De la poésie en comics ? C’est possible !

Doom Patrol 3 – Down paradise way par Grant Morrison et Brian Bolland

AUTEUR : PRÉSENCE

Les couvertures hyper détaillées de Brian Bolland, conceptuelles, avec un zeste d'humour

Les couvertures hyper détaillées de Brian Bolland, conceptuelles, avec un zeste d’humour©Vertigo

Ce tome comprend les épisodes 35 à 41 de la série, initialement parus en 1990/1991, tous écrits par Grant Morrison.

Épisodes 35 & 36 – Darren Jones est le responsable des hommes de N.O.W.H.E.R.E. (ils s’expriment en faisant des phrases de 7 mots dont les initiales composent le mot nowhere), il vit dans un monde de sitcom (des années 1950) dans lequel sa femme l’accueille après avoir déclenché les rires enregistrés.

Darren Jones combat tout ce qui sort de la normale.

Sa nouvelle cible : une rue dotée de conscience et de capacité de téléportation répondant au nom de Danny (un hommage à Danny La Rue, 1927-2009, un comédien spécialisé dans les rôles féminins).

Dans cette rue, Sara (un être humain véritable) découvre un barbu étrange : Flex Mentallo dont c’est la première apparition.

Rires enregistrés, comme dans une sitcom

Rires enregistrés, comme dans une sitcom©Vertigo

La Doom Patrol détecte les perturbations causées par l’attaque des hommes de N.O.W.H.E.R.E. et ses membres interviennent.

Épisodes 37 à 41 – Rhea Jones qui était dans un coma depuis plusieurs numéros reprend conscience dans une forme altérée (la jeune femme nue sur la couverture).

Son réveil coïncide avec l’arrivée sur terre des Géomanciers du Kaléidoscape qui l’enlèvent et des émissaires de l’Orthodoxie qui ne peuvent que constater qu’ils ont été devancés.

Les hommes de Nulle Part (nowhere) dans mon salon

Les hommes de Nulle Part (nowhere) dans mon salon©Vertigo

Robotman et Crazy Jane se retrouvent embarqués avec les émissaires, alors que Rhea Jones (anciennement Lodestone, rebaptisée The Pupa) et Rebis ont été enlevés par les Géomanciers.

Ils apprennent rapidement que ces 2 factions se livrent à une guerre depuis des siècles et que la capture de The Pupa peut amener à mettre un terme définitif au conflit.

Un peu de contexte : Grant Morrison a repris les rênes de cette série à partir de l’épisode 19. Il s’est approprié les personnages pour en faire des bêtes de foire, tous affligés de difformités physiques de nature plus ou moins importante.

Les émissaires de l'Orthodoxie

Les émissaires de l’Orthodoxie©Vertigo

Ces différences physiques et les pouvoirs en font des parias, inadaptés à la vie en société normale.

Depuis le début, Morrison les confronte à des adversaires délirants et conceptuels (l’un d’entre eux disposait de ciseaux à la place des mains et pouvait découper les personnages d’une case, pour les en extraire).

Avec ce troisième tome, Grant Morrison franchit à nouveau un palier dans l’abstraction de la narration. Le premier récit introduit à nouveau des concepts ébouriffants parfaitement intégrés au récit.

Pas facile de passer inaperçu ! (couverture de Simon Bisley)

Pas facile de passer inaperçu ! (couverture de Simon Bisley)©Vertigo

Les caractéristiques de Danny le rendent pernicieusement subversif, alors même qu’il constitue un personnage qui ne peut exister que dans les comics.

Le concept même de rue consciente capable de s’insérer dans n’importe quelle ville (les autres rues lui faisant de la place) est rendu visuellement crédible dans les dessins, alors qu’il serait impossible de faire croire à un spectateur de films à une telle invention qui semble issue de l’imagination d’un enfant insensible aux impossibilités physiques et matérielles d’une telle chose.

Morrison s’ingénie mettre en scène les idées les plus bizarres possibles, tout en respectant honnêtement la logique interne de cette série. La résolution de cette histoire s’inscrit dans cette logique pervertie.

Avec le deuxième récit, Morrison passe encore au niveau supérieur. Les 2 factions qui s’opposent utilisent un vocabulaire inventé porteur d’image et d’associations d’idées.

