JUNGLE DUO (Batman /Tarzan)

BATMAN/ TARZAN : LES GRIFFES DE CAT-WOMAN  par Ron MARZ et Igor KORDEY

Rencontre entre deux types ©DC Comics ©Dark Horse Comics/ Source :https://images.gr-assets.com/books/1348230060l/330121.jpg

Rencontre entre deux types
©DC Comics ©Dark Horse Comics

ParOMAC SPYDER

VO : DC Comics / Dark Horse Comics ©1999,2000

VF : Wetta WorldWide ©2004

Cette mini série avait été brièvement passée en revue par Tornado ici

L’AVENTURE

Gotham City est une ville de plus en plus étrange. Ce soir, Batman va y croiser une Cat-Woman qui, sous son masque, n’a rien de Selina Kyle, un autre Monsieur Dent et un personnage qui ne devrait exister que dans les romans… mais qui est bien réel.
Initialement conçu pour rejoindre la collection Elseworlds (où le nom, l’époque et l’apparence des héros sont modifiés) comme en attestent les croquis en fin de chapitre d’Igor Kordey, ce récit a finalement intégré la série classique, et cela lui donne un ton singulier… car les personnages alternatifs ont été conservés ! C’est donc le vrai Batman/Bruce Wayne qui va côtoyer une Cat-Woman égyptienne, Finnega, « l’autre » Dent et Lord Greystoke.

Une aventure sur deux continents où le Dark Knight se retrouve dans un environnement inhabituel, entouré d’alliés et d’ennemis qu’il n’aurait jamais dû croiser.

L’OBJET SINGULIER

C’est la maison d’édition Wetta WorldWide (rebaptisée en 2007 WETTA), qui s’est occupée de la publication de ce comics en 4 parties. Et le pari a été de conserver les quatre fascicules façon comics et de les inclure dans un coffret cartonné auquel un poster (40×60) reprenant la couverture du coffret a été ajouté. L’objet en soi apparaît déjà comme une curiosité, une sorte de relique du passé. Il demeure qu’il est plutôt agréable de trouver ces quatre fascicules distincts qui nous rapprochent, une fois n’est pas coutume, de la lecture en comics v.o. tout en profitant d’une traduction française.

Pulp Fiction ©DC Comics ©Dark Horse Comics/

Pulp Fiction
©DC Comics ©Dark Horse Comics

JUNGLE DUO

La rencontre entre les deux orphelins milliardaires apparaît d’emblée assez savoureuse. Lord Greystoke croisant le chemin de Bruce Wayne, le tout dans une ambiance Pulp qui sied savamment aux deux héros.
Les couvertures classiques peintes de Dave Dorman ajoutent à cette ambiance délicieusement surannée.

Le dessin d’Igor KORDEY, auquel l’œil doit s’accoutumer comme il le ferait dans une jungle ombragée, traduit dans ses meilleurs effets une animalité qui correspond bien à la nature du récit. Igor KORDEY parlant de sa propre rencontre avec Tarzan dira qu’il le voyait davantage comme un sportif en natation, tout en fluidité et finesse que comme un être à la musculature massive. Le dessinateur relate dans l’appendice du numéro 2 sa découverte d’un recueil à l’âge de 10 ans et des dessins de Jules RADILOVIC qui prit Johnny Weissmuller en modèle. Cette histoire d’un petit garçon élevé par des grands singes, tuant son beau-père, tombant amoureux de Jane Porter, et dont les scènes représentées firent visiblement effet sur le jeune Igor KORDEY, tout cela amena celui-ci à décider une chose : devenir dessinateur de comics !

« Toi Bruce. Moi, John » Des légendes (bien) urbaines ©DC Comics ©Dark Horse Comics/

« Toi Bruce. Moi, John »
Des légendes (bien) urbaines
©DC Comics ©Dark Horse Comics/

DEUX ORPHELINS DANS LA JUNGLE : IDENTIQUES ET DIFFERENTS

C’est évident dès la rencontre entre ces deux-là que le point commun saute aux yeux ! Orphelin et héritier d’une richesse familiale, devenu chacun une légende dans sa jungle, cela semble couler de source de les amener à se rencontrer. Il y a comme un effet miroir qui s’installe d’emblée, et le récit va d’ailleurs tirer profit de ce jeu de miroir pour jouer au jeu des sept différences !

Une ressemblance de fond, des différences de forme. Si chacun des deux hommes use d’une double identité, un nom différent selon le milieu qu’il arpente, l’un a une identité secrète et pas l’autre. Mais cet aspect est compensé en quelque sorte par le fait que la légende de Tarzan soit tellement fabuleuse que les gens n’y croient qu’à peine, tandis que Batman est démasqué dès sa première rencontre avec l’homme singe sur les toits de Gotham ! Là où les gens dits civilisés n’y voient que du feu, il saute aux yeux d’un homme tel Tarzan que Batman est le même homme que Bruce Wayne qu’il a juste rencontré quelques heures plus tôt !

Une autre différence consiste dans la considération autour de tuer ou ne pas tuer son ennemi. Ce principe de différence intervient de façon récurrente dans le récit, chacun des deux hommes ne comprenant pas le choix de l’autre. Pour Tarzan, le choix est celui de la jungle : tu peux tuer ton ennemi si celui-ci cherche à te nuire ou te tuer. Le monde se sépare en amis et ennemis tandis que pour Batman le monde tient avec la clef de voûte l’idée de justice. Le meurtre rappelant inévitablement celui de ses parents, Batman ne peut l’envisager en solution juste. Tarzan peut quant à lui tuer un homme s’il est ennemi et épargner un animal même agressif s’il se révèle être un ami. Ce propos sous-tend ainsi une différence entre nature et culture, dans lequel le meurtre serait une solution naturelle pour survivre, solution à laquelle a renoncé la culture.

La relation sentimentale entre Tarzan et Jane forme un autre point d’écart entre les deux légendes. Nous voyons ainsi Lord Greystoke rentrer au pays, accompagné de Batman. Au moment des retrouvailles chaleureuses entre Tarzan et Jane, Batman répond à la Cat-Woman qui fait aussi partie du voyage que dans sa vie il n’y a pas de place pour l’amour, mais pour la mort. Plus tard, une remarque sur l’animalité de Tarzan dans les combats sera l’occasion d’ajouter que pour cet homme, l’amour représente heureusement un point d’équilibre face à cette force de la Nature. L’amour comme limite pour Tarzan, tandis que l’idée de justice constitue celle de Batman.

Toujours en déclinaison de ce rapport amoureux, si Tarzan a Jane à ses côtés pour vivre un amour réalisé, Batman sera face à cette Cat-Woman dans un amour impossible ; lorsque celle-ci lui proposera de rester auprès d’elle, Batman admettra non sans regrets que cette vie n’est pas pour lui, présageant déjà l’impossibilité de l’union réalisée que nous avons pu suivre dans le mariage avorté entre Batman et Catwoman dans le numéro 50 de Batman Rebirth.

Les différences entre la version régulière de Batman et cette histoire tiennent aussi dans cette Cat-Woman qui n’est pas Sélina Kyle mais une princesse d’une Cité perdue, arborant une tenue de chat d’une part. Et d’autre part dans ce personnage, Finnegan Dent, lequel à l’image de son homonyme Harvey se retrouvera dévisagé (par le lion de Tarzan lui-même) sur la moitié du visage. Ces deux personnages ne sont ainsi pas ceux d’origine, mais en forment un reflet particulier que l’histoire utilise d’une façon plus libre, puisque sans continuité tout en évoquant leurs homonymes à quelque détail près.

Chacun sa jungle, chacun son destin ©DC Comics ©Dark Horse Comics/

Chacun sa jungle, chacun son destin
©DC Comics ©Dark Horse Comics

UN SAUVAGE DANS LA VILLE, UN JUSTICIER DANS LA JUNGLE

L’alliance entre Tarzan et Batman fonctionne. Chacun fait irruption dans la jungle de l’autre et y découvre son petit malaise dans la civilisation. Mais chacun des deux paraît quelque peu inadapté au monde de l’autre. Lord Greystoke se montre véritablement lui-même dans sa jungle africaine, tandis que Batman se montre effrayé par le lion de Tarzan et inefficace face à un gorille déchaîné que terrassera promptement l’homme singe.

La figure qui forme le trait d’union entre ces deux mondes est Dent. Ce double-face alternatif, pilleur de trésors des civilisations cachées d’Afrique, notamment ici celle de Memnon, située selon les représentations culturelles en Egypte, représente l’ennemi commun entre l’homme singe et l’homme chauve-souris. Il est celui qui trompe, qui intrigue, qui déshonore et blasphème dans son propre intérêt. Si le procédé est assez simpliste pour provoquer l’alliance des deux héros, il est néanmoins efficace. A vouloir exposer la culture de civilisations méconnues, la civilisation occidentale peut tomber dans le pillage, spoliant ces trésors. La question de la restitution partielle ou par des fonds partagés des trésors africains par les pays occidentaux demeure d’ailleurs toujours une question d’actualité qui forme aussi une question diplomatique et politique.
Ici, la figure du pilleur se retrouve identifiée sans l’ambiguïté du monde réel. Bruce Wayne est le philanthrope qui s’est fait avoir quant aux moyens utilisés pour l’aile du musée portant le nom de ses parents, et Dent est cet homme au double visage, faisant preuve de duplicité : rendant les services demandés tout en gardant opaques les moyens utilisés.
Il est ainsi ce double visage que portent les pays occidentaux à lui seul vis-à-vis des trésors acquis en Terre africaine. Un reliquat du colonialisme qui s’imbrique tout à fait dans l’esprit Pulp du comics.

DEUX LEGENDES REUNIES

Tarzan, Batman : ça reste un casting de rêve. Comme un avant-goût d’une ligue de gentlemen extraordinaires. Si le récit ne s’aventure guère en dehors des sentiers battus, et si les personnages sont caractérisés au couteau, l’aventure réserve de plaisants moments exotiques. La rencontre ne provoque aucun bouleversement, mais l’annonce ne nous en promettait pas. La quatrième de couverture du coffret annonçait : « Mystère ! Action ! Suspense ! Romance ! », en cela elle demeure honnête. On nous promettait une bonne histoire avec deux légendes enfin réunies : Tarzan et Batman, dans une histoire efficace, bestiale, dynamique, et rafraîchissante : promesse tenue !

Legends Go By Too ©DC Comics ©Dark Horse Comics/

Legends Go By Too
©DC Comics ©Dark Horse Comics/

L’EPISODE PERDU

Igor KORDEY relate une aventure intéressante dans le supplément du numéro 2, celle d’un projet « Tarzan and the Rivers of Blood « et dont un premier épisode de 16 pages avait été réalisé en vue d’une publication internationale. Dans ce récit il était question des conflits de personnalité de Tarzan, des problèmes de couple avec Jane, un complot à la veille de la première guerre mondiale, de subconscient collectif, et des figures comme François FERDINAND ou Sigmund FREUD intervenaient dans le récit. Bien avant Watchmen et ses héros aux personnalités torturées, ce projet ambitieux fut abandonné plusieurs fois, refit surface plusieurs fois, mais demeure pour l’heure un « épisode perdu »…

——

Dans la série des crossovers qui tue : Batman vs Tarzan ! Deux légendes de deux jungles différentes se retrouvent chez Bruce Lit dans la première review d’Omac Spyder de la saison. 

Si ça « pulp », ou si ça « pulse »,

Les sons de la jungle ne sont pas loin
Qu’ils soient sauvages ou urbains
La jungle est le lieu de la vie, de la sensualité animale
Bêtes, hommes singes, ou chauve-souris, dans la vapeur super tropicale
Attention aux courses frénétiques !
A la rencontre des trésors pharaoniques…

27 comments

  • OmacSpyder  

    Et pour poursuivre la réflexion sur l’actualité de Tarzan

  • OmacSpyder  

    … Concernant le monde contemporain et la place que Lord Greystoke pourrait occuper ( @ Patrick 6 et Ben Wave), voici un résumé d’une émission de France Culture de ce matin (20/09/2018) sur l’ouvrage de Michel Serres paru il y a 30 ans : « Le contrat naturel ». Celui-ci apparaît d’une brûlante actualité.

    « Dans une archive sonore où l’on entend le philosophe Michel Serres converser avec Ali Baddou, il y a près de dix ans dans l’émission Radio libre, il martèle : « Un travail de philosophe du droit ».
    Et pour cause ! Le philosophe déplore le mélange des genres.
    Le philosophe est là pour penser, pas pour s’engager.
    L’engagement politique dessert même la portée du discours philosophique. Or le discours porté par Le contrat naturel, un essai véritablement fondateur qui mériterait aujourd’hui d’être entendu par ceux qui épousent la cause écologique.

    En partant du constat de l’impact de toutes les activités humaines sur l’équilibre total de la planète, de la violence sans merci qui règne désormais entre l’Homme et le Monde, Michel Serres démontre qu’il y a une irruption du Monde comme acteur à part entière et majeur de l’Histoire.
    Il appelle donc à une réconciliation, à un nouveau contrat qui compléterait le contrat social de Rousseau. Si le contrat social de Rousseau se fait d’homme à homme dans le monde, le contrat naturel de Michel Serres doit s’effectuer entre l’Homme et le Monde.

    Vous l’avez entendu dans l’extrait, à sa sortie, le livre s’est heurté à une lever de bouclier. Il y a trente ans, vouloir sauver la planète était considéré comme une élucubration et même par certains comme une tentation fascistoïde.
    Aujourd’hui, le monde entier semble s’être emparé du sujet. Partout l’on entend qu’il est urgent d’agir. Ce que nous rappelle Michel Serres, c’est qu’il avant tout urgent de réfléchir. C’est pourquoi, son ouvrage, Le contrat naturel, réédité aux éditions aux éditions du Pommier paraît plus que jamais actuel. »

    Ainsi Tarzan pourrait représenter une pensée en action!

    • Jyrille  

      J’avais tendance à penser la même chose (sauver la planète) mais je comprends désormais que la planète n’a pas besoin de nous pour survivre. Sauver le Monde, dans ton sens, veut dire qu’il faut sauver l’humanité, la Terre telle qu’on la connaît.

      • OmacSpyder  

        Il est ici question davantage de « contrat » plus que « sauver ». Comme un bailleur établit un contrat avec un locataire. Tarzan pourrait jouer le syndic!
        Si la planète Terre n’a pas besoin de l’Homme pour « survivre », l’Homme a néanmoins émergé sur cette planète qui lui a donné vie. Donc l’idée d’un nouveau contrat naturel est séduisante afin de sortir d’un clivage : la Terre crée, l’Homme détruit ;)

        • Ben Wawe  

          Jyrille a raison : en soi, ceux qui disent vouloir sauver la planète veulent sauver l’humanité et son mode de vie ; la terre survivra, même au réchauffement climatique. Pas nous.
          C’est pour ça qu’ils (nous d’ailleurs, car je partage cette envie de changement et j’y participe face à la folie humaine) pensent aux générations futures en espérant faire changer les habitudes ; sans cela, elles n’auront rien. C’est pour protéger notre descendance que nous voulons agir, et le devons.
          Par contre, oui, l’idée d’un nouveau « contrat » a du sens. Autant pour protéger les générations futures qu’en guise de reconnaissance envers le monde qui nous a permis d’exister – mais la reconnaissance, chez l’être humain…

          • Eddy Vanleffe  

            après mon passage à Carnac, je me suis fait plein de livres sur le Néolithique et plus particulièrement sur le passage des chasseurs cueilleurs aux agriculteurs…
            il semblerait que l »humanité se met en porte à faux avec la nature depuis ses origines en fait…
            nous transformons le vivant depuis qu’on a transformé les Aurochs en vaches à lait et les loups en chiens pour notre usage personnel. la plus grande déforestation planétaire a eu lieu à cette époque et non pas à la notre…
            nous sommes les derniers face au vide.
            Aurélien Barrau, astrophysicien de son état est assez glaçant à ce sujet…

  • OmacSpyder  

    Le passage de l’état de nature à l’état de culture passe irrémédiablement par des aspects de transformation de la nature. Y compris humaine. C’est ainsi que (comme le rappelle le récit Tarzan/Batman ) l’Homme est passé du meurtre autorisé car naturel à l’abolition de la peine de mort. Cela ne veut évidemment pas dire que les pulsions agressives ont disparu, et comme le rappelait Jyrille, les composantes cathartiques de la civilisation existent pour y pallier notamment.
    @ Ben Wave : une phrase simple m’a fait saisir ce qui distingue le végétal, l’animal, et l’Homme. « L’Homme est le seul animal à avoir une idée de son grand-parent ». Cela en fait un drôle d’animal, non?
    @ EddyVL : c’est intéressant cette remise en perspective. Et comme je le disais en préambule ici, l’avènement de l’Homme quittant l’état naturel va de paire avec une transformation de la nature. Car l’Homme est démuni physiquement comparativement aux autres animaux. Tout le monde n’est pas… Tarzan! ;)

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