Tu ne sais pas ce qu’est la solitude tant que…(Mind MGMT 2)

Mind MGMT 2 – The futurist par Matt Kindt

Trop de communication noie la communication

Trop de communication noie la communication©Dark Horse

 : PRESENCE

VO : Dark Horse

VF : Monsieur Toussaint Louverture

Ce tome fait suite à The manager (épisodes 0 à 6) qu’il faut impérativement avoir lu avant. Il contient les épisodes 7 à 12, initialement parus en 2013, écrits, dessinés, encrés et mis en couleurs par Matt Kindt qui a également réalisé le lettrage.

Ce tome contient également une page de 20 cases récapitulant les événements du premier tome, une introduction de 8 pages initialement parue dans Dark Horse presents 19, ainsi que les 5 bandes publiées sur internet.

Le tome s’ouvre avec une page de 20 cases pour résumer les événements du premier tome. Puis vient une histoire de 8 pages évoquant le ressenti de Duncan Jones (le futuriste) quant à son état d’esprit du fait de son pouvoir (et il tue un prisonnier rien qu’en pointant son doigt vers lui). Meru Marlow est dans son appartement sans souvenir de ce qui lui est arrivé. Elle aperçoit une lettre glissée sous sa porte. Elle l’ouvre, la lit, et se lance à la poursuite du coursier qui est venu la déposer. Un individu après l’autre, elle remonte la piste jusqu’à un certain Brinks, à New York, le patron d’une entreprise de communication florissante.

De drôles de paroissiens

De drôles de paroissiens©Dark Horse

Finalement Meru Marlow est rejointe par Henry Lyme. Il lui propose de l’accompagner en tant que journaliste pour retrouver des personnes aux dons particuliers. À moitié convaincue, elle accepte se disant que même si Lyme s’avère être un illuminé, elle pourra toujours y trouver matière à écrire un livre, pour donner suite à son seul roman qui s’était classé parmi les meilleures ventes. Ils retrouvent effectivement 2 anciens agents (et échappent à un attentat) : une des jumelles Perrier et Dusty, un ancien chanteur à succès. Henry Lyme souhaite ensuite retrouver Shangri-la, la base d’entraînement de l’organisation Mind MGMT. La jumelle Perrier exige qu’ils essayent, au préalable, de convaincre Duncan Jones de se joindre à eux.

Ayant lu le premier tome (indispensable, sous peine céphalées persistantes), le lecteur sait par avance qu’il va bénéficier de l’approche narrative très personnelle de Matt Kindt. Pour commencer, il retrouve bien les courts textes (1 ou 2 phrases) dans les marges de gauche. Il faut tourner le livre d’un quart de tour pour pouvoir les lire. Dans les épisodes 7 à 9, il s’agit d’extraits du livre Prémédité, livre fictif écrit par Meru Marlow. Dans l’épisode 10, il s’agit des flux de pensée des personnages évoluant sur la page considérée, puis au milieu de l’épisode, les extraits de Prémédité reviennent. Dans l’épisode 11, ces marges contiennent des extraits de Prémédité, puis de nouvelles consignes extraites du guide opérationnel de Mind MGMT. Dans le chapitre 12, le guide opérationnel est remplacé en cours de route par des extraits des protocoles de dissolution de Mind MGMT.

Les phrases dans la marge

Les phrases dans la marge©Dark Horse

Comme dans le premier tome, il appartient au lecteur de choisir comment lire ces phrases, page par page (assez vite exaspérant), ou par groupe de plusieurs pages, ou même par épisode. Les extraits du livre fictif Prémédité donne une vision enrichissante de la nature de l’enquête qu’a menée Meru Marlow et de ce à quoi elle a vraiment été confrontée : un agent de l’organisation Mind MGMT. Les extraits du guide opérationnel fournissent un éclairage sur le mode de fonctionnement de l’organisation Mind MGMT. Les protocoles de dissolution apportent un complément d’information sur la situation des agents au temps présent. Le lecteur apprécie ce supplément qui prolonge la lecture de chaque épisode, qui ajoute de la profondeur de champ au récit, et qui, tout bien considéré, se présente de manière ludique (de manière plus élaborée que de simples pages de texte en fin d’épisode).

