Un barbare pour les gouverner tous ! (Conan Dark Horse)

Conan Dark Horse par Collectif

1ère publication le 13/09/15. Mise à jour le 07/08/17

Le saigneur des barbares !

Le saigneur des barbares !

AUTEUR : TORNADO

VO: Dark Horse

VF:  Soleil, puis Panini

 Cet article portera sur la série publiée à l’origine par l’éditeur Dark Horse Comics et tout ce qui en a été traduit en VF entre 2005 et 2010.

Dark Horse publie régulièrement, depuis 2005, une série dédiée au personnage de Conan le barbare, ainsi que plusieurs mini-séries. Mais l’éditeur change le nom et la numérotation de ses séries plus ou moins à chaque changement d’équipe artistique.

Chez nous, une partie de cette production a été publiée dans un chaos magistral, d’abord chez Soleil, puis chez Panini.

Après une légion de séries et autres mini-séries et one-shots légendaires édités par Marvel Comics entre 1970 et 2000, cette production Dark Horse constitue néanmoins un reboot et une véritable renaissance de la franchise Conan au pays de la bande dessinée…
Nous nous consacrerons uniquement aux épisodes traduits en VF entre 2005 et 2010. 

Cela commence chez les éditions Soleil

Cela commence chez les éditions Soleil

Faisons le point; Soleil Production a commencé à publier cette série en VF mais a fragmenté les deux premiers volumes VO en quatre tomes VF :
- Les nouvelles aventures de Conan, Tome 1 : La Légende
- Les nouvelles aventures de Conan, Tome 2 : Derrière le vent du nord
(équivalent du recueil VO Conan Volume 1: The Frost Giant’s Daughter and other stories)
- Les nouvelles aventures de Conan, Tome 3 : Sang contre sang
- Les nouvelles aventures de Conan, Tome 4 : Le Dieu dans le vase
(équivalent du recueil VO Conan Volume 2: The God in the Bowl and Other Stories).

Par la suite, Panini Comics a publié six autres tomes :
- Conan : La demeure des morts (tome 4 en VO)
- Conan : Le rendez-vous des bandits (tome 5 en VO)
- Conan : Né au champ de bataille (tome 0 en VO)
- Conan : La main de Nergal (tome 6 en VO) – Fin de la 1° série
- Conan : Cimmérie (tome 7 en VO) – Début de la deuxième série
- Conan : Le Colosse Noir (tome 8 en VO).

Malheureusement, comme très souvent hélas avec la sandwicherie, Panini Comics s’est arrêté avant la fin, car ces deux premières séries Dark Horse comportaient encore plusieurs recueils : Tome 9 : Free Companions, Tome 10 : Iron Shadows in the Moon, ainsi que plusieurs mini-séries ! Pas moyen, donc, de posséder en VF une collection complète et uniforme de ce reboot. Dommage.
Avec trois ou quatre recueils supplémentaires, Panini aurait mené à terme ces deux premières séries (tomes 9 et 10, plus un ou deux recueils de one-shot). (1). Ils ont par contre publié les équivalents des tomes 13 à 16, c’est-à-dire le run de Brian Wood. Un lien utile pour s’y retrouver ici.

Et ça continue chez panini…

Et ça continue chez Panini…

En ce qui concerne cette version, intitulée dans un premier temps Conan The Legend, ce sont le scénariste Kurt Busiek, le dessinateur Cary Nord et le coloriste Dave Stewart qui en sont les maîtres à bord (avec parfois la participation de Thomas Yeates ou Tom Mandrake au dessin), plus ou moins jusqu’à l’épisode #29.

Ensuite, jusqu’à la fin, il y a une passation de pouvoir au profit d’une nouvelle équipe artistique (Timothy Truman & Tomas Giorello pour l’essentiel). Puis, au terme du numéro #50, alors que la série est rebaptisée Conan The Cimmerian, elle subit une nouvelle numérotation sur vingt-six épisodes (#0 à 25), toujours avec la même équipe. Nous ne parlerons pas des huit mini-séries réalisées dans le même temps, dont je ne sais pas grand chose, et qui n’ont pas été traduites en VF ; ni du run de Brian Wood, que j’ai préféré boycotter afin de montrer à la sandwicherie que je n’appréciais pas qu’elle ne termine pas ses séries… (2)

- 1) Période Kurt Busiek, Cary Nord & Dave Stewart :

Du point de vue du scénario, Kurt Busiek prend le parti de s’inféoder de manière relativement fidèle aux histoires d’origine sur la base du Parcours probable de Conan (selon les lettres qui furent échangées entre Robert E. Howard, créateur du personnage, et deux de ses fans, soit la chronologie officielle adoubée par l’écrivain en personne) (3). Mais il n’hésite pas, également, à se référer aux récits qui furent développés par Lin Carter & Lyon Sprague de Camp d’après les notes et les écrits inachevés d’Howard, voire même à ceux de Steve Perry et Andrew J. Offutt, soit les principaux écrivains ayant porté les aventures du Cimmérien sous forme de romans et autres nouvelles après le décès prématuré d’Howard en 1936.
Busiek vise une certaine exhaustivité et, ainsi, il suffit à notre scénariste de quelques notes, voire de quelques lignes laissées par l’écrivain, pour que l’épisode soit entièrement restitué au cœur de notre série, quitte à boucher les trous lorsqu’il le faut avec tout un tas d’intrigues secondaires, imaginées spécialement pour l’occasion…
De cette façon, il marque également l’héritage de Roy Thomas, le premier auteur de comics à s’être lancé dans les adaptations de Conan en bande-dessinée (avec les séries historiques Conan The Barbarian et Savage Sword Of Conan). Busiek réalise néanmoins un véritable travail d’orfèvre, en trouvant un équilibre miraculeux entre la paraphrase et l’adaptation. Ainsi, chaque épisode est raconté aussi bien par des encarts de texte que par les images et les dialogues. Les encarts de texte ne sont pas des soliloques (voix intérieure des personnages) mais la voix du narrateur, ce qui représente une tradition dans toutes les versions de Conan le Barbare. Ils ne sont pas envahissants, et complètent les images et les dialogues en harmonie avec le récit.
La police de caractère choisie pour ces encarts de texte ressemble à celle des anciennes machines à écrire. Ce faisant, Busiek semble nous démontrer qu’il s’agit bien là du texte original d’Howard et de ses disciples, tel qu’ils l’avaient écrit à l’origine. En effet, après vérification et, selon les vignettes, c’est bel et bien le cas.
Il serait injuste de penser que de cette manière, le scénariste pêche par excès de facilité, car le juste équilibre qu’il est parvenu à trouver entre la sélection des extraits du texte originel et ses propres apports exigés par l’adaptation sous forme de récit graphique découle assurément d’un énorme travail de choix et de conception narrative.

