L’acier, la chair et le sang – 2° partie (Conan, le film)

Conan le barbare – le film par John Milius

Un article de  : TORNADO

1ère publication le 16/09/16 – MAJ le 26/01/20

A genoux, femme !

A genoux, femme !

Cet article portera sur le film Conan le Barbare, réalisé en 1982 par John Milius. Il fait suite à ce premier article, qui traitait quant à lui de la genèse du film et de ses influences issues de la littérature (les romans de Robert E. Howard, le créateur du personnage), des peintures de Frank Frazetta et des comics des années 70 écrits par le scénariste Roy Thomas et dessinés par John Buscema.
Un autre article s’intéresse par ailleurs aux suites plus ou moins officielles du film de Milius et au reboot réalisé en 2009.

Aujourd’hui, nous nous intéresserons exclusivement au film, à sa toile de fond, à ses scènes cultes et à ses apports fédérateurs à l’histoire du cinéma…

Bon. Commençons par le dire : Cette première adaptation du personnage créé dans les années 30 par l’écrivain Robert E. Howard divise les fans.
Certains hurlent au chef d’œuvre depuis des lustres. Les autres détestent cordialement le film. La plupart du temps, ceux qui ne l’aiment pas avancent deux arguments immuables :
1) C’est pas comme dans les romans. C’est pas une adaptation fidèle.
2) Y a pas assez de magie et de monstres. Y a pas assez d’effets spéciaux.
Les rangs de ces détracteurs sont en grande partie composés par les puristes, les gardiens du temple de Robert Howard. Ces derniers, qui veulent « du Howard et rien que du Howard » (artiste maudit aussi intouchable que Brian Jones), sont les mêmes qui vous mettent une hache sous la gorge si vous leur parlez des romans qui furent rédigés par Lin Carter et Lyon Sprague de Camp après la mort de l’écrivain en 1936, quand bien même ils furent développés à partir des textes inachevés d’Howard. On ne rigole pas avec les puristes !

Ainsi, ce premier film de 1982 commence mal : Il ne représente pas une adaptation fidèle des romans de Howard et de la biographie officielle du personnage (lire pour cela le Parcours Probable de Conan le Barbare, rédigé d’après les lettres que l’écrivain échangea avec deux de ses fans peu avant sa mort) (1). Le film de John Milius est une adaptation libre, une relecture qui imagine un destin différent et qui se contente de s’inspirer globalement de l’Age Hyborien, c’est-à-dire de la mythologie imaginée par Robert Howard.

Et pourtant. Comme on avait pu le voir dans l’article précédent, Milius a réussi à préserver l’esprit des écrits d’Howard au-delà de la lettre. Et si on ne retrouve pas dans son film la biographie officielle du personnage, on peut en revanche y redécouvrir son atmosphère unique, son mélange fascinant de ténèbres malsaines, propres à cet âge abstrait où l’homme sort de la préhistoire, et son héroïsme barbare, bien plus viscéral que celui de l’Heroic Fantasy manichéenne et enfantine tel qu’il sera trop souvent popularisé par la suite. Une atmosphère poisseuse, glauque et pourtant envoûtante, baignée dans la chair et le sang !


Conan et son papa. Le calme avant la tempête

Ceux qui, comme moi, découvrirent le film quand ils étaient enfants, avant d’avoir lu une seule ligne des romans originels, ne peuvent oublier le traumatisme (dans le bon sens du terme) que représenta la découverte d’un tel spectacle en ce début des années 80.
Comme ce fut le cas avec Star Wars et comme ce sera également le cas bien plus tard avec Le Seigneur des Anneaux, Conan le Barbare version 1982 s’imposait avant tout comme une révélation, quelque chose d’inédit, du jamais vu sur un écran. Mais, comme stipulé plus haut, ce dernier film avait quelque chose que les autres n’avaient pas : Il était barbare (et pas seulement pour la scène de l’orgie avec toutes ses décapitations !) ! Et les scènes cultes s’enchainaient de manière à persister dans les esprits…

