Un grand pas en arrière pour le lecteur…(Devolution)

Devolution par Rick Remender, Jonathan Wayshak et Jordan Boyd

devolution_01 L’habit ne fait pas le moine  ©Dynamite

L’habit ne fait pas le moine
©Dynamite / Glénat

Un article signé OZYMANDIAS

VO : Dynamite

VF : Glénat comics

Toutes les images présentées dans cette chronique sont la propriété exclusive de Dynamite et Glénat.

DEVOLUTION est une mini-série de science-fiction publiée en 2016 chez Dynamite. Elle est écrite par Rick Remender, dessinée par Jonathan Wayshak et colorisée par Jordan Boyd. Le récit nous présente une dystopie où l’Humanité a régressé jusqu’au stade de l’homme des cavernes suite à l’explosion d’une nouvelle bombe expérimentale.

Et si le futur ressemblait à notre passé ?

Dans le futur, suite à l’épidémie d’un mystérieux virus, toutes les créatures sur Terre ont « dévolué », plongeant la planète entière dans une nouvelle Préhistoire. Toute trace de civilisation a disparu, et les cités humaines ne sont plus que des territoires hostiles dominés par néandertaliens à dos de mammouths, tigres à dents de sabre et autres insectes géants anthropophages. Seule une poignée d’êtres humains semble avoir gardé ses capacités intellectuelles.

Parmi eux, Raja va se lever pour combattre et trouver un antidote pour faire rentrer son espèce sur les rails d’une nouvelle évolution. Mais avant cela, elle va devoir traverser les terres désolées pour convaincre les dernières poches d’humanité de la rejoindre dans sa quête… et surtout survivre aux brutes nazies qui les contrôlent par la peur !

L’hubris et ses conséquences  ©Dynamite / Glénat

L’hubris et ses conséquences
©Dynamite / Glénat

Certains d’entre vous se souviendront peut-être des aventures du CAPITAINE FLAM, inspirées par le CAPTAIN FUTURE d’Edmond Hamilton, plus particulièrement sa première aventure intitulée L’Empereur de l’espace. Le Système solaire y est la proie d’une épouvantable pandémie qui fait régresser les êtres humains à l’état d’hommes des cavernes. Le scénario de Rick Remender reprend la même idée en la développant à l’échelle planétaire. Seul un petit groupe d’immunisés tente de survivre au sein d’un écosystème qui a connu un bond évolutif à reculons (backward evolution en VO).

Comme nous le savons, l’Enfer est pavé de bonnes intentions et nos gouvernants ne sont pas les derniers à vouloir notre bien. Face à la montée des guerres de religion, on décide en haut lieu de créer une bombe capable d’annihiler le gène qui inspire la Foi. Là encore, nous ne sommes pas sans ignorer que Science sans conscience n’est que ruine de l’âme, voire, dans le cas ici présent, synonyme d’apocalypse. Les effets secondaires de la bombe ne se font pas attendre et au moment de débuter notre récit, Raja, la fille du scientifique à l’origine du fléau, tente de redonner une nouvelle chance au genre humain en trouvant l’antidote.

Rien de nouveau sous le soleil ?

L’action débute par un prologue ultra-violent qui introduit l’héroïne, mais aussi la faune locale qui a remplacé l’Homo Sapiens. Premier indice que la subtilité ne sera pas de mise dans cet album.
S’ensuivent plusieurs pages d’exposition qui dressent un tableau pour le moins sombre de notre civilisation depuis la révolution industrielle. Le portrait se veut cynique, d’aucuns diront réaliste, c’est en cela que DEVOLUTION risque de diviser le lectorat. Nous sommes clairement confrontés à un univers dystopique qui prend racine au XXe siècle dont les nombreux bouleversements géopolitiques et idéologiques aboutiront à envisager une solution scientifique à nos problèmes.

