Encore du plomb dans l’aile (Angel Wings)

Angel Wings tome 4 à 6 par Yann & Romain Hugault

Un article de MATTIE-BOY

VF : Editions Paquet

Couverture alternative du tome 4, edition grand format ©Editions Paquet

Couverture alternative du tome 4, edition grand format
©Editions Paquet

Deuxième cycle de la série de Yann et Romain Hugault, les tomes 4 à 6 de ANGEL WINGS seront le focus de l’article d’aujourd’hui.

Eh oui, je continue cette série. Le premier cycle m’avait bien plu. Le dessin était effectivement magnifique, et le scénario plutôt original, même si le ton plus léger de l’aventure pouvait, pour certains, ne pas s’harmoniser avec le sujet grave de la seconde guerre mondiale. Le fait est que les auteurs ne se sont pas occupés de parler de la Shoah (sujet impossible à rendre léger) mais de la guerre du Pacifique entre les américains et les japonais, le tout dans des décors paradisiaques.

Dans ce nouveau cycle qui constitue donc une toute nouvelle histoire, nous avons droit à un nouveau scénario bien ficelé et des révélations satisfaisantes sur le passé de la sœur d’Angela.

Direction : un coin de paradis, durant une période infernale ©Editions Paquet

Direction : un coin de paradis, durant une période infernale
©Editions Paquet

Je rappelle que la série suit Angela McCloud, une Wasp (pilote féminine) au service de l’OSS. Dans ce nouveau cycle, nous la retrouvons au début occupée à promener une starlette idiote prénommée Betty Lutton accro aux amphétamines dans les îles afin de divertir les troupes. Mais il s’agit d’une couverture. Ses supérieurs comptent bien endormir la méfiance du Tokko (service secret japonais qui compte des espions dans les îles du Pacifique) afin de pouvoir confier une mission plus importante à Angela : convoyer un pilote japonais auprès d’officiers proches de l’empereur Hiro Hito favorables à la fin du conflit afin de négocier une capitulation honorable du Japon. Le problème : ce pilote japonais (nécessaire à la mission car proche de ces officiers), est en réalité contraint par chantage à coopérer avec les américains parce que sa sœur et détenue dans un camp aux USA. Et une tentative d’évasion ratée de sa sœur va rapidement la conduire à mourir. Ce qui retire tout moyen de pression sur ce pilote.

Parallèlement à ça, on apprend aux moyens de flash-backs que la sœur d’Angela, elle-même pilote (et qui a été exécutée pour trahison je le rappelle) avait eu comme dernière mission de lâcher de fausses bombes en guise de test dans l’Utah. On va rapidement comprendre qu’il s’agissait de prototypes de la future bombe atomique. Et elle semble recevoir des menaces la contraignant au silence.

Angela prise dans un combat nocturne ©Editions Paquet

Angela prise dans un combat nocturne
©Editions Paquet

Déjà, j’ai beaucoup aimé certains éléments de cette histoire, comme le fait qu’on nous montre sans aucune censure pro-américaine des américains traiter comme de la merde d’autres américains d’origine japonaise (en les enfermant dans des camps, les traitant comme de la racaille jaune, et allant jusqu’à se servir d’eux ou les abattre sans sommation.)

Nous avons aussi parmi nos personnages secondaires des japonais fanatiques endoctrinés par des siècles de culture du code d’honneur samouraï difficiles à déraciner, mais aussi des Nisei (enfants d’émigrés japonais nés aux USA.) On peut y voir des discussions entre eux pour montrer leurs différences de convictions, et également les traitements injustes de soldats américains envers des civils Nisei qui n’ont rien à voir avec la guerre.
Vous vous doutez bien que le plan de négociation ne va pas bien tourner. Le fils de Yoko assassinée par les soldats américains va vouloir se venger et fournir des renseignements au Tokko.
On sera témoin du test de la bombe nucléaire dans le désert du nouveau Mexique, et Angela sera chargée après sa mission de survoler les alentours des îles à la recherche de survivants à la dérive. Elle reprendra aussi son enquête concernant sa sœur en approchant l’ancien amant de cette dernière, un colonel en poste sur la base de Tinian (le colonel Paul Tibbets, personnage historique connu pour avoir lâché la première bombe atomique.)

Angela mène l’enquête ©Editions Paquet

Angela mène l’enquête
©Editions Paquet

Alors bien sûr, la série garde aussi ses moments plus légers un peu coquins avec une Angela super sexy qui a une poitrine à faire rougir Power girl. Mais ce n’est pas mal intégré à l’histoire. Il existe par contre des tirages limités en maxi format de ces BD, avec quelques vignettes qui changent et qui dénudent davantage Angela dans 2 ou 3 scènes. Je ne trouve pas ça utile, c’est un peu étrange comme idée.

