Come on Pérégrine !

Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers par Ransom Riggs et Cassandra Jeanpere_0

 AUTEUR : Lion STEPHANE MAILLARD PERETTI

VF : Bayard jeunesse

Paru en 2011 sous le nom Miss Peregrine’s Home for the Peculiar Children et écrit par Ransom Riggs, 37 ans, originaire du Maryland , ce roman pour jeunes lecteurs reste en tête des ventes du NY Times plus d’une cinquantaine de semaines.

Il sera publié sous forme d’un roman graphique 2 ans plus tard, et illustré par Cassandra Jean (oui, il y a aussi des femmes qui oeuvrent dans les comics, et qui le font bien, que diable!)… Cassandra Jean travaille en tant qu’artiste freelance sur des sagas pour jeunes ados tels que The Mortal Instruments ou The Shadowhunter Chronicle dont je ne connais foutre rien.

Des histoires à dormir debout

Donc, on va se baser sur ce joli bouquin ! Vous savez quoi? Il est bientôt adapté par Hollywood! Whoohooooo! Eh bien avant que cette belle histoire ne soit démolie par les grosses légumes de cette magnifique cité Californienne, je vous propose de nous pencher sur le joli et incongru Miss Péregrine et les Enfants Particuliers.

Miss Pérégrine s’ouvre sur la vie de Jacob, un gamin qui a grandi nourri par les histoires fantasques de son grand-père, Abe, né en Pologne, à une époque peu propice au bonheur, qu’il quitta pour une petite île du Pays de Galles afin d’échapper aux êtres monstrueux le poursuivant.

Un Sépulcreux, toujours à la recherche des gens comme Abe...

Un Sépulcreux, toujours à la recherche des gens comme Abe…

Jacob aime son grand-père et boit ses paroles, toutes étayées qu’elles sont par des photos en noir et blanc, glissés pour nous entre les dessins, qui paraissent truquées à l’oeil du lecteur mais pas à Jacob, qui, lui, est encore bien trop jeune.
Enfants qui volent, ou bien gamins dotés d’une force herculéenne, gosses devenant « invisibles »…
Un univers merveilleux pour le garçonnet qui grandit environné des rêves et souvenirs de l’aïeul.

En grandissant, moqué par ses camarades, Jacob doit apprendre de son père la nature des monstres qui chassèrent Abe hors de Pologne, nazis aux traits froids et regards glaçants. Abe abandonna alors ses contes, abdiquant devant l’inéluctabilité du temps qui passe, sans doute.

L'une des phases du deuil

L’une des phases du deuil

Jacob est à présent un adolescent.
Recevant un appel téléphonique d’Abe, épouvanté, le jeune homme tente de venir en aide à son grand père et finit par tomber sur son corps meurtri, dans la forêt, en bordure de sa petite ville.
Abe, mourant, délivre alors un message à propos d’un oiseau, d’une date, tout cela complètement nébuleux à Jacob, qui est surpris par une créature plus ou moins lovecraftienne… Et se réveille dans son lit, choqué.

 Est-ce là "Miss Péregrine"?

Est-ce là « Miss Péregrine »?

S’ensuit un suivi psychiatrique, des cauchemars récurrents, des souvenirs et des regrets… Poussé par son psy, Jacob affronte les photos et histoires de « Grandpa Abe »…
Mais dans le maelström troublé des évènements, le garçon commence à douter de la frontière entre le vrai et le faux, l’imaginaire et le réel.

L’aventure débute réellement ainsi, alors qu’avec son père, il part pour l’île de Cairnholm, dont parlait tant feu son grand-père, pour enfin couper court à cet état dépressif qui l’étreint.

Des monstres bien trop humains

Comme vous pouvez l’imaginer, les découvertes vont s’enchaîner, et d’une manière tout à fait précise, réglées comme une horloge.

