COMMENT SE SORTIR DU PATRIARCAT BLANC? (HOW TO GET AWAY WITH MURDER)

 

 HOW TO GET AWAY WITH MURDER

Une délibération rédigée par le juré Eddy Vanleffe

MURDER est une série télévisée américaine créée par Peter Nowalk, produit par Shonda Rhimes et diffusée depuis le 25 septembre 2014 sur le réseau ABC. Elle comporte six saisons de 15 épisodes chacune. Cinq sont diffusées en France sur le réseau Netflix.

Nous avons ici un mandat qui nous permet de spoiler tout ce que nous désirons.

moitié Tina Turner, moitié Obama, la plus valeureuse des avocates, Viola, Viola.... ©2014-ABC studios source: http://ecx.images-amazon.com/images/I/51kxXrr-EbL._SX940_.jpg

Moitié Tina Turner, moitié Obama, la plus valeureuse des avocates, Viola, Viola….
©2014-ABC studios
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Un article sur la série MURDER a-t-elle réellement sa place sur un site consacrée à la culture geek? Et bien pas vraiment au départ, néanmoins, nous pouvons voir émerger devant nos yeux un changement que certains pourraient qualifier comme une révolution au sein des fictions principalement américaines. Une volonté farouche de valoriser et de mettre en avant le progressisme et la diversité, que ce soit celle des origines ethniques ou celles des sexualités. Ce courant de pensée que le net a désormais plus ou moins circonscrit sous le mot valise SJW (Social justice warriors), vient initialement des universités américaines jamais avares de lubies fondées ou non pour finalement se populariser sous forme de combat ordinaire s’infiltrant partout et surtout dans la culture pop, plus à même de capter les évolutions des mentalités. Les comics se font donc, depuis quelques années les véhicules de cette nouvelle idéologie qui milite pour une meilleure représentativité des sexes et des couleurs.

Bien qu’il soit presque illégal de parler de race, je serai obligé-et je m’en excuse parfois de passer par cette facilité de langage afin de pourvoir aller plus avant en profondeur dans certains éléments d’analyses puisque la «question raciale» est au cœur de l’intrigue de la série et comment aborder ce thème sans utiliser les mots eux-mêmes. Oui, on peut déceler un début d’hypocrisie.

Un petit résumé de la saison 1 pour mettre dans l’ambiance.

MURDER (HOW TO GET AWAY WITH MUDER?) est une série judiciaire, qui suit essentiellement la vie et la carrière d’ANNALISE KEATING,prénommée à la naissance Anna-Mae, une brillante avocate noire, dont la spécialité est de gagner des procès particulièrement tordus et ce, quelle qu’en soit la morale. Elle prodigue aussi des cours dans une prestigieuse université de droit dans laquelle n’hésite pas à tordre le code civil et pénal américain dans le seul but de gagner. Elle décide sélectionner une poignée d’étudiants prometteurs pour lui servir de stagiaires durant toute l’année scolaire.

En premier lieu nous avons WES GIBBINS un étudiant métis et pauvre qu’Annalise dorlote particulièrement, il est sain d’esprit, et ainsi presque le héros de l’histoire. CONNOR WALSH un requin homosexuel aussi arrogant que sensible. ASHER MILSTONE, une caricature de W.A.S.P, aussi vulgaire que puant de richesse, il s’avérera être finalement l’un des plus loyaux et des plus tolérants. MICHAELA PRATT, femme noire très belle, aux dents excessivement longues, elle admire Annalise parce qu’elle est une noire qui a réussi, elle veut être la prochaine Michelle Obama et cherche à épouser un bon parti. Enfin LAUREL CASTILLO, jeune femme d’origine mexicaine, idéaliste elle s’avère être aussi d’une agressivité redoutable, uniquement motivée par ses besoins personnels. Cette équipe pourrait être une nouvelle itération des X-MEN de Claremont tant ils font écho à différentes factions de la population américaine actuelle.

une belle brochette de salopards, enfin des avocats quoi... ©2014-ABC studios source: http://fr.web.img2.acsta.net/r_1920_1080/pictures/14/07/15/11/48/148544.jpg

Une belle brochette de salopards, enfin des avocats quoi…
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Autant le dire tout de suite, le volet judiciaire n’est pas le plus intéressant. On est loin des très pointilleux scénaristes de Dr HOUSE qui savaient tirer parti des annales les plus bizarroïdes de la médecine pour en faire des intrigues percutantes et pertinentes sur les questionnements éthiques. Non, ici il faut nous convaincre à chaque fois de la ruse et de la hargne d’Annalise. Chaque procès est une vraie farce où l’héroïne brutalise, insulte, ment et invente des preuves pour parvenir à ses fins sans que cela soit particulièrement dénoncé par qui que ce soit. Inversement, si l’histoire veut lui faire subir un passage à vide, elle ne peut plus articuler deux mots sans qu’une voix ne gueule «Objection!», «Ouï dire!» ou «Elle intimide le témoin!». Tout cela obéit à la directive des auteurs bien plus intéressés par le «drama» que par les prouesses des plaidoiries ou la description documentée d’un système.

Non le cœur de la série réside dans la personnalité même de ses protagonistes et surtout Annalise Keating. Les cinq étudiants ,tels des loups ivres de pouvoir et de revanche sur la vie, vont rapidement être mêlés à un meurtre dont il va falloir les disculper. Le procédé du «flashforward» va être utilisé en abondance et le spectateur va être ballotté à un rythme effréné entre les deux lignes temporelles découpées dans le désordre afin de donner toute leur force à chaque révélation ou chaque nouvel indice. Nous sommes donc dans une sorte de feuilleton amoral et hitchcockien où ce qu’on croit est bien plus important que la vérité.

Pitch de la première saison: Annalise Keating commence à avoir des doutes sur son mari le brillant professeur en psychiatrie Sam Keating. Elle le sait être attiré par les jeunes femmes, mais lorsque l’une d’entre elle disparaît, tout s’emballe jusqu’au point de non-retour. Quelques semaines plus tard: les étudiants stagiaires d’Annalise ont tué le Professeur Sam Keating au terme d’une nuit très mouvementée. Annalise va devoir les couvrir et les protéger. «Pourquoi?» et «Comment?», vont être les questions à rebondissement qui vont s’égrener au fil des épisodes.
Il y a grosso-modo deux gigantesques arcs qui s’étalent au fil des cinq saisons.
Le premier tourne autour des relations entre Annalise et l’étudiant Wes Gibbins. Leur passé commun et comment ces éléments vont entrer dans une collision cataclysmique qui va entraîner avec eux tout leur entourage. L’avocate frustrée dans son besoin de maternité, s’accroche à protéger presque malgré lui, Wes que le sens de l’éthique va emprisonner au sein d’un méli-mélo de mensonges. Il est le héros Hitchcockien inversé, coupable mais pourtant légitime.
Le second est un arc qui va voir émerger une toute nouvelle Annalise, qui dans son combat pour les droits civiques va une fois de plus déclencher malgré elle, une avalanche de drames achevant de broyer l’humanité des protagonistes. Cette fois elle va s’engager dans le procès pour la réhabilitation d’un vieux détenu noir, transformer ça en cause politique et se heurter à une administration entière.