Mais concernant les albums « normaux », il n’y a rien à dire. C’est le Pacifique, c’est les îles. On voit aussi les hommes se détendre sur la plage lorsqu’ils ont un moment pour se décontracter. Comme je l’ai dit, nous ne sommes pas à Auschwitz et ça colle avec le cadre exotique. Ne vous inquiétez pas, on ne parle pas de scènes de bataille dans lesquelles Angela se retrouverait les seins à l’air. Non, rien de tout ça. C’est durant les moments calmes, de détente entre 2 combats, où nous avons droit à quelques vignettes sexy. Pour détendre le moral des lecteurs aussi. Cela colle même plutôt bien avec la recherche de plaisirs simples en temps de guerre entre deux expériences traumatisantes : un peu de soleil, un bon bain chaud, un spectacle de starlette, etc. Il y a même techniquement un peu moins de passages de ce genre que dans le premier cycle puisque nous avions 2 héroïnes sexy dans la jungle dans les 3 premiers tomes, alors qu’ici Betty Lutton n’est qu’un personnage secondaire qui ne sert à rien et disparaît dès le tome 5. On se focalise sur Angela, son enquête, et la guerre. Même si on peut trouver beaucoup d’artworks sexy sur le net, sachez que ce n’est que ça : des artworks en bonus pour le fun, des couvertures alternatives, des pin-up. Le dessinateur s’éclate. Mais ça ne vient pas envahir la BD en elle-même.

Des dessins à tomber par terre ©Editions Paquet

Des dessins à tomber par terre
©Editions Paquet

L’histoire est plus dure et sérieuse que celle du premier cycle. Et nous fait ressentir des émotions complexes vis à vis de ce conflit. Il est plus difficile de haïr ces japonais par rapport aux SS ou à Hitler. Ils sont fanatiques certes, mais ils ont des convictions honorables. Et ils sont dépassés. Leurs maisons en bois se font souffler facilement par les américains, ils combattent avec l’énergie du désespoir. Il est également difficile de voir les américains comme les gentils héros du conflit. On savait déjà dans le premier cycle que la sœur d’Angela avait été victime d’un complot. On comprend à présent de quoi il s’agit et il y a clairement une critique envers les américains, surtout avec en supplément le traitement réservé aux civils japonais situés en territoire américain.
La dernière planche du tome 6 fait froid dans le dos. On pourrait penser que c’est une curieuse façon de finir une histoire, mais en réalité, on connait tous la suite tragique du lâcher de bombe atomique. Nul besoin d’épiloguer. C’est en quelque sorte un aveu d’échec de cette mission qui débutait avec un espoir de mettre un terme au conflit en douceur.
Le dessin est toujours aussi bon, avec une attention accordée aux détails qui force le respect. Que ce soit les éléments techniques des avions ou navires, les reflets sur l’eau, les jeux de lumière, tout est vraiment superbe. En plus les lieux où se déroulent ce conflit sont magnifiques. OK, vous allez me dire que la guerre c’est moche. Oui évidemment, mais ça n’empêche pas les îles du Pacifique d’être splendides. Et cela permet un contraste absolument pas forcé (ce n’est pas comme si on représentait les tranchées pleines de petites fleurs et de lapins mignons) entre l’horreur de la guerre et la beauté de la nature. Romain Hugault s’en donne à cœur joie à dessiner les bâtiments militaires, que ce soit les avions ou les navires dans des décors de mer turquoise à vous décrocher la mâchoire. Cela rappelle parfois un peu le film LA LIGNE ROUGE.

Attaques kamikazes ©Editions Paquet

Attaques kamikazes
©Editions Paquet

La mise en page est toujours aussi aérée et par conséquent extrêmement plaisante. Le découpage peut être classique mais par contre les « angles de caméra » (désolé, je ne connais pas le terme en BD…) sont très bien choisis, dynamiques, et donnent vraiment une impression cinématographique lors des affrontements. Et des affrontements, nous en avons quelques-uns. Certains nocturnes, d’autres en plein jour, entre avions ou même des attaques kamikazes contre des navires de guerre.

Je ne sais pas si la série est terminée, mais que peut-on raconter après ça ? Nous avons tout appris sur le passé de la sœur d’Angela (et ce n’est pas ce à quoi on s’attendait non plus), et le conflit avec le Japon a cessé après ce drame atomique. Donc je pense que la série est finie. En tous cas on peut s’arrêter là, alors qu’il restait des questions en suspens après les 3 premiers tomes. Evidemment, moi qui n’aime pas les séries très longues, j’en suis ravi, et je peux dire que cette BD est franchement réussie et magnifique visuellement. Ce deuxième cycle surpasse le premier en terme d’émotions, de développement des personnages et de sérieux. Il faut évidemment être un tant soit peu intéressé par le dessin ou les histoires d’aviation durant la seconde guerre, mais sans être moi-même à la recherche de ce genre de BD, j’ai vraiment passé un bon moment avec celle-là, et elle restera dans mes étagères.

