L’Homme de papier !

Superman par Morrison et Quitely

AUTEUR : TORNADO

Biblique !

Biblique !©Dc Comics

L’éditeur VF Urban Comics a eu la bonne idée de réunir en un seul album deluxe (grand format) les 12 épisodes de la maxi-série écrite par Grant Morrison et dessinée par Frank Quitely, ainsi que le DVD et le blu-ray du long métrage d’animation éponyme réalisé par les studios Warner Bros.

- Le livre :

Créées pour rivaliser avec la gamme Ultimate de son rival Marvel, les deux séries « All Star » (Il existe également un All Star Batman par Frank Miller et Jim Lee, malheureusement resté inachevé) proposent une relecture hors-continuité des principales icônes de l’univers DC Comics.

Mais à la différence des séries Ultimate, qui sont pensées comme une réactualisation des franchises principales de leur label, celle-ci est davantage un florilège de l’histoire éditoriale du personnage.

Une épure du concept même de Superman, digérée à l’aune d’une époque nouvelle de la bande dessinée super-héroïque, où les auteurs se tournent vers le passé pour faire le point.

Morrison sélectionne ainsi les passages les plus représentatifs de cette Histoire (au sens historique du terme), les plus honorables comme les plus grotesques, en réinterprétant le tout d’une manière poétique et amusée, avec toutefois quelques notes mélancoliques.

Le concept que propose Morrison est strictement postmoderne. Bourré de références aux époques passées, citant les plus célèbres aventures et arcs narratif de « l’homme d’acier », ses petites « scénettes » finissent par former un tout ultra-cohérent gorgé de nostalgie en regard de ce que l’on appelle aujourd’hui l’âge d’or des comics.

On pense évidemment au Tom Strong d’Alan Moore (les deux auteurs sont très souvent comparés), qui proposait un travail similaire de citations et d’hommage à tout un pan historique de ce médium populaire.

Une version postmoderne de "L'Homme d'Acier"

Une version postmoderne de « L’Homme d’Acier »©Dc Comics

Dans la forme, les deux séries se ressemblent d’ailleurs à plus d’un titre : Vous constaterez la maestria impressionnante de ces auteurs pour imaginer des créations scientifiques et futuristes pleines d’imagination et d’humour, des situations paranormales, « science-fictionnesques » et « anticipationnelles » inimaginables, les vilains se lançant dans des plans machiavéliques absolument hallucinants !

Hélas, dans les deux séries, la distanciation prise avec le matériau-même, afin de l’analyser, le déconstruire et opérer un travail d’hommage tendre et amusé, accouche d’un résultat un peu « désincarné ». Car comment ressentir une quelconque empathie pour des personnages de papier considérés comme tels ?

En effet, le ton très « second degré » employé par les auteurs sur ces séries, nous interdit de prendre les actions au sérieux. Dès lors, tout ce qui arrive aux protagonistes ne nous touche guère. L’émotion ne se fait pas ressentir.

Frank Quitely : Une look dépouillé

Frank Quitely : Un look dépouillé©Dc Comics

Et c’est ce qui arrive également dans All Star Superman au niveau pictural : Si le dessin de Frank Quitely est superbe, raffiné, classieux et expressif, la mise en couleur informatique de Jamie Grant est si « froidasse » que l’on a l’impression d’être immergé dans un jeu-vidéo. On en viendrait presque à réclamer une édition en noir et blanc !

En bref, si vous avez lu et aimé Tom Strong d’Alan Moore, la lecture du présent recueil est pour vous. Mais si vous préférez les histoires plus viscérales qui se lisent davantage au 1° degré, vous risquez d’être un peu déçu.

L’ensemble demeure tout de même d’une qualité hautement recommandable, graphiquement superbe, plein d’esprit et d’une richesse thématique inouïe, qui méritera plusieurs lectures. Car nous avons là une paire d’auteurs parmi ce qui se fait de mieux dans le monde des comics…

Grant Morrison : Le sens de la science-fiction

Grant Morrison : Le sens de la science-fiction©Dc Comics

- Le film :

Comme par miracle, l’anime se permet le luxe de surpasser son modèle de papier. Avec une tonalité plus lyrique et un premier degré assumé, il finit par accentuer tout le génie du scénariste Grant Morrison en gommant les défauts de la maxi-série, dans laquelle le second degré amusé imposait une distance pour un résultat parfois un peu désincarné, atténuant l’émotion d’une histoire pourtant magnifique.

Le concept brillant de Morrison prend désormais toute sa saveur et l’émotion peut enfin se faire ressentir. Chapeau bas.

La version cartoon : Simple et efficace

La version cartoon : Simple et efficace©Dc Comics

Tout le mérite en revient à une équipe créative qui traite son matériau avec respect et honnêteté. Là ou beaucoup de films « live » jouent la carte du racolage à l’extrême, ceux de Warner Bros Animation leur opposent une ligne de conduite épurée de tout artifice discriminatoire : Les histoires sont fidèles aux comics d’origine, les scénarios sont admirablement construits autour d’une mythologie qu’ils respectent tout en la rendant la plus limpide possible.

Les dialogues sont soignés (aucune vulgarité, aucun humour racoleur) et la mise en scène est généreuse, parfaitement iconique, et ne sacrifie jamais le récit aux scènes d’action, de même qu’elle ne le sacrifie pas en cherchant à viser certaines catégories populaires particulières.

