sur le divan, regardant autour de lui. Il semble un peu encombré dans son corps, comme s’il ne l’habitait pas complètement. Le silence revient rapidement, et mes premières tentatives de lancer un début d’élaboration chez mon patient retombent comme prises dans une inertie. Il ne semble pas très à son aise, et cela se traduit fréquemment par un silence glacial. Je vais relancer l’échange… Mais à ce moment, mon patient reprend soudainement la parole…

BD : C’est sympa chez vous, Docteur!
AH : Oui?
BD : Oui, je trouve qu’il est confortable ce bureau. En même temps, vu le temps que vous y passez, c’est mieux pour vous, non? Et j’espère que le fauteuil l’est autant! Je me suis souvent demandé à quoi ressemblait le bureau… enfin, comment dit-on déjà, le « cabinet »…ça fait plus « réflexion »!.. d’un psy. Bon, je ne sais pas si le vôtre est représentatif, mais en tout cas, ça l’fait! C’est plutôt classe. Vos bibelots, là, sur l’étagère, personne n’y touche jamais? Parce que bon, c’est quand même à portée de main… Apparemment, les statuettes vous plaisent. Moi, je trouve ça bien ici, mais sinon, je trouve que c’est pas assez…enfin pas « pas assez », mais disons un peu trop, comment dire…
AH : Immobile..?
BD : Oui, voilà! Vous êtes fort pour trouver le mot juste Prof!
AH : « Docteur » suffit. Ou même Monsieur.
BD : Ah oui, c’est vrai. Vous me l’avez dit il y a quelques minutes en plus.
AH : Et vous, Bobby, que me dîtes-vous depuis un instant?
BD : Comment cela? Je parle…
AH : Oui, vous parlez. Mais parlez-vous de vous?
BD : Je ne sais pas… enfin… que voulez-vous dire?
AH : La question est plutôt celle-ci : que voulez-vous dire, vous, Bobby? Vous parlez des statues immobiles, mais est-ce de vous dont vous parlez avec cette immobilité?
BD : Je…ne sais pas…
AH : Alors c’est bien là-dessus que nous allons travailler. A la semaine prochaine, même heure.

Les facéties comme un costume de bonhomme de neige Ou Sous la neige, où est caché Bobby?

Les facéties comme un costume de bonhomme de neige
Ou
Sous la neige, où est caché Bobby? ©Marvel comics

Notes suite à l’entretien préliminaire : Bobby Drake se présente comme un jeune homme perdu, cherchant des réponses auprès d’autrui et qui se réfugie très rapidement dans la plaisanterie facile comme il enfilerait une seconde peau. Cette « couche » devra être percée afin de révéler la problématique du patient. Celui-ci passe en effet de cette identité construite sur un versant d’humour défensif à une identité où la pensée apparaît comme ralentie, malaisée. Et cette inhibition est contaminante : j’ai l’impression d’être moi-même ralenti par cette inertie, paralysé dans une gangue. Cela nécessitera ma plus grande vigilance et je ne devrai pas hésiter à être un peu « sec » dans mes interprétations afin de déjouer cette défense. Une fois cette défense levée, apparaîtront assurément des pulsions agressives voire sexuelles qui devront être travaillées. Pour l’heure, l’inhibition a gelé complètement ces aspects mais il ne fait nul doute qu’ils réapparaîtront lorsque la « glace inhibitrice » fondra.

Extrait de séance 3 :

AH : Bonjour Bobby
BD : Bonjour Pr…oups! Docteur!
AH : Si vous êtes revenu, c’est que vous êtes d’accord pour continuer.
BD : Oui, oui… Enfin, je vous fais confiance…
AH : Vous ne m’avez pas dit ce que vous faîtes comme métier.
BD : Je suis…professeur …mais mon père voulait que je sois comptable.
AH : Comptable de quoi?
BD : Vous avez de drôles de questions, Docteur! Euh… comptable, je ne sais pas, comptable quoi…
AH : Et vous ne vous expliquez pas pourquoi?
BD : C’est un métier rassurant…
AH : Continuez…
BD : Mon père devait penser que j’avais besoin d’un métier solide. Un jour il m’a dit qu’être un homme, ça ne se construit pas sur des châteaux de sable, que rêver, ça ne mène nulle part. La comptabilité, ça, c’est sérieux.
AH : « Sérieux »?
BD : Oui, ça fait sérieux : on est en costume, on est face à un ordinateur, on a un rôle important, concret, on équilibre les comptes…
AH : « Equilibrer », dîtes-vous?
BD : Oui… « équilibrer », vous ne voyez pas ce que ça veut dire..?
AH : Et vous?
BD : Moi? Bien… Si. Je dirais que techniquement c’est faire la balance, c’est faire en sorte d’arriver à zéro.
AH : Voilà qui est intéressant.
BD : Quoi donc? D’arriver à zéro..?

Atteindre le "zéro" : De la balance comptable à la réfrigération Ou Au secours maman, je suis figé!

Atteindre le « zéro » :
De la balance comptable à la réfrigération
Ou
Au secours maman, je suis figé! ©Marvel comics

AH : Oui, je parle bien « d’arriver à zéro ». Lors de la première séance, vous vous êtes présenté comme « je suis… », ce qu’on peut entendre comme « je suis « ensemble vide », comme « je suis » et rien derrière, « je suis » zéro. Ou j’arrive à zéro. Et là vous me parlez d’un métier auquel votre père aurait pensé pour vous qui consiste dans votre propos à « ramener à zéro » un état.
BD : Là, ça devient trop compliqué pour moi. Où voulez-vous en venir??
AH : Cela n’est pas la peine de vous cacher ici, Bobby, vous ne craignez rien. Ce n’est pas nécessaire de vous soumettre ainsi, de vous « mettre sous » un semblant d’ignorance, ou la coupe de l’autre…de vous déguiser ainsi en bonhomme immobile…
BD : Je fais comme je peux, Docteur! On me demande toujours d’être quelquechose qui ne me ressemble pas…
AH : Prétendre ne rien comprendre, ou parler indéfiniment de tout sauf de vous, n’est-ce pas une façon de vous cacher sous une couche épaisse d’ignorance, d’enfance..?
BD : Si vous le dîtes… Mais j’ai l’impression que ça me glace encore plus…
AH : La question, encore une fois Bobby, est de savoir ce que VOUS, vous dîtes.