Tout commençait évidemment avec la scène du village, alors que Conan est un enfant et qu’il assiste au massacre de son peuple, avant de partir avec ses assaillants, qui le réduisent très vite à l’esclavage. La scène est incroyable. Lyrique, soutenue pas l’exceptionnelle bande-son de Basil Poledouris (qui allait marquer au fer rouge les musiques de ce type de film), quasiment muette, elle se développe plus comme un opéra chorégraphié que comme une scène de film à proprement parler.
D’ailleurs, quand on y pense, tout le long métrage ressemble à un opéra. Composé en plusieurs tableaux, il avance au rythme des étapes qui jalonnent la vie du héros, tour à tour enfant, esclave, gladiateur, voleur, puis conquérant.
Cette introduction magistrale, baroque et tragique, se conclue par la mise à mort de la mère de Conan. Là aussi, la mise en scène opératique est hallucinante : Une poignée de champs/contre-champs suffisent à créer une tension incroyable, tandis que le spectateur assiste médusé à la cruelle sentence de Thulsa Doom, la Némésis du héros, le tout rendu intense par une alliance entre les images et la musique qui se substitue complètement à la moindre parole.
Des mises en scènes comme celle-ci ne sont pas légions. Elles naissent de l’inspiration simultanée et fusionnelle d’un cinéaste et d’un compositeur, dont l’alchimie compense en tout point le script laconique d’Oliver Stone (oscarisé pour Midnight Express !) et de John Milius lui-même, qui venait quant à lui d’être nominé aux oscars pour le scénario du film Apocalypse Now


Maman ! Où es-tu ?

Et de l’inspiration, il en fallait. Car le producteur du film était Dino DeLaurentiis, célèbre nabab italien aux choix artistiques kitsch et lourdingues (Flash Gordon, par exemple !). Ce dernier rejette les trois ou quatre premiers scripts rédigés par Oliver Stone, l’encourageant à chaque fois à limiter les scènes les plus spectaculaires. On oublie ainsi les armées innombrables de Thulsa Doom, les grandes scènes de batailles et de destruction, les monstres en tout genre, ainsi que la plupart des majestueux décors imaginés par Ron Cobb (créateur visuel d’Alien le Huitième Passager, entre autres).
Résultat, Milius doit se contenter de dix-neuf millions de dollars, d’une poignée de décors chiches, d’un serpent géant mécanique et de ce fameux script laconique. Mais le talent restant le talent, les alliances légendaires d’artistes hors du commun demeurant toujours miraculeuses (l’idée de choisir Arnold Schwarzenegger pour le rôle titre fut émise par le producteur de Phantom Of The Paradise et celle de s’inspirer des peintures de Frazetta par un certain… George Lucas !), Conan le Barbare tirera quoiqu’il en soit de sa mise en scène, de sa musique et de son scénario, tout le lyrisme et la sauvagerie nécessaires afin de donner corps à la substantifique moelle des romans de Robert Howard…

De toute manière, John Milius ne court pas après la magie. Il conçoit l’Heroic Fantasy comme une fresque guerrière avant tout, plus « Heroic » que « Fantasy » ! Il y a bien une dimension fantastique dans son film, mais elle demeure la plupart du temps sous-jacente. Et le spectateur doit deviner tout seul par exemple, à travers quelques bribes de dialogues, que Thulsa Doom est probablement le dernier représentant de la race des Atlantes, un être supérieur, capable de se transformer et de vivre plus de mille ans…
Les séquences ouvertement fantastiques se comptent ainsi sur les doigts de la main. Il y a celle de la sorcière (complètement incompréhensible !), celle du serpent géant, celle de la transformation de Thulsa Doom, celle où des esprits tentent d’enlever le corps agonisant du héros et, enfin, l’apparition assez kitsch de Valeria revenue d’entre les morts…