L’atmosphère brumeuse des tourbières de Cairnholm n’est en rien rassurante et cela malgré le trait assez anodin de Cassandra Jean, qui mêle ligne claire et traits proches du manga (yeux, gouttes de sueur, trames de vitesse), découpage très libres aux cases brisées par des éléments du décor, noir et blanc d’ où surgit d’un coup des graphismes entièrement en couleurs ou juste aux pastels.
Les espaces blancs ont la part belle puis soudain la disputent aux plages d’encre noire, et toujours ces photos, parfois à la limite du perturbant, venant s’ insérer dans le récit… donnant une impression de vécu et de réalité.

 Jacob apprend combien son grand-père était aimé

Jacob apprend combien son grand-père était aimé

Jacob Portman peut faire penser, lui, sa quête, et ses nouveaux amis, aux X-men version Nouveaux Mutants ou même à Generation X, pour certaines difformités de ces gosses particuliers, ou à Harry Potter et tant d’autres avant le personnage de Rowling (je ne citerai comme excellent exemple que Timothy Hunter de Books Of Magik par Neil Gaiman) avec la pléthore de jeunes personnages qu’il rencontre. Ainsi que ce curieux faucon pèlerin qui le mènera dans des boucles temporelles qui sont la grande richesse du récit et son noeud gordien, avec la présence des horribles Sépulcreux, ennemis naturels des Ombrunes.

Les dialogues sont naturels et plaisants, le dessin montre des persos sans rigidité, crédibles et si l’aspect un peu manga des visages ne vous bloque pas, ce récit est un petit moment de bonheur assez peu connu dans notre pays, qui parle d’une guerre sur plusieurs fronts, nous rappelant ce que nous ne devrions jamais oublier.
On passera sur un certain manque d’originalité… Il est devenu difficile de créer du nouveau sans piocher dans l’ancien, de nos jours…

Miss Peregine raccompagne Jacob hors de la boucle temporelle

Miss Peregine raccompagne Jacob hors de la boucle temporelle

Dénué ni d’humour, ni de moments tragiques ou encore de passages simples qui font de la vie ce qu’elle est, Miss Pérégrine et les Enfants Particuliers recèle des ressorts dans son scénario qui ne sont pas dénués d’intérêt.

Faites vous donc une idée avant que le film par Tim Burton -qui n’est plus au mieux de sa forme depuis bien 15 ans- ne change tout cela en blockbuster…

Que cette affiche sent bon le Tim Burton aseptisé ...

Que cette affiche sent bon le Tim Burton aseptisé

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La BO du jour :

« Independance Week » 1/6
Après la semaine dernière consacrée à Marvel, Bruce Lit prend son indépendance avec des récits, ben….indépendants.
Et Stephane Maillard Peretti ouvre le bal avec Miss Pérégrine et les enfants particuliers, roman graphique adapté cette semaine au cinéma par…Tim Burton !
Entre rêverie et tyrannie….Comment ne pas penser au thème magnifique du Labyrinthe de Pan ?

19 comments

  • Matt & Maticien  

    Merci. j’ignorais tout de ce conte mis en avant dans ma bibliothèque. si j’avais lu cet article avant le we, j’aurais sans doute déjà fini son adaptation. espérons qu’il soit là lors de mon prochain passage.
    j’apprécie le style décontracté de l’article et aussi son caractère concis. merci

  • Lone Sloane  

    De ce que tu nous en restitues, l’univers crée par Ransom Riggs à l’air riche et son intrigue basée sur la quête de Jacob a l’air de tenir le lecteur en alerte.
    Je vais tenter le roman avant la BD pour faire mon propre imagier des lieux et personnages. Et vérifier si les sépulcrux de ton scan ressemblent autant aux reapers que combat Blade dans le deuxiëme film de la série réalisée par l’aimable Guillermo del Toro (habile choix de la BO du jour)

  • Matt  

    Intrigante, je dirais cette œuvre.

    J’allais dire que le sujet me fait penser au labyrinthe de Pan mais la BO du jour m’a enlevé les mots de la bouche.