Contrairement à la morale victorienne qui condamne depuis des générations les expériences du Dr. Frankenstein et de ses épigones, Rick Remender semble rebondir sur la théorie du gène de Dieu qui implique qu’il existe des bases génétiques à la religiosité, qui s’affirment au fil de la vie des individus, s’ils parviennent à s’affranchir des influences de leur éducation. Ce seront donc ces mêmes savants fous du XXIe siècle qui vont tenter d’instaurer la paix universelle en détruisant la partie du cerveau qui nous attire vers le divin. Malheureusement, l’utopie promise fera long feu, du fait d’effets secondaires pour le moins catastrophiques. Une fois encore, l’hubris du genre humain causera sa perte.

Les nouveaux prédateurs ©Dynamite / Glénat

Le monde qui en résulte semble avoir re-plongé l’Homo Sapiens dans la bestialité de ses origines, sans pour autant épargner un environnement déjà contaminé par la pollution. Le jardin d’Eden promis est peuplé de créatures à l’intelligence primitive et les mutations de la faune ne font plus de nous l’espèce dominante de la chaîne alimentaire. Là encore, on ne peut pas dire que l’originalité du scénario soit prégnante. Par principe, toute civilisation post-apocalyptique marque un retour à une forme de barbarie, la disparition plus ou moins complète de toute technologie et favorise des mutations qui rendent la population stérile ou fragile devant de nouveaux prédateurs. En ce qui concerne l’inspiration de ce monde de l’après-bombe, nous sommes en territoire connu.

Comme pour marquer encore un peu plus sa dette envers toute une imagerie du cinéma horrifique, nous assistons ensuite à une scène de sexe, en dehors des limites territoriales et morales de ce qui correspond désormais à la civilisation. La suite, fidèle aux tropes du genre, confirme l’infraction et la jeune femme se voit enlevée par des primates (justice immanente) et connaîtra sans doute un sort pire que la mort (cannibalisme).

L’ensemble de la scène laisse un arrière-goût de déjà-vu à peine rehaussé d’une pointe d’humour situé sous la ceinture. Nous retrouverons nombre de scènes identiques au cours de l’album qui donneront cette même impression de n’être là que pour la citation, confrontant des personnages à peine caractérisés à des situations vieilles comme le monde. En matière de clichés, les derniers (venus à la lecture) seront les premiers (à se réjouir).

La civilisation telle que nous la connaissions…

Le lecteur qui conserve encore un peu d’espoir, favorisé par le trait sombre et inspiré de Jonathan Wayshak – beaucoup plus à sa place ici que Paul Renaud beaucoup trop esthétisant – doit vite se résigner. La découverte du camp des immunisés nous confronte à une bande de suprémacistes blancs, caricaturaux à l’extrême, machistes, vulgaires et apparemment peu au courant des avancées du féminisme. On n’omettra pas, enfin, de signaler l’usage par nos nazillons de service d’une novlangue qui achève de leur faire descendre l’échelle de l’évolution. Aucune caractérisation sinon de surface, par l’uniforme, le tatouage ou le langage.

Nazis et humour potache  ©Dynamite

Nazis et humour potache
©Dynamite / Glénat

Nous sommes ici en droit de nous poser la question : Rick Remender cherche-t-il par tous les moyens à contrarier la bien-pensance et le politiquement correct ou son cynisme narratif n’a-t-il aucune limite ? Le dernier clou est enfoncé quand nous découvrons qu’il existe quelques happy few qui se sont réfugiés sur la Lune. Une prétendue élite qui observe le spectacle de la déchéance humaine depuis notre satellite. Inutile de citer les précédentes itérations de ce trope, nous manquons de temps.

La civilisation qui se dessine dans ce second chapitre est en outre pleinement satisfaite de son sort. La possibilité de voir un antidote remettre les choses en place n’inspire que du mépris au chef de la meute, plus préoccupé de transformer l’héroïne en une pouliche pour son harem que de sauver le monde.