Et merde… ©Editions Paquet

Et merde…
©Editions Paquet

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La BO du jour :

34 comments

  • Surfer  

    Ton article me fait penser à une de mes vieilles lectures : Pin Up du même auteur dont j’ai lu l’intégralité.
    j’en garde un doux et excellent souvenir.

    La série dont tu nous parles aujourd’hui semble avoir les mêmes qualités scénaristes.
    Cependant, les dessins semblent différents de ceux de Berthet qui utilisait une ligne claire et épurée.
    Ici c’est un graphisme un peu plus détaillé et réaliste. J’apprécie également.

    Tout ça pour dire que la série que tu nous présente me fait envie.
    Je commencerai, cependant, par le premier cycle. Je crois que tu en avais déjà parlé ici. Je vais, de ce pas, relire ta chronique.

    Je suis curieux de découvrir une autre œuvre de Yann.
    Il excelle dans les dialogues!
    Dans Pin Up ils étaient drôles, savoureux parfois cyniques….c’était jouissif.
    De plus on sent un auteur cultivé avec de belles références. Sa précision historique est bluffante elle doit être, je suppose, rigoureusement documentée.
    Il a aussi une approche romantique de la femme. Dans Pin-Up Dottie est l’un des personnage féminin le pus abouti que j’ai pu lire en BD.

    Ici, à priori c’est aussi une femme le personnage principal. Ce qui n’est pas pour me déplaire.

    • Matt  

      J’ai l’intégrale de Pin up. Pas encore lue.
      Oui commence par le premier cycle hein, c’est mieux^^ ça se suit quand même.
      Dans le premier cycle on nous présente Angela, une Wasp au service de l’OSS. Sa soeur par contre n’était « que » Wasp normale, du coup elle n’intervenait que sur le sol américain pour des vols d’essais, ce genre de trucs. Assez injuste d’ailleurs ce qui s’est passé avec ces pilotes fémininines ; pas de retraite militaire, pas d’honneurs post mortem, rien !
      Le premier cycle fait plus « léger » avec une histoire entre 2 femmes qui au début ne peuvent pas se blairer puis affrontent des dangers ensemble.
      Ici on entre clairement dans la guerre du Pacifique avec références historiques.
      Et oui, le dessinateur est un amoureux d’aviation et…de pin ups^^

  • Eddy Vanleffe  

    Yann aime manier la guerre, la grande histoire et la sensualité provocatrice…
    Pin-up est une oeuvre protéiforme ayant aussi un côté « geek » puisqu’il met en scène Milton Caniff (ou un clone?) et Howard Hughes, personnages ayant eu une importance fondamentale sur la pop culture.
    seconde guerre et guerre froides sont les terrains de jeu favoris de Yann qui est un scénariste que j’apprécie beaucoup.
    Néanmoins je le trouve souvent paresseux cédant à la facilité des personnages sexy et amoraux…
    il faut que je jette un œil à celui-là…
    merci à toi Matt, combattant des causes perdues… ^^

    • Surfer  

      Absolument Eddy,

      Pin Up est bondée de références et notamment celle de Miton Caniff qui est géniale.
      Il y a aussi Hitchcock, Sinatra, Hugh Hefner… qui sont des personnages inhérents à la série.

      Yann se sert de Milton Caniff pour faire un mise en abyme.
      Il utilise des strips de Poison Ivy (autre référence au comics DC) dessinés par Caniff qu’Il intègre intelligemment dans l’histoire principale.
      Cela rend la lecture encore plus agréable et contribue à une parfaite immersion.

  • Kaori  

    Ce second article me convainc davantage que le premier.
    J’ai du mal à rester insensible aux dessins. Miniatures, pourtant, alors qu’est-ce que ça doit donner en vrai !

    Concernant le faux statut de « héros » des Américains face aux Japonais (et même pendant la guerre du Vietnam… et d’autres encore…), tu prêches une convaincue.
    C’est un conflit (et ses conséquences) qui nous est assez étranger culturellement, mais qui m’intéresse beaucoup, justement pour cette raison.

    Bref, je pense sérieusement aller jeter un oeil à cette série.

