From What I Want (The Shield)

The Shield de Shawn Ryan

Une neuvième série télé-streamed par CYRILLE M
Abandonne tout espoir
© FX
Source Allo ciné

THE SHIELD est un produit télévisuel de la chaîne FX. Il comporte quatre-vingt huit épisodes répartis en sept saisons, chaque épisode durant environ quarante-deux minutes, et fut produit de 2002 à 2008. La série est visible en France sur la plateforme de Canal+ (et précédemment sur Amazon Prime). Comme toujours, cet article ne serait pas le même sans les sites Wikipédia et Tunefind.

Protégez-vous des quelques révélations qui apparaissent dans les lignes suivantes si vous comptez tenter son visionnage.

Réalisée par Scott Brazil et beaucoup d’autres avec Shawn Ryan comme showrunner, les rôles principaux sont tenus par Michael Chiklis (Victor « Vic » Mackey), Catherine Dent (Danielle « Danny » Sofer), Walton Goggins (Shane Vendrell), Michael Jace (Julien Lowe), Kenny Johnson (Curtis « Lem » Lemansky), Jay Karnes (Holland « Dutch » Wagenbach), Benito Martinez (David Aceveda), CCH Pounder (Claudette Wyms) et David Rees Snell (Ronnie Gardocki).

Intro

Dans le quartier fictif de Farmington à Los Angeles (surnommé The Farm, la ferme), Vic Mackey dirige l’unité de choc (Strike Team en VO) du commissariat surnommé le bercail (The Barn, la grange, en VO). En plus de Vic, elle comporte quatre autres policiers : Shane, Lem, Ronnie et Terry, celui-ci étant récemment arrivé dans l’équipe. S’agissant peu ou prou d’une brigade antigang, leur domaine de compétence fondamental tournant autour de la gestion des nombreuses bandes organisées et violentes du quartier, ils bénéficient d’un peu plus de libertés que les policiers en uniforme : ils travaillent en civil, possèdent leur propre espace de réunion au sein du commissariat et rendent moins de rapports sur leurs activités et déplacements à leur capitaine, David Aceveda.

Ce dernier nous est immédiatement présenté comme un homme ambitieux, visant les plus hautes sphères politiques de Los Angeles. Le commissariat compte également une équipe de policiers en patrouille dont un nouvel arrivant, Julien, est formé par l’expérimentée Danny, ainsi qu’un duo d’inspecteurs extrêmement compétents, Claudette et Dutch.

Dès le premier épisode, les enjeux sont posés : Aceveda soupçonne Vic et son équipe d’être des policiers corrompus et tente de les stopper afin d’obtenir le prestige nécessaire à ses ambitions.

De gauche à droite : Claudette, Julien, Shane, Vic, Danny, Dutch, Lem et Aceveda
© FX
Source Le Point (si vous avez vu la série en entier, je vous conseille fortement la lecture de cette passionnante entrevue du Point)
Alors ?

Lorsque Canal+ la diffusa à partir de 2004, j’ai pu regarder pratiquement toute la première saison grâce à des amis prévenants qui me l’enregistraient sur VHS. Mais je n’avais pas pu voir les suivantes. C’est en 2021 que je me décidai à tout visionner, l’aventure étant finie depuis longtemps et sachant qu’elle tenait toutes ses promesses. Je connaissais donc un peu l’ambiance et le ton, les personnages, et je me souvenais pratiquement de tout, surtout des scènes chocs, toujours surprenantes, mais aussi de la chanson ALL MY LITTLE WORDS que j’ai depuis écoutée des milliers de fois. La suite fut une découverte.

THE SHIELD est ce qu’on appelle un cop show, une série centrée sur la vie quotidienne de policiers. Elle se place sans aucun doute parmi les meilleures, reprenant notamment le postulat de son auguste aînée HILL STREET BLUES (CAPITAINE FURILLO en VF, 1981-1987) : intégrer une dimension sociale et multiplier les situations auxquelles peut être confronté le corps de police. Ainsi, surtout dans ses trois premières saisons, les personnages de Danny et Julien, mais également ceux de Claudette et Dutch, nous emmènent chez des quidams n’ayant aucune accointance avec la pègre, les gangs ou la criminalité.

