La fête du Ciguri (Antonin Artaud)

L’esprit rouge par Maximilien le Roy & Zéphir

Par : PRÉSENCE

VF : Futuropolis

Invitation au voyage

Invitation au voyage

Ce tome contient une histoire complète et indépendante de tout autre. Il se présente sous la forme d’une bande dessinée en couleurs, initialement publiée en 2016, écrite par Maximilien le Roy, dessinée, encrée et peinte en couleurs par Zéphyr.

Cette histoire relate le voyage d’Antonin Artaud (1896-1948) au Mexique en 1936. Cet artiste était un homme de théâtre, un acteur, un essayiste, un dessinateur, un poète et un théoricien.

En 1943, Antonin Artaud est interné dans l’hôpital psychiatrique de Rodez dans l’Aveyron. En janvier 1944, dans sa chambre, il dessine au crayon des images entremêlant des chars et des soldats. 8 ans plus tôt, il est à bord d’un paquebot transatlantique, sur le pont à regarder une mer grise, sous un ciel gris. Il effectue des croquis sur un carnet, alors que les autres passagers passent dans son dos en le scrutant. Dans la salle à manger, il mange seul à table. 2 jeunes femmes viennent lui adresser la parole, car l’une d’elle l’a reconnu, l’ayant vu dans un film. Au vu de son attitude, elles ont vite fait d’arrêter la conversation.

Il est un peu bizarre cet acteur

Il est un peu bizarre cet acteur

Antonin Artaud débarque à la Havane le 30 janvier 1936. Il va prendre une chambre dans un petit hôtel, puis il se rend au journal local pour proposer sa plume. L’éditeur lui suggère d’envoyer des billets sociopolitiques sur le Mexique dès qu’il y sera. Le soir, Artaud se rend dans les rues animées de la ville, jusqu’à ce qu’il finisse par repérer un dealer qui lui vend un sachet d’opium. Il se rend sur la plage pour prendre sa dose. Après avoir inhalé l’opium, un homme noir l’aborde et lui confie une dague avec une forme particulière. En 1944, Artaud est toujours interné et il reçoit la visite du médecin qui vient constater son état.

En découvrant cet ouvrage, le lecteur a le plaisir de voir un bel album cartonné avec une couverture originale, annonçant clairement l’objet du récit (Antonin Artaud, un voyage mexicain) et une citation d’Artaud sur la quatrième de couverture : la culture rationaliste de l’Europe a fait faillite et je suis venu chercher sur la terre du Mexique les bases d’une culture magique qui peut encore jaillir des forces du sol indien. Même si le lecteur n’est pas familier de ce créateur, il peut être attiré par la beauté plastique des pages intérieures, en particulier l’usage des couleurs. Il perçoit également que ce récit présente un caractère contemplatif. Sur 155 pages de bande dessinée, 84 sont dépourvues de texte, et plusieurs autres ne comprennent qu’une phrase ou deux. En outre, comme le titre l’indique, la couleur rouge bénéficie d’une place de choix dans plusieurs séquences.

C'est l'heure d'un autre type de voyage

C’est l’heure d’un autre type de voyage

Pour un lecteur qui ne connaît rien d’Antonin Artaud, il découvre le périple étonnant d’un individu qui est reconnu à plusieurs reprises par ses interlocuteurs, sa renommée d’écrivain étant parvenue jusqu’au Mexique. Le scénariste montre un individu habité par une quête : retrouver des êtres humains vrais, pas transformés par une technologie aliénante. Il montre une personne qui ne parle pas bien l’espagnol, mais qui semble s’en sortir sans trop de difficultés, une personne sans le sou ou presque, mais qui arrive à en récupérer suffisamment pour continuer de voyager. Il montre aussi un drogué souffrant chroniquement de manque, quand les prises deviennent trop espacées, faute d’avoir de quoi s’acheter sa came.

La séquence d’introduction permet d’établir ce qu’il est advenu d’Antonin Artaud 8 ans plus tard. À l’évidence, son voyage au Mexique ne lui a pas apporté la raison de vivre qu’il recherchait, ou une façon de voir les choses qui le mène vers la sérénité ou l’épanouissement. Il est interné et son esprit est habité par la mort qui accompagne la guerre. Cette façon d’ouvrir le récit montre un individu qui a accompli sa quête, qui ne s’en trouve pas mieux pour autant. C’est d’autant plus cruel qu’un petit tour sur une encyclopédie en ligne dissipe tout doute sur la véracité historique de ce qui est montré. La scène suivante établit la solitude d’Antonin Artaud, ainsi que son incapacité à profiter de sa notoriété pour séduire les femmes. La suivante enfonce le clou quand le lecteur le voit dans la solitude sa cabine enténébrée par la nuit, se prenant la tête à 2 mains, incapable de trouver le sommeil.