Note de fin de séance : La défense que présente Bobby Drake est vraiment importante, et paraît directement en lien avec l’image qu’il a de lui-même. On dirait qu’il a une image de lui recouverte d’une inertie, dépendante de l’autre. Il agit un peu en miroir de ce qu’il imagine de mes attentes. Les perches que je lui tends semblent ne pas l’atteindre mais en même temps paraissent le déstabiliser. Il semble impératif de percer cette « couche de zéro ». J’ai l’impression de me répéter d’une fois sur l’autre comme pris moi aussi dans cette inertie. Je dois tirer « à boulets rouges » pour faire fondre sa défense, sans quoi le travail restera, en effet, au point zéro.

Extrait de séance 4:

BD : Hello Doc!
AH : Bonjour Bobby. Non pas que je sois opposé à ce qu’il y ait des marques d’attachement entre nous, autant je pense que conserver un certain formalisme puisse être de bon ton.
BD : Waouw… ça refroidit carrément…
AH : Je pense que justement, ma remarque vise à faire fondre cette couche d’humour qui vous sert à faire diversion et à éviter de faire surgir quoi que ce soit d’autre : vous, en l’occurrence.
BD : Eh bien! On peut dire que vous y allez fort…
AH : Comment cela? Expliquez-vous…
BD : Je ne sais pas, mais ça commence à me chauffer un peu là en fait… ça me fait penser à quelqu’un d’autre avec qui je m’amusais souvent à me mesurer pour savoir qui refroidirait l’autre le premier. Quand on se croisait, c’était comme le feu et la glace, on ne pouvait pas s’empêcher de provoquer l’autre, la température montait, et il avait la capacité à me chauffer rapidement… Un peu comme vous aujourd’hui…

Fire and Ice Miroir mon beau miroir Ou Se chercher dans son contraire?©Marvel comics

AH : Vous emportez-vous souvent ainsi, Bobby?
BD : Tout dépend si… enfin, quand je sens que l’autre est comme un miroir, mais en mieux, quand j’ai l’impression d’être au bord d’échouer, de valoir moins que rien, comme en-dessous de zéro… ça me met hors de moi…
AH : Hors de vous, c’est intéressant ça…
BD : Pourquoi ça?
AH : Soit vous n’êtes pas vous, en ne sachant pas qui vous êtes, soit vous êtes hors de vous et vous ne savez pas plus qui vous êtes. Comprenez-vous? La question serait de savoir, entre ces moments où vous êtes repliés en vous et ces moments en dehors de vous : vous, où êtes-vous pendant tout ce temps?
BD : Je ne sais pas…
AH : C’est un bon début.

C’est après cette séance que Bobby Drake montrera un versant de lui désinhibé et agressif. L’inhibition ayant été levé, il apparut réellement hors de lui. Les éléments refoulés depuis longtemps comme la haine et le sadisme qu’il appliquait à lui-même jusqu’à maintenant furent déversés sur les autres. Nous passions ainsi d’une conduite d’autopunition et de masochisme à son envers. Ce furent des séances assez apocalyptiques, chaotiques, avec des fantasmes de meurtre, des rêves aux pulsions sadiques et sexuelles débridées. C’est ce genre de séance que Bobby Drake s’amusera à rejouer plus tard, comme pour boucler cet épisode. Ce passage était inévitable et permit une avancée certaine dans le traitement de mon patient.
C’est ainsi que quelques séances plus tard…

Extrait de séance 5 :

BD : Bonjour Docteur. Comment allez-vous?
AH : C’est gentil de vous en préoccuper, Bobby. Mais vous, comment allez-vous?
BD : Oh! Depuis quelques jours j’ai l’impression que les choses bougent, qu’elles… s’accélèrent.
AH : Ah oui? Dites-moi.
BD : Vous savez, j’ai repensé à ce que nous nous sommes dits l’autre jour sur mes relations avec les femmes. Pour ma part, j’avais toujours eu l’impression de courir après des étincelles : à la fois des relations qui pourraient déclencher quelquechose en moi, et à la fois, comme vous m’avez dit : les étincelles, c’est « insaisissable ».
AH : Oui, c’est à peu près ce que nous avons échangé.
BD : Et ce mot, ça m’a fait cogiter! Quand je courais après Lorna Dane, une fille magnétique mais qui a fini dans les bras d’Alex, j’avais l’impression d’être le troisième larron finalement, un peu comme un enfant face à un couple d’adultes
AH : Ou de parents.
BD : Peut-être, oui… Bon, je n’irai pas sur cette pente-là, je suis la mienne…
AH : Suivez la vôtre, oui…
BD : Quand j’ai connu Opale Tanaka et que sa famille m’a menacé pour que notre relation n’aille pas plus loin, elle est devenue insaisissable, et ça me plaisait bien quelque part…
AH : Quelque part..?
BD : Je… oui, je dois m’avouer que ce qui était alors piquant… c’était non pas tous ses frères qui me couraient après… mais qu’elle, qu’Opale devenait alors…en quelque sorte…inaccessible.
AH : Tous ses frères vous couraient après..?
BD : Oui, pour me faire la peau! Mais je suis un champion, je leur ai échappé! Bobby Drake, le défenseur de ces dames!!
AH : Et ensuite, Bobby, ne vous figez pas dans ces facéties, continuez ce que vous êtiez en train de développer…
BD : Oui, il y a eu Kitty aussi… Une fille littéralement intangible!