Ce qui fait que MURDER est assez riche, c’est que la forme et le fond se chevauchent alternativement dans une sorte de danse frénétique. Le spectateur va donc suivre les parcours parallèles de la Comète Keating et de ses satellites. Rapidement toutefois, une sorte de récurrence thématique va finir par unir le tout au sein d’une œuvre qui a quelque chose à exprimer. Surtout un adversaire se dessine: le vieil homme blanc.

1/MORT AU PARTIARCAT!

C’est sous-marin mais présent tout au long de la série: TOUS les pères sont des connards. Tous, sans aucune exception. Sans vouloir détruire les différentes sources de suspens, je vais énumérer sans préciser quel personnage cela concerne puisqu’ils sont tous finalement logés à la même enseigne. Les papas sont donc démissionnaires pour la plupart, ayant quitté le domicile conjugal quand ils ont pris la peine de reconnaître leurs enfants. Mais à y réfléchir, ce sont ceux qui sont le moins nocifs puisqu’au moins, ils n’ont rien de fait de monstrueux. Un oncle a abusé d’un personnage dans sa jeunesse et une autre a carrément été violée toute son enfance avec sa sœur. Il est certain qu’en comparaison, le simple parrain de la mafia, ou l’avocat véreux font pâle figure. L’un des protagonistes est même issu d’un viol tandis qu’un autre se débarrasse d’une femme quand elle annonce sa grossesse. Enfin cela devient plus tordu. Inspiré par le courage d’un autre, un mari finit par faire son «coming out», détruisant donc son foyer par le même coup.

Vous allez me dire, qu’il est positif de s’assumer. Oui, mais le reproche se fait à un autre niveau. S’il avait pu assumer plus tôt et ne pas essayer de se conformer à un modèle hétéro-normatif, il n’aurait fait de mal à personne, et vécu selon son identité. Ce peut paraître capillo-tracté mais on est quand même à ce niveau-là parfois dans les dialogues. Il y en a même un, qui totalement accrocs aux médicaments camoufle le suicide de sa fille et un autre qui filme à son insu son épouse pour gagner la garde de leurs enfants. Pour finir, un père (noir) semble honorable mais il purge quand même une peine pour avoir trafiqué de la drogue et tué un homme en prison. Clairement donc, pas un enfant de cœur non plus. La logique anti-paternelle va tellement loin que lorsqu’une naissance survient dans l’histoire, le père du futur bébé meurt, afin de pouvoir débarrasser de sa présence virile/toxique, l’enfance du chérubin, désormais élevé par une femme seule-donc libre: l’enfance parfaite vendue par les scénaristes. La paternité est gommée de l’équation. Vous pourrez dire que c’est une vision personnelle de l’œuvre, mais c’est parfois appuyé explicitement dans les dialogues. L’héroïne revendique ne plus avoir besoin d’homme tandis que sa mère assène: «Les hommes prennent et se servent, c’est dans leur NATURE!». Lors de la célébration d’un mariage gay, les mères des époux sont mises en avant, tandis que la présence paternelle, n’est même pas souhaitée. Le message est clair: le modèle familial de MA SORCIERE BIEN AIMÉE, c’est fini!

Le salaud type: un mec à son bureau: trône symbolique, siège d'un pouvoir tranquille et indiscutable. ©2014-ABC studios source: http://fr.web.img6.acsta.net/r_1920_1080/pictures/14/10/10/16/37/440526.jpg

Le salaud type: un mec à son bureau: trône symbolique, siège d’un pouvoir tranquille et indiscutable.
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2/LA DIVERSITÉ A TOUT PRIX

Bien sûr nous somme issus d’une culture télévisuelle qui valorise depuis sa conception, l’homme blanc «dit normal» donc hétérosexuel et il est sûrement temps de changer la donne. Encore faut-il voir ce qui est promu à la place. Dès le départ, mélanger le propos social avec des intrigues «de loi», n’est pas ce qu’il y a ce qu’il y a de plus habile, le milieu des avocats n’étant pas le milieu le plus altruiste et désintéressé qui soit.
Le résultat est donc que le nouveau modèle qui veut remplacer l’ancien, se montre totalement agressif.

Un gros point positif est la représentation de l’homosexualité. Déjà c’est un couple de mecs. Les couples de filles passent super mieux à l’écran et auraient même tendance à se banaliser. Ici nous faisons connaissance de Connor Walsh d’abord dragueur impénitent qui va rapidement trouver l’âme sœur en la personne de OLIVER HAMPTON. D’abord, les auteurs réussissent à écrire une histoire d’amour tangible et sincère. Les deux acteurs sont vraiment tous mignons ensembles. En revanche, ils n’hésitent jamais à mépriser ouvertement les hétéros, plus coincés, plus immatures et carrément plus cons à certains endroits comme si l’homosexualité était le prochain stade de l’évolution de l’humanité 2.0 débarrassée du carcan de l’hétéro-normativité. Cela engendre même une certaine pression pernicieuse. Après un coup d’un soir Connor, vire son amant qui lui répond méprisant que ce sont des gens comme lui qui font du tort à la communauté gay. La phrase présuppose qu’appartenir à cette communauté astreint à se comporter selon une certaine éthique ou un certain code pour ne pas enfreindre des lois tacites. Quelque part, la vie gay selon ces critères peut devenir une autre prison.