    J’ai du mal à voir le rapport avec l’affiche à la fin par contre. Va-t-on s’éloigner à mort du sujet de base dans le film ? Tu nous montres à peine Miss Peregrine dans l’article et là voilà armée d’une arbalète sur l’affiche du film. On se croirait dans un conte classique.
    Burton pas au mieux de sa forme ? C’est vrai. D’un autre côté je n’ai jamais non plus trop ressenti qu’il faisait du commercial. Tout au plus il ne se renouvelait pas. Sauf pour son Alice qui est un blockbuster mais bon…c’était Disney derrière hein. Il ne risquait pas d’en faire une version glauque comme le jeu vidéo American McGee’s Alice et sa suite qui sont des bijoux de noirceur.

  • Mo  

    Les visuels intérieurs que tu proposes sont explicites ; aucun doute qu’on est là face à un magnifique objet-livre. Je ne connaissais pas l’histoire jusqu’à cet été (vu la BA au cinéma) et je compte bien aller le voir. Je plongerai dans l’ouvrage ensuite (j’imagine qu’il y a des détails que le film n’exploite pas)

  • Bruce lit  

    Voyons….un zeste de Gaiman, un autre de manga (le sépuclreux ressemble furieusement aux titans de l’Attaque des Titans), une thématique proche du Labyrinthe de Pan, l’un des rares films modernes que j’ai trouvé miraculeux + en bonus l’écriture de Perretienne ! Tout cela est urgent à découvrir ! merci et good to have you back !
    Tim Burton m’agace un peu. Dès que l’on parle de fantastique, de rêve et d’onirisme, il semble être la référence ultime alors que pour votre serviteur, malgré un capital sympathie et la Burton touch, il y a bien longtemps qu’il n’a rien signé de transcendant…..

    Et pour info, l’ami Stéphane ayant omis de donner un titre à sa review, le titre de l’article est un clin d’oeil au Come on Pilgrim des Pixies qui m’évoquait la même sonorité.

    @ Mo’ : Hello !

  • Sté  

    Aujourd’hui, Stéphane dans: « Stéphane sait aussi écrire des articles très courts »

    Salut à tous, merci de m’avoir lu!

    Lone Sloane: C’est là que je le rends compte que je devrais revoir les Blade. C’est le 3, non, qui craint un max?

    Matt: J’avoue n’être que moyennement fan de Burton. Depuis Big Fish, j’ai trouvé ses films assez (trop) enfantins , j’ai même arrêté de les mater… Et puis… je fais une overdose de Johnny Depp.

    J’irais peut-être voir l’adaptation de Ms Peregrine, mais bon…

    • Matt  

      Les noces funèbres est très chouette quand même.
      Je suis d’accord qu’il fait des choses plus enfantines et qu’il a perdu son inspiration.
      Après je n’en suis pas à détester ce qu’il fait. Il est presque devenu victime de son succès. Comme le dit Bruce, il est devenu la référence ultime dans l’imaginaire collectif et la conséquence de ça c’est qu’il fait des choses plus grand public…ce qui est un peu contradictoire.

    • Lone Sloane  

      Le Blade 3 est un naufrage où seul surnage Jessica Biel en archëre body buildée.
      Mais les deux premiers sont sympas, et même plus pour deuxième opus de Del Toro.

  • Présence  

    Merci pour cette présentation de l’œuvre originale avant que les images qui bougent ne supplantent la création papier dans l’imaginaire collectif.

    J’aime bien l’idée d’avoir intégré des photographies truquées dans la BD, ainsi que de jouer sur les couleurs, entre séquence en pleine couleurs et séquence monochrome. Voilà qui a l’air d’une œuvre originale.

    • Matt  

      C’est ça le pire, et en partie une raison pour laquelle je suis exigeant ou sévère avec les adaptations. Parce que les images qui bougent supplantent la création papier dans l’imaginaire collectif. Belle formule. Du coup quand c’est de la merde consensuelle aseptisée…ça fait chier.
      Bref…

  • Tornado  

    Tous ces dessins sans décors… voilà que ne va pas plaire à Présence ! :)

    L’album vient tout juste de sortir en VF. Il faudra que je le feuillète plus attentivement.

