Une enquête mythologique (Review : L’esprit du 11 Janvier)

L’ESPRIT DU 11 JANVIER par Serge Lehman et Gess

 La foule en marche


La foule en marche

ParOMAC SPYDER

VF : Delcourt

Ouverture de dossier

« L’Esprit du 11 janvier » est une petite bd parue chez Delcourt en janvier 2016, petit format de 84 pages en noir et blanc. Ses auteurs : Serge Lehman pour le scénario et Stéphane Gess aux dessins.

Ce livre fait suite aux attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Il est bouclé peu avant les attentats du 13 novembre au Batclan : Gess rendait sa dernière planche le 12 novembre. Mais la préface indique qu’il procède de la même idée : « les morts de janvier ne sont pas différents de ceux de novembre ».

Ecrire une bd sur ces événements fournit nombre d’occasions de produire un propos et un objet lourd comme du plomb. Or, Lehman et Gess sont suffisamment sur la même perception empreinte de respect et de pudeur pour éviter les ornières inhérentes au thème. L’enquête démarre dès lors sous de bons auspices.

L'enquête en cours

L’enquête en cours

Pièces à convictions

C’est au sujet d’autres ornières justement que le propos permet de prendre de la hauteur ; des ornières qui font ouvrir le livre sur cette épitaphe : « L’Esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer ». Le sous-titre est dans ce sens intéressant : « Une enquête mythologique ». On pourrait facilement penser ici à un oxymore, cette figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoire. C’est à voir. Il s’agit justement ici des apparences et de ce que l’on y entrevoit. C’est ainsi que les auteurs nous ramènent sur les événements quelque peu en amont et en aval de ce 11 janvier, date de la marche « Je suis Charlie », et nous amènent à les revoir sous un autre regard. C’est une conviction qui se construit avec le lecteur, pièce par pièce.

Parer au réel, entrevoir le mythe, trouver l'esprit

Parer au réel, entrevoir le mythe, trouver l’esprit

Le mobile

Ce petit livre répond pour les auteurs à un besoin vital de ne pas laisser partir l’émotion, à écrire pour retenir l’esprit. A tenter de conserver l’émerveillement dû à ce rassemblement et à l’esprit de la marche du 11 janvier. Nous retrouvons ici un thème de prédilection de l’auteur : le mythe. Mais ici pas de super-héros, mais un Esprit. Un Esprit pas au sens du religieux mais de ce qui fut partagé comme force ce jour-ci et qui s’est si vite délité jusqu’à disparaître. Nous n’en lisons pas pour autant ici son autopsie, mais davantage en suivons-nous sa trace : une enquête, véritablement.

Cette enquête mythologique va chercher à remettre en lien les événements, du plus important au plus insignifiant. Et comme dans toute enquête, ce sont les éléments insignifiants qui vont prendre une place centrale quant à la reconstitution. Rapidement vont être identifiés les 7 mystères de janvier, un peu comme les 7 boules de cristal. D’ailleurs l’auteur fera référence à Tintin à travers l’album de l’étoile mystérieuse. Ces 7 mystères vont être méticuleusement répertoriés, numérotés, et être pris avec des pincettes pour former progressivement une tapisserie. On ressent le désir de retrouver un récit tenu par le sens, et plus seulement la sensation subie, le besoin de retenir en 84 pages cet esprit qui a disparu trop rapidement après les événements, faute d’être capté, cristallisé. Là où le politique échoue, l’artiste se fait un devoir. C’est à ce devoir que ces deux compères se trouvent ici convoqués.

La quête des indices

La quête des indices

Les auteurs

Puisque nous avons affaire à un recueil d’observations autour d’un événement afin de chercher à en comprendre le sens caché, un peu à l’instar d’une observation anthropologique, l’observateur est compté dans l’observation. Et ainsi avons-nous des allers et retours entre le récit des événements à travers différents témoins-clés et le récit de la création du propos. Nous voyons ainsi l’auteur devant son ordinateur aux prises avec son récit, voyant devant lui la vie de sa femme et sa fille continuer pendant l’été de cette année, aux prises aussi avec son éditeur David Chauvel, lequel cherche visiblement à comprendre le propos ; ses interrogations mèneront à un épilogue non prévu au départ. Ce récit a été écrit d’un trait en 2 mois environ. Le temps d’un été, quelques mois après les événements.

Cet apport anecdotique en apparence offre une distance quant au propos : le rappel d’un point de vue et d’un récit qui se tisse avec des moments de questionnements et l’intervention des tiers qui rappelle à la nécessité d’éviter toute facilité de compréhension. C’est d’une enquête qu’il s’agit, pas d’un article à sensations. Nous parvenons ainsi à un méta-récit, un récit sur le récit, agissant comme un garde-fou, afin de garder raison et éviter la sensation facile pour continuer à chercher l’émerveillement dans cet événement. Gess dira d’ailleurs que la réalisation de cette bd l’aura fait débuter avec un sentiment de tristesse pour aboutir à un sentiment de joie, aussi surprenant cela puisse-t-il paraître. C’est beaucoup moins surprenant si l’on prend en considération que le propos se centre sur la marche, moment de rassemblement autour de valeurs fondamentales et fondatrices.

Le récit du récit : où l'on voit l'enquêteur et ses doutes

Le récit du récit : où l’on voit l’enquêteur et ses doutes

Témoignages

Les indices relevés sont analysés dans les menus détails afin de les faire parler. Les auteurs font parler les personnes qu’ils invoquent afin de relever leurs témoignages au plus près : nous recroisons ainsi les protagonistes des événements, ceux porteurs de lumière : Luz, Ahmed Merabet, le policier tué devant les bureaux de Charlie Hebdo, son frère, la policière Clarissa Jean-Philippe, tuée à proximité de l’Hyper Cacher, Lassan Bathily, l’employé du magasin qui cacha des personnes et transmis des informations au RAID, le rassemblement place de la République comme une oeuvre d’art témoignant d’un de ces instants constituant l’événement.

Ainsi la Beauté aussi est témoin de ce moment, en quelques pages brèves. La Beauté comme un personnage parmi d’autres, s’associant implicitement à la Lumière, elle aussi présente, enfin. C’est en voyant en quoi ces protagonistes ont joué un rôle que cet Esprit du 11 janvier prend consistance.

Là encore, pas de propos démesuré : au contraire, les auteurs esquissent les personnes citées dans leur dignité et le respect de leur parole, au plus près de leurs mots. Des mots repris respectueusement qui s’inscriront dans cette progressive reconstitution mythologique.

Rappel de témoins : la convocation au mot près

Rappel de témoins : la convocation au mot près

Reconstitution

Nous suivons ainsi la reconstitution progressive des événements que nous avons tous suivis avec fébrilité souvent, torpeur également, interrogation parfois. Ici, nous sortons du tourbillon médiatique pour entrer dans une reconstitution plus apaisée. La raison reprend certes ses droits, mais pas seulement. Les auteurs nous entraînent dans une redécouverte possible de l’enchaînement de ces événements pour en retrouver l’émerveillement perdu en route. Les différents acteurs sont présents, ajoutés aux événements anecdotiques sur l’instant mais qui prennent toute leur importance une fois placés dans ce puzzle.

Là où les ombres ont cédé face à un moment prodigieux : la marche du 11 janvier, mêlant chacun et chacune dans un mouvement de rassemblement sur des valeurs communes, un souffle, il s’agit de retrouver la trace de ce souffle perdu que les politiques n’ont pas su maintenir. L’auteur dira lors d’une interview que les politiques n’ont plus l’autorité symbolique qui leur aurait permis de s’inspirer de ce souffle pour le prolonger et construire une société à partir de cette marche. Les auteurs feront d’ailleurs planer l’ombre d’un président sur la foule, le dernier à croire en l’Esprit.

Le livre nous invite avec délicatesse et respect dans une réinvention de ce merveilleux moment, à y déceler les éléments lumineux, à y entrevoir ce qui a évité une ombre supplémentaire qui aurait pu nous terrasser davantage là où nous avons réussi à trouver une issue lumineuse. Ce n’est pas le fruit d’une tentative de persuasion qui est ici à l’oeuvre, mais bel et bien le recueil fidèle et respecteux qui nous invite au recueillement apaisé et à entrevoir à la fois l’Esprit de ce moment et en quoi nous avons peut-être échappé au pire. Nous passons ainsi, en 84 pages ciselées et belles, d’une épitaphe à une manifestation, une apparition, une reprise visant à rendre évident ce qui était dispersé, soit, littéralement : à une épiphanie.

