Maximum Clonage

Mister Nobody par Gou Tanabe

Première publication le 25/05/15- Mise à jour le 26/11/16

Oui, la couverture en impose !

Oui, la couverture en impose !©Doki-Doki

VO : Tokuma Shoten

VF : Doki- Doki

Mister Nobody est une mini série écrite et dessinée par Gou Tanabe.  Publiée au Japon dans la revue Tokuma Shoten. Doki-Doki a édité cette histoire en trois volumes et contient une fin en bonne et due forme. Le sens de lecture est en japonais.

Cette histoire n’a aucun rapport avec Mister Nobody l’épouvantable film  de 2009 avec Jared Leto.

Quelques Spoilers inoffensifs viendront cloner leur chemin (ça ne veut rien dire, mais ça sonne bien).

Un détective privé est convoqué en Russie par un appel anonyme.  Il s’appelle Susumu Kawai. Contre une somme d’argent assez confortable, il doit récupérer un convoi dans une forêt avec quatre autres personnes qu’il ne connaît ni d’Eve, ni d’Adam.

Bien évidemment le rêve va tourner au cauchemar ! En effet, lorsque Kawai ouvre ce fameux convoi, il se trouve face à une créature enragée qui décapite ses compagnons. Commence alors une éprouvante chasse à l’homme entre Kawai et cette créature qui n’est autre que …son double !

J'ai déjà vu cette tronche quelque part....

J’ai déjà vu cette tronche quelque part….©Doki-Doki

Tanabe dévoile très vite ses cartes : et si notre héros, qui ne possède aucun souvenir propre, était la victime d’un trafic de clonage humain ? Bien décidé à en savoir plus, Kawai va remonter le fil de son existence face à une société lucrative toute puissante qui souhaite effacer toutes traces de son existence.

Ce qui frappe unanimement lorsque les lecteurs évoquent cette mini série, c’est son ambiance ; immédiatement oppressante, totalement dénuée d’humour même si l’ironie est là, dissimulée comme une menace : Mr Nobody évoque à la fois le surnom donné au vilain pour finalement échoir à Kawai, homme privé d’identité.  La chanson des Beatles Let it be, summum musical de tendresse et d’affection, est fredonnée dans des moments atroces. Et le nom de famille du héros, Kawai, évoque un style graphique japonais « cute » et « infantile » aux antipodes du trait adopté par Gou Tanabe.

A nous de vous faire préférer le train...

A nous de vous faire préférer le train…©Doki-Doki

Que ce soit dans la thématique (un complot, des clones, des manipulations et des  rebus génétiques d’après guerre ) ou dans l’esthétisme, Mister Nobody ne peut que séduire les admirateurs de Monster. Le dessin de Tanabe est suffisamment métissé pour attirer l’amateur de Comics et de Mangas. Le mangaka s’affranchit des clichés japonais: ses personnages n’ont pas de nez pointus, de cheveux hérissés et de visage lisse. Il choisit au contraire le réalisme pour rendre son cauchemar plus effrayant : même de jour, l’ambiance y est charbonneuse, les regards des personnages suintent l’angoisse, l’inquiétude, la peur. Les pupilles des vilains sont souvent blanches, les yeux dénués de sourcils pour en accentuer la cruauté et Tanabe fait défiler son lot de gueules patibulaires n’ayant rien à envier à la galerie de Ken le survivant, le réalisme en plus. Quant à ses décors, ils sont minutieux.

La narration de Tanabe est limpide. Il laisse souvent des balises pour que le lecteur puisse se repérer dans un complot né dans les goulags de Staline pour s’achever de nos jours.  Laboratoires clandestins, preuves falsifiées, Stasi, agents dormants et généticien pervers : force est de constater que Mr Nobody respecte à la lettre le guide complet du petit comploteur. C’est donc avec délectation que l’on se laisse happer par l’ambiance, les indices et les Twists de ce polar qui devrait faire jouir les admirateurs de Millenium.

Il a les yeux revolver....

