RETOUR VERS LE FUTUR ! (Review : Collector)

Collector par Olivier Bonnard

 Portrait Robot

Portrait Robot d’un geek

Par : 6 PATRICK FAIVRE

VF : Acte Sud

Cet article portera sur le thriller nostalgique d’Olivier Bonnard publié en 2016 chez Acte Sud. Attention, il s’agit d’un roman et les images de l’article ne sont pas incluses dans le livre.

L’autre jour le présentateur du journal télévisé avait son air grave et sa mine des mauvais jours. Il faut dire que son constat était sans appel : les Français ne lisent plus ! L’hexagone n’est plus le pays de la littérature puisqu’il semblerait que la moyenne nationale soit d’un livre lu par an et par habitant !
C’est peu, mais rassurez-vous, si vous faites partie de cette moyenne d’un livre annuel, j’ai une très bonne nouvelle : j’ai déjà trouvé le livre que vous lirez cette année ! (Ne me remerciez pas c’est mon métier).

Alors voilà le livre s’appelle Collector et il a été écrit par Oliver Bonnard.
Son auteur est né en 1974 en banlieue parisienne «sous le signe du cancer ascendant Goldorak» comme il est précisé dans sa bio. Et le moins que l’on puisse dire est que cela se sent puisque son second livre n’est rien de moins qu’une sorte de A la recherche du temps perdu version Geek ! Jugez plutôt :

Thomas Strang (le nom a sans doute été choisi en hommage à la revue des éditions Lug) est de la génération élevée aux dessins animés de Récré A2, Goldorak et Albator en tête ! Autant dire ce qui est, il ne s’est jamais remis de cette période ! Sa seule passion arrivé à l’âge adulte consiste à entretenir la flamme de son enfance en collectionnant tous les jouets estampillés 80’s.
Thomas ne jure que par les jouets Mint in box, comprenez non encore sorti de leur boite, sous blister. Des figurines, des vaisseaux, des cartes d’époque, bref il achète à prix d’or tout ce qui lui évoque cet eldorado fantasmé made in Dorothée !

Dans sa quête sans fin du jouet collector il a trois solides alliés : Ebay, un métier de journaliste lui donnant un bon revenu mensuel et surtout un banquier (à priori) indulgent envers ses découverts bancaires !

La boite de Maskatron, l’ennemi de Steeve Austin, détournée pour en faire un instrument publicitaire du livre !

La boite de Maskatron, l’ennemi de Steeve Austin, détournée pour en faire un instrument publicitaire du livre !

En bon adulescent, il consacre un temps et un argent faramineux à sa passion. De quoi largement inquiéter sa petite amie Pénélope. L’attendrissement initial provoqué par le hobby pour le moins décalé de son compagnon a laissé place avec les années à une franche exaspération. Jusqu’au jour fatidique où elle découvre que Thomas a utilisé l’argent du Plan d’épargne commun pour acheter le stock d’une boutique de jouet en instance de fermeture ! Il a beau expliquer qu’il va tout revendre et rapporter 3 fois la mise, cette ultime trahison débouchera logiquement sur une rupture.

Ainsi donc grâce à l’argent du ménage Thomas trouve croupissant dans les caves du susdit magasin de jouets (véritable caverne d’Ali Baba du Geek) un robot étrange dont il n’a jamais entendu parler (ultime insulte pour un collectionneur aussi acharné que lui) appelé le Gladiateur de la gamme ArkAngel ! Curieusement, il cache cette découverte à son meilleur ami, Alex, un autre Toy hunter encore plus allumé que lui (un No-life ascendant psychopathe). Et pour cause après enquête il découvre ce jouet tiré d’un obscur dessin animé, lointain ancêtre de Goldorak, dispose d’une sombre aura de mystère. Son nom n’est qu’une légende qui se murmure entre collectionneurs invétérés : ce robot (désormais introuvable) ferait partie d’une trilogie de jouets qui, sur le même principe que les Transformers, une fois assemblés formerait un tout. Ce curieux assemblage aurait le pouvoir de faire remonter dans le temps ! Le saint Graal de tous les Toy hunters !