Le seul couple écrit comme romantique de toute la série. ©2014-ABC studios source: http://fr.web.img5.acsta.net/r_1920_1080/pictures/15/02/25/09/59/215405.jpg

Le seul couple écrit comme romantique de toute la série.
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Le personnage de Michaela Pratt est à ce titre assez exceptionnel. C’est une jeune femme noire très ambitieuse. Elle admire dès le premier épisode Annalise Keating et déclare de manière très ostensible qu’elle veut devenir la prochaine Michelle Obama. Elle prévoit donc un mariage glamour, avec un très bel étalon noir riche qui lui permettrait d’accéder définitivement à cette nouvelle bourgeoisie noire qui a su devenir très puissante jusqu’à réussir à s’imposer dans les «Hamptons» (bastion de la bourgeoisie blanche de la côte Est). Les noces en question lui permettraient également de pouvoir oublier ses origines modestes dont elle a honte. Abandonnée par ses parents biologiques, elle fut adoptée par un couple de bouseux blancs du sud. Chose qu’elle a énormément de mal à assumer, ne leur montrant que mépris, ingratitude et colère. Elle accuse même sa mère d’avoir adopté «une petite black», pour se laver une conscience. De fil en aiguille, elle profère clairement à plusieurs reprises des propos authentiquement racistes envers les blancs accusés de tous les maux, tout en faisant des pieds et des mains pour parvenir à se faire une place au sein d’une société quand même encore principalement blanche, fuyant de manière hystérique ses origines, elle souhaite sans aucun tabou obtenir le meilleur des deux mondes. Son projet mariage princier finit par être annulé et dans une pulsion qui la dégoûte elle-même, elle tombe dans les bras d’Asher. Avec répulsion, elle ne cesse dans un premier temps de le rabaisser allant jusqu’à le qualifier de «tas de viande» et lui renvoyant sa couleur de peau dès qu’il dit une connerie. Par la suite, elle le trompera dès qu’un idéal masculin se pointera, soit un beau black musclé qui réussit dans la vie. Michaela est donc détestable malgré une franchise à toute épreuve, dépourvue d’empathie ne cherchant que gloire, réussite et surtout la reconnaissance. Prenant parfois comme alibi, une certaine rancœur qui lui donnerait sa rage de vaincre, sa seule idéologie est le pur égoïsme, illustré par le moment où elle n’hésite pas à dénoncer un étranger aux services d’immigration dans le seul but d’éviter son témoignage gênant. Portoricain, c’est encore trop blanc.

Les personnages de mâles blancs et hétérosexuels sont un peu comme les pères, des exemples assez pitoyables. Entre Frank, l’homme de main qui ne sait pas assumer ni sa violence, ni ses sentiments, en jouant les balles de ping-pong entre deux femmes tout au long de la série. Sam, Le Mari D’Annalise, fuyant intellectuellement dominant, sait asseoir sa position sociale et professionnelle afin de l’utiliser à des fins manipulatrices. Il est aussi adultère et pour finir homicide. Enfin il y a Asher, fils d’un grand avocat, pistonné, beauf, malpoli, mal élevé, jamais avare de blagues racistes, homophobes ou misogynes, il est l’image même de ce qu’on pense du mâle blanc actuel: un connard! Mais c’est aussi avec ce personnage, que les clichés se renversent. Tout aussi débile qu’il puisse être, il tombe sincèrement amoureux de Michaela, se prend d’une réelle affection pour ses potes gays et se montre d’une loyauté à tout épreuve. Il est même le seul à témoigner de sa gratitude envers les sacrifices que consent Annalise pour eux. Bref, il est le seul personnage sympathique mais ne récolte que mépris, d’abord mis physiquement à l’écart du premier meurtre à dissimuler, il se fait accuser d’hypocrisie quand il s’engage pour des causes sociales. Il n’inspire que méfiance et cela en grande partie à cause de ses origines de W.A.S.P. L’antiracisme à sens unique.
Seul Wes Gibbins s’avère être un personnage fondamentalement sain, assumant parfaitement sa part d’ombre et dont le sens du pragmatisme n’empêche pas un certain sens de la justice et de l’éthique. Souriant, aimable et généreux, il fait presque tâche dans son refus du calcul.
A ce stade la série s’embourbe dans son message certes militant, mais qui ne représente pas de personnages à même d’incarner un certain positivisme tant la jeunesse représentée au-delà de la diversité ne fait que rouler pour elle-même, agir par lâcheté, exsuder l’ingratitude et profiter de ce que la vie leur offre à court terme entre partouzes, fêtes et abus de pouvoirs. L’égalité? Non, juste renverser la pyramide, s’y hisser au sommet et déféquer sur la prochaine base pour prendre sa revanche, la conscience dépourvue du moindre idéalisme . Un bel avenir progressiste.

Les deux héros face à face...une filiation spirituelle parfois plus concrète que celle du sang. ©2015-ABC Studios source:http://fr.web.img3.acsta.net/r_1920_1080/pictures/16/10/10/15/46/138523.jpg

Les deux héros face à face…une filiation spirituelle parfois plus concrète que celle du sang.
©2015-ABC Studios
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3/ LA DISCRIMINATION RACIALE

Pour autant le show de la chaîne ABC rebondit de manière surprenante lors du deuxième arc narratif.
Toujours plus militant pour le droit des noirs aux USA, le scénario s’attarde cette fois sur le système judiciaire vu par ceux qui prennent les coups de matraques, les peines les plus longues out en ayant le niveau de vie le plus précaire. Annalise tourne le dos aux affaires «juteuses» pour s’engager comme jamais auprès des affaires à revoir pour ceux qui manquent de budget ne peuvent bénéficier d’une défense adéquat. Elle va donc prendre le cas du père de son ami flic et le monter en exemple jusqu’au congrès et la cour suprême et ainsi obtenir la révision d’un procès particulièrement symbolique. Le détenu est un homme noir âgé, qui a de son vivant, pu voir les évolutions lois après loi en faveur de l’égalité mais qui en raison de son âge et de sa pauvreté n’a jamais pu en bénéficier. Annalise en profite dans une série de plaidoyers cette fois bien écris et convaincants pour démontrer que le racisme fait bel et bien parti de «l’ADN de ce pays» tout en reconnaissant les progrès effectués, elle utilise les armes de la loi pour obtenir le droit qui appartient désormais à chacun pour son client.

En effet, la «non responsabilité» pour cause de folie n’existait pas lors de son procès et parvenant à prouver les conditions inhumaines de détentions, au vu des lois actuelles, Annalise obtient la révision de son procès et plus largement, une promesse d’un meilleur budget pour les cabinets d’avocats commis d’office. C’est une réussite brillante menée de main de maître par l’avocate en quête de rédemption personnelle. Mais la série va plus loin qu’une simple dénonciation du racisme, elle va décrire la complexité d’un pays devenu totalement schizophrène. Le diable est dans les détails. Si le pouvoir blanc est dénoncé, il est aussi impalpable parce que tous les adversaires à chaque étape de la procédure sont physiquement incarnés par des acteurs noirs. Du juré qui /annonce un verdict que le spectateur sait injuste, au procureur adversaire, en passant par un juge ou le directeur de la prison, ou encore les policiers, tous les obstacles sont symboliquement incarné par des personnages noirs, une manière d’exprimer sans doute l’inextricable dysfonctionnement d’un système inadapté, dépassé où seuls les riches qui ont pu s’en extraire en sont devenus les garants jaloux, toutes couleurs confondus.
D’un seul coup la série qui utilisait quand même un peu la facilité, devient une critique réellement acide, pertinente et politiquement incorrecte. Il ne suffit plus de montrer du doigt ou de dessiner de nouvelles cibles à la peinture fraîche, mais bien de mettre à nu l’âme de tout un pays cosmopolite sur la couverture mais vicié sur ses fondements.