Le lecteur continue de s’interroger sur le sens réel des phrases en haut de page, soit « Pour toute remise d’un rapport, les détails essentiels doivent entrer dans le cadre de la zone active. C’est la bordure pour un rapport de terrain standard. », soit « Le contenu dans la zone active est le rapport d’un agent. C’est un récit par un narrateur non fiable. À classer en conséquence ». Pour faire bonne mesure, Matt Kindt a ajouté de petits dessins esquissés en bas de page de la première moitié du premier épisode, venant expliquer les précautions prises pour transmettre les missives tueuses.

C'est Henry Lyme, en bas à droite, suivant Meru Marlow

C’est Henry Lyme, en bas à droite, suivant Meru Marlow©Dark Horse

Comme dans le premier tome, l’auteur continue de réaliser des dessins qui s’apparentent à des esquisses plus ou moins rapides, avec un degré de simplification important, leur conférant une grande spontanéité. Malgré cela, il est déconcertant de constater que ces dessins restent réalistes. Malgré leur apparence de croquis exécutés à la va-vite, ils donnent à voir une réalité concrète, des tenues vestimentaires aux immeubles, en passant par les divers accessoires. De séquence en séquence, le lecteur se retrouve ainsi dans les couloirs d’une prison, dans le hall d’accueil monumental d’un siège social, sur la pelouse d’un campus, au pied du Sphinx, dans un jardin d’intérieur, dans une gigantesque pièce d’archives, ou encore sur des pentes enneigées.

L’apparente désinvolture des dessins n’obère en rien l’intelligence de la narration visuelle. En tant que seul créateur à bord, Matt Kindt scénariste n’épargne rien à Matt Kindt le dessinateur. Il compose des pages qui montrent aussi bien une séance d’intimidation tout en échange de regard, qu’une scène d’hystérie collective sur le campus, ou encore une énorme explosion dans un palais, une discussion pleine d’animosité et d’aigreur dans un bar à la lumière tamisée, ou un saut en parachute. Il met en scène le tir impossible de Rico Stane, jouant à la fois avec les conventions du film d’action, et la trajectoire improbable (mais pas impossible) de la balle. De temps à autre, l’artiste utilise un dessin pleine page pour mettre en valeur une situation ou une idée visuelle. Comme dans le tome précédent, le lecteur a le droit à une représentation en pied de Meru Marlow (dans l’épisode 9), cette fois-ci dans une magnifique robe médiévale, une vision intemporelle de l’héroïne.

Meru Marlow, en guerrière médiévale

Meru Marlow, en guerrière médiévale©Dark Horse

De temps à autre, l’artiste quitte la structure basique de la mise en page à base de cases rectangulaires, pour s’adapter au contenu de la séquence. Par exemple, il raconte l’histoire de Dusty en 6 pages muettes. Il utilise les mèches de cheveux de Meru en guise de bordures de case, lorsqu’elle est assaillie par des visions en consultant les archives de l’organisation Mind MGMT.

Au début de l’épisode 8, il recourt à une bande dessinée dans la bande dessinée, avec des dessins un peu simplifiés par rapport à ceux des autres pages. À cette occasion, il en profite pour faire dire à Henry Lyme qu’il n’a jamais aimé ces dessins, mais qu’ils remplissent leur fonction. Kindt a l’air de se moquer ainsi de ses propres capacités de dessinateur, qu’il juge limitées, mais fonctionnelles. Comme dans le tome précédent, la mise en couleurs est réalisée par le biais d’aquarelles, habillant chaque surface de textures et de nuances par rapport à la luminosité. Le lecteur prend conscience qu’il s’est très bien adapté à ce mode de représentation et qu’il n’imagine pas cette histoire racontée autrement.

Une BD dans la BD

Une BD dans la BD©Dark Horse

Ce tome commence donc par un résumé succinct du précédent, ce dont le lecteur sait gré à l’auteur, car ça lui permet de s’assurer qu’il avait bien tout compris. Passé l’histoire courte relative à Duncan Jones, il éprouve l’impression que le récit recommence au début. Certes, Meru Marlow ne recommence pas à chercher la trace du mystérieux passager du vol 815, mais elle ne se souvient de rien, et elle semble retrouver de petites bribes d’information dont elle disposait déjà dans le tome précédent. Le lecteur ressent comme une répétition. Cette sensation s’accentue encore avec le retour d’Henry Lyme qui fait comme si de rien n’était, et encore une fois avec la jumelle Perrier qui redécouvre ce que le lecteur sait déjà car Kindt l’avait établi de manière explicite précédemment. L’intrigue en elle-même s’avère également très linéaire, étrangement simple au regard de la richesse du contexte lié à l’organisation Mind MGMT. Ainsi Meru Marlow et Henry Lyme vont aller rechercher d’anciens agents, puis essayer de localiser Shangri-la. Sans grande surprise, les immortels sont de retour pour une confrontation ardue (comme dans le premier tome).

