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Encyclopegeek: Les nouveaux mutants

1ère publication le 26/11/15- Mise à jour le 05/09/17

Pour adultes et adolescents....

Pour adultes et adolescents….

AUTEUR : STEPHANE MAILLARD PERETTI

VO: Marvel

VF:  Lug, Panini, Semic, Editions USA

Cet article ne parlera que de la première série des New Mutants, sans prendre en compte le reboot des années 90 ou 2000. Les artisans principaux qui seront évoqués seront Chris Claremont, Bob Mc Leod, Bill Sienkiewicz, Louise Simonson et Bret Blevins.

Que peut faire Chris Claremont lorsque les X-men sont perdus dans l’espace, supposés morts (La saga des Broods) et surtout, que Jim Shooter, mortel rédacteur en chef de Marvel dans les 80s veut une deuxième série mutante?
Inventer les Nouveaux Mutants (New Mutants) premier spin-off des héros hors-la-loi (si l’on oublie la mini série Wolverine avec Miller aux crayons).

L'annonce d'un spin off des X-men, en 1982. Une première à l'époque où les séries mutantes n'étaient pas légion (eh!)

L’annonce d’un spin off des X-men, en 1982. Une première à l’époque où les séries mutantes n’étaient pas légion (eh!)

Ainsi, flanqué de Bob McLeod, la première histoire de ces nouveaux et jeunes héros parait en décembre 1982 dans le Marvel Graphic Novel 4 pour avoir son propre titre dès 1983… pour pas moins de 100 numéros tout rond ! Rappelons qu’à cette époque bénie, Uncanny X-men est le fer de lance de Marvel et l’un des comics explosant toutes les ventes. Loin derrière restent les Vengeurs et autres Justice League, et on a oublié depuis longtemps que les Defenders existent encore. Il est donc naturel pour Jim Shooter de presser le scribe Claremont en lui rappelant que si ce n’est pas lui qui s’y colle, « d’autres pourront très bien le faire à sa place ».

New Mutants décolle donc assez rapidement avec des ventes stables et des personnages venus, tels leurs aînés du Giant Size X-men de 1975 des 4 coins du monde:
-La fière Dani Moonstar/Mirage est une Cheyenne dont le pouvoir est d’extraire les peurs les plus enfouies d’autrui et les matérialiser en hologrammes.
-Très mature, Shian Coy Manh/Karma, Vietnamienne peut posséder les corps de ses adversaires.
-Timide, Sam Guthrie/Cannonball vient du Kentucky, et se propulse tel une rocket, entouré d’un champ de force le rendant presque invulnérable en vol.
-la très prude et catholique Rahne Sinclair/Wolfsbane, Écossaise est une lycanthrope et enfin, le très sûr de lui Roberto Da Costa/Sunspot venu du Brésil emmagasine l’énergie du soleil pour développer une force herculéenne.

L'équipe au complet, celle qui a marqué tous les fans, ici par Art Adams.

L’équipe au complet, celle qui a marqué tous les fans, ici par Art Adams

Il est peu étonnant de voir une équipe dont la majeure partie des membres sont des (jeunes) femmes. On l’a déjà dit, Claremont aime les héroïnes affirmées, rien de nouveau. Très vite, 2 autres mutantes seront ajoutées: Amara Aquilla/Magma, aux pouvoirs volcaniques, et la soeur de Colossus des X-men, Illyana Rasputin/Magik, apportant un intérêt supplémentaire: la jeune fille à vécu 7 années dans les enfers de Belasco, et est une sorcière confirmée dont une moitié de l’âme est vouée au mal.

Les Nouveaux Mutants (dont le nom est dérivé de l’idée première de Stan Lee pour les X-men, « The Mutants ») ne vont pas se mélanger instantanément aux autres héros, leur vie va nous être montrée avec les doutes, les peurs, les passions d’adolescents typiques cherchant leurs places dans ce monde plutôt qu’au travers de batailles épiques contre de quelconques super-vilains.

