La dépression de Matt Murdock dans BORN AGAIN

 PsyKoLoGeek : La dépression de Matt Murdock dans BORN AGAIN

Une enquête de BRUCE LIT et OMAC SPYDER

PsyKoLoGeek : la rubrique qui parle psychanalyse et culture geek ! Un thème abordé avec des exemples issus de la culture comics, manga, ciné, jeux vidéo pour porter un regard décalé sur tout ce que nous connaissons déjà, ou croyons connaître.

Déflagration du Moi Ou Quand le mur explose ©Marvel Comics

Déflagration du Moi
Ou
Quand le mur explose
©Marvel Comics


Bonjour Dr Hivence. Il s’agira, rien de moins que du troisième article sur BORN AGAIN de Miller et Mazzucchelli que beaucoup sur ce blog-et ailleurs- reconnaissent comme la meilleure histoire de DD, sinon comme le meilleur comic book de tous les temps.
Profitons d’avoir un psy sous la main pour décortiquer la dépression et la renaissance du Super-Héros aveugle.

Dr Hivence : Bonjour, et merci de me solliciter pour un tel cas clinique ! Nous avons là un sujet typique de la dépression : Matt Murdock, le super héros aveugle. Son épisode de dépression consécutif à la vente de son identité par son ex-petite amie est très intéressant. Elle ne vend pas moins que son identité. Et ensuite le Caïd va en profiter pour « détricoter » la psyché de son ennemi. Cela démarre plutôt avec des éléments parlants, non ?

La première image de l’histoire, et c’est un leitmotiv tout au long de la série, est de trouver Matt couché sur son lit. Il se lève, et commencent les ruminations intérieures du personnage qui ne sait pourtant pas que l’enfer va se déchaîner contre lui. Ses yeux sont constamment dessinés dans l’ombre, aucun sourire n’apparaît sur son visage, ses dialogues avec les autres sont limités au strict nécessaire administratif. Dans l’épisode précédent, Matt ruminait déjà n’avoir rien fait de sa vie à l’aube de ses 30 ans. Un signe de son début de désagrégation mentale ?

Ce leitmotiv est un point important. Qu’est-ce qui amène Matt Murdock à se lever jour après jour ? On voit rapidement que c’est la question cruciale qu’il se pose en filigrane, comme une petite voix intérieure lancinante. L’aube d’un âge rond que les personnes se fixent comme repères pour dresser une sorte de bilan sont autant de virages parfois ardus à négocier. Comment faire soi-même le bilan de sa propre vie ? C’est dans ces instants que va se révéler la tonalité névrotique : certains vont s’enflammer et se féliciter de façon un peu euphorique, d’autres vont avoir une image d’eux-mêmes pas très valorisée, d’autres culpabiliseront de n’avoir pas encore fait telle ou telle chose qu’ils s’étaient pourtant fixée comme objectif à atteindre. Bref, c’est « rendez-vous avec son Surmoi », cette partie du psychisme qui juge ses propres actions !

Dans le cas de Matt Murdock, on ne peut pas parler à proprement parler de « désagrégation mentale », mais l’on voit que la pente dépressive est déjà présente de façon latente. Il vit ses journées en boucle, anesthésiant ses émotions, son inconscient, et ses relations aux autres. Et il organise ainsi lui-même déjà un peu sa perte. Sa petite amie d’alors, Glory, se fatigue de le relancer et coupe elle-même la relation, et il se réfugie rapidement dans le costume de Daredevil qui, lui ne se pose pas les mêmes questions. Voire pas du tout : il est dans l’agir, et, provisoirement, ça le sauve. Mais ça reste un mécanisme de défense précaire qui s’apparente à ce que l’on appelle l’alexithymie, laquelle se caractérise notamment par une difficulté à exprimer ses émotions et une description pauvre et stéréotypée de son quotidien. Bref, c’est pas la joie !

La fatigue incessante Ou La dé-fureur de vivre ©Marvel Comics/

La fatigue incessante
Ou
La dé-fureur de vivre
©Marvel Comics

Le deuxième chapitre s’ouvre avec Matt couché dans un taudis. Son regard échappe toujours à son lecteur. Il est clairement sous le choc : sa maison, sa carrière, sa petite amie, son honneur il a tout perdu ! Il est en proie à des hallucinations et n’arrive pas à se lever en reportant à plus tard sa confrontation avec le Caïd…..