Une version étendue du générique de début

Par exemple, Dutch se désole soudain d’être appelé pour résoudre la mort du SDF le plus connu du quartier, celui qui avait une légende de survivant et une longévité hors du commun. Pendant mes années étudiantes, nous avions également un clochard de cette trempe, ancien professeur de philosophie ayant tout abandonné après la mort de sa famille. Dans la première saison, une autre histoire en filigrane mettant en scène un trio d’amoureux, la fille ne sachant se décider entre ses deux prétendants, apporte un peu de légèreté, d’humour et toute l’humanité de Danny et Julien à un spectacle trop souvent anxiogène et désespérant. Sa conclusion sera pourtant bien amère.

Mais lorsqu’on parle de THE SHIELD, la première image qui apparaît est celle du visage de Vic, le chef charismatique de la Strike Team, et de toutes ses magouilles. Car oui, l’équipe de choc est véreuse. Le titre fait référence au badge des policiers, en forme de bouclier : il protège son porteur contre de nombreuses menaces, inspire le respect et la crainte, efface presque toutes les ardoises.

Vic et les siens ont compris cela depuis longtemps et en abusent pour arrondir leurs fins de mois. Ils n’hésitent pas à recourir au chantage, à l’extorsion, à la torture et même au meurtre afin de se couvrir et de consolider une paix toute relative entre les nombreux gangs qui règnent sur le barrio : la majorité des habitants est d’origine portoricaine ou mexicaine.

Ces policiers naviguent la plupart du temps entre légalité et illégalité pour des raisons stratégiques : il est préférable d’avoir le caïd du coin dans sa poche plutôt que d’essayer de l’emprisonner. Dans ce cas, il serait remplacé illico et le problème subsisterait. De même, ils n’abusent pas des prostituées (au contraire, Vic tâche même d’en aider une qui l’informe sur la rue), ne se droguent pas, ne tabassent pas leurs compagnes, haïssent les pédophiles et les monstres ordinaires, possèdent une valeur morale qui nous permet de les apprécier. Ils s’attachent avant tout à remplir les missions qui leur incombent.

La bande annonce en VO des six premières saisons en DVD

Mais leur appétit du dollar les emmène également très loin, notamment, en tout illogisme, à braquer la mafia arménienne. Et lorsqu’ils s’embarquent dans ces dangereuses exactions, tout le monde en pâtit : personnages secondaires, scénarios, saisons, rien n’est jamais laissé à l’abandon ou passé sous silence. Chaque action emmène une réaction, même s’il faut attendre soixante-dix épisodes pour en témoigner. C’est sa première force : dans sa globalité, elle ne jouit d’aucune incohérence et donne de nombreuses satisfactions à ses spectateurs.

Son autre aspect immédiatement accrocheur tient dans son traitement formel. Basée sur peu de moyens financiers, elle est quasiment intégralement tournée caméra à l’épaule, avec de nombreux zooms et dézooms sur une photo granuleuse qui invoque la moiteur de L.A. et les vagues de chaleur sur le bitume. Tout se déroule dans les quartiers pauvres, aucune photo du centre-ville ou de plage interminable n’est montrée. Ces partis-pris appuient l’extrême violence des épisodes, la plupart déroulant des horreurs inexcusables : viols, massacres, mutilations, brûlures, exécutions sommaires, parents abusifs, toxicomanes mourants, adolescents immoraux, nouveau-nés sanglants, rien ne nous est épargné. Ne venez pas ici avec votre cœur de midinette sous peine d’être longtemps traumatisé par ces histoires. Et ce n’est pas terminé, puisqu’au-delà de ces abominations, il faudra encore supporter le sort de nombreux personnages, secondaires ou non, qui peuvent subir les pires avanies et maltraitances en quelques instants sans que le rythme infernal ne le laisse présager.

Musique

La réalisation est donc nerveuse, tout comme les scénarios, ne laissant aucun temps mort. Chaque début d’épisode suit le même schéma : on entre dans une scène en mouvement où plusieurs personnages discutent ou sont en pleine action. Cette séquence est entrecoupée d’écrans noirs tremblants sur lesquels sont écrits les noms des acteurs, l’équipe créatrice etc, de manière très saccadée et répétitive. Au bout de quelques minutes, un des personnages lâche une punchline, et le générique musical se lance.

Exemple d’introduction d’épisode (le troisième de la seconde saison), je vous préviens ça spoile

A l’exception de ce thème mixant hip-hop, sonorités latines, steel-drums, guitares saturées et hurlements lorgnant sur le metal, il n’y a pas de musique créée spécifiquement. La plupart des scènes sont rythmées par le bruit des machines à écrire, de la circulation de la rue, des conversations lointaines, des sirènes et sonneries diverses, un fond sonore continu et urbain, incessant. Mais elle fait la part belle à de nombreuses chansons, surtout en fin d’épisode, pour illustrer des scènes émouvantes, importantes ou choquantes. Vous y entendrez aussi bien du Coldplay que du Johnny Cash, de la pop que du rap (notamment un morceau de Deltron 3030) et une tonne d’artistes hispaniques totalement inconnus pour ma part. La bande-son n’a donc pas du tout été négligée mais au contraire choisie avec soin, pour un nombre très élevé de titres dans chaque saison.

Outro

Contemporaine de THE WIRE (SUR ECOUTE en VF, 2002-2008), THE SHIELD pourrait en être l’opposée. La première prend son temps sur tout, dépeint des criminels intelligents et une économie souterraine présente dans toutes les couches de la société (du guetteur de rue au sénateur), la seconde fonce sans reprendre sa respiration, empilant autant les intrigues et les suspenses que les cadavres. L’attrait prédominant réside ainsi dans les attentes générées, les personnages se mettant sans cesse dans des situations ubuesques et compliquées, vivant sur le fil du rasoir, risquant de tomber à la moindre occasion.

Elle ressemble sur ce point à d’autres qui connurent le succès à sa suite : DEXTER (2006-2013), BREAKING BAD (2008-2013) et GAME OF THRONES (2011-2019) emprisonnent également leurs spectateurs dans des imbroglios échevelés. Mais comme deux d’entre elles sont adaptées de romans, peut-être est-ce Shawn Ryan qui s’en est inspiré… C’est là que se trouve justement pour moi sa grande faiblesse : cernés de toute part par une somme non négligeable de problèmes, les personnages jonglent avec eux comme si de rien n’était. Ils peuvent braquer la mafia et intervenir sur une scène de crime dans la même soirée, faire disparaître un cadavre et participer à une chasse à l’homme en trois heures, se déplacer partout à une vitesse qui rendrait jaloux n’importe quel parent qui doit emmener ses enfants au sport après l’école. D’ailleurs en tant que père, Vic se voit affublé de trois enfants dont deux autistes, qui demandent donc encore plus d’attention et de considération. On a ainsi parfois le sentiment que ces gens ne dorment jamais et qu’aller au Mexique ne prend qu’une demi-heure de métro.

Mais elle sait aussi se poser pour les moments graves. Les acteurs et actrices voient leurs compétences utilisées à bon escient lorsqu’elle devient aussi tragique qu’une pièce de Shakespeare. Le final, préparé dès la fin de la saison 4, compte parmi les plus grandes réussites de ce medium, juste à côté de SIX FEET UNDER (2001-2005). C’est sans doute pour cela que les saisons 4 à 7 introduisent de nouveaux personnages joués par des acteurs de renom : Glenn Close, Forrest Whitaker, Laurie Holden, Laura Harring et Franka Potente y posent l’un et l’une après l’autre les jalons qui mèneront au dernier épisode. Personnellement, les trois derniers m’ont abasourdi. Bien qu’éprouvante pour les nerfs et le moral, elle compose, tout comme JUSTIFIED (2010-2015) avec laquelle elle partage au moins un acteur et une actrice, un spectacle de haut niveau.

Vick Mackey : un bon flic perdu sur la route du mensonge.

La BO du jour : c’est désormais souvent le cas avec les séries télé, mais il y a dix-huit ans, je découvrais le triple album 69 LOVE SONGS du groupe The Magnetic Fields grâce à l’une d’entre elles.

39 comments

  • Présence  

    Un article trop court : j’ai eu du mal à croire que j’en étais déjà arrivé à la fin.

    Une série dont je n’ai jamais vu un seul épisode, mais dont j’ai beaucoup entendu parler, à commencer par ce site. Ça fait plaisir de découvrir de quoi il retourne.

