La guerre des sexes n’aura pas lieu (CAPTAIN MARVEL)

 

Captain Marvel par par Anna Boden et Ryan Fleck

Par : 6 PATRICK FAIVRE

Cet article portera sur le film CAPTAIN MARVEL sorti récemment sur nos écrans.

Attention ! Ecoutez votre conscience cosmique, elle vous informera à juste titre que les spoilers seront particulièrement agressifs dans cet article !

Capitaine, oh mon capitaine !

Capitaine, oh mon capitaine !

Ce 21ème film du MCU, le premier donnant la vedette à une femme, est fort judicieusement sorti le 8 mars aux Etats Unis, soit pour la journée internationale de la femme ! Bon en France cela fonctionne un peu moins bien vu que le film est sorti 3 jours avant les US – si si – soit le mercredi 6 mars. (Cocorico les films sortent en avant-première dans l’hexagone !).

Le pitch : En 1995 une jeune femme nommée Vers (Brie Larson) vit sur la planète Hala, la mère patrie des Krees. Elle souffre d’amnésie et n’a aucun souvenir antérieur aux 6 dernières années. Contrairement aux autres Krees, elle possède des supers pouvoirs (elle peut faire jaillir des décharges d’énergie de ses poings). Son mentor se nomme Yon-Rogg (Jude Law). Ce dernier lui enseigne, outre les arts guerriers, la façon de maîtriser ses émotions.

Après le fiasco de l’une de ses missions, Vers est faite prisonnière par les ennemis irréductibles des Krees : les Skrulls ! Le leader des aliens métamorphes, un certain Talos, sonde l’esprit de la jeune femme, à la recherche d’une information capitale. Sous l’influence des Skrulls elle retrouve des souvenirs de la terre et notamment du docteur Wendy Lawson avec qui elle était pilote d’essai…

Vers parvient finalement à s’échapper à bord d’une navette de secours et s’écrase sur terre. Nick Fury et Phil Coulson sont dépêchés sur place pour enquêter sur cet étrange crash. Son arrivée sur terre sera l’occasion pour Vers de faire des découvertes très surprenantes sur son passé. Elle va réaliser que les choses ne sont pas exactement ce qu’elles paraissent…

La première chose qui choquera les fans du comics c’est que le personnage central n’a que très peu de lien avec la Carol Dan(Vers) crée par Roy Thomas et Gene Colan (et à plus forte raison avec la Miss Marvel de Gerry Conway et John Buscema) ! Ok Ok on ne va pas recommencer pour la 10.000ème fois consécutive le débat sur la nécessité (ou pas) pour un film de coller au plus près au matériel original. Il a été décidé ici de promouvoir la Miss directement au rang de Captain, de la garder blonde et de grosso modo réécrire tout le reste ! A tort, à raison. Je laisse les intégristes du comics s’indigner et les néophytes de s’en foutre éperdument ! Dans tous les cas je ne doute pas que la Miss Marvel version cinéma ne tardera pas à pointer le bout de son nez dans les comics (si ce n’est déjà fait).

Quoi qu’il en soit, à l’opposé des films habituels de Super-Héros (entièrement dédiés à la testostérone et à la virilité,) ce film étonne pour son féminisme militant ! Surfant sur le succès de Wonder Woman le film affiche ouvertement son Girlpower. A la nuance près que WW ne se retrouvait idole féministe qu’à son corps défendant. Les scénaristes ayant cru bon de la faire s’amouracher d’un bellâtre militariste dont elle dépendait pour lui expliquer les subtilités de notre monde moderne…
Bien que tout aussi étrangère à notre monde que Diana Prince, Captain Marvel n’a nul besoin de mentor masculin (au moins sur la 2ème moitié du film). Il faut dire que son seul « maitre » masculin, Yon-Rogg, passe son temps à lui mentir et à la manipuler. Il n’a d’autre but que de lui inculquer un système de valeur dont la finalité est de l’empêcher de s’affirmer et d’atteindre son plein potentiel… Je ne vous fais pas de dessin, je pense que vous avez compris la métaphore.

Girl power !  © Marvel Studios

Girl power !
© Marvel Studios

Petite anecdote amusante et édifiante : lors de son atterrissage sur terre, Carol Denver se retrouve dans un vidéoclub. Son premier réflexe est de tirer sur un panneau publicitaire du film TRUE LIES ! Captain Marvel dessoude symboliquement Schwarzenegger, le champion toutes catégories de la virilité musclée des 90’s ! Quelques instants plus tard elle dévalise un Biker récalcitrant, le délestant de sa moto sur un mode opératoire évoquant immanquablement celui de Schwarzy dans TERMINATOR ! Les scénaristes (trois femmes !) ont une dent contre l’ancien Monsieur Univers, le message est clair.

De plus le film choisit d’exclure toute histoire d’amour. Pas la moindre love story à l’horizon. Si l’on croit discerner un semblant de béguin pour son mentor Kree, bien vite la piste amoureuse est tuée dans l’œuf par le mensonge et la trahison de celui-ci. Non seulement les sentiments sont absents du film mais la sexualité sous toutes ses formes également ! Carole Denvers, en dehors de sa plastique très avantageuse, n’est jamais sexualisée. Le féminisme passerait-il par la désexualisation ? Marvel semble avoir répondu Oui à cette question !
Quoi qu’il en soit Carol n’utilise jamais la séduction pour arriver à ses fins. Elle préfère l’approche directe et dérouille vigoureusement à coup de décharges cosmiques ses adversaires, fussent-ils des Skrulls, ou même Yon-Rogg si généreux en conseils paternalistes ! On approuve ou pas cette approche, mais on est obligé de reconnaître son originalité au sein du petit monde des Super héros.

Alors pourquoi donc ces 3 étoiles ? Tout simplement au-delà de ses déclarations d’intentions, le film croule en définitif sous son conformisme et son manque de personnalité !

Le vrai héros du film ?  © Marvel Studios

Le vrai héros du film ?
© Marvel Studios

Alors allons-y dans l’ordre : tout d’abord le film s’inscrit dans la droite ligne des GARDIENS DE LA GALAXIE avec son mélange de musique rétro et d’humour. Ici la coolitude nostalgique des Gardiens quitte les années 70 pour être transposée dans les années 90’s. Tous les gimmicks de l’époque sont retranscrits : les vidéo clubs (voir plus haut), les cybercafés naissants, la lenteur terrifiante des ordinateurs et bien sur la musique (Garbage, No Doubt, Elestica, Nirvana, etc.)
Seul problème : les GDLG savaient mélanger avec brio humour, action et émotion, alors qu’ici pour les sentiments on peut toujours se brosser !
Le réalisateur ne parvient à aucun moment à doter Carol d’une personnalité touchante. Ni elle, ni aucun des autres personnages, ne se trouvent munis d’une psychologie vraiment approfondie et crédible.

Misant tout sur les gags (pas toujours très drôles) les scénaristes ne parviennent pas à passionner les spectateurs pour leurs personnages. On regarde les protagonistes avancer dans leur quête sans avoir la moindre empathie pour eux ! CAPTAIN MARVEL remplit parfaitement le cahier des charges du blockbuster lambda avec la froideur d’un bilan comptable !
On ne voit jamais la souffrance de Carol. Elle est évoquée mais rien ne transparait à l’écran. On ne perçoit aucune faiblesse ni aucune humanité en elle. Si elle parvient à se détacher finalement du diktat du patriarcat from outer space, elle n’en gagne pas en humanité pour autant. Son émancipation aurait-elle lieu au prix de ses sentiments ?

Jonglant dangereusement entre le buddy movie, la comédie, la SF et la quête initiatique, le film explore toutes ces pistes sans pour autant être convaincant dans aucune d’entre elles ! Quelques gags en moins et un développement supplémentaires des personnalités n’auraient pas été superflus !

Des Skrulls plus vrais que nature.  © Marvel Studios

Des Skrulls plus vrais que nature.
© Marvel Studios
Source : Screenart 

Comme si cela ne suffisait pas le scénario n’est pas exempt d’absurdité. A commencer par l’objet même de la machination des Krees : l’invention sur terre d’un moteur pour voyager plus vite que la lumière. Euh si les extraterrestres ne disposaient déjà pas de cette technologie comment atteindraient-ils notre terre en moins de 10 minutes ? Ils cherchent une technologie dont ils disposent déjà ? Illogical Mister Spock !

Par ailleurs l’Intelligence suprême, le leader des Krees, a un rôle plus que flou dans le film. Si l’on n’a pas lu les comics on ne comprend tout simplement pas quel est son rôle ni ce qu’il fait là ! Et de même pour ce qui concerne la civilisation des Krees, on ne sait quasiment rien ni de leur culture ni de leurs motivations ! Tout ce que l’on sait c’est que leur monde s’appelle Hala et qu’il est surement grand… (Humour !).

Enfin on ignore également comment Captain Marvel parvient à se soustraire à l’influence de l’Intelligence suprême. « Hey je vais péter le petit bouton de contrôle que j’ai dans le cou ! » Waow bien joué ! Mais heu pourquoi n’y as-tu pas pensé avant ?
De même on ne voit pas très bien d’où vient soudainement son surplus de pouvoir en fin de film. Sa puissance semble sortir de nulle part et elle peut soudainement détruire à elle seule plusieurs croiseurs interstellaires comme qui rigole ! On pense bien plus au Phénix noir qu’à Miss Marvel !

Dark Phoenix saga ?  © Marvel Studios

Dark Phoenix saga ?
© Marvel Studios Source Allociné 

Qu’on rassure tout n’est pas négatif dans ce film. Par exemple son point fort est sans conteste ses effets spéciaux ! Mention spéciale pour la technologie de rajeunissement qui atteint ici son summum ! On ne se rend absolument pas compte que les 25 ans de moins de Samuel L. Jackson sont un trucage ! Après un STAR WARS qui fait jouer les morts, Hollywood trouve à présent la source de la jeunesse éternelle !

Les Skrulls eux aussi sont une franche réussite visuelle. Leur maquillage est très convainquant et il en va de même de leur métamorphose. Du reste puisque l’on parle d’eux, les E.T verdâtres sont la plus grande surprise du film ! Fini les brutes belliqueuses du comics puisque Talos se révèle doté d’un fameux sens de l’humour et sa principale motivation est d’assurer la sécurité de sa famille et de son peuple. Les Krees à contrario sont les méchants de l’affaire, faussement civilisés et vrais barbares.

Enfin en se situant 30 ans avant les AVENGERS, le film se permet de s’affranchir de la continuité Thanosienne. En clair il n’est pas nécessaire d’avoir vu INFINITY WAR pour comprendre cette histoire. Seule une des scènes post génériques (restez bien jusqu’à l’image finale) se charge de faire le lien avec le prochain opus des Vengeurs.

Au final, victime d’une réalisation impersonnelle, Captain Marvel ne peut que s’inscrire dans la (longue) tradition des films mineurs de Marvel. D’un classicisme forcené le film est avant tout un produit standardisé réalisé par quelques faiseurs sans grande personnalité. Le film reste un spectacle distrayant, technologiquement impressionnant mais vide de toute charge émotionnelle.
Un beau gâchis en somme.

 Fury 25 ans plus jeune et avec ses deux yeux… mais pas pour longtemps !  © Marvel Studios Source : Allo Ciné http://www.allocine.fr/film/fichefilm-141110/photos/detail/?cmediafile=21545966

Fury 25 ans plus jeune et avec ses deux yeux… mais pas pour longtemps !
© Marvel StudiosSource : Allo Ciné 

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Divertissant mais sans âme, féministe ma non troppo, amusant mais sans émotions, Patrick 6 dresse un bilan contrasté de Ms Marvel chez Bruce Lit.

La BO du jour : c’est l’histoire d’une fille…

37 comments

  • Vindicator  

    euh, ça va mieux ?

  • Jyrille  

    Je sors de la séance. Finalement j’ai bien fait de ne pas avoir lu ton article avant, Patrick, car tu dévoiles tout ! Je ne pensais pas le voir en plus… mais je te rejoins sur tous les points, sauf ceux des erreurs de scénario, parce qu’ils sont pour moi très secondaires. Après tout je ne sais pas ce qu’est un moteur supra luminique, peut-être un moteur sayen…

    La BO est marrante, j’ai bien aimé tous les clins d’oeil à 1995 (même si je ne suis pas certain que ce soit représentatif, toutes ces affiches des Smashing, de PJ Harvey, de 311… mais revoir AltaVista m’a fait marrer), je suis content de voir enfin un film porté par une femme, qui, tu as raison, n’est pas du tout sexualisée, et j’ai trouvé ça très bien. Je n’avais pas fait le rapprochement avec Terminator mais tu as totalement raison ! Cela dit, pourquoi est-ce que cela signifierait qu’elles en ont après Schwarzie ? Ce passage peut être un hommage.

    La baston dans l’espace est un peu trop longue, mais ils ne tombent pas dans l’écueil Star Wars en en remettant une couche avec les vaisseaux de Ronan : c’est vite expédié. Après, le film est très balisé comme étant un Marvel, l’humour marche mais pas toujours, et il est clair que cette histoire de paranoïa qui touche tous les personnages n’arrive jamais à les humaniser. Le scénario ne pouvait pas les rendre attachants dès le départ. Le plus touchant, c’est Talos… contradictoire !

    Je viens d’apprendre que Avengers Endgame durera 3h01.

    La BO : super.

  • Jyrille  

    J’ai oublié : je ne connaissais pas du tout l’existence de ce personnage avant la fin du Avengers précédent et je salue à nouveau la cohérence du MCU, même si le Tesseract apparaîtrait dès Captain America I mais je n’en ai aucun souvenir.

  • Jyrille  

    J’ai vu (avec mes monstres) le nouvel Avengers. Il est super bien. Vraiment très très bien.

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