D-éclaration D-amour (Daredevil : Father)

Première publication le 9/09/2014-Mise à jour le 05/01/18

Daredevil : Father par Joe Quesada

Un diable… rouge !

Un diable… rouge !

AUTEUR : TORNADO

VF : Marvel

VO : Panini

En 2004, en plein cœur du run de Brian M. Bendis & Alex Maleev, Joe Quesada, alors grand manitou de l’industrie Marvel, décide de réaliser une mini-série dédiée au protecteur de Hell’s Kitchen, un personnage sur lequel il avait travaillé du temps où la série principale était écrite par Kevin Smith, puis David Mack.
Il réalise cette œuvre presque tout seul (scénario et dessin) et s’y dévoue corps et âme, au point de repousser sans cesse sa sortie.

En 2007, après trois ans de travail acharné, il livre enfin le résultat : Six épisodes magnifiques, réunis sous la forme d’un « graphic novel ».

Un travail soigné !

Un travail soigné !

Alors qu’une vague de chaleur caniculaire envahit New York, un serial killer multiplie les victimes en arrachant leurs yeux de leurs orbites ! Un magnat des médias en pleine ascension, une nouvelle équipe de super-héros appelée « Santerians » dans les rues de New York et la moitié de la ville qui déteste Daredevil depuis que le Daily Globe a dévoilé son identité secrète…
Matt Murdock parviendra-t-il à lier tous les éléments d’une intrigue qui le ramène à ses plus lointains souvenirs, lorsqu’il était enfant et que son père, encore vivant, trempait dans des affaires pas toujours honorables ?

Daredevil par Quesada : Difforme, mais imposant !

La première chose qui frappe à la lecture de cette œuvre, c’est sa mise en forme. Rien que la seule contemplation des planches du grand Quesada destine cette mini-série à rejoindre les étagères de n’importe quel collectionneur de comics. De ce seul point de vue, la chose mérite déjà ses 5 étoiles…

Pour l’occasion, le rédacteur en chef de la Marvel a suivi les traces de Tim Sale et réalise une mise en page, un découpage et une esthétique générale extrêmement proche du travail du dessinateur susnommé sur Les héros Marvel ou d’autres titres DC comics comme par exemple Batman : Un long Halloween, avec un surplus de violence et de noirceur. La mise en scène des planches est une merveille de narration pulsionnelle, que vient accentuer toute une série de cadrages et de postures majestueuses et poétiques, dans lesquelles le justicier s’impose dans toute son aura iconique.

Un maitre de la bande-dessinée !

Un maître de la bande-dessinée !

Par ailleurs, Quesada le scénariste réalise un travail d’écriture magnifique en exposant, à travers son récit, une toile de fond pleine d’émotion sur la notion de paternité, avec toute l’ambivalence qu’un tel concept peut véhiculer. Alors que cet élément demeure tout au long du récit quelque chose de très secondaire, voire d’à peine évoqué, il représente pourtant tout le sel, toute l’âme et toute la profondeur du projet, allant jusqu’à offrir au lecteur des résonances universelles sur ses propres rapports paternels… A côté de cette toile de fond œdipienne, de cette atmosphère étouffante et de cette mise en page somptueuse, l’intrigue principale, d’une densité pourtant optimale, passe nettement au second rang.

L’ombre du Père…

L’ombre du Père…

Enfin, la dernière particularité de cette mini-série réside dans la ferveur et la passion que son auteur développe du début à la fin sur toute la mythologie de la série, réussissant à livrer un arc narratif tout simplement incontournable pour le fan de Daredevil. Le dénouement vous réservera bien des surprises et des révélations, tandis que vous contemplerez une des plus belles galeries de tableaux jamais mise en image sur les rues de Hell’s Kitchen…

Quand New-York rime avec mythologie…

Quand New-York rime avec mythologie…

Il est fort probable que certains lecteurs puissent trouver des défauts à l’ensemble de cette œuvre en forme de déclaration d’amour pour le personnage de Daredevil et son univers. L’intrigue principale recèle probablement son petit lot d’incohérences (l’enquête principale surtout) et de passages tirés par les cheveux (du style « quelle est cette équipe de super-héros qui ne sert à rien et qui n’est jamais revenue dans la continuité de l’univers Marvel ? » : franchement, qu’est-ce qu’on s’en fout !!!) et pour peu que l’on soit chipoteur, elle dissone certainement d’avec les événements relatés dans le run de Bendis & Maleev.

Un passage œdipien poignant, pour une magnifique composition toute en sur-cadrages !

Un passage œdipien poignant, pour une magnifique composition toute en sur-cadrages !