Le Roller Sky de X-Or un joujou à 1.180€ remporté sur ebay avec une scène de ménage à la clé pour Thomas !

Le Roller Sky de X-Or un joujou à 1.180€ remporté sur ebay avec une scène de ménage à la clé pour Thomas !

Il n’en faut pas plus pour intriguer Thomas : et si la légende disait vrai ? Et si ce mystérieux robot était la clé pour retrouver son paradis perdu, celui de Big Jim, de la colle Cléopâtre, du rubik’s cube et de la Dictée magique ? En un mot la porte d’accès à son enfance chérie !

A partir de là il n’aura plus qu’une seule obsession : retrouver les deux autres robots et déterminer s’ils ont vraiment les pouvoirs qu’on leur prête ! Il doit trier la réalité du fantasme. Il y a une chance sur mille d’atteindre son but mais Thomas est prêt à tout pour revivre son enfance !
Il va sans dire que sa quête suscitera bien des convoitises et le confrontera à des dangers pour le moins inattendus…

Army dreamers !

Army dreamers !

La première moitié du livre nous plonge dans le petit monde des Toy hunters. Cette histoire sent le vécu à plein nez puisque l’auteur est lui-même un collectionneur de jouets ! Il connait donc parfaitement son sujet et n’a aucun mal à nous le rendre crédible. Entre chaque chapitre figure des passages d’articles provenant de différents blogs ou publications écrits par Thomas, l’alter-ego de l’auteur. Ces articles décrivent des gammes de jouets précisément avec moult chiffres et moult dates à l’appui. Faisant la part belle à l’historique des jouets ainsi qu’une critique pointue et avisée de chaque modèle. La précision est de mise et l’on voit bien que l’on a affaire à un spécialiste acharné !

Ce n’est d’ailleurs pas le moindre des paradoxes, bien que ce livre soit très largement autobiographique, Olivier Bonnard ne fait cependant aucun concession à son personnage principal ! Il le présente comme un peu fourbe, avec une morale…hum… toute particulière : il ment à ses amis pour leur soutirer leurs jouets, il triche, il vole, il n’hésite pas à tabasser un môme (bon ok ce dernier l’avait amplement mérité mais bon), à draguer sa propre mère (ohlala)… Bref en un mot comme en 100, même s’il est très attachant Thomas n’en reste pas moins totalement irresponsable et complétement immature !

Les ancêtres de la Playstation !

Les ancêtres de la Playstation !

Bon arrivé à ce stade vous me direz « Bon c’est sympa ton truc, mais c’est un roman de niche réservé au maniaco(dépressif) du Toy hunting »… et vous n’auriez qu’à moitié tort ! Il est en effet assez probable qu’une personne totalement étrangère au monde du jouet, ou simplement ayant tiré un trait sur son enfance, ne trouverait absolument pas son compte à la lecture de ce livre ! (voire même s’y ennuierait ferme, noyée sous les références cryptées et ésotériques dont elle se contrefout).
Oui mais voilà, l’auteur joue précisément sur le fait que « les personnes ayant tiré un trait sur leur enfance » n’existent pas ! (ou sont de sinistres personnages, ou ne font pas partie des lecteurs ce blog. Au choix).
Par exemple l’âge d’or que Thomas veut absolument retrouver est l’an de grâce 1985, année où pour ma part j’avais déjà tourné le dos à mon enfance (décédée à mon entrée au collège 4 ans plus tôt). Bref si 85 évoque plus pour moi l’enfer tiède du collège plutôt qu’une période idyllique, j’ai été malgré tout extrêmement sensible à la quête initiatique (à 30 ans passés) de Thomas et sa volonté aussi pathétique qu’émouvante de revenir vers une enfance magnifiée par le souvenir…

Un travail d’agent secret pour Thomas tel le Big Jim 004 et ses visages tournants.