L'enfermement de la solitude

L’enfermement de la solitude

Pourtant la suite du récit ne se vautre par dans le misérabilisme. Elle montre sans fard les actions de cet individu dépendant de la drogue, sa progression lente, et sa détermination à accomplir sa quête pour trouver une société plus authentique. La dimension contemplative exprime toute sa force grâce au parti pris graphique de Zéphir. Cet artiste est en phase avec le scénario de Maximilien le Roy, et le nourrit de visions qui permettent à toutes les nuances de s’exprimer. La séquence d’ouverture commence par ce qui ressemble à des gribouillages non signifiants, réalisés par un individu courbé sous le poids d’un fardeau psychologique ou de la fatigue. Les teins sont bruns et ocre, évoquant le crépuscule, ajoutant une nuance maladive. Le lecteur découvre alors le dessin réalisé en pleine page, terrifiant dans ce qu’il a d’obsessionnel. La séquence suivante commence avec une case occupant les 2 tiers de la page, semblant être une toile abstraite avec des traces ténues de gris, de noir, de blanc, de bleu et d’ocre. La case suivante permet de comprendre qu’il s’agit de l’horizon, le ciel et la mer. Le lecteur comprend que les images de cet artiste s’inscrivent dans l’expressionisme, en cultivant des accointances avec le fauvisme, avec des détours vers l’art abstrait.

La première caractéristique remarquable est que les pages ne nécessitent pas de se concentrer ou de réfléchir pour comprendre ce qui s’y passe. La narration graphique est impeccable, sans problème d’interprétation (à l’exception de la cérémonie du peyotl, mais c’est une exigence du scénario), y compris et surtout dans les séquences dépourvues de mots. Par exemple, les 5 cases de la page 31 montrent des scènes de rue à Veracruz. Le lecteur sait qu’il s’agit de ce qu’observe Antonin Artaud en se promenant dans les rues. Quelques pages plus loin (pages 43 & 44), Artaud se rend dans un quartier mal famé de la ville, et là encore les dessins sont en vue subjectives. Le lecteur peut ainsi subir le regard des autochtones qui dévisagent cet homme blanc s’aventurant sur leur territoire. Il partage le sentiment d’inquiétude à déambuler dans ces rues peu sûres. Le périple à dos de cheval dans les zones montagneuses commence page 80, à nouveau avec une grande case qui transmet l’impression de verdure à grand coup de vert et de brun.

Seul dans la foule étrangère

Seul dans la foule étrangère

L’approche graphique de Zéphir est également remarquable en ceci qu’il dose avec soin le niveau d’informations descriptives. La première séquence montre ainsi l’aménagement de la chambre d’Artaud dans l’hôpital psychiatrique, avec le modèle de lit, la table (avec une perspective évoquant celle de La chaise de Vincent de Vincent van Gogh), le tabouret, la fenêtre, les cahiers. Par la suite, le lecteur peut admirer les rues et l’architecture de La Havane ou de Veracruz, les tableaux exposés au musée de Veracruz, la fumerie d’opium, l’atelier d’un autre artiste, l’église de Rodez et ses alentours, les plissements des montagnes au Mexique et les formations géologiques en terre rouge, l’égorgement d’un bœuf, un café à Paris. Malgré des détourages de forme vaguement de guingois, vaguement décalés (pour transcrire une impression plutôt que de réaliser une image photographique), l’artiste décrit ces lieux, en faisant apparaître leurs spécificités, leurs couleurs, leur ambiance.

Bien évidemment, la sensibilité expressionniste permet aux émotions d’exhaler leurs nuances. Lorsqu’Antonin Artaud suit son guide indien sur un petit sentier de montagne, il prend une dose d’opium, un soir à la belle étoile. En 2 pages, le lecteur peut voir l’angoisse existentielle d’Artaud alors qu’il n’arrive pas à fermer l’œil, que son esprit refuse de le laisser en paix. Il voit aussi sa silhouette courbée alors qu’il sort le matériel, conscient de succomber à la tentation du produit qui va lui offrir quelques moments d’oubli, de répit et d’extase. Quelques pages plus loin, Artaud se débarrasse de son matériel, les images et les couleurs disant ses hésitations, son choix encore vacillant, sa répulsion vis-à-vis du produit et du matériel dont il est dépendant. Grâce aux images (dépourvues de texte dans ces 2 moments), le lecteur ressent les émotions et les états d’esprit du personnage, avec une forte empathie.