    Ces policiers n’abusent pas des prostituées (au contraire, Vic tâche même d’en aider une qui l’informe sur la rue), ne se droguent pas, ne tabassent pas leurs compagnes, haïssent les pédophiles et les monstres ordinaires, possèdent une valeur morale qui nous permet de les apprécier. Ils s’attachent avant tout à remplir les missions qui leur incombent. – C’est intrigant comme positionnement : conserver des valeurs morales, ne pas être 100% pourri.

    Il est préférable d’avoir le caïd du coin dans sa poche plutôt que d’essayer de l’emprisonner : un constat plus pragmatique que cynique, sans angélisme. Une forme courageuse de fiction qui accepte l’inéluctabilité de l’existence de la compromission. Ça ne doit pas être si réjouissant que ça.

    Cernés de toute part par une somme non négligeable de problèmes, les personnages jonglent avec eux comme si de rien n’était. – Fut un temps où ça m’aurait choqué, mais il s’agit d’une fiction et pas d’un reportage, il est donc normal qu’en tant que récit de genre, elle intègre des conventions de genre : des situations type ou des comportements type, codifiés qui ne respectent pas les contraintes du réalisme ou du naturalisme.

    • Jyrille  

      Merci Présence ! J’aurais pu en effet m’étaler un peu plus sur certains sujets, mais j’ai tendance à en dire le moins possible…

      Je suis d’accord, c’est une position intrigante, ces flics pourris qui ne le sont pas vraiment. Comme Dexter qui est un tueur en série qui tue uniquement des tueurs en série, ou Walter White qui est un trafiquant de drogue mais qui le fait avant tout pour sa famille et payer ses soins liés au cancer.

      La série n’est jamais réjouissante, elle se base sur un réalisme cru, mais je ne sais quelle est la part de fantasme et la part réelle de toutes les actions dépeintes.

      Oui, cela reste une fiction, et c’est ce que l’on veut voir : Vic et ses potes se tirer d’affaire, quoiqu’il puisse arriver, malgré toutes leurs galères et ceux qui veulent les arrêter. Tout comme dans BREAKING BAD et DEXTER.

  • PierreN  

    « Laurie Holden »

    Qui interprète la compagne de Ben Grimm (joué par Chiklis) dans le premier film officiel des Fantastic Four.

    • Jyrille  

      Merci pour les précisions PierreN !

  • Bob Marone  

    Visionnée voici une bonne dizaine d’années, cette série m’avait beaucoup plu par son ambivalence. Ton article en résume parfaitement les points forts. Si mes souvenirs sont bons, le point de départ était une affaire de corruption bien réelle, au commissariat de Rampart, à LA, où un groupe de flics étaient vraiment passés du côté obscur et rançonnaient les dealers.

  • JB  

    Va falloir que je m’arrange pour visionner l’intégrale. Merci pour ce panorama de la série !

  • Jyrille  

    Merci JB pour ton retour !

  • zen arcade  

    Jyrille : « Oui, cela reste une fiction, et c’est ce que l’on veut voir : Vic et ses potes se tirer d’affaire, quoiqu’il puisse arriver, malgré toutes leurs galères et ceux qui veulent les arrêter.  »

    Je n’ai pas du tout vu la série comme ça.
    Je n’ai jamais éprouvé la moindre sympathie pour le personnage de Vic Mackey.
    Son code moral ambivalent se fracasse dès les images finales du premier épisode. Définitivement.
    Le mec est un manipulateur hautement toxique pour tous ceux qui l’approchent. C’est un pervers narcissique.
    Par contre, j’ai beaucoup d’empathie pour Shane et son parcours tragique. Le mec avait besoin d’une figure paternelle et il est très mal tombé. Et quand il a voulu « tuer le père », il est parti à la dérive. Mais sa dérive était touchante. Là où Mackey n’est qu’une sale ordure.
    Ceci dit, 7 saisons, ça ne va pas sans redites et le jeu du chat et de la souris entre la strike team et ceux qui essaient de la coincer est parfois long et redondant. Mais ça reste une série qui a marqué. Peut-être surtout par son impact visuel, en fait.
    Le final est réussi. Logique. Mais il a le mérite d’aller au bout de ce qui était inévitable dès la fin du premier épisode de la première saison.

