Mystère Miraculeux (Mister Miracle)

Mister Miracle, la série limitée, par Tom King et Mitch Gerads

Article de JP NGUYEN

VO : DC Comics

VF : Urban

 Un récit d’évasion, mais pas que…  (c) DC Comics

Un récit d’évasion, mais pas que…
(c) DC Comics

Personnage créé par Jack Kirby en 1971, Mister Miracle appartient à la mythologie des « New Gods » de la saga du Quatrième Monde. Fils du Highfather, souverain de la rayonnante New Genesis, il a, dans le cadre d’un accord de paix, été échangé à la naissance avec Orion, fils de Darkseid, et élevé sur l’inhospitalière planète d’Apokolips. Reconnu comme le plus grand maître de l’évasion de l’univers DC, il est reconnaissable à son costume très coloré.

En 2017-2018, le scénariste Tom King ( VISION , SHERIFF OF BABYLON) et le dessinateur Mitch Gerads ( BATMAN ) ont revisité le personnage dans une série en 12 numéros, saluée par la critique outre-Atlantique.

Cet article est amicalement dédié à Tornado, à qui j’emprunterai quelques expressions choisies (les reconnaîtrez-vous ?)

Darkseid is. Spoilers are.

Si on m’avait dit qu’une de mes meilleures lectures super-héroïques de 2019 serait MISTER MIRACLE, j’aurais eu du mal à y croire. Nan mais, sérieux ? Vous avez vu ce costume mochissime avec ses couleurs criardes et son masque qui ne ressemble à rien ? C’est quoi son pouvoir, déjà ? Il n’a pas son pareil pour s’évader ? Captivant !
A la base, les NEW GODS de Kirby, j’en avais surtout retenu le puissant et ombrageux Darkseid, qui inspira Jim Starlin pour créer Thanos .

A part lui, aucun autre membre de ce panthéon n’avait vraiment marqué mon esprit. Fort heureusement, le prélude de 8 pages en début d’album (illustré par Mike Norton et colorisé par Jordie Bellaire) rappelle tout ce qu’il faut savoir du personnage avant d’attaquer le récit principal. J’avais eu des échos majoritairement positifs sur cette série et le duo King/Gerads, déjà croisé sur Batman, bénéficiait chez moi d’un capital sympathie important (le dyptique Batman #14-15 explorant la relation entre Bat et Cat était, de mon point de vue, une réussite). Plus encore que sur l’homme chauve-souris, c’est avec sa VISION que Tom King m’avait totalement bluffé, dans un récit de super-héros de banlieue, « marié, deux enfants », qui m’avait pris par surprise.

Avant de partir sauver l’univers, penser à faire garder les chats…  (c) DC Comics

Avant de partir sauver l’univers, penser à faire garder les chats…
(c) DC Comics

Avec MISTER MIRACLE, King récidive un peu dans la même veine puisque le parti-pris de la série, c’est d’entremêler les enjeux extraordinaires (la guerre interplanétaire entre New Genesis et Apokolips) avec les préoccupations plus prosaïques du héros, plus précisément de son alter ego Scott Free et de sa compagne, Big Barda.
A la base, l’existence de Scott Free n’est pas banale. Il faut quand même rappeler qu’il gagne sa croûte en se produisant dans des spectacles d’escapologie. Enchaîné dans une cuve, confiné dans un tonneau devant se percuter par un train ou enfermé dans une caisse en bois larguée de plusieurs dizaines de mètre de hauteur, notre héros se sort de tous les pièges !

Pourtant, le récit s’ouvre sur sa tentative de suicide et le premier chapitre sera jalonné de plus d’une vingtaine de cases sur fond noir avec pour simple texte : « Darkseid est » (quand je vous disais que c’était le personnage le plus marquant des New Gods…) On apprend ainsi que sous son costume coloré, le héros broie du noir, rongé par la dépression. Son vieil ami Oberon est décédé le mois précédent et son père, Highfather de New Genesis, meurt à la fin du premier numéro.
Tout le talent de Tom King, c’est de raconter les tourments existentiels de Scott Free, qui fait l’expérience du deuil et de la paternité au fil du récit, tout en narrant la grande guerre contre Apokolips et Darkseid, avec des allers-retours entre l’espace et la Terre, empruntant des tunnels Boom comme d’autres prennent le métro. La confrontation de ces deux univers est assez cocasse et l’humour engendré par les conversations décalées de Big Barda et Mister Miracle a fonctionné à plein sur moi.

Un héros qui échappe à tous les pièges, sauf celui de la vie…  (c) DC Comics

Un héros qui échappe à tous les pièges, sauf celui de la vie…
(c) DC Comics

Petite sélection :
Alors que son mari s’apprête à être jugé dans son salon pour trahison par Orion, nouveau maître de New Genesis, Big Barda accueille la délégation en annonçant qu’elle a prévu un plateau végétarien comme collation pour tout ce petit monde…
En évoquant la musique de leur première rencontre, Scott et Barda se rendent compte qu’ils étaient dans les fosses ardentes d’Apokolips, avec pour seul fond sonore le gémissement des damnés… Et c’est alors que Scott demande à la Mother Box (un genre de machine à tout faire) de leur repasser la bande-son de ce moment-là…
Plus tard, lors d’un assaut épique contre Orion, le couple devise sur le rangement à faire dans leur appartement tout en déjouant une série de pièges mortels.

C’est un cocktail plutôt étrange et inattendu, puisque le scénariste parvient à recaser une foultitude d’éléments classiques des New Gods en les ré-agençant dans une œuvre aux accents postmodernes avec un questionnement philosophique. On perçoit un grand respect pour le matériau original, sans que les auteurs n’y soient asservis, puisque le récit est totalement hors-continuité. Le résultat est assez bluffant, beaucoup moins m’as-tu-vu que du Millar ou du Bendis et moins hermétique que du Morrison ou du Moore (non, je ne fais pas tout ce name-dropping juste pour faire plaisir au Boss, pour le coup, cela retranscrit plutôt bien, selon moi, la qualité de l’écriture de Tom King).
Peut-on échapper à sa vie ? Peut-on échapper à la mort ? Roi de l’évasion ou pas, dès le départ, la réponse est donnée : « Darkseid est. » L’éclair de génie de King, c’est de faire de ce super-vilain, grand méchant patibulaire un peu cliché, une figure plus inquiétante encore. Darkseid et son obsession de l’équation d’Anti-Vie deviennent la métaphore des pensées dépressives et mortifères qui peuvent saisir l’homme occidental à l’approche de la mid-life crisis.