Conan par Cary Nord : ça tranche !

Conan par Cary Nord : ça tranche !

En l’état, le style narratif de cette série est à la fois très fidèle au texte originel et extrêmement divertissant du point de vue de la lecture sous forme de narration séquentielle. Sorcellerie, créatures glauques et cauchemardesques, rixes barbares, sang et fesses, l’équilibre virtuose exercé par le scénariste nous offre ainsi tous les éléments propres à la mythologie de l’Âge Hyborien.

En choisissant de raconter les aventures de Conan dans un ordre chronologique scrupuleux, Busiek rompt avec la tradition introduite par Howard et perpétrée jusqu’à Roy Thomas, tradition qui voulait que toutes ces histoires aient été contées par Conan à son chroniqueur, comme s’il évoquait des épisodes de sa vie parfois très distants dans le temps et l’espace, au fur et à mesure qu’ils lui revenaient en tête, sans plan précis (ce que ferait un aventurier si on lui demandait de nous conter ses aventures)…
L’épisode #0, par lequel la série est introduite, entérine ce nouveau concept : Il s’agit du narrateur qui, plusieurs siècles après la fin de l’Âge Hyborien, raconte à son prince la vie de Conan, en commençant plus ou moins par le début…

Dans l’ensemble, cette nouvelle série est très ambitieuse puisqu’il s’agit de moderniser le style narratif d’histoires déjà adaptées plusieurs fois sous le même médium, tout en remettant les histoires dans un ordre chronologique linéaire, en trouvant des solutions afin que chaque épisode semble être la suite du précédent et, ainsi, en ajoutant quelques aventures inédites. Ce faisant, Busiek reconstitue ainsi la toile d’araignée désordonnée que les écrivains nous avaient laissée en guise de biographie fictive et brode « la grande aventure de la vie de Conan le barbare » !

« Ainsi commence la légende de Conan », dit le chroniqueur à son prince…

Parmi les divers arcs narratifs qui se succèdent, l’un d’eux a particulièrement retenu mon attention. Il s’agit de la saga de L’Hyperborée (épisodes #3 à 6) : Conan est emprisonné, en compagnie des Aesir et des Vannir avec (ou contre) qui il avait lutté dans les épisodes précédents, dans l’immense forteresse du royaume de l’Hyperborée, une cité gouvernée par une ancienne race d’hommes devenus immortels par magie. Cette saga s’impose effectivement comme un très grand moment de Dark Fantasy, qui retranscrit toute l’atmosphère glauque et poisseuse des nouvelles d’Howard, dans laquelle la magie se mêle à des concepts inédits et malsains, tour à tour effrayants et fascinants, vénéneux mais portés par le souffle de la grande aventure.
Et pourtant, en cherchant bien, on s’aperçoit que cette saga est issue d’une nouvelle intitulée Les Légions de la Mort écrite à l’époque par… Lin Carter et Lyon Sprague de Camp, deux écrivains qui pastichèrent le créateur de Conan ! Car la série selon Kurt Busiek est ainsi : On raconte l’essentiel des aventures du Cimmérien, y compris celles qui furent écrites par d’autres écrivains lorsqu’il faut embrasser toute la mythologie consacrée…Toutefois, la nouvelle en question a tout de même été écrite, de ce que j’en sais, d’après une ébauche et des notes d’Howard en personne…

En tant que fan inconditionnel de Conan mais aussi de Thorgal, cette saga de L’Hyperborée m’est apparue comme un écho de la magnifique série d’albums réalisés entre 1985 et 1988 par Jean Van Hamme et Grzegorz Rosinski, connue sous le nom de Cycle du pays Qâ. Bien qu’il soit admis que l’histoire du présent recueil est avant tout issue d’une nouvelle plus ancienne, ces quatre épisode de la série Dark Horse ressemblent tellement à l’album Thorgal, tome 12 : la cité du Dieu perdu, que l’on en vient à se demander quelle saga a inspiré l’autre ! En effet, au delà des ressemblances de script, c’est tout une ambiance et une atmosphère vénéneuse, troublante et viscérale qui est restituée à l’identique ! En bref, deux bandes dessinées qui exhalent le même parfum, et qui semblent raconter une histoire presque similaire…

Cette confusion entre toutes ces influences devrait ainsi nous mettre la puce à l’oreille : Kurt Busiek et ses sbires se sont lancés dans un pari ambitieux, où l’on offre à la chronologie plus ou moins officielle des aventures de Conan le barbare non pas une adaptation, mais une relecture, une nouvelle illustration…

Cary Nord aime… Frazetta !

Cary Nord aime… Frazetta !

En réalité, plus on avance dans cette série, et plus on s’aperçoit que Kurt Busiek s’approprie les éléments biographiques de Conan le barbare afin d’en proposer une version moderne, parfois fidèle aux écrits originels, parfois distincte, mais toujours en les réinterprétant d’une manière fusionnelle. Il s’agit d’un acte postmoderne puisque le scénariste sélectionne ainsi tous les acquis de cet univers et de sa mythologie, puisant sa source autant dans les écrits de Robert E Howard que dans ceux de ses pasticheurs, ainsi que dans les illustrations de Frank Frazetta (des œuvres mythiques qui eurent autant d’impact sur le public, à l’époque de leur publication, que les romans eux-mêmes), dans les comics écrits par Roy Thomas, avec les légendaires séries des années 70 et même, lors du climax mémorable de l’épisode #14, dans les nouvelles de l’écrivain H.P. Lovecraft (ami intime d’Howard dont il s’inspirait parfois).
Mais Busiek ne se contente pas d’en proposer un florilège. Il relève au contraire un défi ambitieux, offrant à la chronologie des aventures de Conan le barbare la relecture évoquée plus haut, par dessus laquelle le vernis de la bande-dessinée opère un liant et un point de vue d’une justesse admirable.

