Le Théâtre de L’Absurde (Sade)

L’Aigle, Mademoiselle, par Jean Dufaux & Griffo

Par TORNADO

VF : Glénat

 Donatien Alphonse François de SADE. Le divin Marquis... © Glénat

Donatien Alphonse François de SADE. Le divin Marquis…
© Glénat

SADE : L’AIGLE, MADEMOISELLE est un album de bande-dessinée réalisé par le scénariste Jean Dufaux et le dessinateur Griffo. Soit le même duo d’auteurs que sur la très longue série GIACOMO C (quinze albums plus une suite (intitulée RETOUR A VENISE) de deux albums à ce jour), ainsi que sur les quatre tomes de SAMBA BUGATTI.

Cet article sera à l’image de son sujet : Non exhaustif, un peu sibyllin et mystérieux. Vous ne saisirez sans doute pas tout, vous vous retrouverez éventuellement perdu au beau milieu d’une quelconque folie, vous errerez probablement hébétés quelque part dans le labyrinthe de la création. Mais vous serez peut-être intrigué…

Avant de commencer, voici un extrait de la préface de Jean Dufaux & Griffo : « Cet album ne se veut, en aucune façon, une étude psychologique ou historique du personnage de Sade. Seuls, le respect que nous tenions à lui marquer et aussi notre bon plaisir, nous ont guidés dans nos travaux »…

Diantre, mais à quelle époque cela se passe-t-il ??? © Glénat

Diantre, mais à quelle époque cela se passe-t-il ???
© Glénat

Le sujet : Aux alentours de 1805, Sade est interné dans l’asile de Charenton. Il sympathise avec le directeur, Mr de Coulmier, qui pense que le monde du spectacle et les représentations théâtrales possèdent de réelles vertus thérapeutiques sur les maladies mentales. De son côté, le marquis nourrit depuis toujours une passion sans bornes pour le théâtre. Il va devenir l’ordonnateur de fêtes qui défrayèrent la chronique de l’époque…

« Sade n’est pas fou mais rend fou » disait le médecin-chef de l’asile. « En prison entre un homme, il en sort un écrivain » notait Simone de Beauvoir.
C’est de cet ensemble d’idées éparses que semble s’être inspiré le scénariste Jean Dufaux afin d’imaginer ce conte surréaliste mélangeant des éléments de l’époque contemporaine de la publication de l’album (1991) avec ceux des XVIII° et XIX° siècles ; la fiction d’une représentation théâtrale avec la réalité qui la génère, ainsi que les délires de l’esprit habité du Divin marquis !

L’homme est-il fou? © Glénat

L’homme est-il fou?
© Glénat

Dufaux explore ainsi certains moments de la vie de l’écrivain qu’il va mettre dans le désordre, composant une forme de mosaïque dilatée dans laquelle le récit est complètement éclaté. Parallèlement, il semble chercher, en tâtonnant, les liens invisibles qui peuvent unir la fiction à la réalité, nous entraînant autant que possible dans la psyché et l’intimité créatrice de l’écrivain.
Telle semble être l’idée : Mêler les événements de l’histoire à l’imaginaire, la raison à la folie, et ne rien tenter de démêler, afin d’exposer les voies spirituelles qui mènent du créateur à sa création…

Avec érudition, Dufaux utilise le cadre de l’époque où Sade fut interné. Coulmier avait effectivement fait construire un véritable théâtre destiné à recevoir une quarantaine de malades mentaux, choisis parmi les moins agités, ainsi que deux cents spectateurs, exclusivement recrutés sur invitation. Il devenait alors du dernier chic d’être convié aux spectacles de Charenton. La distribution des pièces comportait en général un petit nombre d’aliénés, les autres rôles étant tenus soit par des comédiens professionnels, soit par des amateurs avertis comme Mr de Sade en personne ! Le marquis composait des pièces pour le théâtre et dirigeait les répétitions !