Une quête qui n’a rien d’initiatique…

Le séjour de Raja au sein de la communauté nazie peut se réduire à quelques mots : séquestration, émasculation, évasion et destruction. Quand il entame la lecture d’un récit, en particulier d’une quête, le lecteur est toujours attentif à la qualité des alliés et des opposants avec lesquels le héros/l’héroïne devra compter. Or ici, cela devient une habitude, le dessin fait tout le travail. La sentinelle entonne une chanson paillarde, le médecin libidineux subit son châtiment, un groupe se forme, auquel on ne s’attachera jamais vraiment, en vue de quitter cet enfer, le dernier bastion de l’humanité se voit réduit en cendres. Le cynisme se mue quasiment en nihilisme. À aucun moment, on ne ressent d’empathie, même quand l’araignée géante obtient sa pitance. Remender semble se contenter du status d’enfant de la victime pour provoquer la compassion. À croire qu’il a complètement négligé les règles fondamentales de l’écriture d’un scénario. Par chance, la faune, la végétation, les décors, contrairement à nombre de comics mainstream sont riches d’invention. Chaque individu se démarque de son voisin, atténuant quelque peu cette sensation persistante qu’ils ne sont que des pions au sein d’un intrigue minimaliste.

Les monologues de Raja peinent à lui donner de la profondeur, d’ailleurs on verra par la suite qu’elle a, elle aussi, été instrumentalisée par le récit. C’est d’ailleurs le paradoxe de cette quête de l’antidote. On devrait assister à un parcours initiatique, par essence semé d’embûches qui révéleront les nombreuses qualités du personnage. Or ici, il n’en est rien, Rick Remender a bel et bien choisi de « dé-voluer » son intrigue. En fin de parcours, alors qu’adversaires et compagnons de route auront tous succombé ou reçu un juste châtiment, Raja décide, contre toute attente dans un récit de ce genre d’abdiquer, de succomber au confort de l’asile lunaire, parmi l’élite militaro-scientifique. C’est la Nature elle-même qui, dans une belle métaphore de la chaîne alimentaire, finira par délivrer l’antidote et donner naissance à notre successeur : un encéphale géant rattaché à un corps rachitique.

Il y a peu de temps encore, je lisais une chronique fort intéressante sur JUST A PILGRIM de Garth Ennis et Carlos Ezquerra. En comparaison, et sur un sujet plus ou moins similaire, DEVOLUTION s’avère une oeuvre relativement décevante. Il est possible qu’un lecteur puisse se contenter d’une lecture passive, le seul niveau possible à mes yeux, tant l’intrigue n’implique aucun sous-texte, sinon cynique, voire nihiliste à l’extrême. On pourrait se rassurer en assumant qu’il s’agit d’un exercice de style, un récit dévolué, réduit à quelques tropes, servi par un dessin heureusement de grande qualité, mais qui peine à transformer cet album en fable rabelaisienne ou en hommage nostalgique à certains nanars. Clairement, il aurait fallu caractériser et non caricaturer les personnages, alliés et adversaires, prendre le temps de susciter de l’empathie. L’inversion du parcours initiatique n’est pas une mauvaise idée en soi, mais elle doit reposer sur des situations et personnages solides, élaborés. L’Homme est un fléau, un parasite, c’est un fait, mais il est toujours bon de conserver un peu d’espoir d’evolution

Une fausse initiation  ©Dynamite

Une fausse initiation
©Dynamite / Glénat

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No future sur Bruce Lit : Rick Remender essaie de nous vendre sa dystopie IKEA en misant tout sur son dessinateur.

La BO du jour : Grincheux, les bras croisés et le regard mauvais, ne supporte pas les scénaristes talentueux qui se laissent aller à la facilité. Le clap (de fin) tonne
sur Bruce Lit !

28 comments

  • Matt  

    ça ressemble à du Garth Ennis en bref, quoi^^
    Pas sûr que ça me plaise en effet.
    Par contre je ne suis pas vraiment convaincu que l’utilisation volontaire de clichés ou d’un ton cynique et désespéré soit synonyme de mauvais scénariste.
    Et puis encore faut-il déterminer s’il s’agit de clichés ou d’hommages, Remender étant amateur des récits référentiels.

    En gros, bon article mais d’un côté je ne suis pas spécialement convaincu par tes arguments, et d’un autre je pense tout de même que ce n’est pas une lecture pour moi.
    Après tout, je n’aime pas Garth Ennis sans penser qu’il est mauvais.

  • Présence  

    Le cap du deuxième article (sur Bruce Lit) et franchi avec brio. :)

    Ayant également lu ce récit, je me retrouve dans une étrange position : totalement d’accord avec le ressenti global et les constats, et en déphasage avec quelques unes des observations.

    Il est vrai que je ne m’attendais pas à une merveille car j’avais lu auparavant qu’il s’agissait d’un récit de jeunesse de Rick Remender confié à l’éditeur Dynamite et resté dans les placards pendant 10 ans, faute d’artiste affecté au scénario (le fait que Paul Renaud n’ait pas été libre).

    Rick Remender cherche-t-il par tous les moyens à contrarier la bien-pensance et le politiquement correct ? – Du coup, pour avoir lu une majeure partie de la production de Rick Remender pour Marvel et plus d’une moitié en indépendant, je n’ai pas été surpris par la tonalité négative de ses propos. C’est son habitude de finir ses récits par un constat pessimiste, et j’ai lu dans les remarques de Raja le propre avis plutôt honnête du scénariste.

    Le dessin fait tout le travail. – Je n’ai pas compris cette remarque car l’enjeu des dessins n’est-il pas d’apporter quelque chose de plus que le script. Par ailleurs, je te rejoins sur la qualité desdits dessins, les planches de Jonathan Wayshak évoquant un peu Frank Frazetta, beaucoup Mark Schultz, avec un soupçon de Sam Kieth de temps à autre. Du coup, ces dessins participent à une forme d’hommage assumé aux comics EC, avec une forme d’autodérision en assumant les conventions du genre récit post apocalyptique que tu cites.

    Négliger les règles fondamentales de l’écriture d’un scénario. – Cette remarque m’a échappé. Je n’attends pas que chaque récit comporte un un individu dans lequel je peux me reconnaître, que ce soit pour sa fibre morale, ou pour ses objectifs. La critique dressée par Rick Remender contre le genre humain est uniquement à charge et à gros traits, comme tu le fais clairement apparaître. Je peux y voir aussi une critique de mes propres défauts, et une vision pessimiste de l’humanité qu’il n’est pas possible de rejeter d’un bloc. Du coup, le récit me parle quand même.

    C’est très enrichissant de pouvoir redécouvrir ainsi un comics, à partir d’un point de vue différent.

    • Matt  

      « Le dessin fait tout le travail. – Je n’ai pas compris cette remarque car l’enjeu des dessins n’est-il pas d’apporter quelque chose de plus que le script. Par ailleurs, je te rejoins sur la qualité desdits dessins, les planches de Jonathan Wayshak évoquant un peu Frank Frazetta, beaucoup Mark Schultz, avec un soupçon de Sam Kieth de temps à autre. Du coup, ces dessins participent à une forme d’hommage assumé aux comics EC, avec une forme d’autodérision en assumant les conventions du genre récit post apocalyptique que tu cites. »

      Voilà j’ai eu cette impression que c’était l’intention aussi. Même si je n’ai pas lu le truc^^

  • Ozymandias  

    - « Par contre je ne suis pas vraiment convaincu que l’utilisation volontaire de clichés ou d’un ton cynique et désespéré soit synonyme de mauvais scénariste ». Rick Remender n’est pas un mauvais scénariste, loin s’en faut, de même que l’emploi de tropes et d’un ton cynique n’est pas nécessairement une facilité. J’accepte l’hommage quand il ne se contente pas d’énumérer, mais transforme un matériau connu en quelque chose de nouveau. Ici, on se contente d’enfiler les clichés sans leur conférer une dimension incitant à autre chose qu’une lecture passive ou premier degré. Si je devais relativiser mon propos, je dirais donc qu’à défaut d’un mauvais scénariste (somme toute, on peut l’être sur un ou plusieurs albums) on doit subir un mauvais scénario.