Ainsi, peu importe que notre scénariste s’inspire des écrits de Robert E Howard lui-même ou bien de ses pâles copieurs que furent Lin Carter, Lyon Sprague de camp et les autres.
Grâce à son esprit de synthèse et son énorme travail de relecture mythologique, grâce à l’apport consécutif de Cary Nord et Dave Stewart, Grâce à une narration barbare et lyrique juste et savamment dosée, à une mise en image héritée tout autant de Frazetta, Barry Windsor Smith et John Buscema (respectivement les deux dessinateurs les plus marquants des comics Conan des 70′s), Busiek nous offre une version généreuse et globale de la mythologie de l’Âge Hyborien, dont tous les éléments finissent, par le truchement de la bande-dessinée, par devenir homogènes et fédérateurs.

Les puristes et autres gardiens du temple de Robert E. Howard vont sans doute bouder dans leur coin à la seule pensée que nos auteurs de comics ont eux aussi osé s’inspirer des plagiaires de l’écrivain. Alors, comprenons-nous bien : il ne s’agit pas pour moi de chercher à réhabiliter le travail de Lin Carter et Lyon Sprague de Camp, dont la vision de la mythologie de l’Âge Hyborien nivelait sans aucun doute par le bas celle de son créateur, décédé prématurément en 1936 (encore une artiste maudit et donc, tel Van Gogh ou Brian Jones, sacré et intouchable, n’est-ce pas !). Il s’agit au contraire de louer le travail de mise en cohérence effectué par Busiek et ses sbires, qui offrent à tout le monde une relecture de cette mythologie à l’aune des années 2000, embrassant toutes les versions du personnage pour n’en proposer qu’une seule, réinterprétée de manière ultime.

Encore et toujours l’influence de Frazetta : Conan seul contre tous !

Du point de vue graphique et pictural, le dessinateur Cary Nord plonge dans l’Âge Hyborien et tente de se glisser dans la peau de Frank Frazetta, l’illustrateur historique du personnage, pour en livrer l’adaptation séquentielle idéale. Le mouvement des corps rappelle vraiment le maniérisme de Frazetta, mais Nord est parfois hésitant et livre un travail inégal. Certaines vignettes sont splendides, mais d’autres sont vraiment trop dépouillées, ou trop esquissées. Cependant, le niveau de cette partie graphique va s’améliorer au fur et à mesure de la série…
Le coloriste Dave Stewart a dû avoir du pain sur la planche, car Nord n’encre ses dessins que très superficiellement. Ainsi, la plus grande partie de la création picturale se joue dans la colorisation, à travers laquelle le contraste entre les couleurs complémentaires rappelle également les travaux de l’illustre illustrateur ! L’ensemble n’est pas exempt de défauts, mais il s’en dégage un parfum et une atmosphère qui ravira les fans d’Howard et de Frazetta !
Le Conan de Cary Nord (assisté, mais je ne saurais dire jusqu’à quel point, par d’autres dessinateurs comme Thomas Yeates et Tom Mandrake) est ainsi dans la lignée de son illustre modèle, musculeux et buriné comme un roc.

Bref, voilà une série d’épisodes de grande qualité, une relecture relativement postmoderne ; une forme de renaissance de la franchise au pays de la bande dessinée et une aubaine pour la plupart des lecteurs, qui possèderont ainsi, tout en profitant des quelques superbes planches de Cary Nord, une vision globale et linéaire de la chronologie de notre héros et de ses aventures.

Kurt Busiek fait ses adieux à la série à l’issue de l’épisode #29 (intitulé Le Crapaud). Il nous laisse ainsi sur un récit d’anthologie, glauque et bourré de suspense (tous les épisodes ne sont pas aussi bons et divertissants selon le contenu).
Je me souviens parfaitement avoir lu le récit originel écrit par Howard et achevé par ses plagiaires lorsque j’étais adolescent. Il m’avait fasciné tant ce démon en forme de crapaud géant et difforme était plutôt dérangeant. On frôlait alors l’univers d’H.P. Lovecraft (déjà !), avec cette créature indéfinissable et cauchemardesque, qui vomissait des tentacules dont le héros devait se dépêtre !
Busiek & Cary Nord adaptent ce récit de manière efficace, avec beaucoup de savoir faire et un parti-pris téméraire, puisque le monstre est illustré de manière littérale, grotesque et colorée !

Nous disons donc au revoir à Monsieur Busiek, qui aura jusqu’ici mené la série de main de maître, avec une ambition certaine et un concept magistral. Il nous laisse au beau milieu d’un récit inachevé. Mais l’intérim est assuré par un autre auteur prestigieux en la personne Mike Mignola, qui met ainsi un terme à cette histoire dans l’épisode #30. Un épisode haut en couleur, également bien glauque et horrifique, hélas massacré en VF par la traduction laborieuse et déplorable de Geneviève Coulomb…

Et pendant ce temps, le dessinateur Greg Ruth s’occupe de l’enfance de Conan…

Et pendant ce temps, le dessinateur Greg Ruth s’occupe de l’enfance de Conan…

- 2) L’enfance et la jeunesse de Conan :

Un volume entier, le Tome 0 intitulé Né Au Champ de bataille (épisodes #8, 15, 23, 32, 45 et 46), est dévolu à l’enfance et à la jeunesse de Conan, depuis sa naissance en plein champ de bataille jusqu’à sa première guerre à l’âge de quinze ans, lors de la mythique bataille de Venarium (évoquée dans quelques nouvelles d’Howard).

A plusieurs reprises, le scénariste Kurt Busiek a parsemé la présente série de quelques épisodes one-shot sous la forme de flashbacks revenant dans la passé et plus précisément dans la jeunesse du personnage de Conan. Il s’agit d’une exception à la règle puisque la série suit par ailleurs un ordre chronologique rigoureux, chaque épisode étant la suite du précédent, contrairement aux romans originaux où tout était raconté dans le désordre.
Le dessinateur attitré de la série étant Cary Nord, il est alors remplacé ponctuellement par Greg Ruth, ce qui assure ainsi un changement esthétique significatif afin d’aider le lecteur à distinguer les différentes époques et contextes.
Le « tome 0″ constitue ainsi une belle opportunité de lire l’ensemble de ces flashbacks de manière autonome et homogène, dans un ordre chronologique rétabli, en profitant tout du long des magnifiques planches de Greg Ruth, dont chaque vignette est une illustration à part entière.