Qui donc est fou ? Et qui ne l’est pas ? © Glénat

Qui donc est fou ? Et qui ne l’est pas ?
© Glénat

Dufaux entreprend une véritable mise en abîme de la création en mêlant sans ambages la vie et l’œuvre de l’écrivain obscène. Le lecteur est un peu perdu car les frontières entre ces diverses strates du passé et du présent, de la réalité et de la littérature, de l’Histoire réelle et des représentations théâtrales ont disparu. Et l’ensemble se développe comme une grande métaphore de la vie de Sade !
Mais l’expérience de lecture est totale et se révèle envoûtante dès lors que l’on se laisse prendre au jeu.

Un véritable tourbillon dans lequel les références pointues peuvent nous laisser un peu sur la touche si l’on ne connait pas bien la vie et l’œuvre de l’écrivain.
Afin de forcer la note sur le thème de l’interprétation iconographique et théâtrale, Dufaux et son dessinateur Griffo ont décidé de donner au personnage principal les traits de l’acteur Gérard Depardieu, qui illustre avec force les tirades philosophiques de l’écrivain dont est parsemé le récit (avec notamment le prolongement du titre énigmatique de l’album : L’AIGLE, MADEMOISELLE…).

Quand Sade se prend la tête… de Depardieu ! © Glénat

Quand Sade se prend la tête… de Depardieu !
© Glénat

Puisqu’ils sont à l’œuvre d’une bande-dessinée, Dufaux & Griffo utilisent ce dernier langage afin d’abolir les frontières entre les univers du réel et de l’imaginaire en un tout cohérent et uniforme, et d’une manière étonnante, invitent le lecteur à passer d’une dimension à l’autre sans aucune rupture de ton et d’espace ! Et les auteurs maitrisent à ce point leur langage que nous voilà arrivés à la dernière page, sans avoir tout compris, loin de là, mais sans avoir non plus été perdus en chemin !
Est-ce que Sade écrit ? Est-il un personnage de ses écrits ? Ce personnage écrit-il à son tour ? Et ses histoires se déroulent-elle alors sous les yeux du lecteur au même titre que les événements de la vie de Sade, de ses rêves, de ses cauchemars, de ses fantasmes ? Où commence la mise en abîme si tant est qu’il y en ait une ?
Une œuvre fascinante, comme il en existe parfois dans ce medium, qui pourra probablement être lue et relue sans cesse sans que l’on ne parvienne à trouver matière à ne pas y revenir…

Notons enfin que Jean Dufaux insère dans le sous-texte une belle réflexion sur la période qui succède à la Révolution française, où le libre arbitre semble proscrit, davantage encore que sous l’ancien régime royaliste. Ainsi le peuple ne peut-il penser et proposer une nouvelle manière de penser. Et ainsi Sade doit-il demeurer derrière les barreaux. Aucun portrait de lui ne doit être fait tant il doit être oublié, et seuls les nantis et les fous peuvent se repaitre de ses créations à l’intérieur des murs cloîtrés de la prison, à l’abri des regards et des oreilles. C’est ce qu’aujourd’hui nous appelons la Censure. Et c’est, semble-t-il, l’une des premières conventions que nous ait offert l’hypocrisie de la révolution…
Au final, Dufaux mêle les nantis aux fous, abolissant la frontière qui les sépare d’ordinaire, au point que le lecteur ne parvienne plus à la repérer. Ce faisant, il nous rappelle sans doute qu’il faut être fou pour imaginer que la censure empêchera jamais une œuvre de traverser le temps. Et celle de Sade d’être parvenue jusqu’à nous…

On est bien chez Sade… © Glénat

On est bien chez Sade…
© Glénat

Pour ce qui est de la partie graphique, Griffo œuvre tel qu’en lui-même et s’applique à illustrer les parties naturalistes et les moments oniriques avec le même souci de précision, variant seulement les compositions et les contrastes de couleurs afin que les effets soient plus saisissants lorsque l’idée le nécessite. La ressemblance du Divin Marquis avec Depardieu est fluctuante, ce qui permet au lecteur de faire le rapprochement sans que cela devienne ostentatoire et donc sans que l’acteur prenne le pas sur le personnage historique, dont nous ne conservons aucune image de référence (aucun portrait réalisé de son vivant n’a été authentifié et la photographie n’existe pas encore à sa mort en 1814). Le style de Griffo est typiquement réaliste et fonctionnel, dans un esprit que l’on retrouve majoritairement au sein de la bande-dessinée franco-belge dans les années 80 et le début des années 90.