Un travail d’agent secret pour Thomas tel le Big Jim 004 et ses visages tournants

C’est justement dans la 2éme partie du roman que l’auteur touche à l’universalité puisqu’il quitte le monde nombriliste et narcissique du Toy hunting (et la fuite en avant qu’il représente) pour rentrer dans celui de la nostalgie pure !
Si aviez la possibilité de revenir dans votre enfance que feriez-vous ? Si vous vous trouviez face à face avec l’enfant que vous étiez que lui diriez-vous ?
Voilà les questions auxquelles Thomas va devoir trouver une réponse aussi rapide que précise !
Le livre nous confronte à notre rapport à l’enfance, au prisme déformant du souvenir et au syndrome du « c’était mieux avant ».

C’est dans cette partie que l’auteur donne le meilleur de lui-même, il décrit avec délicatesse et justesse la famille dysfonctionnelle, il parle du sentiment de n’être jamais complet, des humiliations passées et des blessures jamais refermées.
Comme le dit l’auteur « on a tort d’être trop heureux, enfant. C’est plus dur, après ».

La navette d’Ulysse détachable en 3 parties : « Un jouet pour gosse de riche »

La navette d’Ulysse détachable en 3 parties : « Un jouet pour gosse de riche »

Rempli de vitalité et d’humour le livre se lit extrêmement facilement, dans un rythme très soutenu et sans temps mort. Le style léger et drôle de l’auteur nous permet d’oublier quelques étrangetés scénaristiques (certains diront maladresse du scripte).
En effet les personnages tout embourbés dans leur quête rétro-futuriste en oublient complétement de se demander ce qu’ils feront une fois arrivés sur place, dans les années 80 ! N’ont-ils pensé qu’au tourisme temporel sans envisager un seul instant aux conséquences inévitables d’une telle démarche ?
Thomas a vu 100 fois Retour vers le futur et pourtant il ne pense même pas à prendre l’almanach des résultats sportifs de ces 30 dernières années avec lui ? Même pas un seul résultat du Loto de 1985 ? Tsts alors on ne maitrise pas ses références Geek ou quoi ??
Par ailleurs certains rebondissements sont si évidents qu’on s’étonne qu’aucun des personnages ne les aient anticipé ! Etre pris dans le feu de l’action n’empêche pas pour autant un minimum de réflexion…

Ceci dit relativisons, ces légers défauts de narration ne gâcheront en rien le plaisir de la lecture. D’autant plus que l’enquête pour retrouver les 2 robots manquants conduira le personnage principal dans une intrigue qui n’est pas sans évoquer un Da Vinci Code version Geek, on s’attend donc à trouver un vaste complot visant à changer le cours de l’histoire ou que sais-je… On est surpris (et un peu soulagé) de constater que l’auteur n’a choisi que de se concentrer que sur l’intime des personnages au détriment de toutes machinations ténébreuses.

Au final on termine le livre en ayant passé un excellent moment, ému d’avoir retrouvé le temps d’un instant le paradis perdu de notre enfance.
Si, comme le disait Hugo la nostalgie c’est le plaisir d’être triste, ce roman aura réussi le tour de force de nous remplir de joie et de tristesse en même temps.
De quoi nous convaincre que la madeleine de Proust avait en réalité la forme d’un robot nippon !

Oliver Bonnard : J’ai dix ans, si tu me crois pas hé t'ar ta gueule à la récré !

Oliver Bonnard : J’ai dix ans, si tu me crois pas hé t’war ta gueule à la récré !

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La BO du jour : la confession d’Arno, Patrick, d’Olivier et bien d’autres…

18 comments

  • Matt & Maticien  

    Je salue la chronique d’un roman
    Décidément Bruce Lit de tout. C’est chouette.

    Très beau commentaire et tu as raison ce qui ont oublié leur part d’enfant ne lisent pas Bruce Lit où en tout cas souffre cette semaine qui ressemble à un gros paquet de Madeleine décidément.