Encore une fois, Busiek fait des miracles dans ses choix d’adaptation et parvient à retranscrire la sève des aventures de Conan à l’Âge Hyborien. Rien n’est en trop, et rien ne manque dans ses récits, y compris, comme c’est le cas ici, lorsqu’il s’agit des plus courts. Le savant mélange entre les images, les dialogues et les encarts de texte (c’est-à-dire la voix du chroniqueur) fait encore des merveilles. Il permet au lecteur d’aller à l’essentiel et de contempler, comme il le ferait dans certains tableaux, un maximum de choses en un minimum d’espace.
Il ne s’agit pas de lire une bande-dessinée comme les autres, où le récit serait amplement raconté et détaillé, mais plutôt de se laisser conter une histoire mythologique, comme on le ferait au coin du feu, buvant les paroles de notre aïeul et imaginant les scènes les plus grandioses, placées comme des tableaux les unes à la suite des autres.

Pour illustrer ces desseins (hé hé hé…), Greg Ruth était probablement l’homme idéal. Il lui suffit ainsi d’une seule vignette pour convaincre le lecteur qu’il assiste à une bataille monstrueuse opposant des milliers de guerriers barbares, ou au contraire que notre héros vient de faire l’amour à une jeune femme encore impressionnée par ses prouesses.
L’ensemble manque probablement d’unité linéaire puisqu’il s’agit de plusieurs épisodes racontés à des moments différents et distincts, et il est probable que certains lecteurs ne soient pas sensibles à cette forme contemplative. Mais le résultat est proprement magnifique de beauté et d’urgence, de barbarie et de lyrisme.
En bref, un beau cadeau adressé aux fans du Cimmérien, qui sauront désormais tout de son glorieux passé et de cette jeunesse qui fit de lui le barbare ultime…

Conan par Giorello. Un changement de style… ou pas !

Conan par Giorello. Un changement de style… ou pas !

- 3) Période Truman & Giorello :

Kurt Busiek a quitté la série. C’est désormais au tour de Timothy Truman d’en reprendre les rênes. Dans un premier temps, le scénariste (initialement illustrateur et fan absolu de Conan !) poursuit dans la même veine que son illustre prédécesseur, tout en modifiant légèrement le ton global de la narration. Le « feuilleton » est toujours aussi linéaire et le parti-pris narratif oscille toujours entre les images, les dialogues et la voix off du narrateur, tout en incrustant des intrigues secondaires inédites afin de lier les diverses aventures entre elles. Mais l’équilibre entre toutes ces composantes est moins dosé et, de ce fait, les épisodes sont moins denses, beaucoup plus décompressés. Truman maîtrise moins l’art du découpage que Busiek, mais son travail est tout de même très bon. Et l’esprit de synthèse opéré à partir de l’univers de Conan, puisé dans plusieurs décennies d’adaptations, est aussi bien retranscrit que dans les arcs narratifs précédents.

La première saga réellement abordée par Truman est remarquable, notamment parce qu’elle adapte, comme Busiek l’avait fait avec La Tour de l’Eléphant, une des nouvelles les plus célèbres et les plus appréciées de l’écrivain Robert E. Howard : La Maison aux Trois Bandits.

Le dessinateur Cary Nord, qui assure assez régulièrement le dessin de la série depuis le début, est encore à l’œuvre sur Le Rendez-Vous des Bandits (épisodes #37, 38 et 41 à 44). Mais il montre ses premiers signes de fatigue en laissant la place à Thomas Giorello sur l’épisode #43. Le passage entre les deux artistes ne se remarque pas beaucoup car un troisième homme est à l’œuvre sur ces épisodes depuis le numéro #37 : Il s’agit du coloriste Richard Isanove, qui remplace alors Dave Stewart, qui assurait la mise en couleur de la série depuis le début (à part sur les épisodes flashbacks). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Isanove se lâche complètement sur ce travail ! Il ne se contente pas de mettre les dessins en couleur, il les peint (et ce, même si la couleur est issue d’un logiciel infographique) ! Si l’on peut parfois trouver qu’il en fait des caisses, son travail va en s’améliorant sur chaque épisode et, au fil du temps, finit par représenter plus de la moitié de la partie picturale ! A l’arrivée, la série à ce stade serait presque, visuellement, « l’œuvre de Richard Isanove » !
Par la suite, Isanove est remplacé par José Villarubia et le résultat sera fluctuant d’un tome à l’autre, selon que le duo Giorello/Truman s’appliquera plus ou moins, probablement tributaire des délais de publication qui lui sera imposé…

Conan par Lovecraft() par Truman…

Conan par Lovecraft par Truman…

Au fil des tomes, Truman prend cependant ses distances avec les histoires d’origine et en propose une relecture plus originale encore en y apportant des changements significatifs. Le volet fantastique et horrifique généré par Howard et ses pasticheurs était plutôt de l’ordre de la suggestion et les apparitions et autres manifestations magiques y étaient subtiles et difficiles à cerner. Par exemple, la nouvelle dont s’inspire La Main de Nergal (une histoire initialement bricolée par Lin Carter d’après plusieurs nouvelles d’Howard, dont, entre autres, Chimères de Fer dans la Clarté Lunaire) mettait en scène des espèces de chauves-souris vaporeuses et se terminait par l’apparition fantomatique de deux divinités antagoniques qui se mélangeaient à la fumée et aux volutes colorées, un peu comme si le lecteur n’était pas certain de les avoir imaginées…

Au contraire, le scénariste va ici verser dans la Dark Fantasy la plus totale (on pense inévitablement à l’univers du Trône de Fer avec ses armées de zombies en lieu et place des chauves-souris !) et fusionner les démons en une seule et ostentatoire figure horrifique, qui évoque grandement les créatures des nouvelles de H. P. Lovecraft (et oui, encore lui !). Par ailleurs, dans la lignée de Busiek, Truman continue de broder plusieurs sous-intrigues inédites permettant à tous les épisodes de se suivre, allant même, parfois, jusqu’à donner à ces intrigues au départ secondaires, une importance croissante.
Inutile de dire que ce parti-pris pourra être mal perçu par les puristes qui « ne veulent lire que du Howard », et ce travail a d’ailleurs été plutôt mal reçu outre-Atlantique par les gardiens du temple du créateur de Conan…

