Imagination Art Expo 2017

Imagination Art Expo 2017

Vous referez bien un selfie ?

Vous reprendrez bien un selfie ?

AUTEUR : BRUCE LIT

PHOTOS : MARION GALLE

C’est l’histoire d’une petite association de geeks à Savenay dans la banlieue de Nantes qui invita votre Bruce préféré à se la péter lors de sa troisième convention du 22-23 avril 2017.  Il m’était demandé notamment de ramener ma science à une conférence sur les Comics et d’évangéliser à mon stand de jeunes païens à la Bruce Literie….

Sur le stand des affiches, des cartes de visites, ma pogne enjouée et ma tablette pour donner un aperçu des articles et du graphisme du site. On y expliquait le principe de l’article du jour, des thématiques de la semaine, l’équipe de contributeurs permettant de soutenir le rythme ainsi que l’article 1000 dont la parution était imminente.
Signalons que les promotions de Figure Replay et de Collants sur Divan ont attiré l’attention de nos futurs Bruce Liseurs, souvent hilares aux gags de JP et ébahis par l’inventivité de la mise en scène de Omac Spyder.

Optic Blast  !

Optic Blast !

Autant le dire votre Bruce Lit a été traité comme un roi : des bénévoles en guise de chauffeurs pour l’accompagner au resto, à l’hôtel, au bar, aux toilettes… Mon chaperon Vincent Corsiez est d’une gentillesse et d’une disponibilité surnaturelle. Il ne rigole même pas lorsque voulant sortir du train affublé de mes lunettes de soleil, digne comme Bob Dylan, je manque une marche et fusionne lamentablement avec l’asphalte…Une entrée glorieuse qu’il a l’élégance de taire.

On déjeune ensemble, une visite rapide de Nantes et nous voilà dans la salle Équinoxe  pour l’installation des stands et prise de connaissance du programme. Je discute avec les jeunots de l’assoc’ et en profite même pour vendre le meilleur manga de tous les temps, Ikigami, à la jeune Marion Galle qui officiera tout le WE en tant que photographe. Et ensuite accompagné de Romain Pujol, le dessinateur des Lapins Crétins, on part affamés (il est 22h00 !) se goinfrer chez Vincent de Langouille (charcuterie à base de langue de porc),  de feuilleté nantais,  de fromage affiné au muscadet et de gâteau nantais (une délicieuse tarte à base de  rhum et d’amande). L’épouse de Vincent comprend effarée une chose :  Bruce lit , mais il mange aussi façon Goku…

La romancière Gabrielle Amiot

La romancière Gabrielle Amiot

Le lendemain, c’est le grand jour. Il y a une cabine de téléphone fumante de Dr Who pour nous accueillir et participer à l’installation d’un stand de convention est assez excitant. Les intervenants brillent par leur polyvalence : des dessinateurs, des peintres, des sculpteurs, des écrivains, un concepteur de jeu vidéo, des youtubeurs mais aussi quelques vendeurs de comics et de mangas adorables et les inévitables cosplayers.

A côté de moi, Gabrielle Amiot, une romancière haute en couleur. Concentré de bonne humeur, Gabrielle est une geek à l’état pur fan de Star Wars et de Harry Potter, qui travaille le jour en tant qu’animatrice de centre de loisirs.  Mais la nuit elle écrit des romans d’horreur qu’elle auto édite. Son stand constitué de fausse balles et de cercueils minaitures donne le change d’une femme de coeur qui utilise la plupart de ses gains au profit d’associations de défense des animaux.

Bruce et son bodyguard

Bruce et son bodyguard

Impeccablement organisée, l’IAE propose des tables rondes, des murder parties, du retro et du nu-gaming en VR,  une séance d’aérobic avec Deadpool (!), une diffusion de nanar que j’ai le bonheur d’introduire au pied levé dans un cinéma et le grand moment du WE : le concours de Cosplay.