D’un coté, le lecteur comprend qu’il s’agit d’une guerre, avec des batailles qui donnent l’avantage à l’un ou l’autre des camps, mais de l’autre coté les enjeux, ainsi que les moyens pour guerroyer ne sont décrits que par le biais de ce vocabulaire imaginaire dont le sens matériel échappe au lecteur mais parle à son inconscient.

C'est quoi ?

C’est quoi ?©Vertigo

Morrison joue donc plus avec le concept de guerre, qu’avec la réalité des champs de batailles. Il développe également l’idée que la forme même de cette guerre est vivante et que la nature des affrontements évolue au fur et à mesure que cette guerre vieillit.

Morrison utilise ce jeu de langage pour faire naître des images poétiques à partir d’associations de mots détournées de leur sens premier. L’exercice est particulièrement périlleux et incongru dans un comics de superhéros.

Quelques indices semés ça et là montrent que Morrison se nourrit à plusieurs sources romanesques et artistiques (dont un horrible jeu de mots éhonté sur En attendant Godot).

Si ce récit conserve une structure solide et une logique interne, c’est bien parce que Morrison s’appuie sur des concepts qu’il a assimilés ; il ne se contente pas de jeter dans le désordre des trucs qu’il a été piocher à droite et à gauche.

Là où il est encore plus fort, c’est qu’il parvient à conserver des moments permettant de développer les personnalités de ses personnages et même quelques touches d’humour (avec une séance de thérapie de groupe irrésistible).

DP Simple

Le langage : c’est très simple, explications de Rebis.©Vertigo

6 épisodes sur 7 sont illustrés par Richard Case, l’épisode 36 étant illustré par Kelley Jones (encré par Mark McKenna). John Nyberg a encré l’épisode 35, les suivants sont encrés par Makr McKenna, aidé par Kim DeMulder pour 2 numéros.

À ma grande surprise, j’ai fini par m’habituer au style brut de Case, à tel point que les illustrations de Kelley Jones m’ont paru fades alors que c’est un dessinateur que j’aime bien.

Jones fait du Jones (par exemple comme dans la série Batman) avec une forte influence gothique qui finalement restreint le registre de l’histoire.

Par contraste, le style de Richard Case apparaît plus mature, mieux pensé.

Ce n’est pas que Case intellectualise plus ses illustrations ; son recours systématiques à des formes humanoïdes pour les extraterrestres montre que son imagination ne lui permet pas de s’extraire de ce stéréotype qui voudrait que les autres formes de vie nous ressemblent.

Case se contente d’affubler chaque race d’une forme de tête différente (avec une mention spéciale pour les émissaires de l’Orthodoxie). Case m’impressionne par sa capacité à donner une forme visuelle à tous les concepts délirants imaginés par Morrison, à commencer par The Pupa.

Pupa dans toute sa splendeur énigmatique

Pupa dans toute sa splendeur énigmatique©Vertigo

Ce personnage se présente sous la forme d’une jeune femme nue, avec un visage dépourvu de toute marque (absence des yeux, de la bouche, du nez, des sourcils) et avec un œil démesuré sur le tronc.

Case représente sa nudité sans tricher (fesses et poitrines comprises), mais sans qu’elle soit réduite à un simple objet de désir. De sa présence se dégage à la fois une forme de séduction bizarre, un sentiment dérangeant d’anormalité et un langage corporel tout à fait naturel.

Là encore quand on pense à ce qui est représenté, Case a su trouver un équilibre précaire mettant en évidence un sens sûr du dosage. Il se permet même un ou deux gags visuels discrets tels la paire de lunettes sur la sphère qui sert de visage à un émissaire.

Danny la rue communique par le biais de ses vitrines.

Danny la rue communique par le biais de ses vitrines.©Vertigo

Les couvertures sont illustrées par Simon Bisley qui se lâche pour un résultat plus grand que nature, second degré, plein de dérision.

Avec ce tome, Morrison et Case abandonnent le récit conventionnel pour jouer avec les formes entre signifiant et signifié. Je reste impressionné par leur ambition artistique et créatrice, ainsi que par la lisibilité et l’accessibilité du résultat.

Au cours du vingtième siècle, de nombreux écrivains ont estimé que la forme même du roman était dépassée et qu’il convenait d’en inventer d’autres.

Ainsi sont nés le roman existentialiste, le courant du réalisme magique, le détournement de la forme et des techniques du roman pour dénoncer l’expérience totalitaire, le roman lettriste, le nouveau roman, etc.