    • Matt  

      Je pense en effet que ceux qui ont eu des doutes avec le premier cycle, ce second confirme le côté plus sérieux de la chose. Il y a des enjeux plus importants. Pour ceux qui craignaient le ton trop décontracté et pin-up du premier cycle, ici ça s’oriente vers du plus sérieux.
      ça reste beau visuellement mais comme je le dis, le contexte géographique justifie ça et il n’y a pas de côté « la guerre c’est glamour »^^
      C’est juste vachement beau les îles^^ Quelle idée de se battre là bas !

      Les dessins miniatures, faut te plaindre au boss !^^

    • Eddy Vanleffe  

      Sur le sujet
      à voir en animé : the cockpit, un trio d’oav se passant pendant la guerre puisant sa source dans l’oeuvre de Matsumoto (albator)
      et à lire la trio de nouvelles de Hojo: la mélodie de Jenny sublime. qui montre que 1-les kamikazes étaient forcés avec chantage sur la famille et tout. 2-un amour intemporel porté par la musique hommage à la paix 3- ou comment le conflit a détruit la carrière d’un jeune espoir japonais du base-ball qui pensait pouvoir accéder au nirvana de ce sport aux states mais…

      • Matt  

        Angel Wings n’est pas forcément LA BD de guerre historique super profonde et sombre hein^^ Je précise.
        Si c’est ce que tu cherches, ça ne t’ira pas.
        On reste dans le divertissement avec une enquêtes, quelques passages qui lancent des piques aux américains, une histoire intimiste d’une femme qui enquête sur la mort de sa soeur, le tout dans un contexte d’îles paradisiaques en temps de guerre.
        Il n’y a pas de vannes pourries ou de moment sexy à des moments inappropriés, donc ça reste sérieux quand il faut. Mais c’est pas du Garth Ennis hein^^

        • Eddy Vanleffe  

          don’t worry, je connais Yann et son écriture.
          je ne veux pas du Garth Ennis forcémement.
          je faisais le lien avec d’autre trucs sur la guerre Japon/usa qui apportent un éclairage non manichéen sur la chose

  • Vindicator  

    Les dessins ont l’air superbe, rien que la couverture envoit du rêve

  • Présence  

    Les planches que tu as choisies sont absolument magnifiques. Du coup, je suis allé relire l’article sur le premier cycle et ce qui a permis de me rafraîchir la mémoire et de constater que c’était déjà le cas.

    N’étant pas très porté sur l’Histoire (et c’est un euphémisme), j’avais découvert les camps d’internement des Nippo-américains dans la série Green Arrow de Mike Grell (sans commentaire). Ça permet de tout suite relativiser la prétendue supériorité morale des États-Unis. :)

    Ton article met aussi bien en valeur le travail spectaculaire de l’artiste que la qualité du scénario. Je dois dire que je suis de plus en plus tenté par cette lecture. Seule la hauteur de ma pile de BD franco-belge me retient… et puis pour l’instant pas question de les emprunter en bibliothèque. :(

  • Bruce lit  

    Les dessins et les couleurs sont splendides.
    N’étant pas fan d’aviation, il est très peu probable que j’investisse là-dedans mais au hasard d’une virée médiathèque, pourquoi pas. J’avais bien aimé ce que Yann avait fait sur THORGAL avant de tout revendre pour rester fidèle à mes principes : pas de Spinoff. Jamais.
    « Il est plus difficile de haïr ces japonais par rapport aux SS ou à Hitler.  » Tu avais lu GEN d’HIROSHIMA ?
    Il y est bien décrit à quel point l’ obstination et le fanatisme du gouvernement japonais a conduit à la tragédie d’Hiroshima.

    • Matt  

      Ouais mais comme je le dis, ils sont fanatiques mais ils ont des principes de code d’honneur machin.
      Je dis pas que c’est sain comme fonctionnement. J’ai vu aussi Furyo, et lu plein de trucs. Mais c’est différent. Le Japon sortait de l’époque féodale même pas 100 ans avant. D’une part ils étaient obtus, et d’autre part dépassés techniquement. D’ailleurs c’est pour des raisons économiques qu’ils étaient avec les allemands.
      Je ne dis pas que ce sont de pauvres victimes (quoique les soldats toujours), mais c’est pas un corps d’élite qui prône la suprématie de la race aryenne et massacre des gens dans des camps^^
      C’est plus « gris »

    • Matt  

      Et pour moi rien ne pouvait conduire à Hiroshima ! Personne ne s’attendait à se prendre ça sur la gueule.
      L’obstination fanatique des japonais de refuser de capituler était sans doute une folie, mais je ne pense pas qu’ils s’attendaient à ce qu’on leur balance une bombe pareille dans la gueule.
      Un coup de semonce un peu moins violent aurait pu changer certaines choses, non ?
      Enfin je sais pas.
      Et je n’aime pas faire de la politique rétroactive sur des conflits qui ont eu lieu il y a un siècle dans un pays que personne ne connaissait vraiment encore et qui était encore enraciné dans ses traditions fières d’un autre temps.
      Pour moi c’est juste une folie moins flagrante que la Shoah qui était un massacre sans aucun enjeu militaire ou économique d’ailleurs, ça servait à rien, c’était juste la folie d’un type qui s’était mis dans le crâne qu’il fallait exterminer une race.