Pour les lecteurs les moins émotifs, il est également possible de trouver à l’ensemble de ces épisodes une tonalité qui verse peut-être trop dans le pathos, le sang et les larmes. A moins qu’à l’inverse, on puisse estimer que ce Daredevil qui se moque de tout ce qui ne se passe pas dans son quartier soit une version trop égoïste de lui-même !

L’héritage incontournable de Frank Miller…

L’héritage incontournable de Frank Miller…

Mais pour les autres, il y a fort à parier que vous adorerez les qualités multiples de cette mini-série, la mise en couleur au diapason de Richard Isanove, les hommages divers et variés adressés à Frank Miller ou à Will Eisner à travers l’image du Spirit, et surtout la sincérité et la beauté d’une œuvre à la poésie diffuse, comme seul l’univers de la bande dessinée peut nous en offrir puisque c’est l’apanage de l’art séquentiel que de raconter une histoire avec toute l’émotion combinée de la littérature, du découpage cinématographique et de la beauté contemplative des illustrations. Et de ce point de vue là, on peut dire que « Father » remplit vraiment son office…

Rouge, c’est rouge !

29 comments

  • OmacSpyder  

    Oui, il y a des sujets qui nous parlent, voire nous appellent, particulièrement.
    N’est-ce pas ce qui nous pousse à lire, tout compte fait?
    C’est marrant que cet aspect soit éclairé par cet article en particulier :)

  • Matt  

    Oui enfin je rigolais hein les gars…

    Cela dit tiens, ça me fait me demander ce que sont mes thèmes de prédilection. Et je ne sais pas trop en fait. Il y a des trucs qui m’attirent oui, mais trop pour en sortir un thème qui domine les autres. Et parfois je vais aimer tel ou tel genre plus que d’autres (SF, fantastique, horreur) mais en ce qui concerne les thèmes « sociaux »…je ne sais pas trop. Je suis aussi sujet à la nostalgie comme Tornado mais sinon…hum…le conditionnement et le mode de pensée unique des sociétés peut être, avec toutes les dérives que ça implique. Sujet de SF d’ailleurs avec 1984, Invasion Los Angeles et j’en passe…

  • Tornado  

    @Omac : c’est sans doute dû au fait que ce GN est très mal aimé. Il aura donc fallu que je cherche les raisons de mon affection pour lui, au delà de ses défauts.

    @Matt : Comme dirait Hercule Poirot, on arrive à un âge où l’on sait ce que l’on aime et ce que l’on n’aime pas. Ça nous rend sans doute moins ouvert, mais ça a le mérite de nous mener à l’essentiel. On repère mieux ses centres d’intérêts. Le problème, c’est qu’en contrepartie, notre vision des choses, et notamment notre grille de lecture, se radicalise, dans un sens.

    • Matt  

      Concernant les thèmes, je pense rester assez curieux sur pas mal de trucs. Là ou je deviens plus radical c’est sur le format. Par concernant le sens de lecture des mangas ;) mais les séries ultra longues, j’en veux pas. Et quand je suis allergique aux dessins, c’est même pas la peine. Le fond reste très important pour moi mais si c’est pour être repoussé par les dessins, faut pas déconner.

  • Eddy Vanleffe  

    Je ne l’ai pas lu, et je ne sais pas pourquoi, il est sur « buy pile » mais assez loin….
    le thème ne me parle pas plus que ça….
    les histoires de papa à la Calogéro… :)

    • OmacSpyder  

      Alors justement c’est l’inverse des chansons de Calogero :
      De la puissance, du viril, des failles comme de bonnes cicatrices, de l’amour père fils comme une courroie de transmission qui sent l’huile de moteur. Pas un propos sur ce qui fait pleurnicher mais un propos sur ce qui fait homme avec toute sa dose de complications. Bref : comment ça s’aime un père et un fils?

      • Eddy Vanleffe  

        Je n’ai jamais e la réponse à cette question.
        J’en ai fait le deuil tôt.
        Dans la vie quand on peut pas faire avec, on fait sans, c’est ma philosophie.

        Du coup j’aime bien les histoires prenantes mais je ne fais pas plus attention que ça à cette thématique, même si le deuil parental est un thème inhérent au super héros.

        • OmacSpyder  

          « Faire sans », n’est-ce pas « faire avec »… le manque?
          Dans ce type de lien, n’y a-t-il pas fondamentalement un manque que chacun comble à sa manière.
          N’est-ce pas en effet ce que racontent ces histoires de superhéros..?
          Chacun compose avec l’enfant intérieur en lui…

  • Eddy Vanleffe  

    Par contre j’adore l’influence/hommage Mignola sur l’image de DD face à l’affiche.

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