Échec au Moi (Le joueur d’échecs)

Le joueur d’échecs de David Sala

1ère publication le 14/06/18- MAJ le 06/09/18

La partie peut commencer Ou Le monde est un échiquier

La partie peut commencer
Ou
Le monde est un échiquier © Casterman

ParOMAC SPYDER

VF : Casterman

Tous les scans de cet article sont la propriété de David Sala / Casterman

Ouverture

Le joueur d’échecs est le journal d’une obsession. D’une monomanie générée par la torture mentale. Pas moins. C’est l’histoire d’une prison intérieure construite pour tenter ne pas être anéanti face à la barbarie.
Tiré du roman de Stefan ZWEIG publiée en 1941 et dont la traduction française date de 1944, la bande dessinée Le joueur d’échecs éditée en 2017 chez Casterman apparaît comme un bel écrin reprenant ce bijou de littérature en exactement 111 pages.

1941. Dans les salons feutrés d’un paquebot en route pour l’Argentine, Mirko Czentović champion du monde d’échecs affronte lors d’une ultime partie un aristocrate viennois, le Docteur B., dont l’incroyable maîtrise du jeu est née dans l’antre de la tyrannie: prisonnier de la Gestapo, il ne devra son salut mental qu’à un livre décrivant les 150 plus grandes parties d’échecs dont il apprendra par coeur les combinaisons, l’amenant progressivement à entamer des parties d’échecs… avec lui-même.

Cette dénonciation poignante et désespérée de la barbarie nazie est le dernier texte écrit par Stefan ZWEIG avant son suicide.

Les cases en damiers

David Sala réussit le pari audacieux de transposer en bande dessinée cette nouvelle aux ressorts psychologiques, lesquels par leur intériorité se prêtent peu a priori à une mise en image. A moins d’être audacieux et créatif, deux qualités qui sautent aux yeux lorsque l’on ouvre cette BD comme l’on compte les points avant d’être mat tant la méticolisité apportée confère un voyage intérieur aux élans mélancoliques et séduisants. Ses cases s’agencent afin de créer visuellement la tension palpable du récit, ses dessins sans ombre portée semblent traduire un monde limpide et évident tandis que s’entrecroisent des ombres du passé de chaque personnage. Ses couleurs lumineuses laissent penser que la lumière sortira de cette histoire alors qu’elle révélera les parts d’ombre du protagoniste. Blanc et noir s’affrontent ainsi entre peinture et scénario dans une partie vouée à… l’échec.

La croisière, sa muse, son drame Ou La liberté prend l'eau..

La croisière, sa muse, son drame
Ou
La liberté prend l’eau..© Casterman

Le choix cavalier

L’auteur a attribué une ambiance des années 20 à son dessin. Alors que l’action se déroule dans les années 1940, David Sala fait le choix d’un esthétisme de la Belle Epoque. Ce pari digne d’une ouverture audacieuse aux échecs s’avère rapidement payante. Elle surprend celui qui connaît le roman de ZWEIG par son parti pris esthétique qui rompt avec l’imaginaire associé, et elle transporte le lecteur néophyte dans un moment de lecture où les pages sublimes et lumineuses contrastent avec les ténèbres qui s’abattent en deux coups portés, à une intervalle de temps, sur le protagoniste.

Pris entre des cases Ou Le vide comme torture aliénante

Pris entre des cases
Ou
Le vide comme torture aliénante © Casterman

La diagonale du fou

Ce damier des échecs, aussi anodin puisse-t-il paraître, compose à la fois l’espace d’enfermement et de sauvetage du protagoniste. David SALA montre habilement comment le personnage principal trouve à la fois son salut psychique dans la composition mentale de partie d’échecs rendues possibles grâce à un livre trouvé pendant cette période d’isolement total.

Car voilà la torture ultime imposée : « Aucune voix, aucun son, un vacuum absolu. Rien à faire, rien à écouter, rien à voir, un vide privé d’espace et de temps. » Cette dépersonnalisation organisée vise le protagoniste à livrer ses secrets aux SS de la Gestapo. Lentement, David SALA montre l’enfer de cet enfermement agissant comme un savant gouttes-à-gouttes distillant une sourde angoisse produisant une lente mais assurée perte de repères qui engendre inéluctablement un effondrement tel de la personnalité. Cet effondrement amène l’individu à avouer sans qu’ il soit désormais nécessaire de poser la moindre question. Une manipulation mentale destructrice extrêmement bien huilée.