Darkseid cause des angoisses nocturnes…  (c) DC Comics

Darkseid cause des angoisses nocturnes…
(c) DC Comics

En charge des dessins et des couleurs, Mitch Gerads rend un travail remarquable. Au premier abord, l’usage quasi-exclusif du gaufrier de neuf cases pourrait paraître barbant mais, ici, l’artiste gère très bien sa mise en page, tantôt en transformant une image unique en panoptique pour respecter le découpage ou en suivant des protagonistes dans un travelling horizontal sur la largeur d’une bande. Que ce soit sur les scènes de dialogues ou les scènes d’action, on ne s’ennuie jamais et on suit parfaitement le déroulement des évènements. Sans en abuser, l’artiste superpose parfois des effets « déformants » sur ses cases, accentuant l’aspect étrange et onirique du récit. Comme si on percevait des glitchs dans la Matrice…

Il dessine Big Barda comme une femme de très grande stature, athlétique et avec un visage aux traits affirmés (et non pas une jolie frimousse trop générique). Les interactions entre Barda et Scott (y compris au plumard), leur vie de couple, leur complicité sont illustrés avec beaucoup de crédibilité, jusque dans les postures des personnages. Ce ne sont pas juste des mannequins juxtaposés et pris en photo. Quelque part, le style de Mitch Gerads me rappelle celui d’Alex Maleev, que j’avais tant aimé sur DAREDEVIL , mais avec une meilleure intégration entre personnages et décors et une narration plus dense.
Coucher de soleil intimiste sur Terre, champ de bataille dévasté sur Apokolips, le dessinateur se montre capable de tout illustrer, variant ses couleurs pour construire ses ambiances. Il s’en sort également très bien sur les scènes comiques, comme par exemple lorsque le massif et brutal Kalibak chausse ses lunettes pour lire attentivement un traité de paix…

Couverture alternative du numéro 7, avec un exemple de l’effet de « distorsion » sur le nouveau né  (c) DC Comics

Couverture alternative du numéro 7, avec un exemple de l’effet de « distorsion » sur le nouveau né
(c) DC Comics

Pour les couvertures régulières, c’est un gars que je ne connaissais pas, Nick Derington, qui s’y colle. Son trait est un peu plus épais que celui de Gerads et le style penche plus du côté du super-héros classique. Il signe quand même de jolies covers, en particulier celle du numéro 10, un saisissant portrait de Darkseid. Plus globalement, ces illustrations amènent un décalage supplémentaire, entre un univers classique d’un encapé au costard bariolé annoncé en couverture et un récit plutôt adulte dans les pages intérieures.

Adulte ! Le mot est lâché ! Et je n’utilise pas ce terme juste parce qu’il y a de la violence ou du sexe. Il y a surtout un sous-texte qui destine cette série aux « Mature Readers », comme on dit…. Pourtant, avec son look de geek s’habillant en T-shirt de super-héros, Scott Free ne ressemble pas trop à un parangon de maturité… C’est sûrement ce qui aide ce lecteur à s’identifier à lui, même si je n’ai jamais eu de guerre interplanétaire à mener. Mais j’ai déjà connu l’émerveillement de la naissance d’un enfant (et même plusieurs), la fatigue des nuits entrecoupées, la joie des premiers pas, des premiers mots… Et aussi l’angoisse de devoir un jour les abandonner, de quitter la vie, cette micro-parenthèse dans le néant éternel…

Darkseid est… superbement croqué par Nick Derington  (c) DC Comics

Darkseid est… superbement croqué par Nick Derington
(c) DC Comics

Dans MISTER MIRACLE, l’apprentissage de la paternité et la quête du sens de la vie forment une toile de fond universelle, habillée de façon originale et inattendue avec la mythologie d’un pan parfois oublié du DC Universe. Autant le reconnaître, je suis sans doute dans le cœur de cible de cette série, en tant que papa-geek dans sa quarantaine. Ce comicbook parlera peut-être moins à des lecteurs plus éloignés de ces préoccupations ou ne supportant pas les oripeaux super héroïques dans un récit philosophique.

Action, humour, amour, émotions et réflexions : un savoureux cocktail concocté par le duo King/Gerads ! Lorsque Scott Free partage son épiphanie dans les dernières pages du récit, mon esprit vagabonde et s’interroge sur la destinée humaine, si tant est qu’elle existe. Ça fait partie du mystère.
Etrange chose que la vie, qui nous sort du néant, nous donne tant à voir puis nous replonge à jamais dans l’obscurité. Et parmi tout ce que peut offrir la vie, il y a des comicbooks de super-héros à la fois divertissants et intelligents. Ça fait partie du miracle !

Révélation choc : Batman tue les bébés !  (c) DC Comics

Révélation choc : Batman tue les bébés !
(c) DC Comics

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Après THE VISION chez Marvel et SHERIFF OF BABYLON, Tom King continue de faire des miracles avec un héros sur lequel JP Nguyen n’aurait pas parié un kopeck : Mister Miracle. Adulte aussi bien dans le fond que dans la forme, le miracle a lieu chez Bruce Lit.
La BO du jour :

« I want to break free » : est-ce l’objectif du malfaisant Darkseid ou bien le cri d’un Mister Miracle prisonnier de sa vie ?

49 comments

  • Eddy Vanleffe  

    très bon article JP.
    J’apprécie vraiment le boulot de Tom King…Vision et batman sont parmi mes titres préférés et la si je n’ai pas franchi le cap pour Mr Miracle, c’est bien à cause de ce quatrième monde dont je ne me soucie guère, à part pour quelques récits limitrophes comme « Cosmic Odissey » ou la réintroduction de Supergirl par Jeph Loeb…
    Big Barda pour ceux qui savent l’interpréter est effectivement une femme plus grande que les autres, notamment avec une tête de plus que son mari ^^
    je les avais laissé séparés depuis DARKSEID WAR, mais je vais me laisser tenter à présent..^^
    Enfin je veux un jour voir TOM KING sur Fantastic four où il pourrait faire merveille sur la quarantaine, la paternité, la famille, sauver le monde, les angoisses intimes avec une petite touche de décalage bienvenue…