Oui, cette scène est particulièrement parlante. La dépression pourrait être associée à cette image de l’individu couché et incapable d’un quelconque mouvement. Il est pris dans une fatigue persistante qui annihile toute volonté. C’est ainsi que ceux qui perçoivent la dépression comme le fait de ne pas « vouloir se bouger » se trompent et aggravent généralement la situation du déprimé qui va de plus culpabiliser.
Dans la dépression, et ici Matt Murdock couché dans ce taudis le raconte très bien, le sujet n’a plus d’élan vital. C’est comme si celui-ci avait disparu. Dans des formes graves de dépression le sujet peut avoir l’impression d’être un déchet traînant sa vie comme des déchets. Et c’est intéressant parce que l’épisode « Pariah » de Born Again s’ouvre ainsi il me semble.
Bien sûr, à première vue on pourrait dire qu’il est « sous le choc », mais au vu de ce que nous avons évoqué tout à l’heure d’une sorte de déni de sa dépression latente, on pourrait dire que le fait que le Caïd fasse tout exploser… est le meilleur service qu’il pouvait rendre à Matt Murdock. Il fait le même travail qu’un psy en fait !!

Ce qui frappe dans Born Again, c’est la cruauté de Matt envers ses amis. Comme Tom Sawyer, il ne s’empresse pas de les rassurer de son retour alors que tous s’angoissent pour lui.
En pénétrant dans la psyché torturée de Matt, on découvre un être qui s’effondre et tourne le dos à tout ce qui le définissait : il laisse des innocents se faire tabasser devant lui, il insulte ses amis au lieu de les appeler à l’aide. Plus grave, il parle à une horloge parlante qu’il substitue à Foggy !

Cela pourrait paraître de la cruauté. Cette distance avec ses amis peut aussi s’avérer nécessaire afin de se reconstruire lui, dans son identité, avant d’aller retrouver ses proches. Et ce que vous décrivez ici peut s’apparenter au fait de cesser de malmener ses amis. Finir par parler à une horloge parlante et engager un dialogue imaginaire présente au moins le mérite de ménager ses amis. Avant de pouvoir aider quiconque, voire même s’adresser à quiconque, le déprimé doit se reconstruire au moins en partie. Avant cela, c’est comme avoir l’inconscient à ciel ouvert : toute l’agressivité refoulée va se déverser et arroser tout le monde, surtout les plus proches. C’est d’ailleurs ainsi que l’on pourrait calculer sa proximité affective avec un dépressif : à quel point nous envoie-t-il balader !! (rires)

Alors plus sérieusement, Matt Murdock a été déshabillé de sa personnalité. Ses valeurs qu’étaient le droit, son identité de justicier en tant que Daredevil, tout cela n’existe plus. Ces repères sont partis en fumée. Il n’est, littéralement, plus lui-même, voire il est carrément, et littéralement aussi, « hors de lui ». L’épisode de l’horloge parlante est particulièrement intéressant.
Parce que de deux choses l’une : soit Matt Murdock prend vaguement conscience que c’est un dialogue intérieur qui peut l’aider, et non pas un vrai dialogue avec un de ses amis. Et ainsi, il joue ce dialogue avec Foggy, parce qu’il le connaît suffisamment pour faire les questions et les réponses, et truquer les réponses afin de ne pas s’en prendre agressivement encore à un ami.
Soit Matt Murdock est à ce moment en effet dans une hallucination auditive. Ce qui signifierait que cette partie de lui-même présente un caractère psychotique, et que la dépression qui l’atteint revêt une part plus profonde encore qu’une dépression dite « réactionnelle » ou même une dépression chronique.

Le retour à la mère Ou Le plein (nécessaire) des sens ©Marvel Comics

Hallucinations téléphonées
Ou
Quand Matt est dans le brouillard
©Marvel Comics

Une fois recueilli dans l’église de sa mère, Matt retrouve enfin la vue. Son regard est clair à tel point que l’on en oublie sa cécité. Il est de nouveau debout même si encore très faible, mais il semble encore privé de parole. Son corps l’a trahi, il hésite encore à enfiler sa seconde peau….
Le retour à lui-même devait-il passer par sa mère ?

La question est bienvenue parce qu’elle vient en droite ligne de notre questionnement précédent. Le lien à la mère marque un élément important dans ce « retour à lui-même », comme vous le nommez. Notons au passage que le retour à la mère passe par des éléments particulièrement sensoriels. Alors soit, c’est de Matt Murdock dont nous parlons, mais creusons un peu. Matt ne commence pas par détecter sa mère mais entend les battements de son cœur, sent son souffle, son odeur. Il baigne ainsi dans un « bain » sensoriel dont la mère forme progressivement un ensemble.
Chez le tout petit, la mère est celle qui va rassembler tous les éprouvés sensoriels de son bébé afin qu’il se constitue progressivement un sentiment d’identité personnelle. L’odeur, la voix, et plus ou moins rapidement le regard amènent l’enfant à se sentir contenu, porté, et non pas dans une chute permanente. Dans le cas de Matt Murdock dans ces épisodes de vie, le sentiment d’identité s’est trouvé particulièrement atteint au point d’être anéanti. D’où cette dé-pression. Mais celle-ci paraît révéler une autre part de dépression plus profonde.

Les images de Matt Murdock sur son lit en position fœtale évoquent d’emblée la partie infantile. Lorsque sa mère paraît, c’est comme reprendre pied grâce à ces sensations oubliées, refoulées, perdues. Notons au passage que dans des cas de dépression dite « dépression primaire », c’est-à-dire intervenant dans les premiers temps de la vie, ce défaut de portage maternel, de contenant par la figure maternante, peut amener ultérieurement des hallucinations auditives ou de l’hyperacousie. Cela répond à notre question de l’horloge parlante de tout à l’heure : ce serait ainsi l’explication de ces hallucinations. Une part de la dépression de Matt Murdock prendrait ses racines dans ce défaut de lien primaire. Quant à l’hyperacousie, c’est-à-dire le fait d’entendre de façon amplifiée les sons (ce dont souffrent les personnes autistes par exemple), cela serait-il un élément aboutissant à l’idée suivante : l’accident de Matt Murdock n’aurait fait que révéler ce qui était déjà latent au niveau sensoriel ? Cela devient très intéressant, non ? (sourire).
Ajoutons à cela que l’objet perdu, ici le regard maternel puisque le petit Matt a été séparé de sa mère précocement, peut se transformer (tenez-vous bien, ça devient du lourd !) en objet persécutant. C’est-à-dire que nous pourrions faire le lien entre cet objet perdu : le regard maternel, et le regard omniprésent du Caïd rendant Matt Murdock complètement paranoïaque dans cet épisode dépressif. Il imagine en effet que le moindre évènement est le fait de son ennemi, et ceci dans un sentiment de paranoïa inhabituel pour notre héros. Mais la dépression vient révéler des choses enfouies profondément.

Dans l’œil du Caïd Ou Du regard protecteur au regard persécutant ©Marvel Comics/IDW Publishing

Dans l’œil du Caïd
Ou
Du regard protecteur au regard persécutant
©Marvel Comics/IDW Publishing

Matt remonte doucement la pente ; après avoir retrouvé sa mère, il héberge la femme de sa vie : Karen Page ; A la fois Marie-Madeleine et Judas, Karen s’est prostituée pour de la drogue tout en trahissant Matt. Il lui pardonne dans une séquence pleine de compassion en semblant oublier le mal qu’elle lui a causé. Aveuglement ou compassion ?

Peut-être ni l’un, ni l’autre. Matt Murdock passe tout le long de sa dépression par un dévoilement de ce qui est tapi tout au fond de lui-même. Bien sûr, vu la « culture religieuse » de notre héros, cela passe par des images allant de la Piéta au Christ montrant ses stigmates. Alors on associe aisément cela au pardon, à la compassion, ce qui se situe en droite ligne de ces aspects religieux qui permettent entre autres à Matt Murdock de maintenir un clivage, une « séparation psychique », entre ses systèmes de valeurs en contradiction. Il est diabolique à ce niveau !

Mais ici, nous pouvons voir Matt ne rien avoir à pardonner parce qu’au fond, il n’a rien perdu. Karen Page le réalise à sa façon en comprenant que si elle a vendu l’identité de Matt, elle n’a pas parlé de ses sens surdéveloppés. Et comme nous l’avons vu, ces sens, au-delà de leur pouvoirs, représente un élément précieux de la personnalité de Matt Murdock. Il le formule lui-même à la fin : « My name is Matt Murdock (…) that’s all you need to know ». Il a retrouvé son identité, et toute cette histoire d’ « identité vendue », n’a tout compte fait que lui permettre de se trouver. Il semble bien plus vivant à la fin qu’au début, avant même l’intervention du Caïd. Nous pourrions voir ici le Caïd comme le psy de choc de Matt Murdock : il épluche son Moi comme un oignon, qu’il ne soit plus mécaniquement l’avocat, le justicier, l’ami, l’amant, mais qu’il sache qui il est. Cela en serait presque un acte d’amour ! (rires)

L’album se termine avec un couple uni par ces épreuves : Matt est purifié, il est évident que Karen va se désintoxiquer. Dans la réalité entre un homme qui a connu la clochardisation et une junkie, c’est pourtant la pire configuration d’un couple possible non ?

Cela fait certes un peu deux boiteux qui se tiennent la main. Mais dans cette affaire à deux, il existe toujours une troisième entité : le symptôme que forme le couple. Pas le symptôme au sens d’une souffrance, mais au sens d’un lien qui fait tenir deux choses ensemble, qui noue les deux êtres et leurs manques, insuffisances, névroses etc. On appelle ça comme on veut. Mais ce lien peut permettre à chacun des deux de se reconstruire, de devenir meilleur.
Sur l’image il y a d’ailleurs un immeuble en restauration, le panneau de construction étant encore posé. Ce couple improbable est à l’image de cet immeuble. Matt a perdu sa maison : son Moi, il a tenté de se reconstruire, est passé par des étapes qui ont dévoilé ce qui le tourmentait inconsciemment. L’immeuble à plusieurs étages du couple remplace bien une canne d’aveugle. Dans ces affaires-là, nous sommes tous un peu borgnes, n’est-ce pas ? (sourire)
Tout est possible donc, le Désir est là et la pulsion de vie reprend ses « droits »…

Pulsion de vie 2 : le retour Ou La vie reprend des couleurs… ©Marvel Comics/IDW Publishing

Pulsion de vie 2 : le retour
Ou
La vie reprend des couleurs…
©Marvel Comics/IDW Publishing

—–
Mais il se passe quoi dans la tête de Matt Murdock au moment de Born Again ?  Déprime, schizophrénie ou dépression ?  Bruce Lit consulte son psy Omac Spyder pour notre nouvelle rubrique ; Psykologeek ! Ou comment tout savoir sur la dépression tout en s’amusant (sic).

La BO du jour :

28 comments

  • Matt  

    Très bon article.
    Techniquement je n’ai pas appris grand chose. Ahem…ce qui en dit long sur moi je crois.
    Enfin je connais ça quoi…je l’ai déjà entendu. J’ai d »ailleurs pu apprécier le portrait réaliste de l’état de Murdock dans Born Again. Jusqu’aux éléments que les gens comprennent le moins. Comme ceci :

    « Ce qui frappe dans Born Again, c’est la cruauté de Matt envers ses amis. Comme Tom Sawyer, il ne s’empresse pas de les rassurer de son retour alors que tous s’angoissent pour lui. »

    J’avais déjà réagi à cette remarque de Bruce, et je suis content que tu répondes à ça, Omac^^
    Que ce soit cette sensation d’être un déchet, le besoin de solitude, vouloir éviter d’infliger aux autres notre apitoiement ou humeurs, ou même la peur des regards ou des jugements qui font culpabiliser (le fameux « bouge-toi » évoqué), il y a un paquet de raisons qui pousse à ne plus donner de nouvelles à grand monde et à s’isoler.

    Bref, en tous cas bonne idée d’article. Parler d’un mal bien trop répandu, et de plus en plus selon ma psy, et que beaucoup ne comprennent pas ou comprennent de travers en bousculant les dépressifs ou en les regardant comme des faibles, ou même avec pitié, ce qui ne fait qu’empirer les choses.

  • Matt  

    Dans un sens le malade est « égoïste » (même si on m’a dit de ne pas le voir comme ça^^) Disons qu’il souffre et qu’il ne pense pas spontanément à ce que les autres traversent. Il ne peut pas aider les autres s’il n’arrive déjà pas à vivre avec lui-même.
    Et toute la culpabilité et la sensation d’être un raté, il ne veut pas prendre le risque de l’entendre de la bouche des autres. Peut être que les autres ne lui diraient jamais ça, mais pourquoi prendre le risque ? Le malade est très vulnérable et c’est pour cela que parfois il doit être isolé en dehors du cadre familial dans une clinique de repos. ça dépend des degrés de dépression mais bon…
    Pas de pression extérieure, pas de gens qui viendraient lui reprocher de ne pas donner de nouvelles ou lui dire qu’il ne fait pas assez d’effort. Parce que ça n’arrange rien tout ça.

    J’ai vu mon père faire une dépression et je lui ai dit les mêmes conneries que tout le monde avant d’en passer par là et de comprendre ce qu’il ne faut pas faire…

  • Présence  

    Wouah !!! Les mots me manquent devant un tel article.

    Le dialogue revêt une forme aboutie qui ne dépasse l’alternance de question/réponse, où il y a une interaction d’une nature différente de celle du maître répondant à l’élève, plus riche, ce qui rend sa lecture plus savoureuse.

    Cet article met en lumière la justesse de la sensibilité du scénario de Frank Miller, tout en faisant ressortir que les dessins ne viennent pas juste illustrer, mais sont en phase et racontent autant que les phylactères et cartouches. Du coup, je ne peux faire autrement que m’interroger sur le fait que David Mazzucchelli et Frank Miller soient eux aussi passés par une dépression.

    • Matt  

      « Du coup, je ne peux faire autrement que m’interroger sur le fait que David Mazzucchelli et Frank Miller soient eux aussi passés par une dépression. »

      Ou un de leurs proches. Mais en effet je pense que si on n’y est pas confronté de manière plus ou moins directe, on ne comprend pas tout ça.
      La réaction de Bruce face à la soi-disant « cruauté » de Matt prouve aussi que certains symptômes ne sont pas simples à comprendre sans avoir vécu ça.
      Et je pense d’ailleurs qu’une retranscription fidèle de cette maladie dans un film ou une série TV rendrait le personnage antipathique pour la plupart des gens. Les dépressifs ne sont pas agréables, ils s’apitoient, ils donnent l’impression de ne pas faire d’effort (même si ce n’est pas ça)
      Dans le comics il y a de sacrés ellipses et une voix off pour décrire cet état.
      Je pense que ce serait compliqué dans un média télévisuel de montrer ça. La plupart des gens prendraient Matt pour un casse burnes faible qui s’apitoie et agace par son manque d’élan ou de motivation.
      Les psy sont essentiels face à ce genre de truc parce que les gens normaux risquent juste d’enfoncer les gens en leur disant tout ce qu’il ne faut pas et en s’agaçant contre eux.

  • JP Nguyen  

    Little Jay : Woah ! Comme elle a l’air trop bien cette histoire ! Z’imaginez son adaptation sur écran, comme ça pourrait déchirer ?
    JP : Ta gueule, LJ !

    @Omac et Bruce : great job !

  • Eddy Vanleffe....  

    Un grand article pour une grnad eBD

    une amorce pour un livre à thème qu’on verrait bien débarquer aux « moutons électriques »

  • Tornado  

    Je vote « oui » pour cette nouvelle mouture d’ »articles psychologiques » très justement nommés « psychologeeks ».
    Je trouve cela plus « addictif » que les « Collants Sur le Divan » que j’avais du mal à suivre tant ils « collaient » à la peau un peu « laborieuse » (au sens premier du terme, ne pas y voir d’insulte) de l’écriture des comics old-school.
    Du coup, cette nouvelle formule, même si elle est forcément un peu ardue à certains moments « techniques », est pour moi plus universelle.

    Ce que je retiens en particulier aujourd’hui, c’est le passage où le Dr Ivence analyse le travail de Miller lorsqu’il introduit le personnage de la mère (« Chez le tout petit, la mère est celle qui va rassembler tous les éprouvés sensoriels de son bébé afin qu’il se constitue progressivement un sentiment d’identité personnelle. L’odeur, la voix, et plus ou moins rapidement le regard amènent l’enfant à se sentir contenu, porté, et non pas dans une chute permanente. « ).
    Du coup, je perçois enfin pleinement le génie de Frank Miller qui donne une profondeur vertigineuse et une puissance incroyable à ce concept de « Renaissance » (« Born Again ») qui porte entièrement le récit. C’est très impressionnant.
    Dans la même veine, la remarque sur le couple qui longe le bâtiment en reconstruction (détail que je n’avais pas remarqué) atteste de la virtuosité du travail conjoint de Miller & Mazzu, qui apportent jusqu’au bout du sens à leur récit en creusant le sous-texte par le sens du détail visuel. C’est purement et simplement aussi subtil et profond qu’une oeuvre d’art contemporain (au sens noble du terme).