Antonin Artaud et le Lotus Bleu

Antonin Artaud et le Lotus Bleu

Zéphir s’avère donc plus que capable de porter la narration à lui tout seul, sans l’aide de mots, aussi bien dans des séquences d’exposition que dans des séquences où l’état d’esprit du personnage importe au plus haut point. Déjà conquis par cette capacité à raconter en image, avec un ton très personnel, le lecteur découvre des séquences encore plus audacieuses et maîtrisées. Pour commencer ces cases abstraites qui ne prennent sens qu’en fonction du contexte dans lequel elles se trouvent attestent d’une belle maîtrise du processus graphique. La visite au musée est frappante par l’appropriation de peintures d’un autre artiste, tout comme l’intégration de dessins réalisés par Artaud qui pourrait être de sa main. Zéphyr cite également de manière discrète d’autres bandes dessinées comme Tintin et Le Lotus Bleu (la séquence dans la fumerie d’opium), ou Apocalypse now de Francis Ford Coppola (la séquence du bœuf égorgé).

Toujours en termes visuels, le lecteur se retrouve immergé dans des séquences incroyables. Au fur et à mesure des électrochocs subis en hôpital psychiatrique, il assiste à la rupture de connexions entre neurones, pour un symbolisme terrifiant. Arrivé à la page 120, il assiste avec Antonin Artaud à une danse shamanique qui provoque une transe chez le protagoniste, avec une altération de ses perceptions, les dessins partant du domaine figuratif pour progresser vers l’abstraction, l’artiste faisant preuve de pédagogie pour montrer comment s’opère ce glissement en termes visuels. Le lecteur a l’impression de ressentir la transe d’Artaud et ses effets sur sa perception, du grand art. Maximilien le Roy augmente encore le niveau d’exigence lors de la fête du Ciguri, avec prise de peyotl (en hauteur teneur en mescaline). Le niveau d’exigence est déraisonnable parce qu’il s’agit de montrer un moment de révélation mystique, sans tomber dans une imagerie naïve et infantile, ou new-age. En fonction de sa sensibilité, le lecteur pourra trouver que le sens ou la nature de la révélation reste cryptique, par contre la dimension graphique fait preuve d’inspiration, sans tomber dans les travers précités.

Glissement vers l'abstraction

Glissement vers l’abstraction

En ouvrant ce tome, le lecteur embarque pour un voyage visuel hors du commun, recelant de grandes richesses graphiques diverses et variées, au fil des séquences. Il est invité à prendre place aux côtés d’Antonin Artaud pour une quête de sens, dont le protagoniste attend une révélation mystique, l’observation d’une force primale qui lui offrirait la compréhension d’une nouvelle raison d’être. Il n’en attend pas moins qu’un phénomène capable de changer sa façon de penser pour qu’il retrouve un peu de bonheur terrestre. Le deuxième fil narratif permet de connaître avant le terme du séjour d’Artaud au Mexique, ce qu’il adviendra de lui conformément à sa biographie. Pour les 2 lignes temporelles, le scénariste adopte une approche réaliste qui rend chaque séquence plausible, qu’il s’agisse des promenades en ville d’Artaud, de sa quête d’une dose dans un quartier malfamé, d’un repas à bord d’un paquebot, ou encore d’une prise d’opium et de ses effets hallucinogènes.

L’auteur alterne des séquences variées, avec un bon sens du rythme qui fait que le lecteur ne s’ennuie pas. Il a même du mal à croire qu’il passe d’une visite au musée, à une discussion avec un individu qui se demande comment aider Léon Trotski, à une conférence donnée sur le surréalisme (en critiquant l’approche moderne de Karl Marx), en passant par un long voyage dans les montagnes pour atteindre Norogachi, le village des indiens Tarahumaras, sans oublier l’ignoble traitement aux électrochocs. Ainsi l’attention du lecteur est maintenue, et il se laisse volontiers emmener à la suite d’Antonin Artaud. Maximilien le Roy dresse le portrait d’un individu avec une idée fixe, d’un homme en proie à sa dépendance, sans chercher à retracer la vie d’Artaud. Il montre aussi quelqu’un qui a obtenu ce qu’il cherchait (participer à la fête du Ciguri) et n’est pas satisfait pour autant.

Voyage dans des paysages naturels

Voyage dans des paysages naturels

Cette lecture peut se suffire à elle-même, sans connaissance particulière de sa vie, sans implication affective pour cet acteur. Le lecteur découvre l’itinéraire d’un être humain en souffrance (pour des raisons pas très claires), ayant investi tous ses espoirs dans une quête inattendue (on ne sait pas pourquoi il a choisi cette tribu plutôt qu’une autre, ni même comment il en a entendu parler), souffrant également de sa dépendance à la drogue, mais visiblement cultivé et impliqué dans la vie politique de l’époque. Cela constitue un voyage rendu enchanteur et même enchanté par une mise en images sophistiquée et ambitieuse, limpides dans toutes les séquences, mais sans l’appui de mot pour en confirmer le sens.

Le lecteur peut aussi connaître l’œuvre d’Antonin Artaud, soit son théâtre, soit ses rôles au cinéma de 1923 à 1935, avec des réalisateurs comme Abel Gance (Napoléon, 1927), Fritz Lang (Liliom, 1934), ou encore Maurice Tourneur (Kœnigsmark, 1935) ou ses rôles dans Le Juif errant (1926) ou La passion de Jeanne d’Arc (1928). Il peut aussi avoir entendu parler de ses théories sur le théâtre de la cruauté : Le théâtre et son double (1938). Il s’agit d’un théâtre dans lequel l’acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher, et le théâtre peut agir pour potentiellement changer la société.

Mais soit par la connaissance de sa vie, soit en allant consulter une encyclopédie en ligne, la première chose qui surprend est que Maximilien le Roy n’évoque pas que l’accoutumance à l’opium s’est faite à cause de souffrances physiques qui ont conduit l’acteur à prendre de l’opium pour les supporter. La cause première de la prise de drogues n’est donc pas la recherche de paradis artificiels, mais plutôt initialement un usage médical. Par contre, Maximilien le Roy cite à plusieurs reprises des textes d’Artaud qu’il place dans la bouche de son personnage, extraits en autres de Le théâtre et son double (1938) et de Messages révolutionnaires (1936). Il précise également qu’il a transposé des passages du livre Les Tarahumaras d’Artaud.

Ensuite, il constate que toute la carrière d’Antonin Artaud est passée sous silence (acteur, comme auteur), et que seul son engagement politique est évoqué. Par contre, la mise en scène de cette période de sa vie semble en faire l’incarnation de son manifeste sur la nature du théâtre, ainsi que mettre en scène toute sa douleur d’écorché vif. Ce récit ne constitue donc pas une biographie d’Antonin Artaud qui permettrait de découvrir le créateur et son œuvre. C’est un récit sur une période limitée de sa vie qui constitue une aventure graphique exceptionnelle et présente une unité satisfaisante, même s’il ne présente pas l’importance de ce créateur et son legs à l’art du théâtre.

Voyage jusqu'au bout de la nuit

Voyage jusqu’au bout de la nuit

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De son voyage au Mexique à la cellule capitonnée de l asile, Antonin Artaud : héros de BD par Maximilien le Roy & Zéphir chez Bruce Lit. Présence est en transe !

La BO du jour : Grand habitué des hallucinogènes, Syd Barrett n’est lui aussi jamais revenu du voyage de l’autre côté. Terrapin est à la fois une superbe chanson pop que l’enregistrement de sa brisure. 

31 comments

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Présence,

    merci pour cet article fleuve qui me permet de découvrir un personnage haut en couleur comme les destinations et tableau de paysages traversés. Le travail sur la couleur se perdant dans des dessins à l’opposé de la ligne claire semble impressionnant.

    J’aime beaucoup les publications de Futuropolis et L’ESPRIT ROUGE est typiquement le type d’album que j’emprunte à ma bibliothèque quand je tombe dessus.

    Total découverte également de Zéphir et Maximilien Le Roy. En allant sur la même encyclopédie en ligne que toi (je suppose), je remarque que Maximilien Le Roy traite de sujets pas faciles mais invitant aux voyages.

    Tu m’as réellement donné envie de me perdre pour quelques heures dans les paysages graphiques évoqués, sans consommation de certaines substances par contre.