Fondre sur l'insaisissable Ou Le risque degré zéro

Fondre sur l’insaisissable
Ou
Le risque degré zéro©Marvel comics

AH : Intangible?
BD : Oui, insaisissable au carré! Ou carrément insaisissable! Personne ne peut vraiment mettre la main dessus. Elle a bien eu une relation avec un ami, un gars costaud, plutôt mignon, un peu pataud mais bien bâti…
AH : Oui, et..?
BD : Et donc j’ai tenté de la faire fondre avec mon charme naturel. Je ne pouvais pas laisser passer l’occasion…
AH : Ou plutôt si!
BD : Oui! Au fond, c’était perdu d’avance je pense. C’était fun mais je pense que l’un comme l’autre étions aussi insaisissables l’un pour l’autre. Et je pense que je me mesurais toujours inconsciemment à son ex petit copain… En fait, il était un peu comme un modèle : ils avaient eu une relation suivie pendant plusieurs années, elle parlait de lui avec affection. Lui, c’était un homme sensible et fort à la fois, solide. Bon, il avait aussi une sorte de carapace, mais il savait se montrer tel qu’il était. Je pense que j’enviais la relation qu’ils avaient eue : pure, solide, depuis l’adolescence. Tout ce que je n’étais pas.

Plus gros, plus fort! Ou Le fantasme inconscient de dé-mesure

Plus gros, plus fort!
Ou
Le fantasme inconscient de dé-mesure©Marvel comics

AH : Vous vouliez vous dépasser, Bobby. Tant que vous couriez après ces femmes insaisissables, nous pouvons dire que c’est après vous que vous couriez. Vous tentiez par leur intermédiaire de briser la gangue qui vous emprisonne, vous contient, vous retient. Mais vous restiez en fin de compte figé, comme glacé par ces idéaux trop grands à atteindre. Et vous reveniez, même sans être comptable, au point zéro.
BD : On dirait que vous êtes dans ma tête parfois, Doc…
AH : Oui? C’est ainsi que vous ressentez les choses? Et cette pensée a l’air de vous glacer..?
BD : Absolument!
AH : Dîtes m’en plus, Bobby…
BD : C’est difficile à raconter… à expliquer même
AH : Vous étiez bien lancé, vos idées semblaient glisser sur un bobsleigh! (je laissais filer mes associations pour ne pas perdre cet élan survenu chez mon patient)
BD : Oui, mais la piste s’est brisée d’un coup, je ne sais pas trop comment reprendre le cours…
AH : Nous parlions de l’idée de vous dépasser… D’ailleurs nous sommes arrivés à cette idée en suivant la piste que vous avez prise, celle des femmes dans votre vie…
Je vais vous dire, Bobby : je sens le bouillonnement d’idées de départ se refroidir, encore une fois. Cela semble faire partie de vos difficultés : quelquechose en vous vous ramène à cette inertie, à ce point zéro, qui ralentit vos pensées mais semble ralentir aussi ce qui s’est passé jusqu’alors dans votre vie. Vous avez ce pouvoir de ralentir ce que vous touchez, mais vous en êtes la première victime car vous vous construisez une gangue de ce pouvoir. Vous cherchez un pouvoir ailleurs qu’en vous, à faire vos preuves pour les autres… Laissez venir ce qui vous traverse, Bobby…
BD : Justement, ce dont je parlais… Il s’agit d’autres femmes, pas celles insaisissables ou intangibles, mais d’autres femmes qui ont tenté de me montrer qui j’étais en me faisant sortir de moi-même! Elles sont « entrées » en moi, dans ma tête, ont pris possession de mon corps… Elles exerçaient un pouvoir sur moi…
AH : Sans doute les avez-vous laissées faire, au fond de vous..?
BD : Elles ont vu en moi ce que je ne voyais pas moi-même! Vous y croyez, vous?!
AH : Je pense que c’est possible, mais vous, qu’en pensez-vous?
BD : J’ai été capable de faire des chose que je n’avais jamais faites sous leur influence. J’ai vu des aspects de moi dont j’ignorais tout… Mais j’étais comme un jouet, ou un enfant à qui l’on montre des choses…

Fonte sous influence Ou Sous la neige, la mère?

Fonte sous influence
Ou
Sous la neige, la mère?©Marvel comics

AH : Donc, si nous reprenons : il y a ces femmes après lesquelles vous couriez, mais qui étaient insaisissables, voire intagibles, autrement dit inaccessibles, d’un côté, et d’un autre il y a ces femmes qui vous ont pris au dépourvu, ont réussi à faire fondre cette gangue qui vous encombre pour vous révéler des choses sur vous-même. C’est cela?
BD : Oui, on peut dire les choses ainsi.
AH : Mais vous, les diriez-vous ainsi, Bobby?
BD : Peut-être oui.. Je ne sais pas trop, si vous le dîtes…
AH : Cessez de vous cacher, Monsieur Drake, prononcez-vous.
BD : Que voulez-vous que je vous dise, Docteur? Je fais de mon mieux, je ne peux pas dire plus, ou alors j’aurais dû en dire moins…
AH : Encore cette question de régulation. Seriez-vous un thermostat, à toujours hésiter entre « moins » et « plus »? Et si la question dépassait cette affaire de « plus » et « moins » mais concernait ce que vous décidez, vous?
BD : Justement! J’ai l’impression que l’on décide tout le temps pour moi! Que ce soit Emma qui m’a manipulé, Raven qui s’est joué de moi, mais en même temps elles m’ont montré des aspects de moi que j’ignorais… En même temps je les hais et en même temps je voudrais leur ressembler, avoir leur assurance.
AH : Pas celle de votre père?
BD : Mon père est un brave homme mais il a peur, il reste cloîtré dans ses idées préconçues, il ne voit le monde qu’avec son immobilisme. Il n’accepte pas l’évolution…
AH : Cela ne vous rappelle personne d’autre parfois?
BD : Je ne veux pas être comme lui!! Si être un homme c’est choisir entre les châteaux de sable ou les forteresses de glace, alors je…je…
AH : Oui, vous..?
BD : Je préfère y renoncer et être quelqu’un d’autre.

