La comédie humaine

Ayako Volume 1 par Osamu Tezuka

La pureté de l'enfance

La pureté de l’enfance©Delcourt

Ayako raconte l’histoire d’une fillette de 4 ans née d’amours interdits. Autrement dit d’un inceste au sein d’une famille riche qui doit étouffer le scandale.

Innocente au milieu d’une famille de propriétaires fonciers riche mais spoliés par les communistes , Tezuka raconte la descente en enfer d’une petite fille née au mauvais endroit au mauvais moment .

Et comme dans Histoire des 3 Adolf , Tezuka livre encore une saga titanesque de personnages tourmentés dans l’histoire , celle du Japon après la guerre et durant l’occupation américaine.

Il mêle l’histoire fictive de ses personnages dans la grande Histoire : des licenciements par milliers, la main mise américaine sur la politique Japonaise, l’épuisement d’un peuple qui n’arrive pas à se relever, la crise des compagnies des chemins de fer .

L’histoire commence pourtant de manière anecdotique : Jiro , jeune japonais borgne revient de la guerre après avoir été fait prisonnier par les américains.

Il a compromis son honneur en leur proposant d’être un espion contre les intérêts de son pays. Tezuka quitte très vite des intrigues à la James Bond (un espion borgne qui cache ses ordres de mission dans son oeil crevé ) pour entrer dans une saga familiale douloureuse.

On ne revient jamais vraiment chez soi

On ne revient jamais vraiment chez soi©Delcourt

Amours interdits et incestueux, corruption, luttes fratricides pour le testament d’un père cruel et abject. Jiro, le héros de l’histoire devient responsable du meurtre d’innocent , fait accuser une simple d’esprit et va tenter d’assassiner une enfant pour sauver sa peau.

Les seuls personnages positifs de l’histoire sont des femmes, mais elles n’ont pas le droit d’exister dans ce japon terriblement phallocrate : Sué femme effacée, désespérée et vendue par son mari à son beau père, Naoko une adolescente enjouée qui va payer au prix fort ses amitiés communistes en pleine guerre froide, Oryo jeune simple d’esprit qui paiera de sa vie son innocence dans une famille pourrie.

Allo ?  Enfance en danger ?

Allo ? Enfance en danger ?©Delcourt

Et notre héroïne  la petite Ayako, ses yeux rond, sa pureté d’enfant souillée par la crasse des Tengé, agneau sacrificiel qui paiera les pêchés du père !

Derrière la simplicité du trait de Tezuka se cache des intrigues complexes qui finissent par s’emboîter parfaitement . Le récit est rythmé de manière exceptionnelle et Tezuka réussit à contourner la censure d’une scène érotique par une ellipse audacieuse .

Tezuka écrit comme Balzac une comédie humaine où les ambitieux écrasent les innocents. Le lecteur ne peut qu’assister impuissant et révolté aux malheurs de personnages attachants et sans défense.

Et Lorsque le tome 1 se termine avec une fillette de 4 ans qui appelle au secours tandis que sa famille l’emmure vivante, le lecteur est à la fois révulsé par ce Cliffhanger et fasciné par l’écriture d’un Mangaka virtuose et sans fioritures.

Un conte cruel  d’une puissance indubitable en dépit des apparences naïves du dessin.

 

5 comments

  • Présence  

    En relisant ton commentaire, je me souviens avoir tiqué en découvrant que l’orbite vide servait de cache aux messages secrets (un peu gros comme artifice). A la lecture du premier tome, j’avais également l’impression qu’Ayako était une métaphore (ou l’incarnation) du Japon à l’issue de la seconde guerre mondiale.

    • Bruce lit  

      Ta comparaison avec le Japon m’intéresse: peux tu développer ?

  • Bastien  

    Bonjour,
    Je viens de terminer la lecture de cette oeuvre de Tezuka (le premier tome pour l’instant).
    C’est dur à dire mais j’ai adoré détester cette famille.
    Voir ce protagoniste qui paraît bon dans les premières pages du récit (il défend Ayako a plusieurs reprises et méprise sa famille), devient le pire des individualistes.
    On ne suit aucun héro, une pauvre enfant, une femme abusée, une simple d’esprit harcelée…
    Tezuka donne l’impression de n’avoir aucune confiance en l’humanité.
    Il me rappel un peu « L’eau des collines » de Marcel Pagnol.
    Cette cruauté est révoltante mais comme tu l’indiques dans l’article Tezuka arrive à nous captiver.
    Merci pour m’avoir fait découvrir cette série.

    • Bruce lit  

      Ah ! ça me fait plaisir Bastien ! D’une part lorsque les archives sont consultées et d’autre part pour parler d’Ayako qui est une oeuvre pour laquelle j’ai une affection absolue. Les tomes suivants sont toujours plus révoltants, je te préviens.
      L’humanisme de Tezuka est un humanisme renonçant je trouve. Il n’y a jamais aucun plaidoyer moralisateur, juste un constat d’où l’inhumanité nous mène. Je ne connais pas « l’eau ces collines », ma culture Pagnol se résumant à la Trilogie de la Gloire de mon Père et le diptyque Jean de Florette. Hâte de connaître ton avis pour la suite.

  • Chip  

    « Un conte cruel d’une puissance indubitable en dépit des apparences naïves du dessin. »

    Pour moi c’est même cette naïveté du trait qui renforce l’impact.

    Je crois que je n’avais pas eu la force de poursuivre, je suis pas là pour souffrir okay?

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