Ce qui va servir d’ancre mentale au protagoniste va se réduire à un livre répertoriant une liste de parties d’échecs entre les meilleurs joueurs avec toutes leurs combinaisons. Pour éviter de sombrer dans la folie, dont le vertige obsessionnel est dépeint par David SALA à travers des cases à la structure reflétant l’intime dans un exercice de style éloquent, le protagoniste se réfugiera dans la répétition des parties d’échecs auquel son livre, porte unique sur le monde, lui donne désormais accès.
Mais ce point de fuite trouvera ensuite une issue ultime afin de démultiplier ces parties, face à un enfermement s’éternisant. Le nombre de parties répertoriées étant de fait limitées, 150 au total, quand bien même le prisonnier les apprendra par coeur, le personnage finira par jouer… contre lui-même. Les Blancs d’un côté, les Noirs de l’autre : un clivage psychologique lui permettant de multiplier les parties en s’affrontant soi-même dans de fiévreuses parties dont le dessin ingénieux formera les contours insensés.

le clivage du Moi à l'oeuvre Ou L'Homme Multiple

Le clivage du Moi à l’oeuvre
Ou
L’Homme Multiple © Casterman

Roi noir contre roi blanc

Lors de sa rencontre inopinée avec le champion du monde des échecs au détour d’une croisière anodine, nous assisterons ainsi psychologiquement et physiquement à la rencontre de deux facettes opposées. Chacun des deux champions d’échecs représente un fonctionnement psychologique, une personnalité construite sur deux versants opposés.

Pour Czentovic, le champion du monde des échecs, son rapport au jeu d’échecs représente un surinvestissement du jeu palliant la fragilité des contacts avec sa vie intérieure et ses ressentis. Le champion du monde est décrit comme un personnage creux, dépourvu d’imaginaire, le jeu d’échecs vient combler toute la vie intérieure. Il reste distant du monde, toute son énergie de pensée et de corps étant tendue vers la partie d’échecs. Présenté au départ comme un être carencé, limité intellectuellement dans son enfance, le jeu d’échec est venu remplir toutes ses fonctions cognitives et psychiques. Son contact avec l’extérieur reste lointain, le personnage reste frustre.

Pour le Dr B., qui apparaît comme un homme raffiné et cultivé, le jeu d’échecs vient pallier un affaiblissement des contacts avec la réalité et représente un surinvestissement de la vie intérieure. Cet affaiblissement du lien à la réalité provient de la torture infligée par la Gestapo. Aussi artificiel fût-il au début puisque généré par l’enfermement, le jeu d’échecs est devenu pour le Dr B. la condensation de toute les stimulations externes l’objet qui concentra tout son lien à la réalité et à ses émotions, sur un mode aliénant mais salvateur sur l’instant.

Le dessin représente de façon vivante ce contraste. Joueur Blanc contre joeur Noir. Roi Blanc contre Roi Noir, chacun guettant la faille de l’autre tout en formant des figures opposées.

Roi Noir contre Roi Blanc Ou La croisière du damné

Roi Noir contre Roi Blanc
Ou
La croisière du damné © Casterman

La tour s’effondre

Là où le protagoniste apparaît dans un premier temps comme un homme providentiel, rivalisant avec le champion du monde lui-même, sa zone de fragilité va apparaître lors du second match, perdu d’avance à partir du moment où il a accepté cette deuxième partie. Bien qu’il ait prévenu son compagnon de voyage confident de son passé qu’il devait impérativement ne jouer qu’une seule et unique partie, l’appel à la partie de revanche par le champion du monde va précipiter notre protagoniste dans les affres du passé. Là où le Dr B. était auparavant détaché du jeu, adoptant une attitude presque détachée visible dans les dessins du visage et du corps, il va lors de cette seconde partie perdre pied. Et s’effondrer.