Passage à l'âge adulte avec Bill Sienkiewicz, Dani terrorisée sous sa couverture par le Démon Ours

Passage à l’âge adulte avec Bill Sienkiewicz, Dani terrorisée sous sa couverture par le Démon Ours

Mais très tôt, Claremont donne à la série un ton sombre et adulte qui va véritablement se révéler et devenir un phénomène avec l’arrivée de Bill Sienkiewicz. Délaissant le trait typique des comics de Mc Leod et Buscema qui se chargeaient jusque là du graphisme, Sienkiewicz, dès l’épisode 18, entame la « Demon Bear Saga » centrée sur un démon Indien pourchassant Dani, la montrant terrifiée sous ses draps qui dans l’ombre révèlent la gueule d’un ours.
Sienkiewicz est aussi doué que son nom est difficile à écrire: Marvel cherchait à la base Neal Adams pour une série, et ce dernier leur suggéra un « petit nouveau » dont le style s’apparentait parfaitement au sien. Après avoir oeuvré sur Moon Knight, il se débarrasse entièrement des courbes gentilles de ses prédécesseurs pour aiguiser les angles de ses dessins, pousser son encrage vers le noir le plus sombre et passer à des constructions de pages absolument expérimentales pour le lecteur de 7 ans que j’étais quand je lisais cette série dans Titans des éditions Lug.

Les visages sont pleins de mimiques très humaines, les émotions dépassent les habituelles bouches ouvertes de la stupeur ou les dents serrées de l’effort, pour montrer tout un panel d’expressions qui va faire beaucoup pour l’atmosphère de l’histoire. Je me rappelle de ma réaction effarée devant ces dessins « illisibles » (que voulez-vous, à 7 ou 8 ans, l’art, c’est pas toujours clair… Surtout dans une bd!) et du courrier des lecteurs qui n’étaient peut-être pas tous prêts pour cette aventure. Qu’importe, Bill était là et bien là pour un moment, un moment invraisemblable, un voyage neuf et rafraichissant encore de nos jours.

Prête à la chasse oui, mais qui est la proie?

Prête à la chasse oui, mais qui est la proie?

Claremont reste toujours très bavard avec ses sous-intrigues, et nous montre d’ailleurs l’arrivée d’un rouquine de l’ère de Days Of Future Past, et ses souvenirs, dont une double page où le Pr Xavier est criblé de balles et projeté sur son fauteuil sur plusieurs mètres. Couillu. Fascinant.

Telle une excroissance vivante des dessins de Sienkiewicz, sombre et changeant sans cesse de formes, dessiné au négatif avec seuls quelques traits jaunes, arrive un nouveau personnage, Warlock, un alien fuyant son technocrate de père et tombant sur Terre. Se liant d’amitié avec les mutants grâce à leur dernière recrue, Doug Ramsey/Cypher, Warlock clôt par son intervention ce fameux arc.

Dans cette séquence choc sur 2 pages, surgie de DOFP, Xavier est abattu par l'armée

Dans cette séquence choc sur 2 pages, surgie de DOFP, Xavier est abattu par l’armée

Les jeunes X-men vont voyager avec leurs ainés revenus de l’espace, ou seuls. Les histoires se veulent complexes, humaines, un cran parfois au dessus de celles des X-men. Malheureusement un peu trop verbeuses, avec des personnages pêchés dans d’autres séries, (La Cape et l’Epée) et la première apparition de Legion, le fils de Charles Xavier (qui aura un rôle prépondérant dans l’origine de Age Of Apocalypse). Deux épisodes nous entrainent en Asgard pour un voyage qui changera nombre de personnages: Dani devient une valkyrie, Rahne tombe amoureuse, Illyana subit les tortures de l’Enchanteresse, Amara devient une fée, Sam est accueilli par le peuple des nains…

Le but est atteint, comme cette vieille pub le disait « Don’t call ‘em X-Babies anymore » (Ne les appelez plus X-Babies). Obligé de suivre les contraintes éditoriales, Claremont confronte ses personnages au Beyonder, être omnipotent surgi de Secret Wars.
Les jeunes meurent tous et sont effacés de la mémoire collective.Bien sûr ils seront réanimés par le même Beyonder, mais ce petit tour de passe-passe suranné (mais toujours utilisé) permet à l’auteur de montrer les jeunes plongés dans un état plus que post-traumatique. Il leur faudra des épisodes pour se remettre de ce désarroi, épisodes dans lesquels Magneto, devenu directeur de l’école, à fort à faire avec Emma Frost, à l’époque  ennemie des X-men.

Avec cette pub, on officialisait les choses, les Nouveaux Mutants sont à prendre au sérieux

Avec cette pub, on officialisait les choses, les Nouveaux Mutants sont à prendre au sérieux

C’est à présent au tour de Jackson Guice d’illustrer la série, il s’était auparavant occupé des très intéressants Micronautes, une série sous-évaluée et oubliée de Bill Mantlo. Les épisodes qui viennent montrent toujours les jeunes faces à des dilemmes tout à fait humains, reléguant l’utilisation de leurs pouvoirs au second plan, des problèmes tels que l’acceptation de la différence face à l’ignorance (NM 45, un numéro à lire, s’il en est!), la rivalité entre frères, le douloureux mélange de l’amitié et de l’amour chez un ami d’enfance, les crises de consciences et la différence entre la vengeance aveugle et la justice. Nous sommes loin des Teen Titans, ou des Young Avengers, qui dès leurs débuts se frottent à des périls de très grande envergure.

Le noeud gordien enclenché avec l’arrivée de Warlock arrive enfin (!) à sa conclusion, lors d’une épopée à travers l’espace et le temps, qui mêle la réalité de Days Of Future Past où les mutants sont éradiqués , à une autre dystopie où ces derniers ont pris le pouvoir, accablant les humains… Alors que Magik se débat seule dans son royaume infecté par le techno-virus de Magus, le géniteur de Warlock.

Si nous voulons apprendre une chose de la mort de Larry, ça devrait être ça... Vous voulez savoir qui je suis? Je suis Katheryn Pryde. C'est la seule chose importante. Le reste n'est qu'étiquettes

Si nous voulons apprendre une chose de la mort de Larry, ça devrait être ça… Vous voulez savoir qui je suis? Je suis Katheryn Pryde. C’est la seule chose importante. Le reste n’est qu’étiquettes

Claremont est alors remplacé par Louise Simonson, pour ce qui ne devait être qu’un délai de 6 mois à écrire Excalibur avec Alan Davis. Mais se plaisant à ce poste de scénariste, la jeune femme continue le boulot, enchainant les arcs (Fall of the Mutants, Inferno…).

Les épisodes restent très bons mais il est clair que Louise Simonson ne considère pas Magneto comme un personnage pouvant se racheter… Assez rapidement le personnage va manquer à son devoir de directeur et se rapprocher du Club des Damnés (on apprend même qu’il considérât les élèves de Xavier comme une façon de gagner de l’influence chez ce groupe ultra-élitiste). Certains personnages vont être éloignés et Cypher, dont le seul pouvoir est de traduire et parler toute langue existante sera tué, à la fin d’un arc faisant partie de Fall of the Mutants. En effet, peu de dessinateurs apprécient ce personnage qui n’a pas grand chose à faire sur le terrain, et il s’effondrera sous les balles destinées à Rahne la lycanthrope…

Cypher meurt dans les bras de Wolfsbane

Cypher meurt dans les bras de Wolfsbane

On peut sûrement voir ici le grand tournant de la série, du moins celui qui l’a involontairement menée à sa perte: les jeunes mutants vont s’engluer dans une trame de plus en plus macabre, et perdre de la vitesse. Suivant cet épisode traumatisant, Simonson va en écrire deux pires encore. Dans l’un, carrément morbide, Warlock, ne comprenant pas bien les moeurs humaines, épiant Dani devant la télé, alors que passe Night of The Living Dead de Romero, va voler le corps de Cypher et passer devant la maison des parents du défunt… qui l’apercevront… Puis l’amènera à Rahne, qui culpabilise déjà pas mal… Les dessins sont alors de Bret Blevins qui a un style cartoonesque assez peu adapté à ces épisodes et qui caricature les émotions des personnages, les poussant souvent à l’extrême.

Dans le second, toujours dessiné par Blevins qui restera un bon moment (j’avoue le trouver très bon sur pas mal de BD, mais il il reste un problème malgré son talent, sans doute un trop large fossé entre son art et le ton sombre des scripts de Simonson), Illyana s’en prendra presque à ses amis… Les larmes coulent, les visages se distordent sous la plume du dessinateur qui en fait parfois un peu trop, et les Nouveaux Mutants partent à l’aventure en croyant (de nouveau) les X-men décédés.

Dans cet épisode particulièrement lugubre, Warlock a du mal à comprendre le concept de mort

Dans cet épisode particulièrement lugubre, Warlock a du mal à comprendre le concept de mort

Un nouveau voyage en Asgard va éloigner Dani, qui restera chez les valkyries et annoncer l’arrivée de l’atroce Rob Liefeld qui commettra les dessins pour une quinzaine d’épisodes et achèvera la série avec un paradoxe: Elle se vendra comme jamais mais tout ce qui en faisait sa force est vidé, expurgé, jeté à la poubelle par le jeune dessineux.

