Sans peur et presque sans reproche (DD Netflix)

Daredevil –saison 1 – Netflix

Un article de   JP NGUYEN

1ère publication le 18/04/15 – MAJ le 01/03/20

Ah, ces aveugles, ça se cogne de partout…

Ah, ces aveugles, ça se cogne de partout…

Cet article couvre les 13 épisodes de la série Daredevil, disponibles sur Netflix depuis le 10 avril 2015. Outre leur diffusion sur une plateforme de streaming et non pas sur une chaîne de télévision, il faut noter que tous les épisodes ont été mis en ligne en même temps, permettant le « binge watching » auquel votre serviteur aura cédé. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore vue, je limiterai les spoilers sur la série.

L’avis des copains de Comixity : ici.

Après la déception du film de 2003, réalisé par Mark Steven Johnson et avec Ben Affleck dans le rôle de Matt Murdock, j’étais plutôt méfiant sur une nouvelle adaptation « live » de mon super-héros fétiche. Mais les informations qui filtraient au fil des mois laissaient espérer une œuvre plus réussie et après visionnage de l’intégralité de la saison 1, force est de constater que les créateurs de la série, Drew Goddard et Steven DeKnight, ont effectué un quasi sans-faute. En commençant par un casting presque parfait, avec des acteurs collant particulièrement bien à leur rôle. Charlie Cox n’est pas roux, c’est là le seul bémol qu’un puriste pourrait trouver à redire, car sinon, il est très convaincant que ce soit en costume d’avocat ou en justicier nocturne.

Les personnages secondaires sont également très bien castés, de Foggy Nelson à Karen Page en passant par Ben Urich. Dans le camp d’en face, Vincent D’Onofrio en impose carrément dans le rôle de Wilson Fisk mais il n’écrase pas le reste de la distribution des méchants, ethniquement assez diversifiée (des russes, une chinoise, un japonais…). Fisk se fait parfois voler la vedette par son bras droit, Wesley, très bien interprété par Toby Leonard Moore, qui campe à merveille son rôle « d’arrangeur ».

Un Kingpin moins "larger than life" que dans la BD mais quand même très convaincant

Un Kingpin moins « larger than life » que dans la BD mais quand même très convaincant

La série démarre dans un New York en pleine reconstruction après la gigantesque bataille entre les Chitauri et les Avengers alors que Matt Murdock et Foggy Nelson débutent leurs carrières d’avocat,. Leur première cliente sera Karen Page, accusée du meurtre d’un de ses collègues, retrouvé poignardé à son domicile. Matt et Foggy vont sortir Karen de ce mauvais pas et celle-ci deviendra leur secrétaire. Par la suite, l’enquête sur la machination dont a été victime Karen permettra de remonter à des opérations criminelles de plus grande ampleur, orchestrés par Wilson Fisk. Les deux premiers épisodes comportent de nombreux flashbacks montrant l’enfance de Matt et sa relation avec son père, Battlin’ Jack Murdock. Ces scènes sont très réussies et établissent très bien la relation père-fils qui trouvera une issue tragique suite au dernier combat du boxeur.

Le ton de la série est très noir et les influences les plus notables sont à chercher du côté de Miller, Bendis et Brubaker, voire Nocenti (pour une critique sociale discrète mais présente). Mais les auteurs ont évité le piège de l’adaptation trop servile de tel ou tel arc déjà publié dans le comicbook pour raconter une nouvelle histoire, conservant l’essence du personnage de Daredevil et de son univers tout en s’écartant du matériau d’origine lorsque cela était nécessaire. Ainsi, le Kingpin ne pouvait être aussi monumental/monstrueux que dans les comics, de même que la transposition du grapin/lasso-canne du papier vers l’écran n’aurait pas forcément fonctionné. Et c’est donc dans un costume noir, assez proche de celui montré dans Man Without Fear, la mini-série de Miller et Romita Jr, que le diable de Hell’s Kitchen patrouillera la nuit.

Noir c'est noir, y compris au niveau du costume…

Noir c’est noir, y compris au niveau du costume…

Dans l’ensemble, les changements apportés par les auteurs de la série fonctionnent plutôt bien. Par exemple; Leland Owsley n’est plus le Hibou, le super-vilain des comics, mais le comptable de Fisk. Et Stick, l’ombrageux maître qui entraîne le jeune Matt, apparaît dans l’épisode 7 avec une personnalité mélangeant les traits du Stick de Frank Miller et du Master Izo de Ed Brubaker. Owsley et Stick sont aussi deux exemples de personnages aux répliques parfois très drôles, l’humour n’étant pas absent de la série et apportant des moments de légèreté bienvenus.

Matt Murdock débutant à la fois sa carrière d’avocat et de justicier, son dilemme moral constitue le fil rouge de la série. Confronté à une criminalité très violente, aux trafics divers (drogue, mais aussi femmes et enfants), à la corruption des forces de police et à l’influence tentaculaire de Wilson Fisk, qui semble inatteignable par les voies légales, Matt hésite sur les méthodes à adopter et la ligne à franchir ou non. Ce dilemme est assez classique mais la série parvient à le présenter de manière convaincante mais sans trop de lourdeur, à l’instar des entrevues de Matt avec un prêtre, où les questions morales sont discutées sans tomber dans le prêchi-prêcha.