Le changement d’expression est éminemment bien traduit par le dessin qui dépeint en une seule case le changement intérieur qui vient de s’opérer. Le Dr B. devient hagard, la réalité semble à nouveau s’éloigner, et son front perle de sueur pour cette partie qui engage tout son être, cet être qui a été détruit et s’est reconstruit par le jeu d’échecs. La force tranquille laisse place à la tension fébrile, avant de s’effondrer dans un moment de folie où plus rien ne tient, où le passé resurgit, où le traumatisme est réactivé et devient cet ennemi qui terrasse le Dr B.

Panique sur l'échiquier Ou Le corps à cor et à cris

Panique sur l’échiquier
Ou
Le corps à cor et à cris © Casterman

Le pion du passé

Le récit montre ainsi comment le protagoniste ne s’est au final jamais complètement libéré. Il demeure le pion de son passé tandis qu’il recouvre cependant sa liberté factice.
Si l’histoire se scinde en deux parties, l’une au présent et l’autre revenant sur les événements du passé décrivant la torture subie, l’histoire se déroulant sur la croisière laisse penser dans un premier temps que le Dr B. peut désormais jouir de sa liberté, dont la croisière est la représentation : il largue les amarres du continent à l’instar de Stefan ZWEIG qui s’exilera en Amérique du Sud. La question comme une épée de Damoclès au-dessus du personnage est la suivante : peut-on sortir indemne de la barbarie, fût-elle sous un jour raffinée mais ô combien plus sournoise?

Il apparaît ainsi une métaphore qui s’applique à nombre d’entre nous. Quelle part de notre passé oriente nos actes, quels traumatismes mineurs ou majeurs guident nos pas? Le passé peut bien souvent être à la fois le marionnettiste et les fils qui retiennent le pantin rêvant de sa liberté. Le récit et les dessins confortent l’idée selon laquelle le Dr B. est désormais libre. Mais nos pas, comme ceux fébriles du joueur déchecs lors de son ultime partie, ne se limitent-ils pas à un damier qui implicitement nous limite? Combien de nos pas, actions, énoncés, sont réellement affranchies? Ne sommes-nous pas dans une répétition aveugle d’une scène traumatique toujours rejouée à notre insu? Là où nous nous rêvons rois ou reines, tours imprenables et solides, ne sommes-nous pas que des pions atteints de cécité? Lacan disait : seul le fou a l’objet (de son désir) dans sa poche. Mais comme il le disait aussi : « N’est pas fou qui veut! » Voilà un propos fort…cavalier, n’est-ce pas? Voilà de quoi envisager plusieurs combinaisons…

L'enfermement intérieur Ou Les pièces du passé

L’enfermement intérieur
Ou
Les pièces du passé © Casterman

L’enfermement demeure

Si l’histoire contient une morale, elle pourrait être celle-ci : on ne sort jamais totalement d’un tel enfermement. Livré à soi-même et détruit par la barbarie mentale, un être humain finit par s’effondrer. Il en va de l’humain comme du cristal : chacun contient une ligne de faille, et s’il semble solide en apparence, chacun finit par se fêler et se briser. C’est une question de temps.
Ici le protagoniste réussit à survivre, momentanément. Il emprunte pourtant excellemment les habits de la vie, les aquarelles de David SALA peignant un monde raffiné et paisible. Et pourtant, le cristal se brise au moment inattendu. Au moment où la cicatrice resurgit, littéralement puisque la cicatrice du protagoniste se met à le gratter dans sa chair. Blessé à l’avant-bras lors d’un accès de folie, c’est le rappel de cette cicatrice du corps qui ramènera le Dr B. à la réalité.
Les cases utilisées tout au long de la BD pour la mise en scène participent de l’enfermement ressenti lors de la lecture. Nous sommes avec le personnage dans cette chambre vide contenant 5 objets, nous sommes avec lui sur ce bateau, dans sa tête, dans son esprit qui s’organise ou qui se brise. Nous livrons avec lui ce combat perdu d’avance. Les aquarelles de David SALA nous emmènent dans ce voyage immobile, tout en poésie, en humanité et en tragédie.

