Titre de l’article : Le Plain de Sucre – Top 10 : 10 albums Bossa Nova

Top 10 : 10 albums Bossa Nova

Une checklist pour siroter un cocktail sous les tropiques, concoctée par : TORNADO
O pais tropical…

Les années 50 : Quelque part au Brésil, un jeune bahian a quelque chose de spécial. Il se nomme João Gilberto. Personne ne l’aime. Il chante et joue de la guitare, erre et mène une vie tourmentée. Après un travail acharné et quelques rencontres décisives, il débarque à Rio avec une technique de guitare et une manière de chanter qui tiennent du jamais vu. Avec une seule chanson de sa composition (BIM BOM, suite incongrue d’onomatopées !), il séduit le milieu de la nouvelle vague de musiciens qui écument la ville. L’association avec deux autres génies formant cette « rapaziada », Antonio Carlos Jobim et Vinicius de Moraes, coule de source. C’est ensemble qu’ils créent et enregistrent l’album CHEGA DE SAUDADE, acte de naissance définitif de la bossa nova, en janvier 1959.

Le trio gagnant récidive l’année suivante avec deux autres albums (O AMOR, O SORRISO E A FLOR, JOÀO GILBERTO) et une même formule : Gilberto chante et joue de la guitare. Jobim compose, arrange et joue le piano. Vinicius, le poète, écrit les textes (les albums sont néanmoins ouverts aux meilleurs auteurs brésiliens et l’on y trouve le vétéran Dorival Caymmi et les jeunes Ronaldo Bôscoli & Carlos Lyra). A cette dream-team vient s’ajouter un orchestre et un batteur attitré, Milton Banana, qui a créé une ligne de batterie au diapason du rythme de João.

Acte de naissance bossanovesque…

L’expression « bossa nova » est typiquement brésilienne mais on peut vulgariser sa traduction en « nouveau style », « nouvelle manière », ou… « nouvelle vague ».

Alors, qu’y a t-il donc de nouveau – à l’époque – dans la bossa nova ? En vérité tout tient à l’invention de João Gilberto qui coïncide pile-poil avec l’émergence du vivier de génies de la « rapaziada » : l’artiste a tout bonnement inventé une technique, une manière de jouer et de chanter révolutionnaire, qui tranche radicalement avec le samba, dont elle est pourtant un avatar total !

A la guitare, c’est la « Batida », une façon de mêler rythme et harmonie avec la seule main droite. Un rythme totalement irrégulier, qui défie en permanence le métronome, l’infime décalage créant le charme ! Tandis que le pouce donne basse et battement, les autres doigts assurent les accords. Mais le miracle tient à ce que ce jeu d’une complexité vertigineuse, accouche d’une musique épurée à l’extrême. La bossa nova est totalement liée au feeling de ses interprètes car, comme on dit au brésil : « On ne joue pas de la bossa nova, on « joue bossa nova ». On a la bossa, ou on ne l’a pas. On la vit, ou on ne la vit pas » !

Au chant, c’est le « canto falado ». Suivant le même décalage que la guitare, mais encore différemment (le « rubato »), la voix se fait murmure. Ici, João Gilberto rompt avec le traditionnel samba, festif, bruyant et orgiaque de la génération précédente, mais aussi avec le « virtuosismo » à base de trémolos du samba cançao (le crooner à la sauce brésil). La « nouvelle vague » répond aux anciens par une rupture totale. On ne chante plus la fête, mais la « saudade » (la mélancolie)…

Enfin, la bossa nova est unique précisément par le prisme de sa « saudade » : Parce qu’elle ne regrette pas le sentiment de manque mais qu’elle le cultive, pour sublimer son intensité. Une mélancolie assumée, merveilleusement habitée…

En tout, trois albums pour lancer un style musical !

Selon Joào Gilberto, la bossa nova, ça n’existe pas. C’est un terme à la mode. Lui ne fait que du samba. Un « samba nouveau », mais juste un samba. Cependant la bossa nova, telle que finalisée par Jobim, est un mélange de samba, de classique et de jazz.

Les racines de la nation brésilienne sont liées aux amérindiens de souche et aux esclaves africains déportés, depuis lesquels est né le samba, mais aussi aux colons européens qui ont apporté avec eux leur musique classique. Quant à la filiation avec le jazz, elle découle d’un impérialisme américain alors en pleine expansion, qui avait trouvé le moyen d’inonder un marché sensible à la blue note…

La bossa nova est donc une musique nimbée de mélancolie, née du mariage cosmopolite du samba, du classique et du jazz…

Les jazzmen débarquent !

De la playlist qui va suivre, voilà ce que vous devez savoir : Nous sélectionnerons d’abord 10 albums et à chaque fois un morceau, mais pas le plus connu. En bossa nova comme ailleurs, il y a l’élite et… le grand public. Pour le puriste, la bossa, c’est un chanteur, une guitare et puis c’est tout, parce que le style est né d’une technique particulière mêlant guitare (la batida) et chant murmuré (le canto falado)…

Pour le grand public, c’est une musique romantique, veloutée et exotique. Cet avatar est né d’une volonté des États-Unis d’étendre son empire commercial sur un grand pays voisin. Après avoir noyé le Brésil de sa radio, de son jazz, de ses crooners et de son Hollywood, l’Oncle Sam pouvait accueillir la bossa nova en son sein mais à la condition qu’elle soit remaniée pour correspondre au canon de Walt Disney et de Frank Sinatra. Les chansons furent ainsi toutes réenregistrées, avec de grands noms du monde du jazz, de grands orchestres, et moult violons.