    • Jyrille  

      Merci Zen Arcade ! Oui, Vic est un manipulateur qui détruit beaucoup autour de lui, mais il me reste sympathique lorsqu’il s’occupe d’autrui, que ce soit, sans être trop démonstratif, avec Dutch, et bien sûr avec tous les dealers et prostituées qu’il aide parfois. La scène où il ravage un hôpital m’a fortement touché.

      Le final est plus réussi que ce que j’imaginais car je le trouve très inattendu et original.

  • Bruce lit  

    Ouf, un manque monumental en tant que chronique sur une série majeure est enfin réparée et il est normal que ce soit notre Serial Watcher qui s’y colle. Mieux vaut tard que jamais et ton article est une bonne synthèse ou plutôt un point de départ pour se lancer dans THE SHIELD.
    Je suis peu ou prou d’accord avec ce qui a été écrit ici.
    Oui, THE SHIELD est l’anti THE WIRE. Là où THE SHIELD est direct dans la gueule et va droit au but, THE WIRE prend son temps et met en scène une enquête aussi bien policière qu’administrative. C’est du Punk contre le Prog et bien entendu je n’ai pas été au delà de la première saison de THE WIRE pour ces mêmes raisons.
    Sur les tartines de merde que Vic et ses copains avalent, je n’ai pas été dérangé. On voit qu’être un pourri est une occupation à temps plein. Je me rappelle de la trilogie Lloyd Hopkins d’Elroy où le héros courait plusieurs lièvres à la fois.
    Tu fais bien de faire la comparaison avec Dexter et Breaking Bad. Pour moi, The Shield est le troisième volet de cette trilogie autour de justiciers aux valeurs morales corrompues. Ce sont de bonnes personnes passées du mauvais côté, d’excellents professionnels, de bons pères de famille qui mentent à leur entourage et finissent par récolter le contraire de ce qu’ils avaient semé.
    Je trouve que tu es un peu rapide sur la personnalité de Vic qui est finalement un personnage complexe qui tente de racheter son crime détestable du 1er épisode. La somme d’actes positifs qu’il commet tout au long de la série l’inscrit dans une tragédie où il s’est lui même engouffré.
    Ryan disait de lui « je serais heureux qu’un flic comme lui vienne à mon aide mais je ne voudrais pas savoir ce qu’il fait en dehors de ses heures ».
    C’est ce que je retiendrais de THE SHIELD : une fantastique plongée dans l’ambivalence où la sauvagerie des rues doivent être encadrées par des flics aux méthodes expéditives.
    La fin de la série est la plus belle que j’ai jamais vue après 6 FEET UNDER.
    Merci pour cet article Cyrille.

    • Jyrille  

      Merci Bruce ! Je ne m’épanche en effet que peu sur la psychologie des personnages et les intrigues : comme je l’ai déjà dit, mes articles sur les séries télés sont élaborées comme des présentations plus que des analyses, donnant un avis global et non pas une étude détaillée.

      C’est exactement pour ces points communs avec BREAKING BAD et DEXTER que je trouve la série excellente mais pas totalement aboutie. Comme le dit Zen, on a parfois des redondances, une certaine routine s’installe. L’évolution des personnages, notamment celle de Aceveda, les histoires criminelles de Dutch et Claudette, les choix moraux de Julien et Danny m’ont souvent plus intéressé que les magouilles de la Strike Team. Même si on est tout de même tenu en haleine par leurs intrigues.

      Je ne suis pas d’accord avec toi sur Vic, il ne me semble jamais vouloir se racheter, uniquement sauver ses fesses, quitte à entraîner tout le monde avec lui au fond. J’ai d’ailleurs omis de dire que tel le James Bond de base, il attire toutes les femmes dans son lit, quitte à les écœurer ensuite par sa veulerie.

      • Bruce lit  

        Alors ça date maintenant, mais à défaut de se racheter, Vic tente quelques bonnes actions pour contrebalancer l’impression détestable qu’il donne à la fin du premier épisode.

        • Jyrille  

          On peut voir ça comme ça mais pour ma part, je pense plutôt qu’il a toujours été plus ou moins altruiste et attaché à la justice (dans le sens de ce qui est juste) et on le découvre par la suite.

    • zen arcade  

      « Je trouve que tu es un peu rapide sur la personnalité de Vic qui est finalement un personnage complexe qui tente de racheter son crime détestable du 1er épisode.  »

      Moi, ce que je trouve rapide, c’est de considérer qu’il tente de se racheter. 😉
      Avant même le le début de la série, il est dans la spirale qui va l’envoyer par le fond, lui et tout ceux qu’il entraîne dans son sillage. Son crime détestable n’est que le marqueur d’un point définitif de non-retour.
      Je vois plutôt ses actes positifs comme une manière qu’il a de justifier ses turpitudes. Il n’essaie pas de se racheter de les avoir commises. Il cherche juste une manière de se dire qu’il n’est pas une ordure (ce qu’il est pourtant).
      Je ne le vois pas comme une figure tragique, au contraire de Shane.

      Pour ce qui est de la comparaison avec The Wire, je dois dire qu’elle m’a toujours gênée.
      Je ne pense d’ailleurs pas qu’on la ferait si les deux séries n’avaient pas été contemporaines.
      The Wire, ce n’est pas une série policière. C’est une série qui utilise un cadre policier pour développer des thématiques avec une ambition narrative et une hauteur de vue que The Shield n’a absolument pas et n’a jamais cherché à avoir. The Wire, c’est une radiographie d’une acuité et d’une justesse exceptionnelles du désenchantement d’une Amérique industrielle déclassée.
      J’aime beaucoup The Shield et je n’aime pas quand certains aficionados de The Wire lui reprochent de ne pas être ce qu’elle n’a jamais voulu être.
      The Shield, c’est un must au rayon des séries policières et c’est comme ça qu’elle doit être perçue.
      Mais The Wire, c’est un chef d’oeuvre absolu. Et David Simon est un immense artiste.

  • Kaori  

    C’est une série que je n’ai jamais souhaité regarder, à l’instar de GoT que tu cites aussi.
    L’amoralité qui y règne me dérange. Pourtant j’ai suivi les séries DEXTER et BREAKING BAD avec beaucoup d’intérêt. Mais Dexter est une victime de son traumatisme, qui essaye de faire le bien malgré son passager noir, et BREAKING BAD voit la tentative de rédemption de Jessie Pinkman, petit délinquant qui refuse de sombrer dans le dégueulasse au contraire de Walter White.
    Dans THE SHIELD, je ne vois pas de lumière.
    J’ai zieuté le dernier épisode de loin quand mon homme l’a regardé. C’est une de ses séries préférées. Evidemment je n’y ai pas compris grand-chose, je retiens juste que j’étais soulagée que ça soit fini et qu’ils soient tous plus ou moins punis…

    • Jyrille  

      Merci Kaori pour ton retour ! Je comprends tout à fait tes réticences. La série pourrait sembler totalement sombre mais quelques personnages donnent foi en l’humanité, même si sur les trois ou quatre dernières saisons, ce sont surtout la Strike Team et ses affaires qui sont traitées.

      • Kaori  

        Merci à toi pour ton article. Je n’ai pas encore pris le temps de regarder les vidéos, j’essayerai de faire ça dans la journée.
        Peut-être que ça m’aidera à passer mes réticences, mais 7 saisons, c’est beaucoup …

  • Bruce lit  

    Shawn Ryan a fait d’autres séries par la suite ?

  • Jyrille  

    D’après Wikipedia, il a bossé sur ANGEL (sisi), a créé THE UNIT, CHICAGO CODE, SWAT… et a aussi bossé sur LIE TO ME (très bonne série).

    • Bruce lit  

      Connais rien de tout ça.
      Merci.

      • Jyrille  

        ANGEL est un spin-off de Buffy 🙂

    • zen arcade  

      N’est pas David Simon qui veut… 🙂 🙂 🙂

  • Surfer  

    Hello Jyrille,
    Je n’ai jamais vu un seul épisode de cette série. Pourtant j’aurai pu ! Je crois que quelques saisons ont été diffusées sur une chaîne du service public. Mais je ne suis pas un grand consommateur de séries… je préfère visionner des films c’est moins chronophage.
    En lisant ta chronique synthétique je me rend compte qu’elle pourrait me plaire. J’aime bien ces histoires autour de flics ripoux. Par exemple TRAINING DAY est un film que j’apprécie beaucoup !
    Une série a essayer donc…😉👍

    La BO : C’est vraiment très bien… 😧 Belle surprise, je ne connaissais pas. J’aime bien les cordes et les harmonies vocales.👍 Tu as piqué ma curiosité et j’ai vraiment envie d’en écouter plus. Je crois que je vais prendre un peu de mon temps pour me poser et écouter ce triple album tranquillou 👍😉.