 

Derrière le verdict d'un homme, le destin d'un pays. ©2018-ABC Studios. Source: https://66.media.tumblr.com/c3c1c5d92c38d6b6d543ce1a057ddda8/tumblr_phbfsclMu51qbea2do2_500.png

Derrière le verdict d’un homme, le destin d’un pays.
©2018-ABC Studios.
Source:  66

Le show va encore plus loin en rajoutant une dimension ironique implacable. Annalise en obtenant la révision du jugement de son vieux condamné noir, va irriter les sphères politiques et trouver comme nouvel antagoniste la sénatrice dont l’appartenance au parti républicain est nommé tel quel. Il est difficile d’imaginer une fiction française mettant carrément en cause les Républicains directement. Un nouveau complot s’ourdit et le prisonnier meurt suite à une agression fabriquée de toute pièce afin de décrédibiliser le combat de l’avocate. Dans le feu de la colère, l’héroïne enquête avec l’aide du fils du prisonnier en question. Aux abois, ils ne parviendront absolument pas à garder la tête froide et sauteront sur les conclusions les plus aberrantes, sans d’autres preuves qu’une photo qui ne montre rien et de vagues soupçons. La série alors déclenche tout un panel de messages sardoniques à une époque la dénonciation équivaut à la culpabilité sans qu’un procès soit nécessaire. Ivre de fureur le fils du détenu décédé, va sauvagement et de la manière la plus brutale qui soit, exécuter celui qu’il croit être le coupable. Peu importe les suppliques, les dénégations, rien n’y fait. Peu après Annalise se défie d’un patron qui l’invite à dîner. Le repas tourne court lorsque malentendu sur malentendu et avec la rage accumulée, le pauvre gars de retrouve accusé de tous les fléaux de la communauté noire. Sombrant dans une paranoïa toujours plus isolante, les deux protagonistes tournent le dos et détruisent les vies et les réputations des seules mains secourables qui leur aient été tendues, des mains d’hommes blancs.

Murder, sur les cinq saisons parues en France défie totalement la logique et les sentiers battus. Commençant comme une sorte de manifeste sur la diversité, à force de propos trop forcés, d’ironies grinçantes, et son propos d’un pessimisme abyssal finit par devenir son exact contraire. A la société sclérosée et hypocrite répond une génération d’égocentriques uniquement occupés à partouzer, sniffer, sans jamais rien exhaler d’autre que de l’ingratitude crasse. A une justice raciste répond la simple loi du Talion, la vengeance basée sur la foi d’un vague soupçon.
Mais les showrunners sont bien plus malins que ça et c’est ce qui élève vraiment la série. Non, le show TV nous laisse en définitive contempler la photographie d’un pays fracturé, incapable de retrouver son équilibre. Constat noir et sans appel.

4/LE MATRIARCAT

Au niveau du casting, tous les acteurs sont très impliqués, justes dans leurs rôles et les situations sont mises en scènes justement pour explorer les moindres failles de leurs psychés. Mais on est obligé de s’attarder un instant sur VIOLA DAVIS qui interprète Annalise Keating. Elle domine largement par son charisme tout le casting de la tête et des épaules . Aussi sexy et dangereuse à certains moments que pitoyablement minable à d’autres, Viola traverse le tout avec une crédibilité confondante. Le personnage est aussi, il faut bien l’avouer une mine d’or. Ambiguë dans sa morale, elle incarne par sa seule présence toute la spiritualité de la série. Ça pourrait être incongru dans ce contexte et pourtant…
Toute sa personnalité est définie par la maternité. Son trauma personnel vient du fait qu’elle n’a pu enfanter correctement et elle compense de manière polyvalente avec tous ses étudiants et surtout Wes Gibbins . Sans cesse reniée, rabrouée, humiliée, elle se relève pourtant et ne déroge jamais de la mission qu’elle s’est fixée. Elle est véritablement l’incarnation de la déesse mère au même titre que celui du mouton noir. Régulièrement, elle endosse les fautes des autres pour en subir l’opprobre et revenir encore plus forte. Dans ce dernier aspect, on assiste presque à un parcours christique empli de ses propres scène de la passion. Enfin si tout le reste parait partir dans tous les sens, c’est bien cet aspect de sa personnalité qui homogénéise toutes les thématiques de la série puisque par quel autre moyen peut-on combattre le patriarcat blanc qu’en présentant un exemple de matriarcat noir?

Au moment de la rédaction de ces lignes, la sixième et dernière saison n’est pas encore parvenue jusqu’à nous. Quel chemin les scénaristes vont-ils prendre pour conclure ce voyage? Résilience ou annonce du chaos? Impossible à déterminer mais une chose est sûre, Murder est une série qui fera date, pour toutes les questions qu’elle soulève en permanence et en tant que document teigneux sur la mutation de l’occident. Car chacun sait que quand les USA éternuent, c’est tout l’occident qui attrape un rhume.

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La «mater familias» entourée de ses disciples pour un des rares moments heureux sans doute… ©2015-ABC studios source:  Web 

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En BO, une autre Anna-Mae qui a du se libérer de l’homme.