  • Tornado  

    Jusqu’ici je n’avais fait que tendre vaguement et paresseusement le coin de l’oeil et de l’oreille vers ce comic book, qui semblait créer l’événement sur la toile.
    Ayant eu vent de la genèse de cet article par l’ami JP, j’attendais donc cette opportunité pour me faire un avis et me décider à sauter le pas, ou pas…
    Je dois dire que j’en ressors extrêmement convaincu (un JP qui fout 5 étoiles à un comics contemporain, voire à un truc tout court, la vache c’est pas tous les jours !). Mais bon, si effectivement l’auteur de l’article utilise les formules qui font mouches dans mon cerveau, j’étais battu d’avance… 🙂

    Tiens, à moi de faire mon JP ( 😀 ) :
    Un point de désaccord sur le contenu de ton article si tu le veux bien : Je trouve l’illustration de Darkseid pour la couverture bien moins impressionnante que toi. Le travail sur la texture de la peau est réussi mais pour le reste, une tête de supervilain générique qui flotte comme ça sur un fond vide, je ne trouve pas ça très mature. Au contraire, les traits du personnage (il ressemble un peu à Ben Grimm, non ?) sonnent un peu… infantile (fallait bien que je la sorte cette expression, puisque tu ne l’avais pas mise dans l’article malgré ta dédicace… 😉 ).

    PS : J’ai cherché le bouquin sur les sites de vente et il est systématiquement écrit « Indisponible ». Serait-ce les effets du confinement ou le bouquin est-il bel et bien épuisé ?

    • Surfer  

      « J’ai cherché le bouquin sur les sites de vente et il est systématiquement écrit « Indisponible ». Serait-ce les effets du confinement ou le bouquin est-il bel et bien épuisé ? »

      Oui c’est bizarre de la part d’un bouquin édité par Urban ! En principe leurs livres sont rarement épuisés !
      C’est probablement ponctuel. Si cela peut te rassurer je suis sûr de l’avoir vu dans plusieurs librairies avant le confinement.

  • Matt  

    Mouais…je me méfie.
    Tom King ne m’impressionne pas du tout. Je trouve son Batman surestimé et même très mauvais sur certains arcs.
    Et là…ben c’est marrant alors que Tornado semble convaincu, moi ça me fait l’effet qu’il ressent sur Identity Crisis « oooh on va faire des trucs adultes avec des dessins adultes et des belles images stylisées et symboliques » mais ça va rester un truc de super héros avec un Darkseid méchant qui fait peur.

    Limite des fois je me dis que je préfère le super héros qui s’assume et qui n’a pas peur du kitsch plutôt que les auteurs qui semblent avoir honte de faire du super héros et essaient de déguiser ça en autre chose…mais sans avoir quoi que ce soit de spécialement intéressant à raconter. Seul l’habillage change pour donner un ton « adulte »

    • PierreN  

      « Tom King ne m’impressionne pas du tout. »

      Pareil. Ses effets de style (virant à l’agaçant parfois, ex l’usage systématique du gaufrier, devenu un des éléments clé de sa signature : 9 plans fixes sur la chute d’un molard ou sur un verre immobile sur une table, ça finit par tourner à vide à force ; le gaufrier gagnerait à être utilisé avec plus de parcimonie ou de façon plus pertinente), ses marottes thématiques (s’il décline le stress post-traumatique à toute les sauces sur chacun de ses titres ça va vite tourner en rond), etc…

      • Matt  

        « 9 plans fixes sur la chute d’un molard ou sur un verre immobile sur une table »

        Voilà^^
        ça fait frime et artsy.

        • Présence  

          @Matt – Je t’ai répondu pour Black Science.

  • Matt  

    Je trouve que Tom King a une tendance à aligner des scènes qui se veulent artsy et curieuses, mémorables par leur originalité, mais qui ne servent aucun objectif, à part celui de dire « éh regardez je fais un truc différent »
    Dans son Batman, ça y va les scènes bizarres comme dans le pitoyable arc « war of the jokes and riddles » où les vilains se retrouvent autour d’une table avec Wayne et discutent, avec les seconds couteaux en arrière plan qui ne bougent pas comme des glands. Ouh c’est spécial, c’est bizarre ! On dirait la tea party du chapelier fou dans Alice in Wonderland…mais ça sert à quoi ? Rien. C’est quoi l’histoire super originale ? Une guerre des gangs lancée par un Riddler qui veut trouver comment faire rire à nouveau le Joker. Woah ! Attention comic book of the year hein !^^

    • Jyrille  

      Cet effet peut en effet (huhu) pouvoir paraître artificiel, et je me suis fait plusieurs fois cette réflexion en lisant Mr Miracle, mais au final cela sert l’histoire dans sa répétition et sa persistance. Il y a un moment très fort (SPOILER : la mort de mamie) où on croirait voir du Eddie Campbell de FROM HELL. C’est assez perturbant et difficile à supporter.

      A d’autres moments, cela semble du remplissage, mais au final, le lecteur a eu l’obligation de prendre le temps de s’imprégner des états d’âme de chacun à ces moments.

  • Surfer  

    J’aime beaucoup le peu que j’ai lu de Tom King.

    Tu as parfaitement analysé son écriture qui est, aussi selon moi, plus accessible que celle de Moore ou de Morrison.
    Cela a l’avantage de faire passer les réflexions et les messages plus facilement.
    Étant père moi-même, ce questionnement philosophique sur le sens de la vie et la paternité me parle beaucoup.

    Ce livre, tout comme Sheriff of Babylon faisait déjà partie de la liste d’attente de mes futurs achats.

    Ta chronique d’aujourd’hui a transformé cette attente en priorité 😉

  • JP Nguyen  

    @Eddy : King est en exclu chez DC depuis quelques années, non ? (il a signé chez eux et a juste fini Vision chez Marvel…)
    Même si j’ai aimé plusieurs trucs de cet auteurs, je n’aime pas tout. Récemment, sur un event de DC réservant un sort funeste à Flash, j’ai été peu convaincu. Son Batman est inégal. Je pense que son terrain de jeu optimal, c’est la minisérie hors continuité.