    Tu pourras à l’occasion nous faire un article les toyshunters japjaponais. …

  • JP Nguyen  

    Hey, Patrick est un récidiviste ! Il avait déjà chroniqué le roman High Fidelity !
    Bon, avec mes visites de la médiathèque, je crois que je suis un peu au-dessus de la moyenne nationale (je dois en être à 3 livres sans images pour 2017).
    Je note celui-là comme un éventuel futur emprunt. Ceci dit, le héros de ce roman me semble assez caricatural et, de ce que tu en décris, je ne me retrouve pas tout à fait dans ses motivations.
    A vrai dire, le terme « adulescent », ré-entendu récemment, me gonfle. C’est quoi être un vrai adulte ? Se payer des costumes à 5000 euros et des montres à 1000 euros plutôt que le roller-sky de X-OR ? Dans les 2 cas, claquer autant de fric pour ces objets ne me semble pas faire preuve de maturité…

    • Matt  

      Ouais, moi d’accord avec JP ! J’ai l’impression qu’un adulescent est juste un mec jugé par celui qui trouve que tous ces trucs de geeks, c’est des conneries pour gamin. En gros ce qu’on essaie de démentir ici même.
      Parce qu’en effet, je ne trouve pas qu’un mec qui se paie une bagnole a 40 000€ est plus malin que le mec qui va dépenser 200€ dans une figurine, et 3 000€ pour sa voiture.

  • Présence  

    L’iconographie de l’article est impeccable, j’ai même reconnu la figurine de Goldorak de 60cm que j’avais reçu pour un Noël.

    Je suis épaté par ton article qui sait retranscrire la force de cette quête du Saint Graal : l’obsession irraisonnée que l’on peut développer pour acquérir un comics, une BD, une figurine à tout prix, en ‘layant chargée d’une valeur émotionnelle qu n’existe que dans notre tête. En lisant ton article, je me suis demandé si ce livre n’était pas également un moyen astucieux pour l’auteur d’effectuer une thérapie au frais de ses lecteurs. 🙂

  • OmacSpyder  

    Merci Patrick pour cette chronique qui confirme une fois encore l’éclectisme de ce blog. Un roman de 320 pages en plein dans une semaine dédiée aux plaisirs de l’enfance.
    Il est vrai que le monde des chasseurs, collectionneurs, customers, méritait bien un roman. Une histoire d’adulte en somme. Et tu éclaires bien dans cette histoire l’aspect de l’incomplétude qui sans cesse épingle celui qui épingle les objets de sa collection comme autant de papillons. Et le roman semble bien aller dans le sens d’une quête de l’enfance perdue dont l’amoncellement d’objets ne rapproche que très provisoirement. Il était donc logique que le roman aboutisse à cette question que tu épingles : que dirait l’adulte à l’enfant qu’il a entre-temps idéalisé, « nostalgisé »? De quelles blessures, failles, bonheurs « indigérables » cette quête est-elle l’écho?

    Ca peut faire une bonne idée de lecture pour les vacances ce Collector. En espérant que l’auteur n’ira pas dilapider ses deniers ainsi gagnés dans une autre quête addictive! 😉

  • Patrick 6  

    @ M&M : Les toys hunters japonais sont des animaux craintifs qui ne se laissent pas approcher aisément… Mais si j’en croise je me fendrais surement d’un article sur eux 😉

    @JP : Et oui en effet c’est le 2éme roman auquel je m’attaque ! (Mince même moi j’avais oublié, bravo à toi pour ta mémoire ! ^^)
    Cependant je peux dissiper ta crainte le personnage central est tout sauf caricatural, il est même assez réaliste et ressemble d’ailleurs à certaines personnes que j’ai pu croiser…
    Névrosé à un stade supérieur, il est à la fois attachant et tête à claque en même temps.

    Ah tu soulèves au passage une très bonne question : qu’est-ce qu’un adulescent, qu’est ce qu’un adulte ! Le débat est lancé si quelqu’un a la réponse…

    @ Matt : J’ai depuis longtemps fait mienne l’une des chansons de Jacques Brel : « il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adulte »

    @ Présence : Ah tu as eu plus de chance que moi pour ton Noël, puisque rupture de stock oblige je n’ai eu droit qu’à son confrère Raideen ! En parlant de traumatisme d’enfance… ^^

    L’écriture ayant bien souvent une valeur de thérapie, j’intuite que ta théorie n’est pas tout à fait infondée… (Pour la coup l’auteur devrait des honoraires à chacun de ses lecteurs !)

    @ Omac : Je reconnais en toi le thérapeute professionnel : sans l’avoir lu tu as bien compris le vrai sujet du livre : comment guérir de ses blessures d’enfance et sur quelles béquilles « l’adulte » s’appuie-t-il pour avancer…

    • Matt  

      Je ne prétends pas avoir la réponse absolue sur ce qu’est un adulte, mais je pense que ce n’est pas lié à ses goûts en tous cas. Du moment que quelqu’un connait ses priorités, ses responsabilités, qu’il ne se ruine pas pour ses loisirs au détriment des conditions de vie de sa famille, je ne vois pas pourquoi celui qui achète des figurines serait plus immature que celui qui choisit de s’acheter plein de cravates, une belle voiture, plein de paires de chaussures. ça parait plus enfantin peut être à cause de certaines idées préconçues comme quoi un adulte doit couper les ponts avec son enfance et être triste et morose avec ses alignements de vêtements « sérieux » (le plus neutre possible, pas de signe de geekitude surtout), son logement le moins fantaisiste possible, etc…mais au final la maturité d’esprit d’une personne ne se mesure pas à ses goûts plus ou moins excentriques, mais juste à sa façon de vivre, de s’occuper des gens dont il a la responsabilité, etc.

      • JP Nguyen  

        Dans mes bras, Matt !

      • Jyrille  

        Oui, tout à fait d’accord. Je réfute le terme adulescent, qui n’a été qu’inventé pour expliquer la nouvelle génération d’adultes à l’ancienne. D’ailleurs, depuis, ce terme est tombé dans la désuétude, on parle plus facilement de générations X, Y et Z…

        Quant à la définition d’un adulte, je ne la connais toujours pas, mais surtout je crois qu’elle n’existe pas vraiment. Nous grandissons, c’est tout, aucune clé ne nous a été donné, aucune révélation n’a été faite, tout est faux dès le départ, il y a tromperie sur la marchandise. Du coup je veux être encore plus idiot qu’à mes 17 ans, c’est la seule façon d’appréhender le monde sans devenir fou.

  • Bruce lit  

    Si vous vous trouviez face à face avec l’enfant que vous étiez que lui diriez-vous ?:
    1/ T’inquiète pas tout finira par s’arranger avec les filles ; tu seras guéri de ta timidité et tu feras même des concerts en plein air !
    2/ Tu finiras par faire un travail qui te plaît sans trop de mathématiques et la plupart du temps on te fichera enfin la paix ! Tu seras même populaire un jour grâce à une forme de minitel des années 2000 !
    3/ NE JETTE PAS TES COMICS ET TES JOUETS bordel ! Le génie c’est l’enfance renouvelée à volonté disait Baudelaire. Et on peut être grand et tenter de ne jamais tuer l’enfant en soi….

    Je reviendrai commenter ton article quand j’aurai fini de lire Collector légué par un certain Patrick F avant son nippon travel. Juste une crainte : que l’écriture soit finalement geeko-geek et totalement centrée vers cette frange du public au détriment du littéraire. A voir.

    Personnellement je ne suis pas nostalgique de mon enfance. J’ai été plus que choyé et aimé, mais l’enfance est un moment si vulnérable que c’en est effrayant. Mes problèmes rencontrés quand j’étais gamin me semblaient le triple de ce que c’était et je n’avais qu’une seule envie : savoir me défendre seul, ce qui était inconcevable pour l’enfant chétif que j’étais.