Des couvertures sans la Doom Patrol

Des couvertures sans la Doom Patrol©Vertigo

À sa manière, Grant Morrison transpose une partie de ces innovations à la narration d’un comics.

Le jeu sur le langage des Géomanciens et des émissaires en est une des plus belles réussites, les mécanismes de la guerre devenant ainsi apparents en tant que concept.

Malgré leur apparence peu séduisante, les dessins de Richard Case arrivent à donner une forme intelligible à ces histoires de nature conceptuelle, ce qui est un accomplissement méritoire en soi.

52 comments

  • Bruce lit  

    Malgré ton commentaire qui précise que tout cela est parfaitement intelligible, voici le Morrison que je fuis au risque de faire mon beauf. Rien qu’en mettant en forme ton texte, j’ai eu un début de migraine ( autour des concepts de Morrison, pas ta prose hein ? ).

    Ces visages Lovecraftien, ces dialogues surréalistes je fuis cela. Je précise que j’ai lu et même aimé les 4 premiers trade des Invisibles en anglais il y a 20 ans .

    Et que j’ai commencé à avoir la migraine lorsque Roger disserte perception des choses dans un temple boudhistes. Lorsque Fanny danse pour un mafieux en train de caguer.

    Et surtout en relisant les 4 d’affilée de me demander : WTF ? Il me raconte quoi le Grant ? Je pense que la principale qualité pour aprrécier Morrison n’est pas la culture mais la patience… J’ai un petit bagage pour la première, aucunement pour la deuxième. Une histoire peut être élaborée et intelligible de Gaiman à Auster nous en avons la preuve.

    Les ambitions artistiques de Morrison prennent trop souvent à mon goût le dessus sur le plaisir basique de lecture. Ce qui produit chez le lecteur qui n’aime pas la désagréable impression d’être un con !

    Voilà une des raisons d’être de ce blog. L’ouvrir à ce genre de truc dont je honte de ne pas aimer. Rejeter Morrison et Ellis en Comics, c’est comme ignorer superbement Led Zeppelin et Hendrix dans le rock. Ce qui est effectivement mon cas…

  • Jord Ar Meur  

    Bonjour, tout le monde…
    Je ne suis pas très fan de ce genre de BD. Pas à cause des auteurs… que je connais quand même. Le commentaire est bien fait, Présence… Bruce, où tu vois des « visages Lovecraftien » ? Il y a quand même une phrase que j’aurais comprise dans la version anglaise pour une fois: « orandum est ut mens sana in corpora sano »…. Mais elle ne ne concerne pas vraiment. Amitiés

    • Bruce lit  

      Ben, Jord, l’espèce de pieuvre sur le visage du gars, l’absence de visage de la nénette, les prêtres de l’orthodoxie….Voici une esthétique qui fait fuir mon esprit pragmatique.

  • Nicolas  

    Présence, merci pour ton texte. D’habitude j’adore te lire sur Amazon, tes commentaires très complets me sont d’une grande aide dans mes choix de lecture mais là… ta dissertation m’a encore plus donné envie de fuir la Doom Patrol de Morrison que je trouve illisible, rejoignant le commentaire de Bruce : WTF ?!
    Mais qu’a voulu écrire Morrison ? A cette époqueil était déjà sous LSD et ca devenait de pire en pire chaque année jusqu’à lafin de son run.
    Trop de métaphysique, trop de psychédlisme, trop de personnages dessinés de façon trop bizarre.
    La Brotherhood of Dada me fait encore plus peur que la Confrérie de Magneto !

    Autant j’ai aimé Crawling from the Wreckage pour d’autres raisons, autant la suite de ce TP m’a dégouté de Morrison. Dans le TP susnommé, Morrison campe bien son histoire, parle très bien des problemes liés à l’adolescence (Dorothy Spinner et laparabole sur ses premières regles), est poignant quand il evoque les traumas dévastateurs de l’inceste (Crazy Jane et ses personnalités multiples); Richard Case n’en fait pas encore des tonnes. Disons que ce TP va très bien dans ma Vertigothèque, mais c’est tout !

    Je le répète, ta prose n’est pas en cause, c’est les sujets que tu évoques qui m’ont donné lamigraine.
    Pareil avec la JLA, ses Batman, les New X-Men : Morrison est super sur une histoire courte mais sur un long run il dérape complêtement. En tout cas à mon sens.
    Je pensais me réconcilier avec sa Doom Patrol en lisant ton article, mais ta description précise et ton habituel concision, ton soucis du détail m’en ont encore plus détourné.

    Même Rob Liefeld a le respect de son public et lui au moins n’a jamais pris de drogues pendant qu’il planchait sur sa table à dessins, c’est te dire.

    J’espère te relire encore très bientôt, mais sur d’autres auteurs.

    • jyrille  

      Il faut noter que les tomes 4, 5 et 6 de Doom Patrol sont nettement moins psychédléiques (relativement) que celui-ci et deviennent encore meilleurs qu’aux débuts. Je sais, ça demande de l’investissement, surtout si tu as detesté avant…

    • Présence  

      @Nicolas – Merci pour le petit mot gentil, ça me fait toujours plaisir de découvrir que mes commentaires sont utiles. Avec la série Doom Patrol, Morrison montre qu’il s’est plongé dans l’histoire de la littérature, pour triturer la forme des comics, appliquer la forme des courants littéraires du 20ème siècle aux comics. Je respecte et j’apprécie sa volonté d’expérimentation pour élargir l’horizon des récits de superhéros.

      Je comprends que ça ne soit pas la tasse de thé de tout le monde. Par contre, à la lecture, je n’ai pas eu l’impression d’une narration décousue ou plombée par une logique défaillante due à l’abus de substances psychotropes.

      Je te rejoins sur le fait que la série Invisibles est métaphysique. Morrison relate sa propre recherche du sens de la vie au travers de ces personnages. Le récit baigne dans la contre culture et bifurque dans de nouvelles directions au fur et à mesure que Morrison découvre de nouveaux courants de pensées.

  • Nicolas  

    Bruce : tu as absolument le droit de rejeter les Led Zep et Jimmy Hendrix, y’a pas de honte à avoir.

  • Jord Ar Meur  

    Oui, la pieuvre sur le visage peut avoir un rapport avec « Cthulhu », mais est-ce vraiment le cas ? L’absence de visage n’est pas très lovecraftien (en tous cas pas dans ses romans)… D’autres films en parlent, comme « Les Yeux sans visage » de « Franju » en 1960 et certainement bien d’autres (des BD aussi, je suppose). les prêtres de l’orthodoxie me rappelle plutôt des BD du genre « Moebius » et ses disciples (Hum! Terme peut-être mal choisi) . Ils ressemblent un peu aussi à des personnages de « Steve Ditko ». Mais tu as certainement remarqué que je ne suis par pragmatique, le monde réel ne me passionne plus beaucoup et j’ai toujours eu depuis mon enfance l’envie de m’échapper dans mes rêves pour l’éviter (c’est là que je m’inventais des histoires où j’existais dans un monde utopique, rêve qui d’ailleurs se terminaient toujours en cauchemars : pour moi, un pessimiste est un ancien optimiste qui a compris…)

    • Bruce lit  

      Ta citation c’est du Voltaire Jord ?
      @Nicolas Morrison, Led Zep, Hendrix : j’y vois finalement des points communs. Un certain gôut pour le mysticisme, l’occulte, la science fiction qui m’ont toujours fait fuir. Itou pour Lovecraft, Moebius, Jodo et certaines histoires d’Alan Moore.

      • Nicolas  

        J’adore Moebius, qu’as tu pensé de son histoire de super-héros en deux parties ?

  • jyrille  

    Comme d’habitude, Présence a fait une chronique remarquable, où il réussit à organiser une explication à une bd extrêmement difficile à suivre (et ce tome 3 est de loin le plus complexe à suivre de la série).

    Cela dit je comprends parfaitement ton point de vue, Bruce. Personnellement j’aime beaucoup le surréalisme et les idées abstraites, cela me convient donc parfaitement.

    Par contre, je me rends compte avec le temps qu’il ne faut jamais définitivement fermer la porte à certains courants ou types. Tu parles de rock, c’est pareil. Je détestais New Order et Depeche Mode en 1991, les vénérai en 1996. Un jour tu adoreras Led Zep et Hendrix, qui sait ?

    • Bruce lit  

      Led Zep et Hendrix : je ne déteste pas comme le reaggae. Mais un Best Of me suffit amplement. Je vénère Pink Floyd mais la période Waters plus dure, plus réaliste me parlent d’avantage que les pitreries psychédéliques de Barrett où les impros d’Ummagumma.

      • Nicolas  

        J’adore la periode Dark Side of the Moon et A Saucerful of Secrets, après les derniers albums… bof.