    @Tornado : oui, j’ai été light dans mon hommage, avec seulement « toile de fond » et « oripeaux » !
    Pour le statut « épuisé », je pense que c’est plutôt lié au confinement…

    @Matt : même si l’histoire racontée est différente, je suis ressorti de cette lecture avec un sentiment similaire à Dark Night par Dini/Risso. Une histoire qui utilise le décorum des super-héros pour raconter autre chose. Mais tout est subjectif, entre ce que l’on cherche et comment on reçoit une lecture, avec nos bagages et nos attentes qui diffèrent…
    De mon côté, je n’ai pas ressenti de scène « gratuite », pour faire « genre » ou se la péter ou « artsy » comme tu l’évoques. J’ai apprécié l’exploration des personnages et l’alternance entre scènes intimistes et moments plus grandiloquents, transformés par une narration un peu distanciée…

    @Surfer : j’ai aussi lu Sheriff of Babylon et c’est une oeuvre de qualité mais beaucoup plus noire.

    • Eddy Vanleffe  

      J’aime bien le Batman, c’est compliqué à défendre, parce que vos arguments sont bons.
      je vois ça comme un oeuvre étrange qui assume pleinement l’aspect « infantile -sans issue » et le manque d’enjeu d’un comics de super héros. se déguiser pour combattre le crime, c’est débile, on est d’accord…^^
      du coup on est sur les trois premiers arcs sur une dissection du mental du héros (je suis batman, je suis suicide, je suis bane etc…) il parvient à nous expliquer pourquoi un mec qui a des responsabilités d’adultes, une entreprise , passé trente ans en passe par là toutes les nuits) il le fait de par sa correspondance avec selina etc..
      perso ça m’a bluffé. l’enjeu du truc c’est un mariage quand même. Une femme peut-elle accepter d’aller faire sa vie avec un mec qui refuse de grandir et qui se construit une tout d’ivoire faite de violence infantiles?
      les scènes surréalistes sortent du lot justement parce elle paraissent encore plus outrées dans un contexte « mainstream »…les motivations des vilains de Batman sont débiles. ils veulent tous régner sur Gotham mais pourquoi faire? du coup on est obligés d’en faire des insectes enfermés dans une boite de petri, incapables de sortir de leur reflets conditionnés. c’est abordé de front par le scénariste qui parle d’un sujet mainte fois abordé mais jamais comme ça: devenir adulte.

      • Présence  

        Superbe analyse de la série de Tom King, avec un point de vue auquel je n’aurais pas pensé. Merci.

  • Tornado  

    Mais oui c’est ça : « une histoire qui utilise le décorum des super-héros pour raconter autre chose ». C’est ça que je recherche. Le super-héros comme « vecteur ».
    Et le vecteur peut être multiple : Philo, socio, concepts divers, ou simplement réflexion sur l’héritage ou mise en perspective de la nostalgie (parti-pris postmoderne). Mais oui, une toile de fond, quoi. S’il faut lire une histoire de gentil/méchant/baston vraiment non. Où alors il faut que ce soit vraiment hyper, mais alors vraiment hyper classe à la limite…

    • Matt  

      Ouais enfin tu vois pas ce que je veux dire^^
      Il y a plusieurs types de comics.
      -Le super héros de base gentil contre méchant, qui ne t’intéresse pas, mais qui peut me plaire si c’est bien raconté, avec du suspense, sans sous-texte mais classe
      -Le super héros avec une toile de fond socio-politico machin ou très conceptuel (Gotham by midnight…qui est classe mais n’a aucun sous texte^^)
      -Le super héros qui raconte un truc de gentil contre méchant mais qui fait style qu’il est plus intelligent en mettant des scènes bizarres prétentieuses chiantes qui masquent un gros vide scénaristique.

      Ce que je dis, c’est que je préfère le premier cas du truc simple mais qui au moins ne frime pas^^
      Et bien sûr j’aime aussi le 2eme cas.

    • Matt  

      Par exemple war of the jokes and the riddles de Tom King c’est de la frime.
      Le mec a une idée « éh ! Et si le Joker ne riait plus ? » et il brode un truc bidon autour « éh ! Si les vilains se formaient en 2 camps, celui du Riddler et celui du Joker et qu’il y avait une guerre des gangs ? »
      Et ce même si ça n’a aucun putain de sens que certains personnages s’allient à ces tarés.
      « Alors attendez je sais ça parait basique, mais je vais écrire des scènes bizarres ou les vilains dinent autour d’une table avec Wayne au lieu de tout péter, ça va faire bizarre, inhabituel »
      Ouais non ça a juste l’air con
      « mais ça crée de nouvelles dynamiques entre les personnages »
      Ouais, qui n’ont aucun sens.
      « mais…y’a plein de répliques cool »
      Ouais, les super vilains font leur one man show, y’a aucune tension, suspense, personne ne fait peur, et ça ne raconte rien d’original. J’ai plus flippé et été pris par l’enquête dans Hush, Gotham by Midnight, la série Dark Knight de Finch et Hurwitz.
      « mais…mais… »
      Allez arrête, c’est de la merde ton comics^^

      • Présence  

        J’ai mis 5 étoiles à War of jokes and riddles, et je me suis posé une question similaire à la tienne sur le décalage de cette histoire avec celles plus habituelles.

        La fin de mon commentaire sur amazon :

        Il n’est pas certain que cette histoire apporte grand-chose à Batman, même si c’est lui qui en train de la raconter à Selina Kyle. En cours de route, le lecteur se rend compte qu’il se prend de sympathie avec Charles Jones, pourtant un des ennemis les plus ridicules de Batman, ou l’un des moins crédibles, à savoir Kite Man. Ce monsieur sait qu’il ne vaut pas tripette, qu’il n’accomplit pas grand-chose, que les autres supercriminels se moquent de lui et le considèrent comme un raté. Il en est même réduit à expliquer cette situation à son propre fils, en lui disant qu’il a appris à s’en accommoder, faute de faire mieux. Cette franchise est aussi déconcertante que réconfortante : Charles Brown ne s’est pas résigné à son sort, mais il l’a accepté et il s’y adapté, conscient de ses limites. Mais quand même…

        … quand même il faut un peu de temps au lecteur pour se demander pourquoi il reste vaguement insatisfait à la lecture de ce tome : c’est quoi le rapport avec la vision d’auteur de Tom King sur Batman ? C’est quelque chose qui se produit dans l’épisode 26, et qui se reproduit dans l’épisode 32. Alor qu’il avait commencé par écrire un Über Batman en cohérence avec la saison précédant son arrivée, Tom King humanise son personnage, sans le trahir. Cette guerre peu commune trouve une résolution qui fait ressortir le caractère d’Edward Nygma. Elle est l’occasion de donner de l’épaisseur et de la crédibilité à Charles Brown. Elle montre aussi une forme de faillibilité chez Batman, d’imperfection qui le hante. Cela produit une répercussion sur sa relation avec Selina Kyle, celle-ci lui demandant de sortir de sa posture d’alpha-mâle, pour devenir un être humain normal le temps d’un instant. À ce moment, elle devient une personne à part entière, prouvant qu’elle n’est pas sous l’emprise de l’aura de Batman, qu’elle n’est pas domptée par son ascendant

        Cette guerre des blagues et des devinettes est très surprenante : l’histoire est bien construite avec une narration visuelle de grande qualité, tout en donnant l’impression d’arriver comme un cheveu sur la soupe, comme si Tom King avait juste voulu se faire plaisir en écrivant Joker et Riddler. Sans être une histoire à chute, le dernier épisode permet d’apprécier l’enjeu du récit dans la perspective de la relation entre Selina et Bruce, et l’impact qu’a eu cette guerre sur l’image que Bruce a de lui-même.

  • Présence  

    Cette histoire est dans une de mes piles de comics à lire, mais je n’ai pas pu résister à la tentation de lire l’article quand même.

    Pour l’instant, j’ai aimé tout ce que j’ai lu de Tom King (à la seule exception d’Omega Men que je n’ai pas bien compris) : Vision, Sheriff of babylon, et Batman dont j’ai lu les 7 premiers tomes. La série Batman fait sens quand on l’envisage sous l’angle de la relation entre Selina et Bruce : chaque histoire est une phase dans le développement de leur relation, et cette relation constitue une façon pour Tom King de regarder le personnage de Batman sous un angle un peu différent. A mes yeux, ce n’est pas loin de ce qu’il a fait avec Vision, mais en plus superhéros.

    L’idée de faire de Scott Free et Big Barda un couple de banlieue est en provenance directe de la Justice League Internationale de Keith Giffen & JM DeMatteis où ils habitaient déjà dans leur petit pavillon, en décalage avec les superhéros de New York.

    Autant le reconnaître, je suis sans doute dans le cœur de cible de cette série, en tant que papa-geek dans sa quarantaine. – Une belle prise de recul sur la question de savoir à qui s’adresse ce récit. Au vu de son succès, on peut supposer qu’il a intéressé également d’autres lecteurs moins âgé. 🙂

    Ce très beau commentaire me conforte dans l’idée qu’il faut que je trouve une plage de lecture assez longue pour pouvoir savourer ce récit.

    • JP Nguyen  

      @Présence : Je n’en mettrais pas ma main à couper mais je parierais quand même quelques kopecks que ce récit te plaira. Tu as largement tout le background DC pour te sentir chez toi et déceler les twists/revisites… Et en tant que lecteur tout-terrain ayant apprécié d’autres récits de King, tu devrais retrouver des éléments caractéristiques de son écriture et de sa narration, sans avoir l’impression d’une pure redite.

    • PierreN  

      « L’idée de faire de Scott Free et Big Barda un couple de banlieue est en provenance directe de la Justice League Internationale de Keith Giffen & JM DeMatteis où ils habitaient déjà dans leur petit pavillon, en décalage avec les superhéros de New York. »

      Auquel King fait allusion (pas forcément de manière très fine) : Scott Free, Booster Gold & Blue Beetle se réunissent pour boire un verre, donc le scénariste case un « bwahaha » (le terme associé pour le surnom de cette période de la League) pour bien mettre en évidence la référence.

      • Présence  

        Effectivement, la présence de Blue & Gold plus le bwahaha constitue une preuve patente.

  • Jyrille  

    Hello, comme j’ai cette BD dans ma BAL (Bilbilothèque A Lire), je ne lis pas encore l’article. Par contre je suis ravi qu’il soit de JP, je sais qu’il est de haut niveau !

  • Patrick 6  

    Que ce genre de comics puisse exister de nos jours (et de plus remporter un sucés populaire) est un scellent signe pour l’industrie du comics ! Quand je l’ai laissé (l’industrie) elle était moribonde, embourbée dans des crossovers redondants et peu originaux. Je la retrouve pleine de créativité et d’innovation ! Osez Joséphine que diable !
    Donc ça c’est pour la bonne nouvelle. Ce comics est un ovni décalé, fun et créatif !
    La mauvaise c’est que le récit est quand même un peu pesant et difficile d’accès (la vache j’étais content de l’avoir fini ^^). Je ne suis pas prés d’y retourner car sa lecture reste un peu fastidieuse et demande un investissement personnel assez fort (au final l’intrigue n’avance pas tellement tout au long du comics et les répétitions sont nombreuses -doux euphémisme-). J’ai dû passer les 2 tiers du volume à me demander où ils voulaient aller exactement ^^

  • Bruce lit  

    « Le résultat est assez bluffant, beaucoup moins m’as-tu-vu que du Millar ou du Bendis et moins hermétique que du Morrison ou du Moore (non, je ne fais pas tout ce name-dropping juste pour faire plaisir au Boss, pour le coup, cela retranscrit plutôt bien, selon moi, la qualité de l’écriture de Tom King). »

    Merci pour la dédicace.
    Hélas, là je suis plutôt #TeamMattieBoy. Vision, il m’a fallu deux lectures pour apprécier cette histoire. J’ai égélement lu 2 fois SHERIFF OF BABYLON, et j’ai détesté intégralement chaque page de ce récit choral qui ne m’a jamais convaincu ni par son intrigue, encore moins par ses personnages ou ses dialogues.
    Donc pourquoi pas si un jour j’ai envie de savoir vers quel côté du balancier je range King.

    La BO : même pas en rêve…

  • Kaori  

    Ah, Tom King !
    Je vois à la lecture des commentaires qu’il divise toujours autant.
    Je fais partie des « pro ». Je ne suis pas une spécialiste, l’oeuvre qui m’a un peu déçue c’est le Heroes in crisis, dont j’attendais sans doute plus. J’ai aimé le début, moins accroché au délire Batgirl/Harley (personnage pour lequel j’ai pas mal d’antipathie). Il y a des bons moments.

    Le Batman, je l’ai pris en cours de route. Il faut vraiment que j’y revienne en commençant par le début. J’aime la façon dont King écrit Batman. Et je suis d’accord avec Présence sur la guerre Joker/Riddler, et le personnage de Kite-man… Un récit qui m’a pas mal remuée.