La star du WE aura été un doux dingue surnomé Archonos ayant été le seul en France à  investir plus de 4000€ dans une armure d’Iron Man pour ensuite la customiser : lumières, ouvertures automatiques etc. C’est très immersif de poser avec lui, Archonos est adorable et sur fond de Back In Black adopte à la perfection le langage corporel du vengeur. Ça le fait nettement moins quand il danse le Gnamgnam machin, ce truc déplorable, probablement le virus le plus répandu au monde avec ses milliards de contaminés à cette bouillie sonore…

Romain Pujol turbine sur le meilleur dessin d'enfant de Lapins Crétins

Romain Pujol turbine sur le meilleur dessin d’enfant de Lapins Crétins

Les habitués des conventions Geek le sauront : 2 jours de conventions, sauf si l’on est une star internationale, c’est aussi un lieu extraordinaire pour quitter son stand lors de moments creux pour partir à la rencontre de l’autre. Pour une petite convention organisée dans une petite ville, on y trouvait du beau monde.

Côté dessinateurs, j’ai fait la connaissance du sémillant Romain Pujol, dessinateur des Lapins Crétins avec qui nous avons passé des heures à discuter, boire et (beaucoup) manger. Pujol a à peine 30 ans et est le dessinateur star d’une licence Ubisoft qui a réussi à prendre son indépendance et proposer des histoires souvent irrésistibles scénarisées par Tithaume rappelant l’esprit de Gaston.

Romain n'en a jamais eu ras la casquette

Romain n’en a jamais eu ras la casquette

Dans la vie Pujol est un personnage un peu lunaire capable de s’extasier devant Koh Lanta, d’enchaîner les concours de bras de fer (au risque de s’abîmer le poignet, son instrument de travail quand même !), et de jouer à chat dans les couloirs de la convention avec les enfants pour qui il organise des concours de dessins. Romain me confiera son admiration pour Matt Groening, le papa des Simpsons, son influence majeure mais aussi sa collection de figurines Dragon Ball. Il est la grande vedette de ce WE aussi bien auprès des amateurs de BD que des enfants et des jeunes filles émoustillées par ce joli garçon qui aura passé 48 heures à dessiner des lapins.

Une licence qu’il continue de beaucoup aimer, la complicité avec son scénariste étant toujours d’actualité. Visiter les albums d’une série en compagnie de son dessinateur est un privilège rare. Romain me commente ses progrès depuis le premier épisode de la série que ce soit dans un trait plus épuré que dans les audaces de la mise en forme des gags où l’équipe apprécie d’avoir carte blanche : pouvoir taguer l’intérieur de ses propres albums, y insérer des petites signatures façon Franquin et des couvertures plus audacieuses. Romain Pujol poursuit aussi une carrière d’auteur qu’il souhaite pouvoir mener au delà de ses Lapins avec la parution d’un projet personnel qui sortirait en fin d’année et dont il viendra nous parler chez Bruce Lit.

Avoir un Josselin sous la main, c'est toujours bien !

Avoir un Josselin sous la main, c’est toujours bien !

Plus taciturne, mon autre de comparse de convention qui nous a gratifié d’un magnifique Hulk pour l’article 1000 : Josselin Billard. Dessinateur professionnel, il a publié et oeuvré pour le désormais légendaire projet Kirby & Me. Il a publié également 2 tome de Gregory Sand Nous faisons connaissance en pointillés sur fond de malentendu d’une publication Facebook et de conflits entre deux groupes geek avant d’en tirer un trait et de ne plus nous quitter.

Désormais inséparables, dans nos stands, à table ou sur scène on parle de Joe Madureira, Frank Miller et Mike Mignola, de la nouvelle trilogie Star Wars, du gothisme chez Batman, des X-Créments de Bendis (j’vous jure, c’est pas moi qui ait commencé), de John Byrne, de Steve Dillon et du DD de Netflix.  De sa vocation de dessinateur lorsqu’enfant il découvrit La mort de Captain Marvel. Le plus gentiment du monde, il accepte de participer au numéro 1000 et avance votre serviteur toujours fauché lorqu’au comble de sa joie il trouve le numéro manquant de la série Freesia mais pas 3€ dans sa poche en pleine zone industrielle.

Goku Disassembled

Goku Disassembled

Le troisième larron de la bande ? Un dangereux maniaque au cheveux longs Arian Noveir. Arian pratique le Paint splattered canvas qui consiste à créer un pochoir puis projeter la peinture sur la toile avec le pinceau.  Par cette technique il peint des héros de la pop culture pour un rendu impressionnant de puissance. Les visages sont réduits à leur plus simple expression mais reconnaissables entre mille.

Une anecdote incroyable concernant notre ami. Un matin de 2011, il est contacté par un certain…Stan Lee qui adore son travail et lui passe commande quatre portraits de Thor, Spidey, Iron Man et Hulk. Le résultat ? La photo du papa de Marvel dans son bureau avec le boulot de Arian entre les mains.