      • jyrille  

        Bon, je viens de retrouver un Best Of de Creedence (en partie à cause de Présence), donc ce que je vais dire est un peu idiot, mais je remarque depuis quelques années que les Best Of, c’est pas le meilleur moyen de comprendre un artiste.

        En fait que ce soit en séries télé, romans, série bd, groupe ou artiste, je me fais quasiment que des intégrales depuis trois ans. Je viens de me faire les sept saisons de Buffy contre les vampires, les cinq de Breaking Bad, les cinq derniers Harry Potter, les 17 tomes de Capricorne…

        Je me suis fait tous les Beatles, tous les Stones (studio uniquement), tous les Beck, tous les Iggy Pop, tous les Pavement, tous les Queen, tous les Hüsker Dü, tous les Etienne Daho (ou presque), et je dois encore me faire tous les Bruce Springsteen, tous les Prince. Pour ces deux derniers, ce n’est que de cette façon que je les ai compris, et puis aimé. En suivant l’évolution, en oubliant l’impact et l’importance médiatique qu’ils soulèvent ou ont soulevé.

        Fais de même avec Led Zep, et tu verras que ce qui compte, c’est ce que tu écoutes, pas les tubes, pas l’imagerie de « meilleur groupe de tous les temps » qu’on retrouve dans TOUS les Best of. Tu découvriras des superbes chansons comme D’yer Maker et Friends, et redécouvriras des tubes comme Rock N Roll et Black Dog qui feront sens, soudainement à leur place, sur album, pas sortis de leurs contextes.

        • Présence  

          Quant à l’évolution d’un artiste au fil de sa vie, Frank Zappa avait l’habitude d’évoquer la continuité conceptuelle (conceptual continuité) qui établit un lien entre ses œuvres les plus hétéroclites, et qui justifiait son habitude de rabouter plusieurs prises d’un même morceau, parfois séparées de plusieurs années.

          J’abonde également dans ton sens sur l’émergence de la personnalité des artistes au fil de leur production. Je reprends ton exemple sur Queen : la somme des albums permet de se rendre compte des thèmes (autre que celui de la relation amoureuse) qui reviennent d’album en album et donc qui tiennent à cœur à ces artistes.

  • Jord Ar Meur  

    Nicolas, mon dessinateur préféré était (avec Druillet) Mœbius pendant mon adolescence. Je ne savais pas qu’il avait fait histoire de super-héros en deux parties et pourtant j’ai pratiquement tous ses albums (même ceux qu’il signe sous son vrai nom). Je ne pense pas que tu parles du « Surfer d’argent » (que j’ai dans l’édition Casterman de 1990). Aurais-je loupé un album ? (Je n’ai pas « Icare », il n’est d’ailleurs que scénariste).
    Bruce, la citation est de moi (la preuve, il y a des fautes d’orthographes qu’on ne peut pas corriger dans ce p…. pardon, je m’égare), mais si Voltaire ou quelqu’un d’autre l’a écrite avant moi, c’est tout à fait possible… On n’est jamais propriétaire d’un jeu de mots ou d’une citation qu’une autre personne a trouvés avant ou publiés après.

    • nicolas  

      Des dieux et des hommes, une série sur l’histoire de l’Amérique de 1929 à 2147, dans un monde parallèle où une race de super-héros internvient dans les affaires terrestres. Et ce n’est pas de Moebius mais de Jean-Pierre Dionnet, son vieux complice de Metal Hurlant. Je mùe suis trompé par association d’idées en fait.

      Le Suerfer d’Argent de Moebius erst une oeuvre magistrale.

        • nicolas  

          Personallement j’aime assez cette histoire. Les dessins montrent le coté grandiose et dévastateru de Galactus, le Surfer est pigé dans ses roles de hero et de messie. C’est plutot bien pensé.

  • Erik 5  

    Merci Présence pour ton article, tu m’a donné envie de me replonger dans cette Doom Patrol que Morrison avait totalement recrée.

    A la base, je ne suis pas un fan de Grant Morrison, surtout lorsqu’il s’attaque à du mainstream, son Final Crisis était nul et son run sur Batman tout simplement indigeste et je ne parle même pas de son passage sur Superman.