32 comments

  • Bruce lit  

    Bon désolé Eddy, mais tu as sans doute trop bien bossé dans ta description du truc : je ne veux pas voir cette série.
    Non aux injustices ! Le racisme me débecte et la mort de Floyd aux States est révoltante. Les homosexuels sont des gens comme les autres qui ont le droit de vivre, d’aimer, travailler comme ils veulent.
    Mais cette forme de militantisme bulldozer et sans nuances-américaine- me révolte tout autant que les ségrégations qu’elles dénoncent.
    Non, tous les hommes blancs ne sont pas des salauds
    Tous les Pères ne sont pas des crevures
    Tous les Noirs des victimes de méchants blancs (les guerres en Afrique et leurs régimes corrompus, on en parle ?)
    L’histoire américaine des méchants blancs qui tuent les gentils indiens, c’est encore pire. Pour avoir longtemps vécu en Amérique du Sud et conversé avec des Indiens, je peux vous dire que les Incas n’étaient pas des saints : sacrifice humains, guerres sanguinaires, les esclaves enterrés vivants avec leurs maîtres, bcp de tribus indiennes ont, au début, collaboré avec les Espagnols pour se débarrasser de ces tyrans. Le résultat fut encore plus atroce, je ne le nie pas.
    L’imbécillité du dernier Tsar de Russie a laissé la place au communisme le plus sanglant de Lénine et ses copains.
    La révolution française a aboli bien des privilèges mais aussi placé bcp d’innocents sur l’échafaud.
    L’horreur du nazisme facilitée par de pauvres bougres humiliés qui ne pouvait plus nourrir leurs enfants.
    LA PLANÈTE DES SINGES, SA MAJESTE DES MOUCHES, LA FERME DES ANIMAUX, LA VAGUE, MCBETH tous ces grands romans montrent que les causes les plus justes, les hommes les plus doux et vertueux deviennent des brutes sanguinaires dès que l’occasion se présente. Cette violence est intrinsèque à l’homme avec un grand H et non à sa couleur ou sa religion. Les humains n’ont pas attendu le christianisme pour tuer et massacrer (la série VIKING le montre bien- Les Dieux antiques étaient même plus sympas que YWH ou Allah).

    Bref tout ça pour dire que ce show de SJW ne m’intéresse absolument pas et qu’en plus, le pitch d’une team d’avocats qui essaie de maquiller un meurtre même légitime me semble tout droit sorti de la série DAMAGES.
    Tiens, vous avez vu ça au fait ? On nous refait le coup de TINTIN AU CONGO…
    Ceci dit, ta conclusion est très vraie – Tchoum.

    • Matt  

      I agree !
      Comme le dit Eddy plus bas…trop de blancs dans Friends ?
      Ah…
      Et on peut pas dire trop de noirs dans Le prince de Bel air ? Parce que c’est raciste de dire qu’il y a trop de noirs. Mais ça ne l’est pas de dire qu’il y a trop de blancs.
      On n’est pas en train de combattre le racisme, on est en train de l’inverser ! Noir = gentil, blanc = méchant.
      Ils font également toujours gaffe de ne pas mettre de méchant noir dans les films vous avez vu ? Ou alors c’est dans un film composé entièrement de noirs comme Black Panther. Comme ça…ça va.
      Mais un héros blanc et un méchant noir ?
      Putain Demolition man est raciste les gars !! Wesley Snipes est méchant dedans ! Et les héros sont blancs.
      Non mais n’importe quoi…

      • Kaori  

        Matt, nos commentaires se rejoignent, je n’avais pas vu le tien…

      • matt  

        A quel moment l’homme blanc aurait-il le droit de dire que c’est raciste qu’il endosse toujours le rôle du méchant pour préserver les autres ethnies ?
        Dans 400 ans, après qu’il soit passé par la case harcèlement et discrimination ?
        On cherche l’égalité ou la vengeance ?

        • Kaori  

          Et on a le même problème avec le féminisme poussé à l’extrême…

    • Brehon  

      Tout à fait d’accord avec toi, Bruce.
      Sujet très sensible sur lequel je ne me lancerai pas de peur d’y passer la soirée.
      Bon, en tout cas, chapeau pour le timing, en pleine affaire Floyd.

      • Eddy Vanleffe  

        Alors, pour ça, j’y suis pour rien…l’article a du être bouclé, il y a trois ou quatre mois….

  • Kaori  

    Vendue !

    Je reviendrai pour quelques questions et un commentaire un peu plus profond 😉

  • Présence  

    Incroyable : je pense que j’avais dû 10mn d’un épisode, en discutant avec madame. 🙂 J’avais été frappé par ce que tu explicites : le charisme de l’actrice principale, la construction en saut dans le futur.

    Ton article expose les caractéristiques de chaque saison avec clarté : ça ne me choque pas que des auteurs forcent le trait pour dénoncer un état de fait systémique. Ce n’est pas ce que je préfère comme dispositif narratif : quand Ennis est en mode tous pourris pour les politiciens, j’y vois une facilité scénaristique. Mais ce que tu me décris de la saison 1 semble un peu différent : plutôt un catalogue de comportements négatifs, sans contrepartie. C’est vrai qu’il est plus facile de détruire que de construire, mais parfois il faut forcer le trait pour se faire entendre. De ce point de vue, je peux comprendre le choix d’un message sans nuance comme Mort au patriarcat.

    La diversité à tout prix : beau rapprochement avec les X-Men de Chris Claremont (je viens de relire le Graphic Novel des New Mutants : il reprend exactement le même schéma de diversité que Len Wein pour les X-Men). Renverser la pyramide : ça ne me surprend pas que l’on soit conduit à reproduire des schémas existants, ceux qu’on a toujours connus, ou lorsqu’on a jamais connu que ça.

    La discrimination raciale – Le plus terrifiant avec la mort de George Floyd, c’est qu’on peut ressortir des images d’archive, de 5, 10, 15 ans en arrière de journalistes commentant le même genre de situation, avec les mêmes condamnations, et mesurer la quasi absence de changement.

    Le matriarcat – Moyen pour combattre le patriarcat blanc qu’en présentant un exemple de matriarcat noir… J’en déduis que finalement il y a bien une proposition de modèle, une alternative constructive à tous ce qui est pointé du doigt ?

  • Eddy Vanleffe  

    chalut les gars!

    @Kaori
    j’espère ne pas trop t’avoir spoilée

    @présence
    oui Viola Davis est un rouleau compresseur, cette actrice est formidable (le seul truc à sauver dans Suicide Squad sont ses apparitions). Le rapprochement avec les X-Men de Claremont est évident. en 1975, c’était important de mettre un héros issu du bloc soviétique pour bien affirmer la volonté d’ouverture et puis après on pouvait chanter avec Sting « Russians love their children too »…
    aujourd’hui, on ne peut plus concevoir un show sans refléter cette diversité voulue dans le monde idéalisé de la tv. il suffit de voir Matha Kauffmann s’excuser du trop de blanc dans Friends pour réaliser que le monde change avec ou malgré nous.
    Ce qui est chagrinant, c’est que je ne pense pas qu’on vienne se plaindre du Prince de Bel-air ou de Ma famille d’abord. tout au plus on pourra conclure que la tv des années 90 était très ségrégationniste mais voilà, c’était il y a 20ans, le système était comme ça et pas mal de stars y ont éclo. soyons paritaire et citons Jennifer Anniston et Will Smith pour ne citer qu’eux.
    oui Annalise peut être vu comme un modèle positif, au moins pour sa totale remise en question et son abnégation. elle fait des erreurs (voir même pire) mais elle travaille toujours à la protection de sa tribu (j’entends le clan qu’elle s’est créé).
    je répondrai à Bruce plus tard.