Le bisou, le bisou !

Le bisou, le bisou !©Dc Comics

Pour le coup, ces animes possèdent quelque chose de profondément universel et contenteront un public de 7 à 77 ans. Enfin, la musique, avec ses airs de Carmina Burana, apporte le lyrisme qu’il faut à la transposition sur écran de nos super-héros mythologiques.

Ce n’est pas la première fois que le studio Warner Bros Animation adapte le travail de Grant Morrison. En 2010 paraissait Justice League : Crisis on Two Earths (adaptation du très beau JLA : Terre 2). Dans l’ensemble, tous les longs métrages d’animation sortis du studio Warner sont des réussites. All Star Superman peut sans conteste trôner sur le haut du podium !

8 comments

  • Présence  

    Tout ce qui arrive aux protagonistes ne nous touche guère. L’émotion ne se fait pas ressentir. – Mon ressenti à la lecture des aventures de Tom Strong est que l’émotion est bien présente, je n’ai pas ressenti cet effet de désincarnation pour la série d’Alan Moore. Au contraire, Superman en Christ blanc et propre sur lui m’a laissé froid.

  • Présence  

    Les personnages de Doom Patrol m’ont touché par leur côté inadapté, marqués par la vie, au physique ingrat, sans espoir de s’intégrer et leur plongée dans un monde encore plus bizarre qu’eux.

    La déprime cynique des FF englués dans des non-dits m’a également touché dans « Fantastic Four 1234″.

    La normalité de Buddy Baker dans Animal Man le rendait très proche, très humain dans ses aspirations et ses épreuves.

  • xabaris  

    Le film animé de meilleur qualité que le comics!? Whahou je sais maintenant le prochain super-heroes movies que je vais regarder. Merci Tornado

  • Tornado  

    J’ai trouvé cette version de Superman assez froide dans l’atmosphère. Mais il y a des moments de grâce émotionnelle. Le dessin-animé m’a énormément plu car il va à l’essentiel, parvenant à gommer le style un peu désincarné de Grant Morrison.

  • Marti  

    Pour moi All-Star Superman est une réussite de bout en bout, mais parce que j’y trouve exactement ce que j’y recherchais : un Superman iconique qui vit des aventures du Silver Age qui se seraient déroulées au XXIe s. All-Star Superman peut plus difficilement toucher (mais ce n’est pas impossible) quelqu’un qui ne connaît rien de cette époque et laissera de marbre ceux qui y sont allergiques. Plus que l’histoire globale, ce sont vraiment certains épisodes qui m’ont touché : celui sur la mort de Pa Kent qui est à la fois bourré d’émotion et émoustille les amateurs de voyages temporels ; celui sur Jimmy Olsen, un hommage délirant à ses aventures passés qui pour le coup est complètement en marge de l’intrigue principal ; et surtout le superbe épisode de l’évasion de Lex Luthor, avec son magnifique discours sur pourquoi il respecte Clark Kent qui est pour lui l’antithèse de Superman, un moment de lecture brillant dans le texte et dans la mise en scène dynamique qui fait la part belle à inventivité de Clark pour protéger son identité secrète. Il n’y a que le diptyque sur Bizarro qui m’a laissé de marbre, la VO n’ayant pas joué en la faveur de ce passage je pense.

    L’animé est très bon, ils sont su garder l’essentiel même si cela impliquait de supprimer certains de mes passages préférés comme ceux de Pa Kent (ou alors il a juste été très écourté ? mon visionnage remonte à loin…), de Jimmy ou de Bizarro (là je ne m’en plains pas cela dit). Petite mention au style graphique, des efforts sont faits pour s’approcher du trait de Quitely, ce qui n’est pas une mince affaire.

  • Tornado  

    D’accord sur tout.
    Je ne connaissais rien du Silver age par contre. Mais en revanche, j’ai particulièrement apprécié « All Star » précisément sur le fait que ça m’a permis de le découvrir avec une mise en forme moderne !
    Mais c’est surtout son concept que j’ai trouvé génial : 12 tableaux, douze moments incontournables de sa carrière éditoriale, un point de vue postmoderne, etc. Bref, un concept scénaristique fascinant et magnifique !
    Je ne m’en souviens pas très bien, mais il me semble que je n’avais pas trop accroché non plus au passage « Bizarro »…

    • Marti  

      En règle général, il est très difficile d’écrire Bizarro, surtout lorsqu’il s’agit du Bizarro façon Silver Age, j’ai pas exemple eu beaucoup de mal avec l’arc de Geoff Johns sur le personnage malgré les superbes dessins d’Eric Powell. Si je trouve que John Byrne s’en est bien sorti avec le personnage, c’est parce qu’il a justement fait autre chose avec lui… et qu’il le tue tout de suite, histoire de ne plus s’embetter avec ensuite ! A l’image du général Zod, Bizarro a eu une vie éditoriale compliquée entre Crisis on Inifinite Earth et les New52, avec plusieurs versions contradictoires remplaçant les précédentes comme si elles n’avaient jamais existé.

  • Tornado  

    J’ai bien aimé la version Johns/Powell sans non plus la trouver inoubliable. Il me semble que Matt Wagner avait écrit un très bon Bizarro dans son « Trinité ».

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