Ce récit est le dernier écrit pas Stefan ZWEIG dans sa retraite sur les hauteurs de Rio de Janeiro en 1941. Il se suicidera en 1942, n’ayant manifestement jamais pu surmonter malgré ce départ les horreurs de la barbarie qu’il aura connues. Ce récit demeure ainsi très actuel. Le nombre de morts ne s’arrête souvent pas aux morts sur-le-coup lorsqu’un pays bascule dans des actes déshumanisants. Les ravages de la barbarie atteignent au loin aussi… Stefan ZWEIG en livre ici le testament sans appel. David SALA livre ainsi la précieuse occasion de redécouvrir cette oeuvre courte mais poignante.

Au centre de la pièce : l'affrontement Au centre de soi: l'effondrement Ou Echec au Moi

Au centre de la pièce : l’affrontement
Au centre de soi: l’effondrement
Ou
Echec au Moi © Casterman

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L’adaptation du célèbre roman de Zweig Le joueur d’échec est tout sauf…un échec. La review complète et sans roque par Omac Spyder chez Bruce Lit.

La BO du jour :

Comme un air raffiné et lancinant, hynotique quasiment, ce titre accompagna ma lecture et la rédaction de cet article comme une évidence : Your Freedom Is The End Of Me.La voix de Mélanie de Biasio que l’on pourrait entendre un soir dans un salon sur un bateau de croisière, ou dans sa tête comme un écho se répétant à l’infini. Your Freedom Is The End Of Me…Parce que la liberté est ce qui met en danger, parce que l’aliénation est ce qui paraît sauver parfois, l’aliénation à l’autre ou à l’objet, provisoirement. La folie ordinaire s’installe si aisément…

16 comments

  • JP Nguyen  

    Je ne connaissais que le nom de ce livre et je ne m’en suis jamais approché. Ton article est assez intriguant et éveille ma curiosité. Je suis surpris que pour un récit tourné vers l’introspection, le dessinateur soit parvenu, sur ce qu’on voit des scans, à utiliser assez peu de textes (bulles ou pavés). Cela me semble assez fort et confère un intérêt supplémentaire à cette adaptation. Mais peut-être aussi est-ce un frein pour qui n’a pas lu le livre ? Quoi qu’il en soit, je le rajoute dans ma mental-list. Merci !

  • Frede  

    Très admirative du travail de David Sala, notamment comme illustrateur d’albums jeunesse (impeccable dans Féroce, La belle & la bête (autre adaptation), la prisonnière du brouillard….) j’ai voulu en savoir plus sur cette adaptation de Zweig. Je n’ai pas lu ce bouquin. C’est l’illustration qui m’a encore attiré, ces éléments dessinés entre Klimt, l’art nouveau et la belle époque me parlent énormément! A l’occasion d’une fête du livre, j’ai pu le rencontrer et l’écouter parler de ce travail en particulier. Le défit était d’adapter les silences, ne pas tomber dans les travers de combler les scènes avec du dialogue inutile. Comme tu le dis, les scènes de nuit sont devenues scènes de jour, ne jouant sur aucune ombre juste sur des aplats.
    Pour répondre à JP, le fait de n’avoir pas lu le livre n’est pas un frein. Tout comme en littérature de jeunesse, l’intérêt de l’illustration est de ne pas redire le texte : l’illustration est de compléter le texte, le non dit!
    David Sala, lors de son interview, a expliqué n’avoir pas relu Zweig et encore moins l’autre adaptation qui existe en BD également de Thomas Humeau paru en 2015 chez Sarbacane. Une belle rencontre que j’ai finalisé avec une jolie dédicace!
    Omac, ton analyse est fine, merci !!

  • Présence  

    Chic ! Un article d’Omac Spyder, sur une BD que j’ai feuilletée à plusieurs reprises à la FNAC, sans jamais passer à l’acte. En plus, tu indiques qu’il s’agit d’une adaptation réussie.

    Ses cases s’agencent afin de créer visuellement la tension palpable du récit, ses dessins sans ombre portée. – Le début de la case me fait craindre un regard un peu trop générique, et Paf ! vient ensuite la réponse à une de mes interrogations (l’absence d’ombre portée), l’une des particularités des images qui m’a retenu de me lancer dans cette lecture. Du coup, ce paragraphe intitulé Les cases en damier me rend jaloux par la manière dont il relie le fond et la forme, avec la remarque en fin d’article sur les cases qui participent de l’enfermement ressenti.