    L’article de Présence sur La Vision m’avait convaincu, celui de JP ne déroge pas à la règle…
    Je suis sensible à ce genre de questionnements philosophiques…

    Enfin, Tornado, j’ai du mal à tout relier… J’aurais pensé que le contraste « costume de super-héros/problèmes humains et adultes » t’aurait rebuté, comme quand Cap fait des ricochets avec son bouclier !
    Je suis d’accord pour le portrait de Darkseid : moi aussi je vois Ben Grimm !!

    • Matt  

      On a tous du mal à suivre la logique de Tornado^^
      En fait il oublie parfois qu’on ne vient pas du milieu artistique. Du coup quand il dit aimer la série « chevalier noir » de Finch et Hurwitz, ou le Gotham by midnight, j’aurais tendance à penser « ah ben…il aime le super héros basique gentil contre méchant sans sous-texte.
      Mais non, il aime le postmodernisme conceptuel machin truc que je comprends rien ce que ça veut dire^^
      Ah ok…
      Pour moi pas mal de comics qu’il aime sont de « simples » comics de divertissement sans sous-texte et sans que le super-héros se fasse vecteur de quoi que ce soit (les Batman mentionnés plus haut, les Loeb & Sale, le Spider-man de JMS, etc etc.) Et ce n’est pas un reproche, j’aime bien ça.
      Mais c’est vrai que quand d’un coup il dit que ça vaut rien les trucs « gentil contre méchant » et que le top c’est le sous-texte social machin, ça devient un peu flou^^

      Enfin moi j’aime bien les 2. ça dépend juste de comment c’est fait.
      Tom King, je n’ai pas lu des tonnes de trucs de lui et j’ai aimé son annual sur Batman, mais sa série Batman a des arcs infantiles qui m’ont emmerdé, et qui m’ont semblé se la jouer super original avec 12 plans « champ contre champ » lors d’un dîner ridicule et une sorte de mise en scène prétentieuse qui ne sert aucunement le récit, mais masque plutôt l’absence de scénario travaillé ou de suspense.

      • Kaori  

        Ha ha ha, c’est un peu comme ça aussi que je perçois les commentaires de Tornado, parfois ^^

        Pour King, j’avoue que sa petite histoire dans le Detective Comics #1000 est une de mes préférées… Il y met en scène la Batfamily d’une manière à la fois drôle et touchante, avec une mise en parallèle d’un Batman sous la pluie et se rendant sur la tombe de ses parents… On a droit à des échanges drôles où on peut s’amuser à identifier les personnages sans les voir. Et une conclusion très belle. Vraiment j’ai adoré ces quelques pages.

      • Surfer  

        @Matt,
        Si tu parles de l’ Annual #2 « A la vie à la mort ». Il est effectivement d’excellente facture: Un récit touchant, et empreint d’une belle poésie.
        J’ai beaucoup aimé.

    • Tornado  

      C’est une question d’équilibre. Il faut que ça sonne « juste ». Il ne faut pas que j’aie l’impression en cour de route que ce soit « couillon à ce moment là ». Il faut que conceptuellement ça se tienne. C’est vraiment ce qui est important à mes yeux de lecteur. Et par exemple ce n’est pas le cas du tout (pour moi) dans Identity Crisis, où tout est pris au premier degré, sans recul, contrairement à ce que dit JP sur cette version de Mister Miracle. Ou contrairement au boulot d’Alan Moore qui va commencer par toute une phase de déconstruction passionnante, avant de nous faire voir les personnages avec un autre regard.

      • Bruce lit  

        Ce qui me fait penser que tu as dû adorer GOTHAM CENTRAL et que personne n’en a jamais parlé ici.

        • Eddy Vanleffe  

          c’était bien cool ça dans la petite mode des comics de super héros/polar noir à la Powers, Alias, Sam et Twitch…

          • Bruce lit  

            C’est le premier qui le dit qui y est Eddy…

  • Tornado  

    Gotham Central dort intégralement sur mes étagères…

    Non mais sinon, j’en ai encore déjà parlé 1 million de fois :
    Un récit sans sous-texte intello, pourquoi pas. Mais conceptuel. Minuit A Gotham, c’est conceptuel. C’est pas du maintream de base pour moi. Il y a un angle d’approche, un univers, une esthétique, un plan sur douze publications, des références culturelles qui font corps avec le sujet. Il y a un vrai parti-pris artistique. Avec plein de choses à puiser dedans en sous-texte même sans toile de fond socio-philosophique. Et un bel équilibre fond/forme. C’est plus du « culturel » que du « réflexif » mais c’est riche et passionnant aussi.
    Le Spiderman de JMS, c’est pas du mainstream de base non plus pour moi. Il y a toute une réflexion sur l’adn du personnage, de la série, de son évolution. Et une régurgitation postmoderne. On l’a dit : JMS a été traumatisé par Alan Moore et il a bien potassé son manuel « déconstruction/reconstruction ».
    Iron Fist par Brubaker j’ai bien aimé aussi. Ce n’est pas de l’ordre du chef d’oeuvre mais il y avait le même genre d’approche conceptuel que celle effectuée par JMS sur Spidey ou par le même Brubaker sur Cap.
    Ce ne sont pas des comics de base pour moi. Ce sont des oeuvres d’auteur. Vous ne voyez vraiment pas la différence avec le tout-venant ?

    • Matt  

      Bah…
      La déconstruction chez Brubaker oui.
      Chez JMS c’est bien écrit mais il y a un mafieux zombie, une entité d’un autre univers, Dormammu qui vient tout casser…ça me parait jouer dans la cour du super héros classique. En bien écrit, avec des moments qui sonnent juste chez les personnages. Mais toute ton histoire de postmodernisme ADN de machin, ça m’échappe un peu^^
      Tout ce que je vois c’est que ouais, c’est mieux écrit que Chuck Austen ! Il y a du suspense, des moments de tension avec de vrais dangers qui ne sont pas pris à la légère (Morlun ne sort pas de vannes en pourchassant Spidey, et du coup il en met tellement plein la gueule de Peter qu’il fait flipper. Mais ça reste gentil contre méchant) Et si c’est bien écrit comme ça, je m’en fous pas mal qu’il y ait un sous-texte ou non. Les rebondissements, le suspense, l’art de raconter une histoire tout simplement^^

      Et le chevalier noir de Finch, tu le places où ?