    - Je serais très élogieux concernant le premier chapitre parce qu’il rejoint aussi ma vision du genre humain. Ici, pas de tropes, mais des constats éclairés sur notre Histoire et les solutions de facilité, souvent violentes que nous lui apportons. On se souviendra par exemple du noeud gordien dans Watchmen, véritable épreuve initiatique du héros, devant laquelle Alexandre et Adrian Veidt échouent lamentablement en faisant usage de la force et de la violence. De la même manière, le récit de Rick Remender opte pour la facilité du cynisme, voire du nihilisme.

    - Le dessin fait tout le travail. Je parle ici du plaisir de lecture. Dans le meilleur des mondes, une BD vous propose une histoire prenante, valorisée par un dessin attractif et une mise en scène inspirée. Il s’agit ici de mettre en avant la complémentarité du texte et de l’image. Meilleur exemple à ce jour : WATCHMEN (oui, je sais, je radote). DEVOLUTION souffre de cette absence de complémentarité. Suite au premier chapitre, j’ai trouvé mon plaisir dans les dessins de Jonathan Wayshak et plus ailleurs. Il est la clé de voûte de cet album, signe d’un déséquilibre endémique dans cette fiction.

    - Je précise, à toute fin utile, que j’admire énormément l’oeuvre de Garth Ennis. Je le considère comme un écrivain à part entière. Il produit, comme tout le monde, des oeuvres alimentaires, mais reste toujours capable de fournir du sous-texte, même dans ses créations potaches. Dans DEVOLUTION, j’ai souvent eu l’impression que Rick Remender tentait la même recette, mais sans parvenir à dépasser le premier degré. D’ailleurs, je continue à le dire : ce titre est une excellente lecture passive. Je pourrais le comparer à un BIG MAC : il apaise la faim pendant dix minutes, après quoi votre second cerveau en redemande.

    - Hommage à EC COMICS ? Oui, dans la forme, mais pas dans le fond. Certes, on pourrait facilement transformer le premier chapitre en une belle parabole sur l’Humanité et ses tares, mais les chapitres suivants dénaturent le propos souvent moral des productions de William Gaines.

    Somme toute, on peut résumer mon article par un proverbe connu : « Qui aime bien, châtie bien ». C’est l’énorme respect que je ressens envers Rick Remender qui m’a inspiré cette critique à charge. Au risque de paraître condescendant, je dirais qu’intellectuellement cet album m’a paru creux et ce malgré un premier chapitre extrêmement réussi. Maintenant, sans pour autant relativiser mon propos, si je devais le comparer à mon expérience de lecture sur CRITICAL HIT dont j’ai encore du mal à m’expliquer la présence au sein du catalogue de GLÉNAT COMICS (petite pique cathartique, Bruce comprendra), DEVOLUTION reste un récit premier degré agréable à lire… une fois. J’ai souvent eu l’impression que le scénariste ne m’avait laissé que quelques os à ronger, trop peu pour étancher ma faim.

    Je n’inciterai jamais dans mes chroniques à ne pas acheter un livre, mais je sais aussi qu’il existe des solutions alternatives, comme les médiathèques, permettant d’économiser quelques euros en vue d »un achat plus judicieux… NUFF SAID.

    PS : Je dois dire que je m’attendais à un accueil plus froid. Pour moi, l’écriture de cette chronique fut relativement difficile car elle m’obligeait d’une part à marquer ma déception, mais surtout à tenir sur la longueur en avançant des arguments solides alors qu’il aurait été beaucoup plus simple de faire comme TÉLÉRAMA avec les films de JEAN-CLAUDE VAN DAMME : quelques lignes fielleuses et un tas d’arrière-pensées négatives. Mais cela serait revenu à choisir, à mon tour, cette solution de facilité que je condamne dans mon article. Le vrai défi, dans un cas comme celui-ci, étant de ne pas parler pour ne rien dire. En espérant ne pas vous avoir TROP ennuyé.