    Roi noir contre roi blanc – Les observations sur le surinvestissement des 2 joueurs dans les échecs me laissent un peu décontenancé : à partir du moment où un individu entretient une passion, n’y a-t-il pas automatiquement surinvestissement ? Dans le même temps, si j’ai bien tout suivi, ces 2 formes de surinvestissement relèvent d’une forme de stratégie mentale pour surmonter des problématiques psychiques. Du coup je ne sais plus si je dois associer une valeur péjorative au terme Surinvestissement ou non.

    Le pion du passé – J’aime bien comment tu mets en opposition l’image du paquebot qui navigue librement sur les flots, et l’image de l’individu limité dans sa liberté de penser et d’agir, par son passé, son histoire personnelle. Je bute à nouveau sur la connotation péjorative associée au mot traumatisme, sûrement par manque de culture. Néanmoins ce paragraphe semble sous-entendre la possibilité d’une issue, en apprenant à se connaître soi-même, en prenant conscience de nos traumatismes personnels sur lesquels nous nous sommes construits.

    L’enfermement demeure – Finalement, il n’y a pas d’issue possible, au moins pour le personnage et pour l’auteur Stefan Zweig.

  • Bruce lit  

    Il se trouve que j’ai lu cette nouvelle l’été dernier quasiment à cette époque. C’est un livre, nazisme oblige, qui m’a beaucoup touché et qui décrit brillamment la torture mentale du nazisme et la possibilité d’y échapper par le jeu-je. Mais même là, le Dr B. ne pourra jamais surmonter l’horreur de ce régime en anticipation du suicide de Zweig. Des victimes réelles dont je ne sois pas sûr qu’elles sont comptabilisées dans le bilan nazi. C’est le sens de ta dernière phrase : Le nombre de morts ne s’arrête souvent pas aux morts sur-le-coup lorsqu’un pays bascule dans des actes déshumanisants. En cela, le titre de ta review est parfait en plus d’être très sonore.
    Tu parles du Dr B comme un cristal qui se brise. Je pense ici à la fin de Primo Levi. Sont-ce tout de même des résilients ?
    En ce qui concerne l’adaptation graphique, je peux sentir en un coup d’oeil que l’esprit du bouquin est là. Sur ma top liste, dès que je trouve ça.

    Une petite pique ? : Ce damier des échecs Euh, on appelle ça l’échiquier, non ?

  • OmacSpyder  

    @ JP : Tu pointes un élément essentiel de cette adaptation graphique. La mise en images participe en très grande partie au ressenti et au propos. Et loin d’être un frein, on peut ainsi lire la BD sans avoir lu le roman, ou la lire après ou lire le roman après. Ou comme moi avoir lu le roman il y a longtemps, lire cette BD et avoir envie de relire le roman. Quoi qu’il en soit, la BD se suffit à elle-même tant les dessins et le parti pris assurent deux appuis amplement suffisants!

    @ Frede : Merci pour l’analyse! Ton propos éclairé des dires de l’auteur apporte un éclairage complémentaire au mien qui n’a pas eu la belle occasion de profiter de ces propos à la source.
    Comme tu l’évoques, Art Nouveau, belle époque, Klimt pas loin… ce sont des éléments qui ont participé à mon accrochage assez rapide…

    @ Présence : « Surinvestissement » et « traumatismes » ne sont pour ma part connotés ni positivement ni négativement. Il s’agit davantage de les voir comme ses pièces qui s’assemblent, comme des mouvements psychiques (sur un échiquier) et de voir si cet élément va permettre une ouverture (d’ailleurs tu utilises ce mot) ou non.
    Comme tu le mentionnes, un surinvestissement peut être positif ; n’est-ce pas le cas de celui à l’oeuvre dans la passion en effet, y compris amoureuse? ;)
    Pour le traumatisme, ta remarque tombe à pic car elle me permet de pointer une différence de notion :
    Un traumatisme est un événement qui entraîne un stress post traumatique avec un remaniement psychique nécessaire pour le dépasser. C’est une rencontre avec le risque imminent de mort et ses répercussions psychiques.
    Un trauma correspond à tous les événements de vie qui vont marquer notre enfance et avec lesquels on va se construire. Nous avons tous nos petits traumas : des événements mineurs en apparence mais qui nous ont marqués. Ce sont des événements de vie.
    Peut-être cet ajout peler permet-il d’éclairer les ombres différemment ;)
    Et merci pour la confiance affichée d’emblée! :)

