Une affaire de transactions (L’enfant intérieur)

L’enfant intérieur par JM de Matteis et Sal Buscema

Un titre obscur Un dessin efficace: Quel dessein se cache?

Un titre obscur
Un dessin efficace:
Quel dessein se cache?

ParOMAC SPYDER

VO : Marvel

VF: Panini

L’enfant intérieur est un arc écrit par J.M. DeMatteis et dessiné par Sal Buscema couvrant les épisodes de Spectacular Spiderman de 178 à 184 (juillet 1991-janvier 1992). Parue initialement dans les Nova de l’époque Semic, (177-188 et 196-197), l’histoire est rééditée dans la collection Marvel Vintage (Panini Comics France), réédition qui voit cet arc augmenté de deux épisodes complémentaires formés des Spectacular Spider-Man 189 (juin 1982) et le numéro anniversaire SSM 200 (mai 1993).

L’histoire : A peine remis de son combat contre Kraven, combat qui vit Spider-Man être enterré vivant par son ennemi, laissant des séquelles traumatiques, notre Tisseur doit faire face à l’évasion de Vermine de la clinique psychiatrique où il suivait un traitement psychothérapeutique par le Dr Kaflka. Dans le même temps, Harry Osborn, meilleur ami de Peter Parker se voit confronté à son héritage du Bouffon Vert en plein bonheur familial, l’amenant à reprendre l’identité du pire ennemi de Spider-Man. Chacun des protagonistes va devoir faire face à ses souvenirs d’enfance, à ses traumas, et trouver sa voie de guérison ou se perdre dans une aliénation. Vermine, Spider-Man, le Bouffon Vert : trois enfances que les auteurs nous font explorer, trois parcours dramatiques aux secrets enfouis, qui vont se croiser, se téléscoper et tisser la toile singulière de ce récit introspectif.

Les covers US promettent du bon à l’Intérieur…

1. Négociation

Une chose avant de commencer : nous pourrions nous arrêter là, histoire de ne pas gâcher le suspense. Histoire de faire un pied-de-nez aussi à la genèse de cet article. Voyez-vous, cet article est en fait une commande passée par le dit-responsable de ce blog (vous me direz que d’irresponsable, ça sonne pas mal, selon comment on l’écrit). Bref, je ne saurai plus trop dire de quelle manière ou avec quel subterfuge, mais le résultat est que votre serviteur reçoit la mission de parler de cet arc « L’enfant intérieur » avec l’explication lapidaire suivante : « c’est ton turf« .
Difficile de refuser d’emblée, d’autant plus que mon interlocuteur semble y tenir, comme un moyen d’asseoir son autorité. Il pourrait s’asseoir d’autant plus dessus qu’il sait que l’autorité et moi, ça fait au moins deux. Ni une ni deux pourtant pour me refiler le bébé, ou plutôt l’enfant intérieur.
Je lance quelques messages subliminaux en faisant un peu durer : message disant que je n’ai toujours pas lu la BD, alors que la commande est passée depuis plusieurs semaines, voire mois. Puis, argument imparable : je n’ai même pas la dite-BD. Et je ne vais pas aller chercher cette histoire dans mes vieux Nova qui reposent dans mes cartons au grenier! Réponse de l’intéressé : « tu n’as qu’à te le faire offrir pour Noël! » Comme réponse, ça ne manque pas de sel. Voici donc que pour produire un article imposé je devais de plus renoncer à un cadeau de ma liste de Noël et mettre cette BD à la place! J’ai tenu bon pour la liste de Noël…Me voilà donc contraint par je-ne-sais quel subterfuge à devoir acheter ce livre, première contrainte, puis à en faire un article, deuxième lot gagné!

Entre vous et moi, je dois vous confier qu’en plus de cela, le style de Sal Buscema me refroidit un peu. Il est austère, voire âpre, un peu effrayant avec ces visages tendus, aux bouches étirées, aux sourcils épais froncés, avec ces corps recourbés ou en tension. Les femmes sont dessinées au couteau, sans chaleur particulière. Sal Buscema dessine un Bouffon effrayant, aux yeux écarquillés terrifiants, avec une petite pupille noire transmettant tantôt l’effroi tantôt la détresse. Et Vermine, rien que le nom et sa couleur qui n’en est pas une le rend malsain. Étrangement, ces épisodes sont parus dans le magazine Nova, avec ce Buscema, et je ne peux m’empêcher de repenser aux épisodes du Surfeur d’Argent du frère, John Buscema, qui me distillaient à la fois une curiosité de lecture mais aussi une sorte de terreur sourde me condamnant à lire dans l’étau de ce sentiment double.

Nova, nova, novae, Novis, novis, novarum De bons souvenirs d'Enfance...

Nova, nova, novae, Novis, novis, novarum
De bons souvenirs d’Enfance…

Pour cet article à écrire, le même sentiment me traversait : l’impression de retrouver des épisodes relativement glauques et lourds mais aussi la curiosité d’aller y jeter un oeil. Plusieurs fois je feuilletai l’ouvrage dans les rayons de la librairie, puis le reposai en remettant ainsi à plus tard toute cette histoire. Enfin, un jour, j’allai avec l’ouvrage en question jusqu’à la caisse, non sans, inconsciemment, l’accompagner d’un Marvel Now de Bendis et d’un Docteur Strange. J’allai même jusqu’à envoyer la photo en toute innocence au commanditaire de l’article, celui-ci ne pouvant que constater ma traîtrise au dogme anti-Bendis du blog. Je tenais un bout de ma revanche, et ce petit morceau volé me fit bien sourire. Allez savoir pourquoi…

2. Une affaire de transactions

Nous voici au coeur du sujet. L’enfant intérieur, comme cet achat et tout ce qui l’entoura, c’est bien une affaire de transactions. Car pour aborder ce récit en éclairant ses sombres recoins, nous devons prendre en compte un élément incontournable sans lequel nous passons à côté du message de l’auteur J.M DeMatteis : j’ai nommé l’Analyse Transactionnelle.
L’Analyse Transactionnelle est à la fois une méthode thérapeutique et une méthode de communication posant comme principe de départ que pour chaque personne trois états du Moi existent : L’Enfant, le Parent, et l’Adulte.
Sur le plan de la communication, cette Analyse Transactionnelle établit ainsi que dans nos interactions avec les autres, nous adoptons à tour de rôle des comportements typiques de l’Enfant : celui qui ressent et réagit, du parent : celui qui établit les règles, et enfin de l’Adulte : celui qui pense, décide et résout les problèmes. Sont nommés ainsi des transactions le fait que dans un dialogue, un échange entre deux personnes, une des trois parties de l’un interagit avec une des trois parties de l’autre. L’échange est donc implicitement un échange toujours croisé partant de l’un des trois états du Moi de celui qui parle et parvenant à l’un des trois états du Moi de l’interlocuteur ; cela forme ainsi des « transactions » différentes pouvant être de Enfant à Parent, de Parent à Enfant, de Enfant à Adulte etc.