    OZYMANDIAS

    • Matt  

      C’est pour ça que je n’aime pas écrire des articles négatifs moi. Pas évident d’être intéressant en disant qu’on trouve un truc naze. Et sans paraitre condescendant, ou irrespectueux, etc. A la limite je préfère ne carrément pas écrire dessus quand vraiment je n’ai pas aimé.
      D’un autre côté il en faut des gens qui disent ce qui ne va pas dans certaines BD. Mais je trouve l’exercice plus difficile en effet.
      T’inquiète ton article est bien.

      Encore un fan de Ennis ? Décidément…je suis tout seul sur terre à ne pas aimer ses trucs à lui.

    • Présence  

      Quelques observations supplémentaires en vrac pour le plaisir de la discussion.

      Ma remarque sur les EC Comics était pour pointer l’hommage, et tu fait apparaître qu’il ne s’agit que de la forme. Je partage ton avis. En ce qui me concerne, je ne peux pas croire, ou accepter, ou en fait trouver plausible qu’il puisse y avoir quelque chose comme un gène de la religiosité, ou du sentiment spirituel. De même le principe d’une régression dans l’échelle de l’évolution n’implique pas, pour moi, la réapparition d’espèces disparues comme les dinosaures. Du coup, je ne peux pas envisager ce récit comme une forme d’anticipation sérieuse ou crédible. Dans le même temps, la lecture des récits ultérieurs de Rick Remender m’a donné l’impression d’une approche post-moderne de l’écriture, c’est-à-dire que le scénariste donne l’impression qu’il sait que le lecteur connaît les clichés inhérents aux genres littéraires, et que du coup il joue sur cette attente, en faisant en sorte de ne pas les prendre au sérieux. Du coup, c’est un auteur qui ne peut pas terminer sur une morale, même formulée de manière nuancée ou sophistiquée.

      Marquer sa déception [...] en avançant des arguments solides : il s’agit d’un exercice que j’ai horreur de faire, ce qui rend ton article encore plus impressionnant à mes yeux. Du coup, je ne me suis pas DU TOUT ennuyé, car c’était passionnant de retrouver les éléments du récit qui m’avaient marqué à la lecture, et de les voir présentés sous un éclairage tout à fait différent et solidement argumenté.

  • Tornado  

    Remender est un de mes scénaristes actuels préférés (et clairement l’un des plus doués à mon humble avis), quand bien même il ressasse souvent la même formule (mais ça peut aussi être perçu comme une signature).
    Maintenant, il ne livre pas que des chefs d’oeuvre, et on peut tout à fait le comprendre étant donné son rythme de production quasi-industriel ! Un peu comme Jason Aaron, en fait.
    Du coup, je m’autorise à zapper certaines de ses créations. Et notamment celle du jour. Merci, donc, de me faire économiser des sous :)

  • OmacSpyder  

    « Le jardin d’Eden promis » qui voit la chute de l’Homme après « l’Enfer pavé de bonnes intentions », voilà bien un champ sémantique emprunt de religion pour un propos sur : Et si nous effacions la religiosité, mère de tous les maux?
    L’idée d’un gène du religieux rejoint bien la conception américaine du tout génétique. Après avoir cherché les born killers avec la gène du crime, ils pourraient très bien chercher celui-ci. Après tout, quand il n’y a pas de gène, il n’y a pas de plaisir! (Sic)
    Toujours est-il qu’après ce propos discutable mais qui a le mérite de situer le récit dans la fiction, voilà donc la suite de ce principe de départ : si l’on retire le sens du divin, du sacré, de l’Homme, qu’en reste-t-il? Réponse : une régression à un stade anthropologique et ontologique antérieur. L’accès au sacré étant barré, ça va devenir un… sacré bordel! Et de resituer dans le même temps la réelle barbarie non pas comme causée par la religion mais intrinsèque à l’Homme. Dût-il la justifier par là religion.
    De fait, j’ai trouvé le propos d’une brûlante actualité.
    Merci pour cet article Ozymandias!