      • Tornado  

        Tout ça a l’air vraiment très chouette (je partage l’avis général sur la qualité des images : magnifiques. Mais aussi sur les éléments du scénario).
        Pour le contraste entre les horreurs de la guerre et le cadre paradisiaque des archipels nippons, il me semble que PORCO ROSSO, ça parlait un peu de ça.

        « L’obstination fanatique des japonais de refuser de capituler était sans doute une folie, mais je ne pense pas qu’ils s’attendaient à ce qu’on leur balance une bombe pareille dans la gueule.
        Un coup de semonce un peu moins violent aurait pu changer certaines choses, non ? »
        Non, apparemment pas. Le TOMBEAU des LUCIOLES montre que les japonais ne s’étaient pas du tout raisonné avec les bombes incendiaires, lancées avant les atomiques…

        • Matt  

          Romain Hugault a d’ailleurs dessiné un Porco Rosso, je l’avais mis en scan dans mon article sur le premier cycle^^ On tient là je pense un gros fan. D’ailleurs Miyazaki lui-même était passionné d’aviation.
          Y’a pas de métaphore, t’es sûr que ça peut te plaire ? ;) (ça va, je déconne hein)

          Pour la politique du Japon…ça me pose toujours problème ces discussions autour de la guerre et du patriotisme parce que…on s’est tous fait bombarder et certains ont capitulé. Mais Pétain est universellement considéré comme un connard de collabo traître tout ça, mais au final si on n’avait pas capitulé, n’aurait-on pas été aussi fous que les japonais ? A quel moment on peut se dire que telle ou telle décision était la bonne dans une période de guerre ? A quel moment il faut se dire qu’abandonner c’est lâche ou pas lâche, ou que continuer à se battre est héroïque ou complètement con ?

          C’est pourquoi je n’aime pas trop me prononcer là dessus.
          Je pense cela dit que personne ne s’attendait à ce qu’une bombe comme la bombe atomique puisse exister. Sauf les enfoirés qui l’avaient testée avant.
          Il aurait peut être fallu faire une démonstration de puissance avant de la lâcher sur les civils…
          Disons que pour moi les américains ne sont pas plus héroïques. La guerre c’est pas beau c’est tout (réflexion profonde de la journée^^)

          • Présence  

            J’aime beaucoup cette citation de Benjamin Franklin (1706-1790) qui me fait toujours réfléchir chaque fois que je la lis :

            Il n’y a jamais eu de bonne guerre ni de mauvaise paix.

      • Bruce lit  

        Sans aucunement justifier l’usage de la bombe H, GENE d’HIROSHIMA, une oeuvre écrite par un survivant de la bombe montre à quel point le fanatisme d’Hiro-Hito n’avait rien à envier à Hitler.
        Les deux puissances entre alors dans une surenchère de violence dont l’arme atomique sera l’aboutissement de toutes les barrières raisonnées d’une guerre qui de toute façon aura sans cesse repoussé les limites de l’horreur.
        La violence de l’armée japonaise sur les civils avant la bombe était épouvantable bien avant la bombe.

        • Matt  

          Mais contrairement à Hitler, Hiro Hito se croyait encore au moyen âge^^ (remarque en fait je sais pas ce qu’il pensait Hitler^^)
          Mais le japon est un pays qui est sorti très tard de son ère féodale. Et l’empereur était tout puissant, surtout depuis son retour au pouvoir à la fin du shogunat. Disons qu’une bonne partie du peuple aussi partageait les convictions de l’empereur. C’était une sorte de fanatisme national, pas la folie d’un seul homme comme Hitler. Enfin c’est l’impression que j’ai après avoir lu des trucs quand même, c’est le pays entier qui sortait d’une autre époque.
          Après je n’excuse en rien les actes de Hiro Hito. Et je suis conscient du fanatisme japonais de l’époque. Je dis juste que ça me parait plus complexe à juger par rapport à l’évidente folie génocidaire des SS.
          Mais je ne connais pas tous les détails non plus.
          Et puis bon je parlais aussi des soldats dans la BD en question là^^ Pas de l’empereur lui-même.
          Et les japonais n’étaient pas en position de force : ils se faisaient cramer le cul par les USA qui bombardaient les civils comme des connards (contrairement à ce que cette bouse infame de film Pearl Harbor montre, dans lequel les gentils américains ne tuent pas de civils et les méchants japonais tirent sur les hôpitaux militaires américains…ce qui n’est PAS arrivé !)
          Bref je voulais juste dire que j’ai un peu plus de mal à les voir comme des oppresseurs. L’empereur oppressait peut être son propre peuple, mais s’il s’agit de choisir un camp entre USA et Japon…c’est moins évident^^

