Du Congo au Tibet: un voyage du côté obscur jusqu’à l’humanisme

AUTEUR : TORNADO

Le côté obscur et la face lumineuse de l'oeuvre d'Hergé

Le côté obscur et la face lumineuse de l’oeuvre d’Hergé©Casterman/Moulinsart

Ça y est, je l’ai encore entendu.Une fois de trop, comme toutes les autres fois : « Hergé était un raciste. C’était un fasciste. La preuve : Tintin au Congo ! ».

Bon, disons-le tout net : Ceux qui tiennent ce discours ne connaissent rien à Tintin, encore moins à Hergé.

Ils n’ont pas lu son œuvre ou l’ont juste survolée. Je ne veux nullement prendre acte pour un courant de pensée, ni défendre un point de vue contre un autre, et encore moins contester la liberté de penser de tout un chacun.

Mais la vérité est la suivante : Hergé fut, en plus d’un des grands auteurs du 20° siècle, tout médium confondu, un HUMANISTE total. Humanisme dont il a gorgé son œuvre. Aux antipodes l’un de l’autre, au sein de cette œuvre remarquable parmi les plus marquantes de son temps, il y a deux livres : Tintin au Congo et Tintin au Tibet.

Soit les deux faces opposées d’une unique pièce. L’obscure et la lumineuse. Le début et la fin, en quelque sorte. Pour cette raison, j’ai déposé le même avis sur les deux livres… Lorsqu’Hergé est engagé au Vingtième Siècle, journal belge pour lequel il officie entant qu’illustrateur, il a 18 ans. Il tombe immédiatement sous la coupe de l’Abbé Wallez, le directeur du journal.

Une erreur de jeunesse ?

Une erreur de jeunesse ?©Casterman/Moulinsart

Wallez est une forte personnalité, ultracatholique, ultranationaliste, fasciste et anticommuniste (Un portrait de Mussolini dans son bureau !). Hergé est un jeune garçon timide, peu sûr de lui, qui s’autocritique sans-cesse. Et dans cette Belgique où l’église et l’état ne sont pas dissociés, c’est l’abbé Wallez qui imposera au jeune dessinateur les trois premières aventures de Tintin (Tintin au Congo étant la seconde). Lorsqu’il commence son œuvre, il a seulement 19 ans…

Hergé racontera plus tard à quel point, lors de la création de Tintin au Congo (tout comme pour Tintin au pays de Soviets et Tintin en Amérique), il vivait dans un milieu fait de préjugés. C’est pour cela que cet album est très éloigné des prises de positions anticolonialistes qui apparaissent dans son œuvre dès le « Lotus bleu ». C’est pour cette raison aussi qu’il est rempli de stéréotypes, typiques de la vision qu’avaient les Européens de l’Afrique à cette époque. Hergé dira : « Tintin était un jeu pour moi jusqu’au Lotus bleu ». Sans oublier qu’il vivait une époque où le drame de la Shoah n’avait pas eu lieu, où personne ne possédait encore le recul nécessaire sur les retombées futures de la colonisation et les responsabilités que tout cela pouvait encourir…

C’est lorsque notre homme décide d’envoyer son héros en Chine qu’intervient la personne qui va jouer un rôle décisif dans la suite de son œuvre : Tchang Tchong Jen. Jeune chinois venu en Belgique poursuivre ses études, Tchang demande à Hergé de faire attention avec les stéréotypes sur un pays traversant une période critique et lui demande de bien se documenter.

C’est le déclic : Hergé prend conscience de la portée des aventures de Tintin et s’éveille à la raison (Il créera d’ailleurs immédiatement les personnages des Dupondt, qui lui serviront d’exutoire en endossant, pour soi-disant passer inaperçu, tous les stéréotypes les plus flagrants des populations visitées ! Il fera également de Tchang un compagnon pour Tintin.).

Pour le première fois : Dupond & Dupond endossent les poncifs des pays visités par Tintin !

Pour le première fois : Dupond & Dupond endossent les poncifs des pays visités par Tintin !©Casterman/Moulinsart

A partir de là, la plus-part des aventures de tintin deviendront engagées politiquement et prendront fait et cause pour les opprimés.

Anticolonialiste dans le Lotus Bleu (quatre ans seulement après Tintin au Congo), antifasciste dans L’Oreille Cassée, le Sceptre d’Ottokar, L’Affaire Tournesol et Tintin et les Picaros, dénonçant le trafic d’esclaves dans Coke en Stock, prenant la défense des ROMS dans Les Bijoux De La Castafiore.

Le côté humaniste de son œuvre culmine dans le sublime Tintin au Tibet, qu’il écrit en 1958 après une grave crise personnelle.

Un autre exemple du rôle de "bouc-émissaire" attribué aux Dupondt

Un autre exemple du rôle de « bouc-émissaire » attribué aux Dupondt©Casterman/Moulinsart

Réintroduisant le personnage de Tchang dans les aventures de son héros, il focalise l’intrigue sur un nombre réduit de personnages, les exile dans un décor quasi abstrait et fait intervenir le Yéti, stéréotypant à lui tout seul le côté primaire de l’humanité afin d’en souligner toute l’importance et la sensibilité (sensibilité poussée à son paroxysme à travers le Capitaine Haddock, bouleversant d’humanité pour un personnage parmi les plus hauts en couleurs de toute la création littéraire !).

Que reste-t-il du soit-disant "racisme" de Hergé à ce stade de sa carrière ?

Que reste-t-il du soit-disant « racisme » de Hergé à ce stade de sa carrière ?©Casterman/Moulinsart

Alors, messieurs-dames les « bienpensants », ne tapez plus sur Hergé sans connaître son histoire et son parcours. Car ce faisant, vous bafouez l’un des artistes les plus importants et les plus humanistes du 20° siècle, tout médium confondu, qui passa l’essentiel de sa vie à un gigantesque travail d’autocritique et d’humanisation de son œuvre.

Œuvre qui, partie de très bas, lui permit justement de s’éveiller et d’entamer un combat personnel, passionnant à décrypter, à travers les 24 aventures du petit reporter à houppette !

23 comments

  • redwave  

    J’ai adoré tintin au congo et chez les soviets, ainsi que et l’alph art.

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