    C’est vrai, aussi, que le Monsieur est le spécialiste des récits égocentrés (si on ne possède pas le background nécessaire on peut toujours s’accrocher pour comprendre) et des logorrhées verbales… oui mais voilà, c’est aussi lui qui a donner au Comics deux de ses plus grands chef d’œuvres, je veux bien sur parler des Invisibles et de la Doom Patrol, et rien que pour ça, il reste, à mes yeux, un auteur majeur de ce média.

    Pour en revenir à sa Doom Patrol, c’est vrai, elle n’est pas d’un abordage facile, quelquefois il faut forcer la lecture, mais une fois qu’on y est entrée…Quelle merveille, c’est une expérience difficile à décrire tellement elle prend aux tripes, nous emporte dans un torrent d’émotions et de pur génie mêlé à une caractérisation des personnages les rendant encore plus vivants que dans n’importe quelles autres incarnations.

    Je rassure ceux qui n’on pas de connaissances particulières sur le Dadaïsme, sur Lovecraft ou tout autre chose (ce qui est mon cas) le récit ce suffit à lui même, c’est surement un plus, mais pas indispensable.

    Je terminerai en vous implorant de laisser une chance à cette Doom Patrol, car pour un peu que l’on s’en donne la peine, elle saura vous émouvoir, vous faire vibrer et c’est avec un gros pincement au cœur que vous leurs direz au revoir en tournant la dernière page de ce monument du comics.

    Juste pour le fun, si vous voulez vous donner une idée de l’ambiance de cette Doom Patrol, regardez le clip de Garbage « Push It », je pense que le réalisateur était en plein trip de la Morrison’s Doom Patrol !

  • Erik 5  

    C’est vrai, c’est chiant, mais l’esprit est là

    • jyrille  

      Le clip est réussi ! Mais la musique… Et j’ai trois de leurs albums… Bon, on va dire que le dernier est bien sympa et que y a un ou deux titres corrects sur leur premier album.

      • Bruce lit  

        Garbage j’aimais bien même si la formule tournait à vide après Push It. Masi le premier est un classique des 90’s. De l’indus plus léger que NIN.

  • Jyrille  

    Le premier épisode de la série télé est sorti. Je suis très curieux de voir ce que cela donne.

  • Jyrille  

    Je viens d’attaquer l’édition VF (oui c’est la honte, alors que certaines bds m’attendent depuis huit ans) et je suis très étonné de lire le premier épisode en préambule : c’est un annual du scénariste précédent, Paul Kupperberg, avec John Byrne au dessin ! Il date de 1987, c’était la grande époque… Je trouve cependant que Byrne n’est pas super en forme et les couleurs sont affreuses (la femme du prof est grise, je ne comprends pas pourquoi). Présence, tu l’as lu cet épisode ? C’est une sorte de Secret Origin, avec un scénario totalement prétexte, mais ce n’est pas désagréable. Ca permet surtout de rafraîchir la mémoire.

  • Présence  

    Synchronicité quand tu nous tiens : oui, je l’ai lu il n’y a pas si longtemps que ça (en début de cette année) dans une anthologie appelée DC Universe by John Byrne. Les quelques mots relatifs à cet épisode :

    Paul Kupperberg (scénariste attitré de la Doom Patrol à l’époque – donc juste avant Morrison) effectue un rappel assez bien ficelé des origines des différents membres de l’équipe.. Il est visible que Byrne s’est fortement impliqué dans la mise en images de l’origine de la Doom Patrol, avec des pages du niveau de celles pour les Uncanny X-Men.

    La femme de Niles Caulders a la peau grise parce que… euh, je vais supposer que c’est un mélange de ses origines (née en Inde) et des effet du sérum d’immortalité qui lui a donné ses superpouvoirs (non, parce que la peau grise comme marqueur ethnique, c’est un peu gros, même dans les comics 🙂 ).

    • Tornado  

      Je n’arrive pas à me décider pour ce tome. Cyrille, tu nous diras ce que tu en as pensé ? 🙂

      • Tornado  

        (Je parlais du tome 1 en VF)

    • Jyrille  

      Ah, trop fort Présence ! Merci pour les précisions ! Bien sûr Tornado, je vous dirai, même si j’ai déjà lu ces histoires, en VF cela va me donner une nouvelle perspective.

  • Jyrille  

    Je viens de finir la lecture de l’édition VF de la Doom Patrol par Morrison. Cela correspond aux épisodes 19 à 34, soient avant ceux chroniqués ici. Je n’en avais que peu de souvenirs mais c’est vraiment très bien. Il faut s’habituer au dessin de Richard Case, qui peut paraître simpliste, mais lorsque ce n’est pas lui comme artiste, j’ai finalement le sentiment que ce n’est pas la Doom Patrol… Et puis il y a une sorte de rugosité qui rend ces personnages encore plus réels : ils sont tellement abîmés par la vie qu’un dessin plus doux n’aurait pas collé. Les couvertures de Brian Bolland puis de Simon Bisley sont magnifiques.

    Quant aux histoires, c’est plein de petites histoires, de détails, tous totalement incongrus et étonnants (il n’y a pas les NOWHERE Men mais il y a déjà les Scissor Men, qui eux parlent en anagramme – oubli total de ma part, il y a le Décréateur, il y a les balles qui ont tué des célébrités qui peuvent faire connaître l’avenir si on les met sous la langue etc…) et ça m’a un peu rappelé USUAL SUSPECTS : si le film marche, ce n’est pas tant que par son twist, puisqu’on peut le regarder même en connaissant la fin. Mais il tient dans toutes ces petites histoires qui amènent à la grande, on ne s’y ennuie jamais, et c’est pareil ici : la naissance de Mr Nobody est un grand moment par exemple. Si vous passez le cap du dessin un peu frustre (tout comme sur certains Hellblazer par exemple), c’est du Morrison très simple mais totalement en roue libre qui fait référence à des tonnes de choses dont je n’ai jamais entendu parler. Même si bien sûr, je connais le dadaïsme par exemple.

    Enfin, j’ai une super BO (album nécessaire, vraiment, Drums and Wires de XTC) : https://www.youtube.com/watch?v=oqA28wFRvHA

    • Présence  

      Merci de partager ton expérience de lecture de cette série.

      Je partage ton avis sur RIchard Case : il faut du temps pour s’y habituer, mais c’est lui qui définit la personnalité graphique de la série. Il ne conviendrait pas forcément sur une série superhéros classique : il suffit de voir l’apparition de Booster Gold, Blue Beetle et Animal Man. Par ailleurs, lui et John Nyberg savent représenter tous les concepts les plus débridés imaginés (peut-être hallucinés) par le scénariste : les agents du Culte du Livre non-Écrit, Mister Nobody dans la pièce blanche pour sa naissance que tu évoques, par exemple.

      La densité de l’inventivité de Grant Morrison m’avait aussi épaté, y compris les Scissormen qui découpent les individus et les enlèvent de la réalité, comme une personne qui découperait des individus dans un catalogue ou une bande dessinée.

      • Jyrille  

        Merci Présence ! Exactement ça pour les concepts étranges parfaitement retranscrits par Case. J’ai relu ton article, il me tarde de voir la suite publiée en VF pour relire ça.

    • Matt  

      Mais Jyrille, tu connaissais avant cette série ?
      Enfin je demande dans le sens où moi, qui ne connait absolument RIEN la doom patrol ou DC ou je ne sais quoi…je vais être largué si je lis le tome dont tu parles ? Faut connaître 30 trucs avant de se lancer là dedans ou pas ?
      Imagine que je suis à ta place quand on parle de X-men, Marvel tout ça^^ Par où faut commencer ?

      • Jyrille  

        J’ai lu tous les épisodes de la Doom Patrol par.Morrison en VF. Mais avant ça je ne connaissais pas du tout cette série ni les personnages. D’ailleurs comme je le dis au-dessus, c’est la première fois que je lis un épisode par un autre scénariste et dessiné par Byrne. L’éditon VF reprend les deux premiers TPB (sur six) du run en VO.

        • Jyrille  

          Dans ma première phrase je voulais dire en VO pas VF…

        • Matt  

          Donc en théorie il devrait y avoir 3 tomes en VF non ? Si chaque tome VF reprend 2 TPB.

          • Jyrille  

            Exactement.

    • Matt  

      Moi contrairement à Bruce je trouve ça cool ces personnages qui n’ont pas de visage ou qui sont hyper bizarres.
      ça fait mystique, scientifiquement fou, et aussi…monstres de types Yokaï ^^
      J’ai juste peur de rien piger vu que là aussi il s’agit d’une série qui a débuté en 1964…donc y’a du vécu et de la continuité j’imagine.

      Ah…et toi qui regarde toujours les séries TV Jyrille…tu as vu celle de Doom Patrol ?

      • Tornado  

        Pareil que Matt : J’aimerais bien être rassuré sur cette série. Je n’ai pas envie de me sentir largué. J’ai envie d’y lire du Morrison intelligible. Une fois n’est pas coutume…

      • Présence  

        Dans cette édition, Urban Comics a inclus l’épisode Secret Origins Annual #1 (30 pages, scénario de Paul Kupperberg, dessins de John Byrne) qui n’est pas de Grant Morrison, mais qui passe en revue l’origine de la Doom Patrol et son histoire permettant de saisir qui est qui. Il est vrai qu’au cours d’un épisode ou d’un autre, Morrison ramène un personnage apparu dans la série originale, comme Monsieur Mallah. Ne pas le connaître n’empêche pas de comprendre le récit.

        • Jyrille  

          Voilà tout d’accord avec Présence. Vous pouvez y aller les yeux fermés tout en sachant qu’il faut s’habituer au dessin de Case et aux couleurs vives…

          • Matt  

            Bof j’ai feuilleté, le dessin ne me choque pas. Ni les couleur. Tu parles à des gens qui ont l’habitude des « vieux » comics hein^^

          • Jyrille  

            Je serai ravi que tu essaies Mattie !

          • Matt  

            Je pense attendre au moins la sortie du tome 2 pour les acheter.
            ça me permettra d’espacer mes achats.
            Et puis j’ai une pile énorme de trucs à lire là.
            Je pensais en profiter pendant mes congés actuels de fin d’année…mais avec les fêtes et mes neveux à la maison qu’il faut occuper, j’ai le temps de rien faire !!
            Comment vous faites avec des gosses à vous sérieusement ?^^

          • Kaori  

            « Je pensais en profiter pendant mes congés actuels de fin d’année…mais avec les fêtes et mes neveux à la maison qu’il faut occuper, j’ai le temps de rien faire !!
            Comment vous faites avec des gosses à vous sérieusement ?^^ »

            La question à 2 millions d’euros…
            J’ai la chance d’avoir un conjoint qui aime passer du temps avec nos gosses pendant que je lis ^^ (au lieu de faire le ménage, du coup…)
            Mais sinon c’est quand ils sont couchés, ou quand ils sont devant un écran… (oui je suis loin d’être la mère parfaite !!!)

            Mais oui clairement, je suis contente quand ils sont chez leurs grands-parents ^^ (ceci dit, j’ai toujours une pile de livres pas commencés, parce que le soir, ben… je m’endors en lisant…)

          • Jyrille  

            Mattie, mes enfants sont grands donc bon je n’ai plus trop besoin de m’en occuper (sauf pour faire le taxi). Par contre je regarde beaucoup trop de trucs à la télé, du coup je lis moins. Et c’est chiant quand même. La preuve, pour lire Doom Patrol j’ai mis longtemps. Il faut dire aussi que je n’avais pas spécialement envie de le lire trop vite, ça m’a fait énormément plaisir de les relire. Quand je prenais le train pour aller au taf, je lisais beaucoup plus.

      • Jyrille  

        Non je n’ai pas vu la série. Par contre il n’y a aucune raison de connaître les aventures précédentes de la Doom Patrol pour lire celles de Morrison. Il faut commencer par le début de son run par contre, avec cette édition VF donc.

        • Matt  

          Le casting de la série me plait bien. Contrairement à celui de Teen titans et ses looks tout nazes.
          Par contre niveau scénar je sais pas.

          • Tornado  

            Alors j’insiste encore une dernière fois mais, ce qui m’intéresse, c’est de savoir s’il s’agit d’une lecture facile. J’ai déjà consacré suffisamment de mon temps au Grant Morrison complexe. Je trouve ça brillant, mais ça ne me fait plus du tout envie aujourd’hui. Je ne lirais la Doom Patrol que si c’est vraiment « easy reading »…

          • Matt  

            Moi j’ai encore rien lu de complexe de lui^^
            Joe l’aventure intérieure
            X-men
            Un peu de Batman
            Wonder woman earth one
            Et…pas grand chose d’autre en fait.

            Bon cela dit…je ne suis pas trop attiré par son côté complexe d’après ce que vous en dîtes. Par contre des délires et personnages bizarres un peu comme ceux de Ellis dans Planetary, je suis pas contre.

          • Jyrille  

            Ce n’est pas du tout complexe, Tornado. C’est assez linéaire et absolument pas cryptique comme Final Crisis par exemple.

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