Coincé dans le thermostat père-mère : Le discours négatif du père comme rempart à l'identification

Coincé dans le thermostat père-mère :
Le discours négatif du père comme rempart à l’identification©Marvel comics

AH : Bien. se construire en négatif est aussi une possibilité.
BD : Mais alors, ne suis-je pas revenu au point zéro si je suis, au fond, un…creux? Ou est-ce que toute ma vie j’ai lutté contre ça, ce « creux », ce « zéro » à l’intérieur de moi?
AH : Vous suivez là une piste solide, Bobby. L’autre nom de ce « 0 » comme vous dîtes, c’est l’angoisse.
BD : Alors, mes châteaux de sable s’écroulent face à la mer montante, mes sculptures de glace fondent au soleil, et il ne reste que cette angoisse zéro. C’est comme si j’étais un explorateur perdu sur la banquise et qu’au moment où j’atteins les secours, tout le pan sur lequel je tiens s’écroulait dans la mer. Alors, plus rien ne tient…

AH : Peut-être est-ce un point de départ plus intéressant pour être réellement vous… Nous reprendrons à la prochaine séance.

Note de fin de séance : nous sommes arrivés à un point crucial. Cette question du « trou en soi » renvoie directement à la question de l’angoisse de castration, cette angoisse cruciale, et des défenses qu’a mis en place Bobby Drake pour « répondre » à cette angoisse, avec les doutes que cela a généré entre-temps. Il y a là la question de son rapport à son identité propre sur le versant notamment de sa sexualité au sens large. Même si elle s’est partiellement levée, l’inhibition apparaît toujours au centre du fonctionnement psychique de mon patient, lui évitant d’une part un conflit entre le Moi et le Surmoi, qui tenterait de lui imposer des objectifs, de le contraindre à des résultats qu’il doute pouvoir atteindre, et avec le ça qui lui rappellerait des pulsions refoulées. Il en résulte une capacité étonnante à l’autopunition, à l’auto-dévalorisation inconsciente et au refoulement massif, le déconnectant de ses pulsions, prix de cet immobilisme pathologique.

Se construire à partir du manque Construire son désir

Se construire à partir du manque
Construire son désir©Marvel comics

Extrait de séance 6 :

AH : Entrez Bobby
BD : Bonjour Docteur. J’ai beaucoup repensé à la fin de notre dernière séance, ça m’a d’ailleurs plongé dans un certain effroi cette idée de me construire en creux, à partir de rien, ou de presque rien… Comme si toutes mes élucubrations avaient fondu comme neige au soleil. Si j’étais comptable, je dirais que je suis en pleine faillite! Mais étrangement, d’un autre côté, cette idée m’a réchauffé, réconforté. Après tout, ça rend aussi beaucoup de choses possibles, vu ainsi. D’ailleurs, en parlant de « possibilités », je ne vous ai pas encore parlé d’une aventure qui m’est arrivée il y a quelque temps : une amie, une jeune amie disons, a lu dans mon… comme un journal intime, une version plus jeune de mon journal… et elle m’en a parlé. J’avais totalement oublié que j’avais pu penser ce que j’avais écrit alors… C’est presque comme si elle parlait de quelqu’un d’autre… Mais c’était quelqu’un d’autre et moi à la fois.
AH : Oui, un peu comme un « jeune vous » et le « vous actuel »…
BD : Tout à fait! C’est exactement ça! Et le « jeune moi » avait des choses à apprendre au « moi actuel », des choses que j’avais enfouies, vous diriez « refoulées », depuis longtemps. Quand vous ne savez déjà pas qui vous êtes et qu’en plus vous devez composer avec la pression sociale, alors, vous…oubliez. Vous vous oubliez, et vous composez. Vous faîtes semblant d’être comme les autres, vous développez des talents d’imitation, vous faîtes le fier-à-bras si nécessaire… Mais vous vous arrangez, c’est ce que je comprends maintenant, pour faire en sorte que rien ne bouge vraiment. J’ai un ami qui disait souvent : « plus ça change, plus ça reste pareil », pour moi on pourrait dire : « moins ça change, plus ça reste pareil! » Je suis une lapalissade ambulante! Et pendant ce temps, je n’aborde aucune des véritables questions, tout reste en surface, toute ma vie est prise dans la glace.
AH : Et quelles seraient ces questions veritables, Bobby?
BD : Je dirais… Je ne sais pas trop purquoi, mais je le formulerai là encore comme un thermostat, mais à la place du « plus » ou « moins », je poserais celui-ci : « En avoir, ou pas ». Pas mal, hein, Docteur?
AH : Excellent! Voilà qui vous emmène plus loin! Une vraie glissade!
BD : Vous savez, Docteur Hivence? Je pense que je peux utiliser ma capacité à me protéger en don pour m’entourer : plutôt que me recouvrir d’une armure de glace, je peux choisir de m’entourer de personnes que je choisis. Et, au fond de moi, je pense avoir un don : celui de transmettre. Je suis un « conducteur », d’énergie mais aussi d’hommes et de femmes. Je pense être doué pour ça.
AH : Vous êtes un génie sorti de sa bouteille!

En avoir ou pas? Ou Comment se situer dans le thermostat inertie/mouvement et homme/femme?

En avoir ou pas?
Ou
Comment se situer dans le thermostat inertie/mouvement et homme/femme?©Marvel comics

Note de fin de séance :

Bobby Drake est arrivé à un point déterminant, à plus d’un titre. Il est parvenu à se défaire des couches défensives qu’il s’était construite, plus ou moins rigides au fil du temps, pour aboutir à ce qui compose sa singularité. Mon patient a accumulé au fil du temps des couches de doutes engendrant un immobilisme compensé par des artifices extérieurs, ceux-ci l’éloignant de plus en plus de son identité en tant que sujet. Il confinait à n’être qu’un objet pour l’autre, selon les désirs de ceux et celles qui croisaient sa route. La question de sa subjectivité et de sa sexualité étaient dès lors paralysées sous des mécanismes de refoulement massifs qu’il a fallu lever de façon à la fois délicate et sans lâcher de terrain, Bobby Drake étant devenu expert dans le fait de recouvrir n’importe quel espace vide de ses mécanismes de ralentissement et d’inertie. Comme toute inhibition, la sienne a empêché toute expression symptomatique réelle, hormis des sautes d’humeur, des replis, des ruptures ou une propension à être manipulé. Quand il était hors de lui, alors l’agressivité l’amenait à passer sur l’autre versant de couple « soumission-domination », sans d’ailleurs davantage de satisfaction au final. Il était temps pour lui de reprendre la main, et de commencer à cheminer en développant sa personnalité propre, à réinventer son « thermostat » pour faire de sa capacité de ralentissement non plus un frein sur son développement mais bel et bien une action sur l’extérieur.

Retour au présent :

Je revenais au moment présent et à la facétie de Bobby en gage de remerciement. Il voulait peut-être s’assurer une dernière fois que je ne le lâcherais pas, que je tiendrais bon. Il était reparti après avec le sourire, lançant de façon désinvolte et assurée : « Ahah! Bobby Drake est impayable! Je suis décidément un champion! »
Les séances suivantes allaient consolider l’avancée de mon patient.

Epilogue

Au printemps suivant, alors que les séances avec mon patient Bobby Drake se sont interrompues depuis peu, je reçois un appel téléphonique.
 » Allô, Docteur Hivence, c’est Bobby Drake. Je ne vous dérange pas?
AH : Absolument pas, je vous écoute.
BD : Je voulais juste vous dire que ça se passait bien pour moi, que j’arrive à vivre les choses pour moi-même maintenant, en solo. Et que je le vis bien. J’ai parlé autour de moi, je leur ai expliqué qui j’étais au fond, et ça a été bien accueilli. J’assume mon héritage. Vous savez, j’ai toujours cette image du thermostat avec moi, et ça m’oriente autrement désormais. Plus…positivement! Alors, merci.
AH : Mais de rien Bobby.
BD : Au revoir Docteur Hivence.
AH :  Au revoir, Bobby Drake. Une dernière chose si vous permettez : je pense que votre été vient…
BD : Ah ah! Oui, c’est un peu ça! Je note, Doc!

La tonalité de fin d’appel se fit entendre. Il y eut un rai de lumière douce qui passa sur mes notes. Je pris conscience d’un petit sourire au coin de mes lèvres. Oui, son été venait, il était temps.

"The summer is coming" Ou: Réchauffement climatique et clinique pour Iceberg!

« The summer is coming »
Ou:
Réchauffement climatique et clinique pour Iceberg!©Marvel comics

——
Clown ou bouffon? Maillon faible ou mutant alpha ? Gentil ou méchant ? Hétéro ou Gay ? Ca commence à chauffer grave dans les méninges de Bobby Drake, Ie deuxième X-Man.
Heureusement, Rdv est pris chez le Dr Hivence pour une nouvelle séance de Collants sur le divan de Bruce Lit.

La BO du jour : d’un névrosé à l’autre….Mr Iceberg aime l’amour on the rocks

53 comments

  • JP Nguyen  

    Quelle imagination pour renouveler la mise en scène et quelle ambition que de vouloir redonner cohérence à l’histoire éditoriale mouvementée d’un perso qui a souvent été négligé ou maltraité par les scénaristes !
    Le fil conducteur du zéro est très bien trouvé et cette relecture du parcours de Iceman ne manque pas de sel ! Ah merde, ça risque de le faire fondre…

    • OmacSpyder  

      Merci JP! La part d’imagination réside dans la mise en scène, par contre c’est le personnage qui dicte sa cohérence. Il suffit juste, comme pour un mouvement désordonné, trouver les forces et les vecteurs qui l’organisent. Et souvent le pouvoir est un bon indicateur.
      Ici, le zéro : celui du froid qui fige, de la balance comptable qui censure tout excès, de l’inhibition d’action.
      C’est donc le personnage qui tel un patient que l’on écoute livre son propre fil conducteur.

  • Présence  

    Ça y est le docteur Hivence a sacrifié au rite de passage : écrire un article sur Bobby Drake pour le site (et pour Bruce).
    L’hiver vient. – Ça sent la référence télévisuelle discrète, avec une épanadiplose sur l’été qui arrive pour conclure, belle élégance.
    Le zéro absolu – Il a fallu que je vérifie dans le titre que JP n’avait pas participé à l’écriture des comptes-rendus de ces séances. Cela n’enlève rien à la perspicacité pénétrante de rapprocher la balance comptable au zéro de la température.
    Comme d’habitude, la progression dans les entretiens est très impressionnante dans sa logique de construction. J’ai beaucoup aimé la mise en perspective des relations amoureuses de Bobby, avec des femmes insaisissables, jusqu’à Kitty Pryde. Finalement, Emma Frost et Mystique trouvent bien leur place dans l’évolution de la personnalité de Bobby Drake.

    J’ai également beaucoup aimé comment les séances permettent de montrer différents mécanismes psychiques ou psychologiques, comme se construire contre ce qu’on ne veut pas devenir, ou être modelé par la pression sociale, en développant des talents d’imitation.

    • OmacSpyder  

      Oui, le Doc a eu fort à faire pour livrer des séances le plus fidèlement possible au regard de l’impact du patient du jour sur la sensibilité de notre rédacteur en chef! Un rite de passage pour conclure cette première année de Collants sur le Divan!
      Ça fait plaisir de lire que les compte-rendus de séances éclairent les apparentes contradictions et les mécanismes de défense de notre glaçon. Avec pingouin

      • OmacSpyder  

        Zut! Un « pingouin » s’est glissé tel un lapsus! Étonnant ^^
        Je disais donc…
        Avec l’inhibition, nous sommes servis côté mécanismes psychologiques de défense! La pression sociale vient appuyer sur les zones de fragilité, et dans l’inhibition elle sert aussi régulièrement de motif d’inaction, avec u’une agressivité refoulée. Telle qu’on la voit se révéler chez Bobby à certaines occasions.

        Pour l’écriture nulle participation de JP, mais comme Bobby a souvent mangé un clown, ça se tient!^^

  • Matt  

    Super boulot en effet. ça donne presque l’impression que l’évolution du perso était prévue, organisée et bien construite par Marvel…alors que bon, pas sûr que ce soit le cas^^
    Peut-on tout expliquer, même les comportements contradictoires que les auteurs donnent aux persos ?