Dans la vie de tous les jours, ces trois états du Moi nous amènent à communiquer de façon particulière avec notre entourage selon de quel état du Moi nous parlons et l’état du Moi qui nous répond. En sachant que notre façon de nous adresser à quelqu’un va nécessairement, même si pas systématiquement, influencer le retour que nous allons avoir. Un exemple : « J’aime pas les lundis, je voudrais rester couché » entraîne plus facilement le type de réponse « C’est comme ça, on n’a pas le choix, c’est pour tout le monde pareil » ; nous voici devant une transaction enfant-parent. Si l’on formule : « J’ai une journée chargée, je vais tâcher de la mener à bien et de profiter du week-end à venir pour écrire un article », on reçoit plus facilement « C’est vrai que le lundi c’est pas facile mais si tu atteins déjà quelques objectifs, ça sera intéressant pour toi ; et puis en effet, comme dimanche nous n’avons rien de prévu… ». Bref, vous avez compris le principe.

Un principe de transactions: Qui parle à qui? Ou: Un tableau pour les rassembler tous...

Un principe de transactions:
Qui parle à qui?
Ou:
Un tableau pour les rassembler tous…

Sur le plan psychothérapeutique, le principe de l’Analyse Transactionnelle réside dans le fait de faire communiquer entre eux les trois Etats du Moi dont nous sommes composés. L’Enfant « en nous » peut ainsi parler avec le « Parent ». C’est le Dialogue Intérieur. Dans les épisodes de l’ »Enfant Intérieur », nous trouvons par exemple Spider-Man dans un Dialogue Intérieur entre ses états du Moi Enfant, Parent, et Adulte dans une scène. Ainsi au sujet de la mort de ses parents, tandis qu’il est au cabinet du Dr Kafka, Peter Parker a ce dialogue intérieur : « Maman… Papa… Vous êtes morts à cause de moi! (l’Enfant) Spider-Man, tu n’as plus à avoir peur, tu as affronté le monstre, tu l’as regardé en face. Il ne peut plus te faire de mal. (le Parent) Ne laisse pas l’enfant te contrôler. Honore-le. Nourris-le. Aime-le. Mais il ne doit pas commander. (le Parent) Si! Il était vilain et papa et maman ont arrêté de l’aimer… Alors ils sont partis pour toujours! (l’Enfant) Je ne veux plus me cacher. Plus avoir mal à cause du passé. Je ne veux plus être contrôlé…enchaîné par mon enfance. Je suis un Homme, un Homme. Un Homme!!!(l’Adulte) » Nous avons ici les trois états du Moi : Enfant, Parent, et Adulte qui dialoguent intérieurement.

La notion d’Enfant Intérieur découle donc directement de cette conceptualisation créée en 1960 par le psychiatre américain, le Dr Eric Berne. Selon le Dr Berne : »Tout être humain porte en soi un petit garçon ou une petite fille qui pense, agit, parle, s’émeut et réagit exactement de la même façon que lorsqu’il était enfant ». Pour chacun des trois protagonistes, cette vérité va s’incarner de façon différente.
Dans ce récit, « l’Enfant Intérieur », Peter Parker, Harry Osborn et Edward Whelan (Vermine) vont chacun tenter de sortir de leurs traumas infantiles pour trouver leur voie adulte, et vont chercher des appuis à travers des figures parentales : nous avons donc bien ici le triptyque Enfant-Adulte-Parent, et tout le long du récit nous pouvons repérer ces transactions et la façon dont elles s’opèrent.

Lorsque l’Enfant (apeuré et insécurisé) paraît…

Pour Edward, dit Vermine, un petit garçon va lui apparaître de façon quasi-hallucinatoire ; Vermine va chercher à aider ce petit garçon à retrouver son domicile parental, car cet enfant apparaît perdu. Il va ainsi retrouver le domicile et les parents de ce petit garçon qui est en fait une hallucination de lui-même, son « enfant intérieur », en retrouvant de fait ses propres parents sous un jour monstrueux.
Pour Harry Osborn, c’est la vision récurrente de son père, Norman Osborn, lui apparaissant et lui affirmant qu’il n’agit pas comme il faudrait qui le ramène à sa position d’enfant. Harry est tétanisé devant ce fantôme paternel qui le juge, le condamne, et le met face à un conflit de loyauté insoutenable pour lui : comment peut-il être l’ami de celui qui a tué son père?
Pour Peter Parker, son sentiment de culpabilité exacerbé par les possibles actes meurtriers de Vermine, qu’il a confié au Dr Kafka, pendant son évasion vont le renvoyer à ce fardeau de culpabilité qu’il porte depuis la mort de son oncle, ainsi que celle de Gwen.Ce leitmotiv récurrent concernant ses dialogues intérieurs font déjà partie intégrante de Spider-Man, mais ceux-ci vont aller au-delà en interpelant le plus jeune garçon au plus profond de lui-même : son Enfant Intérieur qui s’est inconsciemment toujours senti coupable de la mort de ses parents, comme étant un Enfant pas suffisamment bon pour être ainsi abandonné.

Lorsque le Parent (tyrannique) paraît…

Chacun des trois va ainsi à la fois suivre son chemin de retrouvailles avec soi-même, se confronter à son sentiment de sécurité ou de détresse, et devoir trouver une issue. Les trois protagonistes de cette histoire vont bien évidemment se croiser et interagir ensemble, chacun jouant un rôle pour l’autre.

Dans un premier temps Vermine va apparaître de façon univoque comme un monstre pour Peter, celui-ci reconnaissant avoir une sorte de nausée à son évocation ; il est ainsi l’Enfant coupable qui tente de remplir son devoir mais le fait pour se sauver lui-même. Cela évoluera dans le récit où Peter se montrera davantage bienveillant vis-à-vis de Edward/Vermine en cherchant à le protéger de lui-même, se trouvant ainsi dans un rôle de Parent vis-à-vis de cet Enfant perdu qui lui renvoie plus de points communs qu’il ne parvient à l’admettre d’emblée.

