Phonogram is rubbish (Review Phonogram)

Phonogram par Kieron Gillen et Jamie McKelvie

This is not Hardcore

This is not Hardcore

AUTEUR : BRUCE LIT

VO : Image

VF :Glénat

Parue initialement en 2007 en noir et blanc, Phonogram est censée être une pièce maîtresse dans la bibliographie de Kieron Gillen. Tant et si bien qu’elle ressort chez Image en version colorisée par Matt Wilson.

L’édition Glénat est soignée  avec les couvertures américaines parodiant les albums de Blur (Modern Life is Rubish), Oasis (Definitely Maybe), le premier Suede et bien entendu le This is Hardcore de Pulp retenue pour ce premier TPB. Un petit lexique sympathique sur la Brit-Pop figure également en bonus.

L’iconographie retenue pour cet article mixera les versions noir et blanc et couleur.

Cet article est garanti sans spoilers mais aucunement en perfidie albionesque

Avec Aaron, Remender, Fraction, Bunn ou Lemire, Gillen fait partie de ces scénaristes qui avec une décennie créative au compteur peuvent commencer à être jaugés sérieusement sur leur oeuvre. Leur point commun ? Avoir su garder un équilibre entre les labels indépendants en creator owned et le beurre pour les épinards chez Marvel.

Le britannique Gillen aura connu un parcours en dents de scie : des Xmen sans aucun intérêt mais une réputation assise avec The Wicked and the Divine. Et cette réédition de Phonogram que Warren Ellis qualifia en son temps d’essentiel et de cousin underground de Wicked and Divine par Gillen himself; une fable ambitieuse ayant pour objectif philosophique de montrer comment la musique peut changer la vie d’un individu pour le meilleur et pour le pire.

THIS is Hardcore !

THIS is Hardcore !

Bruce Lit étant un site rock et malgré le désintérêt total de votre serviteur pour les histoires avec de la magie en arrière plan, je me suis penché sur Phonogram avec la plus haute bienveillance, sachant que toute littérature rock m’intéresse, que j’aime avoir du Glénat à la maison et que This Is Hardcore est le disque qui m’a accompagné tout au long de la rédaction de mon mémoire il y a 20 ans.

Le pitch (officiel) de la série : Cela fait dix ans que la déesse de la pop Britannia est morte. Dix ans que les méandres de cette affaire hantent les pensées du phonomancien David Kohl.  Il est proche de la rupture. Est-il seulement capable de découvrir la vérité tant qu’il lui reste un semblant de raison ? Suivez la quête trouble de ce sorcier du son dans une fable de dark fantasy moderne où la musique est magique, et où une chanson peut sauver votre vie… ou la détruire.

Le Spider Constantine de Gillen

Le Spider Constantine de Gillen

Vous n’avez pas compris grand chose ? C’est normal ! Phonogram est tellement agité du bocal que 5 chapitres et 150 pages plus tard il n’y a rien à comprendre. On saisit immédiatement que David Kohl est une tête à claques, hybride de Spider Jerusalem pour la fuck attitude,  le regard acerbe sur ses congénères et John Constantine pour le côté branleur adepte de magie noire avec plein de casseroles à faire oublier.

Ce n’est un secret pour personne : Warren Ellis, je m’en fous totalement, son écriture ne me touche jamais mais l’homme a du talent et des choses à dire. Gillen lui patauge lamentablement dans son histoire qu’il n’arrive pas à raconter. Rarement un premier épisode n’aura été si peu excitant. Non seulement on ne comprend rien mais l’ensemble ne décolle jamais.

Il a l'air sympa hein ?

Il a l’air sympa hein ?

Kohl rencontre une déesse d’on ne sait pas quoi qui lui demande de corriger une erreur d’une autre déesse d’on ne sait pas qui. Il s’exécute en tant que phonomancien voyageant entre fantasme et réalichiée tellement tout ça est mal torché, confus et pédant. A aucun moment, Gillen ne daigne expliquer à son lecteur qui bande mou ce qu’est un phonomancien. A aucun moment on ne devine ce que c’est. Et pire, à aucun moment on se rend compte qu’on a envie de le savoir.

Kohl est un con autoproclamé qui discute de la musique de la manière la plus prétentieuse possible, de manière partiale et sèche sans que jamais ne perce le moindre rapport charnel et émotionnel à la musique. Kohl c’est le mec en soirée qui va vous intellectualiser votre rapport aux décibels et vous prendre de haut si vos goûts ne correspondent pas aux siens. Extrait ? : « Le truc avec Kenickie (un groupe de l’époque-Ndr), c’est que par la nature même de leur existence, ils tissent un lien entre les dichotomies inhérentes à la pop moderne, une personne ou un groupe ».

Putain....mais faîtes le taire !

Putain….mais faîtes le taire !

Imaginons, que tout ça soit volontaire et que Khol soit délibérément antipathique. Le problème c’est que son histoire ne va nulle part. Kohl se fait envoyer chier par une nana différente à chaque chapitre, ressasse sur le fait que Kula Shaker est un groupe de merde et que Manic Street Preacher était ce que la scène Britpop avait de mieux à proposer.

On est jamais intéressé par l’enjeu que Kohl doit surmonter et pour un rocker anticonformiste, la plupart des scènes qu’il traverse et les personnages qu’il côtoie sont une enfilade de clichés : le copain branleur qui se shoote et baise les copines de son pote, l’ancienne rockeuse indie rangée devenue fonctionnaire, la fan de rock sinistre qui se suicide pour faire comme son idole, etc. Et ces histoires de magie, de Dieu et Déesse MAIS ON S’EN FOUT tellement ça fait gadget d’un scénario qui en manque cruellement, de magie.

Tu te sens mieux, ça y'est ?

Tu te sens mieux, ça y’est ? (ben moi j’aime Kula Shaker)

Côté dessin, c’est fonctionnel, certaines expressions de visages sont amusantes, mais c’est pas la fête non plus. Disons qu’à côté de Jamie McKelvie, Steve Dillon est un décorateur hors pair…Ce n’est pas pour faire mon Présence hein, mais lorsque ton objectif est de montrer les transformations radicales de la société anglaise via la britpop, ben la société en question, ce serait bien de la représenter….

Or le volet graphique est aussi brumeux que le fog londonnien. Moi, je ne suis pas difficile question dessin, je suis même un inconditionnel de tous les bouquins des Frères Luna dont la qualité d’écriture et la dynamique du récit me font fermer les yeux sur leurs tronches de cake. Là, c’est à peine plus élaboré, on ne sait pas à quel époque se passe le récit, on en a juste une vague idée et les vêtements passe partout font que Phonogram pourrait se passer il y a 20 ans comme aujourd’hui.

C'est bien connu : en discothèque le monde disparaît....

C’est bien connu : en discothèque le monde disparaît….

Enfin, et ça, c’est purement subjectif, nos souvenirs de la Brit-Pop ne sont pas les mêmes…La Brit-Pop est apparue un peu après la mort de Kurt Cobain. Le grunge pour beaucoup d’Anglais fut une purge musicale avec ses musiciens dépressifs et héroïnomanes, habillés en chemise à carreaux et leurs des guitares métalliques. Jarvis Cocker de Pulp ira jusqu’à humilier publiquement la mégalomanie de Michael Jackson dans une cérémonie restée célèbre.

Le Brit-Pop marqua le retour de la gloire anglaise qui engendra mine de rien les groupes les plus marquants du rock : Beatles, Stones, Led Zep’, les Who, Pink Floyd, Black Sabbath et les Pistols…C’était le retour d’une certaine joie de vivre, des disques festifs et pince sans rire de Blur dignes descendants des Kinks, des interviews nosense des troufions d’Oasis qui mélangeaient Slade et les Beatles, le métissage de Kula Shaker, la classe dandy de Pulp, l’énergie incroyable de Supergrass et le retour de l’androgynie avec Suède.

Sorcellerie dans les latrines....

Sorcellerie dans les latrines….

Encore une fois, Gillen et McKenzie échouent lamentablement à restituer l’ambiance des années Trainspotting en mettant en scène des personnages revenus de tout, détachés de leurs émotions et évoluant dans un pays invisible à la recherche d’on ne sait quoi. Oui la Brit-Pop fut un bel écran de fumée des années Blair. Mais pour le savoir, il fallait le traverser, le vivre et savoir le décrire.

Vous l’aurez compris, Phonogram est un naufrage aussi bien dans les intentions de Gillen qui échoue à tous les niveaux qu’un scénariste peut imaginer (dialogues pourris, personnage principal nul et secondaires insignifiants, intrigue nébuleuse) que dans le dessin qui ne rend jamais le glamour de l’époque.  En cela, le message inconscient du pastiche de Pulp est limpide: avec Phonogram, c’est la Britpop qui est poignardée dans le dos.

Allez ? Qui reconnaît tous ces disques ?

Allez ? Qui reconnaît tous ces disques ?

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« On a pas changé » 1/6
Avec son pastiche du sacro-saint « This is hardcore », le « Phonogram » de Kieron Gillen plaçait haut la barre du comics’n’roll. C’est pourtant un ratage total que Bruce Lit vous somme d’éviter..

La BO du jour : Le meilleur groupe Britpop. La meilleure chanson Britpop. Voire, la meilleure de tous les temps. Clip sublime. Pulp méritait mieux que la bouse de Gillen…

40 comments

  • Bruce lit  

    @Présence: Slayer est peut être le seul groupe qui me faisait peur avec leur jeu dangereux autour des chansons sur les Chambres à gaz.

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