L’album est publié initialement en 1991. C’est le premier d’une série de cinq dans lesquels Jean Dufaux explore des moments peu connus de la vie de quelques écrivains ou cinéastes d’exception.
Dans la même collection (Caractère des éditions Glénat), suivront ainsi PASOLINI. PIG ! PIG ! PIG ! (dessin de Massimo Rotundo), BALZAC (dessin de Joëlle Savey), HEMINGWAY, MORT D’UN LEOPARD et HAMMETT (dessin de Marc Malès).

D’où nous vient donc notre pouvoir de création ? © Glénat

D’où nous vient donc notre pouvoir de création ?
© Glénat

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Une biographie anachronique du divin marquis en BD ? Sadepote chez Bruce Lit et Tornado vous invite à distinguer le vrai Dufaux….

 

Bienvenue au spectacle de la chair…

42 comments

  • Matt  

    Hum…j’sais pas trop.
    Dufaux est très prolifique, et il a fait pas mal de bonnes choses, mais là le sujet ne m’attire pas vraiment.
    Et l’absence de logique, le mélange de plusieurs réalités et la sensation de n’avoir rien compris à la fin me fait craindre la sensation d’avoir vu un film de David Lynch^^ (qui me gonfle, au cas ou vous auriez oublié^^)
    Donc…mouais…je pense pas.
    Mais tu vends bien le truc, ça semble juste conçu pour un public spécifique dont tu fais partie et qui aime les expérimentations de la forme en tous genres.

    • Tornado  

      Oui, c’est vrai que je suis friand de ces expérimentations de la forme. C’est très important pour moi. Je vais enfoncer une porte ouverte car tout le monde ici le sait déjà mais, si la forme ne m’intéresse pas dans une BD, et surtout si je la trouve mauvaise, c’est toute la lecture qui s’écroule.
      Je n’avais pas pensé à David Lynch ici, mais après tout, pourquoi pas ! :)

  • Présence  

    C’est une BD faite pour moi ! Et hop dans ma liste de lecture.

    Jean Dufaux est un scénariste que j’apprécie beaucoup. J’ai lu la série des Voleurs d’Empires (7 tomes, des dessins minutieux de Martin Jamar) se déroulant pendant la Commune (excellente série). Je me suis lancé dans la lecture (et relecture pour les premiers tomes) de l’intégrale de sa série Jessica Blandy (une suite de romans noirs, très noirs). J’ai également lu quelques tomes épars : le tome 1 de The Dream (avec Guillem March), le western Loup de pluie (avec Rubén Pellejero, 2 tomes, très bien). Il me reste encore Le bois des vierges dans ma pile à lire, illustré par Béatrice Tillier.

    En parcourant les avis sur différents sites, je vois de nombreux lecteurs se plaindre de trous de logique dans ses scénarios, mais jusqu’ici son écriture me transporte à chaque fois.

    • Eddy Vanleffe  

      Je ne suis pas un énorme fan de Dufaux mais il est incontournable…
      Ses MURENA sont quand même à la fois prenants et très recherchés…
      Jessica Blandy est une bd que j’ai revendu, tellement elle m’était désagréable à la limite de la nausée sur certans tomes…je crois que c’était trop bien fait, ce desert, ces persos constamment shootés, dépressifs, malades…ces relations de dominations etc…j’aime le polar mais j’arrive pas sur Jessica…
      J’aime bien la complainte des landes perdues, mais j’ai la sensation que c’est très léger en terme d’histoire…
      il a pas fait un truc aussi dans un harem?
      ici je pense à Thiéfaine et le vers « Mon cheval écorché m’attends ua fond d’un bar… »

      • Présence  

        Oui, il a aussi écrit la série Djinn illustrée par Miralles Ana, ainsi qu’une palanquée d’autres : Barracuda (pirates), Beatifica Blues, Conquistador, Dixie Road, Les enfants de la Salamandre, Fox, Giacomo C., L’impératrice rouge, Monsieur Nir, Niklos Koda, Ombres, Rapaces, Samba Bugtti, Santiag… La lecture de sa fiche wikipedia vaut le détour pour se rendre compte de l’ampleur de sa production.