Le manichéisme est également évité grâce à un scénario qui humanise même les criminels : les flics ripoux, les chefs de gang russes, tous révèlent des failles et des facettes attachantes. Mais le méchant le plus approfondi dans la série, c’est évidemment Wilson Fisk via son idylle avec Vanessa et sa relation d’amitié avec son second, Wesley, ainsi que par l’évocation de son enfance et de ses relations avec son père dans l’épisode 8. Là encore, on retrouve l’influence du run de Frank Miller dans le traitement du personnage, mais réinterprété dans des scènes originales.

Déchiré sur le plan moral, Matt Murdock est aussi meurtri dans sa chair. Malgré ses talents de combattant, il revient souvent en sale état de ses excursions nocturnes (ce qui rend le personnage de Claire Temple, « Night Nurse », tout à fait pertinent). Les âpres duels que livre l’homme masqué sont très bien chorégraphiés (mémorable séquence dans un couloir à la fin de l’épisode 2). J’avais peur de retrouver une surabondance de ralentis et d’improbables coups de pied volant mais les auteurs ont opté pour une approche plus « réaliste » (tout est relatif) et viscérale. Les coups pleuvent et font mal, très mal. Cela conduira Matt à adopter un costume offrant plus de protection, qu’il ne revêtira que dans l’épisode 13.

Même si la conclusion de la saison était assez satisfaisante, je l’ai trouvée un peu précipitée. Autre bémol, le costume rouge susmentionné n’est pas une réussite totale, notamment au niveau du masque. Sous certains angles, il fonctionne, sous d’autres, il parait un peu ridicule. Un dernier point un peu étonnant : notre héros n’acquiert son surnom de Daredevil qu’au terme de la saison !

Ces quelques petits défauts me font enlever une demi-étoile mais ils ne doivent pas vous arrêter si vous hésitez à vous plonger dans ces 13 épisodes, qui sont d’une grande richesse, piochant moult éléments dans le comicbook originel et les adaptant avec brio et inspiration, profitant pleinement du format de série pour explorer les personnages et dérouler une intrigue solide, là où certains films tirés de comics se contentent de saupoudrer quelques détails pour faire du fanservice ou fusionner maladroitement des histoires déjà publiées.

Si vous êtes un tant soit peu fan de Daredevil (plutôt période Miller ou Bendis que Waid), cette saison 1 devrait vous satisfaire. Vous y retrouverez tout l’univers de l’homme sans peur, revisité avec bonheur. Après la déconvenue du film de 2003, voilà enfin une adaptation dont tête à cornes n’aura pas à rougir !

Paradoxalement, le rouge lui va moins bien…

Paradoxalement, le rouge lui va moins bien…

 

34 comments

  • Manu  

    J’ai commencé la série en étant très méfiant. Le visage de l’acteur qui joue Matt me faisait craindre le pire. L’ambiance noire m’a fait dire que ça serait mieux que certains films des Avengers que je trouve de plus en plus gnan-gnan et remplis de vannes qui cassent le sérieux des scénarios.
    Je me suis vu les 2 saisons dispo sur Netflix, et je suis enchanté. Tout n’est pas parfait certes, mais quelle ambiance ! L’acteur qui campe Fisk est génial, Wesley aussi a son propre charisme, et voir la baston finale de l’épisode 2 où Matt est a la fois essoufflé et blessé m’a fait définitivement rentrer dans la série.
    Le rythme global ne m’a pas gêné outre mesure. Foggy est complètement à sa place, et Ben Urich également. Karen, j’attends la suite pour en juger.
    Bref affaire a suivre, mais je suis content pour l’instant de voir une série Marvel pas pour tout public.

    • Jyrille  

      Fonce sur la saison 3 ! Elle doit encore être sur Netflix.

      • Tornado  

        Ah oui, si tu as aimé jusque là, la saison 3 est vraiment une belle récompense !

    • Manu  

      Merci pour le conseil les gars! Je fonce!

      • Tornado  

        Normalement entre les saisons 2 et 3, il y a la saison (unique) des Defenders qui fait le lien. C’est vraiment pas terrible, mais va au moins voir le résumé sur Wikipedia, tu comprendras ainsi pourquoi DD est dans un tel état au début de la saison 3.

        • Jyrille  

          Exact !

          • Eddy Vanleffe  

            Le hasard veut que ma fille s’est piquée de vouloir regarder iron Fist…
            on a beaucoup chié sur cette série, mais en fait elle ne fait qu’incarner un problème qu’il y a sur toutes les séries Marvel /Netfllix.
            UN SEUL PUTAIN D’ARC sur 13 épisodes… c’est looooooooonnnnng…. j’ai envie de mourir, je ne tiens plus en place….
            tout ces dialogues dans le blanc des yeux, ces séquences qui ne servent à rien….
            la seule encore c’était la première saison de DD…parce qu’il y avait des trouvailles (les combat couloir/fatigue, je trouve ça sympa) et deux arcs.
            je sais que la mouvance actuelle est de mépriser « the vilain of the week » mais au moins, on avait l’impression de regarder quelques chose.

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