Game Of Trones() La Main de Nergal…

Game Of Trones La Main de Nergal…

A partir du recueil intitulé Cimmérie, la série subit un relaunch et recommence au numéro #0. Timothy Truman en profite un peu pour rompre en grande partie avec le concept initial qu’avait mis en place Kurt Busiek. Il poursuit la logique chronologique mais cesse de s’inspirer des romans et autres nouvelles initiales afin d’imaginer lui-même les aventures de Conan entre les lignes des écrivains (d’une certaine manière, Busiek avait un peu balisé le terrain avec les épisodes évoquant la jeunesse de Conan regroupés dans Conan : Né au champ de bataille).
Dans Cimmérie, il développe une lecture conceptuelle parsemée de souvenirs évoqués par plusieurs personnages à propos du grand-père de Conan. Ces véritables épisodes à l’intérieur des épisodes paraissent au départ factices et gratuits. Mais peu à peu, le lecteur prend conscience qu’ils résonnent dans son esprit comme un écho aux aventures de Conan, et qu’ils agissent comme un parallèle symbolique. Chaque aventure de Connacht est ainsi un moyen pour le lecteur de prendre conscience de la valeur de celles de son descendant, et d’en mesurer la densité et la richesse sur la longueur.

Ce parti-pris narratif est au final très intéressant, même si l’on peut trouver que les flashbacks dédiés à l’aïeul du héros lui volent un peu la vedette. Surtout qu’ils sont entièrement dessinés par Richard Corben (avec des planches sur fond rouge histoire de marquer la différence avec le récit au temps présent). Légende vivante des comics, le vieux Corben a un peu perdu de sa superbe au niveau de la précision du trait (il bâcle pas mal de postures), mais il parvient toujours à donner à ses planches une force peu commune.

Cimmérie développe ainsi tout un passage de la vie de Conan qui n’avait au départ été évoqué que dans quelques notes laissée par Howard, où il était question que le héros retourne visiter son pays natal après les événements relatés dans La Main de Nergal, et ceux où l’on apprenait que son grand père avait trouvé refuge dans une tribu du nord après une longue errance dans les royaumes du sud.
C’est un peu étrange car, quoiqu’il en soit, nous avons ici affaire à une série à la fois très classique dans sa mise en forme et sa narration, et assez personnelle en tant qu’adaptation des aventures de Conan le barbare. Tout dépendra donc de ce que le lecteur viendra y chercher.

Et nous avons même Conan Connacht par… Richard Corben !!!

La dernière saga du run de Timothy Truman traduite chez Panini Comics est Le Colosse Noir. Après avoir imaginé des aventures inédites d’après de simples notes laissées par Robert E. Howard à propos de son retour en Cimmérie, le scénariste, qui continue néanmoins de raconter les aventures de Conan dans un ordre chronologique scrupuleux, adapte à présent un grand classique du barbare.
Cette nouvelle saga représente une gageure pour le scénariste car, en plus de convoquer un panel de créatures fantastiques d’après les descriptions elliptiques d’Howard (de simples « ombres noires », la plupart du temps), il s’agit avant tout de raconter une série de batailles homériques.
Conan s’est engagé comme mercenaire dans l’armée du Seigneur Amalric. Mais lorsqu’un sorcier lève sur le monde une armée démoniaque, notre héros est choisi par la princesse que convoite le dit-sorcier afin de mener son armée au combat. Conan se révèle alors comme un chef né et charismatique.

Ces six épisodes linéaires et relativement classiques du point de vue de la forme se lisent quasiment d’une traite. L’ensemble n’a rien d’exceptionnel et ne vise qu’au divertissement. Mais le ton est juste et le lecteur fan de Conan se retrouve complètement au bon endroit.
Le style narratif de Truman peut paraitre un peu lisse, d’autant que le scénariste a un peu de mal à rendre les nombreuses scènes de bataille particulièrement palpitantes. La partie graphique nous met cependant un peu la puce à l’oreille : Notre équipe créative (qui ne lésine pas sur le sang et les fesses, mais c’était comme ça dans la nouvelle originelle !) a sûrement été obligée d’accélérer la cadence, livrant une série d’épisodes d’une qualité relativement moyenne d’un point de vue artistique. Quelques épisodes de plus, notamment lors de la grande bataille finale, avec un meilleur découpage et une narration plus dense, n’auraient pas été de refus. Quant aux créatures diverses, le parti-pris de les représenter frontalement s’avère parfois un peu casse-gueule…
A noter que j’ai lu cette aventure dans à peu-près toutes ses versions (en livre et en BD), et que je n’ai toujours pas compris pourquoi elle s’appelle « Le Colosse Noir » !

C’est ainsi que nous disons au revoir à cette série, privés que nous sommes des deux derniers recueils et de leurs suites. A noter que Timothy Truman & Thomas Giorello reviennent plus tard sur la chronologie avec la série King Conan. Une vingtaines d’épisodes, réalisés entre 2013 et 2016 (quatre tomes en VO), racontant l’accession du personnage au trône d’Aquilonie.
Au final, cette série, moderne et ambitieuse, demeure une excellente adaptation des aventures de Conan le barbare. Le changement des équipes artistiques ne nuit en rien à la qualité de l’ensemble, et le niveau global est franchement régulier. Bref, un excellent feuilleton d’Heroic Fantasy, qui remplit parfaitement son office : Nous divertir de manière… barbare !

Les grandes batailles du Colosse Noir. Mais heu… Il est où le colosse noir ?

Pour terminer, je voudrais revenir un instant sur ce que je disais plus haut à propos des puristes et autres gardiens du temple de Robert Erwin Howard. Car j’ai l’air de les malmener un peu et, en définitive, ce n’est pas tout à fait faux… Effectivement, les réactions des puristes me fatiguent car, avec eux, on ne peut jamais rien changer et il faut forcément que toute adaptation soit littérale, ce que je trouve ennuyeux. Je préfère de loin les relectures et les changements, sauf évidemment si le résultat est mauvais. En effet, je trouve que relire sans cesse la même chose n’a aucun intérêt, et qu’il est plus intéressant de découvrir à chaque fois une version différente, quitte à ce qu’elle ne corresponde pas à nos souhaits.

Cependant, quelque part, ces puristes ont raison sur un point : Il parait que tous les grands écrivains réussissent à insuffler une véritable toile de fond à travers leurs récits, même les plus divertissants. Il semblerait que ce soit le cas en ce qui concerne le créateur de Conan et de son univers. Effectivement, Howard développait une passionnante réflexion sur la notion de « civilisation ». Il tentait de démontrer que, à cause de la nature imparfaite (et barbare !) de l’homme, toute civilisation ne pouvait être qu’une utopie éphémère, vouée à sombrer tôt ou tard dans le chaos sous les coups de l’âme humaine pervertie. Une vision certes pessimiste, mais tout à fait cohérente et abordée d’une manière profonde et édifiante.
Assurément, les plagiaires de l’écrivain que furent Lin Carter, Lyon Sprague de camp et consorts, n’auront fait qu’appauvrir cette toile de fond…

A propos de la série Dark Horse, il faut avouer qu’elle ne fait rien d’autre, non plus, que de nous proposer un simple divertissement, évacuant de ce fait la profondeur des nouvelles rédigées par l’écrivain dans les années 30.
Dans les lettres et les correspondances diverses qu’il entretenait avec son entourage (et notamment avec son ami Lovecraft), Howard démontrait son acuité à travers des réflexions pénétrantes. Dans ses questionnements sur les civilisations éphémères, il pressentait ainsi que la notre de tarderait pas à devenir décadente, et qu’elle se tournerait ainsi vers la surabondance de représentations sexuelles, qui finiraient par apparaître partout. Soit exactement ce qu’il se passe près d’un siècle plus tard !
Quant à ce parti-pris choisi par l’éditeur Dark Horse de reprendre la chronologie de la vie de Conan dans un ordre scrupuleux, Patrice Louinet, responsable des éditions Bragelonne qui reprennent les nouvelles du Conan par Robert Howard (présentées dans l’ordre de leur rédaction, restituées dans leur version authentique à partir des manuscrits originaux), nous fait remarquer que « toute tentative d’aborder le personnage et son évolution en se basant sur la biographie du Cimmérien risque de se heurter à un écueil considérable« . Il fait remarquer, avec raison, que « toute conclusion que l’on pouvait tirer sur la série était auparavant faussée par une présentation pseudo-biographique qui occultait l’évolution de Howard entant qu’auteur pour mettre en avant la « carrière » de Conan« . Ce qui est rendu indiscutable par le fait que les dernières nouvelles écrites par l’écrivain sont les meilleures et les plus riches. Louinet dit enfin que, « ce qui rend les nouvelles de Conan si différentes et si intéressantes, cet immense sentiment de liberté qu’elles dégagent, c’est justement la totale indépendance de chaque histoire (…) ».

De tout ceci, il ne fait aucun doute.
Maintenant, on peut aussi considérer que ceux qui « ne veulent lire que du Howard » se cantonnent à ces éditions Bragelonne (qui sont magnifiques), et qu’ils laissent aux autres leurs nombreuses adaptations en comics, en dessins-animés ou en films. Que l’on restitue l’œuvre de Howard entant que telle est une excellente chose. C’est évident. Mais que l’on accepte par ailleurs que toute adaptation puisse être une relecture, voire une « trahison » et que c’est également très intéressant, peut être également une bonne chose (voir notre article sur le film Conan le Barbare). Malheureusement impossible avec les puristes !
Cette série Dark Horse n’est en définitive rien d’autre qu’une adaptation. Le lecteur doit le savoir. S’il ne veut lire que du Howard, j’ai envie de lui poser une question : Que fait-il ici ?

Un procédé cher à Mr Truman : Les planches globales !!!

Un procédé cher à Mr Truman : Les planches globales !!!

(1) : Le run de Kurt Busiek & Cary Nord, puis ensuite celui de Timothy Truman & Tomas Giorello, a été entrecoupé de quelques segments signés Bruce Timm, John Severin, Mike Mignola, Eric Powell, Fabian Nicieza et Paul Lee. La plupart de ces épisodes, inédits en VF, ont été regroupés dans deux recueils distincts en VO, non numérotés…
(2) : Il est hors de question que je cautionne la politique de Panini Comics en leur achetant le run de Brian Wood alors qu’ils ont stoppé la publication de celui de Timothy Truman avant la fin (pas de tomes 9 et 10) et qu’ils ont ignoré les deux tomes de la série Road Of Kings de Mike Hawthorne (tomes 11 et 12). Je me procurerais éventuellement les quatre tomes du run de Wood (tomes 13 à 16) en occasion chez un bouquiniste. Et peut-être alors reviendrai-je vous en parler…
(3) : Le Parcours Probable de Conan le Barbare est considéré comme la biographie officielle du héros. Cette biographie au départ officieuse fut rédigée par un fan de l’écrivain. Le fan en question osa envoyer sa version à Howard (quelques temps avant sa mort). Ce dernier en fut touché et répondit avec une autre lettre exhaustive, corrigeant les quelques rares erreurs commises par son admirateur. Grace au concours d’un autre fan, cette chronologie fut publiée en 1938 dans un fanzine intitulé The Hyborian Age. Voici un lien en VO.
A noter que cette lettre est publiée dans le troisième et dernier tome des éditions Bragelonne qui reprennent les écrits originels de Robert E Howard (recueil intitulé Les Clous Rouges), ainsi que dans le tome La Tour de l’Eléphant de Panini Comics. Et que, dans les deux cas, elle est accompagnée de la carte de l’Âge Hyborien réalisée par l’écrivain lui-même.

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Dans le bordel éditorial des épisodes Dark Horse, comment s’y retrouver entre les éditions Soleil et Panini ? Pas de panique, Tornado est là pour vous quider chez Bruce Lit.

21 comments

  • JP Nguyen  

    Comme qui dirait… « Oh la la, c’est magnifique ! » Avec cet article, tu as placé la barre (bare) très haut !
    Très gros boulot dans cet article pour couvrir deux runs récents consacrés au beau barbare…
    Je n’ai que le premier TPB en VO mais ton article me donne envie de m’y remettre. Je piocherai sans doute parmi les arcs que tu as évoqués, Tornado, ne désirant pas tout lire, mais Conan se prête bien à une lecture sélective…
    Enfin, concernant tes considérations sur les puristes…
    je t’approuve totalement !
    Il était important de resituer l’oeuvre de Howard dans son contexte original et de pouvoir lire SA version du personnage, débarrassée des ajouts ultérieurs et les éditions Bragelonne ont fait un travail remarquable pour cela.
    Mais cela étant dit, fait, lu et connu; pour une adaptation, il faut accorder certaines libertés aux auteurs, surtout si cela ne trahit pas le personnage et son univers (mais tu l’as très bien exprimé en fin d’article).

  • Bruce lit  

    Le teaser : « Une épée à la main, j’ai peur de rien » 1/4
    Nettement moins habillé que les chevaliers de la table ronde, Conan et son épée plantent le siège chez Bruce Lit, et son Hérault Tornado vous compte l’intégralité de la saga du barbare chez Dark Horse.
    Retrouvez Kurt Busiek, Cary Nord, Timothy Truman et un brin de polémique contre les puristes ès Conan dans l’article du jour qui vous fera oublier ce pluvieux dimanche…..

    La BO : Robert Howard avec son Conan le barbare, c’est la naissance du geek. Presque 40 ans plus tard, ces garnements de Black Sabbath s’imposent aussi comme des geeks qui aiment la barbarie… https://www.youtube.com/watch?v=RgjmxYL04V4

    • Bruce lit  

      Oh là là….n’ayant jamais rien ouvert de Conan dans ma vie, je me sens un peu, beaucoup, complètement largué là ! Je vais vous laisser entre puristes parce que mis à part la précision chirurgicale de l’écriture Tornadienne, je n’ai pas grand chose à commenter sur ce coup là….
      Ah ! Si ! Je redécouvre via les scans Cary Nord dont le style m’avait déplu sur son run de DD avec J.M de Matteis au scénario. S’il s’agit bien du même…

  • Présence  

    Chapeau bas pour cet article fleuve qui passe en revue les tomes successives, avec un solide fil directeur, ce dernier prouvant le caractère de l’auteur de l’article. :)

    En (re)lisant ces lignes, je reste frappé par la versatilité de Kurt Busiek, en tant que scénariste. Alors qu’il est connu pou être le roi de la délicatesse en termes de sentiments et de psychologie (voir sa série Astro City), il a réussi à te convaincre de la validité de son interprétation de Conan, un barbare connu pour sa force, sa virilité et sa propension à régler tous les problèmes à coup d’épée ou de hache.

    Je suis très convaincu par ta conclusion qui explique avec clarté ce qui fait la spécificité d’un auteur littéraire, et comment ses suiveurs ont surtout tendance à diluer sa voix, et à réaliser des produits qui ne retiennent que les caractéristiques de surface, sans avoir compris le fond. Je pense aussi sec aux comics Grim ‘n’ gritty, par des scénaristes n’ayant pas compris le fond de Dark Kniht returns, et encore moins de Watchmen.

  • yuandazhukun  

    Wouah ! T’es impressionnant mec ! Félicitations pour cet article qui m’apporte beaucoup car je ne suis plus Conan depuis le début des 90′s et c’est très instructif ! « comme très souvent avec la sandwicherie » ahahah hilarant ! Un grand merci pour le boulot ça donne envie de s’y mettre !

  • Tornado  

    Merci à tous.
    C’est un article très long. L’ayant fini, je me suis promis de ne plus en écrire des comme ça par la suite ! :D
    Mais je tenais vraiment à exprimer ce que je trouve dommage avec cette histoire de puristes. Et le thème de l’adaptation est un thème qui m’intéresse énormément, donc ça s’y prêtait bien.

    @Bruce : Brian Jones, le parfait prototype de l’artiste maudit. Certains fans lui vouent un culte aveugle et disproportionné, alors que l’âme des Stones, c’est Jagger & Richards. C’est un des trucs qui me gonflent : Le mythe de l’artiste maudit qu’on vénère parce qu’il est mort…

    • Bruce lit  

      J’ai souvent ressenti ça contre le mythe Syd Barrett dont le premier album et les albums solos ne m’ont jamais traumatisé. Je trouve que le premier Floyd est original mais, ces textes immatures, ce n’a jamais été ma tasse de thé. Je préfère généralement l’ère Waters conspuée par certains puristes.
      // Conan : je pensais que La Coulomb serait plus à l’aise dans ce registre médieval que chez les Xmen

  • Bastien  

    Bonjour,
    Merci pour cet article passionné et passionnant.
    Pour ma part au contraire de toi je n’ai lu que la partie de Brian Wood attiré par le nom de l’auteur.
    Ton article en tout cas me donne très envie de me plonger sur ces anciennes parutions. A voir ce que je vais réussir a trouver en librairie et médiathèque.
    Bonne journée.

  • Tornado  

    Merci Bastien. Attention, les 4 tomes de la collection Soleil sont devenus difficiles à trouver. Cela-dit, chaque tome de Panini se lit très bien indépendamment des autres.
    Et sinon, qu’as-tu pensé du Conan de Brian Wood ?

  • Bastien  

    @Tornado : Personnellement j’ai bien aimé. En plus on peut les lires sans connaitre la mythologie du Barbare vu que ça se déroule durant sa jeunesse (l’histoire se concentre sur une idylle entre Conan et Bêlit une femme pirate). J’ai trouvé ces tomes très agréable à lire, je ne regrette pas mon achat par contre je suis un néophyte je ne peux donc pas indiquer si ces arcs sont des reprises de nouvelles de Howard, ou si l’on est dans les canons habituels de Conan.

  • Tornado  

    En principe, ces histoires sont, comme dit dans l’article, placées dans l’ordre chronologiques par rapport aux tomes précédents, et bricolées entre les écrits d’Howard, ceux des plagiaires, et du scénariste lui-même.

  • Jyrille  

    Ca y est je l’ai lu ! Impressionnant, Tornado. Un article d’une érudition maniaque autant qu’une présentation exhaustive et des rappels nécessaires : n’ayant jamais lu Howard, ton article est didactique et éclairant, sans parler de ton enthousiasme communicatif. Bref, respect, et merci !

    • Tornado  

      Merci à toi. Mon dernier article aussi long, je pense. Je ne le referai plus, promis :D !