A ce tournant, il faut bien comprendre que les comics viennent de passer la décennie leur ayant amené Watchmen de Moore, Dark Knight de Miller, une décennie dorée et toute une pléthore de dessinateurs pas tous bons arrivent avec les rédacteurs en chef dans leurs poches. Les scripts et dialogues de Simonson sont souvent ré-écris sans qu’elle le sache à la demande d’un Liefeld qui veut s’accaparer la série, et sous la houlette de Bob Harras, rédacteur de l’époque, tout personnage qui n’est pas au goût du jeune premier va quitter l’équipe.

La fin arrive pour tous, alors qu'Inferno approche

La fin arrive pour tous, alors qu’Inferno approche

Péniblement, la série se traîne jusqu’au numéro 100 dans lequel ne reste que Cannonball de l’équipe originale. Celle-ci se retrouve transformée en un peloton de jeunes soldats menés par Cable, un perso créé par Liefeld (qui créera dans la foulée Deadpool) avec des membres sans profondeur voire carrément antipathiques.

La série change de nom et devient X-Force, vendant dans le million d’exemplaires, ce qui permet à Bob Harras de se frotter les mains, de virer plus ou moins Claremont, Peter David, Louise et Walter Simonson et d’autres qui ont fait le renom de Marvel… Sans savoir que ses protégés quitteront en douce le bateau peu de temps plus tard pour fonder Image, le laissant dans une merde assez noire… Mais ceci, comme on le dit chez Conan, est une autre histoire!

Quand Sunspot s'en va, la fin peut-elle se trouver bien loin... Ben non, vu que Liefeld est arrivé, et qu'il détruira ce qu'il reste d'une série en 100 épisodes

Quand Sunspot s’en va, la fin peut-elle se trouver bien loin… Ben non, vu que Liefeld est arrivé, et qu’il détruira ce qu’il reste d’une série en 100 épisodes

38 comments

  • comics-et-merveilles.fr  

    Que de bons souvenirs en effet, une excellente synthèse, merci monsieur!
    Comme pour Sonia, je rêve d’une réédition intégrale, certainement, je l’espère, quand le film sortira (enfin, si c’est toujours d’actualité). Dans Titans, la période Sienkievicz (la meilleure) a été fortement amputée.
    J’ai toujours voulu tous les reprendre en vo mais je ne l’ai finalement jamais fait. Je ne sais même pas si les éditions usa avaient pu sortir tout le run de Bill S. ou non. J’ai moins accroché avec Simonson (j’aimais pas trop Blevins non plus – c’était comme lire Puissance 4 dans Spidey^^, fun mais c’est tout – tiens, une histoire accessible pour ma fille dis-donc!) et j’ai complètement décroché pendant Liefeld (la plus grande arnaque des années 90), et Bob Harras…
    Les filles ont toujours été plus intéressantes sur ce titre, si on s’arrête à Sam/Cannonball, on est foutus…
    Bref, ta conclusion est souvent la période qui me reste encore en travers de la gorge!
    Et Titans, hé bien, Epsilon, j’ai adoré également, mais je suis resté un peu sur ma faim. J’aimais bien ce petit magazine (j’aime toujours d’ailleurs – j’ai récemment racheté tous les numéros abimés!!), la diversité des séries en faisait sa richesse (un peu à l’image de Rom pour Strange, Photonik pour Spidey).

  • Nicolas Giard  

    Ah les Nouveaux Mutants ! Une histoire de viol dès le premier épisode (la pauvre Karma), une historie d’enfance maltraitée deux eps plus loin, les dessins furieux de Bill Sienkewicz, Magma qui doit se demander ce qu’elle fiche dans cette école, Magik et ses démons, Doug Ramsey et Kitty Pryde, les coucs magnifiques de Jean Frisano pour Titans, l’arrivée de Rob Liefeld…

    Que de bons mioments.
    Merci pour cet article nostalgique.

    • Leo  

      Merci à toi, Nicolas :)

  • Marina  

    Vu le four que s’est pris panini avec leur tentative kiosque, je doute qu’on revoie els N M de sitôt ! Pourtant ce serait mérité !

    Magik y était prodigieuse <3

    • Bruce lit  

      Gageons que si, avec la sortie prochaine de la série ou du film (ch’ais plus) Les nouveaux mutants.

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