    Ce qui fait le plus peur dans ton article…c’est que j’ai l’impression d’avoir des points communs avec Bobby.
    Bon…pas sur ses attirances sexuelles dernièrement révélées, mais sur ses histoires passées à courir après l’insaisissable ou à avoir du mal à s’affirmer et à faire semblant d’être comme tout le monde au point que ça finit par agacer…il y a un truc.

    • Fred Le mallrat  

      On peut..
      J’ai par exemple l’impression que vers le milieu et la fin des années 90, Marvel appelait JM Dematteis pour cela. Ses runs sur le Surfer, Daredevil ou Doctor Strange sont des reconstructions de personnages qui se sont égarés trop loin du concept soit de base soit « classique ».
      D’ailleurs sur DD, Daredevil affronte differentes version de lui-même a priori irréconciliable.

    • OmacSpyder  

      Si tu te retrouves un peu dans ce qui est éclairé de Bobby Drake ici, c’est que le fil qui est retranscrit tient suffisamment bien. Et ça, ça fait plaisir!
      On peut tous rencontrer des moments d’inhibition comme des moments d’angoisse, qui nous paralysent tout en nous faisant ressentir une agressivité interieure proportionnelle. L’inhibition est un mur de glace qui nous protège et nous isole, y compris, et c’est ce que Iceberg montre ici, de soi-même.
      Pour le fil, comme je le disais à JP, il suffit d’écouter le personnage avec ses cohérences et ses contradictions apparentes. Comme nous-mêmes en somme. Si nos étions des personnages de comics, il y en aurait pour dire qu’on est super mal écrits! ^^

  • Bruce lit  

    Une Fanfic qui ne laisse pas de glace mon petit coeur enflammé pour mon Bobby chéri (tiens, il y a une chanson d’Emily Loizeau qui s’appelle comme ça !).
    C’est un personnage que j’ai toujours aimé pour son immaturité dans laquelle je n’ai pas honte de me reconnaître.
    Je crois que la première aventure que j’ai lue de lui était lorsque Magneto s’empare du manoir Xavier et qu’il reste Bobby, le plus faible de tous les Xmen pour le défendre.
    Je m’identifias à lui, ce jeune garçon qui rivalisait de ruse contre ce grand méchant loup. Aujourd’hui encore j’aime cette histoire.
    C’est un privilège immense d’avoir ce décryptage passionnant fait à la demande en plus sur mon perso Marvel préféré du monde.
    Je n’avais jamais pensé lié l’incertitude du personnage et sa lenteur à évoluer au phénomène de glaciation. C’est passionnant !
    Comme le fait remarquer Matt, sa continuité est plutôt cohérente finalement, preuve qu’il est possible de bien écrire un personnage. J’ai presque envie de relire la saga du Black Iceman tiens !
    Tu fais très bien remarquer l’analogie entre Colossus et Iceberg. Les deux sont sous une carapace d’acier et l’autre de glace. Les deux sont des artistes : Peter est peintre et Bobby est un sculpteur incroyable. Il y a d’ailleurs un lien très fort entre ces deux personnages autre que Kitty : c’est en effet Mickaël Raspoutine qui révèle le premier à Iceberg son potentiel alpha !
    Je ne pardonnerai jamais à Bendis d’avoir brisé leur idylle.

    Pour entrer dans le détail Omac, qu’est ce qui différencierait les personnalités de Spidey et d’Iceberg que je trouve très similaires ?

    • Fred Le mallrat  

      Tu trouves que Bobby et Peter sont semblables?
      Je trouve qu’il se rapporche plus de Johnny Storm..
      Parker a un gros coté Beast.

      • Bruce lit  

        Hello Fred.
        Bobby et Peter sont semblables en beaucoup de points :

        -Physiquement : châtains clair/yeux marrons, ils font partie aussi des héros qui ont une musculature ordinaire.
        -Moralement : -des personnages qui doutent, manquent de confiance en eux et dont l’humour fait partie des supers-pouvoirs. Leurs blagues exaspèrent autant leurs copains que leurs ennemis.
        Le rapport aux parents : Pete est élevé par des « vieux ». Iceberg souffre d’avoir des parents qui ressemblent à des grands parents. Enfin, chez Ultimate les deux flirtent avec Kitty Pryde.
        Johnny Storm est quand même à mon avis plus privilégié avec un statut de héros reconnu.

        • Fred Le Mallrat  

          Pas faux..
          Mais je trouve qu’au départ Bobby est une forme de Torch en étant le plus jeune.. le plus foufou..
          Je lisais recemment que DD et Xmen tentait de renouer avec le succes des FF et de Spidey.. et je trouve qu il y a vraiment une forme de lien…
          https://www.newsarama.com/37715-marvel-mysteries.html

    • OmacSpyder  

      Merci Bruce pour le cadeau comme la bûche glacée : soit elle passe bien, soit elle nous casse l’estomac!
      Ici, un Bobby Drake sur mesure avec ses effets miroir^^
      Je suis ravi de lire, connaissant ta connaissance approfondie du personnage, que son analyse réserve son côté de surprise!
      Quelle est cette référence du Black Iceman par contre?

      La différence entre Peter Parker et Bobby Drake?
      Il y a en effet des similitudes dans cette capacité à se suradapter au monde extérieur, au moins en apparence, et à posséder en soi bien d’autres choses qui s’expriment par masques interposés. Là où Spidey est freiné par son sentiment de culpabilité qui lui attire aussi la poisse dès qu’il quitte son costume, Iceberg est freiné par son inhibition qui lui attire un manque d’assurance complet dès que fond la glace qui le recouvre.
      La névrose obsessionnelle et l’inhibition sont des troubles de la pensée. Ils partagent cela : une pensée qui les parasite. Par contre là où Spidey refoule ses sentiments, les transformant autrement, et ressentant de fait des moments d’angoisse, Iceberg les fige carrément, intériorisant une agressivité qu’il tente de figer d’autant plus.
      Pour le dire autrement : L’un se débat dans sa toile, l’autre est pris dans sa gangue de glace!

