Dynémotion (Ray Harryhausen)

 

Le Puppet-Master (1920-2013)                              Source :  Wikipedia 

ENCYCLOPEGEEK : RAY HARRYHAUSEN

Par: MATTIE BOY

Cet article portera sur Ray Harryhausen, créateur d’effets spéciaux spécialisé dans l’animation en volume (stop-motion). Il est né d’une envie d’apporter ma pierre à l’édifice de ce blog. Je remercie donc Bruce pour me permettre de vous livrer ici mon ressenti sur le travail d’un grand créateur d’effets spéciaux qui a inspiré des générations de cinéastes : Ray Harryhausen.

Comme il existe de nombreuses choses écrites à son sujet, je précise que le but de cet article n’est pas de retracer son parcours dans le détail ni de s’attarder sur tous les films sur lesquels il a travaillé. Ceci, vous pourrez le trouver ailleurs. Ce que je propose plutôt c’est d’analyser son travail, l’influence qu’il a eu sur le cinéma et sur moi, et d’en tirer aussi une réflexion sur les effets spéciaux et leur but. Ray Harryhausen est une personnalité qu’on peut trouver curieusement méconnue au regard de l’étendue de son héritage qui va de ses œuvres aux différents auteurs et réalisateurs qu’il a inspiré.

Tout commença en 1933 lorsque le jeune Ray fut émerveillé par le film King Kong de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper dont les effets spéciaux reposaient sur le procédé du stop-motion. Réalisés par Willis O’Brien, ces trucages n’avaient jamais été utilisés à une telle échelle. En effet, le célèbre singe est dans ce film une marionnette animée image par image, tout comme toutes les autres créatures qui peuplent Skull Island.

Le même en plus jeune   /photo libre de droits  /source : Flickr https://www.flickr.com/photos/randar/35123170405

Le même en plus jeune
Photo libre de droits
Source : Flickr 

Ce procédé d’animation est simple à comprendre puisqu’il est similaire à celui du dessin animé. On prend une photo, on bouge le modèle, on reprend une photo, etc. C’est un travail très minutieux et très chronophage mais c’était aussi le seul moyen pour donner vie à des créatures qu’on ne souhaitait pas voir ressembler à des acteurs patauds dans des costumes en caoutchouc.
Willis O’Brien fut le mentor de Ray Harryhausen qui, après lui avoir montré ses travaux pendant des années (il l’a rencontré à l’âge de 16 ans), commencera à travailler avec lui 15 ans après King Kong sur les effets spéciaux de Mighty Joe Young (1949) d’Ernest B. Schoedsack (oui, encore lui, le Monsieur devait aimer les gorilles). Il s’agit d’une autre histoire de singe (moins grand et apprivoisé par une jeune femme) qui se fait capturer par des humains et emmener en ville alors qu’il voulait juste vivre peinard dans sa forêt.

Fait amusant : Willis O’Brien qui n’avait curieusement pas eu droit à un oscar pour King Kong en recevra un pour Mighty Joe Young alors que la majorité de l’animation avait été confiée à Ray.

L’Ymir, une creation de Ray Harryhausen pour le film The Beast  from 20.000 fathoms   /photo libre de droits / source : https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Fichier:20_million_miles_to_earth_(1957)_Ymir.png

L’Ymir, une creation de Ray Harryhausen pour le film The Beast from 20.000 fathoms
Photo libre de droits 
Source : Wikipedia

A partir de là, Harryhausen va devenir un cas unique dans l’industrie du cinéma puisqu’il est encore à ce jour un des seuls créateurs d’effets spéciaux que l’on peut aussi considérer comme un auteur. Les films sur lesquels il a travaillé dépendaient beaucoup du travail qu’il réalisait pendant des mois après la fin du tournage en toute liberté seul dans son atelier, et donc de ses choix de mise en scène et même de sa sensibilité.

Sa technique d’animation fera l’objet de la création d’un nouveau mot afin de la promouvoir : la Dynamation pour « dynamic animation » qui avait pour but de ne pas laisser croire au public qu’il s’agissait d’animation classique comme dans les dessins animés. Elle consiste à insérer des éléments animés dans des prises de vues réelles en filmant les figurines sur une projection tout en masquant une partie du cadre, sur laquelle on ajoute ensuite un premier plan.