        • Eddy Vanleffe  

          Je suis su le cul de lire ce que je viens de lire en 2020…
          RIEN ne justifiait l’usage de la bombe A, sauf le fait de rentabiliser des années d’étude scientifiques frustrées de voir des armistices arriver trop tôt.
          les pourparlers pour l’armistice ont commencé avant l’envoi de la bombe A qui avait déjà été approuvée en juillet soit avant Potsdam.
          il y avait une telle disproportion militaire entre les deux armées que les japonais ont cru bon de se balancer sur des pont de porte avions pour rivaliser. des actes aussi symboliques que dérisoires tant ça a fait peu de dégâts dans les faits.
          l’autobiographie réelle de Kenji Nakazawa (Gen d’Hiroshima), est bien moins indulgente envers les américains qui se sont servis de sa mère comme cobaye pour étudier les retombées nucléaires jusqu’à sa mort.
          le Japon était un pays encore dans l’ère Meiji et donc totalement dépassé, leur culture du pays, de l’honneur indéchiffrables pour l’occident est traduit en fanatisme mais pour eux, il n’y avait juste pas d’autre moyen de faire vires leur nation. insulaire il faut le rappeler et donc semblable à aucune autre su la planète.
          le pays était à genoux et l’usage d’un tel arsenal était gratuit surtout que deux agents différents ont utilisées (Uranium et plutonium) pour bien signifier que c’était pour voir ce que faisait sur des villes qui n’avaient de plus aucune utilité stratégique.
          Non ce jour là les alliés ont juste prouvés qu’ils étaient aussi pourris que les nazis.point barre! depuis les ricains essaient de se trouver des excuses comme quand ils prétendent ques indiens sont « tombés malades » essentiellement et qu’ils n’ont pas été génocidés.
          VAE VICTIS, c’est la seule vérité.

          • Matt  

            C’est aussi comme ça que je le vois.
            Bien sûr ça n’excuse pas les mauvais traitements à l’intérieur même du Japon entre eux, mais ils se sont tellement fait rouler dessus…et la bombe atomique en plus…ouch !
            Et techniquement les américains savaient ce que ferait cette bombe. Ils l’avaient testée. Moche !

          • Bruce lit  

            Je suis su le cul de lire ce que je viens de lire en 2020…
            RIEN ne justifiait l’usage de la bombe

            @Eddy : j’ai bien précisé dans mes posts précédents que rien ne justifiait les deux bombes, rien… Ce serait me faire un mauvais procès alors que j’ai couvert tous les albums et les horreurs de GEN d’HIROSHIMA sur le blog, à son tout début.
            Je réagissais juste à la phrase de Matt sur le gouvernement japonais dont j’avais beaucoup appris lors de cette lecture : le fait d’affamer la population civile quitte à tuer des femmes et des enfants, le sort terrible réservé aux ressortissants coréens et la fuite en avant d’un empereur face à une guerre déjà perdue.
            GEN D’HIROSHIMA montre qu’avant la bombe la situation est critique pour sa famille et lui et qu’ils en sont à manger des racines, des patates crues et pourries, car l’effort de guerre demande que ce soient d’abord les soldats qui soient nourris avant les enfants.
            Après, la bombe, la situation est cataclysmique et tu fais bien de rappeler les horreurs commises par les amerloques sur les cadavres des japonais, les expériences scientifiques, les chewing gums jetés à des enfants affamés traités comme des chiens et le mépris occidental face à la culture orientale. Je n’oublie ni l’horreur de la bombe, ni les terribles effets seconds : cancers, leucémies qui finiront par emporter dans toute leur cruauté la famille et les amis de Gen des années après la bombe.
            Je rappelle aussi que plus d’une fois j’ai vanté l’humanisme de Joshua Dysart et parlé de Toyo Harada, le rescapé de la bombe de HARBINGER. Dysart montre également la corruption des élites japonaises et de l’occupant américain. Sur cet terreau d’injustice et de souffrances, le jeune Toyo va voir son influence grandir pour s’affranchir de cette cruauté dont il ne parviendra pas, tel un Magneto, à se départir malgré de nobles intentions.