    • Jyrille  

      Merci Surfer ! A toi de voir pour la série mais c’est réellement très chronophage… Pour le triple album, je n’aime pas tout, mais il faudrait que je le réécoute, ça fait longtemps. En tout cas je ne me passerai plus jamais de ce morceau.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Cyrille,

    Merci pour ce retour sur une série en effet qui a marqué son époque.

    Je l’ai suivi à l’époque où j’étais abonné à Canal+ et avec E.R. (URGENCE) elle fait partie de ces productions de qualité qui m’ont ouvert à l’univers des séries (j’entends le renouveau des séries).

    Je n’ai jamais réussi à voir la dernière saison, donc je ne connais pas le final. J’ai des souvenirs de scènes terribles et de personnages que l’on apprend à aimer mais surtout détester. Vic reste un sombre connard, surtout envers sa famille et surtout sa femme. J’aime bien le destin de Shane, qui tente de nager dans la fange et même si il arrive parfois à sortir une narine, il reste à l’arrivée une espèce de loser assez formidable, tant il n’arrive jamais à faire les bons choix. Mais ces derniers existent ils ? Les dès sont pipes et jetés dès le début. Le bus fonce dans le bur sans possibilité de freiner ni de dévier de la trajectoire.

    Parmi les scènes qui m’ont marqué, il y a le viol de David Aceveda. clairement un tournant dans la série dans ses relations avec l’escouade de Vic.

    J’ai également souvenir, comme tu l’évoques d’un sorte de premier cycle, haut de gamme (saison 1 à 4 à priori), puis ensuite c’est plus poussif.

    Je ne comparerais pas THE SHIELDS avec THE WIRE. Il manque l’aspect réel, quasi reportage de THE WIRE dans THE SHIELDS qui reste finalement une fiction dans son intention et ses situations finalement improbables (mais qui fonctionnent très bien sur moi également.

    • Jyrille  

      Bonjour Fletcher,

      merci beaucoup pour ton retour. Je suis bien d’accord pour dire que Vic se comporte comme un salaud envers sa femme avant tout. Tout comme pour Shane, un personnage qu’on déteste mais qui nous touche, là-dessus je rejoins Zen aussi.

      Je parle à mots couverts du viol de Aceveda mais c’est clairement un des passages les plus horribles de la série. Je t’enjoins vraiment à voir la dernière saison, tu vas atteindre une satisfaction entière et une fin qui ne laisse pas indifférent ni ne s’oublie.

      Si je la compare avec THE WIRE, c’est bien évidemment d’abord pour leur production qui a eu lieu pendant la même période des années 2000 (même si THE WIRE n’a que 62 épisodes en 5 saisons), mais surtout car ce sont deux cop shows très différents. Le premier ressemble plus à un documentaire alors que le second reste une série pleine de rebondissements malgré un traitement très réaliste.

      • Bruce lit  

        Fletch, la fin de THE SHIELD c’est inoubliable.
        Je ne trouve pas qu’il y ait de saisons de trop.
        Certes on perd progressivement de vue les personnages secondaires oui. Mais je préfère ça à ces séries interminables où il faut donner des répliques à des acteurs sous contrats ou, le pire, qui meurent et reviennent sous la forme de fantômes.
        Vic c’est le monstre qui a regardé dans l’abyme. Le vois se dépêtrer entre ses manipulations et ses réelles qualités humaines est un réel plaisir pour les méninges en cette époque binaire. Et puis, n’oublions pas que ce genre de salaud a été inauguré par LES SOPRANOS.

        • Jyrille  

          Les saisons 5 et 6 comportent moins d’épisodes et devraient justement n’en former qu’une selon moi. Et justement on perd de vue les autres personnages et c’est pour moi dommageable.

          Je ne suis pas d’accord pour es Sopranos. Dans la série, seul Tony est un personnage attachant qui fait ce qu’il peut pour faire tourner sa famille et son business, tous les autres sont plutôt détestables. Je le préfère de loin à Vic.

        • Fletcher Arrowsmith  

          Je n’ai pas vu la dernière saison car j’avais résilié mon abonnement à C+. Pas assez compétent ou manque de temps pour voir les épisodes manquants. C’est clairement un grand regret.

          Comme en ce moment et les 8 épisodes de la dernière saison de THIS IS US que je ne peux pas voir…..

          • Jyrille  

            THIS IS US c’est ma femme qui regarde. Moi j’ai abandonné au bout d’une saison environ, pas du tout pour moi, et bien trop moralisateur (même si très bien fait et joué).

        • PierreN  

          « Et puis, n’oublions pas que ce genre de salaud a été inauguré par LES SOPRANOS. »

          Et l’oublié Profit.

          • PierreN  

            « Je ne suis pas d’accord pour es Sopranos. Dans la série, seul Tony est un personnage attachant qui fait ce qu’il peut pour faire tourner sa famille et son business, tous les autres sont plutôt détestables. Je le préfère de loin à Vic. »

            La série annonce la couleur assez tôt quand même (tel The Shield avec le final du pilote), d’où l’inquiétude des exécutifs d’HBO concernant les risques pris. Montrer Tony en train d’étrangler une balance face caméra dès le début de la saison 1, cela a ou aurait pu lui faire perdre son capital sympathie auprès du public, en grande partie lié à son caractère et au talent de son interprète.

          • Kaori  

            @PierreN :

            PROFIT, la série trop en avance sur son temps, à mon grand regret !

            THIS IS US : tu peux attendre la diffusion sur W9 (sachant que ces idiots de M6 mettent la coupure pub en même temps partout, et donc principalement en plein milieu d’une phrase, comme une demande en mariage… bande de branqu…), ou t’abonner à Disney+ dans quelques mois, la série y passe (mais je ne sais pas quelles saisons…)

  • Tornado  

    Synthèse très impressionnante dans sa concision. On sait tout ce qu’il faut savoir sans en savoir trop !
    Je n’ai jamais vu cette série dont je suis persuadé de la qualité puisqu’elle fait l’unanimité.
    Les points communs avec BREAKING BAD et DEXTER : J’ajouterais BANSHEE juste d’après ce que je viens de lire.
    Avec SIX FEET UNDER, voilà une série que je garde sous le coude pour « un jour peut-être ». Pour ces oeuvres majeures qu’on a pas eu l’occasion de voir mais qu’on met sur une sorte de « liste d’incontournables » (comme au rayon cinéma où je sais qu’il faudra un jour que je voie UNE NUIT A L’OPERA,QUAI DES ORFEVRES, OEDIPE ROI ou LE CHATEAU DE L’ARAIGNEE). Reste à savoir quand…

    • Jyrille  

      Merci beaucoup Tornado ! Oui, je comprends cette liste d’incontournable, j’en ai une aussi, interminable… Je viens de regarder CLEO DE 5 A 7 et c’est superbe, un à biffer de ma liste (j’avais dû le voir il y a trop longtemps pour m’en souvenir).

      Alors je peux comprendre pour BANSHEE mais le ton n’est pas du tout le même, dans BANSHEE on est clairement dans l’aventure et le dépaysement avec des personnages archétypaux. Les autres séries sont plus ancrées dans le réel malgré tout.

  • Eddy Vanleffe  

    Toutes mes excuses, en vacances j’essaie de ne pas être trop monopolisé par les écrans.
    Je n’ai jamais regardé THE SHIELD de ma vie, les séries de « casernes » américaines n’étant pas ma tasse de thé. je suis donc passé à coté de tous les NCIS, COLD CASES, EXPERTS et autres ESPRITS CRIMINELS…
    je ne pouvais pas me douter que cette série présentait une sorte de plus-value par rapport aux autres, comme tu le présentes bien.
    a rattraper donc un jour.

    • Jyrille  

      Merci Eddy, pas besoin d’excuses ! On attend tes retours au cas où tu arriverais à voir au moins le tout premier épisode.

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