 Le principe de la Dynamation

Le principe de la Dynamation

Pour autant hélas, les films sur lesquels il a travaillé ne sont pas tous des grands films. Tout au plus des films d’aventures divertissants, parfois juste corrects et un peu naïfs. Sans en faire toute une liste, certains méritent d’être mentionnés comme The Beast from 20.000 fathoms(1953) qui mettait en scène un des premiers reptiles géants au cinéma qui inspirera les japonais pour leur Godzilla un an plus tard, et 20 millions miles to earth (1957) qui, au travers de l’Ymir (une créature mi-humaine mi-reptile) est un hommage évident à King Kong : un animal sauvage hors norme qui devient plus agressif (et plus gros) à force d’être persécuté par les hommes.

Après ces films en noir et blanc, la couleur arrivera en 1958 avec Le 7eme voyage de Sinbad qui contient des scènes mémorables comme celles avec le cyclope ou le duel final contre un squelette. Un duel qui ne sera qu’une mise en bouche avant l’excellente scène des squelettes du film Jason et les argonautes en 1963 sur lequel je reviendrais.

Un 7ème voyage chez les cyclopes et les dragons   photos libres de droits  Sources : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:7th_voyage_of_Sinbad_-_Cyclops_vs_Dragon.png et https://commons.wikimedia.org/wiki/File:7th_voyage_of_Sinbad_-_Taro.png

Un 7ème voyage chez les cyclopes et les dragons
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Sources : Wikipedia 1 et

Mais avant cela, nous allons aussi nous pencher sur un film que je considère comme un film raté. Au risque d’en surprendre certains, il s’agit de son dernier film Le choc des titans (1981) tristement revenu dans les mémoires depuis l’arrivée de son remake face auquel l’original ressemble pourtant à un chef d’œuvre malgré ses défauts. Je le mentionne tout de même parce que c’est un cas intéressant.

Jusque-là seul aux commandes, Ray a dû travailler avec d’autres personnes sur ce film et sans vouloir jeter la pierre à qui que ce soit, le résultat laisse penser qu’il s’en serait mieux sorti seul puisque les effets spéciaux de certaines séquences sont moins bons que ceux de Jason et les argonautes sorti 20 ans avant (en 1963). La faute à une incrustation des créatures franchement ratée. Notamment les scorpions géants qui sont si décolorés à l’image qu’ils semblent évoluer dans le brouillard alors que l’acteur est très net. Et obtenir ce résultat en 1981, c’est quand même dommage. Ce procédé d’animation se faisait vieux et le plus grand nombre de techniciens visait certainement à améliorer le rendu. Mais il aura eu l’effet inverse.

Cependant, les effets spéciaux ne sont pas la seule cause de ce « ratage ». Certains choix artistiques sont discutables comme la présence d’une chouette mécanique créée par Héphaïstos et à laquelle une autre déesse (j’ai oublié laquelle) donne vie. Elle fait des bruits rigolos comme R2D2 dans Star Wars et aide Persée durant le film. Mouais… du temps de la Grèce antique, ça passe quand même moins bien que dans l’espace.

Et je ne mentionnerais pas les trop grandes libertés prises avec la légende de Persée qui sont du domaine du jugement subjectif mais qui m’ont déplu. Tout comme cette idée de nommer « Kraken » le monstre marin auquel Andromède doit être sacrifiée. Le Kraken, c’est scandinave comme monstre ! Mais il faut croire que l’absence de nom du monstre marin dans la légende d’origine n’était pas bankable.

Le voyage fantastique de Sinbad, bien que moins réussi que le 7ème voyage en termes d'histoire, contient quelques scènes magnifiques comme le combat contre la statue de Kali   /photo libre de droits / source : http://intergalacticrobot.blogspot.com/2013/05/farewell-mr-harryhausen.html

L’hydre gardien de la toison d’or. Prouvez-moi qu’il n’avait pas 7 têtes le dragon ! / photo libre de droits / source :  Wikipedia 

Une scène très réussie mérite cependant à elle seule qu’on visionne le film (et c’est pourquoi votre serviteur l’a quand même en DVD…) Il s’agit de la scène de l’affrontement contre la gorgone Méduse. Au-delà du fait que Méduse est très réussie, c’est aussi une scène tournée dans l’obscurité avec des flammes dansantes qui projettent des reflets de lumière sur la créature. Je n’ose même pas imaginer la complexité de la réalisation d’une telle scène en image par image qui fait appel à la gestion de la lumière en supplément.

Mais au-delà de l’aspect technique, c’est une scène qui me plaît par son approche, et qui va me permettre de rebondir sur une réflexion sur les effets spéciaux et le travail de Ray Harryhausen qui ne se limite pas à une maîtrise technique. C’est une scène d’ambiance, avec beaucoup de suspense, de tension, dans l’obscurité. Il y a un vrai travail sur la lumière et l’atmosphère globale.
C’est une scène qui ne cherche pas bêtement à en mettre plein les yeux avec de l’action décérébrée. Pour faire simple, il y a de l’émotion.
Et c’est en ça que le travail de Ray Harryhausen est assez enchanteur. Il donne une personnalité et même une âme à ses créatures. J’entends par là qu’il leur donne un comportement animal cohérent. Les créatures hésitent, regardent à gauche ou à droite, prennent peur, reculent ou s’énervent. Ça n’a l’air de rien, mais combien de monstres actuels au cinéma sont dépourvus de comportements cohérents et foncent dans le tas jusqu’à s’acharner à essayer de manger une femme de la taille d’un apéricube alors qu’ils sont en train de tomber d’une falaise ? (certains reconnaîtront les T-Rex de la scène du King Kong de Peter Jackson) Ou si ce n’est pas ça, c’est une humanisation ridicule des animaux qui sévit (qui a dit Jurassic World et ses Raptors et T-Rex qui deviennent amis ?)

Notez bien que je ne critique pas la méthode employée pour les effets spéciaux. Même si j’affectionne le stop motion parce que je trouve qu’une marionnette apporte du réalisme en matière de relief et d’ombres portées à l’image, je n’irais pas jusqu’à dénigrer les CGI (computer-generated imagery) en disant que c’était forcément mieux avant.

Le voyage fantastique de Sinbad, bien que moins réussi que le 7ème voyage en termes d'histoire, contient quelques scènes magnifiques comme le combat contre la statue de Kali  Photo libre de droits  source : intelacriticrobot 

Le voyage fantastique de Sinbad, bien que moins réussi que le 7ème voyage en termes d’histoire, contient quelques scènes magnifiques comme le combat contre la statue de Kali
Photo libre de droits 
Source : intelacriticrobot 

Cependant les CGI ont comme problème qu’ils n’ont aucune limite aujourd’hui. Une limite de qualité de rendu des détails peut-être (les ombres, les textures de la peau), mais aucune limite de ce qui peut être représenté (créatures, bâtiments, vaisseaux). Cela peut paraître génial de pouvoir tout faire, mais affirmer cela serait oublier que c’est souvent face aux limitations techniques que les gens montrent leur ingéniosité et mettent au point des techniques de mise en scène originales. Il suffit de se rappeler que la vue à la première personne dans Les dents de la mer (Jaws) a été utilisée à la base pour éviter d’avoir à mettre en scène un requin dans toutes les séquences car ce n’était pas quelque chose de simple et surement couteux. Et pourtant c’est bien cette façon de filmer qui a rendu le film mémorable.

De même, Alien (1979) de Ridley Scott nous montre très peu le monstre et joue sur l’ambiance, les ombres, les bruits. Et le rendu final est plus prenant que si on voyait l’acteur en costume caoutchouteux se promener en pleine lumière à chaque fois. Quand on ne peut pas montrer, on s’arrange pour suggérer, et on obtient quelque chose qui prend davantage aux tripes.

En termes de cadrage et de mise en valeur des monstres, évidemment on maîtrise mieux de nos jours grâce à cette souplesse que permet l’animation par ordinateur. L’ennui c’est que tout se ressemble. C’est bien fait…mais c’est assez creux car il n’y a plus que l’aspect technique qui est mis en avant (et souvent de la même manière d’un film à l’autre) On en oublie de faire réellement vivre les créatures. Une conséquence qui vient peut être du processus actuel de création des effets qui se prive d’une vision d’auteur et d’une quelconque sensibilité puisqu’il est dilué parmi un grand nombre de techniciens qui font chacun un petit bout du travail (même s’ils le font peut être très bien).

Un million d’années avant J.C : un film de la Hammer des années 60. Des dinosaures et Raquel Welch et ses copines vêtues de peaux de bêtes. Un brin racoleur, vous dîtes ? / photos libres de droits / sources : https://www.flickr.com/photos/blile59/3028677615/ et https://www.flickr.com/photos/blile59/3028678093

Un million d’années avant J.C : un film de la Hammer des années 60. Des dinosaures et Raquel Welch et ses copines vêtues de peaux de bêtes. Un brin racoleur, vous dîtes ? 
Photos libres de droits 
sources : Flickr 1  et 2  

James Cameron déclare dans le très bon documentaire Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux que si Ray avait eu accès aux technologies modernes, il ne se serait surement pas amusé avec ses marionnettes. Ce à quoi Harryhausen réagit en disant qu’il n’est pas sûr, qu’il aimait le côté manuel de la chose. Que Cameron se plante ou non, je suis bien certain en tous cas que Harryhausen ne serait pas tombé dans la surenchère d’effets spéciaux, car on sent dans son travail une envie de donner vie à ses créations, et non de les faire pulluler à l’écran. Il dira lui-même qu’avec l’arrivée de la télé et les goûts des jeunes pour les explosions toutes les 5min, ce n’était plus possible pour lui, ce genre de choses ne pouvant se produire dans la mythologie grecque.

C’est la différence entre vouloir faire rêver le spectateur et lui en mettre plein la vue. Il y a une part de contemplation et d’implication émotionnelle. De nos jours, on ne fait plus de scène à suspense comme l’affrontement contre Méduse du Choc des titans (il suffit de voir celle du remake digne d’un jeu vidéo) On préfère mettre des ralentis de partout et des mouvements ultra-fluides en dépit de tout réalisme pour montrer qu’on sait le faire.

Ceci me fait penser à la scène avec Talos dans Jason et les argonautes. Dans la légende Talos est un géant de bronze. Dans le film c’est une statue de bronze gigantesque proche du colosse de Rhodes. Une taille visant à le rendre plus impressionnant visuellement. Impressionnant oui, mais pas absurde. Talos bouge difficilement, de manière saccadée. Et il ne s’agit pas d’un défaut d’animation mais d’un choix comme en témoigne aussi le travail sur le son. Talos grince, c’est une statue de bronze qui ne peut pas bouger vite ou faire des pirouettes. Il y a une cohérence dans la gestuelle qui prime sur la démonstration technique de la fluidité du mouvement pourtant réalisable.

Une chance qu’il ait un balais dans le cul, car ça semble déséquilibré comme combat.

Parmi les monstres en 3D modernes, on ne peut que constater que les plus vivants et dotés de personnalité sont Golum ou même le King Kong de Peter Jackson (le singe, pas le film). En gros des animations reposant sur les performances et la gestuelle d’acteur d’Andy Serkis (dommage qu’il n’ait pas pu se mettre dans la peau d’un T-Rex, lui). Donc la majorité du boulot n’est pas fait par les animateurs.

Steven Spielberg fait une remarque intéressante dans le toujours très bon documentaire Le titan des effets spéciaux en affirmant qu’il y a un moment où les gens vont finir par rejeter les effets spéciaux digitaux et qu’ils voudront quelque chose auquel ils peuvent croire, qui existe réellement dans le temps et l’espace. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il y aura rejet, mais en tous cas pour ma part il n’y a plus d’émerveillement s’il n’y a plus de limites techniques ou un plus grand soin apporté aux effets.

Jurassic Park en 1995 utilisait les CGI avec parcimonie au service de l’histoire. Et pour les gros plans nous avions droit à de magnifiques animatroniques réels auxquels nos yeux et notre cerveau pouvaient croire immédiatement parce qu’on voyait les gouttes d’eau ruisseler sur les écailles et on sentait bien que c’était un objet réel. Et à bien des égards, Jurassic Park n’est pas moins impressionnant que les films d’aujourd’hui qui privilégient la quantité à la qualité. Jurassic Park ne contient pas plus de 10min d’images de dinosaures si on les met bout à bout. Il y a de la retenue et de la contemplation. Mais peut être était-ce aussi à cause de limitations techniques ou de budget ? Car à présent que tout est plus accessible et moins couteux, force est de constater que c’est plutôt la surenchère.
Pas dans chaque film, je l’admets. Il y a aussi de bonnes choses et j’en profite un peu pour pousser un coup de gueule. Mais le fait est que je ne parviens plus à être impressionné par la majorité des effets spéciaux modernes.
Et cette attitude blasée devant la surenchère actuelle n’est pas l’apanage des amoureux comme moi des effets spéciaux retro. Il touche de plus en plus de personnes.

 Quelques créatures : le cyclope du 7eme voyage de Sinbad, le monstre des temps perdus, un petit T-Rex   /photos libres de droits / sources : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:7th_voyage_of_Sinbad_-_Cyclops.png, https://www.flickr.com/photos/x-ray_delta_one/26473782105 et https://www.flickr.com/photos/blile59/3029512504

Quelques créatures : le cyclope du 7eme voyage de Sinbad, le monstre des temps perdus, un petit T-Rex
photos libres de droits 
sources : Wikipedia, Flickr et Flickr

Revenons à présent sur Jason et les argonautes qui est certainement le meilleur film sur lequel a travaillé Ray Harryhausen. Les libertés prises par rapport à la légende sont majoritairement d’ordre esthétique (le dragon est une hydre, le géant Talos est encore plus grand, etc.), le casting est bon et il contient des scènes époustouflantes pour l’époque comme par exemple cette fameuse scène de combat contre des squelettes à la fluidité et à l’incrustation impressionnantes. Pour vous donner une idée, cette scène met en scène 7 squelettes combattant 3 hommes. Certains plans larges les représentent tous à l’image en même temps. Cela représente 35 membres à animer par image (5 par squelette) et donc potentiellement 98 points d’articulations par image (poignets, coudes, épaules, cou, mâchoire, cuisses, genoux, pieds)

Et encore je suis gentil parce qu’il me semble que la colonne vertébrale est articulée sous la cage thoracique, et que le cou possède deux articulations (sous le crâne et au dessus des clavicules). Ce qui ferait 119 points à contrôler. On comprend pourquoi cette séquence a demandé quatre mois et demi de tournage. Mais le résultat est encore bluffant aujourd’hui.

D’abord Talos, puis des tas d’os.

Ray ne faisait rien pour se simplifier la vie. L’hydre de ce film a 7 têtes qui bougent de façon frénétique. Il avouera lui-même qu’il ne fallait pas que le téléphone sonne au beau milieu de son animation s’il ne voulait pas oublier dans quel sens devait bouger telle ou telle tête. Un vrai boulot de passionné.

Ray Harryhausen a mis en scène des soucoupes volantes, des extraterrestres, des singes géants, des dinosaures, des monstres mythologiques ou modifiés génétiquement. Il est indéniable qu’il était un passionné qui a du bien s’amuser à faire vivre ses jouets, et cet amour de son travail est communicatif. Je ne suis pas d’une génération à avoir connu ses films. Je suis même né après son dernier film (Le choc des titans de 1981) Et pourtant ses créatures m’ont enchanté à une époque où elles étaient dépassées techniquement. C’est indéniable, ça a vieilli. Mais c’est parfois plus prenant que des scènes modernes moins inspirées. Et même si cette faculté d’émerveiller ne vous touchera pas forcément chers lecteurs à présent que vous êtes adultes, Ray Harryhausen aura contribué à faire rêver de nombreux gamins qui ont voulu faire carrière dans le cinéma par la suite, et qui nous ont offert d’autres films. Et rien que ça, c’est déjà énorme comme héritage.

Ray aura inspiré de nombreux auteurs et il n’est pas rare de tomber sur des ouvrages qui lui sont dédiés ou qui s’amusent à inclure certaines de ses créatures. Je serais bien incapable de mentionner toutes les références au maître dans les divers médias, mais je sais que des BD lui ont été dédiées, comme le tome 6 de « Oracle« , BD franco-belge se déroulant dans la Grèce antique. Un extrait de The Beast from 20.000 fathoms apparaît aussi dans Gremlins 2. Et on trouve aussi des références là où on ne s’y attend pas, notamment dans la mini série Annihilation Conquest-Quasar de Dan Abnett et Andy Lanning.

 Les bandes quantiques de Phyla-Vell qui matérialisent le cyclope et des squelettes de Jason . On y voit aussi d’autres références comme le robot Gort du film "le jour où la terre s’arrêta" de Robert Wise au fond (un réalisateur qui mériterait un article). Sympa.


Les bandes quantiques de Phyla-Vell qui matérialisent le cyclope et des squelettes de Jason . On y voit aussi d’autres références comme le robot Gort du film « le jour où la terre s’arrêta » de Robert Wise au fond (un réalisateur qui mériterait un article). Sympa. ©Marvel comics

Mais si malgré tout cela, vous ne vous sentez pas attiré par ce type de cinéma et ces films qui en effet ne sont pas tous bons, je peux tout de même vous conseiller de vous procurer le documentaire que je cite pour la 3eme fois Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux. C’est un documentaire réalisé par 2 français qui bénéficie d’une édition collector trouvable sur un site marchand connu des contributeurs de ce blog à moins de 6€.

Mon article peut s’apparenter à une grosse intro à ce documentaire qui donne la parole à Ray lui-même et à de nombreux auteurs, réalisateurs et concepteurs d’effets spéciaux très connus pour qui je n’imaginais pas que Harryhausen avait eu un tel impact sur leur vie (Peter Jackson, Steven Spielberg, Joe Dante, Guillermo Del Toro, James Cameron, Terry Gilliam, Tim Burton, John Landis, Dennis Murren, Phil Tippet, Steve Johnson, Randy Cook et j’en passe). Vous y découvrirez un homme passionné qui vous communiquera l’amour qu’il a mis dans son travail toutes ces années et son héritage.

Ray Harryhausen est mort assez récemment le 7 mai 2013 à l’âge de 92 ans. Et je me suis surpris à ressentir un petit pincement au cœur. Alors qu’il n’exerçait plus et que je ne m’attache pas vraiment aux célébrités en général. Peut être y ai-je vu la mort d’un homme dont je comprenais la vision du cinéma et avec lequel je me sentais profondément en accord. Ou peut être que j’ai cru à la mort du stop-motion.

Mais le stop motion n’est pas mort puisque d’autres animateurs ont cette passion de faire vivre des marionnettes. Henry Selick notamment sur L’étrange Noël de Mr Jack ou sur Coraline (adapté de l’œuvre de Neil Gaiman.)
Nous pouvons citer aussi Nick Park, animateur en chef des courts et longs métrages Wallace et Gromit, et Tim Burton avec Les noces funèbres.
De même, Sam Raimi s’est amusé à inclure des scènes en stop-motion dans ses films Evil Dead 2 et surtout Evil Dead 3 Army of Darkness (le niveau d’animation n’égale pas le talent de Ray, mais l’intention est là)

Bien sûr les techniques ont évolué, il y a des centaines d’animateurs et de concepteurs de marionnettes et non plus un seul homme qui joue avec ses dinosaures. Mais pour ma part, cela me fait plaisir que différents types d’animation continuent à coexister. Même si certaines sont un peu en marge.

R.I.P, Ray   photo libre de droits  source : https://www.flickr.com/photos/potatojunkie/2615115257

R.I.P, Ray
Photo libre de droits
source :  Flckr 

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« Increvables » 2/7
Il est le papa des effets spéciaux modernes. Il a créé des dinosaures, des cyclopes, des squelettes et des gorgones. God of war n’existerait pas sans lui ! Son fan absolu est Tim Burton. Et Star Wars, son héritier direct. Notre padawan Mattie Boy vous raconte Ray Harryhausen !

LA BO du jour : Ray Harryhausen, le marionnettiste suprême ! Master, master !

39 comments

  • Jyrille  

    Plussetornado !

    Quant à la BO c’est un titre évident et un de mes préférés de ce groupe.

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