Pour Harry Osborn, le chemin est quelque peu inversé. Nous le découvrons père de famille, d’un petit Norman, marié à Liz Allen, la soeur de l’Homme de Métal qui fera une apparition dans ce roman familial. De Parent, Harry se retrouve progressivement happé à nouveau vers sa place d’Enfant terrorisé par son père, soumis aux désirs et injonctions de celui-ci afin d’en retirer un minimum d’affection, sinon de reconnaissance. Ce chemin inversé va se traduire par une réelle dépression provoquant susceptibilité, irascibilité, comportement impulsif envers ses proches. L’héritage du Bouffon Vert l’entraîne irrémédiablement, diablement, vers une pente où il se perd. Peter sera ainsi perçu comme un persécuteur, à éliminer. Cependant, la figure du frère dans la relation Peter-Harry perdurera suffisamment pour éviter une issue dramatique.

Le dialogue intérieur de sourds : signaux de détresse Ou Quand le tableau s'emmêle...

Le dialogue intérieur de sourds : signaux de détresse
Ou
Quand le tableau s’emmêle…

Pour Peter Parker, celui-ci doit faire face à deux situations parallèles : trouver Vermine avant qu’il ne tue quelqu’un, ce qui rejaillirait sur son sentiment de culpabilité, et sauver Harry, avant qu’il ne soit trop tard et qu’il n’ait rejoint son héritage paternel. Peter Parker va se retrouver particulièrement dans un état de tension psychique et physique, de suractivité, ne pouvant s’octroyer le moindre repos avant que ces deux situations ne soient réglées. Pas facile d’être un héros! Mais surtout il n’est pas facile de trouver ce qui pousse à agir de façon aussi intempestive, à saisir pourquoi ce sentiment de culpabilité l’étreint de façon si intense. Apparaît un jeu de miroirs entre la détresse d’Enfant de Vermine et celle de Peter Parker devant cette culpabilité autour d’une angoisse de mort qui lui reste énigmatique dans un premier temps. C’est dans un affrontement avec Harry, après avoir respiré le gaz d’une bombe hallucinogène made in Bouffon, que Peter va se retrouver à son tour dans la clinique du Dr Kafka et trouver sa révélation : confrontant ses peurs et ressentis infantiles dans un combat intérieur fiévreux, un dialogue entre l’Enfant Intérieur et sa part Adulte, Peter va en ressortir en affirmant son désir d’être un Homme, c’est-à-dire un Adulte, qui ne se cache plus derrière sa culpabilité, mais qui s’en affranchit.
Il va ainsi réaliser que sa culpabilité remonte à la mort de ses parents, que cette culpabilité pèse sur l’Enfant qu’il porte en lui et l’enchaîne bien au-delà de ce qu’il imaginait. Débarassé de ces chaînes invisibles qui lui pesaient psychiquement, c’est un Homme libre qui émerge alors.

Lorsque l'Homme naît Ou L'enfant est le père de l'Homme

Lorsque l’Homme naît
Ou
L’enfant est le père de l’Homme

Les titres de chapitre sont ainsi éloquents et forment en eux-mêmes quasiment les étapes thérapeutiques : « Ce qui vient des profondeurs »/ « Blessures »/ »Honte »/ »Culpabilité »/ »Savoir »/ »Une nouvelle Aube ». Chacun des trois protagonistes suit ce parcours : il est confronté à ce qui remonte de son inconscient, puis ressent ses anciennes blessures ravivées, est confronté ensuite à la honte éprouvée face aux autres, avant de ressentir en soi une culpabilité concernant son Enfant Intérieur, trouve une connaissance sur soi, sur l’Enfant qu’il fut et le Parent Intérieur qui prend soin de lui, et enfin sort de ce tunnel pour être un Adulte face à ses choix et ses désirs à venir.

3. Le Dialogue Intérieur

Il va ainsi sans dire que ce récit est dense si l’on s’accorde un peu de temps à le lire en profondeur. J.M. DeMattéis et Sal Buscema livrent chacun à leur façon un travail ciselé, faisant la part belle aux vécus intérieurs et langages corporels des protagonistes aux prises avec l’action et l’introspection, liant les deux dans des dessins montrant les corps tendus vers l’action et traduisant dans des mises en page simples et efficaces les tensions intérieures que les trois personnages traversent.
Nous pouvons aisément nous sentir proches tour à tour de l’un des trois. D’ailleurs, ils sont trois protagonistes, comme les trois états du Moi, et incarnent tour à tour l’Enfant, l’Adulte, le Parent.

Edward/Vermine devra affronter son père et se remémorer les actes incestueux de ce dernier à son encontre, ainsi que sa haine refoulée face à sa mère promettant de le protéger tout en le laissant dans les griffes de ce dernier. « Vermine » est ainsi la façon dont Edward se perçoit. Lors de la transformation opérée par le Baron Zémo, nous apprendrons que la machine construite par ce dernier devait trouver au plus profond de l’inconscient la figure qui lui correspondait le mieux. Ainsi est né Vermine. Mais Vermine est né bien avant, quand ce petit garçon effrayé, très attaché à son père, devait se taire lorsque son père venait le soir, en silence, le toucher là et d’une façon dont un adulte n’a pas le droit. Le père de Vermine, soit dit en passant, est juge de métier, renforçant cette idée que le Parent représente cette Loi symbolique, laquelle assurer la sécurité de l’enfant. Cela donne une idée de l’impact d’une telle transgression pour l’enfant. La mère, l’autre Parent, sera impuissante et prise dans cette complicité passive sera l’objet d’une ambivalence affective d’Edward, aimant et haïssant sa mère pour son inaction et son défaut de protection. C’est en lui-même qu’il trouvera une nouvelle figure de protection, travail amorcé par la psychothérapeute, le Dr Kafka, celle-ci devenant une figure maternelle de substitution dans la relation thérapeutique.