  • OmacSpyder  

    Merci d’ores et déjà pour vos retours sur le premier numéro de cette nouvelle rubrique PsyKoLoGeek! C’est encourageant!
    @ Matt : Si tu connais le sujet et que justement tu as trouvé ce propos léger (mais sérieux) respectueux de ceux qui souffrent de dépression, mission accomplie! L’idée du dialogue (venant de Bruce) était justement de proposer un éclairage spontané éclairant avec dynamisme ce sujet complexe.
    @ Présence : Merci pour ce retour enthousiaste! « Interaction », tout à fait. Comme avec un psy, il n’y a pas un patient qui ne sait pas et un professionnel qui sait : c’est une relation qui permet un éclairage progressif grâce aux interactions progressives. Alex Hivence reste fidèle au principe de sa profession^^
    @ JP : On en parle de ton nouvel ami? :D
    Little J et Jp sont d’accord tous les deux pour la sanction finale? Mais voilà un bon debut! ^^
    @ Eddy VL : Merci de ce retour électrisant! Un livre à thème? On va déjà lancer la rubrique à thème… :)
    @ Tornado : Tu as résumé l’idée de cette nouvelle rubrique, proposer une autre approche complémentaire à Collants sur le Divan. Deux formules pour causer psy et superhéros, c’est pas beau ça?! ^^
    Et cette approche permet ici par exemple de porter le focus sur d’autres aspects de nos comics qui sont décidément de vraies mines!

    Je repense du coup au propos de Présence sur la dépression de Miller er Mazzuchelli. Cette perception subtile de cet aspect du personnage serait-elle liée à ce qu’ils connaissaient intimement de cette pathologie..?

  • Bruce lit  

    @Matt : attention, je ne voudrais pas que tu croies que ma question sur la cruauté de Matt englobe mon opinion globale sur les personnes dépressives.
    A force de relire BA, c’était juste une question qui me turlupinait. Entre temps, il convient de dire que Matt est là en tant que Présence Invisible pour protéger ses amis, notamment Ben Urich.
    Je rejoins Omac : protéger l’autre de son agressivité est un acte de générosité par forcément perceptible.
    Inversement, être l’ami d’une personne en dépression est aussi éprouvant : le fait de ne rien pouvoir faire pour aider l’autre dans la durée, c’est terrible.

    @Omac : merci pour cette chouette interaction figurant dans mes articles préférés de l’année. C’est effectivement moins dense que CSD et c’est avec plaisir que je reprendrais un rôle interrogateur pour d’autres numéros. Je pensais tout à l’heure à quelque chose autour de …..Vegeta ! (rien que pour embêter JP qui m’a taquiné la dernière fois sur ce personnage à Paris).

    Comme Tornado, les immeubles en réhabilitation, je ne les avais pas vus non plus. Comment on dit au fait quand on arrête d’être Junkie ? Réhab’ !
    Enfin, en pied de nez au copains qu’ont rien fait de me contredire hier sur la trahison majeure de Netflix // hypersens, il me suffira de te citer citant Miller :  » si elle a vendu l’identité de Matt, elle n’a pas parlé de ses sens surdéveloppés. Et comme nous l’avons vu, ces sens, au-delà de leur pouvoirs, représente un élément précieux de la personnalité de Matt Murdock. Il le formule lui-même à la fin : « My name is Matt Murdock (…) that’s all you need to know ». »

  • Bruce lit  

    Concernnant la dépression, elle me semble d’avantage explorée par Mazz’ dans CITE DE VERRE et ASTERIOS POLYP que chez Miller.

    • Matt  

      Connais pas.
      Je n’ai pas mal pris ta perception du comportement de Murdock. Je me demandais juste si tu ne comprenais pas ce qui peut pousser à l’isolement (parce que plein de gens ne pigent pas) ou si c’était une question pour la forme de l’article, ou encore réservée exclusivement à DD qui est censé être un héros^^ (mais dans cette histoire, il est très humain, avec ses faiblesses et tout)

      J’ai moi-même voulu « secouer » mon père quand il a été en dépression il y a des années de ça. J’ai réalisé en passant par là que ça ne devait lui faire aucun bien…
      Oui c’est éprouvant. Et les dépressifs sont agaçants, et peuvent pourrir le moral des autres. Aussi compatissant qu’on puisse être, ce n’est pas facile.
      Et si c’était décrit de manière très réaliste dans un film, je pense qu’on pourrait trouver un dépressif « fictif » (pas proche de nous) très antipathique. Et pourtant ce sont des gens qui souffrent…

  • OmacSpyder  

    @ Bruce : C’est vrai que c’était un team up au pied levé qui a trouvé son alchimie! Vegeta? C’est un personnage intéressant en effet…. Il pourrait se prêter à une analyse approfondie^^
    Et oui, pour faire écho à ta réponse au DD de Netflix, ici, ce qui caractérise le personnage, c’est ce qui reste une fois dépouillé : la colonne vertébrale, le squelette, l’os sur lequel se reconstruire. Ses sens. DD est éminemment sensoriel, au sens strict. Voilà ce qui le reconstruit, voilà son identité. Voilà le remède à sa dépression…

    • Bruce lit  

      @Omac : je donne ça en fin de soirée ;) J’ai plein d’idées.
      @Matt : ce que tu expliques si bien, je le retrouve en une phrase dans WATCHMEN : Night Owl à Rorschach : j’essaie d’être ton ami et tu ne sais pas à quel point c’est difficile !

      • Matt  

        Ouais, mais tu vois dire ça, c’est pas bon déjà^^
        C’est se focaliser sur soi et oublier les problèmes de la personne en question. Alors certes lui aussi il se focalise sur lui, mais il est malade^^
        Le mieux à faire c’est de conseiller le malade d’aller voir un psy pour qu’il ne réquisitionne pas ton épaule tout le temps. Parce qu’en plus si tu ne dis pas ce qu’il faut, tu ne vas rien arranger.
        Et entre les séances, juste être là. Si ça se passe bien avec le psy il aura moins de truc à déverser sur toi. Et toi tu dois surtout ne pas juger, ne pas secouer. Juste rassurer en disant qu’il a le droit d’être dans cet état, qu’il ne doit pas culpabiliser. Ne pas se la jouer coach surtout. Pas ton boulot.

        • Bruce lit  

          Pour le coup Rorschach va le trouver son psy : en prison !
          (je suis tout à fait d’accord avec toi).
          Loin de moi mes débuts professionnels : je ne cherche plus à psychanalyser mes amis ou les sauver malgré eux.

        • OmacSpyder  

          @ Matt : On pourrait souhaiter à quelqu’un souffrant de dépression un ami comme Foggy, une ex comme Karen, et un psy comme… Wilson Fisk^^
          Ça peut être une bonne formule pour à la fois apporter une présence inconditionnelle, un regard d’amour malgré des blessures et un psy qui dynamite la pesanteur et les mécanismes de défense pour retrouver à quoi se raccrocher vraiment, et qui est intérieur.

  • Bruce lit  

    Ah oui, c’est très intéressant ce que tu écris sur Fisk.
    Cette dimension vaguement homo de Fisk pour Matt, on la trouvera ensuite chez Nocenti.

    • Matt  

      Une obsession envers une personne doit-elle être assimilée à un désir sexuel homo ?
      Enfin en tous cas je pense que c’était pas le but de Fisk d’aider Matt.^^

      Ne pas essayer de sauver ses amis ? Bah euh…il ne s’agit pas non plus de les laisser pourrir au moindre souci hein. L’amitié c’est pas juste les bons moments et hop plus personne quand ça va mal. C’est juste qu’il faut faire la différence entre tenir compagnie et psychanalyser.

      • Bruce lit  

        Il y a un peu de ça : Fisk qui domine Murdock quasiment à poil avant leur baston, le fait qu’ils partagent la même femme au moment de INFERNO, qu’il considère Matt jusque GUARDIAN DEVIL comme sa propriété, qu’il lui dise au moment de son retour chez Bendis qu’il lui manquait, quand Matt débarque dans sa chambre alors que celui ci est aveugle….