            On ne trouvera de moi ici, aucun discours va-t’en-guerre, ayant rappelé à plusieurs reprises mon horreur de la violence physique et réelle (en comics, je m’en fous). Sans doute n’ai je-pas suffisamment précisé le fond de ma pensée et favorisé un post-à-la-va-vite, en coup de vent, presque pour dire bonjour et agrémenter les commentaires de l’article de Matt, ce que je ne ferai plus désormais, quitte à ne rien poster. J’ai longtemps milité (et ce fut mon seul acte militant de toute ma vie) au sein du Mouvement de la Paix. Face la colombe de la paix de Picasso, je choisis alors de donner le prénom de Pablo à mon enfant.
            Alors sortons de ce débat aussi vite que nous y sommes rentrés : Hiroshima, c’est l’horreur absolue et le peuple japonais en a bien été l’unique victime.
            Si mes propos ont prêté à confusion, je m’en excuse immédiatement (j’étais sur le point de me coucher quand j’ai découvert ce post) notamment auprès de JP dont le pays a été bien canardé par l’Oncle Sam.
            Bonne nuit !

          • Matt  

            Ah les coréens ou les chinois…personne n’a dit non plus que le Japon était clean. Ils ont envahi la Chine et tout ça.
            M’enfin la France en Algérie…bon, on ne va pas épiloguer, mais tout le monde a fait de sales trucs.
            Mais dans ce conflit spécifiquement entre Japon et USA, je voulais juste dire que c’est plus difficile de les voir comme les « méchants » du conflit face aux alliés. Même si en interne chez eux c’était peut être la merde.

          • Eddy Vanleffe  

            Sorry Je suis chaud et sans doute trop passionné par le Japon.
            en plus je venais de regarder un film avec Toshiro Mifune hier soir, alors ça doit expliquer…^^
            Pardon, Bruce, j’espère ne pas avoir gâché ton sommeil (rassures toi la mienne a été gâché par la le disjoncteur qui saute sans raison…)
            Je ne sais plus quelle phrase m’a fait bondir.
            mais oui le Japon est souvent estampillé comme fanatique. surtout à nos yeux.
            a chaque fois que je plonge dans les cultures asiatiques, je me trouve confrontés à des valeurs tellement difficiles à appréhender…
            Le film Dr Wai avec Jet Li est une sorte de « indiana jones jung-fu mélangé au Magnifique de Belmondo » qui se passe pendant le conflit et cela se termine sur un flash-forward assez « jaw-dropping » sur le fait que le Japon paiera karmiquement ses crimes avec une fondu sur le champignon atomique. la rancœur du peuple chinois envers les nippons est assez brut de décoffrage…
            tout ça pour dire, que c’est difficile à comprendre.
            Pour moi les ricains avaient des armes à tester point. il l’ont fait sur les conflits d’après aussi… des crimes de guerre impunis à mon sens sous prétexte qu’en face ce sont toujours censés être les méchants.
            Je sus sans doute primaire dans mon raisonnement, hein?

          • Bruce lit  

            Bonjour Eddy
            Est-il un lien de cause à effet entre le sautant disjoncteur et la VanLeffe fébrilité ?
            Je suis souvent dans la provocation et amateur de trash mais jamais je ne plaisanterais sur les morts et les victimes de guerre. Rappelez-vous à quel point je suis moi aussi crispé lorsque des oeuvres abondent avec « légèreté la Shoah. Il en est de même avec HIROSHIMA où il est impossible d’oublier les photos de cette fille nue courant après la bombe…Je n’y trouverai jamais aucun sujet de moquerie, c’est atroce.
            Si toutefois mes propos ont paru ambigu, ce qui est plus qu’hypothétique, j’en suis encore navré. En ces temps de confinement et de tensions extrêmes, préservons-nous et préservons ce petit endroit à nous pour passer le temps ensemble (relativement) à l’abri (qui a lavé son clavier depuis la mi-mars hein ?). Lisons-nous bien et écrivons mieux.
            Quant au Sire VanLeffe, en expiation je vous laisse le choix d’une review de contrition entre LE TOMBEAU DES LUCIOLES ou EMPIRE DU SOLEIL.

          • Kaori  

            @Bruce ;

            « Il y est bien décrit à quel point l’ obstination et le fanatisme du gouvernement japonais a conduit à la tragédie d’Hiroshima. »

            C’est cette phrase, je pense, qui a dû faire réagir Eddy, parce qu’elle m’a fait tiquer aussi. Comme ci le Japon était responsable de la bombe.
            Je ne vais pas renchérir, vous avez déjà tout dit, je pense juste que c’était une phrase maladroite, ça nous arrive à tous.