  • Bruce lit  

    Tout comme toi Ozy, je n’ai pas aimé ce récit.
    Les dessins sont chouettes, oui, le prologue est pas mal, mais très vite je me suis désintéressé du truc.
    Lorsque Raja s’évade du camp nazi, il lui reste encore 3 épisodes pour frayer son chemin, trouver et administrer l’antidote, ce qui sur le rythme du récit me semblait peu probable d’être conclu correctement.
    Pour ma part, il y’a tellement pas de développement des personnages secondaires ou de l’héroïne que j’ai assisté à ce voyage comme un passager arrière à qui aucun investissement n’est demandé sur sa ligne de conduite.
    A l’inverse d’un Survival de Ennis, ce n’est ni drôle, ni marquant, ça se lit, oui et ça s’oublie…
    Pour ma part, impossible du fait de ma vision de l’érotisme féminin, d’entrer en fantasme d’une héroine qui proclame à chaque épisode qu’elle pue et qu’elle ne se lave plus depuis des années. Impossible de me projeter dans quoique ce soit avec Raja d’autant plus que dans mon travail, ben j’ai des gens qui sentent pas toujours bon quoi….

    Merci en tout cas pour cette fraîcheur (?!) Ozy d’une écriture neuve sur le blog. La preuve : c’est à mon souvenir la première fois qu’on me met du Clapton en BO !
    Bien vu enfin la comparaison au 1er épisode du Captain Flam !

    • Jyrille  

      Oui j’avais oublié de le souligner : la comparaison avec Capitaine Flam est très bien vue ! Je me souviens qu’enfant ces épisodes m’avaient presque traumatisé.

      Quant au reste (la perte de la religion etc) je rejoins totalement les propos de Présence et de Omac.

  • PierreN  

    Déjà que je n’ai pas accroché plus que ça à Seven to Eternity du même Remender (malgré Opeña), là ça a l’air encore un cran en-dessous. Tant pis, ça m’incitera d’autant plus à privilégier Deadly Class, et Low dans une moindre mesure…

  • Ozymandias  

    Presence : Ce post-modernisme n’est que de surface. La référence et le cliché peuvent être intéressants, mais quand ils débouchent sur une approche novatrice, et non pas une simple énumération.

    OmacSpyder: Le champ sémantique de la religiosité était, bien sûr, utilisé avec ironie. Je suis athée depuis l’adolescence et si je peux accepter la Foi chez autrui, je doute fortement que sans elle, l’espèce humaine dévoluerait. Nous sommes fondamentalement des animaux qui ont évolué, mais uniquement en surface. Chassez le naturel, il reviendra au galop. En revanche, l’Amérique d’aujourd’hui, d’une certaine manière, dévolue, se replie sur elle-même et, paradoxalement, cet album a un petit côté visionnaire.

    Tornado : Alan Moore aussi ressasse souvent la même formule, mais si le message est intéressant, on ne s’en plaindra pas. Et oui, aucun créateur n’est infaillible. Il faut se rappeler que les créatifs sont avant tout des humains : ils mangent, ils paient un loyer et ils font des crédits.

    Bruce lit : Je n’ai quasiment pas ressenti la moindre empathie envers les personnages. Comment être affecté par la mort d’un enfant si on l’a vu à deux reprises, muet, au fil d’une ou deux planches ? C’est un peu le même problème qui se posait dans l’article de TORNADO consacré à la SAGA DU PHÉNIX NOIR. Comment être affecté par la mort de six milliards d’individus dont toute la civilisation se résume à une brève apparition ?

    Eric Clapton, ce n’est rien. Attends de voir mes prochains choix musicaux. :-)

    • PierreN  

      « Comment être affecté par la mort de six milliards d’individus dont toute la civilisation se résume à une brève apparition ? »

      Les hommes-brocolis, ne serait-ce pas le peuple dont est issu l’alien d’Avengers #4 (surtout resté dans les mémoires pour le retour de Cap) ?