      • Bruce lit  

        Merci pour ces explications.
        BLack Iceman : j’appelle comme ça la saga de Marjorie Liu qui transforme Bobby en vilain et dont certains de tes scans sont tirés.

        • OmacSpyder  

          Ok! C’est ce que j’ai pensé mais j’avais peut-être manqué un arc sur notre Bobby! « Black Iceman »…comme « Black Goku »? 😉

          • Matt  

            Et le dernier scan ça doit être du moderne aussi vu le costume. Marrant que Marvel reforme les « champions » alors que la première série Champions avait fait un flop dans les années 70.

          • OmacSpyder  

            Pour le dernier scan, il est issu en effet de là dernière série Iceman en date où Bobby reforme les Champions (Iceman 2017 #6).
            Ça semblait une bonne conclusion ce nouveau point de départ illustrant aussi autrement l’épanadiplose que relevait fort justement Présence! 😉

  • PierreN  

    « Johnny Storm est quand même à mon avis plus privilégié avec un statut de héros reconnu. »

    Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’envier la situation de Parker (le mec qui n’a que des belles meufs dans son tableau de chasse, un intellect en mesure d’impressionner Richards et Stark, et une tante aimante comme substitut de figure maternelle). Slott a parfaitement compris la dynamique entre les deux (où comment retourner comme une crêpe la signification habituelle de la « Parker Luck »).

    • Bruce lit  

      Ouais, j’ai signé la review 😉

  • PierreN  

    D’ailleurs Spidey et Bobby ont souvent fait équipe aux côtés de Firestar (créé pour l’occasion) dans la série animée « Spider-Man and his amazing friends ».

  • Eddy Vanleffe  

    Je ne suis pas fan du glaçon. je trouve qu’il a été négligé par les scénaristes, mais bon comme nous sommes sur un site de spécialistes,
    qu’avez vous pensé de son coming out?
    perso je l’ai trouvé très mal foutu, mas c’est pas vraiment la question. je ne connais pas bien le perso et j’ai déjà lu un papier comme quoi son coming-out avait été envisagé par Lobdell…
    moi voilà, le voyant papillonner de femme en femme jusqu’à Kitty quand même, ça m’a paru over the top.
    Depuis, il a l’air d’être le seul mal le vivre….les autres s’en tapent comme d’une attaque de Sinistre…^^

    • Bruce lit  

      @Eddy : sur le coming-out de Bobby, tout est ici.

      • Matt  

        Il y a eu une série moderne sur Iceman en 2017 par Sina Grace. Pas lue, connais pas l’auteur. Mais elle existe.

        • Bruce lit  

          Oui, j’ai eu de très bons échos la concernant. Je me lance dedans bientôt.

          • Matt  

            Bruce qui lit du marvel 2017 finalement…
            ça va que c’est ton perso préféré hein, mais sinon…^^

        • OmacSpyder  

          Les scans 3 (Bobby devant Internet) et 7 (Bobby traversant Kitty de son pic de glace) en sont extraits je pense 😉

    • OmacSpyder  

      Ici les séances proposent une lecture de cette homosexualité cohérente avec le parcours de Bobby Drake. Over the top? Les sommets enneigés de notre Iceberg sont ici explorés pour en donner une analyse psychologique!^^

    • OmacSpyder  

      @Eddy : L’article est une réponse en soi à travers l’analyse psychologique de ce parcours, éclairant ce que tu pointes de son rapport aux femmes à son homosexualité.

  • Tornado  

    Et bien je ne sais pas si je dois envier quelqu’un comme Omac mais c’est quand même une belle qualité qui est la sienne que de percevoir toute cette richesse dans des BDs (avec une bonne humeur inébranlable !) là où moi, comme un couillon, je ne vois que des bagarres de bac à sable ! 😀
    Je pourrais effectivement l’envier puisque, pour ma part, la plupart de ces lectures ont été autant de tortures infligées sur ma curiosité et mon goût de la culture (ou pourquoi s’obstiner à lire autant de super-héros de comics old-school quand on n’aime pas ça ! 😀 ).

    Je me souviens de la saga « Operation Zero Tolerance », où Boby Drake avait un rôle central, et ça ne m’avait pas tellement passionné. C’est dire si je ne suis pas le bon public pour ce genre de sujet, sachant que, de toute manière, je préfère les auteurs aux personnages dans mes lectures de comics Marvel ou DC. Encore que j’ai quand même mes chouchous depuis l’enfance, mais ce sont en général les têtes d’affiche (Spiderman, Daredevil, Batman, Superman), à part quelques exceptions (Punisher, Moon Knight, Iron Fist, dont j’aime en général plus la mythologie et le décorum que le personnage en lui-même (à part le Punisher, qui reste pour moi le super-héros le plus troublant et fascinant de tous les temps)).

  • OmacSpyder  

    @ Tornado : Le Dr Hivence s’attache à trouver en quoi chacun de ses patients recèle une part singulière qui devient parfois universelle d’humanité 😉
    L’accueillir ainsi, c’est accueillir tous les auteurs et les resituer à une humble place qui laisse le personnage créer sa trajectoire propre, en dépit, ou grâce d’ailleurs, aux ajouts de chacun. Un peu comme nous avons parfois des tranches de vie. Ici, les séances et leur compte rendu vous livrent le gâteau en entier! 🙂

    • Bruce lit  

      Pour 2018, il serait temps de laisser place à la Distinguée Concurence et un peu aux femmes quand même.
      Quel personnage inspirerait le Dr Hivence :
      -Harley ?
      -Catwoman ?
      -Wonder Woman ?

      • Matt  

        Ah moi j’ai déjà proposé Emma Frost et Mystique^^
        Quoi ?
        Bon ok des plus positives…euh…Malicia ?
        Ah la concurrence ?

        Poison Ivy ?

        • PierreN  

          Oracle/Barbara Gordon ?

