L’odyssée des X-men (Le duo Byrne/ Claremont)

Les Xmen de Chris Claremont/John Byrne/Terry Austin

Première publication le 30/01/17- Mise à jour le 03/06/17.

Dans un instant, on va commencer

Dans un instant, on va commencer

 AUTEUR : Lion STEPHANE MAILLARD PERETTI

VO :  Marvel

VF : Lug, Semic, Panini

Cet article traitera des épisodes 111 à 128 d’Uncanny X-men parus entre juin 1978 et décembre 1979.

On rêve tous de partir faire un tour du monde, un de ces jours, et voir des paysages merveilleux. Un bol d’air, le saut dans l’ailleurs dont parlait Baudelaire, tout ça… Parfois, ce voyage nous tombe dessus sans l’avoir demandé.

C’est le cas d’une famille de potes que nous suivons aujourd’hui: Ororo, Scott, Sean, Piotr, Kurt et Logan, une équipe disparate venue des 4 coins de la planisphère. On les appelle les X-men, et alors qu’ils commençaient à peine à se connaitre, leur Némésis, Magneto, se charge de la première halte de cette odyssée que n’aurait pas reniée Homère.

Toute une époque

Toute une époque

Pour être plus clair, dans cet article, je vais parler de cette quinzaine d’épisodes faisant partie de ce que les vrais fans des X-men considèrent comme l’âge d’or du titre, à savoir la période que l’on doit au trio Claremont/Byrne/Austin.

Chris Claremont est le scribe légendaire de Marvel -17 ans d’affilée sur les X-men- un gars aux idées géniales mais qui a tendance à être trop bavard et à donner la même fâcheuse habitude à ses héros. John Byrne, l’un des plus influents dessinateurs de comics des années 80 dans les comics, avec un style très organique qui atteint pendant son run sur les X-men une apogée grâce à l’encrage ultra-détaillé de Terry Austin, qui saura sublimer le trait de son pote Irlandais.

réunion de famille

Réunion de famille

Uncanny #111

Alors que les X-men passent une soirée tranquille dans l’école de Charles Xavier en ce moment parti en vacances avec sa dulcinée, un ancien adversaire à la peau verte, Mesmero, hypnotise facilement le groupe, après s’être cassé les dents sur Phénix et Wolverine.

Hank McCoy, le Fauve, se rend compte de leur absence lors d’une visite à l’école. Se demandant où peuvent avoir disparu ses anciens co-équipiers et les nouveaux arrivants, il mène l’enquête jusqu’à un cirque où les compères, sous la houlette de Mesmero sont devenus soit des bêtes de cirque, soit des aboyeurs publics et autres hommes de main. Mais voir McCoy malmené sous ses yeux rappelle le goût de la liberté à un Wolvie enchaîné sous sa pancarte « L’homme Sauvage du Yukon »… Torturant ses chaînes jusqu’à ce qu’elles cèdent, il délivre Jean Grey qui mêne avec Cyclope la contre-attaque… Pour trouver un Mesmero lui-même assommé par …Magneto. Là commence le tour du monde des X-men. Et la transformation des personnages, qui seront ensuite la coqueluche des fans pendant plus de 20 ans.

"It's dark and lonely and freezing to death"

« It’s dark and lonely and freezing to death »

Uncanny #112-113

Le maître du magnétisme prend ses ennemis à dépourvu, sans plan de bataille établi au préalable, et certainement pas au mieux de leur forme après des semaines de captivité. La roulotte de Mesmero où ils s’étaient engouffrés s’arrache à la terre, guidée par les pouvoirs de l’arch-ennemi des X-men, et les entraîne jusqu’à une base volcanique sous l’Antarctique. Le détail accordé à la carte des lieux est un magnifique exemple de ce que sera le graphisme des X-men à partir de ce moment: Terri Austin ne laisse aucun décor créé par Byrne de côté et chaque console informatique, chaque bouche d’aération ou câble connectant cette machine à celle-ci est travaillé.

Battus l’un après l’autre, malgré les pouvoirs effrayants de Phénix, la détention des X-men dans la base de Magneto va donner lieu au tout premier vrai sub-plot de Claremont, un stratagème alors bien nouveau dans le monde des comics: En effet, lors du combat retour contre Magneto, la base explose, libérant le magma sous-terrain, séparant le groupe. Jean Grey et Hank McCoy se retrouvent sur la surface glacée et désolée de l’Antarctique, sûrs de la mort de leurs amis…
Les autres, eux, réussissent à s’ouvrir un tunnel les menant à un lieu totalement hors du temps, la Terre Sauvage, où Cyclope s’était déjà aventuré.