Cette playlist tâchera d’explorer les deux versions (en se focalisant sur les années 60/70). On trouvera un TOP 10 bonus en 2ème partie, pour les curieux, pour ceux qui en ont envie, et ceux qui ont le temps… Allez hop ! c’est parti :

João Gilberto : JOÀO GILBERTO (1973) – 1

Commençons par faire plaisir aux puristes, qui trouvent qu’il s’agit-là du plus bel album de João Gilberto. Après avoir livré coup sur coup trois albums mythiques pour lancer la bossa nova, ce dernier aura finalement enregistré, sur plus de soixante ans de carrière, seulement onze albums studio, dont deux avec Stan Getz.

Ici, João est tout seul ou presque, démarche entamée avec son troisième opus dont il reprend le titre, telle une continuité, démontrant qu’il est désormais libre et autonome.

Surnommé « l’Album Blanc » (référencé Beatles), ce sixième album studio sort alors que l’âge d’or de la bossa nova est déjà loin derrière. L’album d’un irréductible, qui contient une poignée de classiques, qu’il reprendra avec Stan Getz deux ans plus tard dans leur second album studio en commun (BEST OF TWO WORLDS). Intimiste, minimaliste, difficile d’accès pour le néophyte amateur de violons, il contient une de mes chansons préférées de João Gilberto et de la bossa nova : É PRECISO PERDOAR.

Antonio Carlos Jobim : THE COMPOSER OF DESAFINADO PLAYS (1963) – 2

Pour cet album instrumental consacré au marché états-unien (voire planétaire), Jobim opère une telle sélection de standards -de sa plume- qu’il conçoit littéralement l’étendard de la bossa nova.

Manifeste de la musique easy leastning, ce florilège ne doit pas tomber entre n’importe quelles oreilles, car chaque titre est emballé dans un écrin gorgé de soleil, de volutes sucrées et de violons. Les réfractaires aux enregistrements symphoniques rebrousseront chemin…

Une dream-team de musiciens venus des quatre coins de l’occident se joint au cortège afin de parfaire ces enregistrements optimisés à l’extrême : George Duvivier à la contrebasse, Leo Wright à la flûte et Claus Ogerman aux arrangements orchestraux se démarquent de l’ensemble avec classe et décontraction. Jobim lui-même assure les notes de piano et là, c’est quelque chose : Ecoutez les sublimes INSENSATEZ et MEDITATION, et songez qu’il ne jouait que d’une seule main, note après note (son surnom était le « maître d’un seul doigt ») ! Comme par magie, ce jeu minimaliste confère aux arrangements une émotion accrue.

Un album universel, qui dépasse le prisme de sa genèse commerciale et fait voler en éclat les contritions puristes. Car entre Debussy et Gershwin, entre Henry Mancini et Gil Evans, entre Henri Salvador et Frank Sinatra, il y a THE COMPOSER OF DESAFINADO PLAYS. Une des pièces maitresses de ma discothèque idéale, avec WAVES juste derrière, du même Jobim, orchestré par le même Ogerman.

Stan Getz & Joao Gilberto : GETZ / GILBERTO (1963) – 3

Quatre ans après la naissance de la bossa nova, le mariage entre le jazz et le samba se concrétisait par l’association de Gilberto & Jobim (la plupart des titres sont de ce dernier, qui assure les parties de piano) avec le saxophoniste américain Stan Getz. En compagnie du batteur Milton Banana et du bassiste Sebastiào Neto, ils livraient au monde cet album qui allait devenir l’un des disques de jazz les plus vendus de toute l’histoire de la musique moderne.

Via le hit THE GIRL FROM IPANEMA fredonné par Astrud Gilberto (dont on parle en-dessous), GETZ/GILBERTO est aujourd’hui considéré comme LA référence en matière de bossa nova. Toutefois les choses ne sont pas si simples : Pour les puristes qui ne se sont jamais convertis à l’américanisation de la bossa, Stan Getz, c’est Satan !

Effectivement, la bossa nova est un dérivé du samba, peut-être teinté d’une note de jazz, mais sur le mode de l’épure. Ce que fait le saxophoniste ici (et même ailleurs), en déroulant des torrents de notes, c’est tirer la couverture à lui et noyer la bossa nova dans le jazz. Une écoute attentive permet de constater l’écart considérable qui sépare le jeu minimaliste de Jobim au piano des soli incessants de saxophone. Les séances d’enregistrement étaient d’ailleurs tendues, les musiciens se heurtant à la barrière de la langue. Et Stan Getz avait un tel aplomb qu’il décida tout simplement de piquer Astrud à Joào… Ambiance !

Nonobstant ces considérations contextuelles, on ne peut nier la réussite de cet album magique, réunion de génies sans commune mesure. Ce n’est pas de la pure bossa nova, peut-être. Ce n’est pas non plus du jazz comme l’entendent les puristes. C’est entre les deux. Quelque chose d’incroyable. Une fusion qui emporte tout sur son passage. Un monument.
L’album s’écoule trop vite, sans aucun défaut, porté par des solos de saxophone incroyablement inspirés.

Astrud Gilberto : THE ASTRUD GILBERTO ALBUM (THE SILVER COLLECTION) (1965) – 4

Cette compilation regroupe les deux premiers albums studios d’Astrud Gilberto, enregistrés en 1965.
Sa voix délicieusement monocorde s’était révélée par hasard sur l’album GETZ/GILBERTO. Epouse de João, la jeune femme s’était retrouvée au micro car elle était la seule personne à pouvoir chanter anglais qui traînait dans le coin ! Une carrière internationale était soudain lancée pour quelqu’un qui ne s’y attendait pas du tout !