            Sur ce, portez-vous et bien et zeeeen…

          • Eddy Vanleffe  

            Je peux toujours compter sur Kaori…
            oui voilà bingo!
            refermons la parenthèse.
            Hiroshima c’est affreux, on le sait tous.

            par contre pour la review tombeau des lucioles… t’es dur.
            Il y a un autre ghibli qui parle de la guerre il me semble… Le vent se lève…

  • JP Nguyen  

    Je rejoins tous les commentaires sur la qualité des dessins. N’ayant pas encore eu l’occasion de lire le premier cycle, j’attendrai hypothétiquement de tomber dessus un jour, en médiathèque lorsque le confinement sera terminé…

    Sur le débat sur le Japon pendant la 2nde Guerre Mondiale, je vais prudemment m’esquiver car je ne me sens pas en forme pour discuter dessus, et par clavier interposé, ce n’est pas évident de ne pas s’embrouiller…

  • Matt  

    J’ai l’impression que tu le vis mal ce confinement Bruce^^
    Bon attention je ne dis pas que c’est le fun. Et dans ton boulot, je suppose que ne pas pouvoir t’occuper des gens qui subissent des maltraitances dans leurs foyers, ça ne rend pas la situation très fun. Et puis si on regarde les infos chaque jour, c’est assez anxiogène.
    Mais à côté de ça…on constate des trucs plus sains je trouve. Une course au profit qui se calme pour se recentrer vers la préservation de la vie, des priorités qui changent chez les gens, la redécouverte de plaisirs simples, un ralentissement du rythme effréné du mode de vie capitaliste, et des initiatives solidaires entre citoyens qui font plaisir à voir avec des couturières qui font des masques pour leurs voisins, tout ça…
    pendant que nos gouvernements de merde sont occupés à se voler des masques entre eux comme des sales gosses.
    Enfin il y a du bon à voir dans tout ça. C’est évidemment triste et même dramatique qu’on doive se prendre une maladie comme ça dans la gueule pour que les gens prennent conscience de ces choses.

  • Matt  

    Et puis évidemment notre système économique capitaliste est tellement mal foutu que ça va causer des dégâts économiques considérables.
    Mais d’un point de vue « mode de vie » c’est presque plus sain de vivre en pensant comme ça aux autres et en préservant eux et, indirectement, la planète (moins de pollution aussi en ce moment)

  • Matt  

    Je précise que je ne minimise pas la gravité de la chose. J’invite juste à voir le verre à moitié plein. Compter les morts chaque soir ne fait du bien à personne

  • Jyrille  

    Ca tombe bien, je suis en train de me faire des séries sur la seconde guerre mondiale en ce moment ! Merci pour l’article, Mattie.

    Pour la bd, c’est vrai que les planches ont l’air magnifiques. La couverture alternative est assez incroyable, je suis bluffé par les effets lumineux et les textures surtout, la lumière.

    Je ne sais plus si tu as lu PIN-UP par Yann et Berthet ? Ca me donne envie de réessayer en tout cas, voire même de lire tes bds. Mais je n’ai pas envie d’investir…

    Je n’ai jamais vu LA LIGNE ROUGE, mais comme je le dis dans l’article sur les DAMNES de Visconti (c’est l’article le plus de proche de la recherche « nazi » sur le blog), j’ai déjà regardé BAND OF BROTHERS (dans la droite lignée de IL FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN), lu IRENA en entier ou presque (trois tomes) et je suis en train de terminer THE PACIFIC (encore trois épisodes). Ce sont des oeuvres toutes très réalistes dans leurs histoires, même si IRENA a un dessin très léger, dans la lignée de l’école de Marcinelle (ou de Larcenet quand il fait du comique). Il est vrai que l’on est moins touché par l’histoire des américains dans le Pacifique à ce moment, cela nous parle moins : nous sommes européens, nous ne connaissons pas vraiment ces îles paradisiaques devenues enfer. Les Japonais, d’après THE PACIFIC, ne se rendaient pas, étaient tous kamikazes, d’où des massacres interminables et horribles. Alors que chez nous, les Allemands se rendaient, étaient faits prisonniers.

    Quoiqu’il en soit, je vous conseille encore fortement ces séries et cette bd, c’est un éclairage encore nouveau pour moi.

    La BO : du Tom Petty que je n’aime pas.

    • matt  

      Coucou

      Je n’avais pas vu ton message.
      C’est ça d’arriver après tout le monde^^

      Merci pour ton retour.
      On parle de Pin-up au dessus dans les commentaires. Je l’ai dans ma pile de lecture. Pas encore commencée.

      T’as pas envie d’investir ? Ah ben…trouve tout ça en médiathèque^^

      • Jyrille  

        Ah ah oui c’est une solution… mais je traîne pas en médiathèque, pas le temps. Tu me diras pour Pin up, c’est le genre de bd dans laquelle je pourrais totalement investir un jour.

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