Flam ! En avant !

Capitaine Flam Par Edmond Hamilton, Tomoharu Katsumata, Takuo Noda, Toei Animation

Première publication le 3/12/14- Mise à jour le  11/08/16

AUTEUR : Lion STEPHANE MAILLARD PERETTI

Le héros du jour, Captain Future

Le héros du jour, Captain Future

Du fin fond de l’univers, à des années et des années lumières de la Terre (…sur la lune…) le gouvernement intersidéral l’appelle lorsque qu’ il ne trouve plus de solutions à ses problèmes (souvent) , quand il ne reste plus aucun espoir … Le capitaine Flam! Ce personnage aux cheveux roux est une autre icône des années 80 pour nous, trentenaires et quadragénaires.

Pourtant , le capitaine Future , comme il est appelé aux USA, a été inventé dans les années 40, par Mort Weisinger, et écrit par Edmond Hamilton, écrivain pionnier du space-opera qui inspira même George Lucas avec son roman The Star Kings. Les aventures du Captain Future parurent dans des pulps, des magazines de nouvelles pour ados.

Les Future Men d'origine, dans les pulps

Les Future Men d’origine, dans les pulps

C’est en 1939 que débute l’odyssée de Curtis Newton (Future dans le civil), et des Future Men. Si ce premier jet ne fut pas publié, Captain Future fit réellement ses débuts dans le magazine au nom du héros galactique dès 1940 . Pour cause de pénurie de papier, en 1944, ce magazine s’interrompit. Les aventures reprirent dans Startling Stories. Existent aussi des comics du héros dès cette décennie chez Exciting Comics, mais dans ce médium, on le nomma Major Mars. Rapidement, le personnage remporta un franc succès malgré quelques critiques acerbes dans une ou deux revues.

Une vieille couverture, un vieux magazine, d'anciens héros du future

Une vieille couverture, un vieux magazine, d’anciens héros du futur

L’engouement pour le personnage ne sera jamais démenti, ses histoires toujours éditées dans les années 70 et traduites dans plusieurs pays. Au Japon, d’ailleurs, les 20 romans de Hamilton ont été publiés et ont eu un impact formidable. Cet engouement est à l’origine de l’adaptation en dessin animé produite par la Toei animation (St Seiya, Ken Le Survivant, Goldorak, Dragon Ball, Lady Oscar…) en 1978.

L’auteur, décédé en 1977, ne verra pas son personnage triompher sur le petit écran… Néanmoins, les 13 récits adaptés et réalisés par Tomoharu Katsumata (Takuo Noda au chara-design) font un tabac. Il y aura aussi un film d’animation par la même équipe que nous n’auront que bien tardivement en France, où il faudra attendre 1981 pour voir diffuser la série sur TF1, prenant la relève de La Bataille Des Planètes dans l’émission Les Visiteurs Du Mercredi.

Le space-opera ne s’est jamais porté aussi bien depuis le phénomène Star Wars en 1977, et des séries éclosent à tours de bras… Ici comme en Allemagne, en Italie ou en Belgique, jusqu’aux pays d’Amérique Latine en passant par le Québec et le Maghreb, Captain Future sera diffusé. Rebaptisé Capitaine Flam pour la francophonie, pour répondre au succès de Goldorak et Albator sur Antenne 2, le personnage va connaitre une nouvelle jeunesse.

Ne faites pas de blague sur les rouquins avec lui

Ne faites pas de blagues sur les rouquins avec lui

Ainsi, les enfants et ados découvrent ce personnage vivant dans sa base lunaire, orphelin depuis tout jeune, élevé par les Future Men, et devenu le plus grand justicier du système solaire. Flam est un génie et un athlète aux capacités incroyables, ayant développé un don de télépathie, rompu aux technique de combat martial. D’une droiture sans faille, il est connu de tous, et fait trembler les hors-la-loi. Incorruptible et un poil psychorigide, Flam est armé de deux pistolasers et peut se propulser avec les mini-réacteurs de sa ceinture.

Les dits-Future Men secondent donc Flam: le professeur Simon Wright, savant dont le cerveau seul subsiste, placé dans un container volant (dans le roman, le dit container n’apparait que plus tard, inventé par Flam lui-même) et les roublards Grag, robot à la force herculéenne et Mala (Otto en VO) un androïde leste et moqueur, au don de mimétisme impressionnant.

Flam et ses Future Men: Grag, Mala et Limaille et Frégolo

Flam,Grag, Mala  Limaille et Frégolo

Est-ce que le brillant intellect du professeur Simon peut avoir le blues?

Est-ce que le brillant intellect du professeur Simon peut avoir le blues?