    Tim Burton s’est effectivement assagi. Je n’irais pas pour autant l’immoler sur l’autel du blockbuster. Ses films les moins réussis, à part sans doute la Planète des Singes, restent très nettement supérieurs à la moyenne et possèdent tous une personnalité qui en fait des divertissements de qualité.
    A partir de Big Fish, la thématique Burtonienne commence en fait à s’inverser. Jusque là, Burton montrait des personnages marginaux qui tentaient de plier vainement la société à leur différence (Edward aux mains d’argent, Batman le Défi, Ed Wood). Mais ensuite, le réalisateur choisit une structure inverse en faisant de ses héros des marginaux peu à peu intégrés à la société (Big Fish, Charlie et la Chocolaterie, Dark Shadows, par exemple), dans une différence pérenne, mais finalement domptée et assimilée. A l’image de son auteur, devenu avec le temps l’un des piliers du tout Hollywood (qui fera pourtant une rechute à l’occasion de Sweeney Todd).
    Pour moi, il ne s’agit pas de préférer l’une ou l’autre de ces idéologies, mais juste de remarquer l’évolution d’un auteur, en fonction de sa carrière et du temps qui passe.

    Encore une fois, j’ai énormément de mal avec les critiques relatives. Est-ce que Big Fish, Charlie et Dark Shadow sont des bons films, ou pas ? Si j’entends que ce ne sont pas des bons films « parce qu’ils sont moins bien que Ed Wood et Edward au Mains d’Argent », c’est un argument qui ne m’intéresse pas. Pour moi, soit le film est bon, soit il ne l’est pas. Après, l’idéologie de l’auteur et son évolution, ou son changement de valeurs, ça c’est un autre débat.
    J’irais donc sans doute voir ce nouveau film de Tim Burton au cinéma, qui va inaugurer les prochaines fêtes d’Halloween, auquel moi et ma petite famille tenons beaucoup… :)

    • Matt  

      Ah ça me fait plaisir que tu ne suives pas cette tendance à immoler Burton à cause de films différents, moins marginaux^^. J’avoue préférer ses films plus anciens mais je ne trouve pas en effet pour autant qu’il ait réalisé de grosses purges.

  • Tornado  

    « Auxquelles ma petite famille et moi tenons beaucoup ». Pfff, faut se relire un peu… :(

  • JP Nguyen  

    Bon, ben pour moi, ce sera la double impasse. Les dessins de la BD, mélange de manga et de photomontages, ne me bottent pas trop. Et pour le film, je n’aime pas particulièrement Tim Burton, mais j’ai déjà eu l’occasion de le dire, alors j’arrête avant de radoter…
    Sorry, Mister Peretti !

  • Jyrille  

    Je viens de voir l’affiche ce week-end, n’ayant jamais vu la bande-annonce ou quoi que ce soit d’autre avant cette date, l’article tombe donc à point nommé ! Merci Léo Stéphane pour t’y être mis, je ne suis pas certain d’être une vraie cible (mon fils insiste pour que je regarde le Labyrinthe de Pan que je n’ai jamais vu), mais cela pourrait intéresser mes enfants, je note donc ça dans un coin.

    Pour Burton, j’ai laissé tomber il y a longtemps, et je n’ai pas vu la plupart de ses productions après Big Fish. Seulement Charlie et la chocolaterie qu’on a dû acheter deux fois tellement le dvd était usé.

    J’aime beaucoup Eva Green, mais j’avoue que l’affiche est horrible.

  • Jyrille  

    Ah et bien joué pour le titre, Bruce ! Il me semblait bien avoir reconnu la référence.

    • Bruce lit  

      C’est là que l’on voit les connaisseurs !
      Tu as acheté le dernier Pixies ?

      • Jyrille  

        Nope… Même pas envie de l’écouter au vu des deux premiers extraits.

  • Pingback: Miss Peregrine et les enfants particuliers, tome 1 (Riggs & Jean) – Bar à BD

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