    La BO : je crois que je n’avais jamais écouté un seul morceaux de Syd Barrett en solo. Donc là encore totale découverte. J’ai apprécié. Ton article m’a fait penser aux DOORS et plus particulièrement aux monologues ou poésie chantée de Jim Morrison.

    • Présence  

      J’aime beaucoup les publications de Futuropolis : je me suis rendu compte que petit à petit, je me suis mis à lire plus de leur catalogue, avec des ouvrages toujours singuliers. Dernier en date : Ulysse Nobody, de Gérard Mordillat & Sébastien Gnaedig.

      • Fletcher Arrowsmith  

        J’ai lu Gerard Mordillat, LES VIVANTS ET LES MORTS, qu’il a ensuite adapté pour la télévision. Quelqu’un de très engagé, très intéressant.

        J’ai également une vue sur ce ULYSSE NOBODY … car en tant qu’ancien de Top Comics je reçois encore le catalogue de FUTUROPOLIS. On avait accès à des services de presse.

        Comme Rue de Sèvres ou Monsieur Toussaint Louverture, Futuropolis possèdent quelques pépites.

        • Présence  

          J’ai découvert Gérard Mordillat avec sa série documentaire Corpus Christi, en collaboration avec Jérôme Prieur.

          J’ai également lu la trilogie sur le suaire de Turin, en BD, dessinée et encrée avec nuances de gris par Éric Liberge; artiste que Matt m’avait fait découvrir sur le site.

          https://les-bd-de-presence.blogspot.com/search/label/Suaire%20de%20Turin

  • Surfer  

    Encore un article d’une précision chirurgicale.
    Bravo 👍,

    Tu nous vends bien la partie graphique, tu m’as trop donné envie de m’immerger dans ce visuel hors du commun, mélange d’abstrait de fauvisme et d’expressionnisme. Ce maelström de nuances à l’air de bien illustrer les émotions que veut transmettre cette BD.
    Tu nous fais comprendre que les dessins parlent d’eux-mêmes car il n’y a pas besoin de beaucoup de texte pour nous faire comprendre les choses.
    C’est ce que je demande à l’art séquentiel…. Qui est avant tout un moyen d’expression visuel.😉

    Je ne connaissais pas ce personnage et ton article a titillé ma curiosité au point d’aller faire un tour sur notre encyclopédie préféré en ligne.

    La BO: Même si je suis un inconditionnel du Floyd et que j’apprécie beaucoup leur début avec Syd Barrett aux manettes, je ne me suis jamais intéressé à sa carrière solo. Ce titre est sympa, et le choix de l’artiste raccord avec le thème de la BD.
    Je l’ai toujours dit… les substances illicites sont à proscrire. 😀

    • Présence  

      L’art séquentiel qui est avant tout un moyen d’expression visuel : étant souvent plus pris par l’intrigue que par les dessins, il me faut souvent faire un effort conscient pour me demander ce qu’ils m’apportent. Je trouve toujours paradoxal que mon esprit se focalise à ce point sur l’histoire, allant presque à reléguer à l’arrière-plan les images que j’ai sous les yeux.

      • Surfer  

        Oui, c’est bien le problème et j’ai le même. Le texte a souvent tendance à prendre le dessus et c’est dommage. Notre concentration est alors monopolisée et on passe souvent à côté de certaines choses. Du coup notre appréciation est biaisée
        Je pense qu’il faut vraiment laisser le dessin s’exprimer quand il le mérite et y prêter attention. Dans ce cas le texte doit se faire discret.
        Je suis un boulimique de bande dessinée en tout genre et j’ai souvent « consommé » de manière bien trop rapide sans m’attarder sur l’essentiel.
        Un BD cependant, a été un tournant dans ma manière d’appréhender cet art. Cette BD c’est « LA OU VONT NOS PÈRES ». Elle est muette et les dessins sont tellement explicites que tout est dit.
        Depuis, j’essaie de prendre mon temps quand je lis une BD de façon à bien comprendre ce que veulent exprimer les dessins.
        Je peux affirmer aujourd’hui que pour certaines BD cela en vaut vraiment la peine 😉. Le plaisir est multiplié 👍

        • Présence  

          Je suis également un boulimique de bande dessinée en tout genre.

          Là où vont nos pères : un souvenir inoubliable en ce qui me concerne. Une narration visuelle transmettant l’état d’esprit et le ressenti avec une conviction extraordinaire.

          En termes de narration visuelle, pour revenir aux comics, j’avais également été très marqué par deux histoire de John Byrne. Alpha Flight 6 avec ses cases vides de tout trait, juste un découpage et des cartouches indiquant ce qui se passe, à savoir un combat dans un blizzard. Une étrange démonstration du pouvoir de suggestion de cases vierges. Critical error (voir lien ci-dessous), avec une postface où il explique que c’est très difficile de tout raconter en images.

          https://viewcomiconline.com/critical-error-full/

  • Eddy Vanleffe  

    Anthonin Artaud était l’un des « héros » de mes oncles, fascinés par ses positions et sa folie.
    je me souviens encore de certains de ses textes théâtralisés sur cassette…; un ovni…

    • Présence  

      De mon côté, ce fut une découverte car je n’en avais jamais entendu parler.

  • JB  

    Ancien étudiant en Lettres Modernes, j’ai honte de dire que je ne connais pas Antonin Artaud. En lisant sa conception de l’art, notamment le théâtre de la cruauté, j’ai trouvé que le graphisme épousait parfaitement les vues de l’auteur : pour citer l’auteur via Wikipedia : « un théâtre où des images physiques violentes broient et hypnotisent la sensibilité du spectateur », « l’expression théâtrale, « abandonnant les utilisations occidentales de la parole » appartiendra au domaine des « signes », des « incantations » et du « langage visuel des objets » »
    Merci pour cette découverte

    • Présence  

      C’est bon, du coup en tant qu’ancien étudiant scientifique, j’ai moins honte de ne pas le connaître. 😀

  • Jyrille  

    Merci pour la découverte Présence ! Un sacré article qui t’a inspiré et questionné (en tout cas j’en ai l’impression), tant tu déroules des réflexions qui semblent te surprendre toi-même. Je ne connais absolument pas ces auteurs. Le trait me fait penser à du Mattotti, du De Crécy, voire un peu de Blutch, Blain et Larcenet, bref, des auteurs publiés ou qui pourraient l’être chez Futuropolis quoi ! 😀

    Le dernier scan est magnifique je trouve.

    De chez Futuropolis, j’ai pas mal de bd, mais aucune de Mordillat ni même Prieur que je ne connais pas. Je viens de vérifier : j’en ai 37. Avec du David B., Luz, Andreas, Blutch, J.M. De Matteis, Hugues Micol, Vehlmann / De Bonneval, Manuele Fior, Frank Miller, Cécil / Brunschwig, Nicolas De Crécy, Ludovic Debeurme, Rabaté, Prudhomme, Maël / Kris, Simon Hureau, Grégory Mardon, Marc-Antoine Mathieu et Geoff Darrow.

    J’aimerais beaucoup jeter un oeil à cette bd mais je ne suis pas certain de craquer dessus, même si les dessins m’attirent. L’histoire me rappelle fortement le cycle des livres / essais / journaux de Carlos Castaneda (L’herbe du diable et la petite fumée et ses suivants, j’ai dû lire les quatre premiers seulement), et tu m’apprends que Ciguri est un vrai nom : pour moi, c’est un concept du Major Fatal de Moebius, son Jerry Cornélius à lui (puisque le personnage est un des Champions Eternels de Moorcock. Toujours pas lu. Il a aussi inspiré Morrison pour ses Invisibles je crois).

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlos_Castaneda

    https://www.babelio.com/livres/Giraud-Major-Fatal-tome-2–LHomme-de-Ciguri/327640

    https://en.wikipedia.org/wiki/Jerry_Cornelius

    « In comics, various writers have used elements of the character, including Bryan Talbot’s character Luther Arkwright. Image publishes Matt Fraction’s Casanova series which also pays homage to Cornelius. Tony Lee’s Midnight Kiss features Cornelius with Michael Moorcock’s blessing. (Moorcock wrote the introduction for the collected trade paperback). Grant Morrison created an Oscar Wilde-inspired steampunk version of Jerry Cornelius in Sebastian O, the original Vertigo mini-series. Another Morrison character, Gideon Stargrave of The Invisibles, is one of the few interpretations of the character that Moorcock has issues with, as he considers the character little more than a straight lift of Cornelius. »

    Ca tombe bien, je viens justement de commander mon premier Bryan Talbot, le Luther Arkwright ! Coïncidence ?

    Je connais le nom de Antonin Artaud, mais je ne me suis jamais approché de son oeuvre. Je sais qu’il est souvent associé aux côtés d’autres mystérieux personnages, comme Aleister Crowley. Je n’ai pas creusé dans ces eaux-là, un jour peut-être.

    La BO : bof bof bof. Rien de terrible ni d’original là-dedans. Ca ne me donne pas du tout envie de réécouter ses deux albums solos.

    • Présence  

      Je confirme : la rédaction de ce commentaire m’a fait découvrir ce que j’avais ressenti.

      J’ignorais le lien entre le Major Fatal et le Champion Éternel : merci pour cette découverte. J’avais connaissance du jugement de valeur de Michael Moorcock sur Gideon Stargrave. Ça m’avait surpris car j’avais trouvé Luther Arkwright beaucoup plus proche de Jerry Cornelius, quasiment une transposition littérale. J’admire beaucoup Bryan Talbot et j’ai suivi sa carrière, avec 4 articles sur Bruce Lit, dont un supprimé par Bruce lors d’un ménage.

      Grandville
      http://www.brucetringale.com/lebrock-a-la-recherche-dune-adolescente-embobinee-par-une-secte/

      Sally Heathcote sufragette
      http://www.brucetringale.com/des-suffragettes-des-vraies/

      The tale of one bad rat
      http://www.brucetringale.com/maltraitance/

      Sans oublier l’article de Tornado sur Luther Arkwright :

      http://www.brucetringale.com/reecrire-lhistoire-sur-un-ruban-de-mobius/

      • Jyrille  

        Oui, je me souviens bien des articles sur GRANDVILLE et LUTHER ARKWRIGHT. C’est pour ça que j’ai finalement décidé de commander ce dernier. Ce qui est marrant c’est que ce soit aujourd’hui que je me décide… ou alors je crée des liens qui n’existent que dans ma tête.

        Je ne me souvenais pas des deux autres, merci de les associer ainsi, cela me donnera plus de repère quant à cet auteur que je ne connais pas encore.

        As-tu lu les romans de Moorcock sur Jerry Cornelius ?

        • Présence  

          Oui, j’ai lu les romans du cycle Jerry Cornelius… il y a de ça plusieurs décennies.

          En rejetant un coup d’œil à ma bibliothèque d’adolescent, je me suis aperçu que j’ai lu une bonne partie des cycles du Champion Éternel dont certains dont je ne me souviens de rien (Corum par exemple).

          • Jyrille  

            La chance ! Je n’ai que ceux de Elric, je crois bien que je vais chercher les autres… en VF, ça ne court pas les rues. Par contre j’ai les Corum en comics à lire. Trois tomes VF, je ne sais pas si cela continue après…

  • Bruce lit  

    De la poésie, un voyage initiatique en Amérique centrale, un personnage sur la brèche, un génie de la littérature un album esthétisant et presque muet : n’en jetez plus, il faut que je lise ça.
    Je ne me rappelle plus pourquoi cet article est resté 3 ans dans les caves. Il a dû avoir des événements politiques pour que je le déprogramme. Content de lui avoir enfin trouvé un créneau. Merci de ta patience Présence.

    • Jyrille  

      Présence a trois ans d’articles en avance et moi, j’ai sept ans d’articles en retard ^^

      • Présence  

        Après fouilles archéologiques dans ma boîte mail, j’ai envoyé cet article en 2016 ! Six ans d’avance 😀

    • Présence  

      @Bruce : à chaque fois une catastrophe est survenue, venant bouleverser la programmation. Ce qui n’a pas raté aujourd’hui : tu t’es entêté à le programmer, et paf ! Décès de Neal Adams !

  • JP Nguyen  

    Je ne connaissais pas du tout. Sur les extraits, ça m’évoque un peu le trait de Teddy Kristiansen. Sur le sujet et son traitement, je ne pense pas être trop client. Ton article éclaire bien le parti-pris de cette BD, alors que de mon côté, ne connaissant Antonin Artaud uniquement de nom, je serais davantage intéressé par une biographie plus complète.
    Mais comme de coutume, chapeau bas, Présence, tu me forces à retenir l’orthographe du mot éclectisme !

    Et deuxième coup de chapeau pour ta patience. Six ans d’attente !

    • Présence  

      Je n’avais pas pensé au rapprochement avec Teddy Kristiansen, mais je vois bien la filiation maintenant que tu l’as fait observer.

      Une biographie d’Antonin Artaud : il y a toujours l’article wikipedia que j’ai consulter pour éviter d’écrire trop de bêtises.

      Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.
      Jean de la Fontaine, Le lion et le rat (1668) 😀

  • Tornado  

    Comment ça j’arrive à la bourre ??? 🧐

    Je me souviens du commentaire Amazon sur ce bouquin. Bouquin que Présence m’a offert, et que j’ai lu (j’ai mis un moment à le lire, mais je l’ai lu d’une traite, ce qui est extrêmement rare de ma part).
    Je vois, en parcourant les commentaires ci-dessus, que j’étais à peu-près le seul à connaitre Antonin Artaud avant cette lecture. J’ai découvert une partie de son travail lors de mes études. J’ai également (et surtout) eu l’occasion de visiter une exposition très fournie, entièrement dédiée à ses dessins. Une compilation sans doute quasi-exhaustive des dessins réalisés pendant la durée de son internement, six années dont plusieurs parsemées d’électrochocs qui l’auront réduit temporairement à l’état de légume (une technique médicale moyenâgeuse venue de l’Allemagne nazie, qu’on expérimentait jusque là sur des porcs et des lapins…). Cette expo m’avait extrêmement marqué : Exposés dans un ordre chronologique, les premiers dessins n’étaient que de vagues gribouillis, tandis que ceux du milieu tentaient de représenter de vagues figures. Les derniers, les plus proches de sa sortie, représentaient de très beaux dessins expressifs, très maitrisés. C’était extraordinaire : Ces dessins nous montraient comment un homme lobotomisé avait réussi, sans doute par une force de volonté indestructible, à se reconstruire mentalement par l’acte du dessin. Un cas extrême d’art-thérapie !
    On voit quelques uns de ces dessins dans la BD.

    Malgré cette période devenue assez légendaire de « l’internement sous électrochocs », il semblerait qu’Artaud était devenu psychologiquement très instable depuis qu’il était devenu junkie (opium, héroïne, etc. et peut-être peyotl (non prouvé)). Il est fort probable qu’il se soit grillé le cerveau un peu à la manière de Syd Barrett (bien vu, la BO, pour le coup !).

    Présence a décortiqué le travail de Zéphir de manière optimale : Sachant qu’Artaud a peut-être fantasmé une partie de ses voyages (des témoignages semblent contredire qu’il ait pu voyager autant et aussi loin avec une telle mauvaise santé), la BD opte pour une sorte de brouillage entre le réel et le rêve, entre le documentaire et le délire psychédélique.
    On a effectivement des passages qui vont de la figuration expressionniste (et fauve aussi, pourquoi pas), à l’abstraction. Soit des mouvement artistiques contemporains de la vie d’Artaud (il a quitté violemment le mouvement surréaliste -c’est dit dans la BD-, il était donc logique de ne pas l’aborder graphiquement dans les références, si ce n’est brièvement lors de sa visite au musée mexicain).
    Bref, une BD certes pas autobiographique (le voyage en Amérique centrale était en fait beaucoup plus court en réalité, les auteurs de la BD choisissant de le faire durer trois ans et d’empiéter d’autant d’années sur son internement, comme s’il avait continué à voyager dans un « entre-monde »), mais très conceptuelle, comme une métaphore de la fuite en avant d’un homme écorché-vif, qui n’aura jamais réussi à s’encrer dans le réel, et qui s’est perdu dans les limbes de l’art…

    PS : On avait déjà longuement discuté de cette BD dans les commentaires Amazon. mais ils ont hélas été effacés par le robot… 😔

    La BO : Une des rares chansons solo de Barrett que je trouve vraiment réussie (la plupart sont des impros vaseuses dans lesquelles on trouve ici et là un éclair créatif. Ça ne suffit pas à faire des albums et c’est à mon avis plus que surestimé). Et bravo à Bruce pour ce choix d’une pertinence rarement égalée dans cet exercice de comparaison !

  • Présence  

    Merci beaucoup pour cette longue réponse.

    Sachant qu’Artaud a peut-être fantasmé une partie de ses voyages : je ne m’en souvenais pas, merci de me l’avoir rappelé.

    Je déduis de tes différentes remarques que tu as apprécié cette BD ?

    • Tornado  

      Bien sûr. Album indispensable sur un sujet précis (à faire lire absolument à toute personne s’intéressant à Antonin Artaud).
      Je voulais attendre la publication de l’article avant de venir en parler. Mais le jour de sa publication je n’ai pas eu le temps de le faire en bonne et due forme…
      Merci encore pour le cadeau, même si ça date !

      • Présence  

        Album indispensable : carrément.

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