Rapidement, Flam rencontre Johanne Landore, agent de la police spatiale qui développera un amour réciproque envers lui… Tout ceci restant infiniment platonique! Il est à noter le côté un brin macho et frimeur de Flam, du moins en français! Celui-ci ne cesse de minimiser les efforts de Johanne qui, elle, ne perd pas une occasion de se faire kidnapper, telle une Suzanne Storm de DA.

Doublé par Philippe Ogouz (qui oeuvrera au ridicule de Ken le Survivant des années plus tard par son interprétation catastrophique) Flam ne reconnaîtra que rarement ce gênant sentiment d’amour envers la blondinette (qui est d’ailleurs brune dans les romans!), ce qui lui vaudra les moqueries de Mala et Grag.

Johanne, une femme et des tentacules... Dieu que c'est Japonais!

Johanne, une femme et des tentacules… Dieu que c’est Japonais!

Les Future Men se déplacent dans la Comet renommé en VF le Cyberlabe, vaisseau ayant à la base une forme proche d’une comète, ressemblant à un Chasseur TIE dans le DA. Il est clair que le film de George Lucas et 2001 a Space Odyssey de Kubrick, ont marqué les producteurs.

Un air de 2001...

Un air de 2001…

La version française est de qualité mais souffre d’un défaut troublant: le nom des planètes est changé, parfois à deux reprises, et ce changement rend impossible la compréhension d’un fil rouge entre chaque enquête. Jupiter, lieu de la première histoire, devient ainsi Mégara mais récupère son nom dans d’autres épisodes et Pluton se trouve dans le 61eme système solaire. Les aventures de Flam l’entrainent parfois plus loin que notre système, et l’on a droit à quelques scènes où les héros contemplent la brillance de la Terre… à une galaxie de là ! Sacrée vue, les mecs!

 Si quelqu'un sait ce qu'est ce tunnel de saucisses, je me suis toujours posé la question...

Si quelqu’un sait ce qu’est ce tunnel de saucisses, je me suis toujours posé la question…

Pourtant, au cours des aventures, on retrouve la trace de certains peuples au détour de ruines ou cavernes, expliquant comment certains indigènes se retrouvent basés sur cette planète-ci ou celle là, mais du fait du changement de nom des astres, cela n’est guère relevé.

Le scénario n’a pas à rougir de la comparaison faite avec Star Wars: dignes d’Agatha Christie, les enquêtes sont passionnantes et se révèlent pleines de mystères et de frissons: toutes composées de 4 épisodes, la première tétralogie emmène les Future Men à se dresser contre l’Empereur de l’Espace, imposteur se servant du peuple de Jupiter, semant la terreur en faisant régresser au statut d’homme-singe primitif les êtres humains le combattant.

L'Empereur de l'Espace et la rétrogradation de l'espèce

L’Empereur de l’Espace et la rétrogradation de l’espèce

Wrackar (the Wrecker!), antagoniste de la seconde, intervertissant son corps de créature sous-marine de Neptune avec un prisonnier humain, met la galaxie en péril en faisant sauter les mines de Gravium, minerai permettant aux astronautes de contrôler la pesanteur. Où l’on a peur pour Flam, emprisonné sous la mer, transformé en créature des profondeurs et apparemment perdu!

La seconde tétralogie, l'une des plus marquantes, nous amène sur Neptune

La seconde tétralogie, l’une des plus marquantes, nous amène sur Neptune

Flam part aussi 100 millions d’années en arrière pour secourir plusieurs peuples, et est témoin de la création du système solaire alors que la machine à remonter le temps devient folle et expédie l’équipe aux confins du passé! Lors d’une révolte de prisonniers, les Future Men, naufragés sur une planète condamnée, doivent en quelques semaines trouver le moyen de construire une arche spatiale avec les anciens forçats tout en échappant à l’invisible et angoissant psycho-maitre du lieu…

Flam voyage jusqu'à l'aube de notre système solaire... et avant!

Flam voyage jusqu’à l’aube de notre système solaire… et avant!

Contre Kahlon, fils de l’assassin de ses parents, Flam devra percer le secret des sept pierres, qui ne peut être découvert qu’une fois rassemblées… Une idée qui pourrait avoir inspiré les gemmes de l’infini chez Marvel… Encore un moment marquant lorsque Flam doit s’échapper du vaisseau du génie du mal, et semble avoir été mortellement blessé, son corps jeté dans l’infini de l’espace, voguant à la rencontre du Cyberlabe, ses amis l’enterrant sur un astéroïde solitaire, pulvérisé par les canons du vaisseau… Bruce vous en dira des nouvelles!

En effet, Flam est un maître de l’imposture. On le croit mort, ici ou là, bel et bien perdu, mais toujours plein de surprises. Cet animé jouait avec les nerfs du jeune téléspectateur qui craignait pour le héros, le suspense allant crescendo jusqu’à la résolution de l’énigme… Les personnages de Hamilton sont mis à rude épreuve, poussés jusqu’au bout de leur résistance physique (surtout dans l’une des meilleures enquêtes, La Comète de Haley, qui amène les protagonistes dans une dimension invraisemblable, sans haut ni bas, peuplée de créatures électriques, télépathes et sans formes, qui transforment Flam et ses équipiers, les « luxoïdes » )

L'être humain est menacé de retourner au statut d'être primitif

L’être humain est menacé de retourner au statut d’être primitif

Pour contrer les Semeurs De Givre, l’équipe part dans une autre dimension, où Flam se fait passer pour Kafoul, le héros du peuple… Pour comprendre plus tard que celui-ci n’est autre que Flam lui-même, dont la légende et le nom, déformé, à traversé les âges…Les personnages sont relativement les mêmes que dans les romans, en plus modernes, Flam étant calqué sur Robert Redford dans l’animé!

Le générique français envahissant se superpose parfois aux superbes musiques de fond de Yuji Ohno (qui travailla entre autres sur Lupin The Third/Edgard le Détective Cambrioleur), un jazz spatial et parfois un poil expérimental, alliant cuivres, synthés, et guitares, aux coups de basse imparables.

Grag dans les pulps

Grag dans les pulps

Flam, Buck Rogers, Doc SavageFlash (Ahaaaaa!) Gordon, Luke Skywalker… Il est facile de lier ces personnages entre eux. Inutile et fastidieux tant cela a été fait, aussi. Le scénario est indéniablement plus riche que nombre de feuilletons de l’époque ou encore d’animés, tels Goldorak ou Albator, et l’amalgame avec Star Wars peut être fait dans l’autre sens, compte tenue de l’âge de la saga du capitaine.

Le spectateur d’aujourd’hui aura sans doute du mal avec l’animation qui fait bien datée. Les intrigues pourtant restent tout à fait haletantes. Et si les concepts scientifique de Edmond Hamilton sont souvent fantaisistes, si, en revoyant les épisodes de Capitaine Flam, on ne peut nier que bien des éléments sont farfelus, on peut prétexter l’ancienneté des histoires, et souligner l’imagination déployée.

Appel d'un monde parallèle

Appel d’un monde parallèle

Le conteur de la série animée, nous inondait de concepts plus ou moins vérifiés ou complètement incongrus, mais donnait envie de lire un peu plus sur ces phénomènes spatiaux et temporels. Et puis, la pseudo-science est toujours au goût du jour, la preuve en est, Nolan, dans son « Interstellar » en fait grande utilisation.

Il est depuis plusieurs années sujet d’un film sur le valeureux capitaine, qui jamais ne tue, mais une date n’est pas fixée… la preuve que ni les lecteurs de pulps, ni les téléspectateurs n’ont oublié Curtis Newton…
Peut-être alors nous dira t’ on comment ça se passe sur la Lune, car entre la base de Véga, celle de Flam ou des héros de Bomber X et les potes du commandant Koenig de Space 1999, on doit franchement avoir du mal à pisser tranquille dans son cratère!

Le générique de fin montrait des images d'une rare beauté, dichotomie entre la Terre et l'Espace, le passé et le futur...

Le générique de fin montrait des images d’une rare beauté, dichotomie entre la Terre et l’Espace, le passé et le futur…

30 comments

  • Matt  

    Un très bel article qui m’a appris des choses sur l’origine du personnage.
    Je n’ai pas connu lors de la diffusion ce capitaine Flam car je n’étais point né en 1981. Mais j’ai vu plus tard des épisodes dans « génération Albator », une émission qui avait rediffusé des épisodes. Puis ensuite ça sortait en VHS dans une collection chez le marchand de journaux je crois.
    En effet l’animation est rigide et datée, mais j’avais été bien surpris par la qualité des histoire en effet. Le scénario est souvent très bon.

  • Nicolas Giard  

    En fait le générique de fin au Japon présente une sorte de bande-annonce pour un autre D.A il me semble. Les Japonais mélangeaient un peu tout.

  • Albatorak  

    Super article… Le personnage et son entourage me manque., il devrait revenir sous divers formes (télé, romans, BD/comic/manga) pour qu’une nouvelle génération les découvre.

    Albatorak
    https://www.facebook.com/groups/1288371971179674/

    • Bruce lit  

      Albatorak ?
      Une idée de crossover ?

  • Luc  

    Bravo pour cet article très complet et passionnant :-)

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