De l'ombre à la lumière, du réel cru au symbole : parcours d'une enquête humaniste

De l’ombre à la lumière, du réel cru au symbole :
parcours d’une enquête humaniste

Notes de clôture

De l’épitaphe à l’épiphanie, ainsi peut se résumer la trajectoire de ce livre. Mais cela reste ma lecture, et celle-ci, même si nos guides nous sont bien utiles, nous laissent libres d’entendre et de voir comme nous voulons. Un propos dans le propos, en adéquation là encore avec cet instant et son esprit. Un livre « cathartique » dira Gess pour décrire le fruit de son travail, sa lecture peut prétendre à la même conclusion. Il n’impose pas, il expose avec respect. Littéralement « respect » signifie « regarder à deux fois ».

C’est à cela que nous invitent avec délicatesse les auteurs, à y regarder à deux fois pour conserver l’empreinte et se faire une autre idée de ce qui a été « trop » vu car surexposé. C’est ce même regard que l’on a pu porter les uns sur les autres lors de cette marche du 11 janvier où l’altérité a représenté une force, où chacun disait « Je suis Charlie », et pourtant où nous avons rarement été si proches de comprendre ce rapport à l’autre. Ce n’est pas un livre politique, c’est un livre sur ce qui fonde l’humain. Lehman parlera de « proto-politique », soit du socle de valeurs communes avant les clivages. Et ce sont les moments les plus sombres et tragiques qui peuvent nous en faire apercevoir, si l’on s’y prend bien, parce que ça n’est pas donné non plus, la lumière.

Ayant à deux moments échangé avec ses auteurs sur leurs travaux, chacun m’a dit à sa façon sur ce petit livre : « ah oui…il est important… ». Je n’étais pas très enclin à m’y pencher. Mais cette phrase laissait planer un mystère. Il fallait que j’aille voir de plus près…Maintenant, je vois un peu mieux pourquoi. En deux heures, cet article était écrit, un peu à la hâte. Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. En même temps que je peaufinais la mise en page, j’échangeais avec Gess coincé à la gare près de chez moi ; il voulait retrouver son chez lui au plus vite. Ce livre est salutaire, c’est cela : retrouver notre chez nous commun, nous avons retrouvé au moment de ces jours de janvier le chemin de la maison de nos valeurs partagées. Ce livre, c’est comme une respiration supplémentaire.

Enquête sur l'enquête: Se situer dans le récit

Enquête sur l’enquête:
Se situer dans le récit

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La BO du jour : Nous avons réussi à rompre, un temps donné, l’isolement.
Après la désorientation provoquée par cette déflagration du Réel. Nous avons su inventer, réinventer la fraternité.
« Dîtes-moi qui je suis » : chacun a pu dire « Je suis… » l’autre, ici, c’était Charlie.
Et être l’autre nous rapprochait les uns des autres, comme de nous-mêmes.

20 comments

  • Bruce lit  

    Le moins que l’on puisse dire c’est que Gess et Lehman ne se contente jamais de facilités ou d’évidences. Je suis curieux de lire ça, même si le trait de Gess me séduit moins en noir et blanc. Le scan de l’enquêteur « sonne » tout à fait Sandman. Un article en tout cas qui boucle la boucle Lehman et qui s’inscrit dans la continuité de la semaine dernière tout en étant plus réelle. Daech étant le nouveau nazisme, il parait cohérent que les papas de La Brigade Chimérique s’y attaque. Merci à eux, merci à toi.
    Concernant la BO : j’ai toujours détesté Téléphone et malgré la sympathie pour Aubert, sa musique me semble moins rock…que celle de Goldman !!!

    • OmacSpyder  

      Pour la B.O., le titre s’imposait avec ce texte de Houellebecq : celui -ci joue un rôle important dans cette reconstitution mythologique. Le livre Soumission est sorti dans ces moments. Un signe comme celui… d’un mage?
      Pour le dessin, à vrai dire le noir et blanc ne m’attirait guère au départ. Puis j’ai franchi la barrière et j’ai embrassé un flic ;)… non! Mais l’oeuvre, oui! :)
      Ce qui fait se rejoindre la Brigade et l’Esprit : le mythe à reconstruire face comme tu l’écris à la barbarie et son cortège d’oublis… Je fais mieux le lien en te lisant.
      Le sujet était ardu il est vrai et pour moi plutôt repoussoir. J’aurais manqué quelquechose!

  • Présence  

    Perdu dans le flot de témoignages post-attentats, cette couverture n’avait que réussi à m’attirer l’œil, sans que je ne cherche à savoir qui en étaient les auteurs. Evidemment, s’il s’agit de Lehman & Gess, ça mérite un peu plus de temps de cerveau disponible.

    Ton article est passionnant parce qu’il permet de se faire une idée des intentions des auteurs, et de l’honnêteté de leur démarche. Une fois n’est pas coutume, je ne suis pas très tenté par cette lecture, sur un concept comme l’esprit du 11 janvier. Pourtant tout ce que tu décris est alléchant, à commencer par le fait que les auteurs partent du concret, sur la base des personnes citées dans leur dignité et le respect de leur parole, au plus près de leurs mots, dans une reconstitution apaisée, avec plusieurs points de vue pour éviter le simplisme.

    En même temps, j’ai du mal à saisir le concept de cet Esprit du 11 janvier, une émotion partagée par tous, mais vécue de manière différente par chacun. Les réactions sur facebook (un exemple de média social permettant l’expression des émotions en direct) donnaient à voir à quel point cet esprit recouvrait des convictions politiques de nature très différente, et parfois irréconciliables. Comme d’habitude, au fur et mesure que j’écris, je relis ton commentaire pour m’assurer de ne pas en déformer le sens, et je sens la curiosité me gagner malgré tout. Finalement, je mets cette lecture sur la liste des peut-être plus tard…

    • OmacSpyder  

      Pour tout dire Présence cette histoire ne m’attirait pas non plus. Je la voyais à part des autres récits des auteurs et associée à un contexte, des événements auxquels j’estimais que j’avais suffisamment traversés.
      C’est dans les échanges avec Gess et Serge Lehman que j’ai senti comme une pointe de regret quant à cette « lacune », cet angle aveugle. Juste en me disant « Ah, c’est dommage (qu’il n’en soit pas question), cette remarque a cheminé doucement. Puis je l’ai commandé afin d’avoir le coeur net de cette histoire. Moins de 10€ pour combler cette lacune…
      Je l’ai lu entre les deux tours de l’élection présidentielle, comme je l’évoque. Hasard du calendrier me plongeant aussi dans les questionnements sur ce qui avait animé cette campagne. Où étaient passés ces gens croisés dans les rassemblements? Qu’est-ce qui avait été perdu?
      Cette lecture était une vraie bouffée d’air. Les auteurs montrent avec intelligence comment des événements tragiques recèlent une part de lumière. Non pas en alignant les faits pour en faire un plaidoyer larmoyant, mais en reconstruisant les événements en accordant la même importance aux aspects voyants et aux éléments discrets voire insignifiants er apparence.
      C’est ainsi une reconstruction structurale, posant les éléments opposés pour mieux les éclairer mutuellement.

      Je comprends que cet aspect t’échappe dans l’article. J’ai échangé avec Bruce sur ce complément d’explications à apporter et nous sommes tombés d’accord sur le fait de laisser l’article tel qu’il est. Court! ;)
      C’est vrai que côté longueur j’ai usé de votre attention plus que de raison dernièrement! Et ce petit opus pouvait être repris dans un article moins explicatif, plus axé sur le ressenti. Je me suis même placé dans le récit puisque le dernier scan, c’est moi écrivant l’article. Comme l’a dit Bruce, la boucle est bouclée. Mais cette boucle est une bande de Möbius, certainement!

      • Présence  

        J’avoue que je n’avais pas détecté ta présence dans la dernière image, c’est bien conçu et bien trouvé.

        • OmacSpyder  

          Merci! Je me suis dit qu’une image pouvait illustrer aussi cette double mise en abyme. Tu as vu, le lecteur se fond vraiment dans le propos ;)

  • Jyrille  

    Très bel article, mais pas le temps de m’épancher pour le moment, je repasserai demain…

    • OmacSpyder  

      Merci Jyrille.
      Pas de souci, tu repasses quand tu veux :)

  • JP Nguyen  

    Comme souvent, Présence a plutôt bien formulé mon ressenti concernant cet Esprit :
     » une émotion partagée par tous, mais vécue de manière différente par chacun »
    Je pourrais en écrire davantage (et je viens d’effacer par deux fois une quinzaine de lignes…) mais c’est un sujet sensible et la communication par écran interposé peut générer de l’incompréhension.
    Je me limiterai donc à dire que, comme de coutume, ton article est très analytique, avec une belle inspiration pour l’image finale. Mais le sujet de cette BD et la lecture de ces événements pour leur donner du sens ne me tente pas vraiment.

    • OmacSpyder  

      Si ton doigt a glissé par deux fois, ça n’est peut-être pas une coïncidence ;)
      Pour l’avis, je peux aisément entendre que ni le thème ni l’approche ne tente, puisque ce fut mon cas. Et je me méprenais en fait sur le sens du mot « esprit » qui n’est en rien l’idée d’un élan de « communion ». Ici, l’explication est plus fantastique, chimérique… il y a du mystère et du mage, mais chut! ;)
      Pour l’aspect analytique comme tu dis, j’ai tenté d’être cette fois dans un quasi » procès-verbal » de cette bd. Juste relater ce qui se passe. Après- coup, je me suis dit que je n’avais pas expliqué le sous-titre : enquête « mythologique ». Puis après un bref échange avec Bruce j’ai renoncé, et je pense que c’est très bien. Imagine sinon!^^
      Merci pour l’image finale. Cette mise en abyme forme à mon sens la principale analyse :)

  • Matt & Maticien  

    Voilà qui à l’inverse des autres commentaires me donne envie de lire cet oeuvre. Le sujet interpelle et la belle phrase « De l’épitaphe à l’épiphanie, ainsi peut se résumer la trajectoire de ce livre » est une promesse à laquelle je ne peux résister. J’entends qu’au plus profond de la douleur/nuit il peut exister une lumière et c’est peut être la force de cet accident barbare qui nous a fait l’espace d’un instant nous rapprocher de l’idéal initial de la cité, peut être dans un dépassement collectif de notre condition. Cela me rappelle le travail de Soulage et justifie pleinement l’emploi du noir et blanc.
    Le dernière illustration est excellente. Je n’avais pas compris avant la lecture des commentaires quelle ne venait pas de la bd. Une belle conclusion pour cet article et qui donne un rôle au lecteur… très contemporain…

    • OmacSpyder  

      Merci Matt&Maticien! Tu as tout à fait saisi l’esprit de la bd. Je suis content que ma petite phrase trouve un écho. C’est sans doute celle qui à mon sens résume cette histoire, qui fait partie de notre histoire.
      Pour la dernière illustration, c’est devenu évident pour moi tant le lecteur est convoqué dans l’histoire aux cotés des auteurs. Je remercie la technique (voix de Michel Drucker :) )
      Moins de 10€ pour un extrait de lumière dans cette nuit, ça vaut en effet l’achat ;)

  • Jyrille  

    I’m back ! Pas très frais mais bon… Alors, je tiens également à te féliciter pour la dernière image, elle donne un sens nouveau à ton article, tu appelles les esprits des grands journalistes en faisant ça, tu agis. C’est splendide.

    Je n’avais pas du tout entendu parler de cette bd, mais elle m’intéresse, et ton article donne très envie. J’ai pris les événements de Charlie très à coeur, j’ai pleuré plus d’une fois. J’ai été très touché que Bruce en parle ici-même, fasse un hommage. Ces gens m’étaient proches sans qu’ils le sachent, même si je ne lisais plus Charlie depuis longtemps, ils faisaient partie de ma famille, j’ai plus ou moins grandi avec eux et leurs bds.

    Comme le dit MattMatt, « cet accident barbare qui nous a fait l’espace d’un instant nous rapprocher de l’idéal initial de la cité, peut être dans un dépassement collectif de notre condition. » : l’engouement pour effacer les différences, cet esprit Charlie qui est apparu soudainement et que les auteurs ont voulu ici faire perdurer m’a redonné foi en l’humanité à ce moment-là. Par chance, j’avais, à mon travail, un bureau qui m’était affecté, où j’étais seul. Pendant une ou deux semaines, j’ai ainsi pu m’isoler, j’ai évité mes semblables, car j’étais trop touché pour pouvoir en parler ou supporter toute l’ignorance qui a pu s’exprimer après les événements. Un mois plus tard, je quittai ce travail pour en commencer un autre, et mes pairs m’ont mis des petits mots sur une feuille de travail que j’avais oublié à la machine à café. Un, notamment, disais « Je suis Cell Test ! » (je manageais la Test Cell, soit la cellule de test du parlement européen) et cela m’a beaucoup ému : ils avaient compris que je m’isolais pour faire mon deuil, que j’étais vraiment effondré.

    D’ailleurs, je ne suis pas allé à la marche organisée dans ma ville, le dimanche 11. Je n’avais pas envie de partager mon deuil. J’avais envie de rester au fond de mon lit. Au final, j’ai juste traîné chez moi.

    J’ai le Spirou hors série Je suis Charlie, j’ai lu le Luz sur ce sujet (Catharsis), j’ai lu le Catherine Meurisse (La légèreté), deux albums splendides et renversant de deux survivants, deux dessinateurs qui sont arrivés en retard à Charlie ce jour-là. Ils ont fait deux albums totalement différents, mais quasi complémentaires, des albums qui échappent à toute critique ou analyse tant ils sont le fruit d’un besoin de s’exprimer sur l’inconcevable. Je vous les conseille, ils sont d’une lecture facile et drôle, et parfois bouleversante.

    Voilà pourquoi je vais tâcher de me trouver ce Lehmann et Gess. Merci Omac.

    • OmacSpyder  

      Merci Jyrille pour cet émouvant commentaire. La dernière vignette s’est imposée d’elle-même à la fin. Le titre complet de l’article était d’ailleurs : Enquête sur l’enquête mythologique.
      Nous avons je pense chacun traversé ces événements à notre façon, en avons eu une lecture particulière. Pas banal cette formule « Je suis… » quand même.
      Ton vécu rejoint le titre musical je trouve. L’isolement que l’on a pu ressentir avant de se rassembler par différentes voies, y compris lire. Merci pour les deux références que tu donnes, ça peut être bien de les lire même après-coup.
      Tu as bien fait de repasser, même « pas très frais » ;)

      • Jyrille  

        De rien ! A quel « titre musical » penses-tu ?

        • OmacSpyder  

          Ah! Je pensais juste à la b.o. de l’article :)

          • Jyrille  

            Ah tu fais bien d’en parler : je n’ai pas encore eu la curiosité de l’écouter, mais je vais le faire, car on m’a dit le plus grand bien de l’album de Houellebecq, et je n’ai toujours pas sauté le pas.

          • OmacSpyder  

            Il y a l’album de Aubert sur des textes de Houellebecq et l’album chanté par Houellebecq que j’ai mis dans mes derniers articles « Présence Humaine ». Ils valent en effet l’écoute, plusieurs fois! Surtout certains titres…

  • Lone Sloane  

    Il faut que je l’offre à un de mes frëres qui était à Paris dans la foule,en famille, ce jour là. Mon agoraphobie et l’absence d’idée identitaire sur le sujet m’ont tenu à l’écart de ces manifestations spontanées. Reste la tristesse d’avoir perdu si brutalement des vieux qui ont accompagnées ma jeunesse et des plus jeunes qui ne méritaient en aucune façon d’être assassinées par des idiots.
    Je rejoins Cyrille dans son appréciation des BD de Luz et C.Meurisse qui sont deux contributions intéressantes sur le traumatisme, la douleur et la culpabilité.
    Et, dans un temps pas si lointain, je suivrai ton conseil et celui des deux associés de l’Esprit du 11 janvier, pour (re)découvrir ces journées particulières sous un autre angle à distance de l’émotion et de la colère.

    • OmacSpyder  

      C’est un beau cadeau!
      Oui, nous nous sommes tous frotté les yeux…
      A distance, une autre émotion naît. C’est la force de cette bd : Laisser passer une autre lumière… « Salvar la Luz »!

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