Stan Lit

Stan Lit

C’est avec ces deux zigues que je monte sur scène comme on prend le dernier train.  L’audience est clairement clairsemée, il y a un brouhaha faisant que c’est pas ici que je vais parler des rapports entre l’oeuvre de Mazzucchelli et Paul Auster, et beaucoup semblent clairement plus intéressés par des parties de flipper ou du retro gaming. Le Power Point prêté par Nikolavitch avec les couvertures les plus iconiques des comics défile dans l’indifférence générale.

Se décourager ? Se dégonfler ? Être Amer? Sûrement pas ! Sur Amazon, j’ai enchaîné bide sur bide il y a longtemps avant Bruce Lit. Et donné des concerts inoubliables en Amérique du Sud devant deux pékins qui ne devaient même se souvenir de leur soirée le lendemain… Je m’empare du micro et dialogue avec mes deux nouveaux copains de l’attrait et la répulsion des films Marvel/DC. C’est une sensation très agréable de faire connaissance sur scène avec deux geeks expérimentés. C’est comme jammer sur scène. Une jam session passionnante où l’on se marre comme de vieux complices, où on s’engueule, on rigole, on se chambre dans le plus grand respect de l’intelligence de l’autre.

En avant la déconnade !

En avant la déconnade !

Et là le monde disparaît. Comme en concert ou au théâtre, peu importe devant qui tu joues, l’intensité doit rester la même. C’est comme si nous avions répété notre speech, distribués les rôles (moi l’emmerdeur de service, Josselin l’avocat du Diable, Arian l’historien de la bande). David, le directeur de l’association n’y tient plus : il monte sur scène et trépigne de questions. On a tenu 90 minutes. Imperturbables on continue notre débat sur la pelouse ensoleillée : Stan Lee était il un bon scénariste ?

Mais bientôt le monde réapparaît avec le tumulte d’une kermesse. La fosse se remplit à vue d’oeil : les cosplayers débarquent. La foule semble chauffée à blanc. Des clones de Kylo Ren, de l’Attaque des Titans ou de Rainbow Six apparaissent parmi tant d’autres. Ici commence la partie acide de l’article. Les âmes sensibles peuvent donc s’arrêter là. Les autres me pardonneront ma vision acerbe des cosplayers glanée ici mais aussi à d’autres conventions.

Logan passe sur le Billard de Josselin....

Logan passe sur le Billard de Josselin….

Avant d’attaquer, je tenais à préciser ceci. L’idée de se déguiser, de faire de son corps une performance artistique, de son apparence physique une oeuvre d’art ne peut que séduire le rocker glam en moi. C’est irrésistible d’imaginer les multiples heures de travail pour confectionner une fausse armure, ajouter des lumières ou polir un faux flingue. Les cosplayers sont sympathiques dans leur ensemble, il y en a toujours un pour te surprendre (ici une gamine d’à peine 15 sortie d’Orange Mecanique) et ces gens ne font de mal à personne, surtout ici à l’IAE et son ambiance bon enfant. Mais….

Il y a quelque chose de parfois agaçant de subir cette fome de conformisme où que l’on se trouve avec ce putain de Deadpool, l’épuisante Harley Quinn et le Joker de Nolan. En quoi consiste l’activité du Cosplayer dans un salon ? Passer sa journée à tourner dans les allées et prendre la pose. Dans des grandes messes parisiennes, c’est peut être rigolo, mais je peux vous dire qu’au bout de 6 heures d’affilée, tu vois juste des mecs qui passent devant toi un peu désœuvrés. Sans s’approcher.

Vincent et de drôles de dames

Vincent et de drôles de guys

Devant toi ? Oui, et c’est mon deuxième agacement. Les Cosplayers sont quelque part nos enfants. Couchés sous le pommier de la culture populaire que nous leur avons planté à une époque où être geek c’était pas si fun, ils n’ont qu’à tendre la main pour récolter ce que nous avons semés. Rien de mauvais en soi, c’est le principe des générations.