Kitsch

Ce qui intéresse Milius, c’est l’héroïsme. Et en particulier l’héroïsme guerrier. Conservateur sans complexes, collectionneur d’armes et officier militaire frustré (il rêvait de finir général dans l’armée !), le réalisateur est connu pour être fort en gueule et pour ne pas faire dans la dentelle et encore moins dans le social… Il est d’ailleurs amusant de noter que le script de Conan le Barbare peut-être lu (merci Mantichore !) comme un manifeste anti-hippies, Conan désirant avant tout réduire à néant cette secte prônant des valeurs très 70’s ! Bon, on ne lui en voudra pas outre-mesure car, en fait de secte hippie, ils sont quand même adeptes de cannibalisme et de sacrifices humains ! En d’autres termes, Milius faisait table rase, à l’aube d’une nouvelle décennie, des idéologies moisies et obsolètes de la précédente…
En tout cas, le réalisateur embrasse son sujet à bras-le-corps et se comporte sur le tournage comme un chef de guerre sur un champ de bataille, se réjouissant dès que ses acteurs se blessent dans un souci constant de réalisme !

Fan des films d’Akira Kurosawa, Milius désire conter une fresque « pré-historique » construite sur la tragédie de son héros. Il veut ainsi donner à son film un aspect réaliste et vire d’entrée de jeu son premier chef opérateur dont il ne trouve pas le travail adapté à sa propre vision (raison pour laquelle la première scène sur la montagne est si différente, visuellement, du reste du métrage). C’est dans cette logique que le réalisateur se penche sur la destinée tragique du personnage, en essayant de limiter au maximum les éléments surnaturels issus des romans originels.
Tout doit être réaliste, sinon naturaliste. Les personnages doivent être crédibles, animés par de profondes motivations, et un désir de survivre donnant corps à leurs aventures et à leur sauvagerie.

La seconde scène culte de notre film est celle de la « roue de la douleur ». Ici encore, la narration se veut opératique, la musique transcende le sens du récit et les personnages demeurent muets. Seule la voix-off du narrateur indique, de temps en temps, quelques précisions au spectateur. S’ensuit l’une des plus formidables ellipses de l’histoire du cinéma lorsque le petit Conan, baissant la tête afin de se cambrer sur ses efforts, finit par la relever à l’âge adulte pour nous montrer le visage d’Arnold Schwarzenegger, qui apparait pour la première fois au bout de quinze minutes de métrage !
Réduit à l’esclavage, notre héros a donc fait tourner la roue d’un moulin pendant des années, tirant sa force prodigieuse de son effort quotidien. Le spectateur sait ainsi, par le seul pouvoir de la mise en scène, tout ce qu’il doit savoir… Une scène magnifique, simple, efficace et poétique.


L’art de l’ellipse !

On pourrait évidemment passer des heures à décortiquer toutes les scènes cultes du film de John Milius, toutes ses géniales trouvailles de mise en scène et autres morceaux de bravoure. Mais ce qui est important, avant tout, c’est de noter le caractère fédérateur de la vision du réalisateur. Car après Conan le Barbare, plus rien ne sera comme avant !
Evidemment, comme dit plus haut, le spectacle que nous offrait le film relevait du jamais vu au cinéma. Et le traumatisme vécu par les spectateurs allait faire grand bruit et même créer un véritable ras-de-marrée, hélas pour le pire !
Depuis l’Italie, patrie du producteur Dino DeLaurentiis, les sous-Conan tombèrent comme s’il en pleuvait ! De productions fauchées en nanars inénarrables, nous assistions alors, médusés, à la diffusion de plusieurs dizaines de produits honteux, dont on se souvient encore (en vrac, Dar l’Invincible, Conquest, Deathtalker, Sangraal, Thor le Guerrier, Ator l’Invincible et, enfin, l’hallucinant The Barbarians avec ses deux jumeaux bodybuildés !).