      • Bastien  

        Bonjour,
        Non au contraire, tu m’as donné très envie de découvrir Conan, que je ne connaissais jusqu’ici que via les dernières BD publiées chez Panini. J’ai même acheté le premier tome de l’intégrale Bragelone grâce à cet article. Merci pour cette découverte.
        N’hésites donc pas a réitérer.
        Bonne journée

  • Matt  

    Oui ! J’ai réussi. J’ai tout lu.
    Difficile de faire plus précis comme article. C’est très complet et bien expliqué.
    J’ai quelques tomes de la série de Busiek et Nord. Je n’ai pas lu cela dit cette « saga de L’Hyperborée » dont tu parles. Il faudrait que je me prenne ce tome (ce blog est dangereux pour le compte en banque)
    J’ai les tomes avec le rendez vous des bandits et l’homme singe ressemble beaucoup à l’illustration de Frazetta avec le style de Cary Nord. Je suis aussi fan de Frazetta bien sûr^^ Et j’ai quelques recueils des récits de Roy Thomas. Les dessins de John Buscema n’ont jamais été aussi beaux que dans les histoires où il est assisté par l’encreur Alfredo Alcala (sur le colosse noir, iron shadows in the moon, les hommes du cercle noir, etc.) Et je suis bien content d’être l’heureux possesseur du tome 1977 des chroniques de Conan qui est à présent vendu à des prix astronomiques (dans les 300€)
    Et je dois dire tout de même que Coulomb est plus à l’aise sur Conan que chez les super slips. Il y a des erreurs certes, mais rien de bien grave (en tous cas dans les recueils que je possède) Et je dis ça alors que je ne la SUPPORTE pas sur les intégrales X-men. Elle n’utilise pas d’expressions stupides au moins dans Conan.

    Richard Isanove était monstrueux comme coloriste sur les comics de la tour sombre racontant la jeunesse du héros de Stephen King. Son association avec Jae Lee donne un truc incroyable. Mais j’ai cru comprendre que c’était controversé comme style. Moi j’adore.

    Par contre, désolé si je blasphème mais le style de Richard Corben me terrifie. Je n’arrive pas à aimer. Il me fait flipper ce mec, c’est vraiment…dérangeant son style. Je ne peux pas l’expliquer mieux.

    Je me souviens avoir ressenti une influence de Lovecraft dans certaines nouvelles de Howard. Ce crapaud oui, et aussi la tour de l’éléphant avec cette race ancienne venu de l’espace. C’est là que j’ai appris que Lovecraft et lui correspondaient. Ils se sont surement donné des idées.

    En ce qui me concerne, même si j’aime Conan, je n’ai jamais été puriste. Je n’ai pas lu autre chose que du Howard en roman, mais en BD je m’en foutais un peu et j’ai lu de tout. Il y a du mauvais mais aussi du bon dans les adaptations tirées de nouvelles de Lin Carter et consorts.

    En tous cas ton article m’a éclairé sur certains tomes de cette série. Je n’en avais pris que certains contenant des adaptations qui n’avaient pas été faites par Roy Thomas, histoire de ne pas avoir 2 fois la même histoire.

    • Nikolavitch  

      Lovecraft et Howard faisaient plus que correspondre, ils étaient devenus excellents amis sans jamais se rencontrer, et leurs échanges de lettres sont passionnants (Lovecraft a eu une longue période de fascination pour les fascismes européens et Howard lui expliquait la réalité de ces régimes, par exemple)

      dans les mini-séries annexes, je recommande vivement Songs of the Dead, dessinée par Tim Truman et scénarisée par Joe Lansdale (L’Arbre à Bouteilles), très grinçante et mauvais esprit.

      Sur Truman, je l’avais interviewé à l’époque :

      http://nikolavitch-warzone.blogspot.fr/2012/08/interview-tim-truman.html

      (bon, je constate avec horreur que toute l’icono a sauté à cause des nouvelles conditions d’utilisation de photobucket, il va falloir que je revoie ça)

  • Tornado  

    J’étais passé à côté de ton commentaire.
    Je partage ton admiration pour le travail de Jae Lee et Richard Isanove sur la Tour Sombre. Et je me suis acheté les 4 ou 5 premiers tomes en grand format pour les planches magnifiques du grand Jae Lee ! Pourtant le scénario était assez anecdotique, et aussi opaque que les romans de Stephen King (je n’ai pour le moment pas réussi à lire plus de deux tomes de la Tour Sombre version romans. Quelqu’un ici a-t-il réussi à tout lire et à tout comprendre ???).

    Sinon, le passage de l’Hyperborée reste vraiment mon préféré. Et je trouve vraiment qu’il ressemble au cycle du Pays Qâ de Thorgal !

    Merci pour ton passage (dis-je avec 6 mois de retard) ! :D

    • Matt  

      Je n’ai pas lu les romans de la tour sombre.
      J’ai pris l’omnibus VO de la série complète en comics sur la jeunesse du héros. Et j’en ai vraiment chié pour le lire parce que j’ai découvert qu’il existait un vieil anglais (comme vieux français)
      En gros naught = nothing, thee = you (pour « toi ») et plein de mots que j’ai galéré à traduire. j’ai vu plus tard que chez Marvel les dieux comme Loki parlaient comme ça aussi. Merde, si j’avais su…
      Je ne m’y attendais pas et ça a pas mal ralenti ma lecture.

      Le scénario est un peu anecdotique il est vrai, et la fin est un gros cliffhanger. En gros tout le monde est mort et le héros se retrouve seul. Aucun « méchant » n’est vaincu…il faut lire les romans qui se passent des années après pour voir la suite.
      Bon…je n’ai pas regretté ma lecture. C’était très beau et assez original comme univers. Mais j’ai revendu l’omnibus.

      J’ai lu le cycle du papier Qa. J’ai laissé aussi un commentaire sur un de tes articles de Thorgal, avec Alinoë. Sans réponse aussi (mais tu me snobes en fait !)
      Je rigole…pas de souci pour le retard^^ Le problème d’un blog c’est que si on commente plein de choses, ça fout le camp des « derniers commentaires » et certains passent à la trappe.

  • Matt  

    Moi je suis toujours curieux de savoir ce que vaut le run de Brian Wood.
    Et j’aimerais bien une réédition de la série conan the barbarian de Roy Thomas. Même si elle est plus enfantine que savage sword of conan, ça me rend curieux de la lire.

    • Bruce lit  

      Brian Wood m’a agréablement surpris pendant la première partie de sa mini série Starve.

    • Matt  

      On m’a dit du bien de Starve aussi.

      Apparemment son Conan s’écarte un peu de celui de Howard. Et les dessinateurs qui officient durant son run proposent aussi une vision moins massive et moins monolithique du barbare. Mais cela dit, ça peut rester sympa. Les critiques sur son run sont mitigées mais souvent les mauvaises critiques sont celles de puristes hardcore.
      Et la période racontée avec la rencontre et la perte tragique de son grand amour Bêlit est un passage dont on entend souvent parler dans d’autres histoires que j’ai lues mais qui n’a jamais été réadaptée en comics depuis le run de Roy Thomas sur la série Conan the barbarian des années 70.

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