Si la première partie de la compilation (THE ASTRUD GILBERTO ALBUM) égrène les compositions légendaires de Jobim, la seconde (album THE SHADOW OF YOUR SMILE) est beaucoup plus éclectique, avec des titres bossa et d’autres issus de la variété américaine, sur des arrangements de Claus Ogerman et Joào Donato.
Trois autres standards bonus (tirés des albums suivants) complètent l’ensemble, achevant de faire de cette SILVER COLLECTION un album indispensable.
Au total, vingt-cinq chansons magnifiques, gorgées de soleil et de violons, mélancoliques et lumineuses, à l’atmosphère surannée et à la beauté intemporelle.

Baden Powell & Vinicius De Moraes : OS AFRO-SAMBAS DE BADEN & VINICIUS + A VONTADE (1963/1966) – 5

Lorsque se forme la « rapaziada », l’association Jobim/Vinicius coule de source. Mais Vinicius se prend d’affection pour un jeune guitariste virtuose nommé Baden Powell et, soutenu par le quatuor vocal Quarteto Em Cy, enregistre avec lui ce grand classique de la musique populaire brésilienne, réponse brute à la commercialisation américaine de la bossa nova. Le jazz et les arrangements de cordes sont remplacés par des instruments de percussions traditionnels pour une plongée dans les déclinaisons modernes et poétiques du samba, qui préserve ses racines africaines (on célèbre le Candomblé, religion totémique afro-brésilienne).

L’album s’impose comme la version la plus africaine de la bossa nova. Une œuvre libre, qui ne s’appréhende pas facilement pour le néophyte égaré. Une fois pris dedans, par contre, il n’en repartira plus…

Nombre d’albums de Baden Powell sont des études (dans lesquels il joue seul), dont la virtuosité guitaristique est dévolue aux déclinaisons mélancoliques du samba. OS AFRO-SAMBAS, comme son nom l’indique, n’est pas de la bossa nova au sens propre. Mais cette compilation ajoute l’album A VONTADE (1963), dans lequel le jeune Baden reprend les principaux classiques de la bossa.

Gal Costa & Caetano Veloso : DOMINGO (1967) – 6

Après le coup d’état de 1964, vingt années de dictature s’installent au Brésil, sonnant le déclin de la bossa nova. Une nouvelle génération de musiciens, dont les deux acolytes ici présents, opère une mutation artistique qui donnera naissance au Tropicalisme, mouvement musical engagé contre le pouvoir. Mais ceci est une autre histoire…

D’abord emprisonnés, puis condamnés à l’exil (ce sera le cas de Caetano Veloso, mais aussi de Gilberto Gil, Nara Leào et Chico Buarque), ils reviendront plus tard…

Pour l’heure, notre duo (dont c’est le premier album respectif) chante encore la « saudade ». Et accouche d’un album exceptionnel. C’est la tonalité des deux interprètes qui nous touche ici : Manifestement décidés à illuminer les sombres heures de la dictature, ils chantent avec une telle intimité, une telle proximité, que l’auditeur est presque gêné qu’on lui susurre des mots avec une pareille mise à nu des émotions.

Les douze merveilles qui composent l’album sont la plupart l’œuvre de Caetano Veloso. Il n’y a aucun standard de la bossa nova ici, uniquement des chansons originales.

Marcos Valle : SAMBA ‘68 (1967) – 7

Parmi tous les auteurs, les arrangeurs et les interprètes bossanovistes, le génial Marcos Valle est l’un de mes préférés. Il enregistre à partir de 1963, avec SAMBA DEMAIS (Raaaahhh Lovely !!!), une sublime série d’albums, d’une mélancolie dont la légèreté la fait rebondir dans le registre de la pop.

Son album le plus connu de l’époque bossa (il adoptera un changement de style radical au début des années 70 en épousant -brillamment- la vague tropicaliste), est probablement l’irrésistible BRAZILIANCE! (1966), premier disque instrumental de l’auteur, conçu pour le marché États-unien, et grand succès. Ludovic Bource en livrera un hommage dans la BO du film OSS 117 : RIO NE RÉPOND PLUS (écoutez le titre de Valle, puis celui de Bource).

L’album SAMBA ’68, enregistré après BRAZILIANCE!, est également un joyau. Là, il chante en duo avec sa femme (magnifiques harmonies vocales) et offre ses plus belles pépites dans des versions optimisées et orgasmiques, dorées comme une mangue et légères comme une bulle de savon, dont le standard SO NICE (également connu sous les titres SAMBA DE VERÀO et SUMMER SAMBA), son titre le plus célèbre.

Frank Sinatra & Antonio Carlos Jobim : COMPLETE REPRISE RECORDINGS (1967/1971) – 8

Près de dix ans après la naissance de la bossa nova, l’idée de confier l’interprétation des plus belles chansons de Jobim à « The Voice » (les textes de Vinícius ayant été traduits en anglais), alors au sommet de sa gloire et de son aura de plus grand crooner de la planète, ressemble à une idée de génie : En quinze ans, Frankie vient d’aligner une série d’albums mélancoliques absolument somptueux (dont le sommet demeure ONLY THE LONELY, enregistré en… 1958 !), portés par une orchestration de jazz symphonique de grande classe, le destinant à devenir l’interprète idéal pour illustrer le répertoire du « composer of DESAFINADO »…
Ce sont donc ces titres légendaires qu’il vient transcender.

Sinatra s’empare de la bossa nova au moment où elle est passée de mode au Brésil pour battre son plein aux USA.
Cet album est une intégrale des enregistrements « Sinatra/Jobim », car à l’origine il y avait deux disques distincts (FRANCIS ALBERT SINATRA & ANTONIO CARLOS JOBIM en 1967 et SINATRA & COMPANY en 1971, ce dernier comportant également d’autres standards de jazz).
Cette rencontre était tellement évidente que ces enregistrements allaient devenir des incontournables de la bossa-nova. En tout cas pour le grand public…

Nara Leào : DEZ ANOS DEPOIS (1971) – 9

On l’appelait la « muse de la bossa nova », parce que c’est chez elle (dans l’appartement carioca de ses parents), alors qu’elle avait à peine quinze ans, que se réunissait la « rapaziada » dans les années 50.

Son rôle dans le développement de la bossa nova est important, mais Nara détestait ce que le genre était devenu une fois digéré par l’oncle Sam. C’est donc en vraie puriste qu’elle enregistrera ce double-album tardif (24 chansons), au moment de son exil en France, comme pour refermer la boucle en livrant  « sa » version ultime et dépouillée des grands standards (tous ou presque y passent), comme Joào Gilberto le fera deux ans plus tard dans « l’album blanc ».

Le premier disque est capturé avec une unique guitare pour accompagnement (et occasionnellement trois notes de piano), jouée par une autre brésilienne en exil : Tuca (qui élabore parallèlement LA QUESTION de Françoise Hardy). Le second est finalisé au Brésil, sans sa présence, et arrangé de manière très sobre également, malgré l’accompagnement orchestral de circonstance.

Un album indispensable pour ceux qui veulent embrasser la bossa nova dans tous ses aspects, qui se diront en l’écoutant, que Nick Drake s’est réincarné en brésilienne…

João Gilberto : AMOROSO / BRASIL (1977- 1981) – 10

Cette compilation regroupe les huitième et neuvième albums studio de João Gilberto, qui n’enregistrera encore que deux albums-studio jusqu’à sa mort, en 2019 !

AMOROSO :

Presque vingt ans après CHEGA DE SAUDADE, João Gilberto enregistrait ce chant du cygne de la bossa nova.
Alors que les puristes préfèrent « l’album blanc » de 1973, dans lequel le chanteur-guitariste est seul, AMOROSO est enregistré avec orchestre de cordes, soit l’antithèse pure et simple du précédent !

L’album aligne les standards qui brillent de l’interprétation lumineuse de Gilberto le chanteur (le guitariste s’y faisant plus discret), déterminé à livrer leur version définitive, que les violons et les arrangements de Claus Ogerman rendent intemporels (le néophyte saurait-il dater cet album ? On en doute !). De son amour pour les langues latines européennes aux immanquables de Jobim, en passant par le jazz symphonique de Gershwin, Gilberto nous le démontre : On ne chante pas de la bossa nova, on « chante bossa nova »…

BRASIL :

Quatre ans plus tard, João réalise cet album en compagnie de Caetano Veloso, Gilberto Gil et Maria Bethânia. Une association extrêmement symbolique car, en plus de réunir quatre natifs de Bahia chantant les louanges de leur terre natale, João s’entoure de trois révolutionnaires, dont deux ont connu l’exil. Une manière, pour lui, de montrer qu’il soutient cette génération et qu’il rejoint cette fraternité. En bref, le contre-pouvoir par la musique populaire. On appelle cela « résister par l’art ». Un album mythique, qui contient également le hit AQUARELA DO BRASIL.

Certes, notre liste écarte d’autres grands représentants du genre, mais voici un TOP 10 Bonus, pour les curieux :

Carlos Lyra : CARLOS LYRA (1961)

Les autres créateurs de la bossa nova sont restés dans l’ombre du quatuor de tête (Gilberto/Jobim/Vinicius/Powell). C’est le cas de Johnny Alf, Ronaldo Bôscoli, Roberto Menesecal et Calros Lyra.

Carlos Lyra était l’un des premiers et l’un des plus prolifiques compositeurs du genre (voir le nombre de standards sortis de sa plume et de sa guitare, notamment connus par le prisme des interprétations de Joào Gilberto et de… Brigitte Bardot !).

Il enregistre un premier disque intitulé sobrement « BOSSA NOVA » en 1959, dans la foulée du séminal CHEGA DE SAUSADE de Gilberto, avant d’enchainer une série d’albums tous plus beaux les uns que les autres tout au long des années 60. Mon préféré est POBRE MENINA RICA (1964), en duo avec la chanteuse Dulce Nunes. Le plus connu, sorte de « GETZ/GILBERTO bis », est THE SOUND OF IPANEMA, enregistré en 1965 avec le saxophoniste américain Paul Winter.

DEPOIS DO CARNAVAL (1963), et SARAVA! (1969) font également partie des plus réussis. Mais son second album, éponyme, est le plus iconique de sa discographie. De la bossa dans sa version primale.

Stan Getz & Charlie Byrd : JAZZ SAMBA / Lalo Schifrin : BOSSA NOVA NEW BRAZILIAN JAZZ (1962)

Deux albums (instrumentaux) à égalité puisqu’ils sont… l’antithèse l’un de l’autre, donc complémentaires !
Un an avant le mythique GETZ/GILBERTO, le saxophoniste s’associait au guitariste Charlie Byrd. Le sémillant compositeur de BULLITT leur emboitait le pas, sans attendre l’arrivée des brésiliens pour le légendaire concert au Carnegie Hall de novembre 1962. Ainsi, Getz, Byrd et Schifrin furent les pionniers du genre aux USA.

Si JAZZ SAMBA n’est enregistré avec aucun musicien brésilien, lui donnant un petit arrière-goût d’inachevé sur le terrain de l’exotisme, il demeure le premier album majeur de bossa nova sur le marché américain, quand bien-même on reste encore proche du samba.

BOSSA NOVA NEW BRAZILIAN JAZZ propose un jazz urgent et véloce (le contraire de Stan Getz). Je préfère nettement Stan Getz, mais c’est intéressant d’aborder les deux opposés car le monde du jazz tombait alors entièrement sous le charme de la bossa nova. Certains standards, presque méconnaissables, sont noyés dans une myriade de titres plus confidentiels. Il est amusant d’y retrouver le flutiste/saxophoniste Leo Wright, si délicat dans l’album mythique de Jobim chroniqué plus haut…

Cannonball Aderley : CANNONBALL’S BOSSA NOVA (1962)

Ici, c’est Julian « Cannonball » Aderley qui s’y colle (il jouait le saxo alto auprès de John Coltrane sur le mythique KIND OF BLUE de Miles Davis, en 1959). Alors que Stan Getz, sur JAZZ SAMBA enregistré la même année, ne jouait avec aucun musicien brésilien, Cannonball s’entoure du sextet de Sergio Mendes. Il est donc le seul américain de l’album !

Contrairement à Stan Getz, qui se mettait systématiquement en avant (et c’était magnifique, incontestablement), Cannonball fait jeu égal avec ses coéquipiers, sans orchestre derrière. En ressort un album authentiquement bossa nova (pourtant avare de standards), avec saxo, le groupe jouant comme un seul homme.

Etrangement, alors que la bossa est une musique naturellement mélancolique, le saxophoniste lui apporte dans cet album une orientation pétillante, qui en ferait presque une ode à la joie !

Tamba Trio : AVANÇO (1963)

Trois musiciens de jazz accomplis, par ailleurs chanteurs dotés de voix splendides et juvéniles, enregistrent ce disque qui serait probablement tombé dans l’oubli, s’il ne contenait pas le hit MAS QUE NADA. L’album est pourtant un pur bonheur : Douze titres délicieux, en dehors des standards habituels qui écument la plupart des compilations dédiées au genre. Car ici le trio reprend surtout les compositions de leurs copains Marcos Valle ou Edu lobo, issus, comme eux, de la deuxième génération de bossanovistes apparus en cette année 1963.

Paul Desmond : BOSSA ANTIGUA (1964)

En 1964, alors que l’âge d’or de la bossa nova touche déjà à sa fin, le créateur de TAKE FIVE, l’un des plus grands hits de l’histoire du jazz, se rend compte qu’il a, lui aussi entant que saxophoniste (alto), sa place au panthéon.

Son album (instrumental) est aussi bon que ceux de Stan Getz et Cannonball Aderley. Une douceur veloutée d’une classe exceptionnelle. Il est d’autant plus recommandable qu’il contient moult titres qui sortent des standards habituels. Car l’idée était de reprendre des titres américains et de les jouer bossa nova, tout en composant himself la moitié de l’album pour l’occasion ! Rien que pour ça, l’album mérite sa place dans le best of ! Il est très easy-listening, mais c’est une petite sucrerie dont on aurait tort de se priver…

Joao Donato : THE NEW SOUND OF BRASIL (1965)

Album enregistré sur le modèle du légendaire THE COMPOSER OF DESAFINADO PLAYS, dont il reprend d’ailleurs le magnifique HOW INSENSITIVE, dans une version quasiment identique, jouée au piano de manière minimaliste comme le faisait Jobim lui-même.

C’est doux, c’est suave, gorgé de violons, de cuivres et de soleil, c’est magnifique et encore relativement innocent (ça faisait déjà bien deux ans que la bossa nova s’était « américanisée »). Composé uniquement d’instrumentaux (comme l’album de Jobim), les standards côtoient des titres plus rares mais tout aussi beaux. Rien n’est à jeter.
Une merveille pour les amateurs de bossa orchestrée.

Sergio Mendes & Brasil ’66 : HERB ALPERT PRESENTS SERGIO MENDES & BRAZIL ’66 (1966)

En 1966, le pianiste Sergio Mendes décide de lancer une formation aux confluences de la bossa-nova et de la pop-music anglo-saxonne, soit un pur produit des 60’s !
Le mélange est efficace. Les hits brésiliens (ils reprendront beaucoup de titres d’Edu Lobo) se mêlent aux Beatles et au jazz symphonique d’Henry Mancini, le compositeur de LA PANTHERE ROSE !
La section vocale et rythmique du groupe (deux chanteuses, un pianiste, un batteur, un bassiste et un percussionniste, par ailleurs tous choristes) est optimale. La variété des titres est rendue homogène par l’incroyable cohérence de la formation, qui trouve un équilibre bluffant entre la pop-music et la note exotique des accents brésiliens. Moins mélancolique que les grands standards de la bossa-nova, HERB ALPERT PRESENTS SERGIO MENDES & BRASIL ’66 (on profite de la notoriété de Mr Alpert, trompettiste de variété très célèbre à l’époque !) est un album jouissif, indispensable à tout amateur de musique populaire brésilienne.
A partir de 1971, le groupe subira quelques changements et poursuivra l’aventure sous le nom de Brasil 77 !
Si vous aimez cet album, vous pouvez écouter les suivants (’66 ET 77). Tout est magnifique, au moins jusqu’en 1974.

Gilberto Gil : LOUVAÇÀO (1967)

On ne peut pas enfermer Gilberto Gil dans la bossa nova, lui qui initiera le mouvement tropicaliste l’année suivante, avec Os Mutantes, Chico Buarque, Caetano Veloso et Gal Costa. Mais en même temps, on ne peut pas non plus ignorer ce premier album, dans lequel il y a quand même un peu de bossa nova et de sacrés standards de la musique brésilienne. En bref, un album dense et riche, par le futur auteur du hit planétaire TODA MENINA BAHIANA

Jorge Ben Jor : JORGE BEN (1969)

Attention : auteur (TAJ MAHAL, MAS QUE NADA, PAÏS TROPICAL, c’est lui). Mais aussi un chanteur expressionniste qui rompt d’emblée, via son premier album enregistré en 1963, avec le canto falado !

A la fin des 60’s, en pleine vague tropicaliste, Jorge enregistre cet album exotique jusqu’à la lie, dansant et lumineux, gorgé de soleil et de samba. Ce n’est presque plus de la bossa nova mais c’en est encore, c’est surtout magnifique et bourré de personnalité.

Vinicus De Moraes : « LA FUSA«  (1970)

Pour finir, on ne pouvait oublier ce qu’ont fait Vinicius & Toquinho dans les années 70. Lorsque le vieux poète rencontre le jeune guitariste, c’est l’osmose. Ils ne se quitteront plus, à tel point que Vinicius, comme pour entrer dans sa légende, mourra symboliquement dans les bras de son acolyte, son alter-égo, son fils spirituel.

Ils enregistreront moult albums en public, en studio, en duo ou en trio avec plusieurs chanteuses respectives, dont un mythique avec l’italienne Ornella Vanoni.

Avec Maria Creuza, ils enregistrent le légendaire concert « LA FUSA » en 1970. Moult standards, joués dans un bar argentin en toute authenticité, loin des versions édulcorées de l’Oncle Sam (même si les titres sont retravaillés en studio), dont une des plus belles chansons écrite par Vinicius & Jobim : EU SEI QUE VOU TE AMAR.
Idéal pour le puriste.

Et ailleurs ?

L’album

Cette superbe compilation permet d’entendre un florilège de la bossa nova… japonaise ! En effet, le Japon est probablement la seule nation étrangère ayant su intégrer de manière aussi pure l’esprit de la bossa nova, avec des artistes inconnus sous nos latitudes. Lors du déclin de la bossa, plusieurs artistes s’expatrieront d’ailleurs au pays du soleil levant (Helen Merrill, Sonia Rosa et l’incontournable Astrud Gilberto en tête). L’album regroupe un panel d’artistes distincts tout en étant très homogène, mélangeant standards bossanovistes et titres originaux en japonais. Le résultat est aussi kitsch qu’irrésistible !

L’album

La légende raconte qu’Henri Salvador aurait inventé la bossa nova. Bien sûr, ce n’est pas vrai. Toutefois, le bougre était dans le coup.

En 1958, il enregistre l’album DANS MON ÎLE et il est au Brésil. Il y fréquente, entre autre, Antonio Carlos Jobim ! Jobim, en écoutant la chanson-titre (DANS MON ÎLE) aurait apparemment lancé quelque chose comme « Mais oui ! Voilà, c’est ça qu’il faut faire ! » avant de ralentir le tempo de ses compositions ! En retour, Salvador intègrera largement la bossa nova dans ses futurs enregistrements.

A la fin de sa vie, le chanteur français enregistre consécutivement trois albums magnifiques. Le premier, CHAMBRE AVEC VUE, contient son lot de bossa. Une sacrée réussite pour le vétéran.

24 comments

  • Tornado  

    Sinon, ce TOP10 est très long. Mais il est conçu pour qu’on puisse y revenir à l’envie.
    Pour commencer, il suffit juste d’écouter les 10 titres choisis.
    Ensuite, si l’on a envie, il y a les 10 suivants.
    Enfin, il y a les hyperliens pour les plus curieux.
    J’ai essayé d’écrire l’article ultime sur ce qui reste peut-être mon genre de musique préféré entre tous. Je voulais écrire une sorte de bible initiatique, telle que j’aurais voulu la trouver lorsque j’ai décidé de découvrir et d’embrasser la bossa nova (il y a très peu de livres sur le sujet traduits en France. Un grand merci à Jean-Paul Delfino pour l’avoir fait).
    Enfin, bref. C’est donc un article conçu pour y revenir en plusieurs fois…

  • JP Nguyen  

    Ah ah, Tornado, petit filou, tu as transformé un Top 10 en Top 20, discretos !
    On voit que le sujet te passionne et tu as truffé l’article d’anecdotes. Au début, tes commentaires techniques m’intimident un peu car je n’y connais rien.
    Etant quelqu’un porté vers (ou par) la mélancolie, cette musique me parle forcément. Toutefois, si j’y reviens pas très souvent, c’est que je pense que j’aime bien connaître et comprendre les paroles des chansons et sur la bossa, la langue constitue donc pour moi une barrière…

    • Tornado  

      J’avais commencé à tâter du portugais (si je peux m’exprimer ainsi), notamment pour nourrir ma passion de la bossa nova dans un premier temps, et de la musique brésilienne dans un second. Mais comme parlo un po d’italiano, et que j’y vais assez régulièrement (contrairement au Brésil, hélas), j’ai commencé à m’embrouiller en mélangeant les deux. Je me suis donc recentré sur l’italien…

      Tu me diras s’il y a des titres ici qui te plaisent en particulier.

      • JP Nguyen  

        Je n’ai pas encore tout écouté mais pour l’instant, INSENSATEZ est celui qui me plait le plus.
        J’aime cette langueur qui s’en dégage et la possibilité d’imaginer tout un tas d’histoires, forcément tristounettes, qui iraient avec cette musique…

        • Tornado  

          Les bossanovistes considèrent que leurs chansons ne sont pas tristes. C’est une mélancolie habitée, qui les fait se sentir vivants. Une sorte de sentiment de manque qu’ils aiment cultiver pour mieux ressentir l’amour. C’est justement ce qu’ils appellent la « Saudade ». C’est un concept très subtil.

  • Chip  

    Un sujet inattendu ici mais accueilli chaleureusement pour ma part. Insensatez sur la BO de Lost Highway m’a instantanément transformé en fan éternel de Jobim, et d’une manière générale les harmonies de bossa qui empruntent mais adoucissent les côtés parfois anguleux du jazz tonal.

    Pour la fine bouche, j’ajoute cette longue dissertation de Adam Neely sur la chanson la plus connue de ce style : https://www.youtube.com/watch et cet album intimiste hommage à Jobim : https://youtu.be/CxPIYoppnEY

    Merci pour la playlist conséquente!

  • zen arcade  

    Super article.
    Il y a des propositions que je ne connais pas parmi les titres à écouter et je vais en profiter pour les découvrir.
    J’aime bien la bossa même si ce n’est pas ce que je préfère en matière de musique brésilienne et que quand il me prend l’envie d’écouter de la musique brésilienne, c’est assez peu souvent vers la bossa que je me tourne.
    L’album que j’écoute le plus souvent, et qui est un vrai classique de mes playlists, c’est l’album en duo d’Antonio Carlos Jobim avec Elis Regina « Elis & Tom ». Tu ne le cites pas mais pour moi, c’est un véritable bijou.

    • Tornado  

      Vu la richesse de la musique brésilienne, c’est sûr qu’il y a de quoi faire. Il me semble avoir lu quelque part que l’Inde et le Brésil sont les deux nations les plus riches en patrimoine musical. Le genre de pays immense où chaque région comporte on ne sait combien de genres et de sous-genres de musiques endémiques.
      C’est la raison, d’ailleurs, pour laquelle je n’ai pas mis Chico Buarque dans cet article. Je l’avais gardé pour un autre article sur d’autres horizons musicaux. Parce que son chef d’oeuvre c’est l’album CONSTRUÇÀO. Et ce n’est pas de la bossa nova.
      Quant à ELLIS & TOM, c’est un album important mais je n’accroche pas autant. Il préfigure déjà les albums de la seconde moitié des années 70, que j’aime personnellement beaucoup moins.

      • zen arcade  

        Construçao, c’est en effet un chef d’oeuvre. Et je préfère ça que la bossa.
        Il me tarde de lire d’autres articles de ta plume sur la musique brésilienne.

  • Jyrille  

    Ceci n’est ni un article, ni un Top 10 ni un Top 20, c’est une encyclopédie. Respect pour le boulot et merci pour le partage ! Je ne connais strictement rien à la bossa nova ni à la musique brésilienne. Je connais quelques titres de-ci de-là (Insensatez sur la BO de Lost Highway par Antonio Carlos Jobim, Caipirinha avec Bebel Gilberto sur l’album PEEPING TOM de Patton, j’ai entendu le nom de Herb Alpert grâce à une reprise de Faith No More d’un de ses titres avec Burt Bacharach) et la première fois que j’ai entendu le terme de Bossa Nova, c’est grâce au troisième album des Pixies.

    Bref on peut dire que je ne connais rien et j’ai eu le vertige en lisant ton article : c’est trop, beaucoup trop d’un coup. Surtout que tu fais un top 10 ALBUMS, même pas de titres… Je suis très heureux d’avoir cet article à disposition car comme tu le soulignes, on a peu de sources sur le sujet (enfin plus maintenant avec wikipedia et tout ça), mais avoir un guide, c’est toujours mieux. Je repasserai lorsque j’aurais tenté quelques morceaux. En tout cas, c’est génial de pouvoir découvrir tout ça, merci encore.

    • Tornado  

      Il y a donc au moins un titre du TOP10 que tu connais 🙂

      • Jyrille  

        Oui ! J’adore ce morceau en plus.

        Pour ton article, je trouve que ne pas suivre l’ordre chronologique n’aide pas à appréhender le mouvement global de ce style musical.

        • Tornado  

          Ah, je viens de capter ton post !
          Si tu regardes bien :
          Je commence par un titre de 1973 parce que c’est une version épurée qui montre ce que peut être la bossa nova dans son plus simple appareil (et dans une version mythique considérée commer « définitive » par les puristes). Ensuite, je rétropédale et repars depuis le début dans un ordre parfaitement chronologique pour le premier TOP 10, et je rétropédale une seconde fois pour faire la même chose avec le second TOP10 ! 🙂

  • Jyrille  

    E PRECISO PERDOAR : en effet, pas simple d’entrer dedans, très aride.
    INSENSATEZ : j’adore.
    GETZ/GILBERTO : sympa, ça passe très bien.
    ASTRUD : j’ai sans doute déjà entendu ça. C’est kitsch mais cool.
    BADEN POWELL (je me demandais si je ne devenais pas fou : le mec qui a créé le scoutisme ? 😀 ) : ardu, je n’accroche pas du tout à la voix et ne trouve pas ce que le titre a d’exceptionnel par rapport aux précédents.
    DOMINGO : super, ça rappelle plein de souvenirs, de films français comiques, tout en étant super bien exécuté et émotionnel. J’aime beaucoup.
    MARCOS VALLE : il est flippant sur sa photo je trouve… on dirait un mannequin sorti d’un Junji Ito… bref ! Musicalement j’accroche pas du tout. Trop kitsch.
    SINATRA/JOBIM : Idem, trop kitsch, pas aimé.
    NARA : tout de suite je préfère. Très chouette, presque de la musique classique.
    TRISTE : pas accroché au chant mais j’aime bien la musique.

    • Tornado  

      Bon. Ne soyez pas trop hâtif maître Cyrille.
      L’album de Vinicius et Baden Powell est un classique absolu mais très difficile à intégrer à la première écoute. C’est de l’art majeur. Ne te fies pas à ce seul titre et, si un jour ta curiosité t’y mène, plonge de plein pied dans ce voyage à sens unique dans la magie brésilienne la plus pure.
      Marcos Vale : idem ! Ne te laisse pas abuser par les pochettes de disque surannées de cette période car le bonhomme est un très, très, TRÈS grand représentant de la MPB. La plupart de ses albums sur les 15 premières années de sa carrière sont des albums majeurs et il a été immédiatement adoubé par les premiers maîtres de la bossa. Ses albums de la période tropicaliste (a partir des années 70) sont vraiment des chef-d’œuvre. Redonne lui sa chance, c’est kitsch en surface, mais tellement bourré de talent.

      • Jyrille  

        Ah mais ne t’inquiète pas, je ne suis pas hâtif : c’est juste une première impression. Cela donnera des pistes pour commencer dès que j’aurais envie de m’y mettre. Après tout c’est bien l’objet de cet article non, la découverte ?

        Avec toutes les références que tu donnes, il y a de quoi faire et tester 😉

        • Tornado  

          Oui, c’est exactement le but : Un article pour y revenir patiemment, quand on en a envie, quand on en a besoin (ce que j’espère humblement)…
          Franchement, j’ai personnellement galéré pour me forger une culture en bossa nova et en musique brésilienne. Tu as certes quelques blogs, mais c’est insuffisant pour s’y retrouver. Tu as trois bouquins de Jean-Paul Delfino (ma référence perso) déjà totalement oubliés et introuvables (j’ai essayé de contacter le monsieur mais en vain). Un autre bouquin de niche intitulé SARAVAH ! Et puis… que dalle !
          Mon article, c’est le fruit de trente ans de passion et de recherches.

  • JB  

    Merci pour toute cette présentation ! Je n’y connais pas grand chose et vais tâcher de prendre mon temps pour découvrir cela.
    C’est assez amusant, je me retrouve pour l’instant avec des avis à l’exact opposé de Jyrille ^^
    J’ai bien aimé E preciso perdoar pour la douceur discrète de la musique et de la voix. A l’inverse, j’ai été plus hermétique à l’aspect instrumental d’Insensatez, et suis resté assez neutre sur Vivo Sonhando et Agua de beber, pour leur préférer Tristeza e Solidão qui, si je comprends bien, s’écarte de la sonorité traditionnelle de la bossa nova.

    • Tornado  

      En fait l’album de Baden & Vinicius ne s’écarte pas de la sonorité traditionnelle de la bossa nova : Il radicalise les sources africaines de la bossa en s’écartant radicalement des sonorités américaines qui sont venu l’édulcorer entre temps.
      Mon titre préféré de l’album, c’est le mystique IEMANJA. Mais ce n’est pas de la bossa nova…
      http://www.youtube.com/watch?v=3xPXrsOYpng

  • Présence  

    Jyrille a parfaitement exprimé ma réaction :

    Ceci n’est ni un article, ni un Top 10 ni un Top 20, c’est une encyclopédie.

    J’ai donc commencé par dégusté la partie encyclopédique : passionnante.

    Je vais revenir pour écouter les titres un par un. Certains noms me sont déjà familiers : João Gilberto, Antonio Carlos Jobim, Asrud Gilberto, Stan Getz, Frank Sinatra, Lalo Shifrin, Cannonball Aderley, Paul Desmond, Sergio Mendes (je crois me souvenir que c’est toi qui m’en avait parlé), Gilberto Gil. Et je découvre les autres.

    • Tornado  

      Ce dont je me souviens, c’est de la période Amazon. Tu avais lu mon commentaire sur l’album d’Astrud Gilberto chroniqué ici-même, tu l’avais acheté ou écouté quelque part (je ne me rappelle pas des détails) et tu étais venu me dire que tu l’avais adoré.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonsoir

    Pas eu le temps de déguster avec délectation cet article.

    Nous possédons un certains nombre d’album à la maison de Bossa Nova que nous avons tout simplement classés dans la catégorie Jazz. La plupart est hérité de feu mon beau père, ils ont donc une résonance particulière notamment Stan Getz et évidemment le GETZ/GILBERTO.

    J’ai appris à apprécier Baden Powell, un très grand.

    Je reviendrais assurément sur cet article, que je mets dans mes favoris immédiatement.

    • Tornado  

      Disons-le tout net : Hâte d’avoir tes retours ! 🙂

  • Bruce lit  

    Fieffé sacripant ce Tornado qui balance un double coefficient.
    Il se trouve que j’aime la musique sud américaine et particulièrement les pasillos et la cumbia.
    Sur la bossa, c’est une musique calme que je n’écouterai qu’à certains moment de la journée.
    Les Top 10 me demandent bcp d’efforts car écouter une sélection musicale ne se fait pas à n’importe quel moment ou endroit.
    Je connaissais bien entendu INSENSITIVE pour sa BO de LOST HIGHWAY et AQUA DE BEBER, un morceau formidable.
    Le Gilberto Gil est formidable et correspond à mes gouts. Nara Leào, merci pour cette Françoise Hardy en bossa.
    Je préfère quand même les morceaux beaucoup plus tristes et moins cocktails mais je serai preneur d’une playlist spotify à l’occasion.

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *