The Richard Donner’s Cut !

Superman Last Son par Geoff Johns et Adam Kubert

AUTEUR : TORNADO

Un parti-pris artistique : le "Non-Finito" !

Un parti-pris artistique : le Non-Finito !©Dc Comics

Ce recueil est le premier de la collection « Geoff Johns présente Superman ».

Il contient l’arc narratif nommé à l’origine Superman Last Son.

Le scénariste a écrit ensuite  La Grande Evasion Du Bizarro Monde, Superman : Brainiac, Superman : Origines secrètes, ainsi que quelques one-shot (dont le magnifique The Terrible Toyman !), autant d’aventures qui devraient bientôt enrichir cette collection.

Nous savions bien que Superman n’était pas l’unique survivant de la planète Krypton.

Supergirl, Superchien (mon Dieu qu’elle est naze cette idée !) et tous les prisonniers de la « zone fantôme » faisant partie de la légende depuis des lustres.

Nous voilà du coup avec un enfant perdu aux pouvoirs similaires, qui suscite immédiatement l’empathie de Superman, qui ne tarde pas à le prendre sous son aile.

A l’origine, Last Son est un comicbook relativement atypique. S’il regroupe les épisodes « Action Comics » #844-846, 851 et l’annual #11, il se lit comme une mini-série, plus ou moins indépendante et accessible, bien qu’ayant des répercussions sur beaucoup d’autres séries.

Il y a donc cinq épisodes en tout, mais cela équivaut à six, puisque l’annual est un épisode double. La production de l’ensemble a été chaotique et s’est étirée sur deux ans, entre fin 2006 et le deuxième semestre 2008, car le dessinateur Adam Kubert subissait des problèmes de santé qui l’obligeaient à suspendre son travail.

Parlons-en, d’ailleurs, de son travail : Il est splendide. Je ne me souviens pas avoir observé un si beau boulot de la part de ce dessinateur. La plupart de ses planches sont construites sur des doubles pages. Elles fourmillent de détails, notamment dans les décors.

Les personnages sont traités dans un style différent (plus « jeté », laissés par moment à l’état de crayonnés) que la mise en scène, quasiment photoréaliste, car l’artiste et ses collaborateurs mélangent diverses techniques, manuelles ou infographiques.

Attendez-vous à passer de longues minutes à contempler béatement les somptueuses illustrations en pleine page-double, inoubliables !

Adam Kubert mélange les techniques pour un résultat superbe et original

Adam Kubert mélange les techniques pour un résultat superbe et original©Dc Comics

L’autre très importante particularité de cet arc narratif est la participation au scénario, auprès de Geoff Johns, du réalisateur Richard Donner. Oui, vous lisez bien : Celui-là même qui mit en scène, en 1978, la célèbre adaptation cinématographique avec l’acteur Christopher Reeves dans le rôle-titre !

Pour apprécier Last Son à sa juste valeur, il faut savoir la chose suivante : Richard Donner ne put terminer le tournage de Superman II en 1980. Il fut exclu des plateaux par les producteurs pour divergences artistiques.

Le film fut ainsi terminé par un autre, puis remonté par les producteurs. Evidemment, cette version finale trahissait la vision originelle que Donner et ses scénaristes (Tom Mankiewicz et Mario Puzo, le scénariste du Parrain de Coppola !) avaient au départ prévu, dès 1978, afin de former un tout avec le premier film.

Des planches bourrées de détails, parfaitement immersives

Des planches bourrées de détails, parfaitement immersives©Dc Comics

Ainsi, si vous vous en souvenez bien, l’introduction du premier film montrait les trois criminels de la planète Krypton, le général Zod, Ursa et Non, en train d’être jugés par Jor-El et ses pairs, avant d’être enfermés dans la « zone fantôme » (représentée à l’écran par une prison en forme de miroir !).

Cette scène permettait de faire le lien avec « l’épisode II », et démontrait que les auteurs avaient dès le départ envisagé la franchise cinématographique sous la forme de plusieurs longs métrages.

Plus d’une scène du deuxième film selon Donner furent enlevées, et terminèrent aux oubliettes. Mais pendant plus de vingt-cinq ans, les fans réclamèrent un remontage de cette suite telle qu’elle était prévue au départ.

A l’occasion de la sortie DVD en 2006, ces fans furent enfin entendus : le réalisateur put remonter le film avec ses scènes écartées (sauf certaines, perdues pour toujours). Et en cette même année 2006, Donner fut approché par l’éditeur DC comics afin de transposer ce récit sous la forme d’une mini-série. Ainsi naquit le projet Last Son.

De l’action à la hauteur du personnage

De l’action à la hauteur du personnage©Dc Comics

Mais il y a aussi Geoff Johns. Johns est le scénariste phare de DC. Il en est la « boîte à idées », capable de faire coïncider tous les événements dispersés dans toutes les diverses continuités en un tout parfaitement cohérent.

Avec son apport, Last Son n’est pas seulement un remake de Superman 2: The Richard Donner Cut (titre du film remonté par le réalisateur). Il s’agit plutôt d’une relecture ambitieuse, permettant à Johns, puisqu’il est l’architecte de toutes les séries phares de cet univers, de creuser la mythologie de Superman.

Ainsi, les événements survenus au cours du crossover Infinite Crisis ayant permis d’effacer certains éléments embarrassants de la continuité, Johns peut se permettre de développer l’histoire de ce Last Son comme si l’arrivée sur terre de ces criminels Kryptoniens se déroulait pour la toute première fois.

Ensemble, Johns et Donner imaginent un récit bien construit et poignant, rendant un bel hommage aux films du premier, et permettant au second d’étendre sa vision de l’univers de Superman et de sa lignée. L’accent est mis sur l’émotion et les choix de chacun. Les personnages existent !

Le dernier fils ?

Le dernier fils ?©Dc Comics

Le récit n’est pas exempt de défauts. Le rythme est tellement précipité qu’il contraint à une narration extrêmement compressée. La perception du temps manque ainsi de crédibilité, voire de substance, et l’ensemble aurait gagné à développer quelques scènes d’exposition.

Par exemple, beaucoup d’événements ont lieu « hors champ », par le biais des titres sur les journaux.

Ainsi, il parait assez incohérent de voir la toute puissante JLA tomber en un instant sous les assauts du général Zod (sans compter le rôle de figurante tenu par Supergirl -une seule et unique case !-, demeurant décidément un personnage bien embarrassant pour la plus-part des scénaristes approchant l’univers de l’Homme d’acier).

J’ai quand même beaucoup apprécié cette lecture, en m’apercevant que, manifestement, les éditions DC comics prenaient très au sérieux les adaptations cinématographiques dérivées de leur univers, au point de les intégrer dans leur continuité !

7 comments

  • Marti  

    J’ai l’édition d’Urban de cet arc que j’ai dévoré d’une traite lorsque je l’ai acheté, et c’est pour moi le meilleur arc de Geoff Johns sur le personnage (en excluant Secret Origins) ! Malgré les quelques couacs que tu indiques comme l’absence de Supergirl (mais aussi de Superboy… ou alors il est mort à ce moment-là ? On s’y perd un peu à force…) ou la JLA vite expédiée dans les cordes (encore que là je ne lui en veux pas, que ce soit chez Marvel ou chez Dc ça devient dur d’exposer un héros à un tel danger sans devoir justifier pourquoi toutes les grandes équipes ne viennent pas à la rescousse) le rythme effréné de l’arc est pour moi une de ses qualités majeures, il ajoute un sentiment d’urgence et donne plus d’impact aux combats. Johns connaît bien ses héros comme ses méchants, on prend presque un plaisir malsain à voir la bande à Luthor réussir à écraser sadiquement les envahisseurs kryptoniens. En parlant des méchants, le scénariste se fait plaisir à utiliser une partie de la galerie de l’Homme d’Acier, préfigurant le reste de son run qui est à la fois un dépoussiérage et une lettre d’amour à l’univers de Superman.

    Les dessins sont superbes, rien à rajouter si ce n’est que le travail de la coloration est remarquable également.

    Les liens qui unissent Geoff Johns et Richard Donner sont en fait bien plus ancien que cet arc et plus personnels : le premier a été le disciple du second, travaillant notamment comme assistant sur le film Conspiration avec Mel Gibson et Julia Roberts. L’importance qu’avait prise Johns chez DC déjà à l’époque n’est donc sans doute pas étrangère à l’arrivée de Donner sur le titre, tout comme celle plus indirecte de Bryan Singer qui considérait son Superman Returns comme une suite des deux films de Donner, donnant au passage l’impulsion nécessaire à la sortie du Director’s Cut.

    Concernant la collection « Geoff Johns Présente Superman » dans laquelle Urban a ressorti cet arc, je note tout de même un bémol : l’absence de l’arc écrit précédemment par Johns avec Kurt Busiek (qui écrit alors le mensuel Superman) qui introduisait le jeune Kryptonien au centre de l’intrigue, Dommage également que DC ait sabordé ce personnage, après Batman c’était très couillu de donner un fils également à l’autre icone de la boite.

  • FredSpawn  

    Très bien, j’ai hâte de lire la critique de « Man of steel » de Snyder car apparemment, après la semaine Punisher de Tornado, on est sur Superman… ;)

    Surtout, où situez vous celui-là par rapport à Donner et Singer?? Sachant que « Man of steel » semble ouvrir la voie à « batman-superman » puis à la « JLA » au cinéma.

  • Tornado  

    @Marty : Superboy était mort à ce moment là, juste avant, dans « Infinite Crisis ».
    Je ne regrette pas trop qu’Urban ait fait l’impasse sur le récit auquel tu fais référence. Il s’agit de « Superman Up Up and Away », que je n’avais pas du tout aimé.
    J’en avais écrit une critique sur Amazon :
    http://www.amazon.fr/Superman-Up-And-Away/product-reviews/1401209548/ref=sr_1_1_cm_cr_acr_txt?ie=UTF8&showViewpoints=1

    A l’époque, je détestais Kurt Busiek qui m’avait gonflé, notamment avec son « Avengers Forver » et un « Marvels » que tout le monde adore mais que j’avais trouvé très mou. Mais depuis, j’ai fait mon mea-culpa car j’ai lu d’excellents travaux de ce scénariste.

    Merci pour la précision, car je ne savais pas que Geoff Johns avait travaillé dans le cinéma auprès de Richard Donner. C’est un renseignement très intéressant, qui explique beaucoup de choses.

    @Fred : Désolé ! La critique de « Man Of Steel » n’est pas prévue. Et si tel était le cas, tu sais très bien que je descendrais le film ! En revanche, j’ai en magasin celles de tous les autres films de Superman…

    • Marti  

      Merci pour le lien sur Amazon, malgré tes réserves ta critique a quand même piqué ma curiosité pour cette histoire.

      J’ai enfin lu Avengers Forever il y a quelques mois et j’en suis également sorti très perplexe, l’écriture est trop old school et lourde à mon goût pour une intrigue tout aussi lourde à suivre. Le seul vrai intérêt que j’ai pu trouver à cette histoire repose dans la réparation de la continuité, et il faut être un sacré connaisseur en Avengers pour que ça vous parle.

      Kurt Busiek est finalement juste un scénariste comme un autre : souvent excellent sur ses travaux personnels, plus irrégulier pour ceux de commande.

  • Tornado  

    J’ai franchement détesté Avengers Forever pour les mêmes raisons (lourdeur/old-school) et je n’ai, comme toi, été content de l’avoir lu uniquement sur les questions de continuité.
    J’ai hâte de savoir ce que Présence va en penser car il ne l’a toujours pas lu…

    En ce qui concerne Busiek, j’ai bien évidemment aimé son « Astro-city » mais également son excellent Conan. Et je suis tombé amoureux d’une splendide mini-série : « Arrowsmith ».

    • Marti  

      J’attends de pied ferme qu’Urban nous propose une collection cohérente et complète d’Astro-City digne de cette série, je n’ai lu que les deux tomes publiés par Panini qui ne font qu’entrevoir la richesse de ce monde qui a fait d’ailleurs son retour en VO récemment.

  • tornado  

    J’avais envoyé un mail à la chargé en com d’Urban Comics à propos d’Astro City. Réponse : « Non, nous n’envisageons pas de rééditer cette série »…

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