    • OmacSpyder  

      @ Ozymandias : la réponse qui est faite à mon propos paraît mélanger allègrement sens du sacré, du divin, la croyance, la foi et la religion.
      Si nous situons le sens du sacré chez l’Homme au moment de l’apparition des sépultures, soit de la conception du symbolique, nous pouvons lire de façon assez limpide en quoi ce virus supprimant le sens du divin ramène l’Homme à la barbarie, c’est-à-dire dans un rapport à l’autre où la seule violence l’emporte.
      Pour saisir cela, il s’agit de distinguer les registres mais aussi de reconnaître l’évolution anthropologique qu’a constitué le sens du sacré chez l’Homme. En dehors encore une fois d’une croyance religieuse ou de la foi pou encore d’un dogme.
      L’athéisme semble ainsi parfois une croyance qui empêche de voir de façon claire un propos sur la croyance s’il est érigé sans clairvoyance.

  • Matt  

    Et Black Science du même auteur, ça en est ou ?

    • PierreN  

      Ça continue toujours je crois. Tu attends que ce soit terminé pour commencer, c’est ça ?

      • OmacSpyder  

        @Pierre N : Tu as développé une précognition!! :D

      • Matt  

        Les seules séries inachevées que je lis alors qu’elles sont encore en chantier, ce sont celles qui proposent des cycles ou des histoires qui n’obligent pas à poursuivre la lecture plus loin. Parce que je ne veux pas me laisser entrainer dans une intrigue au long cours qui prendra 10 ans et finira en eau de boudin.

    • Eddy Vanleffe....  

      Alors moi qui thésaurise comme un malade, je suis obligé d’avouer que j’ai revendu ce truc, tellement ça m’a sorti par les yeux…
      ca pourrait être sympa mais le « héros » est une plaie et j’ai détesté devoir « suivre » ce type…

      • Matt  

        Tu parles de Black Science ?

        • Eddy Vanleffe....  

          ouaip!

          • Tornado  

            J’aime beaucoup Black Science. Le héros n’est pas commode. Mais c’est le principe. Il évolue avec le temps et on étudie aussi son passif au fil de la série.
            Pour le coup c’est ce qui fait l’originalité du récit.
            J’attends la fin de la série pour me positionner et je pense faire un article une fois qu’elle sera bouclée.

  • JP Nguyen  

    De base, ça ne me tentait pas, et après lecture de l’article encore moins.
    La différence de style entre la couverture (par Jae Lee ?) et les pages intérieures est assez criante.
    Mon seul regret, c’est de ne pas avoir cogité davantage pour intégrer ce sujet à mon prochain Figure Replay. Je sens confusément qu’il y avait un jeu de mot à faire sur dévolu/dévolution mais je ne le trouve pas…

    • Bruce lit  

      Oui, les covers sont de Jae Lee.

    • Présence  

      Oui, les couvertures sont réalisées par Jae Lee qui travaille régulièrement pour l’éditeur Dynamite sur des séries confidentielles (pour rester poli).

      • Jyrille  

        La couverture est très belle et les dessins de Jonathan Wayshak ont l’air chouette. Ces derniers me font un peu penser au trait de Craig Thompson (Blankets).

  • Jyrille  

    Merci Ozy, tu me fais économiser de l’argent ! J’aime bien Remender (je suis surtout fan de son Deadly Class) mais si il s’agit d’une oeuvre de jeunesse, je ne suis pas certain d’apprécier. Surtout que tu soulèves nombre de points rédhibitoires, notamment les clichés et les personnages peu développés. J’ai vu qu’une oeuvre de jeunesse de Matsumoto était rééditée, et je n’ai pas sauté le pas, pourtant je suis totalement fan de cet auteur. Mais ce serait peut-être du complétisme, alors que je n’ai pas fini Monster ni le Samouraï bambou.

    Très bel article en tout cas, assez impitoyable… C’est déstabilisant ^^

    La BO : je ne sais pas, je n’ai jamais vraiment aimé Clapton, et j’ai essayé pourtant…

  • Eddy Vanleffe  

    sinon bravo Ozymandias pour ce rappel à Captain Future.
    je viens lire le premier tome au éditions Bélial et j’ai adoré. ce sont des lectures-naïves certes- pleines d’images, de rythmes, d’urgence, de couleurs… du vrai pulp.
    très novateurs pour l’époque.
    les bouquins sont un peu chers et je me les offre au compte goutte…

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