    • Tornado  

      Qui se souvient du COSBY SHOW ? Cette série avait fini par me devenir insupportable, imbuvable : Chaque fois qu’il y a avait un blanc, c’était une merde. Un exemple : Le seul copain blanc des gamins : Un petit obèse issu d’une famille de beaufs, complètement débile et vulgaire. Et ça date des années 90.
      Je ne vois rien de progressiste là-dedans. Juste la loi du talion : On inverse les valeurs et on recopie celle qu’on dénonce. Affligeant.

      Moi qui ai toujours été un ardent défenseur de la cause noire, je pensais trouver là une série soul. Je me suis bien planté… (et en plus c’était une purge pas drôle du tout).

      • Kaori  

        Je partage ton point de vue. Je n’en reviens pas que Marta Kauffman ait dû s’excuser…

        Je suis aussi agacée lorsque je vois des séries ou même des téléfilms où le casting est entièrement « noir », parce qu’ils font la même chose que ce qu’ils reprochent aux Blancs, finalement ! Eux c’est du communautarisme, nous c’est du racisme.

  • Kaori  

    D’un premier abord, je me suis demandée ce qui t’avait amené à regarder cette série. Comme Bruce, j’aurais cru que tout ce que tu dénonçais au départ t’aurait fait fuir.
    Je me suis également dit que tu aimais le risque : on sait bien qu’en tant qu’homme blanc, tu aurais vite pu être considéré comme non légitime pour parler d’une série portée par une femme noire.
    Mais ton article montre bien que cette série ne vise pas qu’à dénoncer le patriarcat et la suprématie blanche. Elle me parait bien plus profonde que cela, et montre que le fait d’inverser la pyramide n’a rien de la solution idéale.
    J’aime l’approche du personnage d’Asher, image du connard blanc qui s’améliore au contact de personnes différentes de lui, qui ouvre son esprit.

    Si je ne m’abuse, Shonda Rhimes, c’est Mme Grey’s Anatomy. Elle met en avant un couple homosexuel hommes, au sein de l’hôpital, depuis un an ou deux. Elle avait commencé il y a une dizaine d’années avec un couple de femmes.

    Question : pourquoi l’héroïne change-t-elle de prénom ?

    • Eddy Vanleffe  

      @Bruce et Kaori.
      parce que vous me posez une question voisine.

      Au départ, je ne voulais pas regarder cette série, un truc sur des avocats, le monde du judiciaire ne m’attire pas mais ma Moitié a insisté pour que je jette un oeil et on a fini par tout regarder.
      au fur et à mesure et après un certain agacement sur ce militantisme de l’humanité 2.0, j’ai fini par déceler l’aspect symbolique de notre époque dans cette série et à quel point, tout était bien mis en scène.
      des gugusses derrières leur PC qui se plaignent toute la journée d’un monde toujours trop cruel tout en abusant du confort que leur statut d’épargnés leur confèrent, me cassent prodigieusement les bonbons.
      mais là les créateurs mettent les mins dans le cambouis. il mettent en scène avec les bons et les moins bon côtés, une sorte d’alternative, ils mettent en garde aussi contre l’aveuglement des idées reçues. et oui ils mettent en scène un matriarcat. ils ne se contentent pas d’en parler. ça en fait une série sur laquelle je n’arrêtais pas de débattre en famille et rapidement je me suis aperçu que je ne pouvais laisser tout ça s’évaporer et le besoin d’en faire un article s’est fait sentir de manière quasi-irrépressible.
      Au départ, je ne pensais pas que le prendrais Bruce, parce que ça sort de nos marottes habituelles….
      puis j’ai lu l’article de Jyrille sur Sex Education et je me suis dit: Ok c’est bon je finis le truc et je vais jusqu’au bout de mon idée…
      Merci donc.
      Comme je le disais, une réalité se superpose à nos habitudes de plus en plus. beaucoup me heurtent (j’ai donné les exemples au dessus), d’autres m’interpellent. je reproche souvent aux plus « concons » des SJW d’adopter les méthodes et la tolérance de ceux qu’ils conspuent. cette série m’a donné l’opportunité de réfléchir vraiment sur ces thèmes avec grâce à la fiction, des exemples concrets. pour pouvoir exprimer ce qui me dérange vraiment dans cette nouvelle culture, il faut pourvoir examiner un peu le truc.
      la fin de l& saison 5 est ce que j’ai vu de plus horriblement ironique et cruel où certains types vraiment bien dégustent pour de bon pour rien, la caméra n’est pas innocente. le truc ne peut pas ne pas interpeller.. il y a vraiment beaucoup de piste de réflexions et parfois pas des plus agréables dans cette série qui ne cocoone pas le spectateur lambda.
      tout comme la chanson « deuxième génération » de Renaud, l’intention veut défendre une cause et mais se retrouve presque à exprimer le contraire. Chez Renaud, c’est la maladresse (oui parce que la collection de clichés dans cette chanson en ferait presque un truc FN) mais dans cette série, rien n’est moins sûre. je soupçonne une écriture très noir (sans jeux de mots svp^^) plus large sur la nature humaine et sur notre société malade quoi qu’on en dise.

      • Bruce lit  

        Je veux bien entendre l’argument agent infiltré. Avec Madame, on a un deal : si ça ne me plait pas, elle regarde sans moi sans remords. Récemment je n’ai pas résisté à l’ennui profond de BLOODLINE ou DARK.
        Tu ne m’as pas répondu : tu connais la série DAMAGES ? Ta série m’en semble vraiment la copie noire, flashforwad inclus.

        • Eddy Vanleffe  

          nan j’ai jamais entendu parler….

          • Bruce lit  

            Ben c’est quasi la même histoire, voire le même casting avec une Glenn Close en Bitch surdouée avec, face à elle Rose Byrne ingénue mais ambitieuse.