    @JP : je ne suis pas sûr d’avoir écrit ça. Je ne crois pas du tout à la thérapie par l’écriture. Non. Je pense que l’écriture me libère, ça oui, me permet de m’évader, de me sentir libre et de recentrer mes pensées. Le fait d’être lu est plus que valorisant mais l’écriture ou la pratique d’un art reste à mon sens une fuite. Une fuite n’ayant rien de honteux, une bulle d’oxygène dans le vide, une oasis dans le désert mais pas une thérapie.
    Une thérapie, j’en ai tâté pendant 7 ans avec une psy, c’est pas du tout la même chose: guidé par un professionnel bienveillant quoiqu’il arrive, tu pars à la recherche de tes blessures et de ton histoire. Tu prends conscience de ce dont tu n’as pas conscience, tu réalises tes erreurs. C’est un processus long, douloureux mais passionnant de guérisn intime qui se fait hors de la vue d’un quelconque public.
    Si la musique ou l’écriture était une thérapie, on aurait quand même moins d’artistes suicidés non ?

    La thérapie c’est autre chose et ça ne minimise pas mon rapport à l’art qui peut avoir des effets thérapeutiques, qui peut diminuer ou canaliser la névrose sans la « guérir ».

    • Bruce lit  

      Je l’avais ce Goldorak bordel !

    • Patrick 6  

      J’aime bien ce que tu dirais au jeune Bruce 😉
      Je nuancerais cependant ton propos (et je pense qu’Omac pourra le confirmer) la thérapie ne jamais guérit personne de quoi que ce soit, elle apprend simplement à « vivre avec »… et la création aussi finalement.
      Même pour cette dernière sans « tuteur » extérieur elle peut très bien ne mener à rien et rendre les choses pires.

      • Bruce lit  

        Je suis d’accord Patrick : la nevrose c’est comme l’hydre : tu en coupes une tête et ça repousse. Je dirai juste qu’en ce qui me concerne l’écriture est un baume, un plein d’essence, ou un opiacé qui m’aide à supporter la douleur. Mais qui ne la supprime pas.
        Tu peux t’endormir sous Morphine pour oublier la douleur. Mais parfois, tu as besoin qu’un chirurgien opère. C’est comme ça que je vois le thérapeute.

        • OmacSpyder  

          Je rebondis sur vos très intéressants propos. Ça réfléchit décidément bien par ici! Je relève notamment le mot qu’utilise Bruce quant à la psychothérapie : opérer. En effet il s’agit d’opérer avec des mots, permettant d’ouvrir des pans enkystés afin de considérer des parties de soi ignorées jusqu’alors.
          Ainsi comme le dit Patrick, la visée d’une psychothérapie n’est pas la guérison en tant que telle, si l’on considère qu’on ne guérit pas d’une névrose ou d’une psychose. On peut soigner les symptômes par contre.
          L’écriture comme d’autres formes d’expression relève davantage du symptôme que de la thérapie dans ce sens. Mais il y a des symptômes qui empêchent de vivre et d’autres qui apportent un « plus- de-vie ».
          Prendre soin de l’enfant que l’on a été sans l’idéaliser ni le nier, et réussir à lui donner la parole de façon épanouissante est une issue plutôt « pas mal ».

          • Bruce lit  

            HE ! Je vais dire ça à ma femme !
            Merci Omac !!!

          • OmacSpyder  

            @Bruce : Ah Ah Ah!
            La femme (dans le couple) ça c’est un autre symptôme encore!

          • Matt & Maticien  

            J’aime beaucoup la dernière phrase

  • Jyrille  

    Je n’ai jamais entendu parler de ce roman mais merci Patrick pour la présentation ! Ton article est bien marrant et je trouve que tu montres parfaitement bien le souci que peut devenir une passion. En l’occurrence, je crois bien que j’avais quelques jouets que tu illustres ici, mais pas certain du tout. Ce qui est certain, c’est que je les avais déjà vus enfant, et c’est une sacrée madeleine que tu postes là ! C’est tout à la fois mystérieux et parle directement à l’enfant en nous… Peut-être lirais-je ce roman à l’occasion.

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