    • Matt  

      D’ailleurs chez JMS les vilains ne sont pas super charismatiques. Preuve que tu peux avoir des vilains moyens ou des costumes kitsch, mais si le reste est bien écrit avec un déroulement d’intrigue et des enjeux entre les personnages prenants, ben tu restes accroché.
      C’est pourquoi je dis que j’aime le pur divertissement, même s’il est kitsch visuellement si c’est bien raconté et qu’au final tu ne penses même plus que les mecs sont habillés en collants ou quoi que ce soit, tu acceptes l’univers tel qu’il est comme une mythologie et tu ne penses plus à la comparaison avec le monde réel.
      Et pour moi ça ne tient pas à des sujets profondément adultes abordés en sous-texte. Juste à une façon de rendre intrigant une histoire, la capacité de l’auteur à te faire croire au danger, aux relations entre les personnages, aux divers enjeux, etc.

      • Tornado  

        Pfff… Bon, j’y vais alors (fais chier, j’avais déjà écrit tout un article fleuve pour ça…) :
        JMS sur Spiderman : Du comics de base ?
        Comme dit plus haut, il s’agit d’un scénariste mainstream, mais fortement influencé par Alan Moore.
        Il commence sa reprise de Amazing Spiderman en confrontant le personnage à un ennemi inédit et des nouvelles origines (ou tout au moins une relecture de celles-ci). D’emblée, la menace est inédite et le héros perd ses repères, son humour (de merde), ses habitudes. En quelques épisodes, JMS « oblige » son personnage à revoir complètement son univers, ses préceptes, son existence.
        En quelques épisodes, le contexte change, le décor se redéfinit, l’entourage aussi. Les perspectives ne sont plus les mêmes, que ce soit d’un point de vue professionnel, relationnel, ou tout simplement personnel. Les ennemis anciens disparaissent au profit de nouveaux plus dangereux, plus viscéraux.
        Mine de rien, en une dizaine d’épisodes, le scénariste a complètement déconstruit l’univers initial (et plutôt enfantin) de la série pour le remplacer (et donc le reconstruire) par un nouveau, plus mature, plus adulte, plus en phase avec son temps.

        C’est un travail d’auteur à plein poumon. Quelque chose de profondément conceptuel, réfléchi, intelligent, profond, élégant.

        Si après ça, j’entends encore que son run (qui dépérit arrivé à la moitié mais ce n’est pas de la faute du scénariste, mais plutôt de la politique éditoriale de Marvel (pour ça voir mon article (c’est en grande partie à cause du succès de la série et de l’intégration du personnage dans les Avengers de Bendis))), c’est du comics de base, j’abandonne toute explication…

        • Tornado  

          Ah oui, et donc, le run de JMS, c’est la métaphore du passage de l’enfance vers l’âge adulte aussi. Accessoirement ! 🙂

        • Matt  

          J’ai pas parlé de comics « de base » J’ai dit super héros classique, en mieux fait.
          Tout ce que tu décris, ça s’appelle des idées pour raconter une histoire pour moi. Histoire de ne pas répéter la même chose. J’entends par là que j’ai pas besoin de percevoir la métaphore du passage vers l’âge adulte pour apprécier. Je n’ai pas besoin d’intellectualiser pour aimer une lecture si de base c’est juste bien raconté.
          Je ne nie pas que ce que tu décris est dedans, mais je ne l’ai pas forcément vu, et donc dans un sens ça n’a pas d’incidence sur mon appréciation. C’est du bonus. C’est l’argument que tu utilises pour convaincre les intellos que les comics c’est pas forcément débile. Mais je n’ai pas besoin moi-même d’avoir conscience de tout ça pour apprécier juste une histoire bien racontée. Je n’ai pas besoin de la comparer à ce que c’était avant non plus pour apprécier.
          Je sais pas, c’est pas mon réflexe premier de me dire « oh on peut percevoir telle métaphore là dedans » Je vois d’abord si c’est fluide, si le rythme est bon, si les enjeux sont efficaces, si on s’inquiète pour le perso, etc.
          C’est pas du comics « de base » mais c’est du mainstream bien écrit, oui.
          Tu m’as pas répondu : le Batman de Finch et Hurwitz, tu y vois aussi une déconstruction/métaphore ?^^ Ou c’est juste un divertissement plaisant à lire avec une narration moderne ?

        • Matt  

          Et j’aime le run de JMS.
          Je précise hein, parce que j’ai l’impression que tu as perçu un reproche dans ce que j’ai dit.
          C’est juste que pour moi il n’y a rien de honteux à faire du divertissement mainstream. Du moment que le script est bon, que c’est pas stupide, qu’il y a du sérieux quand il faut, du temps mort quand il faut, etc.
          Si je n’y vois pas de profond sous-texte social, tant pis. Je n’ai pas besoin que tout ce que je lis soit politisé ou symbolique ou quoi que ce soit.

          • Tornado  

            Le Batman de Hurwitz est inégal (3,5 étoiles). Mais Matt, si j’écris des articles entiers et qu’à chaque fois je dois tout réexpliquer…
            C’est là :
            brucetringale.com/deconnecte-batman-the-dark-knight/

          • Matt  

            Mais ne fais pas comme si on ne te lisait pas !
            On te lit. Mais on ne voit pas forcément la même chose que toi dans ces comics.
            Alors peut être qu’on a tort et que c’est toi le spécialiste, tout ça…^^
            Mais au final c’est pour ça qu’on pige pas toujours pourquoi ceci ou cela ne va pas te plaire alors que nous semble correspondre à tes critères. Comme Eddy qui a pensé que Identity Crisis te plairait. Ou Kaori qui pensait que ce truc de Tom King ne te tenterait pas^^
            J’suis pas tout seul quand même à ne pas cerner les subtilités de tes critères^^
            Lire tes articles nous informe sur ce que tu vois dans tel comics. ça n’aide pas à savoir ce que tu verras dans un autre.^^ Diverses interprétations, sensibilités, tout ça…

          • Matt  

            Et JMS je te donnais MON ressenti. Pas besoin de m’inviter à relire ton article^^
            Je n’ai pas analysé autant que toi le truc et je perçois ça comme un run de super héros bien écrit, mais mainstream quand même, avec des gentils contre des méchants, etc. Et même à ce niveau de lecture, c’est très bien. S’il y a des trucs plus subtils à discerner, pour moi c’est du bonus. En gros c’est cool que ce soit là, mais même sans comparer aux comics de l’époque et en réfléchissant à la réactualisation de l’univers, ben j’aurais quand même apprécié ma lecture. La structure du récit avant tout ! Narration, dialogues, découpage, synergie des personnages, enjeux prenants. Ah il y a une métaphore sympbolique aussi ? Ok cool.
            Pour toi c’est donc très important que ce soit là. Ok.

  • Thierry  

    Ah ouais. Ça c’est mon genre de BD. J’ai beaucoup aimé sa série de Vision. Son Mister Miracle est résolument à la tête de ma liste. Merci JP pour le super article!
    PS: j’ajoute mon vote à la colonne WOW pour la couverture de Darkseid. 😉

  • JP Nguyen  

    @Patrick : merci pour ton retour nuancé sur tes impressions de lecture. Depuis ton retour aux comics, quels autres titres as-tu essayé ?

    @Bruce : pour la BO, sur Facebook, un lecteur suggérait « Dark side of the moon ». J’ai répondu qu’on réservait le titre pour un prochain article où l’on serait amené à parler des fesses de Marc Spector !

    @Thierry : Darkseid is !

  • Présence  

    J’ai profité de mes vacances pour lire ce Mister Miracle.

    Durant les 6 premiers épisodes, j’ai été décontenancé par rapport à mes attentes concernant le personnage, et celles relatives à l’écriture de Tom King. Effectivement, il y a trois spectacles d’évasion spectaculaires : cylindre rempli d’eau, caisse lâchée d’une grue, un tonneau sur une voie ferrée. Mais cela ne semble être que des points de passage obligés, sans conséquence sur le récit. L’impossibilité de savoir sur quel pied danser a pour effet de neutraliser une bonne partie de la tension dramatique puisque finalement peut-être que tout ça n’est que dans la tête de Scott. Les scènes sur New Genesis semblent plus oniriques que réelles, et elles rompent rapidement avec le statu quo de la série originelle des New Gods. Et puis à quoi correspond le massacre de Funky Flashman à la fin de l’épisode 5, puisqu’il réapparaît bien vite comme si de rien n’était ? Et même pourquoi ce personnage est-il montré comme sympathique ? En effet Tom King maîtrise sur le bout des doigts la mythologie du Quatrième Monde et rend hommage à Kirby à plusieurs reprises (il a choisi Kurtzberg comme nom de famille d’Oberon car c’est le vrai nom de famille de Kirby, ou encore la phrase Jack is King dans l’épisode 8), or Flashman était une satire moqueuse de Stan Lee, Kirby n’ayant pas digéré comment il l’avait traité. Enfin, Darkseid est totalement absent du récit dans ses deux premiers tiers, même si son existence se fait sentir…

    Ce n’est qu’avec l’événement majeur de l’épisode 7 que j’ai capté comment les différentes ingrédients de la série s’assemblent pour un plat succulent. C’est comme si un interrupteur avait été actionné. J’ai retrouvé les 2 thèmes principaux, récurrents dans l’œuvre de Tom King : la dynamique d’une relation de couple, les syndromes de stress post traumatiques. Une petite larme quand Big Barda indique à Scott ce que sa tentative de suicide a eu comme effet sur elle, un moment d’une justesse émotionnelle extraordinaire, et il y a en de nombreux autres. Big & Scott évoquent à plusieurs reprises leur enfance dans l’orphelinat de Granny Goodness : les cruelles épreuves infligées. Là encore, le scénariste se montre d’une rare subtilité, évoquant tout aussi bien la volonté irrépressible de l’enfant qui veut faire plaisir même à son tortionnaire, le jeune adulte qui choisit une vie en réaction à cette enfance maltraitée, les parents qui sacrifieront tout pour que leur propre enfant n’ait jamais ça à vivre. Tom King ne se limite pas à ces deux thèmes, évoquant également la preuve de l’existence de l’individu à partir du Je pense donc je suis, de René Descartes (1596-1650) d’une manière intelligente, la dynamique de l’équation anti-vie tant recherchée par Darkseid, la nature de ce qui pousse Scott Free à s’évader, et quelle évasion ultime pourrait le contenter. Une fois que le lecteur est en phase avec la narration, il perçoit les nombreux ingrédients du récit allant de la question du vrai prénom de Scott (celui que lui a donné son père Izaya avant de le confier à Darkseid) à l’apparition de la Justice League le temps d’une double page dans l’épisode 10 qui joue sur un autre sens du mot évasion (la littérature d’évasion).

    Du coup, passé la première moitié, mon ressenti et mon avis ont complètement basculé passant de Travail soigné, à Histoire magnifique.

    • JP Nguyen  

      Merci pour ce retour détaillé, Présence !
      Certains détails que tu relèves m’avaient échappé, tu me donnes envie de me replonger dans cette mini… J’ai quand même poussé un « ouf ! » mental de soulagement en apprenant que tu avais pu apprécier ce récit, entre ton éclectisme et ta culture sur l’univers DC, j’aurais eu du mal à comprendre que ça ne matche pas… (bien que, comme Matt l’évoque aujourd’hui sur l’article Young Avengers, y’a aussi l’histoire toute simple des goûts, puis la question du « bon moment » pour découvrir telle ou telle histoire…)

      • Présence  

        À la fin de l’épisode 6, je suis venu relire ton article avant d’attaquer le 7, pour disposer de ton regard et essayer de capter à côté de quoi je passais, pour saisir ce qui ne me parlait pas. Il est vrai que j’ai dépassé la phase de la vie où les parents s’occupent de leurs jeunes enfants. Ton article a participé à me mettre en phase avec le récit, et je t’en remercie.

    • Jyrille  

      « Et puis à quoi correspond le massacre de Funky Flashman à la fin de l’épisode 5, puisqu’il réapparaît bien vite comme si de rien n’était ? » Pareil, je n’ai pas compris ceci. A moins que tout ne se passe uniquement dans la tête de Scott… C’est comme les cases aux dessins perdant le focus, comme des perturbations électroniques (les glitchs dont parle JP) : que siginifient-ils si ce n’est une erreur de perception ? Et donc de la vision du héros pris dans un monde fantasmé ?

      Autre chose : les premières et dernières planches de chaque épisode qui ont une voix off semblant venir directement de Funky en monsieur Loyal, qui appuient l’impression de spectacle sans réalité.

      Je te rejoins complètement sur les thèmes et les moments d’émotions, mais j’ai encore du mal à raccrocher les wagons de l’histoire entre ces différents détails qui me perturbent.

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