Mais c’est ailleurs qu’il faut regarder. Car quelques jeunes cinéastes, dans le giron de Milius, allaient reprendre le flambeau. C’est ainsi que John McTierman, Paul Verhoven, Mel Gibson ou encore Peter Jackson allaient tour à tour rendre hommage à leur ainé et assimiler sa mise en scène. Nul doute, avec le recul, que sans Conan le Barbare version 1982, il n’y aurait jamais eu La Chair et le Sang (1985), Braveheart (1995), Le Treizième Guerrier (1999), et bien évidemment Le seigneur des Anneaux (2001-2003)…

Étrangement, cette conceptualisation de la mise en scène physique, baroque, lyrique et barbare, nait dans l’esprit de John Milius de son amour pour les armes ! Passionné par la chose, connu comme l’un des plus grands collectionneurs d’armes anciennes au monde, le réalisateur va nourrir son script de cette passion en lui apportant diverses résonances symboliques et philosophiques…


Conan trouve son épée dans la crypte d’un vieux roi des temps anciens…

On en vient donc à la dernière grande vertu de notre film : Ses multiples niveaux de lecture et l’intensité de ses symboles.
Le générique (derrière une citation de Nietzsche) avait commencé dans une forge de Cimmérie (le pays natal de Conan), alors que le père de notre héros façonnait son épée, avant d’enseigner à son fils les vertus de l’acier, avec lequel l’homme civilisé faisait corps puisque c’est cet acier qui l’avait sorti de son état primitif. Effectivement, l’homme ayant évolué en créant des outils, il devenait civilisé au contact de la matière et, dans cette époque au sortir de la préhistoire, l’acier symbolisait plus que toute autre matière cette évolution significative.

Cette superbe idée allait former un liant dans l’esprit du réalisateur entre ses propres obsessions et les écrits de Robert Howard. Car, si Milius cherchait à trouver un sens à son amour pour les armes, l’écrivain avait quant à lui développé une formidable parabole sur l’homme et la civilisation (certes pessimiste puisque, pour Howard, toute civilisation était éphémère à cause de la nature animale et imparfaite de l’homme).
Si ça ce n’est pas de l’adaptation, je ne m’y connais pas. Et c’est quand même mille fois plus profond et intéressant qu’une adaptation littérale reprenant platement la biographie du personnage comme ce sera le cas bien des années plus tard avec le reboot pathétique réalisé en 2009 !

Conan ne fait ainsi qu’un avec son épée, source d’énergie presque séminale. Tous deux symbolisent cette évolution où la matière et l’esprit se sont liés au service d’une évolution dévouée à la survie. Partant de là, lorsque Thulsa Doom tue ses parents et qu’il vole l’épée de son père, le privant ainsi de son héritage, Conan devient un être amputé et incomplet, privé de parole et d’émotions. Il restera soumis et muet jusqu’à ce qu’il devienne gladiateur. Mais là encore, il n’est pas épanoui. Il ne possède pas encore SON épée et on ne le voit jamais, dans une symbolique lourde de sens, deux fois avec la même arme…


Montre-moi ton arme et je te dirai qui tu es !

Il faut attendre qu’il soit libéré et qu’il trouve sa propre épée pour devenir enfin lui-même et ainsi commencer à accomplir son destin.
C’est la séquence de « la Crypte » (reprise d’une nouvelle de Lyon Sprague de Camp, très bonne d’ailleurs, en dépit de ce que pensent les puristes !), dans laquelle Conan se réfugie afin d’échapper aux loups. Encore une scène magnifique, qui compense son manque de magie par une mise en scène toute en finesse. Effectivement, dans la nouvelle originelle, le vieux roi mort revenait à la vie et tentait de reprendre son épée à Conan. Une fois de plus, Milius préfère opter pour une adaptation réaliste et trouve une idée superbe : Privé de son épée sur laquelle il était appuyé, le vieux roi tombe en poussière et perd sa couronne. C’est désormais Conan, qui peut enfin briser ses chaines et affronter les loups, qui hérite de la valeur de l’arme des rois !
Encore une scène muette et riche de sens. Encore une inspiration magistrale.

Dès lors, notre héros est un homme entier et peut affirmer son individualité. Il va pouvoir éprouver des émotions (il avait été incapable d’en ressentir, ou en tout cas d’en exprimer lors du massacre de ses parents), se lier d’amitié et trouver l’amour.
Plus tard, la symbolique de l’épée va se substituer de manière surprenante à la métaphore christique, apportant un niveau de lecture supplémentaire au récit. Lorsque Conan est crucifié sur « l’Arbre du malheur », il est de nouveau privé de son épée. Ainsi, ressuscité tel le messie par l’amour de Valeria, il va immédiatement se précipiter sur son arme pour renouer le lien, dans une autre séquence muette longuement filmée en plan rapproché. Le postulat est clair : Point de message pacifique (en d’autres termes, pas question de tendre l’autre joue !), et point de sens à la vie sans arme !
Plus tard encore, lorsque Conan affronte Rexor, l’un des assassins de son peuple, il brise en deux l’épée de ce dernier. Ce sera un acte doublement symbolique puisque, soudain, il reconnaîtra l’épée volée jadis à son père ! Une vengeance doublée d’un acte œdipien ! Et comme de bien entendu, il choisira d’affronter Thulsa Doom en personne armé de ses deux épées, achevant sa Némésis avec l’épée brisée, accomplissant sa vengeance au nom de son père.

Cet article m’aura permis d’exprimer pleinement mon admiration pour le film de John Milius et d’expliquer en quoi les critiques adressées à ce film m’agacent le plus souvent. Evidemment, loin de moi l’idée de contester que l’on aime ou pas une telle adaptation. Chacun est encore en droit de décider de ses goûts.
Mais en tout cas, cela aura été un bon moyen de justifier le fait que les reproches qui sont le plus souvent adressés au film (le manque de fidélité aux romans et le manque de manifestations magiques) sont infondés et stériles.

Conan le barbare par John Milius est un chef d’œuvre du genre. Non pas parce qu’il est le premier de son genre, ni même parce qu’il demeure indépassable (certaines scènes ont incontestablement vieilli, ce qui est tout à fait naturel), ni même encore parce qu’il est le plus spectaculaire (ce qu’il n’est pas, on l’a bien compris !). C’est un chef d’œuvre car, dans l’histoire du cinéma en général et dans celle des adaptations en particulier, il n’en est pas beaucoup qui surent injecter au récit tant de profondeur symbolique et philosophique. Et il n’en est pas beaucoup qui fédérèrent autant de scènes à la mise en scène magistrale dont le fond et la forme allaient transcender le contenu du script et le manque de moyens.


Brisées ou non, voici une histoire d’épées !

Conan le Barbare est ainsi l’un des seuls représentants de son genre à être parvenu à donner corps à ses modèles de papier, au point de générer, grâce à sa profonde dimension allégorique, ce à quoi se destinent les récits de type Heroic Fantasy : Une illustration du Mythe.
Ce faisant, le film de Milius substitue le Mythe de l’épée comme constituant séminal de l’homme civilisé à celui de la croix dans la religion chrétienne ! Une autre vision, parfaitement complémentaire de ce qu’est l’homme en vérité…

Créateur absolu du genre Heroic Fantasy dans sa forme moderne, Robert Howard avait d’emblée compris que ses récits devaient s’articuler sur une structure mythologique. On peut penser ce que l’on veut de John Milius et s’offusquer de ses idées politiques et de son idéologie, il a tout de même su, avec une rare intelligence et un talent impressionnant (2), réinterpréter ce terreau et ses résonnances, à travers lesquelles s’expriment les sources de nos civilisations, leurs croyances et leurs questionnements philosophiques. Et quoi de plus naturel, pour un héros barbare, que de développer une philosophie basée sur les armes ! (3)

Le film de John Milius touche ainsi au Mythe dans sa forme pure. Il en développe l’illustration et s’élève bien au dessus du lot en la matière.
Il est donc, en fin de compte, important de le comparer une dernière fois avec tous les autres films du genre et notamment avec ses suites et autres reboot (CF cet article), qui tomberont dans le vide et le grotesque tout en s’inspirant au moins autant des récits originels de Robert Howard.

Plus que jamais, je me dis que le principe même d’une adaptation n’est certainement pas la littéralité, mais bel et bien la « trahison » et la relecture. Alors, n’en déplaisent aux puristes et autres gardiens du temple de l’écrivain au destin tragique, cette adaptation par John Milius était le plus beau cadeau qui pouvait lui être adressé et, à mon avis, les deux auteurs se seraient beaucoup appréciés s’ils avaient eu l’occasion de se rencontrer. Depuis le sommet de sa montagne imprenable, je n’en ai aucun doute : Crom est d’accord avec moi !


Conan sur son trône ? Comme le dit bien le narrateur à la fin du film : Ceci est une autre histoire !

(1) : Le Parcours Probable de Conan le Barbare est considéré comme la biographie officielle du héros. Cette biographie au départ officieuse fut rédigée par un fan de l’écrivain. Le fan en question osa envoyer sa version à Howard (quelques temps avant sa mort). Ce dernier en fut touché et répondit avec une autre lettre exhaustive, corrigeant les quelques rares erreurs commises par son admirateur. Grace au concours d’un autre fan, cette chronologie fut publiée en 1938 dans un fanzine intitulé The Hyborian Age. Voici un lien en VO.
A partir de 2005, l’éditeur Dark Horse Comics entame une série très ambitieuse qui tentera de reprendre à la lettre cette fameuse chronologie.
A noter que cette lettre est publiée dans le troisième et dernier tome des éditions Bragelonne qui reprennent les écrits originels de Robert E Howard (recueil intitulé Les Clous Rouges), et qu’elle est accompagnée de la carte de l’Âge Hyborien réalisée par l’écrivain lui-même.
(2) : John Milius fut quand même l’un des grands scénaristes hollywoodiens des années 70, avec à son palmarès des chefs d’œuvre comme Jeremiah Johnson, Juge et Hors-la-loi et Apocalypse Now, sans oublier la série des Dirty Harry et sa participation à deux films de Steven Spielberg : 1941 et Les Dents de la Mer !
Il est enfin le créateur et l’auteur de la série Rome. Autre œuvre fédératrice, cette fois pour le petit écran.
(3) : Avec un sens de l’humour certain, Milius se décrit lui-même comme un « anarchiste zen » ! Soit un homme moins belliqueux que ses passions, sans doute exutoires et cathartiques, ne laissent à  penser.

41 comments

  • Tornado  

    Oui dans le film que j’ai vu (et dont je ne me souviens pas avec précision nom d’un chat) on voit bien des chevaux dégringoler en roulant. S’ils ont survécu à ce tournage c’est que le Père Noël existe…

    • Kaori  

      @Tornado : Quand tu sais qu’un cheval est abattu à la moindre blessure à la patte (j’exagère à peine), effectivement, y a peu de chances qu’ils aient survécu…

  • Chip  

    La musculation par les travaux forcés : n’essayez pas chez vous.

    Je ne suis vraiment pas un lecteur de Howard, et si le trait du Conan de Buscema m’a fortement impressionné, c’est bien sa version ciné qui m’a marqué (sa suite aussi, mais… différemment), et je pense qu’il vieillit plutôt bien. Je n’ai jamais trop fouillé ce qu’il y avait derrière cependant, je suis donc ravi de lire ce post qui lui donne un peu de chair (et de sang).

    En revanche je ne l’ai toujours vu qu’en VO, et là, la scène de fin avec Doom, je m’attendais à le voir scander « CAN YOU DIG IT? »

    Quant à Arnold, ses rôles les plus forts resteront ceux où il a le moins parlé : celui-ci et Terminator.

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