    @Bruce : Tu relèves avec brio ma phrase alambiquée! Et sa portée en effet quant aux ravages réels de la barbarie et des actes déshumanisants. Zweig est une victime supplémentaire du nazisme, atteint d’une balle silencieuse à très longue portée…
    Et en effet, l’esprit du roman est dans la BD. Le parti pris des différences assumées par David Sala assure justement cet esprit-là.
    Pour la pique : je préférais cette sonorité et ce double-sens intégrant le mot « échecs ».
    On dirait qu’on s’rait sur un damier, et qu’on crois’rait nos échecs, nos fous et nos sauts cavaliers…(la vie, en somme…)

    • Présence  

      Merci pour ces explications supplémentaires, bien nécessaires pour ma compréhension.

    • Bruce lit  

      Tu n’as pas répondu à ma question sur la résilience.

      • OmacSpyder  

        On peut parler de résilience dans le sens où le cristal s’est réformé. Mais il conserve toujours un point de fragilité, un point de faille qui, s’il est touché, risque de faire exploser le cristal entier.

        • Bruce lit  

          Une belle séquence des Xmen, Xavier qui explose sous forme de cristal M’kraan :)

          • OmacSpyder  

            Ah oui? Il y aurait donc une version visuelle X-men à ma métaphore? :) C’est dans quel épisode?

  • Jyrille  

    Et bien en voilà un bel article Omac ! J’ai lu ce livre (et je l’ai toujours, alors que j’ai désormais tendance à me débarasser des romans que je ne pense jamais relire ni partager), je l’ai trouvé brillant et important.

    Je ne suis pas certain d’être intéressé par son adaptation, mais j’ai feuilleté (pas plus tard qu’hier) cette bd et elle me semble très belle. Tes scans le prouve. Cela me fait penser à la bd de Zidrou que Présence a réussi à me vendre (Natures mortes), un one-shot de belle qualité éditoriale avec des dessins à forte personnalité.

    En ce qui concerne l’enfermement, il y a une bd (que je n’ai pas lue) sortie récemment, de Delisle : S’enfuir. https://www.bedetheque.com/serie-53488-BD-S-enfuir-recit-d-un-otage.html

    A priori, comme notre Dr B, l’otage de cette histoire s’est lui refait toutes les batailles napoleoniennes. De la même fa4on, j’ai une bd chorale où un des auteurs traite l’enfermement de Nelson Madela de la même manière que les cases répétitives : une case par année d’enfermement. Il faut que je retrouve la référence.

    En tout cas merci pour tes réflexions et la lumière apportée sur cette oeuvre qui m’attire tout de même.

    La BO : je ne connaissais pas, c’est pas mal, ça me rappelle Portishead et un peu My Brightest Diamond.

    • OmacSpyder  

      Merci Jyrille.
      Plonge Jyrille, la BD en vaut la peine! Il y a quelquechose d’hypnotique et de somptueux pour un propos savamment mis en cases. On vit l’enfermement subi, provenant d’une contrainte extérieure, à l’enfermement malgré soi provenant d’une obsession ayant permis de survivre.

      Merci pour tes références complémentaires, je suis allé jeter un oeil et me souviens bien de l’article de Présence sur Natures Mortes. Pour « Le Joueur d’échec », la mise en abyme est néanmoins singulière…

      La B.O. : C’est vrai que ça peut évoquer Portishead. J’ai écrit l’article avec cette musique en fond, comme un rythme lancinant en illustration musicale de l’état d’esprit qui transpirait de cette lecture…

  • Nikolavitch  

    Pour info, les originaux sont visibles à la galerie Maghen (attention, ils sont déménagé, ils sont Rue du Louvre, maintenant) et c’est somptueux.

    • OmacSpyder  

      En effet, j’ai vu passer l’information via la page FB de David Sala et les quelques photos donnent envie de redécorer son salon!  » Somptueux » est le mot… Pour les parisiens, voici une bien belle occasion. Je suis preneur de tout envoi cadeau :)

      • Nikolavitch  

        3500 balles l’original, hein

        • OmacSpyder  

          Entendu. Je règle les frais d’envoi ;)

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