        Je te rejoins pour ton ressenti de Jessica Blandy : c’est très noir et désespéré, viscéralement malsain.

        • Jyrille  

          Ah oui c’est ça, j’ai bien lu Jessica Blandy ! Et Murena. Et je vous rejoins pour les Jessica, sous la forme très propre du trait (presque de la ligne claire ^^), c’est très sombre et malsain.

  • Tornado  

    J’ai un paquet de BDs de Dufaux qui dorment sur mes étagères, à commencer par l’intégrale des VOLEURS D’EMPIRES, dont j’avais commencé la lecture en médiathèque quand j’habitais à Lille.
    Dernièrement j’ai fait l’acquisition des 15 tomes de la série GIACOMO C. Je me languis de lire tout ça.
    Egalement sur mes étagères, en plus de la collection REGARDS dont je parle à la fin de l’article :
    - SORTILEGES (4 tomes)
    - BARRACUDA (6 tomes)
    - COMPLAINTES DES LANDES PERDUES (les deux premiers cycles (8 tomes))
    - CONQUISTADOR (4 tomes)
    - MURENA (10 tomes)
    - MEUTES (2 tomes)

    • Matt  

      Bon bah Murena et Barracuda c’est très bien, mais on te l’a déjà dit.
      Tiens les voleurs d’empire j’avais hésité à le lire. Parce que bon y’a un squelette dedans alors…^^
      C’est bien ça non ? Le personnage de la mort se pointe en plein milieu d’intrigues plus réalistes ?

      • Présence  

        Si tu veux, j’ai commenté chaque tome de la série Les voleurs d’Empires, sur amazon ou sur mon site : un énorme plaisir de lecture en ce qui me concerne. Le personnage de la mort est présent dès la première page.

        • Eddy Vanleffe  

          voilà une notion dans laquelle je me retrouve pleinement: le plaisir de lecture.
          C’est ça qui est assez fluctuant pour moi et Dufaux, ses obsessions étant un peu bizarres parfois…

          • Tornado  

            Pour moi Dufaux est un des meilleurs scénaristes actuels et je le mets au dessus d’un Dorison par exemple. Il remplit un peu le vide qui est entrain de se creuser avec le départ en douce de Jean Van-Hamme vers d’autres cieux…

          • Eddy Vanleffe  

            un Van Hamme, plus tordu plus pervers…plus adulte…
            On en parle jamais mais un scénariste franco-belge que j’aime beaucoup, c’est Yann… je le trouve très « vertigo » :)

          • Matt  

            Son « Rapaces » est un peu chelou cela dit. Sorte de polar sulfureux avec des vampires habillés en cuir et incestueux…bonne atmosphère mais gros goût d’inachevé quand même quand tout est résolu en 3 coups de cuillère à pot dans le tome 4, avec pas mal de pistes laissées en plan. Mais après le dessin de Marini déchire.

            Bon après moi vous savez je n’aime pas hiérarchiser. Ce n’est encore une fois pas pour dire que « tout se vaut » mais juste qu’il y a les BD hyper ambitieuses et les séries B d’aventures qui n’ont pas les mêmes ambitions. Certains auteurs sont meilleurs dans un domaine ou dans un autre, et je n’aime pas prétendre qu’un genre est supérieur à un autre.^^

            Oui Yann est plutôt bon aussi, Eddy. Mais il produit beaucoup aussi, et sous d’autres noms aussi (comme Balac pour la BD le sang des Porphyre, avec un très beau premier cycle de 4 tomes un peu gâché par un 2eme cycle de 2 tomes pas terrible)
            Et du coup il n’y a pas que du bon dans ce qu’il fait. Mais j’avais parlé de Angel Wings ici même.

          • Eddy Vanleffe  

            moi chez Yann, c’est Les INNOMMABLES ou PIN-UP et ses Spirou que j’apprécie… ils sont plein de vitriol ou les Spoon et white aussi

          • Matt  

            Bah écoute…Angel Wings c’est des pin-ups et des avions pendant la seconde guerre mondiale. ça ne doit pas être ultra à l’opposé de « pin-up » ^^
            Va lire mon article bordel ! Ce qu’il faut pas faire pour être lu…

            Je rigole hein^^ Mais t’as le droit d’aller voir quand même.

          • Présence  

            Je n’ai pas lu grand chose de Yann : un ou deux tomes des Innommables, Spoon & White (excellent souvenir). J’ai Contes saumâtres qui m’attend dans ma pile de lecture.

          • Eddy Vanleffe  

            Heu Pin-up c’est les aventures d’une femme aux prises avec l’histoire des hommes avec un grand H sur trois époques
            -1939-14945
            -la guerre froide
            -les années hippies.
            ça fait une sorte de lien tout bizarre entre les grands événements historiques et l’art hollywoodien et même la BD puisque Milton Caniff fait parti des personnages qui jouent un rôle…
            C’est cynique, très glamour grâce au graphisme somptueux de Berthet

          • Eddy Vanleffe  

            mais don’t worry Matt,j’ai lu ton article et je l’avais trouvé très bien

          • Tornado  

            Mes deux scénaristes franco-belges étant Van-Hamme et Jodorowsky, et le second n’étant pas le dernier pour ce qui est d’être tordu et pervers, Dufaux c’est nickel ! :D

            Pour Yann, il bouffe quand même à tous les râteliers et il y a beaucoup d’alimentaire dans sa production pléthorique. On le voit partout sur les spin-off de XIII ou de THORGAL. Et d’ailleurs, il a récupéré au dernier moment le dernier THORGAL pour les adieux de Rosinsky et, apparemment, c’est une catastrophe industrielle (pas encore lu).

          • Matt  

            Y’a plein d’auteurs franco belges qui bouffent à tous les râteliers (Jean Luc Istin aussi un peu). C’est pas forcément gênant, sauf quand tu sais pas si tu vas tomber sur le haut du panier, ou le fond qui a moisi^^ D’où l’intérêt des blogs comme celui ci.

          • Jyrille  

            Ah et j’ai lu Rapaces aussi ! Du bon Marini oui, mais je ne sais plus trop, comme Matt je crois que j’ai eu un goût d’inachevé à la lecture.

          • Jyrille  

            Et j’aime bien Yann aussi. J’ai lu tous les INNOMMABLES que j’ai tous aimés (j’adore le dessin), un Spoon and White (très drôle et j’adore le dessin), une dizaine de tomes de PIN-UP (très bien et j’adore le trait de Berthet), et son Spirou avec Morvan (pas top). Peut-être d’autres, mais je ne m’en souviens pas.

          • Matt  

            Vous piquez ma curiosité avec votre PIN-UP.
            Je vois qu’il y a une intégrale des 10 premiers tomes à 40€. Dans un format un peu plus petit, mais similaire à celui de l’intégrale Murena je crois (format comics au final, tout à fait acceptable)
            Mais la série n’est pas finie…

          • Matt  

            Et aucun nouvel album n’est paru depuis 2016…

  • Kaori  

    Très chouette article, vraiment.
    Mais je vais passer mon tour concernant cette folie qui va complètement me perdre. Et en plus avec les traits de Depardieu, c’est pas possible.

    Par contre, je veux bien la fin de ce proverbe philosophique : L’aigle, Mademoiselle… ?

  • Jyrille  

    Je ne connaissais pas du tout cette bd. Et je ne suis pas du tout connaisseur de Dufaux et Griffo, je ne sais plus si j’ai lu quelque chose d’eux… En tout cas le trait me semble caractéristique de la période, j’aime bien. On reconnaît bien Depardieu. Cela me fait penser aux bds surréalistes de Boucq, y compris graphiquement. Mais également à Masquerouge, dont il faudrait que je m’achète l’intégrale (j’ai de très vieilles éditions des tomes 2 et 3 uniquement). Une série féministe et presque adulte, dont j’avais oublié l’existence et qui revient à ma mémoire en voyant tes scans !

    Comme je connais très peu Sade, et que ton article est à la fois érudit et clair, tu me donnes très envie d’essayer !

    La BO : une des meilleures du Floyd et peut-être ma préférée de The Wall.

    • Tornado  

      Toi qui es friand d’expérimentations tous azimuts, ça devrait aller ! (et tu as raison pour la partie graphique : totalement dans l’esprit du début des 90′s).

  • OmacSpyder  

    « Et l’ensemble se développe comme une grande métaphore de la vie de Sade! »
    Autant l’article est enthousiaste, autant je ne comprends pas l’intention de l’œuvre. J’ai saisi cette phrase pour tenter de cerner de plus près napoléon n l’intention des auteurs. Mais, qu’est-ce qu’une « métaphore de la vie »?
    C’est une vie fantasmée en partie, c’est une vie qu’on saisit par un biais pour illustrer un propos?
    L’article parle d’écrivain obscène, en italique. Pourquoi cet italique? Ça aurait valu une explication. Es-tu en accord avec ce qualificatif ou est-ce ainsi qu’il est nommé dans la BD? Et par qui? La censure? Ce passage aurait valu une nuance ou un contraste pour remettre en perspective ce que le sadisme, puisque le marquis a donné pas moins que son nom à une perversion (pas une perversité), doit à la quête éperdue d’une liberté et d’une jouissance débordant les limites imposées.
    Pour conclure, intéressant comme propos, mais quelle est la finalité? Le propos? Et si on avait imaginé un personnage qui ne soit pas Sade, cela aurait-il changé quelque chose?

    • Tornado  

      Ce n’est pas la 1ère fois, je crois, que tu « tiques » sur la notion de « métaphore » et que tu relèves ce « tic » sur un de mes ar-tic-les ;)
      Ici, je l’ai écrite certainement au feeling, mais à bien y réfléchir, je pense que je maîtrise bien la chose : Une métaphore, c’est quand on désigne une chose par une autre qui, n’ayant rien à voir au départ, finit par lui ressembler (la définition du nom ressemble à peu-près à ça je crois). C’est exactement ce que fait cette BD par rapport à la vie de Sade à un moment donné : Un gros délire qui, à force de conceptualisation, finit par correspondre à la vie de Sade… à ce moment donné.
      Pourquoi est-ce que j’ai écrit « obscène » en italique ? Là aussi ta question m’a surpris car, ici encore, j’ai dû l’écrire au feeling. Mais à bien y réfléchir, c’était naturel dans mon esprit : Ce terme, jadis terrible, est aujourd’hui banal. Sade fait à présent partie des meubles. Son obscénité est devenue banale. Elle est obsolète et, donc, entre guillemets… Mais effectivement, dans la BD, Sade est un personnage TERRIBLEMENT OBSCENE ! :D

      « Est-ce une vie fantasmée en partie ? » Et bien oui. Et même en totalité. Ou quasiment. Puisque la vie de Sade a été en partie effacée par la censure de son époque…
      Quant à la quête de liberté, je crois que j’en ai un peu parlé dans l’article puisque, en dernière partie, je mets en parallèle la critique, selon Dufaux, de l’hypocrisie de la révolution.

      • OmacSpyder  

        @Tornado : Et c’est ça qui est intéressant aussi, de repérer les tics dans les ar-tic-les comme tu le dis si bien. Cela signifie que je lis ton propos attentivement, ou du moins je tente de le faire.
        Autour de la métaphore, voici ce que dit le Larousse : »Emploi d’un terme concret pour exprimer une notion abstraite par substitution analogique, sans qu’il y ait d’élément introduisant formellement une comparaison. » Exemple : « La faucille d’or du champs d’étoiles » pour nommer : la Lune.
        Nous voyons bien ici que le terme concret « faucille » remplace le satellite naturel « Lune ».
        C’est ainsi bel et bien un échange de mots, de signifiants, troquant l’un contre l’autre pour y apporter une dimension rhétorique et/ou poétique.
        Comment cette figure de style pourrait-elle s’appliquer à une… vie entière? Cette question n’est pas simple ; ça, c’est une litote! ;)
        Alors en effet dans les arts visuels notamment il n’est pas rare d’entendre le mot métaphore dans une acception élargie qui renverrait peu ou prou à tout ce qui relève de l’allégorie ou du symbole. Ceci pour donner une portée plus profonde à une représentation. On peint un crâne pour symboliser la mort ou un personnage fauchant les blés murs comme allégorie de la mort. Par extension et abus de langage, d’aucuns nomment ceci des métaphores. Or, c’e n’en sont pas. Ni au sens linguistique ni rhétorique ni poétique, puisque la métaphore concerne le mot. Un mot concret pour parler d’un mot abstrait. La roue de la vie pour parler des cycles d’une vie, ou l’entorse à une règle pour parler d’une transgression.
        Ici c’est une entorse. La notion de métaphore est utilisée dans une acception si large qu’elle en perd tout son sel (métaphore pour dire signification).
        J’y ai donc vu pour ma part une allégorie. Transformer la vie de Sade en un tableau permettant de percevoir la frontière fine entre la folie supposée et les riches individus, entre le théâtre de la folie et le théâtre des convenances voire des extravagances qui en sont l’autre versant.

        Sur ta dernière remarque : la liberté de Sade concerne son rapport social à la censure. Soit. Mais ce que je visais mon propos concerne un autre aspect que cette BD élude. La vraie liberté de Sade est d’aller au bout de son désir. De n’y rien céder. Bien sûr dans un second temps cela le heurte à la censure, sociale. Mais la vraie liberté réside dans le fait qu’il ne se soit pas lui-même censuré. D’être allé chercher par la voie de son vrai désir son être.
        Pour l’obscénité comme moyen de le qualifier, justement, ce terme est une forme de censure implicite. Qualifier d’obscène renvoie à quelque chose devant rester caché, de dégoûtant et de vil. C’est une autre censure. Sade bat à coups de fouet la morale et va chercher le plaisir au-delà. Que cela rebute, cela s’entend, mais sa démarche si elle a survécu ne tient peut-être pas tant à l’échec de la censure qu’en une victoire d’un désir ardent de vie. Jusqu’à sa mise en… scène. Parce que le sadisme comporte bel et bien cette condition de mise en scène, le désir sexuel mettant en scène des liens et attaches comme métonymie (prendre un bout de la chose pour la chose toute entière, ex : les voiles voguent sur les flots) de la liberté se battant contre la morale et ses barrages.

        Cette BD a l’air intéressante ceci dit. Mais elle passe, pour ma part, en réduisant au caractère social de l’insurrection sadienne, en grande partie à côté du sujet. L’hypocrisie comme arme de la morale de cette époque à nos jours devenant vertu des uns face aux désirs des autres, cela ramène Sade à une petite sociologie à peine fantasmée. Et restant à l’instar du dessin très classique. Ça effleure, pour ma part, à peine le véritable sujet là où Sade était un… coup de fouet!

        • Tornado  

          Mouais. L’un des cours à la fac dont je garde le souvenir le plus vivace est justement un cours d’esthétique dans lequel on traitait des différences ET des points communs entre la métaphore, le symbole et l’allégorie.
          Mais je vais te laisser avec ta rhétorique Anthony, car en toute franchise, je n’ai pas du tout envie de me refaire une joute verbale avec toi.

          • OmacSpyder  

            « Joute verbale » : métaphore
            « Te laisser avec ta rhétorique »: voici un propos bien étrange. C’est de la linguistique ici.
            Ta formulation est un peu particulière à réceptionner. Il est question de discuter pour ma part.
            La prochaine fois, je serai d’accord. Ou ferai « comme ».

  • JP Nguyen  

    Je n’ai pas trop compris… Ce récit est-il dans la continuité de DC Comics ou pas ?
    J’veux dire, ça parle de Sade, mais avant ou après qu’il rentre aux ordres de Darkseid ?

    Ah, on me dit dans l’oreillette que je n’ai pas lu assez attentivement.l’article ! ;-)

    Honnêtement, le personnage historique du Marquis de Sade ne m’a jamais trop intéressé. Une aura un peu trop sulfureuse à mon goût sans doute.
    L’article est écrit avec un enthousiasme communicatif mais le sujet est trop éloigné de mes centres d’intérêts pour que je me mette en quête de cette lecture….

  • Bruce lit  

    LA vache : le coup de vieux du Logo Glénat !
    Etant très amateurs de littérature en BD et de biographie romancée ou non, je vais me ruer sur cet album lors de ma prochaine descente chez AAPOUM. J’avais bcp aimé le KAFKA de Sodenbergh à l’époque. Tout comme LE FESTIN NU de Cronenberg.
    J’ai MORT D’UN LEOPARD à la maison et c’est très bien aussi.
    Je vais aussi chercher le Balzac, étant donné que c’est mon écrivain préféré.
    Merci et désolé pour l’absence depuis hier.

  • Matt  

    Je lance la question comme ça à tout hasard : quelqu’un a déjà lu une BD du scénariste Rodolphe ?

    • Matt  

      Je vais prendre ça pour un non…

      • Présence  

        J’arrive un peu en retard car je n’avais pas vu ce post. J’ai souvent vu passer le nom de Rodolphe comme scénariste, mais je n’ai jamais dû en lire, ou alors peut-être un ou deux albums de Trent dont je ne garde aucun souvenir. J’ai souvent été tenté de découvrir la série Kenya, sans jamais sauter le pas.

      • Présence  

        Je me souviens d’une interview de lui dans le magazine dBD où il expliquait qu’il est suivi par 2 lectorats bien distincts : le groupe de ceux qui apprécient ses BD de SF, et le groupe de ceux qui apprécient ses BD polar, un groupe comme l’autre ignorant souvent qu’il officie dans l’autre genre.

  • Tornado  

    Je ne connais pas ce scénariste. Katilfé ?

    • Matt  

      Euh…tous ces trucs là sur 4 pages :

      ://www.bdtheque.com/search.php?album=&pn=1&cboTri=13&cboOrder=1&cboSearch=0&cboTomeC=%3D&cboNoteC=%3D&cboScenariste=Rodolphe&cboPosteur=2&cboDessinateur=Rodolphe&chkDetails=on&cboPublic=0&cboParu=%3D&cboParuYear=AAAA

      Il a notamment fait pas mal de one shot. J’ai lu Markheim pour ma part, étrange et bien sympa. Il a signé une adaptation de Faust et…en fait j’en ai entendu du bien, c’est tout^^

      • Jyrille  

        Le nom me disait quelque chose : il a coécrit une série avec Leo. De ce dernier, j’ai l’intégrale ALDEBARAN et j’ai lu quelques tomes du cycle suivant (je ne sais plus exactement le nom) mais j’ai laissé tomber par la suite, je ne connais donc pas son travail. J’ai vu passer quelques-unes de ces bds (notamment J’ai tué John Lennon) mais n’en ai lu aucune.

        • Matt  

          Il a fait des one shot qui peuvent me tenter : Faust, la bête de l’apocalypse, Gothic (avec Philippe Marcelé au dessin, comme pour Markheim, et c’est quand même la classe), Mojo

          Et il y a aussi sa série « l’autre monde » qui semble sympa.

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