Pourtant, il y a de quoi s’irriter en observant que ces gamins n’achètent pas de comics (le stand Cultura avait ramené du Sandman, les pauvres…), à peine un ou deux mangas et un Deadpool parmi la cinquantaine de Comics présents.  Ces gamins adoptent les codes de jeux ou de BD qu’ils ne connaissent que superficiellement voire pas du tout. Aucun ne se présentera au stand Bruce Lit, et encore moins à celui de Josselin ou d’Arian. Nous avons donc à faire à des fans de comics qui ne s’intéressent ni à l’écriture de leur médium préféré ni au dessin.  C’est finalement aussi déprimant que ces hipsters qui portent un tee-shirt Ramones ou Maiden sans même connaître une chanson de ces groupes.

Cool !

Cool !

Fascinés par l’image, le grand moment du Cosplayer est de monter sur scène et de mimer un instant clé de son personnage avec une voix en play back ou de chanter-souvent faux- un générique d’animé en Japonais. C’est souvent embarrassant et très infantile. Tout ça pour ça ? Que des jeunes adultes aient envie de s’identifier à telle ou telle icône de la pop culture n’a rien de répréhensible. J’ai moi-même passé la moitié de ma vie à singer James Dean. Ma conférence portait justement là dessus : pourquoi vouloir incarner des êtres de papiers qui vivent en nous ? Tu chantes comme Kurt Cobain,  tu apprends la guitare comme Kurt Cobain et un un jour tu montes sur scène et tu joues tes chansons. Il y a là un passage de flambeau où l’imitateur devient à son tour le modèle.

Chez les Cosplayers, l’autre ne semble exister que pour servir de miroir narcissique à un monde aussi autosuffisant que superficiel. Car lorsque derrière cette excentricité charmante mais en toc, on peut y trouver un conformisme un peu affligeant chez des jeunes qu’on aimerait un peu plus énervés et moins amateurs des chorégraphies TF1. Les voir suer leur coca sur le concert de rock local qui lui aussi a fait un bide plutôt que sur les chiasses r’n’b…

Telle fut la seule fausse note d’une mélodie du bonheur ininterrompue pendant 48 heures. Les super héros ne sont pas que des passeurs de pop-corn. Ils ont une âme pour qui prend la peine de la chercher. Une âme perceptible dans la gentillesse et l’invraisemblable disponibilité des membres de l’IAE qu’on a hâte de retrouver. De l’amertume ? Seulement lorsque deux heures après je découvre dans mon train de retour  les résultats des éléctions. Et le score du F.Haine et de la blonde marinée qui, elle aussi, voudrait se glisser dans un costume bien sinistre….Tout à coup; les Cosplayers me sont tout de suite plus sympathiques…

Uh ? NOT COOL !

Uh ? NOT COOL !

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Sur la route 3/6
L’intervention de votre serviteur à l’IAE de Savenay, une conférence improvisée, les portraits de Romain Pujol, Gabrielle Amiot, Josselin BIllard et James Duff et une (petite) saillie contre les Cosplayers : un récit complet Bruce Lit.

LA BO du jour : que serait Iron Man sans Ac/Dc ?

36 comments

  • Gaby24  

    Bonjour,
    Je me rappelle très bien de vous et de votre stand où vous m’avez persuadée d’acheter Ikigami. J’ai franchement adoré et voulais vous remercier pour votre gentillesse à conseiller une débutante en manga. Vous écrivez aussi bien que vous parlez et je reconnais bien votre humour un peu caustique.
    Avez vous écrit sur Ikigami et d’autres lectures de ce niveau ?

    • Bruce lit  

      Euh bonsoir Gaby. Oui je me rappelle de toi et suis enchantée que Ikigami fut à ton goût. C’est une grande série. Immense. Peut être le meilleur seinen (du manga considéré pour les adultes) que j’ai lu. C’est avec un vrai plaisir que j’aime partager mes coups de coeur. Néophyte ou spécialiste, le coeur bat à la même vitesse non ?
      Je ne saurai te conseiller le film Ikigami qui parvient à être encore plus sombre que la BD et que je trouve très réussi : ici.
      Motoro Masé s’est interrogé sur les fondements de nos démocratie dans le bien nommé Demokratia, une belle réussite aussi, un peu en deçà de Ikigami mais très au dessus du lot.
      Enfin, et puisque il est question de crééer une addiction à ce blog que tu découvres, sois vigilante : la série Freesia au moins aussi bonne que Ikigami arrive bientôt aussi.

      Merci. C’est toujours un bonheur d’avoir des femmes à bord. A bientôt !

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