Il a les yeux revolver….©Doki-Doki

Pour le reste, Tanabe se trouve très vite prisonnier du rythme qu’il a choisi pour son histoire. 3 volumes, c’est l’idéal pour aller droit au but et ne pas s’éparpiller. La fin est à la hauteur du suspense de la série. Les motivations du vilain y sont clairement expliquées et son sort ainsi que celui du héros sans équivoque. La déception provient plutôt autour du fait que la montagne semble accoucher d’une souris (clonée ?) dans le volume 3. Tout ça pour ça ?

Après avoir installé son histoire dans les méandres de la guerre froide et lui avoir donné un contexte, Tanabe conclut son histoire. Et s’il se donne beaucoup de mal pour inscrire ses  personnages dans une époque, on aurait aimé qu’il leur prête des caractères plus affirmés : Mr Nobody est le savant cruel, Kawai la victime déterminée et Nastasia le joli second rôle féminin qui ne sert à rien. Tout comme les flics qui ont autant de présence qu’une moule sur un rocher.

Des effets chocs finalement un peu tocs...

Des effets chocs finalement un peu tocs…©Doki-Doki

En fait, Tanabe se tire une balle dans le pied ! Il est difficile de s’intéresser aux angoisses de ce clone, si aucune personnalité n’émane ni de lui, ni de son original. Tout y est très superficiel, loin très loin de la mise en abîme vertigineuse autour de la perte d’identité d’un Human Target, voire d’un Spider-Man à l’époque de la saga du clone. Une fois le suspense éventé, la relecture de ce scénario ne présente qu’un intérêt limité au plaisir des illustrations. Et attire même l’attention sur une belle faute de script : un clone de Kawai capable de résister à des rafales de mitraillettes, de marcher peinard après avoir eu sa poitrine broyée par une bagnole mais qui finalement ne résiste pas à une balle dans la tête.  N’est pas Wolverine qui veut…

Définitivement, avec un effort de finition, moins de gimmick, ce Mr Nobody aurait pu être Somebody et reste une lecture très agréable pour peu que l’on soit peu regardant sur la portée métaphysique d’un récit qui clone beaucoup de classiques du genre sans en atteindre l’excellence.

Un clone increvable à la force surhumaine....tout du moins au début...

Un clone increvable à la force surhumaine….tout du moins au début…©Doki-Doki

6 comments

  • Présence  

    Bel article qui dresse une image concrète de cette histoire, permettant au lecteur de se faire sa propre opinion, tout ne découvrant celle du rédacteur. Le placement en avant de ce manga dans les rayonnages de la FNAC avait attiré mon attention sur lui, mais j’avais vite réprimé cette impulsion, ayant déjà trop de lectures en souffrance.

    • Bruce lit  

      Encore un truc parti au bac à soldes….
      Millenium : punaise qu’est ce que j’ai détesté notamment le numéro 2 et 3. Monster ? Je me suis endormi devant chaque épisode de l’animé. je n’en garde aucun souvenir. Mais peut être que le manga m’attirerait plus. J’aimais beaucoup Death version manga et l’animé me sortait par les yeux….

  • Tornado  

    Si tu t’es endormi devant chaque épisode de « Monster », il est possible que cela te plaise un jour de non-fatigue !
    Comment le sais-tu sinon ? 😀
    J’ai beaucoup aimé « Millenium ». Beaucoup moins les 2 et 3 effectivement. Mais c’était quand même un bon thriller, plutôt original.

    • Matt  

      Le best pour connaître Millenium c’est la version longue. A la base c’est une série de 6 films de 1h30 coupés pour en faire 3 longs métrages de 2h ou 2h30. Il manque donc 1/3 des scènes dans la version ciné. La série est très bonne, c’est comme ça que j’ai connu et aucune envie de me taper les versions courtes pour voir ce qu’ils ont enlevé précisément.

  • Jyrille  

    Jamais entendu parler de cette série, mais les dessins ont l’air chouettes. L’ambiance me rappelle un peu celle de Dragon Head, qui est un très bon manga de fin du monde (en 10 tomes chez Kana je crois), sujet récurrent chez les nippons. Mais ton avis, Bruce, ne me donne pas envie de m’y pencher, sur ce monsieur personne. Je vais rester sur celui de la Doom Patrol 🙂

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