  • OmacSpyder  

    Comme je le dis parfois, il faut que le personnage raconte quelquechose de son parcours pour que l’exercice soit intéressant.
    Les personnages DC contrairement à ceux de Marvel sont davantage construits en archétypes. Ils peuvent ainsi être habillés en dehors de toute chronologie : ça n’est pas pour rien que dans les personnages préférés de Tornado apparaissent Superman et Batman. Ils sont une mythologie que l’on peut réécrire à chaque histoire, sans continuité.
    Un exemple : si Vif -Argent peut aisément s’envisager comme patient du Dr Alex Hivence, il n’y a pas du tout le même intérêt avec Flash.
    Les personnages Marvel nous ressemblent, comme des miroirs transformés.
    Les personnages DC parlent de nos aspirations et de nos peurs, comme une mythologie revisitée. C’est pourquoi il n’y a pas de psychanalyse de ces personnages, seulement une étude sémiologique (sur le sens de leur présence dans la mythologie contemporaine).

    J’ai ainsi alterné les patients de chaque côté de la morale: héros et vilains. Peut-être que le féminin serait à mieux représenter? J’ai quelques idées pour l’année 2018, pas forcément dans ce sens, mais qui donneraient un autre fil à retordre au Doc…

    • Matt  

      Les vilains de Batman me semblent plus humains et analysables, non ? Batman aussi d’ailleurs, mais tous les comics ont déjà fait 3000 analyses de son rapport à ses parents.

      • OmacSpyder  

        Batman procède inlassablement de la même analyse : le traumatisme de la mort de ses parents et l’utilisation contraphobique du costume pour incarner celui qui fait peur. Si Daredevil s’approche de cette conception, il raconte ensuite bien d’autres choses…

        Les Vilains de Batman incarnent eux aussi « en bloc » un principe unique face à l’archétypal Batman. On peut certes analyser leur « principe », mais analyser Mr Freeze ne sera jamais comme analyser le parcours et la trajectoire d’Iceberg.

        • Matt  

          Alors Emma, Mystique et Malicia^^ Y’a de quoi faire là je pense.
          Il n’y a pas des personnages archétypaux plus « en bloc » comme tu dis chez Marvel ? Captain America ? Iron Fist ? Je dis ça mais c’est surtout que je connais mal les persos^^

          • OmacSpyder  

            C’est sûr qu’il y aurait de quoi faire avec ces trois-là! Cap America a un peu ce côté monolithique en effet, mais moins marqué. Iron Fist est ancré dans sa spécialité. Il a l’air zen 😉

          • Fred Le Mallrat  

            Je ne trouve pas avec le Captain qui a plusieurs points.
            Cela part de l’idealisme, au coté militaire..
            Je touve justement qu en général les héros marvel ont 2-3 cotés differents et souvent justement antagoniste en eux même.

          • OmacSpyder  

            @ Fred Le Mallrat : c’est tout à fait l’avis que j’exprime sur les héros Marvel qui ont AU MOINS ces 2 – 3 versants différents.
            Pour Cap, comme tu l’évoques, le côté idéaliste forme un « bloc » qui se contraste selon les différentes histoires et époques. Pour le comparer à Superman, par exemple, ce dernier est carrément plus monolithique à mon sens.

            Les plusieurs versants différents des personnages Marvel leur confèrent un côté humain qui peut les amener à s’allonger sur le divan 😉

  • Bruce lit  

    Et au fait : excellent la langue qui fourche de Bobby quand il évoque les samourais de Hiro de l’ère Portaccio. Des épisodes bien sûr qui me faisaient jubiler ado.
    Tiens, Jubilee ? chez le Dr Hivence ?

    • OmacSpyder  

      J’ai trouvé après – coup que cette couverture où l’on voit ces samouraï se ruer sur Iceberg était à double lecture!
      Bobby avait de quoi jubiler aussi!
      Jubilée? Je n’y avais jamais pensé^^

      • Matt  

        A propos de Jubilee, quelqu’un a lu la mini série de Robert Kirkman sur elle ? Je sais que c’est estampillé « marvel kids » mais bon…les Fugitifs de Vaughan aussi.

      • Matt  

        Ou même la série de Immonen qui la transforme en vampire ? Hu hu ! ça a du plaire à plein de monde, ça.

        • PierreN  

          La transformation en vampire ce n’était pas plutôt dans la série de Gischler (cette mini-série doit donc être un spin-off) ?

          • Matt  

            Ah peut être. Je ne l’ai pas lue, je sais juste que Wolverine traque des vampires et que la série s’appelle « Wolverine & Jubilee »

          • OmacSpyder  

            @Matt : Je ne connais pas cette série… c’est peut-être la suite?

  • OmacSpyder  

    Jubilee en vampire, c’est dans la série X-men. L’arc Curse of the Mutants quand le Dr Nemesis découvre que Jubilee a été infectée par un virus. Wolverine y combat Xarus, fils de Dracula. Il se fait infecter par la morsure de Jubilee mais tout cela faisait partie du plan de Cyclope plus malin encore! La défaite du Dracula Jr est consommée, mais Jubilee reste un vampire avec toutes ses… qualités!

      • OmacSpyder  

        Très intéressant ce focus! Merci pour le lien.
        Le passage de sa transformation en vampire est évoquée rapidement en effet. Mais surtout l’article rappelle tout le parcours singulier de cette adolescente!

  • Jyrille  

    Bien joué Omac pour ces séances : les références télévisuelles (notamment le fait de proposer tes articles comme des épisodes), la perpétuelle symétrie entre le froid, le chaud, l’hiver et l’été, et le fil directeur du zéro (qui rappelle forcément son opposé, l’infini) forment une structure solide qui en font une réussite. Et puis tu as bien pris soin de ton patient.

    Je ne connaissais pas cette chanson de Gainsbourg, ça fait toujours plaisir.

    • OmacSpyder  

      Merci Jyrille!
      Rigueur et bienveillance : les deux mamelles d’une bonne thérapie!
      Ravi que tu soulignes cette structure qui est pour moi une façon structurelle de parler du personnage en plus du contenu manifeste. Vous avez dit « latent »..? Exactement!

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