Jurassic Park!

Jurassic Park!

Uncanny # 114

Suit un moment de repos pour cette famille en gestation. Les X-men vont reprendre des forces, accueillis dans un village par des indigènes amicaux.
Scott Summers ne comprend pas pourquoi il souffre de la perte du Fauve mais ne réussit pas à pleurer celle qu’il a toujours aimé, Jean. La douleur est tellement grande qu’elle reste enfouie en lui. Ororo, elle, ne trouve pas les mots pour l’aider, mais se sent en adéquation avec ce monde originel, Piotr/Colossus vit sa première histoire d’amour hors-champ, alors que Logan se morfond de la perte de celle qu’il aimait en secret…

Comme toute personne partant en voyage, bien qu’ici imposé, les personnages deviennent plus que ce qu’ils étaient et en apprennent sur leurs compagnons. Bien obligés, loin de chez eux.
Claremont et Byrne tissent des liens entre tous, leur donnant le temps de réfléchir sur leur vie, et le lecteur à droit à des portraits mémorables.
Wolverine/Logan sert la photo de Jean dans sa main, sûr de l’avoir perdue, Cyclope/Scott se rase et remarque à son reflet dans l’eau qu’il ressemble à Corsaire (son père inconnu, rencontré aux confins de la galaxie), Banshee/Sean semble heureux, un regard paternel sur les autres mutants, plus jeunes que lui…

La cité du dieu soleil, Garok

La cité du dieu soleil, Garok

Uncanny #115-116-117

Les affaires bougent à l’arrivée de Karl Lykos, un mutant drainant les énergies d’autre surhommes, donnant lieu à un joli affrontement de courte durée, interrompu par le seigneur de la Terre Sauvage, Ka-Zar, qui part rapidement sauver son pays d’adoption avec les X-men, face à un péril nommé Garrok. L’expédition à travers la Terre Sauvage, subissant un hiver anormal, donne lieu à de nouvelles pépites visuelles: la jungle aux feuilles et racines toutes détaillées par le tandem Byrne/Austin, les visages aux nombreuses émotions des protagonistes, la soudaine fureur de Wolvie, hypnotisé par la forme monstrueuse de Lykos, Sauron… (un « claremontisme », idée rebattue du scénariste)… Et puis la citadelle de Garok, cyclopéenne, où Colossus, enchaîné à un pylône noyé dans les flammes terrestres devient flamboyant, se demandant s’il va finir par fondre…

De son côté, Jean et Hank annoncent la « mort » de ses élèves à Xavier, qui revit en souvenir sa première rencontre avec Tornade enfant, au Caire, où le télépathe affronta Amhal Farouk, le terrible Roi D’Ombre. Ainsi, Claremont ajoute un autre arrêt dans cette odyssée mutante, en Égypte.
Persuadé d’ avoir perdu ses élèves, Xavier va suivre son amante, Lilandra, une extraterrestre de la race des Shi’ar (ça s’invente pas!) sur sa planète lointaine, pour un bon moment.

Colossus, un Russe au sang chaud

Colossus, un Russe au sang chaud

Uncanny #118-119

Peu à peu, Claremont range ses habitudes linguistiques un peu obsolètes: faire utiliser des mots allemands (« Unglaublich! ») ou russes ( » Chto? ») pour Diablo et Colossus, de l’argot Irlandais pour le Hurleur (« Boyo! ») – même si ce genre de choses restent une signature typique: Gambit parlera plus tard en « français » en appelant Malicia « Chère », comme nous le faisons tous avec nos copines et cette dernière parle avec un fort accent du Sud (« Sugah »)…

Néanmoins, les X-men quittent la Terre Sauvage par les eaux. Rapidement en perdition dans le sud de l’océan Pacifique, ils doivent la vie à un paquebot Japonais qui les remorque jusqu’au pays du Soleil Levant. Ils retrouvent là Feu Du Soleil, qui fit brièvement partie de l’équipe. C’est l’occasion pour tous d’apprendre le prénom de Wolverine, qui va tomber amoureux de Mariko Yashida, cousine de Sunfire. Un épisode marquant dans la vie du griffu. On y apprend qu’il parle couramment le Japonais (« you never asked ») et … on le voit carrément sourire à une jeune fille!

Lost in translation

Lost in translation

Un tournant aussi pour Banshee, qui, pour sauver le Japon, sacrifiera son pouvoir sonique et ses cordes vocales, dépassant ses limites dans un combat contre Moses Magnum et sa coupe disco, un mutant aux pouvoirs sismiques menaçant de faire couler l’archipel, lors du second épisode.
En conclusion, Sean Cassidy sort de l’hôpital, un peu déçu de ne pas être accueilli par ses camarades, qui en vérité lui réservent une belle surprise: Tous se retrouvent en cette soirée de réveillon de Noël, où une vraie tendresse se dégage dans les dessins et les textes, en à peine une page et demie.

Pendant ce temps, une intrigue débutée dès l’épisode 104 commence à prendre de l’ampleur et pointe le danger futur, sur l’île de Muir, où vivent plusieurs « réservistes » et où arrive Jean, dont les pouvoirs seront testés par Moira McTaggert. L’épisode 119 se conclue sur le visage terrifié d’un anti-mutant venu chercher sa vengeance sur les héros tombant sur le dangereux « Mutant X »…

 un cri dans la nuit

Un cri dans la nuit

Uncanny #120-121

Le Canada sera le prochain arrêt. Obligés de se poser à Vancouver les X-men doivent affronter la Division Alpha, menée par Vindicator, ancien ami de Wolvie aperçu quelques mois auparavant.
Le département H qui l’emploie recherche encore son ancien agent griffu, et l’affrontement les deux équipes sera assez violent.

On rencontre alors les membres de la super-équipe Canadienne: Shaman, sorcier Amérindien qui déchaîne une tempête sur la ville et possède une poche ouvrant sur une autre dimension d’où il tire divers objets magiques; Harfang, déesse Inuit métamorphe, les jumeaux Northstar et Aurora, plus vifs que l’éclair, et le gigantesque et velu Sasquatch, qui ressemble à un wookie orange. Ce n’est qu’après le duel que les mutants rentreront enfin à la maison.
Les lecteurs demanderont d’ailleurs à revoir ces personnages qui finiront par avoir leur propre série écrite et dessinée par le même John Byrne après son « divorce » avec Claremont. Il tiendra ce rôle pendant 28 épisodes entre 1983 et 1985.

Tous les acadiens et acadiennes

Tous les acadiens et acadiennes

Uncanny #122-123-124

Après une courte période de réadaptation, ils seront opposés à Arcade, un tueur à gages peu crédible et méchamment barré.
Des épisodes de toute beauté, qui montrent Tornade sur les pistes de son passé, à Harlem, face à des gamins désoeuvrés avec des guest-stars tels Luke Cage ou Spiderman, et bien sûr « Murderworld » parc d’attraction au flipper géant où sont jetés et séparés les membres de l’équipe. Loin des « vilains » crédibles et des dangers planétaires, Arcade tente de jouer sur les doutes de Peter/Colossus et de le retourner contre ses amis en un lavage de cerveau aussi ridicule que peu crédible, face à un robot « envoyé par le KGB »…

Néanmoins, la lecture est plaisante, et, de nouveau, cette histoire cimente les héros hétéroclites entre eux. Ici encore, Byrne et Austin vont montrer tout leur talent, entre les moments d’effrois teintés de claustrophobie qui attendent Tornade, les auto-tamponneuses aux scies circulaires mortelles s’attaquant à Diablo ou encore ces miroirs distordants d’où s’échappent les reflets tourmentés de Wolvie…
Un des moments très « pop » de la série qui annonce avec fracas les années 80 dans ce qu’elles auront de mieux… et de pire!

Jeux d'Arcade

Jeux d’Arcade

Uncanny #125-126-127-128

Le plus dur est à faire lorsque les X-men se retrouvent en Écosse, sur l’île de Muir évoquée plus haut, et sont enfin rassemblés avec Jean Grey et Hank McCoy. Ici, il devront affronter l’un des plus effrayants personnages créé par Chris Claremont: Protéus, fils de l’Écossaise Moira McTaggert, la copine du Hurleur, un mutant contrôlant la réalité et la déformant au loisir de son esprit sadique.
Protéus n’ a pas de corps propre et doit passer de celui d’un hôte à l’autre, possédant humains comme mutants, consommant et consumant les enveloppes charnelles à mesure qu’il déploie son effroyable pouvoir.
Un jeu de cache-cache s’ouvre alors entre les héros, désemparés, et le mutant fou, dont la mère est déjà résolue à tuer… ce qui glace le sang de Scott Summers. Un premier duel coûtera pratiquement la raison à Wolverine qui s’en sortira in extrémis.

L’équipe renforcée par Havok et Polaris affrontera le sinistre personnage au top de sa puissance dans les rues d’Edinbourg. Une autre occasion pour les dessinateurs de montrer toute l’horreur qu’est Protéus qui transforme les murs en essaim d’abeilles, l’air en ambre, qui enterre vivant ses opposants ou transforme les rafales optiques de Cyclope en fleurs rouges.

Protéus, l'horreur en marche

Protéus, l’horreur en marche

Sa grande faiblesse au métal le mènera à affronter Colossus sur les remparts de la citadelle, son dernier corps d’emprunt en lambeaux.
Il est d’ailleurs étonnant de voir dans un comic book mainstream de telles images. L’habitacle de Protéus ne ressemble guère plus qu’à un zombie putréfié lors de la confrontation finale, sous les crayons de Byrne… et le doux X-man Russe devra ôter la vie du monstre pour sauver ses amis, et la Terre par extension… Peu de « bad guys » de comics seront aussi flippants que Protéus, que l’on ne ramènera qu’à une seule occasion du trépas, tant le personnage est obscène.

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Colossus le prolétaire !

C’est la fin du périple pour la famille mutante de la Marvel, qui rentre à New York, alors que l’arc le plus connu du trio s’engage, la Dark Phoenix Saga. Que peut-on dire, plus de trente ans après, sur ce voyage haut en couleur et en actions?

D’abord, peu voire pas d’autres équipes créatives ont autant marqué leur temps par leur symbiose. Claremont et Byrne étaient le catalyseur l’un de l’autre, et, à coups d’idée qui les mèneront à signer une dizaine d’épisodes plus tard « Days Of Future Past », il est aisé d’affirmer qu’ils ont ouvert les portes à nombres de fanboys les imitant sans les égaler, tels Bendis, Morrisson ou encore Lobdell.

On ne parlera pas d’une lecture « adulte » , et bien sûr, les dialogues racontant ce qui est visible dans les cases, les bulles de pensées explicatives, c’est largement dépassé… Mais le côté daté de ces textes ne change pas la qualité des idées et la mise en place talentueuse d’une atmosphère à nulle autre pareille.

comme une boule de flipper...

Comme une boule de flipper…

Croyez-moi, il y a peu de chose qui arrivent à la cheville du run Claremont/Byrne pour ceux qui, à la fin des années 70 et dans la décennie d’après, ont fait connaissance avec les comics à travers eux. Plus tardivement grâce à l’édition Française, dans les magazines Special Strange de Lug, ces histoires sont devenues iconiques pour le jeune lecteur de quelques années que j’étais.

Je me souviendrai toute ma vie de ce joli Spécial Strange 24, symbole de l’été 1981, avec ces boules de flipper contenant certains de mes héros favoris ramené une après-midi par mon père, le premier d’une longue collection. A chaque fois que je l’ai dans les mains, ces souvenirs d’enfance me reviennent, et j’en remercie aussi mon prodigieux padre.
Et après tout ça, pour utiliser cette formule consacrée de Marvel… « Nothing will ever be the same »!

La saga du Phénix noir commence ici

La saga du Phénix noir commence ici

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« Days of Claremont Past » 1/2
Les Xmen, c’étaient aussi l’exotisme et des voyage à travers le monde. Et pour Stephane Maillard Peretti, une partie de flipper qui commença dans un spécial strange # 25. Retour dans les années Claremont-Byrne-Austin chez Bruce Lit.

La BO du jour : Un groupe Canadien comme John Byrne adepte des jeux d’Arcade. L’amour cette ère Claremont-Byrne ? Ce n’est jamais fini !

38 comments

  • Wild  

    Je ne lis quasiment plus d’articles par manque de temps (c’est ça ou les comics^^), mais j’adore prendre une petite pause au boulot (hum!) pour lire ce genre d’articles. Merci beaucoup!

  • ulysse21  

    Je souris en lisant cet article. Et pour cause, beaucoup de points communs dans notre rapport à cette saga. D’ailleurs pour moi aussi, ce N° 25 restera pour toujours celui du coup de foudre pour les X-Men, et mon tout 1er Special Strange que mon père m’offrit chez ce bouquiniste du quartier un certain soir, au tout début des vacances scolaires où on avait enfin droit, mon frère et moi, de faire notre réserve de BD en attendant la rentrée. J’en suis tout aussi reconnaissant à mon père.
    C’est chez ce bouquiniste que je me procurais désormais tout les anciens N° de S. Strange, entre autres. Et comme par hasard, le plus ancien N° que j’avais pu y dégoter était le tout 1er de la saga du trio Claremont/Byrne/Austin.
    Ce n’est que bien des années plus tard, avec l’avènement d’Internet et eBay que j’ai pu me procurer les N° plus anciens… pour réaliser que j’avais déjà lu tous les épisodes de la meilleure période des « étranges des X-Men ». Le hasard fait bien les choses finalement.

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