      • Jyrille  

        « puis j’ai lu l’article de Jyrille sur Sex Education et je me suis dit: Ok c’est bon je finis le truc et je vais jusqu’au bout de mon idée… »

        Content de t’avoir inspiré au moins partiellement ! 😀

  • Tornado  

    C’est une sacrée analyse socio-culturelle que tu nous a proposé là. J’avais perçu une certaine acuité de ta part dans tes commentaires, mais là tu en donnes la pleine mesure.
    J’adore.
    J’adore ta déconstruction et c’est personnellement TOUT ce que j’ai envie d’entendre aujourd’hui. Pour moi les gens qui cherchent les méchants et les gentils dans notre monde sont idiots et n’ont rien compris. Pire encore ils sont souvent hypocrites car, à travers cette soi-disant « quête »,, ils ne cherchent qu’à dorer leur image. Ici tu démontres bien, avec finesse, l’absurdité et surtout la complexité de notre monde.
    Du coup en revient toujours au même : En sondant l’abîme de ce monde, il sonde également la notre. C’est très enrichissant.
    Merci.

    Pour autant je ne sais pas si je me sens le courage de m’infliger ces six saisons. Je vais réfléchir et en discuter avec ma chérie…
    Et, au fait, la tienne ne t’a pas conspué après tout ça, espèce de sale blanc hétéro ? 😀

    • Eddy Vanleffe  

      Je ne sais que répondre Tornado…
      ça me fait très plaisir évidemment…
      je fais de mon mieux, quand un sujet me tient…
      Merci.
      Ma femme n’est pas spécialement féministe, les injustices la révolte, c’est tout.

      • Tornado  

        Pour tout dire je n’avais pas perçu au départ la longueur de l’article.
        Je ne connaissais pas du tout cette série et à priori le sujet ne m’emballait guère (je ne suis pas du tout amateur de ces séries (il y a un nom pour ça ?) de type URGENCES ou GRAY’S ANATOMY (j’ai regardé les 4 ou 5 premières saisons et je n’en pouvais plus)).
        Et pourtant j’ai enchaîné tous les paragraphes en étant complètement happé par ta démonstration. Quand on pense que la plupart des gens ne savent rien faire d’autre que tout simplifier pour critiquer. Alors que c’est tout l’inverse en réalité (tout est extrêmement complexe !).

        Plus j’y songe, plus je me dis que le script de la série a l’air de fonctionner sur le principe de « déconstruction/reconstruction ». Si c’est le cas c’est mon schéma narratif préféré… 🙂

        • Eddy Vanleffe  

          Pas faux!
          il y a bien cette notion de destruction pour tenter de reconstruire sur des bases plus saines, mais avec un tapis qui se dérobe sans arrêt.
          Ce qui pourrait plomber le plaisir de vision pour les uns et les autres, ce sont les intrigues au sein des épisodes même. c’est parfois pas très inspiré. on sens que c’est secondaire par rapport au « master-plot ».
          et oui la série est assez complexe dans ce qu’elle veut décrire.
          en général, les séries américains parviennent justement à générer de la réflexion.
          Dr House posait énormément de questions éthiques en parlant de social. il n’évitait pas les sujets épineux justement.

  • matt  

    Je veux bien croire ce que tu dis de cette série Eddy.
    Après…désolé mais ce n’est pas un sujet que j’ai envie de suivre sur 6 saisons…vu qu’il n’y a de toutes façons pas grand chose que je veux suivre si longtemps^^

  • JP Nguyen  

    C’est marrant, tu ne lui mets « que » trois étoiles mais tu reconnais tout un tas de qualités à la série, tout en te distanciant en partie de son parti pris… C’est un exercice d’équilibriste où l’on sent que cette oeuvre t’a interpelé et motivé pour nous pondre un joli article.

    Perso, « ce sera pour ma culture » car je ne pense pas la regarder. Autant j’ai essayé Watchmen et Star Trek Discovery après les articles Cyrille et Patrick, autant là, je n’identifie pas d’ingrédient qui m’attire vraiment.
    Au passage, les compétences juridiques à géométrie variable de Viola constituent un élément très agaçant pour moi. Je déteste, dans une série, quand un perso est alternativement un cador ou une brelle, selon les besoins de l’intrigue.

  • Eddy Vanleffe  

    Thanks JP.
    Pour moi, trois étoiles, c’est déjà bien^^
    les compétences à géométrie variable comme tu dis, c’est le gros point noir du feuilleton, c’est clair.
    sinon pour le reste, j’ai voulu faire de mon mieux et être clair.
    a demain collègue. ^^

  • Surfer  

    Joli billet sur une série qui t’as permis de faire ton analyse sociale que je partage en partie.

    J’y apporterai cependant un petit détail qui a une grande importance. Contrairement à l’importance qu’accorde un certain borgne à ces petits détails.

    Rien n’est simple…. E t à mon humble avis, Il est impossible de comprendre, prendre parti et juger assis sur son fauteuil à écouter les médias, à surfer sur le net ou à visionner des séries. Notre jugement ne se sera construit qu’à partir d’informations plus ou moins fondées et il sera forcément biaisé.
    En gros, je pense que pour bien appréhender le problème il faut VIVRE les choses pour VRAIMENT comprendre certaines souffrances.

    Je l’ai déjà dit sur ce blog, mais je le répète pour mieux le souligner: Je suis un HOMME de cinquante ans, BLANC, HÉTÉROSEXUEL, CHRÉTIEN.
    Je n’ai jamais subit de discrimination sérieuse. Je n’estime donc pas avoir la légitimité de donner un avis sincère et solide. Je conçois que tout ce que je peux dire soit difficilement recevable par les individus les plus impliqués.

    Tina Turner, une FEMME NOIRE sous l’emprise totale de son mari a, par exemple, beaucoup plus de crédibilité à mes yeux.

    Au passage, très bon morceau de Ike & Tina pour la VO.

    Concernant la série dont il est question, malheureusement je ne pense pas la visionner par manque de temps.

    • Eddy Vanleffe  

      Bonjour Surfer.
      merci d’être passé et d’apporter un commentaire.
      Alors oui, il faut remettre un truc en contexte. ce n’est pas un reportage mais bien une critique de série TV.
      les résonances criantes avec la réalité de notre temps nous invite à se réfléchir.
      c’est déjà très bien.
      La vérité vraie du vécu, et bien je ne pas faire avec un autre que le mien.; avec son lot de chance et de déveines.
      mais je ne souscrirais jamais à la formule  » je suis un homme blanc hétéro chrétien etc… » donc je suis mal placé.
      c’est pour moi même une forme de démission progressive sur tous les domaines. et un jour un antillais me dit un délire sur les africains (anecdote vécue et je vais vous dire qu’à côté le borgne, c’est un enfant chœur!) et moi je vais répondre: Ah moi j e ne sais pas, je ne pas dire, je suis un homme blanc hétéro. Très commode quand il s’agit finalement de ne pas avoir à formuler un avis.
      Pour autant, je n’ai jamais vécu de réelle discrimination, en tout cas pas celles-là. C’est sûr. je ne prétendais jamais le contraire.
      néanmoins, je peux avoir un avis. On ne peux pas entendre tout et n’importe quoi… surtout quand ça implique, je ne sais pas au hasard…tes enfants?!
      pas légitime, moins légitime?
      il ne s’agit pas pour moi d’un concours à celui qui a plus le droit d’exprimer son opinion. je constate souvent en ce moment qu’on met en avant ce genre d’argument… je le comprends pas totalement.
      Dans un procès, même l’accusé a sa version des faits et il le droit dans le cadre du procès de s’exprimer.
      je ne comprends pas cette mouvance qui consiste à dire « ta gueule t’es un oppresseur ! »
      J’ai vu une you tubeuse qui se servait de cet argument pour museler tout contradicteur…
      ben oui…mais non!
      Je fais toujours attention à ne pas être discourtois, à partir de là, j’estime que je peux dire ce que je veux.

      • Surfer  

        Non, ce n’est pas tout à fait cela que je voulais dire. Je regrette que tu n’aies pas bien compris ce que j’essayais d’exprimer.
        J’ai aussi un avis qui m’est propre, et rassure-toi il est proche du tiens.
        Je condamne toute forme de discrimination raciale et par conséquent aussi celle des noirs envers les blancs.
        Cependant je ne m’aventurerai pas à faire le jugement hâtif de qui a raison. Il y a une nuance entre avis et jugement.
        En outre, je n’utilise pas la formule « homme blanc hétéro chrétien » comme échappatoire pour ne pas donner mon opinion.
        J’utilise cette formule pour accentuer l’importance du vécu !
        Chacun a ses histoires, les unes étant plus difficiles à vivre que d’autres. Je me considère comme quelqu’un de privilégié. De ce fait, mon intégration est facile dans un monde où la culture occidentale prévaut !
        Comment peut on juger du goût du caviar si on n’en a jamais mangé ! Comment peut-on juger le mode de vie de certaines communautés si on a jamais vécu parmi eux ! Comment peut-on critiquer la culture de certains pays si on y est jamais allé ! Comment peut-on ressentir le malaise et mal profond que peuvent provoquer certaines remarques racistes si l’on répond aux critères du modèle occidental dans un monde occidental ?
        Et pour finir comment peut-on juger l’humanité puisque l’on est un homme nous-mêmes ?

        Moi je peux….car je suis un extraterrestre 😉

        • Eddy Vanleffe  

          C’est en effet ardu de se comprendre sur de telles notions par écrit ^^
          je m’en excuse.
          j’ai réagis à la formule « homme blanc… »,
          sur le reste je suis tout à fait d’accord sur le principe que j’appellerais d’humilité prudente qui va de soi tout simplement.
          la formule parce qu’elle est facile glisse d’interlocuteur en interlocuteur et je finis par y discerner comme je le disais plus haut comme une forme de « prêt à penser pratique » qui finit quelques fois par « tais-toi tu fais parti des oppresseurs, tu ne peux pas comprendre »
          Franchement, je trouve ça facile.
          la solution réside en parti dans l’a communication et l’écoute. si tu n’écoutes plus et que tu muselles quelqu’un, quelque soit le motif, même s’il parait le mieux fondé du monde, au finish je ne pense pas que tu obtiennes pas le progrès voulu.

  • Jyrille  

    Très très bon premier paragraphe Eddy, je suis incapable d’écrire comme ça.

    Je trouve l’actrice principale absolument magnifique, et tu la résumes bien dans ta première légende. Il y a aussi l’actrice principale de SCANDAL que je trouve à se damner : c’est Kerry Washington, celle qui joue Olivia Pope dans MURDER.

    Je sais que mes enfants regardent la série d’un oeil, le fils aimant vraiment le résultat, mais je ne sais pas jusqu’où il est allé. De mon côté, je suis déjà tombé sur des épisodes alors que je regardais encore la télé. Mais comme je n’avais pas suivi, je voyais bien que je loupais tout de l’intrigue : elle ne peut être regardée sans l’avoir suivie dès le début. De ce que j’en ai vu, c’est très bien fait (comme souvent) et assez original.

    Je n’imaginais cependant pas que cela allait aussi loin. Ton analyse est incroyable, je serai bien en peine d’essayer d’exprimer tout ça. A te lire, la série est du genre de MELROSE PLACE, du drama où tous les personnages sont détestables (il paraît que c’est aussi le cas de SUCCESSION sur OCS mais je n’ai pas encore tenté).

    Et je salue ta conclusion avec cette phrase choc. Un sacré beau boulot, Eddy, même si cela ne me donne finalement pas trop envie de la voir, cette série.

    La BO : encore une icône que je connais trop peu. Ca sonne hein ?

    • Eddy Vanleffe  

      Hello, D’abord merci pour cette avalanche de gentillesse, je n’ai pas mérité autant…mais je les prends…^^
      Il me semble qu’il y a un crossover avec SCANDAL puisque si je ne confond pas, ils ont les mêmes producteurs et le même propos mais axé coté médias si je ne m’abuse.
      au début j’ai voulu déconner à la maison en blaguant sur la « revanche noire » mais plus je regardais d’épisodes et plus je voyais que c’était cohérent…
      puis j’ai eu la révélation concernant le patriarcat, j’ai fait l’inventaire des « pères » et pas un seul n’échappe à cette loi du « connard », pas un seul!
      j’ai su que je tenais quelque chose, je pensais en parler sur ma page FB ou sur mon ancien blog, mais quand j’ai vu SEX EDUCATION, je me suis dit c’est bon je peux proposer à Bruce.
      j’ai essayé d’éviter de tomber dans le piège inhérent à internet qui aurait consisté à râler sur certains aspect de la forme pour ne pas nous faire dégager dans la « fachosphère » direct en un seul article et j’ai du coup vraiment fait un effort d’objectivité, je reste critique mais pas obtus. j’espère que ça paye (et au vu des réactions…ça va^^!)

      • Jyrille  

        Mais oui ça va, tu poses tes arguments ! Mais effectivement l’exercice est compliqué. J’ai beaucoup à redire sur THE HANDMAID’S TALE mais j’en ai tellement discuté avec des amis que je ne me sens pas d’en lister mes griefs ici. De toute façon je préfère parler des choses qui me plaisent ou m’interpellent (même si LA SERVANTE ECARLATE m’interpelle beaucoup et me fait poser beaucoup de questions).

        Le crossover avec SCANDAL est sans doute la vraie raison de la présence de Kerry Washington en effet.

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