Zemo Incest ou Tuer le Parent (maltraitant)

Zemo Incest
ou
Tuer le Parent (maltraitant)

Harry Osborn devra affronter son ambivalence face à son père duquel il cherche à se préserver, et dont il cherche en tant que père à s’éloigner pour être un père aimant, tout en se souvenant que son père l’aimait à sa façon. Harry redevient rapidement cet Enfant en quête de reconnaissance, en rivalité inconsciente avec son « frère » Peter qui aura eu, lui, l’attention de son père (et qui aura soit dit en passant tué son père à sa place…). Ecartelé entre son souhait de changement, de rupture avec son père et son désir d’assumer l’héritage paternel, la colère et la haine rentrées engendrent une dépression qui vire au cauchemar familial. Harry entre dans le déni de son comportement effrayant, terrorise femme et enfant en déclarant être celui qui les réunira et les protégera. L’aliénation, littéralement au sens de devenir quelqu’un d’autre, le guette.

Au final, il ne pourra franchir le pas irrémédiable du meurtre, sauvant même son « frère » Peter de l’incendie engendré par leur conflit. Entre-temps Mary Jane aura tenté une autre voie à ce conflit fratricide, la voie de l’amour en remémorant à Harry leur attachement passé et présent. C’est l’apparition de Spider-Man sur un écran de contrôle du repaire du Bouffon qui fera avorter cette belle tentatice, MJ apparaissant comme le Parent à l’amour indéfectible tandis que Peter succombe alternativement à cette haine fratricide, risquant même le suicide pour mettre un terme à cette relation sadique sans fin. Nous voyons donc ici un Spider-Man faillible, traversé par des émotions et des sentiments ambivalents, ambigüs. Il pourra avoir la nausée en pensant à Vermine ou avoir envie que Harry le laisse tranquille quitte à le neutraliser comme n’importe lequel de ses ennemis.

Des pressions, dépression Ou Père-version de l'amour filial

Des pressions, dépression
Ou
Père-version de l’amour filial

Peter Parker devra faire face à son sentiment de culpabilité et creuser profondément en lui, aidé indirectement en cela par le Dr Kafka, pour communiquer avec sa part d’Enfant Intérieur culpabilisant de la mort de ses parents. Cette réaction de culpabilité d’un évènement qui lui échappe forme ainsi une tentative de réappropriation de l’évènement par l’Enfant, afin de ne pas sombrer, cela au prix d’un sentiment de culpabilité conséquent. C’est ce prix que l’Enfant Intérieur de Peter ne veut plus payer, réalisant que ce chemin le mène vers l’anéantissement de soi, vers une course sans fin. Auparavant, Peter aura affronté à travers les figures de Vermine, l’Enfant perdu, et Harry, le Parent aliéné, son propre vécu Intérieur. Il se retrouvera en piteux état dans le bureau du Dr Kafka. La relation avec Mary Jane subira les contre-coups de ces mouvements psychiques, mais celle-ci restera une bouée de sauvetage, une ancre sûre dans cette tempête émotionnelle que la seule toile de l’Araignée ne pouvait contenir. MJ demeurera cette figure Adulte, même Parentale pour Peter, lui lançant à la fin de l’histoire un regard sombre comme celui d’un Parent qui constate qu’un Enfant n’a pas réussi à contrôler ses pulsions.

Épilogue

L’arc « L’Enfant Intérieur » est complété dans le Marvel Vintage de deux épisodes supplémentaires : l’épisode 189 « The Osborn Legacy » où l’on assiste au retour du Bouffon Vert pour un épisode de psychodrame familial où Harry connaissant le secret de la double identité de Peter tient le héros entre ses griffes. L’épisode anniversaire 200 de Spectacular Spider-Man « Best of Enemies » voit la confrontation ultime entre les deux protagonistes, Harry persécutant Peter, tente de réhabiliter la figure de son père Norman Osborn, et apparaît plus perdu que jamais et prêt à sombrer dans la folie. Il sauvera Peter in extremis d’un incendie. L’histoire peut se lire sans, mais ces deux issues supplémentaires se trouvent bien dans le prolongement de l’arc dans le sens où ils clôturent un cycle de la relation entre Harry Osborn et Peter Parker. Ces deux épisodes bouclent l’histoire qui reste dans un premier temps ouverte : Harry est en fuite, Vermine est retourné en traitement auprès du Dr Kafka. De Vermine il ne sera d’ailleurs plus question, les deux épisodes se recentrant sur la relation entre Peter/ Spider-Man et Harry/ Bouffon Vert.

Psychothérapie-Eclair Ou Tonnerre dans les méninges

Psychothérapie-Eclair
Ou
Tonnerre dans les méninges

Si vous relisez cet article, vous vous apercevrez que les chapitres de celui-ci suivent la trame des trois états du Moi : dans le premier « Négociation », c’est la voix de l’Enfant qui ressent, qui se sent aux prises avec des injustices, se rebelle, provoque, s’amuse. Dans le deuxième chapitre, « Une affaire de transactions », apparaît le Parent qui enseigne, donne les règles, le code de compréhension du monde, transmet une connaissance Et dans le troisième chapitre « Le dialogue intérieur », c’est l’Adulte qui pense, synthétise la part de l’Enfant et du Parent intérieur, celui qui résout les situations de façon raisonnée. Ainsi la construction de cet article a suivi elle aussi le cheminement d’un dialogue intérieur entre les différents états du Moi : Enfant-Parent-Adulte. Dans ce comics, nous apprenons que ce dialogue intérieur, seul ou guidé, permet de s’affranchir et de devenir l’Adulte que nous sommes amenés à être.

Psychothérapie de choc Ou Rampant près du divan...

Psychothérapie de choc
Ou
Rampant près du divan…

Cette approche concerne aussi bien notre rapport à nous-même que notre rapport aux autres. Dans nos façons de communiquer avec l’extérieur, nos différents réseaux ou autres interactions, il n’est pas inintéressant de se demander qui parle en nous. L’Enfant Intérieur, c’est celui avec lequel nous pouvons tenter de vivre en paix, c’est ce que Spider-Man nous enseigne ici, ainsi que Vermine et le Bouffon Vert. C’est celui qui parle parfois sans que nous ne nous en rendions compte. Et à notre insu, nous avons à l’intérieur de nous un petit théâtre qui s’anime tout seul, composé de marionnettes : l’Enfant, le Parent, l’Adulte. Et de ce théâtre, nous pouvons en être victime ou auteur. Le dialogue intérieur, concept de l’Analyse Transactionnelle, vise à trouver un peu de sérénité en nous-même en nous réconciliant avec nos Enfant, Parent, Adulte intérieurs. Partant de là, le théâtre du monde s’en trouve modifié. Ainsi, à l’instar d’un certain récit de Shakespeare, nous pouvons conclure avec Puck:

Si nous les ombres que nous sommes
Vous avons un peu outragés,
Dîtes-vous pour tout arranger
Que vous venez de faire un somme
Avec des rêves partagés.
Ce thème faible et qui s’allonge
N’a d’autre rendement qu’un songe.
Pardon, ne nous attrapez pas,
Nous ferons mieux une autre fois.
Aussi vrai que Puck est mon nom,
Si cette chance nous avons
D’éviter vos coups de sifflet,
Vite, nous nous amenderons
Ou Puck n’est qu’un menteur fieffé.
Sur ce, à vous tous bonne nuit,
Que vos mains prennent leur essor
Si vraiment nous sommes amis
Robin réparera ses torts.

Et ajoutons :

Avant d’adresser jugement
Parfois à la hâte formulé
Demandons juste à l’Enfant
S’il ne peut juste langue tourner
Pour que Parent souffle les mots
Qui apaisent le combat
Et que ni trop tard ni trop tôt
l’Adulte serein formulera

Scène de la vie familiale Ou: Enfant, Parent, Adulte, Selon vous, lequel des trois?

Scène de la vie familiale
Ou:
Enfant, Parent, Adulte,
Selon vous, lequel des trois?

——–
L’enfant Intérieur ou le plus intense affrontement entre Spider-Man et le Bouffon Vert avant que, encore une fois,Marvel rétropédale en ressuscitant inutilement Harry Osborn. Avec Vermin au milieu tout droit sorti de La dernière chasse de Kraven, JM de Matteis et Sal Buscema pondait un classique passé au crible psy de Omac Spyder.

La BO du jour ; quoi de mieux qu’un groupe nommé Megadeth pour assassiner l’enfant intérieur ?

30 comments

  • JP Nguyen  

    Pour un article de commande, c’est un joli bébé ! Diantre, ça légitimerait presque les pressions sournoises du Boss pour te faire accoucher de cet article !

    Je n’ai lu qu’une partie de ces épisodes. A l’occasion, je me ferai bien la totale. J’ai une certaine sympathie pour le style un peu daté et fruste de Sal Buscema, sûrement pour avoir lu ses ROM quand j’étais petiot…

    La progression narrative de la série Spectacular Spider-Man écrite par JM De Matteis me faisait parfois penser à ROM : Peter se retrouvait fréquemment plongé dans la dépression, avant de reprendre du poil de la bête en fin d’arc puis de… replonger ! (Après ces épisodes, on aura droit aux parents ressuscités puis re-morts, au Clone…) Certes, on pourra reconnaître un côté cyclique à ces choses-là, mais le lecteur que j’étais était agacé par ces dépressions à répétition. On avait l’impression que le héros n’en sortait jamais.

    • OmacSpyder  

      Merci pour le bébé! L’accouchement s’est fait en prenant le temps, comme l’article le reprend.
      Quant aux pressions, elles ne sont même pas sournoises, on est passé rapidement aux sollicitations frontales!^^

      Tu as raison pour le projet de relire l’ensemble : ça m’a permis de lire autrement cette histoire très riche au demeurant et dont j’avais conservé un souvenir de l’ambiance mi- glauque mi- tendue. On m’a poussé, disons que j’ai… rebondi. N’est-ce pas ce que nous apprend ce spectaculaire Spiderman?^^

  • Présence  

    Je dirais que le chef a eu raison de te harceler pour faire cet article, car le résultat est très impressionnant et passionnant.

    J’avais déjà lu un livre sur le concept d’analyse transactionnelle, mais n’étant pas praticien, je ne pense jamais mes échanges avec autrui dans ces termes, ou même je ne m’interroge pas sur l’état de mon moi qui est en train de communiquer à un moment donné.

    En tant que grand fan de John-Marc DeMatteis, ça ne m’étonne pas qu’il ait si bien réussi à utiliser cette façon de voir les choses pour écrire une histoire tragique et édifiante. Ton article fait ressortir avec clarté et limpidité à quel point sa sensibilité et sa spiritualité s’expriment dans cette histoire de superhéros.

    Par contre, en revoyant des dessins de Sal Buscema, avec des expressions de visage toutes dramatisées à outrance, et souvent recopiées à l’identique (le visage des 2 femmes dans la page avec la légende Psychothérapie-Eclair), je me dis que je n’ai pas la force pour affronter ces épisodes.

    • OmacSpyder  

      Avoir dans la même phrase les mots « raison » et « harceler » pourrait faire penser que l’emprise vous guette! Ou que Bruce teste plus ou moins en conscience nos capacités de résilience…
      Si le résultat est parlant, alors c’est que j’ai pu prendre soin de mon enfant intérieur pour emmener cet article ailleurs tout en partant de lui.

      L’analyse transactionnelle a ceci d’amusant, c’est que son application peut être simplissime : s’interroger sur qui parle à qui dans une relation et cela éclaire aussi bien la teneur du propos du locuteur que de celui qui répond. Je m’amuse parfois à le faire et notamment après avoir écrit cet article, et c’est un petit enseignement étonnant!

      Je te rejoins sur Sal Buscema : moi aussi il me fait peur!! Devine pourquoi j’ai reporté et essayé de me défiler!!:)

  • Eddy Vanleffe  

    Sal Buscema le gars qui peut atteindre la distance de la terre à la lune avec le nombre de ses planches. ..

    un article qui donne envie de se lire ce bouquin que je trouve très laid dans sa version panini… (la collection vintage rouge marron dégueu…)

  • Matt  

    Mais quel tyran ce Bruce quand même^^

    Très bon article en tous cas. C’est une compilation d’épisodes que j’ai trouvé très plaisante, même si je ne suis pas bien fan non plus de Sal Buscema. Mais une fois dans l’intrigue, on n’y fait plus trop gaffe. J’avais quand même préféré toute la partie autour de Vermine.

    • OmacSpyder  

      Tu fais semblant de le découvrir?? ;)

      Oui, une fois plongé dans l’histoire, les dessins de Sal Buscema deviennent assez évidents. La partie avec Vermine qui m’avait impressionnée au départ est très intéressante dans ce qu’elle apporte d’adulte à l’histoire… Et comment son histoire éclaire les effets sub traumatisme infantile : si un parent maltraite son enfant, celui-ci aime toujours son parent. C’est lui-même qu’il cesse d’aimer.

  • Eddy Vanleffe  

    J’ai trouvé la relecture bien plus plaisante qu’à l’époque où je trouvais justement Sal Buscema très « caricatural »
    aujourd’hui je suis fasciné par le rendu hypnotique de ses planches, les gars sont tendus à l’extrême, on les sens fébriles, transpirants, haletants. ils sont au bout du bout…
    Avec MJ qui se remet à fumer, plein de détails semblent fous.
    juste un truc, c’est du bon Batman…

    • OmacSpyder  

      Idem pour l’effet relecture. Je rejoins ta description où les corps expriment les tensions et angoisses intérieures. C’est… carrément flippant!!

  • lionel GARCIA  

    Magnifique article, bravo. C’est vrai que le dessin de Sal Buscema peut paraître caricatural. Mais son approche toute en tension des corps traduit à merveille les sentiments des personnages. Il théâtralise, à outrance, les rapports entre les protagonistes et du coup, il confère à ses planches une ambiance de tragédie qui sied très bien au propos de son scénariste. Mais, il est vrai que pour apprécier la pertinence de ses choix, il faut aller au-delà d’une première perception de son dessin.

    • Présence  

      Oui, c’est vrai que les dessins de Sal Buscema donnent à voir la tension et les sentiments exacerbés qui agitent les personnages.

      Ma réaction épidermique à Sal Buscema provient aussi de mon historique de lecture. Comme le fait observer Eddy Vanleffe, c’est un artiste à la longue carrière de 1968 jusqu’en 2000, date à laquelle il a continué à encrer quelques comics, avec une production pléthorique, un véritable stakhanoviste. Du coup, quand on a lu beaucoup de comics dessinés par lui, on peut finir par se lasser de retrouver tout le temps les mêmes postures (les personnages avec les jambes écartées et pieds fermement campés sur le sol), les mêmes expressions des visages peu variées (avec souvent la bouche en trapèze), etc.

      J’ai fini par le prendre en grippe sur la série Hulk pour laquelle il a dessiné plus de 100 épisodes de 194 à 309, à part une poignée de numéros. A cette époque, il était également criant qu’il s’inspirait fortement des postures de personnages dessinés par Jack Kirby, ou par son frère John Buscema, parfois en les reproduisant à l’identique.

      • Eddy Vanleffe  

        mes trucs préférés de Sal furent justement ce run de Matteis (que je n’aimait pas gamin, j’avoue) parce que même si les planches ne sont pas détaillées, elles sont vraiment en phase avec le script.
        plus tard sur des scénar plus moyen (période saga du clone) il a été encré par Scienkiewicz et il faut bien avouer que c’est une team de tueurs. j’adore le côté « scalpel »

    • OmacSpyder  

      Merci Lionel!
      Oui, une tragédie en actes et en corps avec une maîtrise du scénario tendu comme un arc sur ces corps étirés. La première perception, en effet, doit été dépassée : ou comment dépasser l’enfant en soi tout en lui laissant une place… Un sujet de tragédie comme ce récit!

  • Bruce lit  

    En pleine période post Weinstein agitée par la civil war entre féministes, il est toujours désarçonnant de voir mes contributeurs faire l’éloge du harcèlement que subissent au quotidien les contributeurs de ce blog. Eddy, le p’tit nouveau pourra en témoigner… Et pourtant, ils finissent tous par revenir, même le psy, allez comprendre…(il y a quand même un jeu sado-maso entre Omac et moi, puisqu’il continue de fouler aux pieds toute consigne de mise en forme). Maintenant, il me serait normal de lui renvoyer la balle en exigeant qu’il nous parle du Marvel Now du B dont on ne prononce plus le nom…
    Pour le reste, c’est quand même génial de se coltiner des leçons de psychanalyse illustrée par des super-héros (le premier qui illustrerait le code de la route avec des persos Marvel casserait les tirelire des geeks du monde entier). Je n’étais pas familier de l’analyse transactionnelle. C’est très intéressant et m’évoque en écho le triangle des émotions primaires : victime-bourreau-sauveur. Y aurait-il une corrélation ?

    Pour le reste c’est brillant comme d’habitude avec une iconographie à l’unisson du texte. Je ne connaissais cette histoire que dans les derniers chapitres avec le duel final entre Harry et Peter. L’édition Panini m’a permis de redécouvrir le troisième larron, ratboy. Et j’ai adoré.

    Pour reprendre JP, c’est vrai que chez De Matteis, Spidey flirte souvent avec la folie. En fait ce serait génial un omnibus des années De Matteis chez qui le nombre 3 semble inscrit dans le marbre. Outre cette histoire, nous avons Kraven+ Peter+ Vermine.
    Carnage+Venom+Peter
    Peter+Ben+Judas Voyageur

    Carnage+Shriek+Spider (le monstre, je connais jamais son nom).

    Pour rebondir sur le dessin de Buscema, moi j’aime bien : c’est simple et efficace comme du Dillon, tiens. Dans les 90′s il eut à souffrir avec les clones de McFarlanne ou Bagley (que j’aimais bien aussi), mais c’est vrai qu’il est pour moi le dessinateur approprié de la colère et du chagrin, celui qui difforme.

    Superbe article qui en plus se termine avec l’épilogue de mon Shakespeare préféré à égalité avec le Roi Lear.

    • Eddy Vanleffe  

      Je crois que Buscema illustre aussi les épisodes épilogues de HUlk la saga de Jarella qui souffre à l’image comme jamais également…

    • Matt  

      C’est marrant mais maintenant que je vois une psy, je vais des rapprochements entre la pensée bouddhiste sur la pleine conscience et l’enfant intérieur, et des concepts de psychanalyse.

      • OmacSpyder  

        @Bruce : Et en effet, ça n’est pas neutre ce chiffre 3 comme base de scénario. On pourrait s’amuser à trouver où se situent enfant, parent et adulte à chaque fois…
        @Matt : Oui, on peut trouver des passerelles pour mieux (se) comprendre. Et être plus tolérant avec soi, et par conséquent avec les autres.

    • OmacSpyder  

      Étonnant en effet! Ces heureux contributeurs auraient-ils trois états du Moi les amenant à des actions déroutantes selon qui répond au bout du fil..?

      En tout cas, je suis content d’avoir relu ces épisodes. Et je pense que c’est en dépassant quelquechose en soi que l’on apprend. Et ce blog permet cela : partir de l’enfant et ses souvenirs pour aller vers le parent et son savoir en trouvant son style adulte. Nous voici à la fois à bonne école et dans un laboratoire géant! Où évoluent nos trois états du Moi : enfant, adulte, parent. Comme sur une scène de théâtre.
      Le trio bourreau-victime-sauveur est en effet proche de l’analyse transactionnelle puisqu’il forme aussi une boucle tournante en interne et dans les relations. En sachant que les trois états du Moi ont leurs déclinaisons : enfant victime, parent tyrannique etc…

      Pour la relation sadomaso, ça reste à voir. Je préfère y voir une maïeutique qui passe par des aspects nécessaires de dettes et de transgressions. Du deal en quelque sorte! Mais avec la culture comme came ;)

  • Tornado  

    J’ai acheté et lu ce recueil dans la foulée, espérant retrouver certaines sensations de La Dernière Chasse de Kraven.

    Comme j’avais dit à Bruce que j’en avais écrit un assez long commentaire sur Mamazon et que je me portais volontaire pour l’article, le Boss m’a suggéré, un peu nonchalamment, d’en faire un team-up avec Omac. Voyant bien que le boss espérait surtout que ce soit ce dernier qui prenne le taureau par les cornes, je me suis retiré poliment. Bien m’en a pris tant il est vrai que notre bon docteur Strange Omac est ici dans sa dimension !
    L’article, complètement dévolu au volet psychanalytique de la chose, est bel et bien passionnant.

    Concernant le nombre d’étoiles, je botte en touche (moi, j’en ai mis 3…). C’est vrai que si l’on embrasse l’ensemble avec le point de vue psychanalytique, le récit est extrêmement fort et profond. Mais d’une manière plus générale, j’y vois quand même bien des faiblesses.
    Les premiers épisodes sont très réussis (« enfin du bon Spiderman classique ! », me disais-je). C’est intelligent, intense, superbement découpé, avec des cadrages et des points de vue cinématographiques dignes d’un très bon metteur en scène. J’ai adoré y trouver une suite de la Dernière Chasse de Kraven, ainsi que de la Saga du Bouffon vert (mes épisodes préférés de la période Stan Lee et ses successeurs), tout en retrouvant les sensations de la Mort de Kraven. Mais par la suite, ça baisse nettement en qualité, car ça s’étire de manière interminable, tout en devenant extrêmement répétitif.
    Le pire arrive avec les épisodes #189 et 200. deux épisodes king-size qui répètent inlassablement les mêmes confrontations en boucle. Et surtout, je n’ai jamais reconnu le style incisif et profond de De Matteis sur ces deux derniers segments. C’est plutôt balourd comme du old-school de base, donnant l’impression que ça a été écrit par Tom DeFalco déguisé en DeMatteis. Le plus vraisemblable est que ce dernier a dû se lasser qu’on lui demande d’étirer son récit, et qu’il s’en est détaché en route.

    Cela n’enlève rien à la qualité de l’article, bien sûr. Je constate par ailleurs qu’Omac vient rejoindre les contributeurs des articles longs, avec un plaisir manifeste d’écrire sur ses sujets de prédilection ! :)

    • Matt  

      J’ai trouvé aussi que les 2 derniers épisodes étiraient l’intrigue mais je me suis quand même dit que c’était surement l’effet « accumulation » alors que techniquement 4 épisodes séparent le 184 du 189, et 10 le 189 du 200. ça passe surement mieux lu dans la continuité de tous les épisodes, comme un rappel de ce qui s’est passé 10 mois avant avant de donner une conclusion.

  • OmacSpyder  

    Tu as donc échappé à un team up avec moi! J’avais en effet lu ton commentaire précis et pertinent sur « l’âme à zone ». Cela m’avait confirmé que je ne savais décidément pas écrire d’article critique. Du coup je vais sur des articles « décortique »^^
    Je ne sais pas plus donner d’étoiles.
    Par contre cette relecture qui m’a pris davantage de temps après l’achat (résistance de l’enfant!) m’a fait entrevoir ce que tu évoques de la profondeur de ce récit.
    Et circonstance étonnante que seul l’inconscient sait dicter, ma première réaction à cette (hum hum) « proposition » d’article me donnait la clef pour l’aborder. La seule et véritable clef! (ça c’est le parent sachant ou l’enfant tout puissant? ;) )
    Et c’est ça qui est puissant ici : puisque c’est un lieu vivant et en relation, on découvre et on apprend, tout court et sur soi, rien qu’en écrivant un article!

    Je comprends ta sensation d’étirement avec les numéros 189 et 200 qui s’ajoutent au sommaire. J’ai failli ne pas les retenir pour mon article tant l’arc « L’enfant intérieur » se suffisait à lui-même. Mais c’est un peu comme un travail sur soi, une analyse, il s’agit parfois de boucler la boucle. Ça porte même un nom : la perlaboration. Voici en quoi ça consiste (source « Oui qui? ») :
    « Ce travail consiste à répéter, au cours d’une analyse, les mêmes scènes encore et encore jusqu’à ce que le refoulement soit mis en échec et que s’élabore une connaissance consciente de l’histoire du symptôme, qui permette de le supprimer. »
    Ici cette répétition signe la fin de l’analyse, revenir autrement sur ce qui pose problème pour actualiser cette question afin de s’en débarrasser véritablement.
    Finalement, jusqu’au bout cette histoire est celle d’un travail sur soi, y compris dans ce qui paraît fastidieux mais s’avère inévitable.

  • Tornado  

    Merci, en tout cas, pour cette analyse précieuse des multiples niveaux de lecture psy (la « perlaboration » : Je vais essayer de garder cette notion à l’esprit, parce que c’est très intéressant alors que j’essaie en général de choisir la direction inverse -l’explication laconique-, ce qui a souvent pour résultat qu’on me demande de préciser ce que je voulais dire ! :D ).

    N’empêche que ton article change tout. Jusqu’ici, je me demandais si j’allais garder ce recueil parce que j’avais été un peu déçu, tout en ayant la sensation que, punaise ! ça volait quand même autrement plus haut que les comics moyens. Mais maintenant que j’ai puisé dans toute cette analyse triangulaire (qui ne m’avait pas échappé sans que je parvienne toutefois à en saisir les tenants et les aboutissants), je suis convaincu que le dit recueil va rester sur mes -fameuses- étagères… ;)

    • OmacSpyder  

      La perlaboration, oui, c’est une façon aussi de transmettre autrement un message. Mon article aura perlaboré pas mal, d’où sa relative longueur!
      Si mon article fait basculer de « rejeter » à « conserver avec soi », il atteint alors un objectif tout à la fois dans ses coordonnées : la question de ce qu’on rejette et ce qu’on garde en/ avec soi, et inattendu : garder l’enfant intérieur près de soi.

  • Bruce lit  

    @Jp : la dépression en longueur de Peter, ben ça t’évoque pas celle de DD ?

    • matt  

      Ouais tiens on voit que ça chez DD et chez Spidey c’est pas bien ?^^
      Cela dit ça vient peut être de l’appréciation du personnage. Chez DD ça me gonfle parce qu’on a l’impression que le « héros » ne vit rien d’autre, il n’a même plus le temps de vivre des aventures de héros, il est toujours persécuté par des ennemis à titre personnel et souffre. Si ça rend le perso profond, on a presque du mal à se rappeler qu’il est censé sauver des gens des fois^^

  • OmacSpyder  

    Je ne sais pas ce qu’en pense JP, mais je n’ai jamais associé ces deux héros dans leur « dépression ».
    Pour Spiderman, on pourrait dire que sa culpabilité est structurée comme un oignon : plusieurs couches superposées que les auteurs jouent à peler progressivement, à aller chercher sous la couche du masque, sous celle de la mort de Gwen, sous celle de la mort de l’oncle Ben, sous celle de la mort de ses parents, sous celle de la mort de Norman Osborn générée par celle de la mort de Gwen etc.
    Pour DD, j’ai l’impression que sa dépression est concentrique comme l’expression de son sens radar : plusieurs cercles, comme l’enfer de Dante, où Matt frôle de plus ou moins près la dépression et la chute avec des effets différents selon le cercle concerné : la mort du père, la perte de son identité secrète, la perte des figures affectives féminines, la dépression liée à l’abandon maternel etc.
    Là où Spiderman plaisante et souffre de façon un peu masochiste, DD est soit grave ou désinvolte, toujours proche de la chute tel un funambule.
    Un obsessionnel et sa culpabilite d’un côté, un phobique et sa peur de tomber de l’autre. Et deux façons de chuter différentes selon leurs blessures…

  • Jyrille  

    Il faut remercier Bruce d’avoir insisté pour que tu finisses par écrire cet article car il est passionnant ! Je ne connaissais pas du tout ce concept de l’analyse fonctionnelle mais vu ce que tu en dis, elle fait sens. Surtout que depuis quelques années je me rends compte du concept qu’est l’adulte, qu’il n’existe pas vraiment, que nous ne nous voyons pas vieillir et restons d’éternels enfants.

    Je ne connaissais pas du tout cette histoire mais elle m’intrigue car il semble que De Matteis (dont je ne connais que son Brooklyn Dreams que j’aime beaucoup) a sciemment pensé cette histoire ainsi. Je suis très étonné que tu aies trouvé une citation de Shakespeare qui va dans le même sens (je n’ai toujours pas lu cet auteur, il va bien falloir). Est-ce tiré du Songe d’une nuit d’été qui avait été détourné par Gaiman dans Sandman ?

    En tout cas ton article fait réfléchir et j’y reviendrai sans doute par la suite quand le besoin s’en fera sentir : et cela même sans lire cette bd…

    Sinon la BO c’est pas mon truc mais c’est sympa.

    • OmacSpyder  

      Et voilà, Bruce est félicité pour son harcèlement! :D Drôle de situation n’est-ce pas? ;)
      Lire qu’il y a des choses à apprendre dans mon article, voilà une belle récompense!
      Pour Shakespeare, il est venu tout seul comme une conclusion qui allait de soi. C’est en effet tiré du Songe d’une nuit d’été, le dernier monologue de Puck. En effet ça a été repris par Gaiman dans Sandman : Bruce me l’a dit après la lecture de l’article. Pour moi, c’était juste Shakespeare. Et aussi dans le cercle des poètes disparus une tirade énoncée par le jeune élève féru de théâtre devant son père récalcitrant… Encore une histoire enfant/ adulte/parent…

      La BO, c’est Bruce. Moi j’ai ajouté « Birth in reverse » de Saint Vincent sur la page FB ;)

  • JP Nguyen  

    Je ne suis pas taillé pour faire des analyses comme Omac alors je me limiterai à une impression de lecteur.
    Dans pas mal de périodes de DD (Miller, O’Neil, Nocenti, Chichester) le héros n’est pas dans la loose totale, ni en pleine déprime. Il peut être d’humeur maussade mais il fait son taf de héros, et obtient des victoires même si elles sont souvent amères.
    Mon avis sur Spidey ne concernait que la période De Matteis : Peter passait de déprime en déprime et du coup, à un moment donné, sur ce run, je me disais : mais ça sert rien qu’il sauve ses miches ou se sorte les doigts, puisqu’au début du prochain arc, il va retomber dans son cafard… Je ne sais pas ce qui venait de De Matteis et ce qui était dicté par les contraintes éditoriales (Ressuscitons ses parents ! Ramenons le clone ! etc.) mais la succession de tuiles était pour moi trop indigeste.
    C’est la même raison qui me fait moyennement apprécier le run de Brubaker sur DD.
    Chez Miller et Nocenti, DD fait son boulot de justicier tout en connaissant de plus ou moins sévères coups de blues. Avec Brubaker, le blues prend presque toute la place.

  • OmacSpyder  

    Oui, comme tu dis JP, DD n’est souvent pas un joyeux drille, jusqu’à être en dépression complète et assumée. C’est d’ailleurs un des ressorts du run de Waid et Martin/Samnee de savoir si la bonne humeur apparente de DD n’est pas une dépression masquée.
    Il tombe d’ailleurs le masque en apparence… Comme si Matt Murdock n’en était qu’un supplémentaire!
    Pour Spidey, c’est en effet plus spécifique de DeMatteis, mais il est habitué aux coups de grisou! C’est vrai que DeMatteis lui mène la vie dure, de vermine en cafard!

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