Comme dans le tome précédent, Matt Kindt prend grand plaisir à resservir les clichés des romans d’espionnage, avec un soupçon d’anticipation. Il y a donc cette base secrète d’entraînement qu’on ne peut trouver que si on a l’esprit éveillé. Il y a ces nombreux agents secrets, chacun disposant d’un pouvoir psychique extraordinaire et différent. Il y a ces voyages de par le monde, offrant l’occasion d’une forme expresse de tourisme et d’exotisme. Il y a cet homme qui tue en pointant son index vers sa victime, cette bibliothèque extraordinaire qui contient les archives de l’humanité, ce tireur d’élite capable de réussir des tirs impossibles à une distance extraordinaire, ces agents dormants anonymes installés dans la société, cette organisation qui tirait les ficelles en secret influençant les régimes politiques à l’échelle internationale. D’un certain côté, cette accumulation de clichés semble presque surannée, comme une compilation d’un autre âge.

À la recherche de Shangri-la

À la recherche de Shangri-la©Dark Horse

Pourtant l’intérêt du lecteur est éveillé. Il y a bien sûr la dimension ludique de la lecture. Les épisodes se lisent très facilement, pas si denses qu’on aurait pu le craindre. La découverte des textes dans les marges présente un côté ludique et facile. À nouveau, chaque épisode comprend 22 pages pour l’histoire principale, plus 2 pages consacrées à un agent (en l’occurrence Ferris Feral, surnommé The Hulk). Ces 2 pages finissent par former une histoire supplémentaire qui vient apporter un élément complémentaire à l’intrigue principale. Lorsqu’on prend en compte le fait que Matt Kindt joue régulièrement avec la forme narrative (l’idée très bien exploitée des paroles des chansons de Dusty, dans l’épisode 9), cela aboutit à une narration globale très divertissante, avec des nouveautés régulières, empêchant le lecteur à l’attention limitée de se lasser.

En outre les personnages se comportent comme des adultes, pas des héros tout lisses, mais sans verser dans les caricatures d’antihéros. Ce sont des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts, un courage certain, et une envie fluctuante de faire le bien, de lutter contre le risque de manipulation de l’humanité par une organisation opaque. Enfin, Matt Kindt agite le spectre d’un vrai méchant nommé l’Effaceur (Eraser) qui donne un but à atteindre. Mais lu comme ça, cette théorie du complot haute en couleurs racontée avec des dessins originaux ne suffit pas à maintenir l’intérêt du lecteur, à le faire accepter que le récit semble recommencer depuis le début.

Tireur d'élite

Tireur d’élite©Dark Horse

En arrière-plan, l’auteur se livre à une construction beaucoup plus complexe que les apparences ne le laissent supposer. D’épisode en épisode, et de petit supplément en petit supplément, il parsème des pièces de puzzle. En fait il accomplit un tour narratif plus sophistiqué encore. En découvrant l’histoire de Ferris Ferral ou l’état d’esprit de Duncan Jones, le lecteur n’a pas l’impression de voir des pièces d’un puzzle, juste des éléments narratifs à prendre au premier degré. L’histoire de cet agent vient étoffer les pratiques de l’organisation Mind MGMT. Le mode de pensée de Duncan Jones vient expliquer l’effet de son pouvoir psychique sur son état d’esprit.

Pourtant arrivé à la moitié du tome, le lecteur se rend compte que ces éléments présentent une autre importance. L’état d’esprit de Duncan Jones justifie qu’il ne se joindra pas au groupe d’Henry Lyme. Mais cet obstacle permet aussi à Meru Marlow de briller par son inventivité et sa perspicacité. L’histoire de Ferris Ferral contient des interactions avec d’autres agents de l’organisation Mind MGMT. Son histoire montre aussi sa personnalité qui s’avère avoir des conséquences de taille sur d’autres personnages. Matt Kindt donne l’impression de jouer cartes sur table avec une narration quasi linéaire. Pourtant tout en montrant son jeu, il construit une structure élégante qui aboutit à des surprises de taille pour le lecteur qui n’a rien vu venir. Il prend conscience qu’il avait établi des liens de cause à effet et une chronologie à partir de ce que lui avait raconté l’auteur dans le premier tome, sur la base de suppositions inoffensives, avec des raccourcis dont il ne s’était pas rendu compte. Voilà que l’auteur lui fait comprendre qu’il avait sauté aux conclusions sans tenir compte de quelques détails qui changent tout.

Je sais déjà ce qu'elle va dire

Je sais déjà ce qu’elle va dire©Dark Horse

Tout aussi habile, l’auteur entremêle inextricablement la personnalité de ses protagonistes avec leurs actions, l’histoire de l’organisation Mind MGMT, leur situation. Le lecteur prend conscience que les personnages n’ont rien d’interchangeable, qu’il ne s’agit pas de héros d’action lisses et superficiels. Meru Marlow n’est pas une jeune femme un peu paumée, prête à suivre le premier venu qui lui promet des lendemains meilleurs et des aventures. Henry Lyme n’est pas un philanthrope altruiste. Duncan Jones n’est pas un individu blasé par ses capacités à anticiper les événements futurs. Ils ont tous une histoire personnelle qui nourrit l’individu qu’ils sont devenus. Impossible de ne pas ressentir d’émotion quand Duncan Jones déclare : Tu ne sais pas ce qu’est la solitude tant que tu n’es pas devenu complètement paranoïaque. Impossible de ne pas sourire quand Meru Marlow compulse les archives totales de l’humanité et voit l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy (= le lecteur comprend qu’elle voit qui l’a vraiment assassiné).

Avec ce deuxième tome, Matt Kindt joue avec les capacités d’anticipation du lecteur avec une rare dextérité. Il le met en confiance avec une narration limpide qui joue cartes sur table. Il lui propose des visuels très personnels, portant bien la narration, avec des effets variés et bien dosés. Puis il montre que le lecteur s’est laissé emporter en anticipant sur la base de faits incomplets, par le biais de personnages de plus en plus étoffés et attachants, avec une intrigue plus retorse qu’il n’y paraît.

Enfin révélé : l'assassin de JFL

Enfin révélé : l’assassin de JFK©Dark Horse

21 comments

  • JP Nguyen - Harvey Oswald  

    Oups, y’aurait pas erreur sur la légende de la dernière image ?
    Enfin révélé : l’assassin de JFL
    Certes, le K et le L sont à côté sur le clavier…
    Kennedy est d’ailleurs un peu maudit dans cet article car, plus haut, le « g » de Fitzgerald a été oublié.
    Pour le reste, j’attends d’essayer la série suite à l’article sur le premier tome avant de revenir lire l’article.

    • Présence  

      Oups ! Exact, pourvu que le prestidigitateur Bruce puisse intervenir et rétablir la réalité…

  • Bruce lit  

    « Parano, moi ? » Finale
    Présence a vraiment aimé Mind MGMT de Matt Kindt ! En exclusivité il vous en présente dans la foulée le deuxième volume ! Car c’est ainsi : Présence écrit et Bruce PubLit !

    La BO du jour : Dans la foulée….http://www.musicme.com/…/Dans-La-Foulee…

    il appartient au lecteur de choisir comment lire ces phrases, page par page (assez vite exaspérant)euh….on va attendre une traduction française alors…
    Les simplifications du dessin de Kindt ne me dérangent absolument pas. Son identité graphique crève totalement le papier bien au contraire. Elle me rappelle parfois celle de Laure Garancher pour Opium dans la mise en page.
    Pour anecdote, Duncan Jones est aussi le nom du fils de David Bowie (baptisé dans un premier temps « Zowie »….).

    • Présence  

      Duncan Jones : une référence qui m’avait échappée. J’en profite pour te remercier d’avoir consacré 2 jours de parution à une série qui ne doit pas rameuter les foules.

      • Bruce lit  

        Et bien détrompe toi, les scores de Matt Kindt sont très honorables !

  • Patrick 6  

    J’ai un peu de mal avec le graphisme de prime abord, mais le thème est intéressant…
    Et puis si Presence aime au point d’en faire deux articles c’est qu’il y a vraiment quelque chose avec cette BD ! Je vais donc tacher de me la procurer 😉

    • Présence  

      J’ai bien sûr écrit un commentaire pour chacun des tomes sur le site habituel (les 3 derniers étant en cours de relecture). Merci de ta confiance même si ça me met un peu de pression de me voir ainsi promu leader d’opinion 😉

  • Tornado  

    La raison qui me fait dire que je ne lirais sans doute jamais cette série, c’est que je suis avant tout un « lecteur d’atmosphère ».
    Je préfère lire quelque chose de moyen mais qui correspond parfaitement à mes goûts en matière d’ambiance plutôt qu’un chef d’oeuvre naturaliste. C’est pareil dans tous les mediums, de la BD au cinéma, en passant par la littérature.
    Par exemple, je préfère lire une série comme « Le Prince de la Nuit » de Swolfs (histoire moyenne et personnages un peu stéréotypés, si mes souvenirs sont bons, mais superbe ambiance à la Hammer), qu’un truc de Joan Sfarr, plus original, mais dont la mise en forme ne m’intéresse pas.

    En l’occurence, les images de « MGMT » me parraissent trop naturalites. C’est ce ressenti, au delà de l’aspect « non joli » des planches, qui me fera changer de chemin. Ah ! et puis aussi je déteste devoir tpurner le livre pour lire sur les côtés (si, si, c’est vrai) !!! 🙂

    • Matt  

      Tu expliques mieux que moi ce ressenti. Je me débattais à expliquer hier que ce n’est pas le côté simple des dessins qui me gênait vraiment. Mais que si je n’adhère pas au style graphique un minimum, ça m’est difficile de me passionner pour l’œuvre.
      En revanche, j’ai aussi en ma possession des BD qui, j’en suis conscient, sont moyennes ou avec des personnages stéréotypés, mais qui ont un dessin, une ambiance que j’aime beaucoup et qui me font passer un bon moment.

    • Matt  

      Jyrille me disait hier que Pour lui Blacksad par exemple était une BD qui ne proposait pas des histoires à la hauteur et qui se reposait peut être un peu trop sur ses beaux dessins. Eh bien moi j’adore cette BD, je trouve les histoires plutôt bonnes sans pour autant être géniales et le dessin est magnifique et l’ambiance polar me plait beaucoup.

      • Bruce lit  

        Je confirme que les histoires de Blacksad sont en deça du graphisme.

        • Matt  

          Béééé…oui, c’est vrai. Mais bon voilà…des fois on apprécie davantage un bon film pas super original mais très divertissant par rapport à un film de David Lynch qui fait mal à la tête et auquel on ne comprend rien (aïe…je critique encore un auteur qui a ses fans, décidément. Mais certains films de Lynch sont trop abscons pour moi…je comprends rien. Et c’est frustrant parce qu’on se sent idiot sans savoir si ça vient de nous ou du réal qui ne s’est pas trop fatigué pour qu’on comprenne où il veut en venir.)

          • Tornado  

            Je me range du côté de Matt pour le coup : Blacksad est extra niveau image et… juste bon niveau scénario. Mais il y a une alchimie Fond/Forme qui est sonne juste comme un bon groupe de rock, pour reprendre une discussion passée avec les copains sur la musique. Du coup, nous sommes nombreux à préférer lire ça, plutôt que d’autres séries qui sonnent moins juste, même s’il y a plus de profondeur.
            Cela-dit, je me souviens d’un tome 2 de Blacksad pas mal du tout niveau scénar, avec un tas de références littéraires (aux écrivains de polar du style Raymond Chandler) et une toile de fond sur le racisme plutôt bien foutue pour du « scénario moyen ».

          • Matt  

            Tornado : « copain ! »
            Le tome 2 est un des meilleurs en effet. J’aime beaucoup le 3 aussi qui a un scénario ambitieux mais qui reste un peu trop en surface du sujet qu’il aborde (celui avec un chercheur qui a eu le malheur d’être mêlé aux nazis dans son passé mais qui n’est pas un mauvais gars pour autant) . Il aurait peut être mérité d’être écrit en 2 tomes.

          • Jyrille  

            C’est un peu contradictoire de parler d’aimer des ambiances mais de ne pas apprécier Lynch. C’est typiquement un roi de l’ambiance. Alors oui ses histoires sont la plupart du temps opaques, mais ce n’est pas parce que l’on ne comprend rien que le film ou le livre ou la bd est mauvaise. Au travers des oeuvres de Lynch, on traverse un monde, une ambiance, et même si les questions persistent, le voyage fut beau. Lost Highway est un de mes films préférés pour sûr.

            Cela me fait rebondir sur l’intention de l’auteur, comme si souvent tu considérais que cette dernière est toujours forcément voulue ou forcément obscure pour perdre les lecteurs. Or je pense que la plupart du temps, les auteurs ne se posent pas trop ce genre de questions, ils vont naturellement se dire qu’ils veulent raconter de telle ou telle façon, sans penser au spectateur ou lecteur. Ce n’est que mon avis.

            Sinon, Présence, je rejoins Lone pour tes deux articles en tant que bonne introduction à cet auteur que je ne connais pas. Celui d’aujourd’hui est très différent de celui d’hier, c’est un complément idéal, et comme toujours, tu pointes la particularité et donc la richesse cachée de cette bd.

          • Matt  

            Attention. Déjà je n’ai pas dit que je n’aimais rien de Lynch. Lost Highway est pas mal oui. Et ensuite je n’ai pas dit que ce qu’il faisait était mauvais. J’ai dit que ça me frustrait de ne rien comprendre et que je pouvais donc préférer voir un autre type de film plutôt que me prendre la tête.

            Pour ta remarque suivante sur les intentions des auteurs de raconter de telle ou telle façon, je ne suis pas certain qu’il ne s’interrogent pas sur une façon d’être compréhensible pour les lecteurs. Bien sûr je ne peux pas parler pour tous, mais à mon sens s’ils ne réfléchissaient pas à ça, s’ils ne laissaient pas trainer des indices ou s’ils n’écrivaient pas des dialogues d’exposition qui servent à décrire aux spectateurs, il y aurait bien plus d’œuvres incompréhensibles. Il y a de nombreux codes de narration utilisés au cinéma ou en BD qu’on peut reconnaître comme des éléments pour nous guider. Parce que quand l’auteur sait où il va, il peut se passer d’expliquer. Mais en se passant de trop d’explications ou de scènes optionnelles, il perd son lecteur/spectateur.

            Je pense en effet que Lynch se passe de beaucoup de choses par contre, ce qui ne lui enlève pas son talent de metteur en scène et de créateur d’ambiance…mais moi ça me pose un problème de ne rien comprendre et de considérer que le film est génial si on n’a rien compris. ça me frustre et donc ses films ne m’intéressent plus (enfin il y en a des bons et compréhensibles tout de même comme Sailor et Lula, Elephant Man…donc je ne rejette pas tout)
            Mais je n’ai pas dit qu’il était nul hein, ne t’en vexe pas. Je choisis juste de voir des trucs qui ne me frustrent pas comme ça.

          • Présence  

            @Jyrille – C’est toujours un défi pour moi que d’écrire des articles sur chaque tome d’une série, sans avoir l’impression de me répéter. La richesse de la narration de Matt Kindt facilite grandement cet exercice.

  • Lone Sloane  

    Tes deux chroniques à la suite permettent, je trouve, au lecteur de se familiariser avec le graphisme de Matt Kindt. Le personnage de l’espion est manisfestement récurrent dans son oeuvre, peut-être par ce qu’il permet efficacement de traiter de la double vie inhérente à ce métier.
    J’en ai profité pour relire ton post sur l’histoire du géant, qui m’a l’air d’être la bonne porte d’entrée pour découvrir cet auteur. La seule histoire que j’ai lu de lui est le premier tome de Rai qui vaut le détour notamment pour l’impressionnant travail graphique de Clayton Crain.
    Enfin, je me permets mauvais jeu de mots et un hommage à Robert Palmer et ce bonheur de ligne de basse, for every Kindt of people: https://m.youtube.com/watch?v=Ne1lkEEmRCI

    • Présence  

      J’ai énormément aimé les 3 tomes de Rai parus à ce jour qui doivent effectivement beaucoup à Clayton Crain, car Matt Kindt réalise des récits moins denses quand il travaille sur des personnages qui ne lui appartiennent pas.

  • Jyrille  

    Ah oui le second tome a paru en VF, je dois me le procurer. Et je relirai cet article une fois que j’aurai lu ça…

    • Présence  

      J’ai acheté le tome 2 VF à mon fils hier, et j’attends aussi son avis.

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