  • OmacSpyder  

    Ce que Fisk fait de façon métaphorique à Matt, c’est dynamiter son refuge, son Moi qui s’est construit, on l’a vu dans l’article, de façon rigide et mécanique sans plus aucune envie ni désir.
    Si comme le dit Matt (notre chroniqueur ici), Fisk ne cherche pas à « aider » Matt, il ne se comporte en effet pas comme tous ces amis qui veulent votre bien au moment d’une dépression et qui plombent le plus souvent la personne en question.
    Ainsi on peut voir Fisk comme celui qui prend le contrepied. Et ce faisant, amenant Matt (Murdock cette fois) à déconstruire ses routines, ses habitudes, ses mécanismes derrière lesquels il se cache, il l’amène à puiser au fond de lui pour sortir qui il est.
    Fisk n’a ici pas de tendances homosexuelles envers Matt, mais le véritable transfert, c’est-à-dire la relation importante qui relie ces deux-là va permettre à Matt de sortir de sa dépression latente en chutant pour de bon afin de refaire surface en découvrant ce qui compte réellement pour lui.
    Ainsi Fisk est dans l’entourage de DD ce qui s’approche le plus d’un psy. L’inverse d’un ami.

  • Jyrille  

    Un article fantastique et passionnant de bout en bout ((c) Présence). Je l’avais commencé la semaine passée mais pas moyen de le terminer… J’ai bien fait de relire Born Again ses deux dernières semaines, car je ne le connais pas aussi bien que vous, l’ayant découverte il y a très peu de temps. D’ailleurs, je n’ai que la version VO.

    Pour moi, le passage de l’appel à l’horloge parlante dans la cabine téléphonique est clairement dû à une folie passagère de Matt, il ne se rend pas compte de son état. Pour ce qui est de son cheminement, de la Pieta (mais quelle planche bon sang !), de la découverte de sa personnalité et de la fin, je suis totalement d’accord et surtout bluffé par votre analyse. C’est du très grand art. Merci Bruce, merci Omac.

    La BO : j’aime beaucoup Barbara mais je ne connais pas bien ses chansons et son oeuvre. Récemment je me suis remis à Nougaro car j’ai la chance qu’un ami m’ait passé son double live de 1969 (malheureusement il me manque des titres malgré tout). Comme il est impossible de le trouver en CD, de rage, je me suis offert une double compilation Best Of qui date de 2014. Forcément, tout n’est pas bon. Mais j’ai pu réécouter des chansons que je n’avais pas entendues depuis 30 ans, lorsque mon oncle m’emmenait en vacances.

    • Bruce lit  

      Merci Cyrille.
      J’ai l’idée ces derniers jours d’un quatrième article sur le rôle de la presse dans BA.

      • Jyrille  

        Je l’ai déjà dit dans l’article précédent que le passage le plus marquant de Born Again reste le zoom sur Ben au téléphone. C’est une excellente idée en tout cas Bruce !

          • Jyrille  

            Option posée !

  • Jyrille  

    Autre chose : je trouve les scans en noir et blanc bien plus beaux que les pages en couleurs de ma version.

  • OmacSpyder  

    @ Jyrille : Ainsi tu plaides pour la folie passagère de Matt Murdock pour la scène de la cabine téléphonique. C’est ce que le jury peut penser d’emblée mais comme le disent les psy : n’est pas fou qui veut! Donc il était important de poser des hypothèses venant valider ou invalider cette dernière. De quelle folie parlons- nous ici précisément? D’autant plus vu sa brièveté! Il était nécessaire de développer ce passage qui forme une pierre angulaire du récit psychologique.
    Pour les scans en Noir et Blanc, j’avais proposé à Bruce vu le thème de n’utiliser que des scans en Noir et Blanc. Il a répondu : objection! Et voulu mettre de la couleur. Si tu aimes les planches en N&B je ne puis que te conseiller l’Artist Edition de Born Again (IDW) qui est superbe!
    Merci de ton retour en tout cas!

    • Jyrille  

      Je dois avouer qu’après vous avoir lu, sa folie ne me semble plus forcément que subie. Mais en lisant la bd (et en la relisant), mon sentiment reste celui d’une folie passagère et dévastatrice qui arrive à ce moment. Maintenant, je ne m’y connais pas en psychologie, peut-être est-elle entre les deux…

      Merci pour l’édition IDW je vais voir ça !

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *