WOODSTOCK’S FALL – Grandeur et Décadence du Mouvement Hippie en 10 films et 10 chansons

Focus : La chute du mouvement hippie 1/2

Une anthologie cinématographique et musicale concoctée depuis son minibus fleuri par : TORNADO

C’est l’histoire d’une utopie qui finit mal…
(ces films ne sont pas traités dans ces lignes, mais leur contexte est évoqué)

Cet article propose un tour d’horizon sur un thème particulier : La chute de l’idéologie hippie.

S’il s’inspire des TOP 10 musicaux que l’on trouve régulièrement sur le blog, il n’est pas essentiellement dévolu à la musique, mais aussi (et surtout) au cinéma !

L’idée est de marquer la fin d’une époque et le passage à une autre par le truchement de quelques films et de quelques chansons qui les mettent en scène.

Le mouvement hippie nait aux USA d’une contre-culture intense et d’une jeunesse rigoureusement décidée à transformer le monde en profondeur.

Au début des années 60, le baby-boom de l’après-guerre a donné à la société une population majoritairement jeune, souvent issue des classes moyennes. Farouchement opposée aux WASP, la jeunesse hippie se détourne de la civilisation industrielle, consumériste et matérialiste qu’elle condamne au profit d’un retour aux valeurs séminales de l’écologie et de la fraternité universelle. L’idée majeure est de tirer un trait sur les valeurs de la génération précédente (celle des parents) et de créer une société parallèle qui, à terme, la remplacerait. Les hippies rejettent et critiquent tout ce qui fait l’apanage WASP : Le conformisme, l’attachement à l’industrie, le racisme, la pudibonderie et l’hypocrisie religieuse, le patriotisme et le culte du travail.

Afin de parachever cette volonté d’émancipation et de liberté, les hippies vont utiliser trois vecteurs immédiatement à leur portée : Le sexe (libre et sans tabous), la musique (essentiellement le rock) et les drogues, destinées à libérer leur esprit. De cette alchimie révolutionnaire naitra le psychédélisme, élément indissociable du mouvement. Emblématique de l’époque, le LSD est pour les hippies la drogue de la révolution. Alors légale, elle se consomme aussi facilement que le cannabis et autres psychotropes que les jeunes se procurent continuellement.

Au départ cantonné à San Francisco, le mouvement hippie va se propager et connaitre une résonnance majeure sur la culture de son temps à travers le monde entier. La plupart des groupes de rock, à commencer par les Beatles et les Rolling Stones, se joignent au mouvement. Les cinéastes s’y mettent à leur tour, apportant à l’ensemble un éclairage beaucoup plus critique avec l’avènement du Nouvel Hollywood.

L’été 1967, baptisé Summer Of Love, dominé par les festivals (à commencer par le Festival International de Musique Pop de Monterey) et l’esprit de liberté qui règne sur la jeunesse, marque l’apogée du mouvement hippie.

Passés les jours euphoriques, on perçoit rapidement qu’une grande partie de la jeunesse qui se déplace en masse pour rejoindre les grandes manifestations hippies, d’abord lors des multiples seatings destinés à dénoncer les institutions, la guerre du Vietnam et les mouvements racistes, puis avec les gigantesques festivals de musique pop, est bien plus attirée par le sexe et la drogue que par l’idéologie à proprement parler.

Les nombreuses personnalités qui rejoignent le mouvement le font aussi de manière ambigüe. En témoigne l’attitude des Rolling Stones, rapidement attirés aux USA par l’envers du décor (avec lequel ils souhaitent nourrir leur mythologie), où l’idéologie première des hippies se désagrège lentement face à l’attrait du danger qui se dissimule derrière l’usage des diverses drogues, qui la conduisent graduellement vers un abîme où s’engouffrent les ténèbres de la mort.

C’est Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morrison qui décèdent tous à 27 ans par overdose (sous toutes ses formes).

Le groupe Santana enflamme le festival de Woodstock avec son épique sacrifice de l’âme ! Probablement le meilleur moment du film de Mike Wadleigh.

Dans un premier temps, on continue de faire la fête car, jusque dans les milieux de la jet-set, ce nouveau mariage entre la libération des mœurs et la danse macabre avec les forces du mal, cette pure célébration de la décadence, est devenue du dernier chic.

Après un mythique festival de Woodstock aux allures de chant du cygne (parce que les quelques six-cents milles jeunes qui y font le déplacement réussissent à y imposer une attitude exemplaire de fraternité et de respect pour les organisations en place), deux événements tragiques vont annoncer la mort du mouvement et mettre un terme à ces quelques années d’utopie libertaire :

– C’est tout d’abord le gourou hippie Charles Manson qui envoie sa « famille » (quelques-uns de ses disciples) commettre une série de meurtres dans les quartiers chics d’Hollywood, dont le plus terrible est celui de Sharon Tate (l’épouse de Roman Polanski retenu en Angleterre pour un tournage) et de ses invités, massacrés le soir du 9 aout 1969 alors que la jeune femme était enceinte de huit mois. Au départ, Manson voulait se venger d’un producteur (Terry Melcher) qui avait refusé de produire son disque (il trouvait le gourou inquiétant…). Mais, entretemps, la villa ayant été revendue au couple Polanski, c’est donc de manière purement gratuite et arbitraire que les atrocités seront commises par une communauté hippie alors connue (malgré son ambiance malsaine) dans le milieu consacré.

– C’est ensuite le festival pop d’Altamont (immortalisé dans le film documentaire GIMME SHELTER réalisé en 1970). La nuit du 6 décembre 1969, se déroule un festival organisé autour des Rolling Stones. Ces derniers, frustrés d’avoir raté Woodstock, décident de mettre en place un immense festival gratuit qui deviendrait le « Woodstock de la côte Ouest ». Alors qu’ils avaient prévu de monter une scène au pied du Golden Gate de San Francisco, les organisateurs se heurtent à de multiples problèmes et, en catastrophe, délocalisent le tout à Altamont, au nord de la Californie. Par une incompréhensible série de décisions aussi utopiques qu’irresponsables, les Stones décident de confier la sécurité du festival à la communauté des Hells Angels, et de les rémunérer en bières… Dans un climat incroyablement délétère, aussi bien du côté des spectateurs qui semblent avoir complètement oublié Woodstock que des Hells Angels bourrés, défoncés et violents, le pire va être commis : Alors que Mick Jagger supplie la foule de se calmer, Meredith Hunter, jeune spectateur noir de dix-huit ans, sort un pistolet de sa poche à quelques mètres seulement du chanteur. Il est immédiatement agressé par les Hells Angels qui le poignardent au couteau de chasse, d’abord dans le cou, puis à de multiples endroits du corps, tandis qu’au cour de la nuit, un conducteur sous acide écrase deux autres personnes en train de dormir dans leur sac de couchage, et qu’un dernier, camé lui aussi, se noie dans un canal…

Les idéaux du mouvement hippie sont tombés. Mais les dégâts causés par les abus ne se voient jamais tout de suite. Il faudra encore attendre une bonne décennie avant d’en mesurer toute l’ampleur. La drogue aura alors ravagé les rangs des artistes qui, s’ils n’en meurent pas très jeunes, en paient les conséquences à plus ou moins long terme. Quant à la liberté sexuelle, elle se soldera par l’avènement du sida.

Mais surtout, le monde de la finance, du pouvoir et des anciennes valeurs va réagir à cette idéologie en lui opposant une résistance d’une violence sans précédent, exerçant une monstrueuse mutation qui va bouleverser le fonctionnement de nos sociétés en les transformant en d’épouvantables folies industrielles désincarnées et protéiformes, au fonctionnement pervers, tentaculaire et sous-terrain, aux alliances corruptrices, où toutes les valeurs séminales pourront être bafouées au nom du progrès, du profit, et de l’enrichissement individuel…

L’idéologie hippie aura donc généré, en retour, un monde bien pire encore que celui qu’elle voulait remplacer. Un monde fait pour la neutraliser, l’assimiler et l’annihiler en même temps…

La bande originale de cette épopée est parfaitement illustrée de manière chronique, dans certains grands films de l’histoire du cinéma. C’est ce que nous allons essayer de décrypter à partir de maintenant. Allez hop, c’est parti :

LE LAUREAT (THE GRADUATE – 1967)

It’s time to Dustin !
© Mike Nichols/Lawrence Turman Productions

Réalisé par Mike Nichols (Oscarisé pour l’occasion), LE LAUREAT, immense (gigantesque) succès à sa sortie, n’illustre pas à proprement parler la chute du mouvement hippie puisqu’il sort dans les salles en 1967, à l’apogée de ce dernier. Il en annonce pourtant déjà les limites.

Il n’y a d’ailleurs point de hippie dans le film, mais ses idéaux traversent le récit, qui décrit parfaitement la manière dont le mouvement transforme la société en profondeur.

LE LAUREAT, c’est l’histoire d’un jeune-homme (Benjamin Braddock, interprété par un Dustin Hoffman encore inconnu) qui vient juste de terminer ses études. Pourri-gâté par ses parents bourgeois, il refuse de se laisser enfermer dans l’existence formatée à laquelle il a été préparé. Son aventure (il se laisse séduire par une femme mariée dans l’entourage de ses parents, entame une relation sexuelle avec elle, puis tombe amoureux de sa fille en dépit de tous les interdits) est celle d’un jeune homme refusant systématiquement de vivre la vie que la génération précédente lui a mitonnée. Elle montre ainsi à quel point l’ère du mouvement hippie, ainsi que ses principales valeurs (libération sexuelle et rejet des institutions), atteignent toutes les strates de la société américaine.

La scène emblématique où Benjamin se rend à l’église afin d’empêcher le mariage d’Elaine Robinson, à bord de sa rutilante décapotable (son cadeau de fin d’études), laquelle tombe en panne d’essence au pire moment, est une belle métaphore : Obligé de terminer en courant, c’est dans un bus qu’il commence sa nouvelle vie, renonçant au matérialisme fallacieux qui lui était destiné.

Néanmoins, le final, qui voit les deux amoureux fuir à l’arrière d’un bus, le regard perdu dans le lointain, semble annoncer que le changement n’apportera pas forcément le bonheur, laissant le spectateur perplexe à la question : Et maintenant qu’on a tout brisé, on fait quoi ?

Le film est indissociable de sa BO, en grande partie dévolue au duo Simon & Garfunkel, et notamment au titre Mrs ROBINSON.

MACADAM COWBOY (MIDNIGHT COWBOY – 1969)
It’s time to Dustin (bis) !
© United Artists

Le pitch : Joe Buck (Jon Voight) est un jeune plongeur à l’allure de cowboy. Doté d’un physique avantageux, il décide de quitter son bled du Texas profond et de partir pour New-York, persuadé qu’il peut y devenir gigolo. Il déchante très vite en comprenant que son projet ne se réalisera pas aussi facilement qu’il le croyait. Il rencontre alors Rico Rizzo, un escroc infirme (en vérité un sans-abri) qui lui propose de devenir son agent. C’est le début d’une descente aux enfers pour le jeune provincial naïf, qui va troquer ses idéaux contre l’horrible réalité du monde moderne…

Avec EASY RIDER, LE LAUREAT, BONNIE & CLYDE, LA HORDE SAUVAGE et quelques autres films de l’époque, MACADAM COWBOY inaugure ce que l’on appellera bientôt le Nouvel Hollywood, mouvement cinématographique inspiré par la Nouvelle Vague française et le Néoréalisme italien qui marque la prise de pouvoir des réalisateurs (entant qu’auteurs de leurs films) au sein des grands studios américains.

L’élément conceptuel le plus fort de ce courant artistique consiste à déconstruire les mythes habituellement exposés dans le cinéma hollywoodien en les confrontant à des sujets jusque-là considérés comme des tabous. Ainsi, la violence, le sexe, le racisme, le vice, la déchéance, la corruption et l’éclatement de l’ancienne vision manichéenne du monde prennent le devant de la scène en étant explorés sous toutes leurs formes.

Avec MACADAM COWBOY (classé X à sa sortie), le réalisateur John Schlesinger (Oscarisé en même temps que son film et son scénariste) explore l’envers du décor des grandes villes américaines. En dénonçant les mensonges du capitalisme, du mythe et du rêve américain, le consumérisme effréné d’une société en perte de repères (dont le sexe constitue un élément à part entière), le film épouse pleinement les revendications du mouvement hippie.

Pour autant, le scénario refuse de célébrer les idéaux de la génération Flower-power et joue la transparence dans les deux cas. Précurseur, comme l’était déjà Frank Zappa qui, dans ses albums, envoyait régulièrement des piques aux exaltés de la contre-culture, Schlesinger dénonce les excès d’un mouvement repris par l’intelligentsia jouisseuse de la jet-set new-yorkaise. Ainsi, lorsque les deux « héros » du film sont invités dans une soirée underground, en profite-t-il pour égratigner bien comme il faut l’hypocrisie d’une idéologie de pacotille servant de prétexte à tous les excès. La force de cette séquence provient en grande partie du fait que le réalisateur la filme dans une authentique soirée organisée par Andy Warhol, dans laquelle toutes les stars de son clan (le réalisateur Paul Morissey, l’International Velvet…) sont présents ! En donnant à la scène des atours psychédéliques, Schlesinger met en évidence l’absurdité d’un mode de vie en train de s’autodétruire sous nos yeux !

Le constat est amer : Dans notre monde, aucune idéologie n’est de taille à s’opposer à la nature imparfaite de l’homme, qui la pervertira fatalement au bout du compte…

Une œuvre désenchantée, désespérée et glauque à l’extrême (tous les passages dédiés à la prostitution sont d’un naturalisme nauséeux). Mais puissante. Tout comme LE LAUREAT, le film se termine dans un bus, mais de manière plus noire encore, mettant en évidence une certaine filiation thématique…

La chanson emblématique de MACADAM COWBOY est la reprise de EVERYBODY’S TALKIN’ par Harry Nilsson. Au départ, j’avais prévu de la placer en bonus dans la deuxième partie de l’article dédié au folk rock américain. Elle a finalement trouvé sa place ici.

MORE (1969)
La fête est finie…
© Les Films du Losange

On l’a vu, 1969 marque la fin du mouvement hippie. Il n’est donc pas étonnant d’y trouver autant de films qui en parlent. Pour autant, MORE, réalisé par le français Barbet Schroeder, est le premier avec LES CHEMINS DE KATMANDOU d’André Cayatte (sorti un mois avant), à le faire de manière aussi directe.

Le pitch : Stefan, jeune allemand fraichement diplômé, part à l’aventure en stop et arrive à Paris sans le sou. Lors d’une soirée dans un appartement, il tombe amoureux d’Estelle, une américaine charmante. Celle-ci l’invite à la rejoindre à Ibiza la semaine suivante. Malgré les conseils de son ami Charlie, qui lui recommande de se méfier de la jeune femme, Stefan s’y précipite. Sur place il retrouve Estelle, logée par un compatriote allemand plus âgé que lui, au passé trouble. Alors que les deux amoureux cherchent à s’isoler dans l’île, Estelle initie Stefan à l’héroïne. D’abord réticent, le jeune homme devient rapidement accroc…

Sans ambiguïté, le film met en scène, de manière presque documentaire, l’impasse du mouvement hippie, cristallisée par l’usage des drogues dures. Au départ intimement liée à la liberté sexuelle, la drogue, qui avait commencé par libérer les esprits, finit par les détruire.

L’idée de réunir le jeune Stefan, hippie fraichement converti, et l’un de ses compatriote plus âgé qu’on devine rapidement être un ancien nazi en fuite, invite à la réflexion : En mettant face à face nazisme et mouvement hippie, Schroeder et son scénariste Paul Gégauf (fer de lance de la Nouvelle Vague) cherchent à montrer que deux idéologies (et deux générations) opposées peuvent connaitre la même impasse et le même destin funeste.

Si dans un premier temps la génération hippie avait recherché, à travers l’herbe et le LSD, l’exaltation et la communion de manière festive, c’est, avec l’arrivée des opiacées, la fuite qui semble être désormais l’objet de ses préoccupations. Un peu comme si quelque chose avait, entretemps, pourri à l’intérieur du fruit. Ainsi, après avoir brièvement cherché à reconstruire le monde, voilà que les mêmes personnes s’employaient à s’autodétruire…

Afin de donner un air plus vrai que nature à son projet, Barbet Schroeder s’entoure de figurants puisés directement dans la communauté hippie européenne. Le succès du film, qui profite pleinement des splendides paysages d’Ibiza, déclenchera paradoxalement un attrait considérable pour un lieu qui deviendra, au fil du temps, indissociablement lié à la fête et à la drogue. Le public n’aurait-il rien compris au message ?

MORE est un film déprimant et désenchanté. Il cherche à montrer l’horreur qui se dissimule derrière la fascination malsaine de la jeunesse pour la décadence. Rien qui donne envie de faire la fête…

La BO a entièrement été écrite et composée par Pink Floyd. On va en écouter un extrait. A noter que Barbet Shroeder tournera peu après un autre film avec une BO de Pink Floyd : LA VALLEE, également consacré aux limites des projets de nos bons hippies…

EASY RIDER (1969)
Sexe, drogue et rock’n roll !
© Columbia Pictures

Le pitch : Wyatt et Billy (Peter Fonda et Dennis Hopper), deux motards trentenaires épris de liberté qui vivent plus ou moins en vendant de la drogue, décident de traverser les États-Unis depuis Los Angeles jusqu’à la côte-est, afin de se rendre au Carnaval de la Nouvelle-Orléans. Sur la route, ils font de nombreuses rencontres. Si au départ ils sont comme des poissons dans l’eau au contact de la jeunesse hippie, ils le sont nettement moins avec les rednecks réactionnaires au fur et à mesure qu’ils s’enfoncent dans l’Amérique profonde…

EASY RIDER est un peu le pendant opposé des films précédents puisqu’il célèbre l’un des principaux éléments de l’idéologie hippie : la liberté. Tout le film n’est que réflexion sur cette notion, qui semble diviser une société avec d’un côté ceux qui la recherchent, l’idéalisent, la fantasment, et de l’autre ceux qui la refusent, la craignent et la combattent.

On le sait bien : Plutôt que de remettre en question le sens de leurs propres valeurs, les populations préfèrent le plus souvent s’y accrocher. Dès lors, la liberté devient un danger pour des personnes auxquelles on vient démontrer que leurs valeurs ne sont pas les bonnes et qu’il faut tout revoir à zéro.

Tout le monde rêve de liberté. Mais comment réagiriez-vous si on vous disait que la solution consiste à renoncer à tous vos acquis, ainsi qu’à toutes les valeurs qui sont les fondations de votre existence ? Comment réagiriez-vous si on vous expliquait que votre vie n’est qu’illusion et imposture ?

La métaphore est claire : En déplaçant ses héros d’ouest en est, le film démarre du lieu de naissance du mouvement hippie, lequel, lorsqu’il tente de se diffuser dans le reste du pays (et du monde), se heurte à une forte résistance.

Réalisé par un Dennis Hopper en roue libre, proche de la communauté hippie qu’il fréquente dans le milieu musical de Laurel Canyon avec Peter Fonda et Jack Nicholson, EASY RIDER illustre la thématique par une nouvelle impasse : en choisissant son camp (celui des hippies), il semble néanmoins admettre que l’idéal de liberté prôné par l’Amérique ne débouche que sur une nouvelle aliénation : l’aliénation de l’autre.

Dépeignant les américains réactionnaires de l’Amérique profonde comme des bouseux incultes, haineux et violents, il démontre que l’idéal de liberté jadis recherché par les pionniers a débouché sur sa pire contrepartie : Une société sclérosée.

Les années 50 avaient célébré la victoire de la société de consommation, aliénation ultime de l’homme moderne. EASY RIDER dénonce ainsi l’hypocrisie de certains américains qui considèrent le port d’armes à feu comme fondement de cette liberté, quand c’est avec le bout de leur canon qu’ils tentent d’exorciser l’idée qu’ils sont totalement aliénés…

Au milieu de ce choc des cultures, le personnage de George (Jack Nicholson, génial) symbolise le chainon manquant entre les deux parties puisque, avocat dans le civil, il passe le reste de son temps à s’enivrer et à se rebeller contre la pudibonderie de son héritage. Il est ainsi à la fois respecté pour sa position sociale, et détesté pour ses actes inciviques. Il n’y a réellement aucune place pour lui dans ce monde.

Même s’il défend l’idéologie prônée par les hippies, le film n’en dépeint pas moins la chute. Plus précisément, il s’impose comme l’illustration de sa mise à mort par un monde qui ne veut pas de ce changement.

Avec 350 000 dollars de budget pour 60 millions de dollars de recettes, EASY RIDER s’impose comme le fer de lance du Nouvel Hollywood. Il lance la mode du road-movie et consacre la légende de la Route 66. Sa devise, « Sexe, Drogue & Rock’n roll », deviendra aussi hype que sa BO. Le titre emblématique du film est le BORN TO BE WILD de Steppenwolf. On l’a déjà entendu dans ce TOP 10. Mais ici, on lui ajoute les images du film et un bonus (en intro) : le génial THE PUSHER du même groupe !

ELECTRA GLIDE IN BLUE (1973)
-Mais que fait la police ?
© United Artists, MGM

Le pitch : Motard de la brigade routière de l’Arizona, John Wintergreen est un excellent professionnel qui mise tout sur sa foi en son pays et en sa profession, dont il loue chaque jour la rigueur et les valeurs fondatrices de justice et d’impartialité.

Lorsque l’inspecteur Harvey Poole de la criminelle propose à John de le prendre sous son aile, c’est le rêve du jeune motard qui se réalise. Mais il déchante rapidement en découvrant que dans toutes les strates de la hiérarchie, les valeurs auxquelles il croit sont systématiquement bafouées.

Parallèlement, son enquête le mène aux abords d’une communauté hippie que la police se plait à humilier dès que l’occasion se présente…

Tout comme le sera UN JUSTICIER DANS LA VILLE, réalisé un an plus tard, ELECTRA GLIDE IN BLUE fut en son temps fustigé et taxé de film réactionnaire célébrant l’autorité expéditive, y compris au festival de Cannes, où l’on avait ovationné EASY RIDER cinq ans plus tôt. En prenant comme héros un flic au cœur du Nouvel Hollywood, le film était totalement à contre-courant. Cela suffisait pour que le public bien-pensant du début des années 70 se mette à crier au loup fasciste…

Longtemps incompris, le film de James William Guercio, producteur de disques rock dont il s’agit de l’unique incursion dans le monde du cinéma, connait heureusement depuis peu une réhabilitation croissante.

Si au départ ELECTRA GLIDE IN BLUE peut donner l’impression d’être le miroir inversé d’EASY RIDER, les flics musclés et réacs remplaçant cette fois les hippies placides et libertaires, le discours est pourtant extrêmement proche, sinon similaire.

Inspiré d’un fait divers sur le meurtre d’un motard commis par un hippie, le film n’a d’autre projet que de dénoncer le basculement de l’Amérique au tournant des années 60 et 70 vers la mort de ses idéaux. Il montre la fin du rêve américain en opposant les deux faces de sa nation, qui ne ressemble plus du tout à celle qui faisait l’apanage des traditionnels westerns. Dans UN JUSTICIER DANS LA VILLE c’était la bourgeoisie contre la plèbe, l’intelligentsia contre les bouseux. Ici ce sont les flics contre les hippies, les reacs contre les libertaires. Tout comme UN JUSTICIER DANS LA VILLE, le film montre qu’aucune strate de la population n’est à l’abri de l’autre, aucune n’ayant le monopole du bien et du mal.

Impartial et incorruptible, John Wintergreen est seul au monde au milieu de ce marasme. Ni d’un bord ni de l’autre, entre les flics violents, réacs et racistes et les hippies crasseux, marginaux et dealers, il erre à des années lumières des idéaux avec lesquels il a construit sa foi en l’Amérique. Le cowboy solitaire de la mythologie américaine a donc bien changé pour que cette solitude soit aujourd’hui liée à la perte de ces idéaux fondateurs…

ELECTRA GLIDE IN BLUE montre finalement l’après-EASY RIDER : En refoulant immédiatement cette alternative, en refusant le changement que lui proposait sa contre-culture et en le rejetant violemment, l’Amérique entière s’est écroulée avec lui…

Enfin le hippie, jadis une fleur dans la main et un joint dans l’autre, a troqué la première pour un flingue puisque le monde de la drogue l’y a conduit au final. Charles Manson et ses disciples n’étaient donc pas des exceptions…

Nous n’avons pas la place ici de disserter sur les formidables qualités formelles du film, Guercio, novice en matière de technique cinématographique, s’étant intelligemment débrouillé pour obtenir la participation des meilleurs techniciens de la profession. Nous insisterons seulement sur la somptueuse photographie du chef opérateur Conrad Hall qui, contre son gré (il souhaitait quant à lui se détourner des belles images qu’il associait à un cinéma hollywoodien obsolète), nous offre toute la série de plans sublimes sur la Monument Valley dont rêvait le réalisateur…

Le personnage principal du film est interprété par Robert Blake, futur héros de la série TV BARETTA, dont le dernier rôle sera celui du mystérieux bonhomme flippant dans le LOST HIGHWAY de David Lynch…

Comme pour affirmer qu’il s’agit d’une œuvre éminemment personnelle, la BO est assurée par Guercio himself, musicien et producteur notamment du groupe Chicago. C’est Terry Kath, guitariste du groupe qui co-écrit et interprète la chanson du film.

M*A*S*H* (1970) -Bonus !

Générique d’ouverture

Nous nous étions arrêtés en 1973 avec ELECTRA GLIDE IN BLUE. Nous allons refaire un petit bond en arrière et repartir en 1970, l’année de la sortie de M*A*S*H*.

Le pitch : Nous suivons le quotidien de quelques chirurgiens américains (interprétés par Donald Sutherland, Elliot Gould et Tom Skerritt) mobilisés lors de la guerre de Corée. Extrêmement compétents, nos soigneurs n’en sont pas moins délurés et réfractaires à toute autorité…

Bien que le sujet du film soit celui de la guerre de Corée, personne n’est dupe : On parle bien, entre les lignes, de celle qui est contemporaine de la sortie de M*A*S*H*, à savoir celle du Vietnam, indissociable du mouvement hippie et de ses revendications. Les joyeux drilles que le film met en scène, à savoir son trio de médecins déjantés, sont par ailleurs clairement identifiables à des hippies, lesquels ne pensent qu’au sexe, à la fête, à la défonce, et à contester l’autorité et les valeurs de pudibonderie dès qu’elles se présentent.

Antimilitariste en diable (anticlérical aussi), le film de Robert Altman est par ailleurs une satire sociale d’une causticité encore jamais vue sur un écran. Ici, point de gentil et de méchants, la guerre n’est jamais montrée, mais tous les protagonistes sont des êtres humains dépassés par les événements, confrontés à l’absurdité d’une époque avec laquelle ils préfèrent prendre leurs distances et jouir du moment présent. Une atmosphère de fin du monde ou, à tout le moins, d’une fin d’époque qu’il est bon de noyer, tant qu’à faire, dans les abus et le délire. Thématique que l’on retrouvera dans le LAS VEGAS PARANO de Terry Gilliam.

Par rapport aux autres films de la sélection, M*A*S*H* offre à la fois une respiration et une rupture. Il ne dépeint pas son regard désenchanté sur le monde par le drame et l’horreur mais au contraire par la farce et le burlesque. Pour autant, c’est un film charnière important, qu’il est très intéressant de placer ici, car il permet de bien mettre en valeur toutes les facettes de cet éclairage d’une époque en plein bouleversement par le truchement du cinéma et de la musique.

L’énorme succès du film (Oscar du meilleur scénario et Palme d’or à Cannes) donnera lieu à une série TV de onze saisons, extrêmement populaire, qui se poursuivra jusqu’en 1983.

La BO du film comprend une seule chanson notable mais pleine de sens (dérisoire) que l’on entend lors du générique d’ouverture, qui pose clairement ses intentions antimilitaristes en montrant les hélicoptères venant déposer les victimes des atrocités du combat, et plus tard (dans une version diégétique) lors de la séquence complètement loufoque du suicide du Capitaine Waldowski (sur fond de Cène de Léonard de Vinci !). Le titre de la chanson, SUICIDE IN PAINLESS, offre un trait d’union incroyablement évocateur entre deux scènes aux antipodes l’une de l’autre, dans tous les sens du terme, mettant un accent définitif sur les absurdités de cette guerre !

Nous allons à présent faire une pause. Nous vous donnons rendez-vous bientôt pour la seconde partie de l’article.

35 comments

  • Manu  

    Héééé ben dis donc… Autant le sujet ne m’emballait pas des masses, autant j’ai tout lu avec un réel plaisir. Pouvoir apporter une telle analyse et la montrer comme telle est un vraie prouesse. Chapeau.

  • Présence  

    Peaca and love : une chronique en combi VW.

    Santana : Excellent. Quelle carrière, et quelle constitution : il a réussi à survivre à tous les abus et à mener une carrière longueur avec quelques retours à l’échelle mondiale.

    Altamont : j’ignorais le mode de rémunération des Hell’s angels. Irresponsable comme tu dis.

    L’idéologie hippie aura donc généré, en retour, un monde bien pire encore que celui qu’elle voulait remplacer. Un monde fait pour la neutraliser, l’assimiler et l’annihiler en même temps… Je ne sais pas… Aujourd’hui il ne semble plus y avoir d’échappatoire au capitalisme qui dévore tout, qui cannibalise tout. Je ne suis pas sûr que sans le mouvement hippie l’avènement du capitalisme en ait été freiné.

    Je n’ai vu aucun des films que tu présentes et j’ai pris grand plaisir à découvrir ce cinéma de la déconstruction du mythe américain.

    Les chansons. Je connaissais Soul Sacrifice, ainsi que Mrs Robinson. Everybody’s talkin, Cymbaline : je ne connaissais pas, sympathique. Born to be wild : mythique, mais c’est vrai que je n’ai jamais écouté une autre chanson de ce groupe. Tell me : une chanson un peu Soul ? MASH : des souvenirs de l’épisode la série télé et du générique.

    Mazette quelle chronique !!! La chute d’une utopie, l’envers du décor fleuri et psychédélique, le retour au capitalisme auquel il semble impossible d’échapper… Des films qui décortiquent et révèlent la réalité.

    • Tornado  

      « Je ne suis pas sûr que sans le mouvement hippie l’avènement du capitalisme en ait été freiné. »
      Alors ce que j’ai écrit, et c’est nourri de nombreuses lectures et recherches sur le sujet, c’est que, le mouvement hippie n’a pas freiné l’avènement du capitalisme mais, au contraire, il l’a précipité, voire généré dans sa monstruosité, en retour de bâton.

      • Présence  

        Ma phrase était mal tournée : sans mouvement hippie, je pense que le capitalisme aurait poursuivi son expansion quand même. C’est vrai que je n’ai pas ton bagage de recherche. Ma vague impression (ce n’est effectivement pas un savoir) est que le capitalisme était déjà bien parti avant dans sa monstruosité. Je repense aux exemples donnés par Ennis dans The Boys sur la faillibilité des armes données aux soldats pendant la seconde guerre mondiale, et aux économies réalisées sur la sécurité des avions.

        Ton article m’a impressionné par son regard débarrassé de naïveté sur le mouvement hippie. J’ai beaucoup aimé le portrait que tu en dresses (que j’aurais bien été incapable de réaliser) : une utopie impossible, une expression d’une nouvelle génération en réaction au conformisme de la génération précédente.

        • Tornado  

          Oui, c’est ça : Le capitalisme était bien en marche. Et l’idéologie hippie, en tentant de le contrecarrer, n’a fit que le renforcer ! Ça me parait tellement évident aujourd’hui, dans notre quotidien.

  • Eddy Vanleffe  

    Bon voilà pourquoi les blogs comme celui-ci existent…
    Quand les amateurs parlent d’un sujet qui les prend au tripes, ils vont aller puiser au plus profond ‘une analyse qui sort des sentiers battus tant le thèmes est personnel.
    Et ça marche
    Bravo Tornado pour cet article qu’on aura sans doute jamais vu ailleurs sous ces forme, ni avec cet angle d’attaque.
    Merci pour ce moment de culture
    j’adore MASH, les autres je ne les ai pas vu mais… je vais rester aux aguets comme pour tes autres articles qui m’ont fait déjà mater pas mal de films…

  • Surfer  

    BRAVO !!!!

    Quel bel article. On sent que ce mouvement contestataire des années 60 te passionne.
    C’est réciproque 😉

    Ta longue introduction est une formidable mise en situation. Cette contextualisation est nécessaire et bienvenue avant la présentation des films et des chansons retenus.

    SANTANA: prestation phénoménale ! Les percussions sont au top ! Et que dire de la virtuosité de Carlos…rien juste écouter et se taire !

    LELAUREAT: chef-d’œuvre. Simon & Garfunkel le meilleur duo musical Pop Folk de tous les temps. La quintessence d’harmonies vocales divines.

    MACADAM COWBOY: Everybody’s Talking par Harry Nilsson est grandiose. John Lennon disait que Harry était son chanteur préféré. C’est pour dire.

    MORE: je n’ai pas vu le film. J’ai écouté l’album studio du Floyd. C’est génial.

    EASY RIDER: un seul mot LIBERTÉ. Born To Be Wild est indétrônable même si The Pusher n’est pas mal non plus.

    ELECTRA GLIDE IN BLUE: je n’ai pas vu le film. Chicago j’aime bien.

    M*A*S*H*: Ou comment faire une satire de l’Amérique militariste avec intelligence. L’humour que j’aime.

    J’attends la deuxième partie de l’article avec impatience😉👍

    • Tornado  

      Je n’ai pas peur de dire que je préfère encore la deuxième partie de mon article à venir ! 🙂

  • Bruce lit  

    Je reviens commenter plus tard ce nouvel article de référence.
    Là je réagis à la BO que je me suis infligé dans son intégralité.
    Sans surprise, je n’aime pas du tout mais alors pas du tout ces longs solos de guitare et celui encore plus long de batterie. Mais j’ai été content de le voir car je n’ai jamais vu le film Woodstock, le seul groupe que j’apprécie étant les Who.
    Quelle ambiance ! J’aime bien ces concerts où se balladent les roadies, les copains, les fans sur la scène. La mise en scène est cool, super témoignage vidéo avec des moments sympas comme cette femme qui retire ses lunettes pour danser.
    Maintenant, répondez-moi : que fait ce mec tout nu avec ce mouton dans les bras ?!

      • Jyrille  

        Ah quand les Guignols étaient drôles… 😀

    • Tornado  

      Ce morceau de Santana est extraordinaire. Et c’est l’un des seuls solos de batterie que j’adore. Je le vénère même, et je ne m’en suis jamais lassé.
      Tu devrais voir le film de Mike Wadleigh. Pour quelqu’un comme toi qui vise à l’archéologie de l’histoire du rock, c’est tout de même un incontournable.
      Il y a de nombreux morceaux de bravoure musicaux dedans. Et même si la prestation des Who est cool, c’est loin d’être ma préférée (et pourtant dieu sait si je les adores ceux-là). Mes passages préférés : Santana, Ten Years After, Sly & the Family Stone, Country Joe & the Fish et Joe Cocker.
      La prestation d’Hendrix est historique avec son « Guernica » sonore. Mais c’est très différent.
      En version longue on a également les prestations de Janis Joplin, Creedence Clearwater Revival et Canned Heat.
      C’est un très grand film. Avec des scènes magnifiques autant du public que de la scène (et souvent en split-screen). Je l’ai découvert au lycée et je ne m’en suis jamais lassé. En plus, c’est avec celui de Monterey, le seul grand festival où il y a une super ambiance. Ça barre en couille à partir d’Altamont (même Isle of Wight a une ambiance pourrie).
      Le mec avec le mouton : Le concert se déroule sur le terrain d’un fermier qui avait loué ses terres moyennement un gros chèque. Les hippies étaient tellement nombreux et défoncés qu’ils ont ramassé un peu tout ce qui trainait. pendant le concert de Ten Years After il y a une grosse courge qui atterrit sur scène. Alvin Lee la ramasse et repart avec !
      Pour l’anecdote, le festival a été monté à Woodstock car c’est là que Dylan vivait. Les organisateurs, des fans absolus, espéraient ainsi en faire leur tête d’affiche. Il déclinera l’invitation… (il n’était pas en forme à l’époque).

      • Jyrille  

        Tu as raison sur l’aspect formel avec les split screen et voir des hippies joyeux, c’est plaisant. Mais sans doute parce que la plupart des groupes ne me parlent pas, j’ai trouvé ce film souvent chiant. Lorsque je parle de Jimi, je parle de l’album, je ne sais pas si son concert a été intégralement filmé, en tout cas le double CD est bien cool (je dois le réécouter tiens).

        Pete Townshend a détesté Woodstock, quelqu’un lui avait glissé un acide à son insu dans son café.

        • Tornado  

          Dans le film il n’y a que l’hymne américain.

  • Jyrille  

    Alors là, encore une fois, chapeau Tornado pour ce dossier conséquent. L’idée même est géniale car je ne m’étais jamais penché sur le sujet. D’ailleurs je n’ai jamais vu Easy Rider en entier, par contre j’ai vu Le Lauréat, Midnight Cowboy et MASH (que j’ai en DVD pour ce dernier). Toujours pas vu Electra Glide non plus, pourtant j’en entends parler depuis quelques années, je ne connaissais pas son existence auparavant.

    Je pense que cette période ne m’intéresse pas plus que ça donc ton article tombe pile poil pour me faire revoir les choses en perspective ! J’avais lu quelque part que Easy Rider était un peu le film qui était l’avènement du Nouvel Hollywood (qui est le sujet d’un des tomes de la Petite Bedethèque des Savoirs que je n’ai pas lu), celui de Scorcese, Coppola, George Lucas et tous leurs pairs.

    Pour le titre de Santana à Woddstock, je suis assez d’accord. Je ne suis pas un grand fan de ce documentaire, mais le concert de Hendrix est tout de même démentiel, en tant que témoignage. Un concert au petit matin, avec des musiciens bien défoncés, qui a pourtant d’incroyables moments de grâce. Neil Young a dit qu’il avait de meilleurs souvenirs de l’après-midi de la veille passée avec Jimi à déconner dans une camionnette que de tous les concerts eux-mêmes.

    Par contre j’ai la VHS de GIMME SHELTER, et bien que je ne l’aie vue que deux fois, elle m’a fortement marqué. C’est étonnant que tu ne parles pas de la Beat Generation. As-tu lu le ACID TEST de Tom Wolfe ? J’ai eu beaucoup de mal à le lire mais c’est un document ahurissant. Morrison y fait explicitement référence dans un ou deux épisodes de sa Doom Patrol (j’en avais parlé à Présence, il y a notamment l’anecdote du vélo de Hoffmann, l’inventeur du LSD).

    Tu as toi aussi remarqué que les fins du Lauréat et de Midnight Cowboy sont quasiment identiques. Et pour le coup, parfaitement inoubliables et très fortes. La chanson du film est terrible, elle m’a toujours ému. Depuis je me suis trouvé des Harry Nilsson que j’aime beaucoup (Aerial Ballet et Nilsson Schmilsson). L’autre titre qui m’a toujours un peu déprimé mais que j’adore, le thème du film, a été magnifiquement repris par… Faith No More.

    https://www.youtube.com/watch?v=CuH_DugTmE0

    Tu me donnes envie de revoir ce film dont j’ai de nombreux souvenirs (alors que je l’ai vu il y a trente ans !). Je ne me souviens pas du tout de cette histoire de fête, tu m’apprends un truc.

    LES CHEMINS DE KATMANDOU a été adapté en film ? C’est un roman de Barjavel non ? J’ai détesté. MORE a l’air plus intéressant et beaucoup plus malin.

    J’ai toujours été fan de MASH et de sa chanson. Je l’ai vu très jeune. Je trouve que la reprise de Marilyn Manson est très bonne. Je regardais même la série télé sur RTL télévision, gamin. C’est une excellente comédie. Altman a clairement dit qu’il voulait bien évidemment parler du Vietnam à travers ce film (il doit le dire dans les bonus). A ce propos, je conseille à tout le monde LES 7 DE CHICAGO sorti sur Netflix. Je n’avais jamais entendu parler de cette histoire et le film a un vrai parfum de film de procès des années 70, avec un casting étonnant mais plus que compétent, et une introduction digne de celle de THE WARRIORS de Walter Hill.

    En parlant de LAS VEGAS PARANO, as-tu lu le livre de Hunter S. Thompson ? Il va beaucoup plus loin sur le propos, tout en étant plus clair sur la parano. Les mecs ne font « que » ne pas payer leur chambre d’hôtel, enfin, c’est moins spectaculaire quoi, forcément, mais ça donne une bonne idée de l’état d’esprit des journalistes gonzo. Le film est très bien mais c’est surtout une comédie où les acteurs s’en donnent à coeur joie, il n’y a pas de réflexion je trouve.

    « Mais surtout, le monde de la finance, du pouvoir et des anciennes valeurs va réagir à cette idéologie en lui opposant une résistance d’une violence sans précédent, exerçant une monstrueuse mutation qui va bouleverser le fonctionnement de nos sociétés en les transformant en d’épouvantables folies industrielles désincarnées et protéiformes, au fonctionnement pervers, tentaculaire et sous-terrain, aux alliances corruptrices, où toutes les valeurs séminales pourront être bafouées au nom du progrès, du profit, et de l’enrichissement individuel… »

    « Plutôt que de remettre en question le sens de leurs propres valeurs, les populations préfèrent le plus souvent s’y accrocher. Dès lors, la liberté devient un danger pour des personnes auxquelles on vient démontrer que leurs valeurs ne sont pas les bonnes et qu’il faut tout revoir à zéro. »

    Rien qu’avec ces deux passages, ton article est salutaire et nécessaire. Un grand merci à toi, pour un superbe article qui restera dans les annales. Bravo, Mr T !

  • Tornado  

    la Beat Generation : Là ce sont les origines du mouvement hippie. Les précurseurs. Je n’ai pas lu ACID TEST mais SUR LA ROUTE de Kerouac est en attente dans ma bibliothèque. J’en repousse sans cesse la lecture car il parait qu’il est assez chiant dans la forme.
    Par contre je connais bien l’intérêt que portait Morrison à tous les artistes et écrivains de la beat generation. Par extension, on peut également le mettre dedans.

    Je connais très bien les albums de Nilsson. Ceux que tu cites sont ses meilleurs. Nilsson n’était pas que le chanteur préféré de Lennon, c’était son meilleur ami (et dans l’ensemble un proche des Beatles, même dans sa musique). Une anecdote : Lennon et Nillson se pointent incognito au Troubadour (le club de LA) complètement bourrés. Ils prennent une table et sont odieux. Une serveuse leur demande de se calmer. Lennon lui demande si elle sait au moins qui il est. La serveuse lui répond qu’elle ne sait pas qui est ce vieux con, puis elle revient avec le videur. Lennon lui demande à son tour si il le reconnait. Le videur lui répond qu’il s’en tape et les fout dehors lui et Nilsson. Le lendemain, à jeun, Lennon fait envoyer un bouquet de fleurs à la serveuse…
    Le titre repris par FNM (trés bien d’ailleurs 🙂 n’est pas de Nilsson mais de John Barry, qui écrit toute la bo du film. BO magnifique que j’avais en cd).

    LES CHEMINS DE KATMANDOU : C’est Barjavel lui-même au scénar. Le film se laisse regarder même s’il est un peu kitsch. Et pis y a quand même le duo Birkin / Gainsbourg dedans ! Mais effectivement j’ai choisi MORE car il est plus fin. Moins kitsch.

    Je ne connais pas LES 7 DE CHICAGO, mais je connais très bien THE WARRIORS.

    Non je n’ai pas lu LAS VEGAS PARANO. Mais effectivement j’avais lu que le film survolait le sujet en axant tout sur le délire. Il fait tout de même partie de la liste des films (avec LES CHEMINS DE KATMANDOU) que j’avais prévu de mettre dans l’article mais que j’ai décidé d’écarter au dernier moment pour qu’il ne soit pas exagérément long.

    • Présence  

      Incroyable : Las Vegas Parano, un film que Tornado n’a pas vu et que j’ai vu.

      • Tornado  

        Et non… J’ai dis que je ne l’avais pas « lu », et non pas « vu »… 🙂
        Et si tu relis bien j’ai également dit que je l’avais prévu au départ dans l’article ! 😉

        • Jyrille  

          J’ai lu SUR LA ROUTE. C’est chiant. Mais sympa sur certains passages, et assez drôle. Le plus intéressant, c’est que Kerouac l’a écrit sur un unique rouleau de papier…

          Je savais pour la musique de Midnight Cowboy, je n’ai pas été clair. Je ne savais pas par contre que Nilsson était pote avec Lennon, tu m’apprends plein de trucs ! Je ne connais de lui que ces deux albums, content de savoir que ce sont les meilleurs. Tout comme HOOKED ON A FEELING que j’ai (re)découverte avec la BO des GARDIENS DE LA GALAXIE, je me suis rendu compte en écoutant NILSSON SCHMILSSON que Coconut était de lui et que ces deux titres faisaient déjà partie de la BO de RESERVOIR DOGS : en ressortant cette BO, j’ai vraiment eu un choc car je l’avais totalement oubliée.

          LES CHEMINS DE KATMANDOU, que je n’ai pas vu mais lu, est pour moi détestable car c’est un pur pamphlet réac contre la contre-culture. Tout ce que met en scène Barjavel n’est que clichés, bêtise et horreurs pour bien montrer que les hippies sont des cons. C’est absolument insupportable et n’a aucune espèce d’intérêt.

          Tu donnes trop d’importance au film LAS VEGAS PARANO, surtout qu’il est sorti bien tard par rapport à ceux que tu cites ici. Enfin, je suis content de voir qu’un titre made in Faith No More te plaise 😀

    • Surfer  

      Oui Lennon et Nilsson étaient potes. Ils ont notamment co-écrit la superbe musique « Old Dirt Road » sur l’album studio de Lennon « Walls And Bridges ».

      Pour l’anecdote du bouquet de fleurs, je ne la connaissais pas, mais elle ne m’étonne pas. Lennon a toujours été un gentleman sauf….quand il n’a pas un coup dans le nez 😂

  • Tornado  

    Merci à tous pour vos retours enthousiastes. C’est vraiment super sympa ! 🙂

  • Matt  

    Je n’ai vu aucun de ces films^^

    Mais j’aime bien Simon et Garfunkel et j’ai déjà souvent entendu parler du Lauréat et de sa fin étrangement…froide. « bon on fait quoi maintenant ? »

    J’avoue que je me sens assez étranger au mouvement hippie. Un trentenaire comme moi ne connaît pas cette époque^^
    je sais que je n’aime pas les drogues, que je m’en méfie comme de la peste. Et c’est toujours un truc qui m’a dérangé dans ce mouvement. la paix, la zénitude, oui je suis pour. Mais si ça implique es drogues…euh…c’est pas le bon moyen selon moi^^

    Il faudrait que je mate au moins le Lauréat parce que je connais de réputation, le pitch, tout ça…mais j’ai jamais franchi le pas.

    Les autres films…inconnus au bataillon. Je me sens nul d’un coup^^ Je ne connais pas tout le cinéma, diable !!

    • Jyrille  

      Il faut que tu voies MASH.

    • Bruce lit  

      « Les autres films…inconnus au bataillon. Je me sens nul d’un coup^^ Je ne connais pas tout le cinéma, diable !! »
      Disons que tu es dans le film rock, un genre à part entière.

  • Bruce lit  

    Voilà, j’ai enfin du temps pour commenter convenablement cet article qui, comme celui sur STARSKY ET HUTCH sait faire le grand écart sans déchirer son pantalon entre l’oeuvre et son contexte.
    Sur les films, je n’ai jamais vu MASH et ELECTRA GLIDE dont je n’avais jamais entendu parler. Tous les autres sont de magnifiques classiques des années 70’s, un cinéma qui prenait les choses à bras-le-corps et dont l’objectif était de choquer, provoquer, questionner sans jamais se demander si la communauté gay-junkie-putes-travelo-femmes de + 40 ans ou militaires allait se sentir insultée. L’inverse du cinéma actuel qui s’excuse en tout.
    C’est bien cette nouvelle utopie de faire le bien en tout en gommant les comportements déviants de tel ou tel acteurs qui est le nouveau « Hippisme ». Et comme ton article le montre toutes les utopies portent en elle sa police d’oppression, celle du pire aller transitoire, de l’inquisition à la terreur révolutionnaire en passant par le castrisme ou la cancel culture qui finira par installer la terreur au nom d’objectifs humanistes.

    Si on prend les nouveaux épisodes des Xmen depuis des années (Utopia, rien que ça), on parle de la minorité qui légitimement souhaite sa part de soleil avant de devenir aussi meurtrière que celle d’avant. Tchang Kai Chek ou Mao ? Nicolas 2 ou Lenine ? Le chancelier fatigué et impuissant ou Hitler ? Baptista ou Castro ? Le Shah d’Iran ou Khomeiny ?
    Tous ces gens avaient des raisons suffisantes pour vouloir changer la vie avant de la transformer en cauchemar. Car, oui, comme tu l’écris, la nature humaine pervertira la plus noble intention.

    En cela, oui le capitalisme reste le moins pire des systèmes et JJ Goldman a toujours dit que les Hippies d’hier était devenus les Yuppies d’aujourd’hui. Que les 80’s étaient leur création. Que comme les héros de Easy Rider, la seule issue est la fuite en avant et la mort.

    Personnellement je retiens des années hippies, l’émancipation sexuelle et des droits civiques des noirs américains. Tout le reste, pfff, la vie en communauté, comment on pouvait croire à ce genre de fadaises…J’adore mes enfants et ma femme, mais passé 3 mois de confinement, franchement j’ai qu’une seule envie c’est de m’isoler.

    Les communautés hippies fonctionnaient par gourou interposés que ce soit Manson ou le Mahatamah machin qui a baisé les Beatles. Je ne me suis jamais senti attiré par les hippies et ceux d’aujourd’hui m’épouvantent. Musicalement, c’est tout ce que j’abhorre, la musique psychédelique m’étant assez déplaisante à quelques exceptions près (Love ou les Doors). D’ailleurs je n’ai jamais compris comment on pouvait considérer les Doors comme Hippie. Jim Morrison, c’est un Punk, un fouteur de merde, un anarchiste, un vrai. Il chante la mort, l’inceste, la décrépitude et non le Peace and Love.

    Effectivement, les Stones sont assez opportunistes et paient au prix cher leur volonté de coller à un mouvement qui ne leur correspond pas du tout. Peace and love les Stones, quelle blague.
    En cela, il faut quand même louer la clairvoyance de Bob Dylan qui avant tout le monde se désolidarise des hippies pour tracer sa propre vie, celle d’un génie total qui s’affranchit des attaches de son époque.

    Je garde bien sûr un bon souvenir de More et du paradoxe de voir vivre et mourir ces junkies sous le soleil espagnol plutôt que dans les rues obscures de NY. Au fait, je crois que Barbet Shroeder n’est pas français mais suisse, je te laisse vérifier.

    Ta liste est impeccable. Personnellement, j’y aurai ajouté le TOMMY de Ken Russel, baroque et complétement dingue qui montre à sa manière l’ascension et la chute des Hippies réunis autour de ce nouveau messie.

    • Tornado  

      Wow, que de retours ! 🙂

      Elle a commencé quand cette culture de la « terreur humaniste » ? Personnellement j’ai commencé à la prendre en grippe dans l’émission de Ruquier, quand ce connard d’Aymeric Caron cherchait systématiquement l’angle d’attaque pour humilier son interlocuteur sur la voix de la bienpensance. Le tout pour sa propre image personnelle, bien évidemment !

      Comme toi, j’ai un attachement à l’idéologie hippie qui se dispute à un rejet, notamment cette fadaise de « vie en communauté ». Notion tournée en ridicule dans le film « LES BABAS COOL » avec Clavier et Chazel !

      Pour les Doors, je te prends encore en flagrant délit d' »attitude ». Certes, dans l’attitude ils étaient (enfin Morrison était) punk. Mais leur MUSIQUE est complètement dans son époque. C’est à la fois avant-gardiste (mélange de rock, de jazz, de blues, de classique et de flamenco) et totalement psychédélique.
      Quant à moi, c’est une grande partie de la musique que je préfère dans l’histoire du rock, bien que je ne sois pas du tout fan de la plupart des formations psyché de San Francisco (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger, Big brother Holding Company). C’est surtout à LA et principalement à Laurel Canyon que se déroulait à l’époque « toute la musique que j’aime », notamment celle des Doors. Mais tu dois déjà le savoir si tu as jeté un oeil sur le dernier article que je t’ai envoyé là dessus…

      Les Stones n’en avaient rien à foutre du « Peace & Love », qu’ils embrassaient par opportunisme. Tout ce qui les intéressaient c’était de nourrir leur mythologie Sex, drug & rock’n roll dans le lieu idéal pour le faire, c’est-à-dire la Californie.

      Tu as sans doute raison pour TOMMY. Je n’ai pas pensé à le revoir au moment de mon article. Sans doute à cause du fait que je ne l’avais vraiment pas aimé la fois où je l’ai regardé, au lycée.
      Je t’attends à présent pour la deuxième partie ! 😉

      • Bruce lit  

        Aymeric Caron…. l’homme qui affirmait le plus sérieusement du monde il y a quelques mois que tuer un moustique c’était priver un enfant de sa mère et que c’était à l’homme de s’adapter à cet animal (le plus meurtrier de la planète, rappelons-le -le score des requins à côté, c’est du niveau poisson rouge-). Lorsque il y a quelques années je regardais CELEBRETIES de Woody Allen, je pouvais me dire que ce genre d’abruti ne pouvait n’exister qu’aux Etats-Unis…Tout le monde se trompait…
        Tu as raison, les Doors ont leurs moments psychédéliques avec l’orgue baba cool de Manzarek mais les paroles sont sans doute le plus sombres de l’histoire du rock. On est quand même plus proche de ce que chantera Iggy et Lou Reed que du Jefferson Airplane.

        « (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Quicksilver Messenger, Big brother Holding Company » Au secours, au secours….
        Je n’ai jamais compris ce que Dylan leur trouvait au Grateful Dead (mis à part le live-excellent- enregistré avec eux.

        Sur ta vision de la musique qui rejoint celle de Cyrille, je ne saurai être plus être aux antipodes. J’aime les personnalités, les fers de lance, ceux qui marquent leur époque au fer rouge, que ce soit dans le monde sportif (Ali, Tyson), cinématographique (Brando, Marilyn) ou musical.
        Alors tant mieux pour ceux qui enregistrent dans leur bureau que l’on soit rentré dans l’air des musiciens. J’en apprécie beaucoup et la rubrique presse est là pour s’intéresser à ces jeunes talents. Il n’empêche que je m’emmerde et que effectivement à mes yeux, l’attitude couplé au talent c’est tout pour moi. Kinski, Harvey Keittel, Walken, De Niro, voilà des gens qui me font bien plus vibrer que Clooney et cie.

        • Tornado  

          Oui et non. L’attitude c’est sans doute le sel ou les épices sur la recette de l’art mais, même si je comprends que ça puisse être intéressant, ça ne me passionne pas.
          Je peux éventuellement m’amuser à connaitre la vie dissolue et/ou mouvementée d’un artiste que j’aime beaucoup (j’ai lu les bios de Gainsbourg et DeFunès et deux bios de Jim Morrison, par exemple), mais je dissocie totalement l’homme et l’oeuvre. Et pour moi cette dissociation est très importante au contraire de toi.

          Pour les périodes de l’histoire du rock on est souvent aux antipodes, oui. Ma période favorite c’est 1965-1975. Ensuite c’est la traversée du désert et je respire enfin avec les années 90, de nouveau très riches et débarrassées de l’hégémonie punk/synth-pop.
          Ces derniers temps je lis chaque jour quelques pages des « 1001 albums qu’il faut avoir écouté dans sa vie ». Sans surprise, je connais et j’aime les 3/4 de ce qu’il y a entre 65 et 75. Ces derniers jours je viens de passer les années 1978/1981 et j’ai été en pure souffrance. Que des trucs que je déteste. Je me suis forcé à tout lire et à écouter certains titres, voire certains albums et c’était une véritable torture pour moi. Je trouve la quasi totalité de cette période d’une laideur et d’une froideur aride (avis strictement perso). Tout est justement basé sur l’attitude, le concept, l’approche musicale. Et c’est fait pour tout, sauf pour être musicalement agréable. Exemple avec l’album NON-STOP EROTIC CABARET de Soft Cell : « Nous voulions que l’album soit un peep-show sonore, l’aperçu d’un monde miteux« . C’est vraiment pas mon truc…
          La prochaine page est dédiée au THRILLER de Michael Jackson. Ouf, je vais enfin retrouver quelques trucs que je peux aimer… ^^

          • Jyrille  

            Autant je suis d’accord avec toi sur la séparation de l’artiste et de son oeuvre, autant je ne le suis pas du tout pour ce tournant musical des années 70 à 80. Il y a bientôt vingt ans, un pote m’a fait une compile avec une chanson par année depuis mon année de naissance. Il m’a avoué que toute cette période, entre 78 et 85 environ, était trop foisonnante, le choix était cornélien tant tout explosait : le ska, le punk, le reggae, la cold wave, l’electro, le rap… Il y avait soudainement de tout pour tout le monde, mais pas dans les charts. Cela fait relativement peu de temps que je m’intéresse aux années 80, et maintenant, je ne me passerai plus de mes Hüsker Dü ou de mes Minutemen. Et je suis loin d’avoir fait le tour.

            Tout ça pour dire que non, tout n’est pas basé sur le concept à ce moment-là, il suffit d’écouter The Specials ou The Police pour s’en rendre compte.

          • Bruce lit  

            Oui, là je suis d’accord avec Cyrille : les années 80 voient émerger des albums importants, des groupes majeurs mais qui ne correspondent pas aux gouts de Tornado. C’est ce qui se passe pour moi en ce moment. Avec l’arrivée de MGMT et de ce Neo Hippy-prog, je uis rentré dans la période la plus chiche de la musique. Que c’est long.

          • Tornado  

            Tiens, The Specials et The Police font partie des exceptions que j’aime de la liste en question !
            Bien sûr qu’il y avait de tout dans les années 80. Là je parle de cette liste de journaleux rock. Ils mettent vraiment en avant le courant punk/post-punk/new-wave/Synth-pop/gothic/indus.
            Si c’est ça l’élite… C’est pas la mienne.
            D’ailleurs je n’écoutais rien de tout ça. OK j’étais gamin. Mais ce que j’écoutais à l’époque en général je l’écoute encore aujourd’hui.
            Alors qu’est-ce que j’écoute encore aujourd’hui des 80’s ? La variété de l’époque, par nostalgie, Goldman, Talk Talk, Depeche mode, Simple Minds, Tears For Fears, Beastie Boys, le Bowie variété, Peter Gabriel, The Pogues, ZZ Top, quelques trucs hard rock et surtout du funk. Donc pas grand chose…

  • JP Nguyen  

    C’est un article ambitieux et original, qui renoue avec les dimensions tornadiennes en terme de longueur 😉

    Les films : je connaissais les titres de la plupart, sauf More et Electra Glide in Blue. Mais je n’en ai vraiment regardé aucun (certains ont pu passer à la téloche, j’ai pu en mater des bouts, sans plus)

    Les musiques : je connaissais forcément Mrs Robinson, Born to be wild et Everybody’s talkin’. Quand j’étais étudiant, un pote m’avait fait écouter Suicide is painless mais j’avais pas accroché.

    Tu as fait un gros travail de mise en contexte et tu articules par la suite très bien ton propos au fil de tes analyses.

    Mais… juste pour discuter… Il y a une de tes formules à laquelle je n’adhère pas à 100% :
     » Quant à la liberté sexuelle, elle se soldera par l’avènement du sida. »
    A elle seule, cette phrase marque juste une succession chronologique incontestable mais comme dans le même paragraphe tu mentionnes « Mais les dégâts causés par les abus ne se voient jamais tout de suite. Il faudra encore attendre une bonne décennie avant d’en mesurer toute l’ampleur.  » lors de ma première lecture j’ai eu l’impression que tu établis une causalité directe entre liberté sexuelle et sida et ça me fait tiquer.
    Du coup, j’ai recherché des analyses pour vérifier cela :
    https://www.podcastscience.fm/dossiers/2011/11/30/dossier-sida%C2%A0-les-causes-d%E2%80%99une-epidemie/
    Le dossier cite les moeurs hippie mais aussi plusieurs autres facteurs (ainsi que d’autres causes pour les foyers épidémiques africains…)

    Mais c’est « juste pour discuter », je ne prétends pas détenir l’ultime vérité… Et je rends à nouveau hommage à ton dossier (enfin, cette première moitié) car si quelques-unes de ses lignes ont pu me faire cogiter de la sorte, imagine le résultat pour l’intégralité du texte !

    • Tornado  

      C’est amusant que tu relèves cette phrase, car effectivement, lorsque je l’ai écrite, je me suis demandé si quelqu’un allait tiquer ! C’est vrai que je passe sous silence tout le volet africain qui serait à l’origine du sida. Mais le fait que la liberté sexuelle, héritage du mouvement hippie, ait bien aidé le virus à se répandre sur le monde est une évidence ! Mais tu as raison, ma phrase est elliptique car on pourrait croire en la lisant que le mouvement hippie est seul responsable de cette épidémie. Ce que je voulais dire c’est que cette révolution sexuelle n’a pas débouché que sur de bonnes choses.

      En fait, ma philosophie est de ne jamais voir les choses en noir et blanc. En questions sociales, en politique ou en philosophie, j’essaie toujours, à mon modeste niveau, de chercher les zones de gris. J’ai toujours eu un faible pour l’idéologie hippie. J’aurais adoré être à San Francisco en 1967 et à Los Angeles entre 1968 et 1975. Je suis d’ailleurs allé visiter le quartier mythique d’Haight-Ashbury à SF et celui de Laurel Canyon à LA lors de mon voyage aux USA. Mais d’un autre côté, je vois bien toutes les failles du mouvement hippie, toutes ses absurdités et son versant ridicule. Et si j’ai eu une sorte de période hippie au sortir du lycée (il fallait voir mon look la première année en fac !), c’est franchement loin derrière moi aujourd’hui ! (je n’ai plus assez de cheveux de toute manière) 😀

      • Matt  

        Faut trouver sa façon d’être à soi de toutes façons. Tout mouvement idéologique a des problèmes, ou des trucs avec lesquels tu ne seras pas forcément d’accord.
        Et pour moi c’est une grosse erreur de faire abstraction de ce qui te déplait pour te fondre dans la masse. Ce n’est plus toi. Et ne pas appartenir à un groupe corps et âme ne signifie pas que tu seras seul et incompris. Ou du moins….si tu es rejeté à cause de ça, c’est que ce sont les autres qui sont cons^^
        Moi le peace and love hippie, je suis pas contre.
        Mais la drogue ? Le look ? Le mode de vie ? No way
        Et pourquoi on ne pourrait pas chercher la paix intérieure, être solidaire et tout…tout en vivant dans une maison, sans se droguer, et en restant dans le mode de vie capitaliste ?^^

        • Tornado  

          C’est bien de cela qu’il s’agit : Une idéologie, quelle qu’elle soit, c’est soumis à la nature imparfaite de l’homme. On voit que ça ne marche pas. Il faut encore trouver autre chose…

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