La nausée et les mains sales…

Crossed : Psychopathes par David Lapham et Raulo Caceres

Qui c'est le plus flippant ?

Qui c’est le plus flippant ?©Avatar

Crossed est une série crée par Garth Ennis. Elle est publiée par Avatar en VO et Panini en VF.

Cet article portera sur la seconde saison mise en scène par Lapham. Chaque arc étant indépendants l’un de l’autre, il n’est pas indispensable de les lire dans l’ordre, chaque volume contenant un début et une fin.

Alan Moore a commencé au mois de décembre 2014 à écrire un arc pour cette série.

Attention les images qui suivent peuvent choquer les esprits les plus sensibles….

Le monde de Crossed est sûrement le plus terrifiant du monde des Comics et n’a pas usurpé sa réputation sulfureuse. Après un virus, arme bactériologique, malédiction divine (?), la majorité de l’humanité est transformée en Crossed. A la différence du zombie classique, le Crossed arbore une croix sur le visage. Le mode de contagion se fait par toutes sortes de sécrétions : salive, sang, sperme.

Une fois contaminé, le Crossed est libéré de toute entrave morale. Il se marre tout le temps, ne ressent ni remords, ni doutes et encore moins de pitié. Il garde sa mémoire, une certaine forme d’intelligence et ne pense qu’à tuer, amputer et surtout à forniquer, violer hommes, femmes, enfants et même animaux…

Flipper fait tilt...

Flipper fait tilt…©Avatar

Il s’ensuit donc des orgies de violences constituées de boucheries épouvantables, de tripes à l’air et un vaste catalogues de toutes les perversions imaginables : introduction de couteaux dans des vagins, nécrophilie et zoophilie avec l’image choquante ( dans un autre volume) d’un Crossed violant un dauphin par son évent…Mine de rien, Garth Ennis a imaginé un scénario alternatif aux zombies classiques, une sorte de mixe entre les morts vivants et les dégénérés à la Mad Max.  En fait, ses Crossed sont une version apocalyptique des bacchantes, les « bienveillantes » , ces créatures hystériques ne pensant qu’à forniquer et tuer.

Entre les mains de Garth Ennis, spécialiste de la narration équilibriste entre ce qu’il faut de mauvais goût et d’histoire à raconter, on obtenait un récit crédible, une sorte d’anti Walking Dead où les personnages n’avaient jamais le temps de se poser, où les zombies de Kirkman faisaient office de prix Nobel de la paixà côté  et où surtout il n’y avait aucune possibilité d’héroïsme, de bravoure ou de grands discours fédérateurs tant le malaise, la terreur étaient présents à chaque page. A CHAQUE PAGE !  Pénétrer dans l’univers des Crossed est une expérience aussi originale que malsaine et bien entendue réservée à des lecteurs très avertis….

Paint it red...

Paint it red…©Avatar

Puis vint David Lapham, grand écrivain de la psychopathie devant l’éternel. Lorsque dans le premier volume, il mettait en scène un personnage tentant de braver  l’anormalité de sa famille ( euh… l’inceste…), il n’était pas crédible. Pire : ennuyeux !

Ici, il met en scène un psychopathe, Harold, qui a infiltré un groupe de survivants. La menace est donc double: externe face aux Crossed et interne puisqu’ Harold va manipuler et assassiner tour à tour les membres de son groupe. En décrivant les manipulations d’Harold, Lapham trouve la voix du parfait psychopathe : tourmenté, ancré dans une réalité qu’il déforme, avec des émotions qu’il doit simuler. De ce côté le talent de Lapham n’est pas à démontrer. Il semble beaucoup plus à l’aise dans le registre du mal et les étapes de cette véritable aux enfers que dans le commentaire social du premier arc.

Côté dessin Raulo Caceres est très crédible. Il rappelle Carlos Ezquerra,  Corben voire Neal Adams. Son style est très détaillé et l’ensemble est tellement précis que le lecteur suffoque face à ce perfectionnisme malsain.

Mais très vite le malaise revient : Où Lapham veut il en venir avec cette surenchère ? S’il veut pousser les limites comme jamais de la censure et du mainstream, c’est réussi! Mais honnêtement, cette plongée dans l’outrance est elle vraiment nécessaire ? Le lecteur a t’il vraiment besoin de voir des gerbes de sang, de vomi, de sperme, de merde, des cadavres profanés, des vivants mutilés à chaque page pour comprendre la fin du monde ?

LA journée de la femme...

La journée de la femme…Les lèvres de madame vont être recyclées…©Avatar

Qu’un psychopathe ne soit pas un enfant de choeur , soit ! Qu’il ait besoin de se défouler dans la violence, c’est un code ambivalent que le public recherche. Mais a t’on vraiment besoin de voir chaque étape de l’étripage de ses victimes ? Est ce vraiment important de savoir qu’il marche avec la bouche découpée de sa victime enroulé autour de son pénis? Et la femme au 21 ème siècle a t’elle besoin d’être réduite à ce stéréotype de femme objet que Lapham avait pourtant évité dans Young Liars ?

Ce Too Much a fini par avoir eu raison de ma bile. 80 % des détails sanglants auraient pu être évités. Pendant 200 pages, Lapham produit l’inverse de ce qu’il veut. Et le lecteur blasé en vient à se dire : here we go again: encore un viol , encore des mutilations, encore des enfants massacrés etc.

Voyez ? Rien ne se perd, tout se transforme ! ©Avatar

 

En choisissant les scans pour cet article, je n’ai eu que l’embarras du choix : aucun problème de mémoire pour sélectionner une séquence : toutes se valent, toutes sont interchangeables…   Il s’agit réelement d’une horreur qui ne laisse aucune marge de respiration pour son lecteur ou d’espoir pour ses personnages. Ses auteurs ne font aucun efforts pour éviter la controverse et bénéficient d’une liberté totale.

Avec ce volume Lapham continue de se prendre pour le gros dégueulasse de la BD. Il découpe de la bidoche au kilomètre où le lecteur n’a d’empathie pour personne et reste le témoin voyeur et impuissant d’un monde répugnant.  Il croit produire des histoires horrifiques. Il ne fait que témoigner de son immaturité à se contenir dans ses délires scato-sexuels. Et de ne pas se rendre compte que ce qu’il produit, ce n’est pas de l’horreur mais bien du dégoût.

Pervers pépère...

Harold va t’il conclure !©Avatar

12 comments

  • Jyrille  

    Même le Crossed de Ennis m’a donné ce genre de dégoût. Je n’ai pas vu l’intérêt autre que le voyeurisme. De Lapham, je ne connais que Young Liars et quelques épisodes de Fables qu’il a dessinés. Young Liars, c’est fantastique, tu les as lus ? Présence en parle très bien.

  • Brucie  

    Je les ai lu et revendu. Je n’ai pas aimé la fin et le principe Lost Highway du type qui foire tout avec sa nana dans toutes ses vies alternatives a fini par me lasser.

    • Jyrille  

      Oui la fin est trop abrupte pour moi, il faut cependant que je les relise. Je les garde car c’est très original, et on va de surprise en surprise.

  • holdwig  

    Je suis fan de Crossed.La série de Garth Ennis a été une claque monumentale pour moi.Une horreur extrême dans une histoire écrite intelligemment.
    J’ai été déçu par « Valeurs familiales » et « Psychopathe ».La série changeait de ton , finie l’horreur extrême (visuelle et psychologique) des histoires de Garth Ennis , avec Lapham on passe à un gore outrancier mixé à de la provoc’ et de la violence gratuite.J’entrais complètement dans le récit de Ennis , le récit était écrit d’une façon intelligente , l’horreur psychologique et visuelle de son histoire m’a pas mal secoué à la lecture , mais du début à la fin j’étais complètement immergé dans cette histoire et cet univers.
    Avec Lapham , je sortais du récit , les scènes de gore extrême ou de sexualité ultra déviante (Viols , tortures , humiliations…etc…) faisait que je ne pouvais pas prendre le récit au premier degré.Comme dit dans l’article , j’ai eu l’impression à la lecture que Lapham cherchait à jouer avec les limites de la censure en enchaînant une suite de scènes de plus en plus outrancières , plutôt que chercher à écrire une vraie histoire.Une violence gratuite obscène et outrancière qui m’a sorti du récit me donnant l’impression d’assister à la récréation d’un scénariste voulant dégoûter le lecteur.Et sortir ainsi du récit m’a donné une place de voyeur indifférent pendant la lecture.J’ai eu quelques fois l’impression de lire un mauvais récit de la collection Elvifrance plutôt qu’un épisode de la série Crossed.
    Déçu par « Valeurs familiales » et « Psychopathe » , je ne pensais pas lire d’autres bons récits de Crossed.Heureusement la série « Terres maudites » m’a fait changer d’avis avec le retour d’Ennis ou un Lapham un peu plus inspiré pour l’épisode qu’il a écrit pour cette série.

    • Bruce lit  

      Welcome Holdwig
      On est bien d’accord : le Crossed de Lapham est un vrai manifeste de la liberté d’expression…C’est absolument répugnant et malgré ça, c’est publié… Je pensais totalement me désintéresser de cette série lorsque j’ai appris qu’Alan Moore allait écrire un run pour Crossed !! Et pour l’avoir feuilleté, c’est tout aussi gore !
      Récemment j’ai lu les deux tomes en français de Wish You Were Here que j’ai trouvé Ok.

      • holdwig  

        Je suis aussi « Wish you were here » en français.J’aime la série j’irai jusqu’au bout (Fin prévue au tome 4) mais je préfère Bad Lands.
        Et sinon j’ai beaucoup aimé l’article , l’avis de quelqu’un qui n’a pas aimé ces histoires sans appel à une interdiction de publication ou des jugements sur la santé mentale des lecteurs de Crossed , ça fait plaisir à lire.

  • Présence  

    J’ai bien faire l’avocat du diable et j’ai bien aimé cette lecture. En tant que lecteur, je suis souvent dépité par les scénaristes qui écrivent de l’horreur, mais qui montrent très vite qu’ils n’en ont pas le goût, que les monstres qu’ils emploient deviennent génériques au bout de quelques pages, qu’ils commettent des atrocités qu’il ne faut pas montrer, qu’ils sont méchants, qu’ils font le mal, d’une manière banale et déjà vue. Comme le rappelle Bruce : ils ne pense qu’à tuer, amputer et surtout à forniquer, violer hommes, femmes, enfants et même animaux…

    Dans les romans policiers, il existe un sous-genre dans lequel l’écrivain place le lecteur dans la peau du criminel, en motivant ses actes, en faisant comprendre son mode de raisonnement (sans le légitimer).

    Avec Crossed, Ennis a souhaité créer une race de zombies immondes et abjectes, irrémédiablement méchants (evil). Le défi pour le scénariste est de ne pas diluer cette caractéristique principale, de ne pas retomber dans des zombies affadis.

    David Lapham respecte ce postulat et met sa capacité narrative à créer et entretenir cette surenchère de violence malsaine, voulue par Ennis. Pour avoir lu la majorité des tomes de cette série, plus de la moitié des scénaristes n’arrivent pas à imaginer et faire passer le degré de monstruosité des Crossed.

    Bruce ajoute : « Lapham trouve la voix du parfait psychopathe : tourmenté, ancré dans une réalité qu’il déforme, avec des émotions qu’il doit simuler. De ce côté le talent de Lapham n’est pas à démontrer ». Du coup, j’ai du mal à imaginer (bien que Bruce l’évoque dans son commentaire) un autre type de narration qui aurait pu être aussi convaincant. Le seul élément qui me semble superficiel est la comparaison entre le comportement des Crossed et celui d’Harold.

    • Bruce lit  

      « Pour avoir lu la majorité des tomes de cette série, plus de la moitié des scénaristes n’arrivent pas à imaginer et faire passer le degré de monstruosité des Crossed. »
      Cher avocat du diable,
      Permettez moi d’objecter votre argument : la série porte t’elle sur le degré de monstruosité des Crossed ou sur la capacité des humains à le rester (humain). Je vous assure que Robert Kirkman y parvient sans tout ce débalage de carne.
      Je ne sais pas où ça fonctionne ou pas…. Lorsque Ennis fait servir une pizza au visage humain dans the Boys, c’est TRash, outrancier mais drôle et au service d’un scénario… Chez Lapham, je n’ai rien ressenti du tout. Comme je l’ai dit dans l’article, je trouve ces propos vraiment désuets et superficiels.

  • Azahk  

    en effet j’ai pas du tout aimé…
    le terme plus de dégoût que de l’horreur et parfait pour décrire cette BD, et franchement je suis loins d’être un tendre .

    mais la franchement (sans faire de spoil) la conclusion na aucune moral ni aucun intérêt du moins a mon avis .

  • Xabaris  

    Je rejoint Présence et j’ai aussi aimé ce tome. Pour ma part c’est l’un des meilleurs.
    Une histoire qui démontre une réalité qui va au delà de l’univers de Crossed : des homme pire que les infectés existe. Et ce sans avoir l’excuse d’un virus, d’une malédiction divine ou je ne sais quoi.

    Avec valeurs familiale ou une bête sauvage était caché derrière le père de famille, ici c’est un des seuls tomes. Voir le seul ou un personnage peut nous dégoûter plus que les infectés.

    • Présence  

      Ayant lu depuis d’autres tomes de la série, j’en suis arrivé à la même conclusion que toi : l’enjeu pour le scénariste est de montrer que les êtres humains peuvent commettre de pire horreurs que les Crossed, sans l’excuse de cette infection.

      • Bruce lit  

        Non, les copains, je serai intraitable là dessus. Que les humains soient plus répugnants que les Zombies, on sait ça depuis Romero. C’est souvent le leitmotiv à tout bon Survival de Boyle à Résident Evil. C’est cette complaisance de Lapham qui est répugnante puisque Ennis et Spurrier notamment sont capables de faire beaucoup mieux, et beaucoup plus long sans toute cette bidoche. La différence entre un classique de l’épouvante comme l’exorciste à l’horreur sadique et voyeur comme Saw. Et pourtant, vraiment, je ne me sens pas impressionnable.

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