La mort de Phénix

La mort du Phénix noir par Chris Claremont et John Byrne

Première publication le 02/11/15- Mise à jour le 19/ 08/16

Levez le doigt....qui avait ça quand il était petit ?

Levez le doigt….qui avait cet album quand il était petit ? © Lug

AUTEUR SONIA SMITH

VO : Marvel

VF : Lug, Semic, Panini

Cet article marque la fin de la saga du Phénix noir commenté ici dans l’article de Présence. Scénarisée par Chris Claremont et dessinée par John Byrne, il serait criminel de passer sous silence l’encrage de Terry Austin, et le rôle -indirect- que Jim Shooter, l’éditeur Marvel de l’époque, eut sur cette histoire.

Les numéros des épisodes américains sont les #129-138. Tout cela été réédité dans une traduction hélas calamiteuse chez Panini.

Dans la vie des comics, la mort d’un personnage est toujours un moment marquant, du moins à une époque où les héros ne mouraient pas sans arrêt pour mieux revenir deux épisodes plus tard. Certaines disparitions ont provoqué un véritable choc dans la communauté des lecteurs.

Ainsi en est-il de la disparition de Captain Marvel emporté par la maladie et l’un des rares à n’avoir pas encore ressuscité dans des conditions invraisemblables. Les lecteurs des X-Men avaient également subi la perte de Thunderbird, mort au combat contre le comte Néfaria. Mais si Thunderbird avait déçu ses fans, aucun X-Man de premier plan n’avait encore fait l’expérience de la mort jusqu’au premier suicide de l’univers Marvel : celui de Phénix.

De cette mort naît une légende

De cette mort naît une légende ! © Marvel Comics

Comme Bruce vous parlera mieux que moi (dans l’article de demain-Ndlr) des bagarres internes entre Jim Shooter, Chris Claremont et John Byrne qui ne sont pas d’accord sur l’issue à donner à la montée en puissance d’un personnage jusqu’alors complètement effacé, je m’attarderai sur le moment qui suit la défaite du Club des Damnés et qui voit la naissance d’un mythe, celui du Phoenix noir.
La lente transformation du personnage insignifiant de Marvel Girl, seul membre féminin de l’équipe d’origine, en une divinité effrayante et sublime ne pouvait finalement aboutir qu’à sa destruction tant à sa puissance ne peut être opposé aucun pouvoir et aucune arme. Seule la divinité pouvait se combattre elle-même.

Si cet article se consacre exclusivement au moment où le Phoénix noir apparait, on ne peut finalement lire cette saga que dans la continuité des précédentes. La mort du Phoénix ne se comprend qu’à l’aune de sa maturation permettant à la timide télékinésiste vivant dans l’ombre de son grand homme de passer au premier plan avant de disparaître dans un récit apocalyptique.
Enfin Cyclope s’efface devant Jean Grey ! Mais cela n’est possible que parce que Jean est devenue Autre. C’est elle qui permet la victoire contre le club des Damnés, là où les qualités de leader de Scott Summers n’amènent à rien d’autre qu’une défaite humiliante. Scott est d’ailleurs représenté comme totalement incapable de comprendre la transformation qui s’opère et d’y trouver une quelconque parade. Comme les autres, il subit, ni plus ni moins.

L’apparition du Phénix noir, dans le vaisseau des X-Men rappelle presque mot pour mot celle de la naissance de la même entité dans Like a Phoenix from the Ashes (Uncanny X-Men 101). Lorsque le Phénix sort de l’eau, elle proclame la mort symbolique de Marvel Girl et la naissance du feu et de la vie incarnés, du Phénix ! La scène se répète lorsque le Phénix proclame devant les X-Men médusés qu’elle n’est plus la femme qu’ils ont connu, qu’elle est la vie incarnée, l’éternel Phénix.

De la lumière à l’ombre

De la lumière à l’ombre © Marvel Comics

Mais, contrairement à l’épisode mis en scène par Claremont et Cockrum, celui du même Claremont et de John Byrne aboutit non pas au sauvetage des X-Men par l’oiseau de feu mais à leur mise en danger. Les mutants sont confrontés à la pire épreuve de leur existence : lutter contre l’un des leurs, l’un des membres fondateurs du groupe, un membre qui les renie puisque l’entité le répète à loisir : le Phoenix noir ignore l’amour et n’a pas d’ami. Curieusement, lorsque Storm lui propose son aide, Jean lui répond qu’il est trop tard.

On ne peut donc s’empêcher de se poser la question et de relire les arcs précédents : quand les X-Men auraient-ils pu changer le cours de l’Histoire : dès la naissance du Phénix ? Dès son combat contre Firelord, Jean sent que le pouvoir la fait changer, qu’elle s’habitue à son goût. Et comment faire comme si de rien n’était alors qu’à elle seule, Phoenix sauve l’univers au cœur du cristal de M’Kraan ? Trop occupés par une succession de combats ininterrompus, les X-Men ne perçoivent pas l’ampleur du changement qui s’opère sous leurs yeux, pas plus Cyclope qui connait donc bien mal la femme qu’il aime que le Professeur Xavier dont les capacités de télépathe semblent complètement dépassées par un être qui n’est plus tout à fait humain.

Un peu plus prés des étoiles....

Un peu plus prés des étoiles…. © Marvel Comics

La saga du Phénix noir est l’exact contrepoint du drame qui s’est joué lors de la bataille autour du cristal : alors que dans cette aventure, Phénix sauve l’univers d’une mort certaine sous les yeux reconnaissants de Lilandra, dans la saga du Phénix noir, elle précipite le peuple de Dbari dans un Armageddon de feu, perpétrant un crime plus odieux même que ceux de Galactus le dévoreur de monde. C’est à celle à qui Phénix a sauvé la vie, Lilandra princesse des Shi’ar que revient le terrible devoir d’anéantir l’entité à qui l’univers doit son salut.

En attendant l’ultime confrontation et alors que le Phoenix parcourt les étoiles, les X-Men sont sur terre, impuissants et emplis de doutes. Que peuvent de simples surhommes contre une divinité ? Mais la divinité reste un enfant. C’est auprès de ses parents que Jean vient chercher secours mais elle ne trouve qu’incompréhension, comme après l’affaire de M’Kraan : Jean dévoile ses pouvoirs à ses parents qui ne peuvent que se voiler les yeux. Là encore, elle ne trouve pas le secours. Lorsque le père de Jean la chasse, l’humanité perd une chance d’arrêter la marche vers la mort du Phoenix. Le rejet appelant le rejet, l’entité n’a d’autre choix que de s’en aller seule affronter son destin.

Seuls face à la mort

Seuls face à la mort © Marvel Comics

Le seul véritable combat au cours de cet arc est celui que livre Jean Grey au Phénix. C’est elle qui ramène l’entité vers la Terre et fait appel à ses parents dans une tentative désespérée, c’est encore elle qui offre une chance à Wolverine d’éliminer la menace qu’elle représente. C’est Jean Grey toujours qui permet à Xavier de triompher du Phénix en l’emprisonnant derrière de puissantes barrières psychiques. Enfin, alors que le Phénix est en passe de détruire l’univers après le combat des X-Men contre la Garde impériale, Jean Grey se suicide, trouvant ainsi la seule réponse possible à une saga qui ne pouvait se terminer que par cet acte, aucun de ses proches n’ayant le courage de la sacrifier.

La Saga du Phénix a des accents eschatologiques et christiques dans l’attitude ambigüe et sacrificielle du personnage qui préfère mourir pour l’Univers que d’user de sa puissance divine. L’analogie est visible jusque dans le dessin de Johny Byrne notamment lorsque Cyclope et Jean forment une Pietà après que le Phénix ait été momentanément dompté par Xavier.

La jeune femme fait le choix de l’humanité et du néant plutôt que celui de l’immortelle divinité. C’est pourquoi, symboliquement, elle se dépouille des atours du Phénix pour redevenir Marvel Girl avant le combat final, s’apprêtant à retourner dans l’invisibilité qui était la sienne avant sa transfiguration. C’est pourtant ce choix de vouloir n’être qu’un humain qui fait d’elle un des personnages les plus mythiques de l’univers Marvel.

Humain, trop humain…le retour de Marvel Girl

Humain, trop humain…le retour de Marvel Girl © Marvel Comics

33 comments

  • OmacSpyder  

    @Bruce: Merci pour ces compléments. La phrase de la sorcière de l’Ouest me revient maintenant! Ça donne de l’eau à mon moulin, ou de la paille à mon bûcher…
    @JP Nguyen: oui! Ça résume tout à fait! Une autre télépathe de haut niveau sûrement! ;-)

    • Bruce lit  

      Donner de la paille à mon bûcher : je retiens l’expression !

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