Une enquête mythologique (Review : L’esprit du 11 Janvier)

L’ESPRIT DU 11 JANVIER par Serge Lehman et Gess

1ère publication le 20/05/17- Mise à jour le 07/01/18

 La foule en marche


La foule en marche

ParOMAC SPYDER

VF : Delcourt

Ouverture de dossier

« L’Esprit du 11 janvier » est une petite bd parue chez Delcourt en janvier 2016, petit format de 84 pages en noir et blanc. Ses auteurs : Serge Lehman pour le scénario et Stéphane Gess aux dessins.

Ce livre fait suite aux attentats de Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Il est bouclé peu avant les attentats du 13 novembre au Batclan : Gess rendait sa dernière planche le 12 novembre. Mais la préface indique qu’il procède de la même idée : « les morts de janvier ne sont pas différents de ceux de novembre ».

Ecrire une bd sur ces événements fournit nombre d’occasions de produire un propos et un objet lourd comme du plomb. Or, Lehman et Gess sont suffisamment sur la même perception empreinte de respect et de pudeur pour éviter les ornières inhérentes au thème. L’enquête démarre dès lors sous de bons auspices.

L'enquête en cours

L’enquête en cours

Pièces à convictions

C’est au sujet d’autres ornières justement que le propos permet de prendre de la hauteur ; des ornières qui font ouvrir le livre sur cette épitaphe : « L’Esprit du 11 janvier est mort. Sa vie posthume peut commencer ». Le sous-titre est dans ce sens intéressant : « Une enquête mythologique ». On pourrait facilement penser ici à un oxymore, cette figure de style qui réunit deux mots en apparence contradictoire. C’est à voir. Il s’agit justement ici des apparences et de ce que l’on y entrevoit. C’est ainsi que les auteurs nous ramènent sur les événements quelque peu en amont et en aval de ce 11 janvier, date de la marche « Je suis Charlie », et nous amènent à les revoir sous un autre regard. C’est une conviction qui se construit avec le lecteur, pièce par pièce.

Parer au réel, entrevoir le mythe, trouver l'esprit

Parer au réel, entrevoir le mythe, trouver l’esprit

Le mobile

Ce petit livre répond pour les auteurs à un besoin vital de ne pas laisser partir l’émotion, à écrire pour retenir l’esprit. A tenter de conserver l’émerveillement dû à ce rassemblement et à l’esprit de la marche du 11 janvier. Nous retrouvons ici un thème de prédilection de l’auteur : le mythe. Mais ici pas de super-héros, mais un Esprit. Un Esprit pas au sens du religieux mais de ce qui fut partagé comme force ce jour-ci et qui s’est si vite délité jusqu’à disparaître. Nous n’en lisons pas pour autant ici son autopsie, mais davantage en suivons-nous sa trace : une enquête, véritablement.

Cette enquête mythologique va chercher à remettre en lien les événements, du plus important au plus insignifiant. Et comme dans toute enquête, ce sont les éléments insignifiants qui vont prendre une place centrale quant à la reconstitution. Rapidement vont être identifiés les 7 mystères de janvier, un peu comme les 7 boules de cristal. D’ailleurs l’auteur fera référence à Tintin à travers l’album de l’étoile mystérieuse. Ces 7 mystères vont être méticuleusement répertoriés, numérotés, et être pris avec des pincettes pour former progressivement une tapisserie. On ressent le désir de retrouver un récit tenu par le sens, et plus seulement la sensation subie, le besoin de retenir en 84 pages cet esprit qui a disparu trop rapidement après les événements, faute d’être capté, cristallisé. Là où le politique échoue, l’artiste se fait un devoir. C’est à ce devoir que ces deux compères se trouvent ici convoqués.

La quête des indices

La quête des indices

Les auteurs

Puisque nous avons affaire à un recueil d’observations autour d’un événement afin de chercher à en comprendre le sens caché, un peu à l’instar d’une observation anthropologique, l’observateur est compté dans l’observation. Et ainsi avons-nous des allers et retours entre le récit des événements à travers différents témoins-clés et le récit de la création du propos. Nous voyons ainsi l’auteur devant son ordinateur aux prises avec son récit, voyant devant lui la vie de sa femme et sa fille continuer pendant l’été de cette année, aux prises aussi avec son éditeur David Chauvel, lequel cherche visiblement à comprendre le propos ; ses interrogations mèneront à un épilogue non prévu au départ. Ce récit a été écrit d’un trait en 2 mois environ. Le temps d’un été, quelques mois après les événements.

Cet apport anecdotique en apparence offre une distance quant au propos : le rappel d’un point de vue et d’un récit qui se tisse avec des moments de questionnements et l’intervention des tiers qui rappelle à la nécessité d’éviter toute facilité de compréhension. C’est d’une enquête qu’il s’agit, pas d’un article à sensations. Nous parvenons ainsi à un méta-récit, un récit sur le récit, agissant comme un garde-fou, afin de garder raison et éviter la sensation facile pour continuer à chercher l’émerveillement dans cet événement. Gess dira d’ailleurs que la réalisation de cette bd l’aura fait débuter avec un sentiment de tristesse pour aboutir à un sentiment de joie, aussi surprenant cela puisse-t-il paraître. C’est beaucoup moins surprenant si l’on prend en considération que le propos se centre sur la marche, moment de rassemblement autour de valeurs fondamentales et fondatrices.

Le récit du récit : où l'on voit l'enquêteur et ses doutes

Le récit du récit : où l’on voit l’enquêteur et ses doutes

Témoignages

Les indices relevés sont analysés dans les menus détails afin de les faire parler. Les auteurs font parler les personnes qu’ils invoquent afin de relever leurs témoignages au plus près : nous recroisons ainsi les protagonistes des événements, ceux porteurs de lumière : Luz, Ahmed Merabet, le policier tué devant les bureaux de Charlie Hebdo, son frère, la policière Clarissa Jean-Philippe, tuée à proximité de l’Hyper Cacher, Lassan Bathily, l’employé du magasin qui cacha des personnes et transmis des informations au RAID, le rassemblement place de la République comme une oeuvre d’art témoignant d’un de ces instants constituant l’événement.

Ainsi la Beauté aussi est témoin de ce moment, en quelques pages brèves. La Beauté comme un personnage parmi d’autres, s’associant implicitement à la Lumière, elle aussi présente, enfin. C’est en voyant en quoi ces protagonistes ont joué un rôle que cet Esprit du 11 janvier prend consistance.

Là encore, pas de propos démesuré : au contraire, les auteurs esquissent les personnes citées dans leur dignité et le respect de leur parole, au plus près de leurs mots. Des mots repris respectueusement qui s’inscriront dans cette progressive reconstitution mythologique.

Rappel de témoins : la convocation au mot près

Rappel de témoins : la convocation au mot près

Reconstitution

Nous suivons ainsi la reconstitution progressive des événements que nous avons tous suivis avec fébrilité souvent, torpeur également, interrogation parfois. Ici, nous sortons du tourbillon médiatique pour entrer dans une reconstitution plus apaisée. La raison reprend certes ses droits, mais pas seulement. Les auteurs nous entraînent dans une redécouverte possible de l’enchaînement de ces événements pour en retrouver l’émerveillement perdu en route. Les différents acteurs sont présents, ajoutés aux événements anecdotiques sur l’instant mais qui prennent toute leur importance une fois placés dans ce puzzle.

Là où les ombres ont cédé face à un moment prodigieux : la marche du 11 janvier, mêlant chacun et chacune dans un mouvement de rassemblement sur des valeurs communes, un souffle, il s’agit de retrouver la trace de ce souffle perdu que les politiques n’ont pas su maintenir. L’auteur dira lors d’une interview que les politiques n’ont plus l’autorité symbolique qui leur aurait permis de s’inspirer de ce souffle pour le prolonger et construire une société à partir de cette marche. Les auteurs feront d’ailleurs planer l’ombre d’un président sur la foule, le dernier à croire en l’Esprit.

Le livre nous invite avec délicatesse et respect dans une réinvention de ce merveilleux moment, à y déceler les éléments lumineux, à y entrevoir ce qui a évité une ombre supplémentaire qui aurait pu nous terrasser davantage là où nous avons réussi à trouver une issue lumineuse. Ce n’est pas le fruit d’une tentative de persuasion qui est ici à l’oeuvre, mais bel et bien le recueil fidèle et respecteux qui nous invite au recueillement apaisé et à entrevoir à la fois l’Esprit de ce moment et en quoi nous avons peut-être échappé au pire. Nous passons ainsi, en 84 pages ciselées et belles, d’une épitaphe à une manifestation, une apparition, une reprise visant à rendre évident ce qui était dispersé, soit, littéralement : à une épiphanie.

De l'ombre à la lumière, du réel cru au symbole : parcours d'une enquête humaniste

De l’ombre à la lumière, du réel cru au symbole :
parcours d’une enquête humaniste

Notes de clôture

De l’épitaphe à l’épiphanie, ainsi peut se résumer la trajectoire de ce livre. Mais cela reste ma lecture, et celle-ci, même si nos guides nous sont bien utiles, nous laissent libres d’entendre et de voir comme nous voulons. Un propos dans le propos, en adéquation là encore avec cet instant et son esprit. Un livre « cathartique » dira Gess pour décrire le fruit de son travail, sa lecture peut prétendre à la même conclusion. Il n’impose pas, il expose avec respect. Littéralement « respect » signifie « regarder à deux fois ».

C’est à cela que nous invitent avec délicatesse les auteurs, à y regarder à deux fois pour conserver l’empreinte et se faire une autre idée de ce qui a été « trop » vu car surexposé. C’est ce même regard que l’on a pu porter les uns sur les autres lors de cette marche du 11 janvier où l’altérité a représenté une force, où chacun disait « Je suis Charlie », et pourtant où nous avons rarement été si proches de comprendre ce rapport à l’autre. Ce n’est pas un livre politique, c’est un livre sur ce qui fonde l’humain. Lehman parlera de « proto-politique », soit du socle de valeurs communes avant les clivages. Et ce sont les moments les plus sombres et tragiques qui peuvent nous en faire apercevoir, si l’on s’y prend bien, parce que ça n’est pas donné non plus, la lumière.

Ayant à deux moments échangé avec ses auteurs sur leurs travaux, chacun m’a dit à sa façon sur ce petit livre : « ah oui…il est important… ». Je n’étais pas très enclin à m’y pencher. Mais cette phrase laissait planer un mystère. Il fallait que j’aille voir de plus près…Maintenant, je vois un peu mieux pourquoi. En deux heures, cet article était écrit, un peu à la hâte. Nous sommes dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle. En même temps que je peaufinais la mise en page, j’échangeais avec Gess coincé à la gare près de chez moi ; il voulait retrouver son chez lui au plus vite. Ce livre est salutaire, c’est cela : retrouver notre chez nous commun, nous avons retrouvé au moment de ces jours de janvier le chemin de la maison de nos valeurs partagées. Ce livre, c’est comme une respiration supplémentaire.

Enquête sur l'enquête: Se situer dans le récit

Enquête sur l’enquête:
Se situer dans le récit

—–
La BO du jour : Nous avons réussi à rompre, un temps donné, l’isolement.
Après la désorientation provoquée par cette déflagration du Réel. Nous avons su inventer, réinventer la fraternité.
« Dîtes-moi qui je suis » : chacun a pu dire « Je suis… » l’autre, ici, c’était Charlie.
Et être l’autre nous rapprochait les uns des autres, comme de nous-mêmes.

88 comments

  • Bruce lit  

    @Omac : je n’ai jamais réussi à m’intéresser à Lacan, trop pointu pour moi, ni aux querelles entre psychanalystes. De Lacan, je sais qu’il a tenté des trucs rigolos comme 4 séances d’1/4 d’heure dans la même journée….De manière générale, ça devient trop pointu pour moi.
    J’ai le souvenir de passages assez émouvants de la correspondance de Freud où l’homme y paraît moins antipathique que son image publique. Il est en plein doute sur sa théorie de l’Oedipe (une théorie qu’Onfray ridiculise de manière très peu crédible) et laisse son interlocuteur avec cette formule pleine de culpabilité : je te laisse avec mes cochonneries.
    Un autre souvenir lointain, c’est la transcription d’une séance avec un enfant violent qu’il commence ainsi :  » Et à toi, que t’a t’on fait mon pauvre enfant » ? . Ces phrases m’ont révélé l’homme derrière le théoricien, et la statue du commandeur Freud. Une humanité que je n’ai jamais retrouvé chez Michel Onfray où tout est grave, pesant sans une once d’émotion.

    @Tous : me ferez-vous l’honneur de conclure ce passionnant débat ?
    Je voudrais juste me recentrer sur le livre de Lehman, vous allez comprendre.
    Onfray et Todd écrivent après les attentats une prose de la défaite et de la culpabilité : pour caricaturer , si nous avions été moins méchants avec les musulmans, on aurait jamais eu d’attentats. En sous-texte, on l’a pas volé. En sous-sous texte, bien fait pour votre gueule. On entend souvent la même chose après des attentats contre les Juifs, avec en fond d’écran le conflit Israélite-Palestinien.
    C’est….
    c’est…
    c’est juste d’une crasse médiocrité venant de la part d’universitaires et d’intellectuels.
    Onfray, comme Laval en son temps, proposait quand même de négocier la paix avec Daesh !
    Voilà donc une pensée qui produit de la non pensée et là est son plus grand échec. Lui peut rebondir. La pensée Onfray est devenue quasiment une licence. Mais ce qu’elle va produire chez des personnes sans esprit critique est terrible. Violente. Diviseuse.
    Or.
    Ce que montre Lehman est qu’à chaque attentats de janvier, les terroristes ont échoué.
    Les Kouachi voulaient que les français haïssent les musulmans et que ceux-ci rejoignent leurs rangs. Or ce fut le contraire qui se produisit : les musulmans sont venus au secours des chrétiens, ils ont défendu les églises après le 13 novembre. La famille du policier tué , magrébine aussi, a appelé au pardon, à la renonciation de la violence et aux valeurs de la France.
    Tout comme l’intégralité des victimes du 13 novembre appelant à la paix, à la tolérance et à l’unité.

    Lorsque Mme Jean Philippe, policière noire meurt assassinée par Coulibaly, elle sauve des centaines d’enfants juifs d’une mort certaine. Lorsque Coulibaly dézingue la boutique casher, des civils sont sauvés par un africain musulman. Celui-ci déclare : je n’ai pas sauvé des juifs mais des êtres humains.
    Quant à Charlie, leur première une appelle au pardon. Luz se représente plus jeune en train d’enseigner l’humour et le dessin aux frères Kouachi enfants.

    Lehman rappelle tout ça. Et là dessus, on a donc Todd et Onfray qui viennent appeler de leur appartement cossu à la violence et la haine. On ne pouvait pas mieux pisser sur la tombe de tous ces gens bien. Oui, ça existe et c’est ce qui a rendu toute cette mort, cette violence supportable : ces gens qui n’ont écouté que leurs valeurs, leur courage ou leur sens moral (je pense souvent à Sonia qui a sacrifié sa vie pour balancer Abaaoud).

    A côté de ça, et bien nous avons aussi un avocat Dupont Moretti qui au procès des victimes de Toulouse est capable de comparer la douleur des enfants abattus à bout portant par Merah à celle de la mère du terroriste. Non. Tout ne se vaut pas et le droit à la défense et à la pensée libre n’exempte pas à celui de la dignité.

    Une dignité qui resplendit dans ce petit livre de Lehman et de Gess et qu’ont perdue à tout jamais Onfray et Todd.

  • OmacSpyder  

    Le lien que nous pouvons faire en guise de conclusion entre la psychanalyse et les auteurs de Charlie Hebdo (qui comptait dans des rangs une psychanalyste d’ailleurs, Elsa Cayat) est que ce sont des espaces qui prônent la libération de la parole. Et étrangement ils sont attaqués par des dogmatiques…

    Ton recentrage, Bruce, propose un éclairage intéressant : à savoir comment le lien social n’a pas explosé, ne s’est pas dissous sous les attaques terribles. Au contraire, nous avons assisté, momentanément au moins, à une épiphanie (au sens premier de quelquechose de lumineux qui apparaît), à une victoire de la pulsion de vie face à la mort et la destruction.

    En guise de seconde conclusion, et parce que j’ai trouvé vos propos, questionnements, remarques très intéressants, je vous propose un futur article sur une petite BD : « Freud face à l’hystérie » de Richard Appignanesi & Oscar Zarate, aux éditions Actes Sud. Du superhéros quoi! ;)

    Le propos de Lehman et la délicatesse des dessins de Gess rappelle à travers cette enquête une belle leçon d’humanité qui ne peut que tous nous inspirer pour dépasser les clivages que d’aucuns attisent avec trop de désinvolture.

    • Bruce lit  

      Bon pour accord, voire ordre de mission Omac.
      Parce que avec les tartines que tu nous as écrites, tu aurais pu écrire au moins trois articles.
      Bruce que rien n’Onfray.

      • OmacSpyder  

        Certes. Mais c’est le lien qui est moteur ;)
        O…mac-psy day…
        Oh man psy day!
        Allez tous en choeur! :)

  • Présence  

    Mon petit grain de sel (et pas de sable)

    Mon père évoquait souvent la différence entre les sciences dures (physiques, chimie, maths…) et les sciences molles (psychologie, sociologie, philosophie…). Cette partition est simpliste, mais elle met en évidence une approche et une nature différente. D’un côté, il y aurait des sciences fondées sur des phénomènes observables irréfutables, et de l’autre des trucs appelés science pour ne froisser personne, mais pas très objectifs, pas vérifiables, etc.

    Cette partition permet de faire apparaître l’inadéquation de cette approche. Pour les sciences dures, il est établi qu’une théorie scientifiquement prouvée n’est exacte que jusqu’à temps qu’un chercheur (ou un groupe de chercheurs) formule une théorie plus exacte. Il suffit de jeter un rapide coup d’œil à la façon dont les différentes époques ont considéré la structure de la matière pour retrouver un peu d’humilité et se dire qu’il y a eu beaucoup de bêtises de racontées et de tenues pour certitude irréfutable. Même les mathématiques (pourtant une construction conceptuelle d’une logique à toute épreuve) ne sont pas à l’abri des remises en cause. En 1931, les théorèmes d’incomplétude de Gödel apportent une réponse formelle et négative à la question de la cohérence des mathématiques (merci wikipedia pour la formulation). À partir de là, la comparaison entre Psychologie et sciences tenues pour sûres et certaines perd toute crédibilité.

    Mais en plus, la psychologie est une dénomination trompeuse. Le mot lui-même date du début du seizième siècle (merci encore wikipedia). En croisant les doigts pour que je ne raconte pas de bêtise (je compte sur OmacSpyder pour rectifier), on peut voir Sigmund Freud comme le fondateur de la discipline, de manière expérimentale, au début du vingtième siècle. Admettons même qu’il ait sciemment pipeauté la moitié de ses observations cliniques (je n’ai pas d’avis personnel sur le sujet). Depuis donc maintenant un siècle de nombreux psychologues ont défriché cette branche du savoir, dans des directions très variés, et beaucoup sans complaisance pour le père fondateur, ne serait-ce que pour eux aussi se faire un nom. Impossible dans ces conditions de croire un instant à une théorie du complot, ou à l’inutilité totale de 100 ans de pratique.

    Au-delà de ça, il me semble que la dénomination de la psychologie est réductrice puisqu’elle couvre plusieurs domaines de savoir : béhaviorisme, psychothérapie, psychologie cognitive, psychologie sociale, psychologie du développement, psychologie différentielle (merci une de mes lectures de l’année dernier, cf. lien) et j’en oublie sûrement. On est donc loin d’un individu qui aurait inventé une pseudoscience sur la base d’élucubrations jamais remises en cause.

    Du coup Michel Onfray ne serait que le symptôme d’un phénomène bien expliqué par Eddy : le doute vis-à-vis du sachant, de l’expert. C’est nécessaire et salutaire, mais ça ne fait pas bouillir la marmite et ça ne soigne pas. Ça fait un petit bout de temps que les sciences (dures, molles, et les autres) sont l’affaire d’experts et sont inaccessibles au profane. Même avec une formation scientifique, mon esprit éprouve toujours autant de difficultés à comprendre que la lumière puisse être à la fois une onde, et à la fois des particules. Si vous me demandez comment Google trouve un milliard de réponses en une fraction de seconde, je suis incapable de répondre, d’expliquer les phénomènes scientifiques et la technologie derrière. Ce n’est pas loin d’un phénomène magique pour mon niveau de compréhension.

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    • Jyrille  

      Merci beaucoup pour le lien Présence ! En ce qui concerne les sciences, moi-même étant formé scientifiquement au départ, j’ai non seulement du mal encore à appréhender certains concepts physiques (souviens-toi, j’ai lu récemment le best-seller de Stephen Hawking) mais pire, j’ai totalement oublié mes cours de lycée…

      En tout cas merci à tous pour vos commentaires, c’était très instructif et construit. Mais cela ne me fait pas avancer dans ma lecture d’articles en retard, d’autant que celui du jour est très long ! Bravo ^^

  • OmacSpyder  

    Merci Présence pour ce grain… de folie?^^
    Je me suis centré dans mes réponses sur la psychanalyse. La psychologie est une autre branche, avec d’autres fondateurs : Janet, Piaget. La psychologie clinique, proche de la psychanalyse, est une branche spécifique de la psychologie s’adressant aux « malades » avec d’autres fondateurs : Pinel, Janet, Lagache.
    Bien sûr tous ces développements de croisent. Freud invente quant à lui spécifiquement la psycho-analyse, qu’on appellera ensuite psychanalyse, influençant la psychologie clinique.
    Bref, Freud n’est en effet pas un praticien isolé. Toute sa correspondance en témoigne. Et comme tu le rappelles, la distinction entre sciences exactes et humaines ne s’appuie certainement pas surv une fiabilité plus grande du modèle théorique.
    Si le questionnement est salutaire, la polémique pseudo-sachante pour des spectateurs (au sens de spectacle) est stérile.

    Oui, Jyrille, que de commentaires! Je n’aurais pas imaginé…

    Euh… Bruce : C’est pas moi, là, c’est lui (réminiscence de rivalité fraternelle etc..! Bref, je vous évite le blabla! ;) )

  • Matt  

    Tiens je n’ai pas pensé à demander à Omac mais…qu’est-ce que tu penses du portrait de Freud et des débuts de la psychanalyse en général dans le film « a dangerous method » de Cronenberg ? Si tu vois ce message…et si tu as vu le film…ça m’intéresserait de le savoir.

    • OmacSpyder  

      J’ai vu ce film en effet.
      On y voit Sigmund FREID mais surtout Carl Gustav JUNG au moment où ils mettent au point la technique psychanalytique. La figure principale et féminine en est Sabrina Spielrein, patiente internée de Jung et future psychanalyste. Elle aura une relation avec Jung.
      Le film présente une belle esthétique et le jeu des acteurs est très bon. S’il retrace l’esprit pionnier des inventeurs Freud et Jung ainsi que leurs différences de points de vue, la fiction est aussi présente parfois pour, visiblement, ajouter un peu de piment à certaines scènes, notamment la relation sadomasochiste entre Jung et sa patiente et le lien de cette relation avec le trauma de la patiente.
      Bref, ça n’est pas un documentaire mais ça donne une vision de l’état d’esprit des deux hommes ainsi que la place de cette femme dans la psychanalyse. Les désaccords entre Freud et Jung sont assez bien retranscrits je pense, même s’ils sont ici focalisés sur la place de la sexualité dans la théorie psychanalytique.
      Le titre est bon quand même! Une méthode dangereuse : ça retrace bien l’aventure de cette découverte de l’inconscient avec toutes ses promesses et ses pièges. « Un continent noir », dira Freud…

      • Matt  

        Cool, c’est sympa d’avoir un retour sur ce film de la part de quelqu’un qui connait le sujet^^
        J’ai souvent cette envie de savoir le degré de pertinence des films à caractère historique. Même si je me doute que c’est souvent simplifié ou romancé.

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