Kurt Busiek l’enchanteur‏

Arrowsmith par Busiek et Pacheco

AUTEUR : TORNADO

Une édition intégrale même pas chère !©Image

Arrowsmith est une mini-série de six épisodes (ainsi qu’un prologue) créée par le scénariste Kurt Busiek en 2003.

C’est une sorte d’uchronie relatant la première Guerre mondiale à travers un monde dans lequel évoluent toutes les créatures des contes et légendes nordiques, des dragons aux trolls, en passant par les magiciens, les vampires et les loups-garous !

C’est l’histoire d’un jeune homme venu du fin fond du Connecticut, rêvant de gloire et d’aventures, qui s’engage dans l’armée de l’air (façon magicien, avec dragons volants…) et qui arrive dans le conflit le cœur rempli de courage et de noblesse, pour finalement se heurter aux horreurs bien réelles de la guerre.

C’est une histoire d’amitié et d’amour, racontée dans le tourbillon des grands récits romanesques.

C’est enfin une parabole sur la folie des hommes. Ou tout le talent d’un scénariste qui sait prendre un décor merveilleux et d’un dessinateur qui sait réaliser de belles images pour nous raconter la plus horrible des histoires : la nôtre.

La légion saute sur...

La légion saute sur...©Image

La lecture de l’ensemble est un bonheur du début à la fin. Arrowsmith possède tout autant le souffle des grandes fresques hollywoodiennes, la magie d’un Walt Disney et la poésie à la fois merveilleuse et pessimiste d’un film de Terry Gilliam.

La technique narrative choisie pour nous conter cette histoire est d’un raffinement inouï, qui nous fait partager les sentiments du héros de l’histoire à travers les lettres qu’il écrit à ceux qu’il aime.

A maintes reprises, l’univers de Kurt Busiek nous renvoie au cinéma de Frank Capra, où les destinées s’entrecroisent pour mettre en valeur l’aventure humaine de l’homme social. Je m’étais déjà fait cette réflexion à la lecture d’Astro City, et Arrowsmith enfonce définitivement le parallèle dans mon esprit.

La Guerre du monde moderne - Un thème transposé dans le monde de la fantaisie

La Guerre du monde moderne – Un thème transposé dans le monde de la fantaisie©Image

Le lecteur est immergé autant dans les scènes d’actions que dans les moments intimes, voire domestiques que traversent les personnages. La guerre selon Kurt Busiek commence comme un enchantement, une ode patriotique digne des grandes propagandes.

Puis, subtilement, brusquement, tombe dans l’horreur la plus extrême. A sa manière de conteur « comme dans les contes de fées », le scénariste ne nous épargne pas davantage que les fresques guerrières les plus dures vues au cinéma ces dernières années (Il faut sauver le soldat Ryan, La Ligne Rouge).

Une idée incroyable – Des dragons à la place des avions pour illustrer la première Guerre mondiale !©Image

Voilà une œuvre majeure sur le thème tant et tant ressassé des horreurs de la guerre et de la folie de l’homme, vulgarisé par le prisme du comicbook, façon merveilleux.

Assurément ce que j’ai lu de meilleur de la part de cet auteur, auquel j’ai toujours reproché un manque de tension narrative.

Mais cette réussite ne serait pas aussi exceptionnelle sans les talents combinés du dessinateur Carlos Pacheco, de son encreur Jésus Merino, et du coloriste Alex Sinclair.

Le premier livre des planches magnifiques, des pleines pages d’anthologie et des doubles pages fourmillant de détails allant du bâtiment architectural majestueux, aux accessoires anachroniques les plus divers, aux foules de créatures héritées des contes et légendes, qui parviennent à cohabiter dans la cohérence la plus harmonieuse.

Un dessin d'une pureté rare !

Un dessin d’une pureté rare !©Image

Ses personnages sont beaux et vibrants d’humanité, son trait est gracieux et précis comme une peinture de Raphael.

Désormais, son travail sur cette mini-série sera un des premiers que je citerai lorsque l’on me demandera de me remémorer les plus belles créations graphiques que j’aurais pu lire dans un comicbook.

L’encrage de Jésus Merino est également d’une rare perfection. Il sublime littéralement le trait de Pacheco et apporte un surplus de grâce à des contours déjà très harmonieux. Son sens du plein et du délié fait des merveilles là où il y avait suffisamment de détails pour que l’on ne sache pas par où commencer !

Les horreurs du conflit…©Image

Le travail d’Alex Sainclair est également parfait, qui réussit à donner au récit la lumière et la couleur des plus beaux contes de fées, sans pour autant amoindrir l’horreur des combats ni la mélancolie qui gagne peu à peu les personnages.

L’édition intégrale parue en français chez l’éditeur Comics USA, avec son format géant, apporte l’écrin idéal pour apprécier cette fantastique création picturale.

Un sans faute du début à la fin (attention cependant aux fautes d’orthographe de la traduction française…).

L'histoire, à peine déguisée !

L’histoire, à peine déguisée !©Image

27 comments

  • Tornado  

    Mouais. Je ne suis pas hyper fan. C’est pas mal, mais je préfère ce qu’il fait en créator-own. Idem pour son boulot sur Superman. Il y a de bons passages, mais c’est fluctuant.

    • Jyrille  

      Ah mais j’avais lu Marvels ! J’avais bien aimé, surtout grâce au dessin de Alex Ross. Mais ça remonte, il faudrait que je les relise. Et donc que je me les achète… Cela fait également longtemps que je suis intrigué par Astro City, puisque Présence en fait une pub dithyrambique.

    • Présence  

      Je viens enfin d’assouvir ma curiosité et de lire les 2 tomes de Camelot Falls (une histoire de Superman écrite par Busiek, également dessinée par Parcheco) et c’était excellent.

  • Tornado  

    Ah oui, « Camelot Falls ». Il me semble que c’est ce qu’il avait fait de mieux sur Superman. Mais ça commence à dater dans mon souvenir ! J’en avais écrit le commentaire à ma zone.

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